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Canente
Tragédie en Musique en V Actes

livret de Monsieur Antoine Houdar de La Motte
1700
musique de:

Première Version

Seconde Version

Pascal Colasse

Antoine Dauvergne

 

les personnages:

Circé, magicienne & fille du Soleil
Le Tibre
Picus, premier roi d'Italie
Canente, nimphe
Saturne
Nérine, confidente de Circé
La Nuit
L'Amour
La Suite de Saturne, représentnat les quatre Ages
Une Bergère
Un Fleuve, de la Suite du Tibre
Divinités des eaux, formant la Suite du Tibre
Magiciens, Ministres de Circé,
Trois Euménides [Alecton, Erinnis, Mégere],
les Jeux, les Palaisirs, & les Graces, formant la Suite de l'Amour
les Peuples




ACTE PREMIER

Le théâtre représente le Temple de Saturne


Scène première
Circé, Nérine

Nérine:
Picus va nous va nous devoir un trône glorïeux;
Un Peuple, indépendant, cèsse pour lui de l'être:
On va le proclamer à la face des Dieux,
Et c'est par vos conseils qu'on le choisit pour maître.
Circé, m'est-il permis de lire en votre coeur
D'où naissent vos soins pour sa gloire ?

Circé:
Tu crois que c'est l'effet d'une secrete ardeur:
Ah ! Picus ser-t-il de le dernier à la croire ?

Nérine:
Qu'entends-je ? il est donc vrai qu'il est votre vainqueur ?
Et vous me l'avoüés vous-même !

Circé:
Tu sais que je l'ai vu, doutes-tu que je l'aime ?

Nérine:
Est-il instruit de votre feu ?

Circé:
C'est par mes seuls bienfaits que j'en ai fait l'aveu.
Tout devroit le forcer à me rendre les armes;
C'est par moi qu'il règne en ce jour.
Hélas ! sera-ce en vain que j'ajoûte à mes charmes
Tant de bienfaits & tant d'amour ?
Canente, je le sais, regne seule en son âme.
Mais on vient; vois ce Prince, & conçoit mon ardeur.
S'il pouvait partager ma flâme,
Un Die même seroit moins digne de mon coeur.


Scène 2
Circé, Nérine, Picus, Choeur des Peuples

Le Choeur:
Regnés, jeune héros; la gloire vous appelle;
Elle a réglé notre choix:
Nous ne voulons que vos Loix
Pour le prix de notre zele;
Régnésn régnés sur nous; la gloire vous appelle.

Circé:
C'est ce peuple aujourd'hui qui s'aquitte envers vous;
Cent fois ses ennemis sont tombés sous vos coups:
Quand vous l'avés sauvé, souffrés qu'il vous couronne;

Soyés le premier de ses Rois;
Régnés: l'empire qu'il vous donne
Seroit détruit sans vos exploits.

Picus:
C'est à vous que je dois ma nouvelle puissance;
Le suffrage du peuple est un de vos bienfaits.
Pour premiere reconnoissance,
Recevés l'aveu que j'en fais.

[Circé conduit Picus à son Trône; les Peuples lui rendent hommage, & le reconnoissent pour leur Roi]

Le Choeur:
Vénérable Saturne, & vous, qu'il a fait naître,
Recevés nos serments, Arbîtres des humains.
Ce héros désormais est notre unique maître:
Nous remettons notre sort en ses mains.

Picus:
Pere des Dieux, auteur de ma naissance,
Ecoute; c'est ton fils qui t'implore à son tour:
Fais régner, avec moi, la paix & l'abondance;
Qu'à-jamais l'âge d'or revienne en ce séjour.

[une Simphonie annonce la descnte de Saturne]

Circé & Picus:
Mais dans les airs quel nuage s'avance ?
Cette clarté, ces sons harmonïeux,
D'un Dieu propice annoncent la présence;
Saturne nous entend, il descend dans ces lieux.

Saturne, dans un nuage:
Apprends, mon fils, pour qui ta voix m'implore,
Ce peuple doit des Dieux épuiser les bienfaits;
Sa gloire doit aller encore
Au-delà des voeux que tu fais.
Ages, qui formés mon empire,
Pour célébrer leur sort, secondés par mes souhaits:
Exprimés les transports que la valeur inspire,
Et peignés les douceurs que fait naître la paix.

[Saturne remonte aux Cieux, & les Ages forment le Ballet]

[Entrée des Guerriers, représentant l'âge de fer, & l'âge d'airain, & exprimant, par leur danse, différents combats]

Choeur des Guerriers:
Courons aux combats,
Volons à la gloire;
C'est à la victoire,
De guider nos pas.

Du Dieu de la guerre
Ecoutons la voix;
Que toute la terre
Subisse nos loix.

Le ciel nous seconde:
Un destin heureux
Promet à nos voeux
L'empire du monde.

