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Callirhoé
Tragédie lyrique en un Prologue et V Actes
livret de Pierre-Charles Roy, 1712
musique de: André Cardinal Destouches

les personnages:

Callirhoé, princesse héritière de Calydon
La Reine de Calydon, mère de Callirhoé
Corésus, grand prêtre de Bacchus
Agénor, prince de Calydon
Le Ministre de Pan, l'Oracle, des prêtres de Bacchus, des Dryades
Une Princesse de Calydon, des Bergers & des Bergères, le Peuple de Calydon


La scène est à Calydon


Acte I

Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V



ACTE I

Le théâtre représente le palais des rois de Calydon, orné pour les nôces de Corésus et Callirhoé


Scène 1
Callirhoé

Callirhoé :
O nuit, témoin de mes soupirs secrets,
Que ton ombre en ces lieux ne règne-t'elle encore ?
Pourquoy l'impatiente aurore
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts
D'un hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais,
Et je perds pour toujours un amant que j'adore.


Scène 2
Callirhoé, la Reine

La Reine :
Ma fille, aux immortels quels vœux venez-vous faire ?

Callirhoé :
Je n'en formeray point qui puissent vous déplaire.

La Reine :
Ce jour à Corésus engage votre foy,
Ministre de Bacchus, notre dieu tutélaire,
Descendu de ces rois, dont avant votre père
Calydon recevait la loy.
C'est luy que Calydon vous demande pour roi.

Callirhoé :
Hélas!

La Reine :
Vous vous troublez, que faut-il que j'espère ?
Vous sçavez vos devoirs, pourriez-vous les trahir ?

Callirhoé :
Non, je demande aux dieux la force d'obéir.
Gloire de Calydon, amour de la patrie
Que ne m'avez-vous point coûté ?
C'est pour vous qu'un héros à qui le sang me lie,
Le vaillant Agénor, vient de perdre la vie,
C'est pour vous que je vais perdre ma liberté.
Espoir d'un sort plus doux, sortez de ma mémoire.

La Reine :
Ma fille, désormais, songez à notre gloire,
Mettez mon trône en sûreté,
Tromperiez-vous mes vœux ? Tout un peuple farouche,
De Corésus trahy viendroit vanger les droits.
Ce peuple le chérit, et de la même bouche
Veut recevoir la loy des dieux et de ses rois.
Par des nœuds éternels, vous luy serez unie;
Je vais tout ordonner pour la cérémonie.


Scène 3
Callirhoé

Callirhoé :
Objet infortuné de mes secrets désirs,
Agénor, qu'aux enfers Bellone a fait descendre,
Pour la première fois, je t'offre des soupirs,
Quand tu ne peux plus les entendre.


Scène 4
Callirhoé, Agénor

Callirhoé :
Mais, quel objet vient me frapper ?
Est-ce un songe imposteur prêt à se dissiper ?
Que vois-je ? Est-ce Agénor ?
Quels dieux l'ont fait renaître ?
Agénor...

Agénor :
Mon aspect vous offense peut-être.

Callirhoé, à part :
M'a-t-on voulu tromper ?

[à Agénor]

On croyait votre mort certaine.

Agénor :
Les rebelles vaincus fuyoient devant nos traits;
Malgré mon sang versé, jusqu'au fond des forêts
La victoire m'entraîne,
Je tombe: je trouvay d'heureux et prompts secours;
Par le temps et les soins, je respirois à peine,

[douloureusement]

J'apprends qu'à Corésus vous unissez vos jours.

Callirhoé :
Quelque fruit qu'en ces lieux apportât la victoire,
Nous pleurions votre mort, et même notre gloire.

Agénor :
A mon retour, donnez plutôt des pleurs,

[vivement]

Triste témoin de la gloire d'un autre,
Que mon retour me coûte de douleurs !
Ce trône, ces autels, ces guirlandes de fleurs,
Ces chiffres amoureux, ce nom qui joint le vôtre...
Pour ce spectacle, ô dieux, étois-je réservé ?
Dieux, rendez-moy la mort dont vous m'avez sauvé.

Callirhoé :
Agénor, quel discours ? Que venez-vous m'apprendre ?
Votre douleur doit m'irriter.

Agénor :
Elle devroit moins vous surprendre,
Du secret de mon cœur vous cherchez à douter.
Avez-vous oublié, princesse, que vos charmes
Ont essayé sur moy leurs premiers coups ?
Votre père expiroit, je recueillois vos larmes,
Parmi le trouble et les allarmes,
Vos yeux brilloient déjà de l'éclat le plus doux:
J'appaisay des mutins les mouvements jaloux:
Ah ! Ne jugiez-vous pas, au succès de mes armes
Qu'un amant combattoit pour vous ?

Callirhoé :
Ouvrez les yeux, que ce jour vous éclaire
Sur votre devoir et le mien.

Agénor :
Hélas ! Je ne vois que le bien
Que m'arrache des dieux la funeste colère.

Callirhoé :
Cessez de me parler d'un amour téméraire.

