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Tragédie en Musique en V Actes livret
de Monsieur Antoine Houdar de La Motte Première
Version Seconde
Version Pascal
Colasse Antoine
Dauvergne |
les
personnages: Circé,
magicienne & fille du Soleil
Le Tibre
Picus, premier roi d'Italie
Canente, nimphe
Saturne
Nérine, confidente de Circé
La Nuit
L'Amour
La Suite de Saturne, représentnat les quatre
Ages
Une Bergère
Un Fleuve, de la Suite du Tibre
Divinités des eaux, formant la Suite du
Tibre
Magiciens, Ministres de Circé,
Trois Euménides [Alecton, Erinnis,
Mégere],
les Jeux, les Palaisirs, & les Graces, formant la
Suite de l'Amour
les Peuples

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Le théâtre représente le Temple de Saturne |
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Circé, Nérine |
Nérine: Circé: Nérine: Circé: Nérine: Circé:
Picus va nous va nous devoir un trône
glorïeux;
Un Peuple, indépendant, cèsse pour lui de
l'être:
On va le proclamer à la face des Dieux,
Et c'est par vos conseils qu'on le choisit pour
maître.
Circé, m'est-il permis de lire en votre coeur
D'où naissent vos soins pour sa gloire ?
Tu crois que c'est l'effet d'une secrete ardeur:
Ah ! Picus ser-t-il de le dernier à la croire
?
Qu'entends-je ? il est donc vrai qu'il est votre vainqueur
?
Et vous me l'avoüés vous-même !
Tu sais que je l'ai vu, doutes-tu que je l'aime ?
Est-il instruit de votre feu ?
C'est par mes seuls bienfaits que j'en ai fait l'aveu.
Tout devroit le forcer à me rendre les armes;
C'est par moi qu'il règne en ce jour.
Hélas ! sera-ce en vain que j'ajoûte à
mes charmes
Tant de bienfaits & tant d'amour ?
Canente, je le sais, regne seule en son âme.
Mais on vient; vois ce Prince, & conçoit mon
ardeur.
S'il pouvait partager ma flâme,
Un Die même seroit moins digne de mon
coeur.
|
Circé, Nérine, Picus, Choeur des Peuples |
Le
Choeur: Circé: Soyés
le premier de ses Rois; Picus: [Circé
conduit Picus à son Trône; les Peuples lui
rendent hommage, & le reconnoissent pour leur
Roi] Le
Choeur: Picus: [une
Simphonie annonce la descnte de Saturne] Circé
& Picus: Saturne,
dans un nuage: [Saturne
remonte aux Cieux, & les Ages forment le
Ballet] [Entrée
des Guerriers, représentant l'âge de fer, &
l'âge d'airain, & exprimant, par leur danse,
différents combats] Choeur des
Guerriers: Du Dieu de
la guerre Le ciel
nous seconde: [Les
Guerriers sortent sur ces derniers vers, comme pour marcher
aux combats] [Entrée
de Bergers& de Bergeres, représentant l'âge
d'or & l'âge d'argent] Une
Bergere: Choeur de
Bergeres: La
Bergere: Le
Choeur:
Regnés, jeune héros; la gloire vous
appelle;
Elle a réglé notre choix:
Nous ne voulons que vos Loix
Pour le prix de notre zele;
Régnésn régnés sur nous; la
gloire vous appelle.
C'est ce peuple aujourd'hui qui s'aquitte envers vous;
Cent fois ses ennemis sont tombés sous vos coups:
Quand vous l'avés sauvé, souffrés qu'il
vous couronne;
Régnés: l'empire qu'il vous donne
Seroit détruit sans vos exploits.
C'est à vous que je dois ma nouvelle puissance;
Le suffrage du peuple est un de vos bienfaits.
Pour premiere reconnoissance,
Recevés l'aveu que j'en fais.
Vénérable Saturne, & vous, qu'il a fait
naître,
Recevés nos serments, Arbîtres des humains.
Ce héros désormais est notre unique
maître:
Nous remettons notre sort en ses mains.
Pere des Dieux, auteur de ma naissance,
Ecoute; c'est ton fils qui t'implore à son tour:
Fais régner, avec moi, la paix & l'abondance;
Qu'à-jamais l'âge d'or revienne en ce
séjour.
Mais dans les airs quel nuage s'avance ?
Cette clarté, ces sons harmonïeux,
D'un Dieu propice annoncent la présence;
Saturne nous entend, il descend dans ces lieux.
Apprends, mon fils, pour qui ta voix m'implore,
Ce peuple doit des Dieux épuiser les bienfaits;
Sa gloire doit aller encore
Au-delà des voeux que tu fais.
Ages, qui formés mon empire,
Pour célébrer leur sort, secondés par
mes souhaits:
Exprimés les transports que la valeur inspire,
Et peignés les douceurs que fait naître la
paix.
Courons aux combats,
Volons à la gloire;
C'est à la victoire,
De guider nos pas.