[Les Guerriers sortent sur ces derniers vers, comme pour marcher aux combats]

[Entrée de Bergers& de Bergeres, représentant l'âge d'or & l'âge d'argent]

Une Bergere:
Dans nos champs, d'une douce paix
Nous goûtons les charmes
Et les bienfaits.

Choeur de Bergeres:
De ses dons, nos coeurs satisfaits,
Vivent sans allarmes
Et sans regerèts.

La Bergere:
L'aimble Aurore
De ses pleurs
Vient de faire éclore
De nouvelles fleurs:
Tout s'engage:
L'amour,
Dans ce séjour,
Nous présage
Le plus beau jour.
Dans nos champs, d'une douce paix
Nous goûtons les charmes
Et les bienfaits.

Le Choeur:
De ses dons, nos coeurs satisfaits,
Vivent sans allarmes
Et sans regerèts.


Scène 3
Circé, Nérine, Picus

Circé:
Prince, pour couronner vos voeux,
La gloire avec l'amour aujourd'hui se rassemble;
Et l'on diroit qu'ils disputent ensemble
A qui vous rendra plus heureux.
Tout fléchit sous vos loix, tout s'empresse à vous plaire:
Heureuse la beauté que votre coeur préfere !
Canente est cet objet charmant ?

Picus:
Je sentis à la voir que j'avois un coeur tendre,
J'aimai dès le même moment:
Je ne voulus point m'en défendre;
Je l'aurois voulu vainement.

Circé:
Quoi, tant d'autres pour vous n'ont que de foibles armes ?

Picus:
Sa seule voix efface leurs charmes.
Elle forme, à son gré, les sons les plus touchants;
Et l'on voit, chaque jour, à ses aimbales chants
Tout la nature attentive:
Les arbres, les rochers sont émus à sa voix;
Elle arrête le cours de l'onde fugitive;
Philomele, au milieu des bois,
Pour l'écouter, suspend sa voix plaintive:
Ses beaux yeux sont encore plus puissants mille fois.
Voilà les fers charmants où mon âme est captive.

Circé:
Mais, comme vous, le Tibre en est charmé:
Craignés de faire obstacle à l'ardeur de son âme.

Picus:
Depuis qu'il a pu voir que j'en étois aimé,
Il semble avoir éteint sa flâme.
Mais, pour mieux assûrer le bonheur de nos feux,
Je cours hâter le jour heureux
Qui doit nous unir l'un à l'autre:
Et l'Amour n'aura pas, pour combler tous mes voeux,
Qu'à vous faire un destin aussi doux que le nôtre.


Scène 4
Circé, Nérine

Circé:
Tu vois, de mes feux rien n'a pu l'informer,
Il ne s'apperçoit pas de la langueur extrême:
Hélas, qu'il est loin de m'aimer !
L'ingrat ne vois pas que je l'aime.

Nérine:
Laisserés-vous servir tous vos bienfaits
Au trïomphe d'une Rivale ?

Circé:
Non, je saurai briser cette chaîne fatale
Quils oppôsent à mes souhaits !
Je veux à mes desseins que le Tibre s'unisse:
Il faut arme contre eux la force & l'artifice.
Venés, transports crüels, implacable fureur !
C'est l'amour en couroux qui vous livre mon coeur.
En préparanr une vengeance affreuse,
Ne laissons voir au Roi que mes soins les plus doux;
Mais perçons, en secret, des plus funestes coups
Une Rivale, trop heureuse.
Venés, transports crüels, implacable fureur !
C'est l'amour en couroux qui vous livre mon coeur.

ACTE SECOND

Scène première
Canente

Canente, seule:
Coulés, tranquilles eaux, volés, chatmants zéphirs;
Ah ! pour vous arrêter ma voix n'a plus de charmes:
Mon coeur, depuis qu'il aime, éprouve trop d'allarmes;
L'écho ne réponds plus qu'à mes tristes soupirs.
Mon amant aujourd'hui jouït du rang suprême.
Je crains que la grandeur ne borne ses désirs:
La crainte fuit toujours une tendresse extrême.
Quand rien ne trouble mes plaisirs,
Mon coeur se plaît à le troubler lui-même.
Coulés, tranquilles eaux, volés, chatmants zéphirs;
Ah ! pour vous arrêter ma voix n'a plus de charmes:
Mon coeur, depuis qu'il aime, éprouve trop d'allarmes;
L'écho ne réponds plus qu'à mes tristes soupirs.


Scène 2
Canente, Picus

Picus:
Belle nimphe, j'échappe à la foule importune
Qu'attache sur mes pas ma brillante fortune.
La liberté regne en ce beau séjour;
Et nous n'avons enfin de témoin que l'Amour.

Canente:
Je vous revois couvert d'une immortelle gloire:
N'affoiblit-elle point l'amour dans votre coeur ?

Picus:
Jamais on n'a brûlé d'une si vive ardeur;
Il faut la sentir pour la croire.
Depuis que sous vos douces loix
Toute mon âme est asservie,
Je ne compte plus dans ma vie
Que les moments où je vous vois.
Loin du Temple tantôt que soin vous retenoit ?