Agénor :
L'amour l'est-il lorsqu'il n'espère rien ?
Un autre à votre main, un autre vous engage;

[tendrement]

Je ne veux qu'un regard, un seul regard, hélas !
Et je descends tranquille au ténébreux rivage.
Je ne veux qu'un regard, un seul regard, hélas !
Mon rival trop heureux ne me l'enviera pas.

Callirhoé :
Que n'ay-je ignoré votre flamme !
Fuyez, éloignez-vous...

Agénor, tendrement :
Je ne vous verray plus.

Callirhoé :
Suivez mes ordres absolus.
Je dois de Corésus remplir toute mon âme,
Ne voir, n'entretenir que le seul Corésus.

Agénor :
Vous ne le devez point, vous le voulez, cruelle.

Callirhoé :
Ah ! Qu'Agénor me connoît mal !
Partez...

Agénor :
Je vois la Reine et mon rival.

Callirhoé :
Partez...

Agénor, s'en allant :
O contrainte mortelle !

Callirhoé :
O devoir trop fatal !


Scène 5
Callirhoé, Corésus, la Reine, la Princesse de Calydon,
Troupe de Prêtres & de Prêtresses, de Calydoniens & de Calydoniennes

Corésus :
Reine, votre auguste suffrage
Me rappelle au rang glorieux,
Que tenoient icy mes ayeux:
Prononcez mon bonheur, achevez votre ouvrage.

La Reine :
J'attends de votre hymen le bonheur de ces lieux.

Corésus, à Callirhoé, gracieusment :

[Air]
Des autels, à vos beaux yeux
Je porteray mon hommage,
Sans craindre que ce partage
Offense à jamais nos dieux:
J'adore en vous leur image.

Callirhoé :
Je sçay ce que je doy
A la Reine, à l'empire, à Corésus, à moy.

Corésus :
Chantez peuples, chantez une fête si belle,
A mon amour égalez votre zèle:
Chantez, que vos concerts s'élèvent jusqu'aux cieux;
Du bonheur d'un mortel, qu'ils instruisent les dieux.

Chœur :
Régnez à jamais sur nos âmes,
Autant que vous régnez dans ce brillant séjour:
L'hymen vient nous offrir les chaînes de l'amour,
Et des plaisirs aussi purs que vos flâmes.

Premier Air
Menuet

La Princesse :
Le tendre Amour
Nous appelle à sa cour,
Il veut qu'on aime,
Notre cœur même
Le veut à son tour.

Chœur :
Le tendre Amour
Nous appelle à sa cour,
Il veut qu'on aime,
Notre cœur même
Le veut à son tour.

La Princesse :
L'Amour nous suit,
Est-ce à nous de le craindre ?
Non, non, l'on n'est à plaindre
Que quand il nous fuit.
Ses nœuds sont doux,
Peut-on blâmer ses chaînes ?
Non, non, s'il a des peines,
Ce n'est pas pour nous.

Chœur :
L'Amour nous suit,
Est-ce à nous de le craindre ?
Non, non, l'on n'est à plaindre
Que quand il nous fuit.
Ses nœuds sont doux,
Peut-on blâmer ses chaînes ?
Non, non, s'il a des peines,
Ce n'est pas pour nous.

On reprend le Menuet
Troisième Air
Passepied
on reprend le Troidième Air

La Reine, à Callirhoé :
Ma fille, vous allez couronner mes projets,
Votre hymen de mon trône affermit la puissance;
Venez remplir mon espérance,
Les vœux de Corésus, et ceux de mes sujets.

Callirhoé, à part :
Impitoyables dieux, vous serez satisfaits.

Corésus :
Dieux immortels, c'est moy qui vous appelle;
Respectable Junon, favorable Cybelle,
Tendre déesse des amants,
Venez tous assurer nos augustes serments.

Callirhoé, à part :
O mort, délivre-moy de ma peine cruelle.

Corésus :
Toy, qui pour éclairer le plus beau de mes jours,
Pares les cieux d'une clarté nouvelle,
Soleil, à mes tendres amours
Tu me verras aussi fidelle
Que tu l'es à remplir ton cours.

[il prend la main de Callirhoé, et la mène à l'autel]

Callirhoé & Corésus:
Sur cet autel, redoutable aux parjures,
Sur ces feux révérez, par qui l'amour s'épure.

Corésus :
Je vous promets
D'être à vous à jamais.

Callirhoé :
Je vous promets...

[à part: apercevant Agénor, elle s'évanouit]

Grands dieux: soutenez ma foiblesse.

Corésus & La Reine:
Je frémis...

Callirhoé :
Ah ! Le jour me blesse,
je m'affoiblis, je meurs...

Corésus :
Je perdrois ma Princesse!

La Reine :
Le ciel veut différer de répondre à vos vœux.

Corésus :
Prenons soin de ses jours... Quel coup pour ma tendresse !
Destin jaloux, sans toy j'eusse été trop heureux.