Ecoutons la voix;
Que toute la terre
Subisse nos loix.
Un destin heureux
Promet à nos voeux
L'empire du monde.
Dans nos champs, d'une douce paix
Nous goûtons les charmes
Et les bienfaits.
De ses dons, nos coeurs satisfaits,
Vivent sans allarmes
Et sans regerèts.
L'aimble Aurore
De ses pleurs
Vient de faire éclore
De nouvelles fleurs:
Tout s'engage:
L'amour,
Dans ce séjour,
Nous présage
Le plus beau jour.
Dans nos champs, d'une douce paix
Nous goûtons les charmes
Et les bienfaits.
De ses dons, nos coeurs satisfaits,
Vivent sans allarmes
Et sans regerèts.
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Circé, Nérine, Picus |
Circé: Picus: Circé: Picus: Circé: Picus:
Prince, pour couronner vos voeux,
La gloire avec l'amour aujourd'hui se rassemble;
Et l'on diroit qu'ils disputent ensemble
A qui vous rendra plus heureux.
Tout fléchit sous vos loix, tout s'empresse à
vous plaire:
Heureuse la beauté que votre coeur préfere
!
Canente est cet objet charmant ?
Je sentis à la voir que j'avois un coeur tendre,
J'aimai dès le même moment:
Je ne voulus point m'en défendre;
Je l'aurois voulu vainement.
Quoi, tant d'autres pour vous n'ont que de foibles armes
?
Sa seule voix efface leurs charmes.
Elle forme, à son gré, les sons les plus
touchants;
Et l'on voit, chaque jour, à ses aimbales chants
Tout la nature attentive:
Les arbres, les rochers sont émus à sa
voix;
Elle arrête le cours de l'onde fugitive;
Philomele, au milieu des bois,
Pour l'écouter, suspend sa voix plaintive:
Ses beaux yeux sont encore plus puissants mille fois.
Voilà les fers charmants où mon âme est
captive.
Mais, comme vous, le Tibre en est charmé:
Craignés de faire obstacle à l'ardeur de son
âme.
Depuis qu'il a pu voir que j'en étois
aimé,
Il semble avoir éteint sa flâme.
Mais, pour mieux assûrer le bonheur de nos feux,
Je cours hâter le jour heureux
Qui doit nous unir l'un à l'autre:
Et l'Amour n'aura pas, pour combler tous mes voeux,
Qu'à vous faire un destin aussi doux que le
nôtre.
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Circé, Nérine |
Circé: Nérine: Circé:
Tu vois, de mes feux rien n'a pu l'informer,
Il ne s'apperçoit pas de la langueur
extrême:
Hélas, qu'il est loin de m'aimer !
L'ingrat ne vois pas que je l'aime.
Laisserés-vous servir tous vos bienfaits
Au trïomphe d'une Rivale ?
Non, je saurai briser cette chaîne fatale
Quils oppôsent à mes souhaits !
Je veux à mes desseins que le Tibre s'unisse:
Il faut arme contre eux la force & l'artifice.
Venés, transports crüels, implacable fureur
!
C'est l'amour en couroux qui vous livre mon coeur.
En préparanr une vengeance affreuse,
Ne laissons voir au Roi que mes soins les plus doux;
Mais perçons, en secret, des plus funestes coups
Une Rivale, trop heureuse.
Venés, transports crüels, implacable fureur
!
C'est l'amour en couroux qui vous livre mon
coeur.

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|
Canente |
Canente,
seule:
Coulés, tranquilles eaux, volés, chatmants
zéphirs;
Ah ! pour vous arrêter ma voix n'a plus de
charmes:
Mon coeur, depuis qu'il aime, éprouve trop
d'allarmes;
L'écho ne réponds plus qu'à mes tristes
soupirs.
Mon amant aujourd'hui jouït du rang suprême.
Je crains que la grandeur ne borne ses désirs:
La crainte fuit toujours une tendresse extrême.
Quand rien ne trouble mes plaisirs,
Mon coeur se plaît à le troubler
lui-même.
Coulés, tranquilles eaux, volés, chatmants
zéphirs;
Ah ! pour vous arrêter ma voix n'a plus de
charmes:
Mon coeur, depuis qu'il aime, éprouve trop
d'allarmes;
L'écho ne réponds plus qu'à mes tristes
soupirs.
|
Canente, Picus |
Picus: Canente: Picus: Canente: Picus: Canente: Picus:
Belle nimphe, j'échappe à la foule
importune
Qu'attache sur mes pas ma brillante fortune.
La liberté regne en ce beau séjour;
Et nous n'avons enfin de témoin que
l'Amour.
Je vous revois couvert d'une immortelle gloire:
N'affoiblit-elle point l'amour dans votre coeur ?
Jamais on n'a brûlé d'une si vive ardeur;
Il faut la sentir pour la croire.
Depuis que sous vos douces loix
Toute mon âme est asservie,
Je ne compte plus dans ma vie
Que les moments où je vous vois.