Canente:
Au Dieu d'Amour j'offrois un sacrifice,
Dans le tems qu'on vous couronnoit.
Dans un coeur, que la gloire enflâme,
Il reste peu de place à l'amoureuse ardeur;
Et je prïois l'Amour de défendre votre âme
Contre la gloire & la grandeur.

Picus:
Bannissés ces vaines allarmes;
Je sais tout mon bonheur de suivre votre loi.
Mon trône perdroit tous ses charmes,
Si vous n'y montiés avec moi.

Canente:
Circé, paroît; cachons notre tendresse.

Picus:
Non, ne crontraignons point de si doux sentiments.


Scène 3
Canente, Picus, Circé

Picus:
Venés, favorable Déesse:
Prenés part aux trnaports de deux heureux amants,

Circé:
Aimés-vous sans mistère, aimés-vous sans allarmes;
Ne cachés plus vos tendres soins:
Un bonheur sans témoins
N'a pas ses plus doux charmes.

Picus:
L'Himen va découvrir notre secret lïen,
Je vais le préparer; je vous laisse Canente:
Aimés, Déesse, aimés cette Nimphe charmante;
Que son bonheur vous soit aussi cher que le mien !


Scène 4
Canente, Circé

Circé:
Pour flater vos désirs que reste-t-il à faire ?
Les Dieux & les mortels de vos yeux sont charmés:
Tous les bienfaits sont renfermés
Dans l'avantage de plaire.
Le Maître des eaux languit sous votre loi;
Vous l'enflâmés, au milieu de son onde.

Canente:
Si je n'enflâmois que le Roi,
Je jouïrois encor d'une paix plus profonde.

Circé:
Vous trouvés un bonheur plus grand
A choisir, aujourd'hui, la chaîne la moins belle:
Mais ne craignés-vous point de regretter le rang
Où votre beauté vous appelle ?

[on entend une Symphonie agréable; un Rocher s'ouvre, dans le fond du Théâtre, & laisse voir un Palais, où paroissent les Dieux des fleuves, res ruisseaux & des fontaines, soûmis au Tibre]

Circé & Canente:
Qu'entends-je ? quels charmants accords
De ces lieux troublent le silence ?
Qui pourroit attirer tant d'éclat sur ces bords ?

Canente, à Circé:
Est-ce votre art ?

Circé, à Canente:
Est-ce votre présence ?


Scène 5
Canente, Circé,
Troupes des Dieux des fleuves, des ruisseaux & des fontaines, soûmis au Tibre

Un Fleuve, de la suite du Tibre, à Canente:
Voyés de quels sujets vous êtes souveraine.
C'est pour voir en vous notre Reine
Que le Tibre en ces lieux vient de nous rassembler.
Nimphe, recevés cet hommage.
Il n'est encor que le présage
Des honneurs éclatants dont il veut vous combler.

Canente, à Circé:
Qu'entends-je ? Que je crains ! Secourés-moi, Déesse !

Circé:
Nimphe, redoutés moins l'honneur qu'on vous adresse.

[on danse]

Le Choeur:
Vos yeux charmants peuvent tout enflâmer,
Les Amours, pour vous suivre, abandonnent Cithère;
En jouïssant de la gloire de plaire,
Belle Nimphe, éprouvés les doux plaisir d'aimer.

[on danse]

Un Fleuve, à Canente:
Les Dieux ont tout soûmis à leurs pouvoirs divers.
Ils regnent dans les cieux, sur la terre, & sur l'onde;
Leur empire s'étend jusques dans les enfers;
A leurs desirs il faut que tout réponde:
Un de ces dieux, qu'adore l'univers,
Vient, en tremblant, vous demander des fers;
Vos yeux sont plus puissants que les Maîtres du monde.

[on danse]

Canente:
Hélas, que je souffre en ces lieux !
Que mon coeur...

Circé:
Arrêtés; le Dieu s'offre à vos yeux.


Scène 6
Canente, Circé, le Tibre
Troupes des Dieux des fleuves, des ruisseaux & des fontaines, soûmis au Tibre

Le Tibre:
Quoi ! lorsque tout mon coeur à vos charmes se livre,
Rien ne vous touche, à votre tour ?
De l'hommage emprèssé que vous offre ma Cour,
Vous souhaités qu'on vous délivre ?

Canente:
Vous en etonnés-vous ? vous savés mon amour.

Le Tibre:
Eh ! il faut que votre coeur balance ?
Vous connoissez mes feux & ma puissance,
La Nimphe, à qui l'Himen engagera ma foi,
Doit, part l'ordre du sort, devenir immortelle
Venés, montés au rang où l'amour vous appelle:
Il vous devoit un Dieu, c'étoit trop peu d'un Roi.

Canente:
Pour troubler une ardeur & si tendre & si pure,
Que vous sert de m'offrir un honneur odïeux ?
Dois-je monter au rang des Dieux,
Par l'inconstance & le parjure ?