[on emporte la Princesse évanouie, et l'assemblée se disperse]

on joue pour l'entre-Acte le Menuet
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ACTE II

Le Théâtre représente l'avant-cour d'un palais, et dans le fond un temple domestique


Scène 1
Agénor

Agénor :
Espoir, revenez dans mon âme:
La Princesse respire, entrons dans ce palais;
J'espère y voir encor la beauté qui m'enflamme:
O dieux ! si mon rival la perdoit pour jamais !
Espoir qui me flattez d'un plus doux avenir,
De vos enchantements faudra-t'il me défendre ?
Souvent vous nous faites entendre,
Que nos maux sont prêts à finir,
Quand le destin jaloux ne fait que les suspendre.
Espoir, qui me flattez d'un plus doux avenir,
De vos enchantements faudra-t'il me défendre ?
Un amant malheureux et tendre,
D'une erreur qui luy plaît aime à s'entretenir;
Mais que de pleurs à répandre
Quand il faut en revenir !
Espoir qui me flattez d'un plus doux avenir,
De vos enchantements faudra-t-il me défendre?
La Princesse paroit... Elle vient en ces lieux
De ses jours conservez rendre grâces aux dieux.


Scène 2
Callirhoé, Agénor

Agénor :
La Parque enfin respecte vos attraits.

Callirhoé :
Ne vous avois-je pas interdit ma présence ?
On sçait votre retour, ne me voyez jamais;
Mes volontés sur vous ont bien peu de puissance.

Agénor :
J'ai souffert les plus rudes coups,
Que puisse craindre un cœur tendre.
Quand le ciel me permet d'attendre
Un sort plus calme et plus doux,
Cruelle, démentez-vous
L'espérance qu'il veut me rendre ?

Callirhoé :
Epargnez-vous des regrets superflus;
J'ai résolu de réparer ma gloire,
J'épouse Corésus.

Agénor :
O ciel! Le puis-je croire !
Est-ce un plaisir pour vous que de voir mon tourment ?
Que devient mon espoir, cet espoir dont les charmes
Suspendoient de ma mort le funeste moment ?
Vous ne répondez rien, méprisez-vous mes larmes ?
Pourrez-vous immoler sans pitié, sans alaarmes,
Au bonheur d'un rival le plus fidèle amant ?

Callirhoé :
O trouble affreux! O jour d'une honte éternelle !
Ces peuples assemblez, ces prêtres, ces apprêts,
Le rang de Corésus, sa vertu, mes regrets,
Quel souvenir ! Faut-il que mon cœur le rappelle !
Fuyez, cédez au sort qui nous a séparez.

Agénor :
Moy fuir?!Moy, vous quitter ! Vous l'ordonnez, cruelle !
Quoy ! Le jour qui vous luit, l'air que vous respirez,
Bonheur que tout sujet partage avec sa reine,
Vous me le refusez, à moy seul, inhumaine.

[tendrement]

Hélas ! j'aurois caché mes soupirs avec soin,
Vos palais, vos jardins m'auroient vu dans ma peine
Suivre en pleurant vos pas, et les suivre de loin.
Que vous me haïssez !

Callirhoé :
Que je me hais moy-même !
J'ay fait à Corésus une injustice extrême,
Au milieu des serments...

Agénor :
Eh ! Les avez-vous faits ?
Non, vous êtes encor plus libre que jamais.

Callirhoé :
J'offense de nos dieux la majesté terrible.

Agénor :
Un dieu plus doux et plus sensible
Peut, si vous l'écoutez, vous excuser près d'eux.

Callirhoé :
Moi, l'écouter ? Non, non, renoncez à vos vœux;
Il faut que mon sort s'accomplisse,
Corésus sera mon époux:
C'est moy qu'il faut que je punisse
D'avoir trop fait pour vous.

Agénor :
Pour moy ! J'aurois troublé le repos de votre âme !

Callirhoé :
Vous sçavez mon secret...

Agénor :
Quoy ! Plaignez-vous ma flâme ?

Callirhoé :
Votre destin n'en sera pas plus doux.

Agénor & Callirhoé :
Dieux cruels, quel plaisir prenez-vous à nos larmes ?

Callirhoé:
O malheureux amour !

Agénor :
O funestes rigueurs !

Agénor / Callirhoé :
O funestes rigueurs !

Callirhoé :
Faut-il éteindre nos ardeurs ?

Agénor & Callirhoé :
Dieux cruels, quel plaisir prenez-vous à nos larmes ?
Dieux cruels, trouvez-vous des charmes
A fraper les plus tendres cœurs ?

Callirhoé :
Que vous m'allez coûter de soupirs et de pleurs !

Agénor :
Ah ! Puis-je assez goûter de si tendres alarmes ?

[il se jette à ses pieds]


Scène 3
Callirhoé, Agénor, aux pieds de Callirhoé, Corésus, les prêtres de sa suite

Corésus, du fond du théâtre :
Que vois-je ! Je frémis !
Agénor à ses pieds ! Dieux, est-ce là le prix
Des vœux que nous allions vous présenter pour elle ?

[à Callirhoé]

Vous me trahissez, infidelle.

Callirhoé, s'en allant :
Pour mériter ce nom, que vous ai-je promis ?


Scène 4
Agénor, Corésus et les prêtres de sa suite

Corésus :
Tu t'applaudis de ta victoire,
Et de l'affront que je reçoy:
Crains d'être trop aimé...