Loin du Temple tantôt que soin vous retenoit
?
Au Dieu d'Amour j'offrois un sacrifice,
Dans le tems qu'on vous couronnoit.
Dans un coeur, que la gloire enflâme,
Il reste peu de place à l'amoureuse ardeur;
Et je prïois l'Amour de défendre votre
âme
Contre la gloire & la grandeur.
Bannissés ces vaines allarmes;
Je sais tout mon bonheur de suivre votre loi.
Mon trône perdroit tous ses charmes,
Si vous n'y montiés avec moi.
Circé, paroît; cachons notre
tendresse.
Non, ne crontraignons point de si doux
sentiments.
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Canente, Picus, Circé |
Picus: Circé: Picus:
Venés, favorable Déesse:
Prenés part aux trnaports de deux heureux
amants,
Aimés-vous sans mistère, aimés-vous
sans allarmes;
Ne cachés plus vos tendres soins:
Un bonheur sans témoins
N'a pas ses plus doux charmes.
L'Himen va découvrir notre secret lïen,
Je vais le préparer; je vous laisse Canente:
Aimés, Déesse, aimés cette Nimphe
charmante;
Que son bonheur vous soit aussi cher que le mien
!
|
Canente, Circé |
Circé: Canente: Circé: [on
entend une Symphonie agréable; un Rocher s'ouvre,
dans le fond du Théâtre, & laisse voir un
Palais, où paroissent les Dieux des fleuves, res
ruisseaux & des fontaines, soûmis au
Tibre] Circé
& Canente: Canente,
à Circé: Circé,
à Canente:
Pour flater vos désirs que reste-t-il à faire
?
Les Dieux & les mortels de vos yeux sont
charmés:
Tous les bienfaits sont renfermés
Dans l'avantage de plaire.
Le Maître des eaux languit sous votre loi;
Vous l'enflâmés, au milieu de son
onde.
Si je n'enflâmois que le Roi,
Je jouïrois encor d'une paix plus profonde.
Vous trouvés un bonheur plus grand
A choisir, aujourd'hui, la chaîne la moins belle:
Mais ne craignés-vous point de regretter le rang
Où votre beauté vous appelle ?
Qu'entends-je ? quels charmants accords
De ces lieux troublent le silence ?
Qui pourroit attirer tant d'éclat sur ces bords
?
Est-ce votre art ?
Est-ce votre présence ?
|
Canente, Circé, Troupes des Dieux des fleuves, des ruisseaux & des fontaines, soûmis au Tibre |
Un Fleuve,
de la suite du Tibre, à Canente: Canente,
à Circé: Circé: [on
danse] Le
Choeur: [on
danse] Un Fleuve,
à Canente: [on
danse] Canente: Circé:
Voyés de quels sujets vous êtes souveraine.
C'est pour voir en vous notre Reine
Que le Tibre en ces lieux vient de nous rassembler.
Nimphe, recevés cet hommage.
Il n'est encor que le présage
Des honneurs éclatants dont il veut vous
combler.
Qu'entends-je ? Que je crains ! Secourés-moi,
Déesse !
Nimphe, redoutés moins l'honneur qu'on vous
adresse.
Vos yeux charmants peuvent tout enflâmer,
Les Amours, pour vous suivre, abandonnent
Cithère;
En jouïssant de la gloire de plaire,
Belle Nimphe, éprouvés les doux plaisir
d'aimer.
Les Dieux ont tout soûmis à leurs pouvoirs
divers.
Ils regnent dans les cieux, sur la terre, & sur
l'onde;
Leur empire s'étend jusques dans les enfers;
A leurs desirs il faut que tout réponde:
Un de ces dieux, qu'adore l'univers,
Vient, en tremblant, vous demander des fers;
Vos yeux sont plus puissants que les Maîtres du
monde.
Hélas, que je souffre en ces lieux !
Que mon coeur...
Arrêtés; le Dieu s'offre à vos
yeux.
|
Canente, Circé, le Tibre Troupes des Dieux des fleuves, des ruisseaux & des fontaines, soûmis au Tibre |
Le
Tibre: Canente: Le
Tibre: Canente: Le
Tibre: Canente: Le
Tibre: Canente: Le
Tibre: Canente: [à
Circé] Déesse,
à ses transports daignés vous
oppôser. Circé: Canente: Circé: Le
Tibre: Circé: Le
Tibre: Circé: Canente: Circé: [les
Démons enlèvent Canente] Circé,
au Tibre: Le Tibre
& Circé:
Quoi ! lorsque tout mon coeur à vos charmes se
livre,
Rien ne vous touche, à votre tour ?
De l'hommage emprèssé que vous offre ma
Cour,
Vous souhaités qu'on vous délivre ?
Vous en etonnés-vous ? vous savés mon
amour.
Eh ! il faut que votre coeur balance ?