Le Tibre:
Ce n'est pas l'infidélité,
C'est moi que votre coeur abhorre.

Canente:
Non, je sais trop qu'un Dieu doit être respecté.

Le Tibre:
Ah! le respect outrage un Dieu qui vous adore.
Avec le plus haut rang vous refusés ma main;
Je connois à quel point ma tendresse vous gêne:
Et c'est sur les faveurs que je vous offre en vain,
Que je mesure votre haîne.

Canente:
Lorsqu'un coeur est bien enflâmé,
A trahir un beau feu rien ne le peut contraindre.
L'ambitïon ne l'a point allumé;
La grandeur ne sauroit l'éteindre.

Le Tibre:
Que vous m'apprenés bien, par ces crüels discours,
Le destin d'une ardeur qui vous est odïeuse !
Vous êtes trop ingénïeuse
A trouver des raisons pour me haïr toûjours.
Mais craingés que mon coeur ne se livre à la rage;
Craignés le dèsespoir d'un amant furïeux !
Plutôt que de souffrir un himen, qui m'outrage,
Je désolerai tous ces lieux:
Tout s'y ressentira de ma fureir extrême;
En d'horribles torents j'y répandrai mes eaux:
Et si l'Himen, pour vous, allume les flambeaux,
J'irai les éteindre moi-même.
Pour porter jusqu'à vous d'affreux débordements,
J'épuiserai mes cavernes profondes;
Et j'engloûtirai dans mes ondes
La victime, l'autel, le prêtre & les amants !

Canente:
Qu'ai-je entendu ?quelle rage fatale !

[à Circé]

Déesse, à ses transports daignés vous oppôser.

Circé:
Connois enfin mon coeur; c'est assés t'abuser:
Cèsse d'implorer ta rivale.

Canente:
O ciel ! c'est donc à toi de me favoriser.

Circé:
Tremble ! crains tous des feux que je viens de t'apprendre.
Tout mon bonheure dépend de t'arracher au Roi.
Ce que j'ai fait pour lui, doit te faire comprendre
Ce que je ferai de toi.
Il faut répondre à mon envie.

Le Tibre:
Il faut combler mes voeux.

Circé:
Ou craindre ma furie.

Le Tibre:
Devenir immortelle.

Circé:
Ou renoncer au jour.

Canente:
Vous pouvés m'arracher la vie,
Mais rien ne peur m'arracher mon amour.

Circé:
Ah, c'en est trop ! Démons, soûmis à mon empire,
Enlevés-la d'ici; volés dans mon Palais.

[les Démons enlèvent Canente]

Circé, au Tibre:
Je vous l'ai déjà dit, & je vous le promèts,
Je vais, par tout mon art, tâcher de la réduire
A rofiter de vos bienfaits.

Le Tibre & Circé:
Oppôssons, oppôsons la colère à l'entourage;
Il faut que l'amour soit vengé.
C'est au dépit, c'est à la rage
A venger l'amour outragé !

ACTE TROISIEME

Le Théâtre représente le Palais de Circé


Scène première
Circé, Nérine

Nérine:
Picus est accâblé d'une douleur extrême,
Il cherche Canente en tous lieux;
Il soûpire, il gémit, il accuse les Dieux
De lui ravir tout ce qu'il aime.

Circé:
Fais-lui savoir que la Nimphe est ici,
Et qu'elle doit s'unir au Tibre, qui l'adore;
Va, Nérine: mais qu'il ignore
Que c'est de mon aveu qu'il en est éclairci.
Ma rivale parôit; qu'on me laisse avec elle.


Scène 2
Circé, Canente

Circé:
Enfin, Nimphe, avés-vous compris
Ce que c'est que d'être immortelle ?

Canente:
D'un bien si glorieux je connois tout le prix;
Mais j'aimle meiux être fidele.

Circé:
Quoi ! pour le vain honneur de la fidélité,
Vous méprisés des Dieux l'avantage suprême ?

Canente:
Est-il un plus grand mal que l'immortalité,
Quand on vit loin de ce qu'on aime !
Par des lïens trop forts mon coeur est arrêté.

Circe:
Pouvés-vous ne pas voir les charmes
Des honneurs que vous refusés ?
Et pouvés-vous voir, sans allarmes,
Les maux où vous vous expôsés ?
Vous vous troublés; vous répandés des larmes.

Canente:
Je ne m'en défends point: vous voyés la frayeur
Dont mon âme est atteinte;
Mais c'est sans y regner, qu'elle trouble mon coeur;
Et mon amour est plus fort que ma crainte.

Circé:
Eh bien, il faudra me venger,
Puisque vous voulés m'y réduire.
Le Destin de Scilla doit assés vous intruire
Des maux que je prépare à qui m'ose outrager.
Craignés, craignés une égale vengeance.

Canente:
S'il faut briser mes fers, je ne puis l'éviter.