Agénor :
Non, j'en ferai ma gloire,
Et vos jaloux transports me causent peu d'effroy.


Scène 5
Corésus et les prêtres de sa suite

Corésus :
Quel coup vient me fraper !
Ils triomphent tous deux de ma rage inutile.
Interdit, surpris, immobile,
Mon courroux les laisse échapper.

[à sa suite]

Ne frémissez-vous pas de tant de perfidie ?
L'ingrate insulte encor à ma flâme trahie:
Souffrirons-nous ces outrages mortels ?

Chœurdes Sacrificateurs à Bacchus :
Il faut venger ces outrages mortels.

Corésus :
Redoutable enfant du tonnerre,
Tes vangeances, Bacchus, ont effrayé la terre,
Vange-toy, venge-moy,
Viens vanger tes autels.

Choeur :
Vange-toy , Viens vanger tes autels.

Corésus :
Malheur aux criminels que poursuit ta colère.
Tu déchires un fils par les mains d'une mère;
Malgré les dieux, Orphée a senti tes fureurs.
Signale ton pouvoir suprême,
Répands sur ces climats de nouvelles horreurs,
Qui me fassent trembler moy-même.

Choeur :
Répands sur ces climats de nouvelles horreurs
Qui nous fassent trembler nous-même.

Corésus & le Choeur :
Méritons que le dieu seconde nos efforts;
Pour hommage, il reçoit nos fureurs, nos transports.

Premier Air des Sacrificateurs
Deuxième Air des Sacrificateurs

Corésus :
Le dieu me voit, m'entend, il peut réduire en poudre
Les auteurs, les témoins de mon destin fatal;
Le Thyrse, rival de la foudre,
Du haut des cieux m'en donne le signal.

[vivement]

Il faut un peuple entier pour victime à ma rage.
Venez, venez, suivez mes pas:
De ces flambeaux sacrez faites un autre usage,
Troublez tous les esprits, désolez ces climats.
Et goûtez le plaisir de venger, de venger mon outrage.

[les Prêtres forment des danses furieuses avec leurs flambeaux, et vont porter le feu dans toute la ville]

Corésus:
Le fer, le feu, le ravage vont tout remplir d'effreoy.
Je triomphe à mon tour, je vois grossir l'orage,
Je vois mes ennemis plus malheureux que moy.

le Deuxième Air des Sacrificateurs pour Entre-Acte
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ACTE III

Le théâtre représente un forêt, et le temple rustique du dieu Pan


Scène 1
Callirhoé, la Reine

La Reine :
Barbare Corésus, que tu nous fais souffrir !
Les dieux ont trop servy ton courroux implacable,
Ah ! Ma fille, faut-il qu'un peuple déplorable
Ne reproche qu'à toi que tu le fais périr ?

Callirhoé :
J'immolois aux autels le bonheur de ma vie,
Je vous obéissois, mais mon cœur m'a trahie.

La Reine :
Le dieu qu'adorent les forêts,
Pan, du sombre avenir découvre les secrets:
Je vais le consulter. Notre espoir peut renaître:
Par mon ordre en ces lieux Corésus doit paroitre;
Priez, pressez, pleurez, tombez à ses genoux,
Dites, tout ce qui peut désarmer son courroux.


Scène 2
Callirhoé, Corésus

Corésus :
Qu'attend de moy la Reine ?
On m'appelle en ces lieux.

Callirhoé :
La Reine en pleurs lève les mains aux cieux:
Quoy ! Se peut-il que rien ne les fléchisse ?

Corésus :
N'attendez pas plus de grâce des dieux
Que vous me faites de justice.

Callirhoé :
Le ciel obéit-il aux fureurs des mortels ?
Non, non, il va se rendre aux tourments que j'endure.

Corésus :
Perfide, oserez-vous embrasser des autels
Témoins de vos serments et de votre parjure ?

Callirhoé :
J'ai mérité votre courroux:
Puissay-je seule en être la victime !
Mais tout un peuple expire, apprenez-moi son crime.

Corésus :
Tout devient à mes yeux criminel avec vous.
Tout ce peuple aux autels m'a vu perdre ma gloire,
Il en faut dans son sang éteindre la mémoire.

Callirhoé :
Ah ! Barbare, tes vœux sont-ils donc satisfaits ?
Tes yeux altérez de carnage
En ont-ils assez vu ? Que veux-tu davantage ?
Quoy ! Tu n'épargneras ni reine ni sujet !

Corésus :
Vous ne vous nommez point, ingrate !
Jusques en m'implorant, votre mépris éclate.
Vangeons-nous, qui peut m'arrêter ?
De l'enfer étonné remplissons les abîmes;
Chaque jour, chaque instant y va précipiter
De nouvelles victimes.

Callirhoé, vivement :
Et moy je les devance au ténébreux séjour;
Ta fureur m'y condamne...

Corésus :
Arrêtez, inhumaine:

Callirhoé, douloureusement :
Cruel, tu veux ma mort...