Vous connoissez mes feux & ma puissance,
La Nimphe, à qui l'Himen engagera ma foi,
Doit, part l'ordre du sort, devenir immortelle
Venés, montés au rang où l'amour vous
appelle:
Il vous devoit un Dieu, c'étoit trop peu d'un
Roi.
Pour troubler une ardeur & si tendre & si pure,
Que vous sert de m'offrir un honneur odïeux ?
Dois-je monter au rang des Dieux,
Par l'inconstance & le parjure ?
Ce n'est pas l'infidélité,
C'est moi que votre coeur abhorre.
Non, je sais trop qu'un Dieu doit être
respecté.
Ah! le respect outrage un Dieu qui vous adore.
Avec le plus haut rang vous refusés ma main;
Je connois à quel point ma tendresse vous
gêne:
Et c'est sur les faveurs que je vous offre en vain,
Que je mesure votre haîne.
Lorsqu'un coeur est bien enflâmé,
A trahir un beau feu rien ne le peut contraindre.
L'ambitïon ne l'a point allumé;
La grandeur ne sauroit l'éteindre.
Que vous m'apprenés bien, par ces crüels
discours,
Le destin d'une ardeur qui vous est odïeuse !
Vous êtes trop ingénïeuse
A trouver des raisons pour me haïr toûjours.
Mais craingés que mon coeur ne se livre à la
rage;
Craignés le dèsespoir d'un amant furïeux
!
Plutôt que de souffrir un himen, qui m'outrage,
Je désolerai tous ces lieux:
Tout s'y ressentira de ma fureir extrême;
En d'horribles torents j'y répandrai mes eaux:
Et si l'Himen, pour vous, allume les flambeaux,
J'irai les éteindre moi-même.
Pour porter jusqu'à vous d'affreux
débordements,
J'épuiserai mes cavernes profondes;
Et j'engloûtirai dans mes ondes
La victime, l'autel, le prêtre & les amants
!
Qu'ai-je entendu ?quelle rage fatale !
Connois enfin mon coeur; c'est assés t'abuser:
Cèsse d'implorer ta rivale.
O ciel ! c'est donc à toi de me favoriser.
Tremble ! crains tous des feux que je viens de
t'apprendre.
Tout mon bonheure dépend de t'arracher au Roi.
Ce que j'ai fait pour lui, doit te faire comprendre
Ce que je ferai de toi.
Il faut répondre à mon envie.
Il faut combler mes voeux.
Ou craindre ma furie.
Devenir immortelle.
Ou renoncer au jour.
Vous pouvés m'arracher la vie,
Mais rien ne peur m'arracher mon amour.
Ah, c'en est trop ! Démons, soûmis à mon
empire,
Enlevés-la d'ici; volés dans mon
Palais.
Je vous l'ai déjà dit, & je vous le
promèts,
Je vais, par tout mon art, tâcher de la
réduire
A rofiter de vos bienfaits.
Oppôssons, oppôsons la colère à
l'entourage;
Il faut que l'amour soit vengé.
C'est au dépit, c'est à la rage
A venger l'amour outragé !

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Le Théâtre représente le Palais de Circé |
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Circé, Nérine |
Nérine: Circé:
Picus est accâblé d'une douleur
extrême,
Il cherche Canente en tous lieux;
Il soûpire, il gémit, il accuse les Dieux
De lui ravir tout ce qu'il aime.
Fais-lui savoir que la Nimphe est ici,
Et qu'elle doit s'unir au Tibre, qui l'adore;
Va, Nérine: mais qu'il ignore
Que c'est de mon aveu qu'il en est éclairci.
Ma rivale parôit; qu'on me laisse avec
elle.
|
Circé, Canente |
Circé: Canente: Circé: Canente: Circe: Canente: Circé: Canente: Circé: Canente: Circé: [les
Démons & les Ministres de Circé accourent
à sa voix, & le Théâtre
s'obsurcit] Employés
le fer & la flâme, Choeur de
Démons & de Ministres de Circé: Circé: [Circé
sort]
Enfin, Nimphe, avés-vous compris
Ce que c'est que d'être immortelle ?
D'un bien si glorieux je connois tout le prix;
Mais j'aimle meiux être fidele.
Quoi ! pour le vain honneur de la
fidélité,
Vous méprisés des Dieux l'avantage
suprême ?
Est-il un plus grand mal que l'immortalité,
Quand on vit loin de ce qu'on aime !
Par des lïens trop forts mon coeur est
arrêté.
Pouvés-vous ne pas voir les charmes
Des honneurs que vous refusés ?
Et pouvés-vous voir, sans allarmes,
Les maux où vous vous expôsés ?
Vous vous troublés; vous répandés des
larmes.
Je ne m'en défends point: vous voyés la
frayeur
Dont mon âme est atteinte;
Mais c'est sans y regner, qu'elle trouble mon coeur;
Et mon amour est plus fort que ma crainte.
Eh bien, il faudra me venger,
Puisque vous voulés m'y réduire.