Circé:
Je vais, pour vos tourments, épuiser ma puissance.

Canente:
J'aime mieux les souffrir, que de les mériter.

Circé:
Ministres de mon art, vous, que la rage anime,
Qui semés, à mon gré, l'épouvente & l'horreur,
Venés, rassemblés-vous; voilà votre victime:
Inventés des tourments dignes de ma fureur.

[les Démons & les Ministres de Circé accourent à sa voix, & le Théâtre s'obsurcit]

Employés le fer & la flâme,
Faites de ce Palais un horrible séjour;
Que l'effroi, que l'horreur s'empare de son âme;
N'y laissés point de place pour l'Amour !

Choeur de Démons & de Ministres de Circé:
Employons le fer & la flâme,
Fesons de ce Palais un horrible séjour;
Que l'effroi, que l'horreur s'empare de son âme;
N'y laissons point de place pour l'Amour !

Circé:
Je vous laisse le soin de vaincre sa constance:
Je vais chercher le Dieu qui s'obstine à l'aimer;
Et je reviens consommer ma vengeance,
Si son coeur, plus soûmis, n'aime mieux la calmer.

[Circé sort]


Scène 3
Canente, Démons & Ministres de Circé, qui viennent hâter sa vengeance, & l'effrayer

Canente:
Où suis-je ? hélas ! qui prendra ma défense ?

[entrée des Démons]

Le Choeur:
Tremble ! c'est l'amour jaloux
Qui te poursuit, & se venge;
Tremble ! si ton coeur ne change,
Une rivale en couroux
Va te faire éprouver les plus funestes coups.

Tremble ! c'est l'amour jaloux
Qui te poursuit, & se venge.

Canente:
Qui peut me délivrer des horreurs que je sens ?
Dieux ! prêtés à ma voix des charmes plus touchants.

Le Choeur:

Canente, aux Démons:

Non, tes efforts sont impuissants;
N'attends de nous que fureur, que vengeance.

Calmés de vos fureurs l'affreuse vïolence;
Cédes, cédes, crüels, à mes tristes accents:
Laissés toucher vos coeur, laissés charmer vos sens;
Que la pitié désarme la vengeance !

Canente:
J'ai vu souvent, aux accords de ma voix,
Toute la nature sensible.
Quoi ! votre coeur est-il plus infléxible
Que les rochers, que les monstres des bois ?

Le Choeur:

Canente:

De ses divins accords, Dieux, qu'elle est la puissance !
Nous cédons, nous cédons à tes tendres accents:
La pitié, malgré nous, s'empare de nos sens,
Et dans nos coeurs désarme la vengeance.

Calmés de vos fureurs l'affreuse vïolence;
Cédes, cédes, crüels, à mes tristes accents:
Laissés toucher vos coeur, laissés charmer vos sens;
Que la pitié désarme la vengeance !


Scène 4
Canente, Démons & Ministres de Circé, qui viennent hâter sa vengeance, & l'effrayer

Le Théâtre s'éclaire, une Troupe d'Amours, placés sur des nuages, descend dans le fond du Théâtre, & en même tems d'autres Amours & Plaisirs descendent, en le traversant

Choeur des Amours, des Plaisirs, & des Graces:
Voyés de ce séjour dissiper les horreurs:
Le charme de vos chants près de vous nous attire;
De votre art enchanteur tout reconnoît l'empire:
Puisse-t-il de Circé vaincre aussi les rigueurs !

[on danse]

Canente:
Dieux favorables, que j'implore,
Veillés sur moi, tendres Amours !
pour moi, pour l'amant que j'adore,
J'attends tout de votre secours.

Dieux favorables, que j'implore,
Daignés nous protéger toujours.

Choeur des Amours & des Ministres de Circé:
Ne redoutés plus leur vengeance;
Ne craignés plus notre vengerance;
Vous trïomphés de leurs fureurs.
Vous trïomphés de nos fureurs.
La beauté, le talent, unis à la constance,
Doivent soûmettre tous les coeurs.

[un Prélude annonce le retour de Circé: les Plaisirs & les Amours se retirent]


Scène 5
Circé, le Tibre, Canente, Nérine,
tous les Ministres de Circé

Circé, au Tibre:
Venés, je l'ai prévu, tout ici est tranquille;
Le Nimphe se rend à nos voeux:
Vous ne brûlerés plus d'un ardeur inutile,
Mes soins ont réunssi; vous allés être heureux.

Canente:
Non, ce n'est point en éteignant ma flâme
Que j'ai désarmé leurs fureurs:
L'effroi n'a point changé mon âme,
Mais la pitié vient de changer leurs coeurs.

Circé:
Qu(entends-je ? Ministres perfides !
Elle a pu vous toucher, pour la première fois ?
Eh bien, lâches ! il faut, pour accomplir mes loix,
Vous donner des coeurs moins timides.