Corésus :
Arrêtez, inhumaine,

[tendrement]

Il vous en coûte moins à renoncer au jour,
Qu'à flatter mon ardeur d'une espérance vaine.

[lentement, à part]

Hélas ! Je croyais la haïr.
Infortuné ! Ne sçaurois-je jouir
De mon amour ny de ma haine ?
Malheureux, tu démens le ciel et tes transports.
Quelle honte pour moy ! Quel trouble ! Quel remords !

Callirhoé :
Le plus grand cœur se rend, quand la pitié l'entraîne;
Mais, vous aimez nos maux...

Corésus :
Vos yeux seuls les ont faits.
J'ai pris dans vos regards mon crime avec ma flâme.
Mon cœur et vos états sans vous seraient en paix:
Vous seule avez banny la vertu de mon âme.

Callirhoé :
Quels reproches ! Cruel, rien ne peut t'attendrir,
Je perds mes pleurs, ma gloire: Ah ! Laisse-moy mourir.

Corésus :
Vous, mourir ! Non, vivez: eh bien je suis coupable.
Je tremble, je frémis, votre douleur m'accable.
Mon désespoir vous venge assez:
Cachez-moy par pitié les pleurs que vous versez,
Qu'à ces pleurs les dieux s'attendrissent.
Consultez votre oracle, appaisez vos douleurs;
Je vais fléchir les dieux, qu'ont armé mes fureurs;
Ils pensent me vanger, et c'est moy qu'ils punissent.


Scène 3
Callirhoé, la Reine

La Reine, à Callirhoé :
Pour consulter le dieu voicy l'instant heureux:
Sa cour forme à sa gloire une fête nouvelle,
Et ces divinitez souffrent qu'une mortelle
Fasse entendre sa voix au milieu de leurs jeux.

Rondeau

Scène 4
Callirhoé, la Reine, le Ministre de Pan, l'Oracle, les Dryades

la forêt s'ouvre, et laisse voir des Satyres, des Dryades, et des joueurs de flûtes, qui célèbrent le dieu Pan

Le Ministre :
Que les mortels et les dieux applaudissent
Au souverain des forêts:
Que les vastes rochers, que les antres secrets
De son nom retentissent.

Chœur de Dryades & de Faunes:
Que les mortels et les dieux applaudissent
Au souverain des forêts.

Les Dryades :
Flore luy doit tous ses attraits;
D'un printemps éternel nos compagnes jouissent.

Tous :
Que les vastes rochers, que les antres secrets
De son nom retentissent.

Les Dryades :
Nos beaux jours y fleurissent
Dans les douceurs d'une éternelle paix.

Tous :
Que les vastes rochers, que les antres secrets
De son nom retentissent.

Petit Choeur :
Que les bergers lui rendent hommage;
Il protège nos hameaux;

Les Dryades :
C'est à luy seul que l'amour doit l'usage
De tendres chalumeaux.

Chœur :
Que les mortels et les dieux applaudissent
Au souverain des forêts.

Premier Air pour les Faunes
Deuxième Air

La Reine, au Ministre :
Daignez interroger le dieu sur nos malheurs;
Qu'il se rende à vos vœux, qu'il se rende à mes pleurs.

Le Ministre :
Dieu puissant, soy-nous favorable,
Tu perces le sombre avenir:
Dieu puissant, sois-nous favorable,
Tu vois par quel secours nos maux peuvent finir.

Chœur :
Par ta puissance,
Rends l'espérance:
De nos malheurs
Efface les horreurs.
Dieu redoutable,
Sois favorable,
Romp tous les coups
Du céleste courroux.
De ce rivage
Bannis l'orage,
Daigne à jamais
Exaucer nos souhaits.

Le Ministre :
Le dieu fait sentir sa présence,
Il enchaîne les vents, il fait taire les eaux;
Ces arbres n'osent plus agiter leurs rameaux;
A toute la nature il impose silence:
Mortels, respectez
Sa puissance,
Ecoutez, mortels, écoutez.

L'Oracle :
Le calme à ces climats ne peut être rendu,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zèle:
Que de Callirhoé le sang soit répandu,
Ou celui d'un amant qui s'offrira pour elle.

La Reine, vivement :
Ton sang, ma fille ! O ciel ! O réponse cruelle !

Callirhoé :
Il ne veut que mon sang ! Ah ! Je rends grâce au sort;
Vos sujets sont sauvés; je chéris sa vengeance.

La Reine :
Quoi ! ma fille, mes yeux, mes yeux verroient ta mort !

[aux Ministres]

Vous, flattez Calydon d'une heureuse espérance:
Gardez sur la victime un éternel silence.
Je veux encor interroger les dieux;
Peut-on verser trop tard un sang si précieux ?
Gardez sur la victime un éternel silence.

Symphonie
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ACTE IV

Scène 1
Callirhoé

Callirhoé :
Coulez mes pleurs, hâtez-vous de couler,
N'offensez pas longtemps ma gloire.
D'une éternelle nuit la mort va me couvrir,
A toutes ses horreurs j'ai préparé mon âme.
Du jour qu'on m'a ravie à l'objet de ma flâme,
N'avois-je pas commencé de mourir ?
Beaux jours tant espérez, sortez de ma mémoire;
Sans trouble, sans regrets il faut vous immoler.
Coulez, mes pleurs, hâtez-vous de couler,
N'offensez pas longtemps ma gloire.
Ciel ! Je vois Agénor: je commence à trembler.
Il ignore le coup qui me doit accabler.