Le Destin de Scilla doit assés vous intruire
Des maux que je prépare à qui m'ose
outrager.
Craignés, craignés une égale
vengeance.
S'il faut briser mes fers, je ne puis
l'éviter.
Je vais, pour vos tourments, épuiser ma
puissance.
J'aime mieux les souffrir, que de les
mériter.
Ministres de mon art, vous, que la rage anime,
Qui semés, à mon gré,
l'épouvente & l'horreur,
Venés, rassemblés-vous; voilà votre
victime:
Inventés des tourments dignes de ma
fureur.
Faites de ce Palais un horrible séjour;
Que l'effroi, que l'horreur s'empare de son âme;
N'y laissés point de place pour l'Amour !
Employons le fer & la flâme,
Fesons de ce Palais un horrible séjour;
Que l'effroi, que l'horreur s'empare de son âme;
N'y laissons point de place pour l'Amour !
Je vous laisse le soin de vaincre sa constance:
Je vais chercher le Dieu qui s'obstine à l'aimer;
Et je reviens consommer ma vengeance,
Si son coeur, plus soûmis, n'aime mieux la
calmer.
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Canente, Démons & Ministres de Circé, qui viennent hâter sa vengeance, & l'effrayer |
Canente: [entrée
des Démons] Le
Choeur: Tremble !
c'est l'amour jaloux Canente: Le
Choeur: Canente,
aux Démons: Non,
tes efforts sont impuissants; Calmés
de vos fureurs l'affreuse vïolence; Canente: Le
Choeur: Canente: De
ses divins accords, Dieux, qu'elle est la puissance
! Calmés
de vos fureurs l'affreuse vïolence;
Où suis-je ? hélas ! qui prendra ma
défense ?
Tremble ! c'est l'amour jaloux
Qui te poursuit, & se venge;
Tremble ! si ton coeur ne change,
Une rivale en couroux
Va te faire éprouver les plus funestes
coups.
Qui te poursuit, & se venge.
Qui peut me délivrer des horreurs que je sens ?
Dieux ! prêtés à ma voix des charmes
plus touchants.
N'attends de nous que fureur, que
vengeance.
Cédes, cédes, crüels, à
mes tristes accents:
Laissés toucher vos coeur, laissés
charmer vos sens;
Que la pitié désarme la vengeance
!
J'ai vu souvent, aux accords de ma voix,
Toute la nature sensible.
Quoi ! votre coeur est-il plus infléxible
Que les rochers, que les monstres des bois ?
Nous cédons, nous cédons à tes
tendres accents:
La pitié, malgré nous, s'empare de
nos sens,
Et dans nos coeurs désarme la
vengeance.
Cédes, cédes, crüels, à
mes tristes accents:
Laissés toucher vos coeur, laissés
charmer vos sens;
Que la pitié désarme la vengeance
!
|
Canente, Démons & Ministres de Circé, qui viennent hâter sa vengeance, & l'effrayer |
|
Le Théâtre s'éclaire, une Troupe d'Amours, placés sur des nuages, descend dans le fond du Théâtre, & en même tems d'autres Amours & Plaisirs descendent, en le traversant |
Choeur des
Amours, des Plaisirs, & des Graces: [on
danse] Canente: Dieux
favorables, que j'implore, Choeur des
Amours & des Ministres de Circé: [un
Prélude annonce le retour de Circé: les
Plaisirs & les Amours se retirent]
Voyés de ce séjour dissiper les horreurs:
Le charme de vos chants près de vous nous attire;
De votre art enchanteur tout reconnoît l'empire:
Puisse-t-il de Circé vaincre aussi les rigueurs
!
Dieux favorables, que j'implore,
Veillés sur moi, tendres Amours !
pour moi, pour l'amant que j'adore,
J'attends tout de votre secours.
Daignés nous protéger toujours.
Ne redoutés plus leur vengeance;
Ne craignés plus notre vengerance;
Vous trïomphés de leurs fureurs.
Vous trïomphés de nos fureurs.
La beauté, le talent, unis à la constance,
Doivent soûmettre tous les coeurs.
|
Circé, le Tibre, Canente, Nérine, tous les Ministres de Circé |
Circé,
au Tibre: Canente: Circé: [elle
les touche de sa baguette] Devenés,
à l'instant, des monstres furïeux; [ les
Ministres de Circé sont changés en Monstres,
& s'avancent pour dévorer Canente] Le Tibre,
s'oppôsant aux Monstre: Circé: Le
Tibre: Canente: Circé: [les
monstres sortent du théâtre] Circé,
le Tibre & Canente: Circé,
au Tibre: [Le
Tibre & Canente sortent] Circé,
à Nérine:
Venés, je l'ai prévu, tout ici est
tranquille;
Le Nimphe se rend à nos voeux:
Vous ne brûlerés plus d'un ardeur inutile,
Mes soins ont réunssi; vous allés être
heureux.