[elle les touche de sa baguette]

Devenés, à l'instant, des monstres furïeux;
Devoés, malgré vous, ma rivale à mes yeux !

[ les Ministres de Circé sont changés en Monstres, & s'avancent pour dévorer Canente]

Le Tibre, s'oppôsant aux Monstre:
Arrêtés ! ma flâme est trop vive:
Je sens que jusques-là je ne puis la trahir.
Mon coeur demande qu'elle vive,
Quand ce seroit pour me haïr.

Circé:
Non, ma fureur ne peut vous obéïr.

Le Tibre:
Si vous atentés sur sa vie,
Tremblés ! les jours du Roi me répondront des siens.

Canente:
Ah, ne vous vengés pas par cette barbarie !

Circé:
Monstres, calmés votre furie !
On menace le Roi, ses périls sont les miens.

[les monstres sortent du théâtre]

Circé, le Tibre & Canente:
Que horreur, quel supplice extrême,
Que de craindre pour ce qu'on aime !

Circé, au Tibre:
Je ne la retiens plus, je la laisse avec vous;
Essayés si l'amour pourra plus que la crainte.

[Le Tibre & Canente sortent]

Circé, à Nérine:
Prête à porter les plus funestes coups,
Je vais tenter encor l'artifice & la feinte:
Tu sauras bien-tôt mes projèts.
Nérine, fais venir le Prince ne ce Palais.

ACTE QUATRIEME

Le Théâtre représente les jardins de Circé


Scène première
Circé, Picus

Picus:
Ciel ! que me dites-vous ? la croirai-je infidèle ?
Aux dépens de mes jours, Veut elle être immortelle ?
Croirai-je que l'ingrate, au mépris de sa foi,
Gradoit ce prix de ma constance ?
Et se peut-il que contre moi
Elle implore sa puissance ?

Circé:
Vous doutés que la gloire ait pu la dégager,
Et je m'en étonne moi-même:
Je conçois trop comme on vous aime;
Mais je ne conçoit pas comment on peut changer.

Picus:
Ah ! laissés-moi la voir; cedés à mes allarmes !
Laissés-moi lui montrer un dépit éclatant:
Qu'au moins mon dèsespoir, mes reproches, mes larmes
Troublent le bonheur qu'elle attend.

Circé:
Dois-je trahir son espérance ?
Elle fuit, en ces lieux, votre juste douleur.

Picus:
Pourriés-vous à mes voeux refuser sa présence ?
Aidés-vous la perfide à me percer le coeur ?

Circe:
Cessés d'aimer une inhumaine;
Le dépit doit vous degager.
Dans le plaisir d'une nouvelle chaîne
Vous trouverés celui de vous venger.

Picus:
Dieux, quelle trahison ! quoi ! Nimphe trop crüelle,
Mon rival vous rend infidele ?
Quoi ! vous sacrifïés mes feux à ses amours ?
Il vous est doux d'être immortelle,
Pour l'adore sans-cesse, & me trahïr toûjours ?
Ah, c'en est trop ! mon coeur au dèsespoir se livre:
Cherchons un sort plus doux dans l'éternel oubli.
Crüelle ! c'en est fait, je vais cesser de vivre;
Votre bonheur est accompli !

[il tombe, accablé de douleur; & Circé le touche de sa baguette, pour l'enchanter]

Circé:
Profitons du moment où sa douleur l'accâble,
Effaçons de son coeur ses premières amours:
Et pour forcer l'ingrat à me trouver aimable,
Employons de mon art les plus puissants secours.
Sombre Déesse du silence,
O Nuit ! viens trïompher de la clarté du jour:
Aux charmes de mon art viens unir ta puissance;
Et forçons, s'il se peut, l'Amour
A nous prêtre son assistance.
Sombre Déesse du silence,
O Nuit ! viens trïompher de la clarté du jour.


Scène 2
La Nuit, Circé, Picus,
Suite de la Nuit, Magiciens, évoqués par Circé

Le Théâtre s'obscurçit, la Nuit descend, accompagnée de sa suite

La Nuit:
Ta voix, du haut des cieux me contraint à descendre;
De mes voiles épais j'environne ces lieux:
Nos efforts réunis peuvent tout entreprendre,
Et soûmettre à nos loix le plus puissant des Dieux.

[entrée de la Suite de la Nuit]

Circé:
Esprits, soûmis à mon empire,
Faites briller ici vos magiques clartés:
Venés verser sur lui tout l'amour qu'il m'inpire.

[Le Th&âtre s'éclaire; les Magiciens, sous des formes agréables, se joignent à la suite de la Nuit, dansent autour de Picus, & répandent sur lui des fleurs]

Circé & la Nuit:
Amour, c'est trop troubler [mon / son] âme;
Viens réparer les maux que [tu me / lui] fais.
Eteins les feux, brise les traits,
Qu'on oppôse à [ma / sa] flâme.