Scène 2
Callirhoé, Agénor

Agénor, gravement :
Enfin le ciel suspend ses plus terribles coups:
Ne nous flatte-t'on point d'une espérance vaine ?

Callirhoé :
Non, contre Calydon les dieux n'ont plus de haine.

Agénor :
Vos pleurs et vos vertus ont vaincu leur courroux.
L'Amour voyoit vos yeux s'éteindre dans les larmes,
Il a gémy de vos soupirs:
Goûtez un doux repos, brillez de nouveaux charmes;
Que votre cœur s'ouvre aux plaisirs.

Callirhoé :
Que les dieux sont cruels, même lorsqu'ils font grâce !
Jamais leur courroux ne se lasse,
Il ne fait que changer d'objets.

Agénor :
Eh ! Qu'importe à quel prix ils vous sauvent l'Empire ?
Venez à Calydon rassurer vos sujets,
Venez, en vous voyant que ce peuple respire,
Qu'il lise son bonheur dans vos yeux satisfaits.

Callirhoé :
J'iray, j'iray subir le sort qu'on m'y prépare.

Agénor :
Quoy ! Vous épouseriez cet ennemy barbare,
Corésus?

Callirhoé :
Sur mon cœur il a perdu ses droits.

Agénor :
Je puis donc espérer pour la première fois,
Et vous pouvez enfin couronner ma tendresse.

Callirhoé :
Plût aux Dieux!

Agénor :
Eh ! Quoy, ma Princesse!
Quoy ! Votre cœur pour moy n'a-t-il que des souhaits ?

[Air]

Le sort rappelle icy la paix;
Est-il temps pour moy de vous craindre ?
Hélas ! Qui l'eût pensé jamais,
Que ce seroit de vous, que j'aurais à me plaindre.

Callirhoé :
Non, vous ne vous plaindrez que d'être trop aimé.

Agénor :
Eh ! Qu'ai-je à craindre encor ?

Callirhoé :
Tout le ciel est armé.
Si vous sçaviez quel sang ose exiger sa haine ?

Agénor :
Seroit-ce celuy de la Reine ?

Callirhoé :
Non, c'est un sang moins cher...

Agénor :
Vous pleurez ?...

Callirhoé, à part :
Quelle peine !

Agénor, vivement :
Je tremble, expliquez-vous.

Callirhoé :
Ne me demandez rien.

Agénor :
Ah ! Je frissonne. Achevez.

Callirhoé :
C'est le mien.

Agénor :
Impitoyables dieux, vous demandez sa vie !
Je ne les connois plus ces dieux,
Je ne vois qu'un rival méprisé, furieux;
C'est à luy qu'on vous sacrifie.

Callirhoé :
Non, j'ay vu ses douleurs, il pleure mon trépas;
Et je dois mourir de son bras:
C'est le punir assez, s'il m'aime.

Agénor :
Et moy je vous adore, et vous ne mourrez pas.

Callirhoé :
Prouvez-moy votre amour en me cédant vous-même.
L'autel est prêt; j'y veux aller.

Agénor :
J'y cours: de Corésus que le crime s'expie;
On me payera cher de m'avoir fait trembler:
Le bûcher brûle, et moy j'éteins sa flâme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler:
Mes amis sont tout prêts, ils suivront mon exemple:
J'attaqueray vos dieux, je briseray leur temple,
Dût sa ruine m'accabler.

Callirhoé :
Ah ! Cruel, arrêtez. Que veut-il entreprendre ?
De sa fureur que puis-je attendre ?
Il ne manquoit à mon tourment,
Que de craindre pour mon amant.


Scène 3
Callirhoé, des Bergers

on entend une symphonie champêtre, et l'on voit des Bergers descendre des côteaux dans la plaine

Callirhoé :
Mais, quels concerts se font entendre ?
J'aperçois les bergers de ces vallons chéris;
Ils bénissent le ciel qui calme leur tristesse;
Hélas ! Sçavent-ils à quel prix ?
Cachons le désordre où je suis;
Ne troublons point leurs jeux; mais dans leur allégresse,
De mon trépas goûtons les premiers fruits.

Deux Bergeres :
Loin de nous les plaintes,
Les craintes,
Loin de nos cœurs
Les soupirs et les pleurs.
Loin de nous les plaintes,
Les craintes,
Loin de nos cœurs
Les atteintes
De vives douleurs.
Que l'Amour ne nous fasse jamais
Qu'une douce guerre,
Qu'Amour sur la terre
Ramène la paix.

Choeur de Bergers & de Bergeres:
Princesse, aimez nos baccages,
Prêtez l'oreille à nos chants:
La cour présente aux rois les plus brillants hommages,
Nous vous offrons les plus touchants.