Non, ce n'est point en éteignant ma flâme
Que j'ai désarmé leurs fureurs:
L'effroi n'a point changé mon âme,
Mais la pitié vient de changer leurs
coeurs.
Qu(entends-je ? Ministres perfides !
Elle a pu vous toucher, pour la première fois ?
Eh bien, lâches ! il faut, pour accomplir mes
loix,
Vous donner des coeurs moins timides.
Devoés, malgré vous, ma rivale à mes
yeux !
Arrêtés ! ma flâme est trop vive:
Je sens que jusques-là je ne puis la trahir.
Mon coeur demande qu'elle vive,
Quand ce seroit pour me haïr.
Non, ma fureur ne peut vous obéïr.
Si vous atentés sur sa vie,
Tremblés ! les jours du Roi me répondront des
siens.
Ah, ne vous vengés pas par cette barbarie
!
Monstres, calmés votre furie !
On menace le Roi, ses périls sont les
miens.
Que horreur, quel supplice extrême,
Que de craindre pour ce qu'on aime !
Je ne la retiens plus, je la laisse avec vous;
Essayés si l'amour pourra plus que la
crainte.
Prête à porter les plus funestes coups,
Je vais tenter encor l'artifice & la feinte:
Tu sauras bien-tôt mes projèts.
Nérine, fais venir le Prince ne ce Palais.

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Le Théâtre représente les jardins de Circé |
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Circé, Picus |
Picus: Circé: Picus: Circé: Picus: Circe: Picus: [il
tombe, accablé de douleur; & Circé le
touche de sa baguette, pour l'enchanter] Circé:
Ciel ! que me dites-vous ? la croirai-je infidèle
?
Aux dépens de mes jours, Veut elle être
immortelle ?
Croirai-je que l'ingrate, au mépris de sa foi,
Gradoit ce prix de ma constance ?
Et se peut-il que contre moi
Elle implore sa puissance ?
Vous doutés que la gloire ait pu la
dégager,
Et je m'en étonne moi-même:
Je conçois trop comme on vous aime;
Mais je ne conçoit pas comment on peut
changer.
Ah ! laissés-moi la voir; cedés à mes
allarmes !
Laissés-moi lui montrer un dépit
éclatant:
Qu'au moins mon dèsespoir, mes reproches, mes
larmes
Troublent le bonheur qu'elle attend.
Dois-je trahir son espérance ?
Elle fuit, en ces lieux, votre juste douleur.
Pourriés-vous à mes voeux refuser sa
présence ?
Aidés-vous la perfide à me percer le coeur
?
Cessés d'aimer une inhumaine;
Le dépit doit vous degager.
Dans le plaisir d'une nouvelle chaîne
Vous trouverés celui de vous venger.
Dieux, quelle trahison ! quoi ! Nimphe trop
crüelle,
Mon rival vous rend infidele ?
Quoi ! vous sacrifïés mes feux à ses
amours ?
Il vous est doux d'être immortelle,
Pour l'adore sans-cesse, & me trahïr toûjours
?
Ah, c'en est trop ! mon coeur au dèsespoir se
livre:
Cherchons un sort plus doux dans l'éternel oubli.
Crüelle ! c'en est fait, je vais cesser de vivre;
Votre bonheur est accompli !
Profitons du moment où sa douleur
l'accâble,
Effaçons de son coeur ses premières
amours:
Et pour forcer l'ingrat à me trouver aimable,
Employons de mon art les plus puissants secours.
Sombre Déesse du silence,
O Nuit ! viens trïompher de la clarté du
jour:
Aux charmes de mon art viens unir ta puissance;
Et forçons, s'il se peut, l'Amour
A nous prêtre son assistance.
Sombre Déesse du silence,
O Nuit ! viens trïompher de la clarté du
jour.
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La Nuit, Circé, Picus, Suite de la Nuit, Magiciens, évoqués par Circé |
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Le Théâtre s'obscurçit, la Nuit descend, accompagnée de sa suite |
La
Nuit: [entrée
de la Suite de la Nuit] Circé: [Le
Th&âtre s'éclaire; les Magiciens, sous des
formes agréables, se joignent à la suite de la
Nuit, dansent autour de Picus, & répandent sur
lui des fleurs] Circé
& la Nuit: Circé,
la Nuit & le Choeur: [on
danse] La Nuit,
Circé & le Choeur: L'Amour,
paroîssant dans les airs: [l'Amour
disparoît] Circé: [à
la Nuit] Laissés-moi;
je me livre à mes emportements. [la
Nuit sort, avec sa suite] Feignons;
laissons-lui voir de plus doux sentiments. [elle
touche Picus de sa baguette]
Ta voix, du haut des cieux me contraint à
descendre;
De mes voiles épais j'environne ces lieux:
Nos efforts réunis peuvent tout entreprendre,
Et soûmettre à nos loix le plus puissant des
Dieux.
Esprits, soûmis à mon empire,
Faites briller ici vos magiques clartés:
Venés verser sur lui tout l'amour qu'il
m'inpire.