Circé, la Nuit & le Choeur:
Descendés, Dieu charmant ! répondés à nos voix;
Lancés vos traits, & secondés nos charmes;
Employés, avec nous, vos plus puissantes armes,
Soûmettés ce héros à de nouvelles loix.

[on danse]

La Nuit, Circé & le Choeur:
Descendés, Dieu charmant ! &c...

L'Amour, paroîssant dans les airs:
Préstends-tu me soûmettre à tes commandements ?
Cèsse de combattre leurs flâmes,
Le trait, dont j'ai blessé leurs âmes,
Ne peut être brisé par tes enchantements.
Envain tu voudrois l'entreprendre;
De tes efforts je saurai les défendre:
L'Amour doit protéger les fideles amants.

[l'Amour disparoît]

Circé:
Ah ! si pour mon bonheur je manque de puissance,
Je n'en manquerai pas du-moins pour ma vengeance.

[à la Nuit]

Laissés-moi; je me livre à mes emportements.

[la Nuit sort, avec sa suite]

Feignons; laissons-lui voir de plus doux sentiments.

[elle touche Picus de sa baguette]


Scène 3
Circé, Picus

Picus:
Je vis encor ! le ciel me condamne à la vie !
Je reprens à la fois mes sens & ma langueur;
J'adore encor Canente, après sa perfidie;
L'Amour se plaît, pour elle, à déchirer mon coeur ?

Circé:
Il faut vous détromper; votre Nimphe est fidele.

Picus:
Vous l'accusiés d'une perfide ardeur !

Circé:
Je vous aime, & l'Amour m'avoit armé contre elle;
Mais je cède à vos feux; il faut vous rassûrer:
L'Amour a fait le crime, il va le réparer.

Picus:
Ah, rendés-moi Canente ! & cet effor suprême...

Circé:
Je ferai plus; je veux vous unir, dès ce jour;
Connoissés tout mon coeur: je sens que je vous aime
Jusqu'à pouvoir pour vous immoler mon amour.

Picus:
Après tant d'artifice, ô dieux ! vous puis-je croire ?

Circé:
Croyés-moi; j'en atteste & l'amour & la gloire.
Allés à votre Nimphe annoncer ce bonheur.

[il sort]

[à part]

Qu'il savent peu l'himen qu'apprête ma fureur !

ACTE CINQUIEME

Le Théâtre représente de même les jardins de Circé


Scène première
Circé

Circé, seule:
J'ai pris soin d'écarter le Tibre de ces lieux;
Il eût de mon dépit contraint la vïolence:
Son coeur ignore encor que la vengeance
Est le plus doux plaisir des Dieux.
Rien ne suspendra plus le couroux qui m'anime:
Je vais remplir ces lieux dépouvente & d'hoeeur;
Et je n'attends que ma victime
Pour me livrer à toute ma fureur.


Scène 2
Circé, Nérine

Circé:
As-tu vu ces amants ? leur as-tu fait entendre
Que j'assemblois ici l'Himen & les Plaisirs ?
Qu'enfin tout s'y prépare à combler leurs désirs ?

Nérine:
Par votre ordre, en ces lieux ils vont bien-tôt se rendre.

Circé:
Je les attends.

Nérine:
Eh que prétendés-vous ?
Pourrés-vous étouffer tous vos transports jaloux ?
Vous, que j'ai vu livrée au fureurs les plus grandes,

Verrés-vous sans dépit leur trïomphe éclatant ?

Circé:
Tu me connois, Nérine, & tu me le demandes !
Frémis plûtôt du sort qui les attend.
Ce que l'enfer & la haîne barbare
Pourront imaginer de plus crüels tourments,
Voilà l'Himen que ma fureur prépare
A ces trop coupables amants.

Laisse-moi seule; il faut que l'enfer s'intéresse
A seconder le couroux qui me prèsse.
Par les plus noirs enchantements,
Je vais tout ordonner pour cet Himen funeste;
Et les apprèts de leurs tourments
Sont le seul plaisir qui me reste.


Scène 3
Circé

Circé, seule:
Vous, dont le seul aspect inspire la terreur,
Euménides ! quittés le ténébreux rivage;
Venés à mes transports unir votre fureur,
J'implore toute votre rage !

Allumés vos flambeaux, irrités vos serpents;
Que le fer, que le feu, que la Parque crüelle
Egale vos fureurs à celles que je sens:
L'amour, au dèsespoir, par ma voix vous appelle.

[les Euménides sortent des enfers]

Les Euménides:
Ordonne, nous obéïssons.
Des plus grands criminels nous suspendons les peines;
Console-nous, par des loix inhumaines,
Du repos que nous leur laissons.

Circé:
Vos fureurs ne seront pas vaines.

Pour punir deux amans , je leur laisse espérer
Que leurs flâmes vont être heureuses;
Ils pensent vois l'Himen prêt à les éclairer,
Mais je ne veux que vous pour ces nôces affreuses.
C'est à vous de les célébrer.

Les Euménides:
Quel plaisir de servir le couroux qui t'entraîne !