Deux Bergeres:
Le ciel nous fait de douces promesses,
Nous vous devons toutes ses faveurs;
Nous n'avons à donner que nos coeurs,
Comptez nos coeurs parmy vos richesses.

Choeur de Bergers & de Bergeres:
Princesse, aimez nos baccages,
Prêtez l'oreille à nos chants:
La cour présente aux rois les plus brillants hommages,
Nous vous offrons les plus touchants.

Premier Air des Bergers
Bourrée

Une bergere :
Dans nos champs,
L'amour de Flore
Fait éclore
Ses nouveaux présents:
Lieu tranquille,
Charmant séjour,
Sers d'azile,
De temple à l'Amour:
Qu'il nous blesse,
Que sans cesse
L'on s'empresse
D'entrer à sa cour:
Dieu des amants,
Ta puissance
Récompense
Nos tourments.

on reprend la Bourrée
Troisième Air

Chœur :
Quelque chaîne
Qu'icy l'on prenne,
C'est par son choix.
Soin de plaire,
Retour sincère,
Voilà nos loix.

Une bergere :
Mille allarmes
Troublent les charmes
Du sort des rois:
Mais l'envie
Sur notre vie
N'a point de droits.

Chœur :
Quelque chaîne, &c...

Une bergere:
La jeunesse
A la tendresse
Doit ses beaux ans;
Qui s'engage
Fait de son âge
Un long printemps.

Chœur :
Quelque chaîne, &c...

on reprend le Troisième Air

Les bergeres, à Callirhoé:
Goûtez, et donnez
Des jours fortunez.

Choeur:
Goûtez, et donnez
Des jours fortunez.

Les Bergeres:
Que le sort qui préside
A tous les instants,
Fasse voler le temps
D'une aile moins rapide.

Choeur:
Goûtez, et donnez
Des jours fortunez.

Les Bergeres:
D'une si belle vie
Dieux, ne bornez point les moments:
Ne prenez que le soin de les rendre charmants,
Dieux, secondez notre envie.

Choeur:
Goûtez, et donnez
Des jours fortunez.

Callirhoé :
Eh bien, vous les aurez ces jours, ces jours tranquilles,
Oui, je vous le promets:
Venez, je vais au temple, où les dieux plus faciles
Doivent vous assurer une éternelle paix.

Chœur :
Nous vous suivons, nous quittons nos aziles.


Scène 4
Callirhoé, la Reine, le Peuple

La Reine :
Que vois-je ? La victime est-elle entre leurs bras ?
Barbares, voulez-vous qu'on vous la sacrifie ?

Chœur, gravement :
Reine, que dites-vous?

La Reine, vivement :
Elle vole au trépas.

Chœur :
Eh ! Qui peut menacer une si belle vie ?

La Reine :
Les dieux.

Callirhoé, lentement :
Je rends la paix à ma triste patrie,
Mon sort est trop heureux.

Chœur :
Durent, durent plutôt nos maux les plus affreux.

Callirhoé :
Je vais mourir, l'Oracle a prononcé ma peine.

Chœur :
Nous démentons les dieux, et nous bravons le sort.

Callirhoé :
Voulez-vous qu'aux autels en rebelle on m'entraîne ?
Ah ! Laissez-moi du moins la gloire de ma mort.

Chœur, vivement :
Tonne plutôt des dieux la redoutable haine.

Callirhoé, à la Reine :
Souffrez qu'à vos sujets un doux calme revienne:
N'êtes-vous pas leur mère avant d'être la mienne ?
Par l'amour que pour eux vous devez ressentir,
A leur bonheur faites-les consentir.

La Reine :
Non, je ne verray point ce spectacle funeste.

Callirhoé, aux Peuples, douloureusement :
C'est votre reine, apaisez ses douleurs,

[douloureusement]

Osez m'arracher à ses pleurs;
Vous frémissez... Votre Reine vous reste;
Qu'elle vive, aimez-là, ne quittez point ses pas;
Sauvez-luy, s'il se peut, l'horreur de mon trépas.
Je vais mourir pour vous...

Chœur :
Nous ne vous quittons pas.


Scène 5
Callirhoé, Agénor, la Reine, le peuple

Agénor, vivement :
Peuples, écoutez-moy.
Un ministre du dieu m'a révélé sa loy;
Que votre crainte cesse.
Il n'a pas sans retour condamné la Princesse:
Un sang moins précieux peut épargner le sien;
Je vous offre le mien.

La Reine & le Chœur :
O trop fidèle amour ! O généreux courage !

Callirhoé, s'en allant :
Non, vous ne mourrez pas.

Agénor, aux Peuples, vivement:
Venez, sans tarder davantage,
Venez, peuples, suivez mes pas.

Chœur :
O trop fidèle amour ! O généreux courage !