Amour, c'est trop troubler [mon / son]
âme;
Viens réparer les maux que [tu me / lui]
fais.
Eteins les feux, brise les traits,
Qu'on oppôse à [ma / sa]
flâme.
Descendés, Dieu charmant ! répondés
à nos voix;
Lancés vos traits, & secondés nos
charmes;
Employés, avec nous, vos plus puissantes armes,
Soûmettés ce héros à de nouvelles
loix.
Descendés, Dieu charmant ! &c...
Préstends-tu me soûmettre à tes
commandements ?
Cèsse de combattre leurs flâmes,
Le trait, dont j'ai blessé leurs âmes,
Ne peut être brisé par tes enchantements.
Envain tu voudrois l'entreprendre;
De tes efforts je saurai les défendre:
L'Amour doit protéger les fideles amants.
Ah ! si pour mon bonheur je manque de puissance,
Je n'en manquerai pas du-moins pour ma vengeance.
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Circé, Picus |
Picus: Circé: Picus: Circé: Picus: Circé: Picus: Circé: [il
sort] [à
part] Qu'il
savent peu l'himen qu'apprête ma fureur !
Je vis encor ! le ciel me condamne à la vie !
Je reprens à la fois mes sens & ma langueur;
J'adore encor Canente, après sa perfidie;
L'Amour se plaît, pour elle, à déchirer
mon coeur ?
Il faut vous détromper; votre Nimphe est
fidele.
Vous l'accusiés d'une perfide ardeur !
Je vous aime, & l'Amour m'avoit armé contre
elle;
Mais je cède à vos feux; il faut vous
rassûrer:
L'Amour a fait le crime, il va le réparer.
Ah, rendés-moi Canente ! & cet effor
suprême...
Je ferai plus; je veux vous unir, dès ce jour;
Connoissés tout mon coeur: je sens que je vous
aime
Jusqu'à pouvoir pour vous immoler mon
amour.
Après tant d'artifice, ô dieux ! vous puis-je
croire ?
Croyés-moi; j'en atteste & l'amour & la
gloire.
Allés à votre Nimphe annoncer ce
bonheur.

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Le Théâtre représente de même les jardins de Circé |
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Circé |
Circé,
seule:
J'ai pris soin d'écarter le Tibre de ces lieux;
Il eût de mon dépit contraint la
vïolence:
Son coeur ignore encor que la vengeance
Est le plus doux plaisir des Dieux.
Rien ne suspendra plus le couroux qui m'anime:
Je vais remplir ces lieux dépouvente &
d'hoeeur;
Et je n'attends que ma victime
Pour me livrer à toute ma fureur.
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Circé, Nérine |
Circé: Nérine: Circé: Nérine: Circé: Laisse-moi
seule; il faut que l'enfer s'intéresse
As-tu vu ces amants ? leur as-tu fait entendre
Que j'assemblois ici l'Himen & les Plaisirs ?
Qu'enfin tout s'y prépare à combler leurs
désirs ?
Par votre ordre, en ces lieux ils vont bien-tôt se
rendre.
Je les attends.
Eh que prétendés-vous ?
Pourrés-vous étouffer tous vos transports
jaloux ?
Vous, que j'ai vu livrée au fureurs les plus
grandes,
Verrés-vous sans dépit leur trïomphe
éclatant ?
Tu me connois, Nérine, & tu me le demandes !
Frémis plûtôt du sort qui les attend.
Ce que l'enfer & la haîne barbare
Pourront imaginer de plus crüels tourments,
Voilà l'Himen que ma fureur prépare
A ces trop coupables amants.
A seconder le couroux qui me prèsse.
Par les plus noirs enchantements,
Je vais tout ordonner pour cet Himen funeste;
Et les apprèts de leurs tourments
Sont le seul plaisir qui me reste.
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Circé |
Circé,
seule: Allumés
vos flambeaux, irrités vos serpents; [les
Euménides sortent des enfers] Les
Euménides: Circé: Pour punir
deux amans , je leur laisse espérer Les
Euménides: Circé: Les
Euménides: Circé: [les
Euménides rentrent, le Théâtre change,
& représente le Temple de l'Himen; les Furies,
sous la forme de l'Amour & de l'Himen , paroîssent
dans le fond, élevées sur une estrade, devant
laquelle est un autel] Circé:
Vous, dont le seul aspect inspire la terreur,
Euménides ! quittés le ténébreux
rivage;
Venés à mes transports unir votre fureur,
J'implore toute votre rage !
Que le fer, que le feu, que la Parque crüelle
Egale vos fureurs à celles que je sens:
L'amour, au dèsespoir, par ma voix vous
appelle.
Ordonne, nous obéïssons.
Des plus grands criminels nous suspendons les peines;
Console-nous, par des loix inhumaines,
Du repos que nous leur laissons.
Vos fureurs ne seront pas vaines.