Circé:
Venés unir ces amants malheureux,
Sous les auspices de la haîne:
Que vos flambeaux forment leurs feux,
Que vos serpents forment leur chaîne !

Les Euménides:
Que nos flambeaux forment leurs feux,
Que nos serpents forment leur chaîne !

Circé:
Que ces transports à mes yeux sont charmants !
Mais tout à préparer employons les moments.
Pour les tromper, que ce lieu s'embellisse.
Vous, paroissés ces Dieux qu'atendent leurs désirs;
Et, sous la forme des plaisirs,
Préparés-leur le plus affreux supplice !

[les Euménides rentrent, le Théâtre change, & représente le Temple de l'Himen; les Furies, sous la forme de l'Amour & de l'Himen , paroîssent dans le fond, élevées sur une estrade, devant laquelle est un autel]

Circé:
Ma rage enfin va montrer, dans ce jour,
Ce que c'est que Circé, jusqu'où va sa puissance:
Et la douceur de la vengeance
Me fait presque oublïer les rigueurs de l'Amour.
J'apperçois ces amants; le peuple ici s'avance:
Faites de vos concerts retentir ce séjour.


Scène dernière
Circé, Picus, Canente,
Furies, sous la forme de l'Amour & de l'Himen,
Choeur des Peuples

Le Choeur:
Venés former la chaîne la plus belle,
Jouïssés d' un bonheur constant;
L'Amour vous appelle,
L'Himen vous attend.

Circé:
Venés, qu'un noeud charmant vous joigne l'un à l'autre:
Le Tibre, comme moi, fait son bonheur du vôtre.
Quand nous trïomphons de nos feux,
Le prix de notre effort est de vous voir heureux.

Picus:
Cet effort généreux pâsse notre espérance;
A de nouveaux respects il doit nous engager:
Notre coeur va se partager
Entre l'amour, & la reconoissance.

Circé:
Ne tardons plus, hâtons l'heureux instant
Qui doit former une chaîne si belle.
L'Amour vous appelle,
L'Himen vous attend.

Le Choeur:
L'Amour vous appelle,
L'Himen vous attend.

[pendant le Choeur, Circé conduit Picus & Canente à l'autel]

Picus & Canente:
Viens couronner nos feux, toi, qui formas nos âmes,
Amour ! reçois nos voeux & nos serments;
Fais que l'Himen, par ses liens charmants,
Ajoûte encor, s'il se peut, à tes flâmes !

[les Furies sous la forme de l'Himen & de l'Amour secouent leurs flambeaux, le Th&âtre s'obscurçit, il tombe une pluie de feu, la Simphonie exprime un bruit souterrain]

Picus & Canente:
Quelle horrible vapeur empoisonne ces lieux ?
Ah, perfide Circé !

Le Choeur des Peuples:
Secourés-nous , grands Dieux !

Circé, aux Euménides:
Il est tems de servir ma rage,
Hâtés-vous; vengés mon outrage !

Picus, Canente & le Choeur des Peuples:
Quels abîmes ouverts ! quel délude feux !
Secourés-nous, gands Dieux !

Circé, aux Euménides:
Hâtés-vous; vengés mon outrage:
Frappés !

[dans le moment que les Euménides s'avancent pour frapper Picus & Canente, on entend un coup de Tonnerre, l'Amour paroît dans les airs, les Furies s'abîment sous le Théâtre, le Temple disparoît & fait place à un Palais brillant]

L'Amour:
Disparoissés, rentrés sdans les enfers,
Monstres affreux, qu'avoit armés la haîne.

[à Circé]

Contre les amants que je sers,
Vois combien ta fureur est vaine.

[l'Amour acheve de descebdre]

Circé:
Je cède, Dieu crüel ! tu l'emportes sur moi.
Je dois fuir, à-jamais, ta fatale présence:
Je desteste les coeurs qui vivent sous ta loi;
Et je n'emploîrait plus mon art & ma puissance
Qu'à les punir, & me venger de toi !

[elle sort]

L'Amour, à Picus & à Canente:
Jouïssés d'un bonheur durable;
Rien ne troublera plus vos feux.

Vous, qui formés ma Cour, Plaisirs, Grâces & Jeux
Accourés, volés, troupe aimable;
Célébrés les transports de ces amants heureux.

[entrée des Plaisirs, des Grâces & des Amours]

Le Choeur:
L'Amour sur les enfers remporte la victoire;
Tout céde à son pouvoir; tout reconnoît ses loix.
Chantons, célébrons à la fois
Ses bienfaits & sa gloire:
Que nos concerts harmonïeux
S'élévent jusqu'aux Cieux.

[la Suite de l'Amour exécute le ballet qui termine le Spectacle]

Approbation

J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, Canente, Tragédie, nouvellement mise en musique. Je n'y ai rien trouvé qui ne doive en favoriser la réimpression.
A Paris, ce 12 Octobre 1760.
De Moncrif