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ACTE V

le Théâtre représente le temple de Bacchus, orné pour le sacrifice de la victime humaine


Scène 1
Corésus

Corésus :
Troubles secrets dont l'horreur me dévore,
Que ne me laissez-vous respirer un moment ?
Je suis près d'immoler un rival que j'abhorre,
Sa mort, loin de calmer l'excès de mon tourment,
Ne fait que l'irriter encore.
Troubles secrets, dont l'horreur me dévore,
Que ne me laissez-vous respirer un moment ?
Quoy ! C'est à mon rival qu'elle devra la vie !
Il sauve la Princesse: ah ! Son sort est trop beau.
Mon rival en vainqueur, descend dans le tombeau.
Quels regrets ! J'entendray cette amante en furie ?
Dieux ! qu'elle va l'aimer ! Qu'elle va me haïr !
Elle vient: je ne puis ny la voir, ny la fuir.


Scène 2
Corésus, Callirhoé

Callirhoé :
Seigneur, de vos devoirs je n'ose vous instruire;
Mais tout est prêt: mon sang à l'autel doit couler:
Si votre main tremble de m'immoler,
Jusqu'à mon cœur, je sçauray la conduire;
Allons.

Corésus :
Qu'osez-vous me dire ?

Callirhoé :
Trop de malheurs ont troublé ce séjour;
Je les pardonne à votre amour extrême,
Pardonnez-moi de même;
Sans peine je renonce au jour.

Corésus :
Je vous punirois de mon crime !
Les dieux sont moins cruels, moins barbares que vous;
Ils apaiseront leur courroux,
Ils prennent une autre victime.

Callirhoé, vivement :
Je le verrois périr, et périr par vos coups !
Estes-vous Corésus ? Que devient votre gloire ?
Voulez-vous faire croire
Que vous ne l'immolez qu'à vos transports jaloux ?

Corésus :
Aux autels de nos dieux, est-ce moy qui l'entraîne ?
De son trépas, que pourrois-je espérer ?
Je sais trop que la mort où je vais le livrer,
Ne sçauroit adoucir ma peine.

Callirhoé :
Que veux-tu donc, cruel ?
T'assurer de ma haine.

Corésus :
Quoi ! De tous mes malheurs votre haine est le prix !
Outragez, accablez un cœur qui vous adore,
Hélas ! Vos plaintes et vos cris
Devroient-ils me toucher encore ?
Je ne l'immole point: il demande à périr.

Callirhoé :
Et moy, je demande sa vie;
Mais vous voulez sa mort.

Corésus :
Peut-être je l'envie,
Elle assure vos jours.

Callirhoé :
C'est à moy de mourir.

Callirhoé & Corésus :
Non, ne résistez pas, quand le ciel le commande,
Rendez-vous, c'est mon / son sang qu'il faut que l'on répande.

Corésus :
Que le tonnerre gronde et tombe en mille éclats,
Que le carnage recommence,
Que le ciel allumé redouble sa vangeance,
Que l'effroy, que la mort volent dans ces climats;
Rien n'égale l'horreur de voir votre trépas.

Callirhoé :
Eh ! Le verrez-vous moins ? Croyez-vous que je vive ?
S'il périt, doutez-vous que mon ombre le suive ?
Tremblez, du même fer je me frappe, je meurs.
Et la mort malgré vous, réunira nos cœurs.

Corésus :
Quelle fureur, ô ciel ! Que deviens-je moy-même ?
N'est-il point d'autre sang pour appaiser les dieux ?

Callirhoé :
Les dieux ont prononcé. Conservez ce que j'aime;
On l'ameine en ces lieux,
Hâtez-vous, frappez moi, je l'attends, je le veux.


Scène 3
Corésus, Callirhoé, Agénor

Callirhoé :
Ah ! Prince, où venez-vous?

Agénor, à Callirhoé :
Où mon amour me guide.
Ministre des autels, faites votre devoir.

Callirhoé :
N'écoutez point son désespoir;

[vivement]

Que je meure; c'est moy pour qui le sort décide.

Corésus :
Quel spectacle pour moy ! Quel amour ! Quel transport !

Callirhoé & Agénor :
Mes jours sont trop payés si ma mort vous délivre.

Callirhoé :
Hélas ! Pourrois-je vous survivre,
Qu'espérez-vous de votre mort?

Callirhoé & Agénor :
Hélas ! Pourrois-je vous survivre ?
Qu'espérez-vous de votre mort ?

[à Corésus]

Ton amour outragé demande mon supplice.
C'est moy qu'il faut que l'on punisse.

Corésus, douloureusement :
Ciel ! En les immolant je ne puis les punir !

Callirhoé & Agénor :
Frape , voilà mon cœur; qui peut te retenir ?

Corésus :
Agénor, j'aplaudis à l'ardeur qui t'anime,
J'honore ta vertu, tes vœux seront contents.

[il tire le fer sacré]

Callirhoé, vivement, à Corésus :
Je frémis ! Achève, il est temps.

Corésus, gravement en les séparant :
Arrêtez ! C'est à moi de choisir la victime.

[il se frappe]

Callirhoé :
Vous mourez.

Corésus :
Je sauve vos jours.
De vos malheurs, des miens je termine le cours.
Vous pleurez. Se peut-il que ce cœur s'attendrisse ?
Je meurs content, mes feux ne vous troubleront plus;
Approchez: en mourant que ma main vous unisse;
Souvenez-vous de Corésus.

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