Que leurs flâmes vont être heureuses;
Ils pensent vois l'Himen prêt à les
éclairer,
Mais je ne veux que vous pour ces nôces affreuses.
C'est à vous de les
célébrer.
Quel plaisir de servir le couroux qui t'entraîne
!
Venés unir ces amants malheureux,
Sous les auspices de la haîne:
Que vos flambeaux forment leurs feux,
Que vos serpents forment leur chaîne !
Que nos flambeaux forment leurs feux,
Que nos serpents forment leur chaîne !
Que ces transports à mes yeux sont charmants !
Mais tout à préparer employons les
moments.
Pour les tromper, que ce lieu s'embellisse.
Vous, paroissés ces Dieux qu'atendent leurs
désirs;
Et, sous la forme des plaisirs,
Préparés-leur le plus affreux supplice
!
Ma rage enfin va montrer, dans ce jour,
Ce que c'est que Circé, jusqu'où va sa
puissance:
Et la douceur de la vengeance
Me fait presque oublïer les rigueurs de l'Amour.
J'apperçois ces amants; le peuple ici s'avance:
Faites de vos concerts retentir ce séjour.
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Circé, Picus, Canente, Furies, sous la forme de l'Amour & de l'Himen, Choeur des Peuples |
Le
Choeur: Circé: Picus: Circé: Le
Choeur: [pendant
le Choeur, Circé conduit Picus & Canente à
l'autel] Picus
& Canente: [les
Furies sous la forme de l'Himen & de l'Amour secouent
leurs flambeaux, le Th&âtre s'obscurçit, il
tombe une pluie de feu, la Simphonie exprime un bruit
souterrain] Picus
& Canente: Le Choeur
des Peuples: Circé,
aux Euménides: Picus,
Canente & le Choeur des Peuples: Circé,
aux Euménides: [dans
le moment que les Euménides s'avancent pour frapper
Picus & Canente, on entend un coup de Tonnerre, l'Amour
paroît dans les airs, les Furies s'abîment sous
le Théâtre, le Temple disparoît &
fait place à un Palais brillant] L'Amour: [à
Circé] Contre les
amants que je sers, [l'Amour
acheve de descebdre] Circé: [elle
sort] L'Amour,
à Picus & à Canente: Vous, qui
formés ma Cour, Plaisirs, Grâces & Jeux [entrée
des Plaisirs, des Grâces & des
Amours] Le
Choeur: [la
Suite de l'Amour exécute le ballet qui termine le
Spectacle]
Venés former la chaîne la plus belle,
Jouïssés d' un bonheur constant;
L'Amour vous appelle,
L'Himen vous attend.
Venés, qu'un noeud charmant vous joigne l'un à
l'autre:
Le Tibre, comme moi, fait son bonheur du vôtre.
Quand nous trïomphons de nos feux,
Le prix de notre effort est de vous voir heureux.
Cet effort généreux pâsse notre
espérance;
A de nouveaux respects il doit nous engager:
Notre coeur va se partager
Entre l'amour, & la reconoissance.
Ne tardons plus, hâtons l'heureux instant
Qui doit former une chaîne si belle.
L'Amour vous appelle,
L'Himen vous attend.
L'Amour vous appelle,
L'Himen vous attend.
Viens couronner nos feux, toi, qui formas nos
âmes,
Amour ! reçois nos voeux & nos serments;
Fais que l'Himen, par ses liens charmants,
Ajoûte encor, s'il se peut, à tes flâmes
!
Quelle horrible vapeur empoisonne ces lieux ?
Ah, perfide Circé !
Secourés-nous , grands Dieux !
Il est tems de servir ma rage,
Hâtés-vous; vengés mon outrage
!
Quels abîmes ouverts ! quel délude feux !
Secourés-nous, gands Dieux !
Hâtés-vous; vengés mon outrage:
Frappés !
Disparoissés, rentrés sdans les enfers,
Monstres affreux, qu'avoit armés la
haîne.
Vois combien ta fureur est vaine.
Je cède, Dieu crüel ! tu l'emportes sur moi.
Je dois fuir, à-jamais, ta fatale
présence:
Je desteste les coeurs qui vivent sous ta loi;
Et je n'emploîrait plus mon art & ma puissance
Qu'à les punir, & me venger de toi !
Jouïssés d'un bonheur durable;
Rien ne troublera plus vos feux.
Accourés, volés, troupe aimable;
Célébrés les transports de ces amants
heureux.
L'Amour sur les enfers remporte la victoire;
Tout céde à son pouvoir; tout reconnoît
ses loix.
Chantons, célébrons à la fois
Ses bienfaits & sa gloire:
Que nos concerts harmonïeux
S'élévent jusqu'aux Cieux.
J'ai
lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, Canente,
Tragédie, nouvellement mise en musique. Je n'y ai
rien trouvé qui ne doive en favoriser la
réimpression.
A Paris, ce 12 Octobre 1760.
De Moncrif