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Alessandro Stradella

[1639 - 1682]

 

Cantates pour le temps de Noël

 

  1. Ah ! troppo è ver
  2. Si apra al riso

 

 

Ah ! troppo è ver

[Ah ! ce n'est que trop vrai]

 

Cantate à 5 avec violons pour le très saint jour de Noël

L'Ange, soprano
La Vierge Marie, soprano
Le Premier Berger, soprano
Le Second Berger, ténor
Saint Joseph, alto
Lucifer, basse

 

 

 

Récitatif

Lucifer
Ah ! ce n’est que trop vrai:
Les astres font toujours leur révolution en dépit de Satan,
Et, de façon tyrannique,
Ruinent mes cruels désastres, pour mon malheur.

 

Air

Lucifer

N’y en aura-t-il pas un qui prendra les armes
Parmi vous, mes fidèles partisans, pour me venger,
Et qui, d’une flèche guerrière,
Projettera sa haine contre le ciel ennemi ?

 

Récitatif

Lucifer
Un son inaccoutumé de cordes célestes
Peut verser dans mon cœur un âpre venin;
Avec une mélodie harmonieuse,
Il lance à mes oreilles des flèches chantantes;
Aussi je crains que du royaume d’en haut
Pour obéir au dessein hostile du Père
Le Fils ne descende pour me tourmenter le sein.
Allez vite défaire les nœuds de la vérité
Et faites jouer à mon profit vos armes et vos ruses.

 

Choeur

Chœur de Furies

À l’ordre horrible
Du roi de l’Érèbe,
Que les Furies accourent
Et qu’avec leur terrible
Valeur intrépide
Elles lancent des éclairs.

 

Récitatif

Lucifer
Allez espionner les antres les plus secrets des siens,
Et que les secrets du Destin soient aujourd’hui déjoués.

 

Air

Un ange

Sus, bergers ! qu’à la joie, au plaisir,
Tous les cœurs soient disposés
Et s’illuminent de vives jouissances,
Maintenant que, les ardeurs de Phébus éteintes,
Le soleil divin, ayant pris forme humaine, habite
Sous la dureté d’un toit glacé.

 

Récitatif

L’ange
Qu’à l’enfant céleste
Qui pousse ses vagissements dans un logis sordide,
Les mortels offrent un tribut d’humilité
Avec une joyeuse obéissance,
Et que la grande Nativité soit révélée au monde.

 

Air

Un berger

Quel brillant concert
D’angéliques accents
Nous invite à la joie ?
Quel flambeau étoilé
À l’aspect propice
M’invite à le suivre ?

 

Récitatif

Le berger
Allons là où le Destin
A transféré le ciel dans une humble cabane
Et transforme l’Empyrée en demeure rustique.
Compagnons, que vois-je ?

 

Air

La Vierge Marie

Mon souverain bien, mon espérance, mon cœur,
Mon âme, qui grâce à toi s’épanouit dans la paix
Vient verser à tes pieds, avec des pluies [de larmes ?] sereines
Tout l’amour du sein maternel
Et, avec l’hommage qui t’est dû,
Adore le rayon de ton aube bienheureuse.

 

Récitatif

La Vierge Marie
Accorde aux erreurs humaines un ample pardon,
Et que ma prière soit l’intercesseur pour un tel don.

Un autre berger
Aux pieds révérés
De l’enfant de majesté,
Offrons en vœu d’affection notre humble foi;
Des pieds sacrés
Du souverain de l’éther,
Notre désir implore en suppliant sa grâce.

 

Air

L’autre berger

De grâce, reçois nos vœux
Que dévotement
Nous t’adressons, Divinité suprême.
Que ta lumière providentielle
Ne permette pas
Que la prière de la troupe des bergers
Soit négligée,
Mais que ton escadron bienveillant
Tourne vers nous
La faveur éternelle de ses révolutions.

 

Sinfonia

 

Récitatif et ritournelle instrumentale

Saint Joseph
La faveur bienveillante
De notre fils aimé,
Sa pitié infinie,
Abaisse son regard vers nos supplications,
Et avec prodigalité
Vous ouvre les portes de sa clémence.

 

Madrigal à cinq

Maintenant que des lumières si belles
Avec leurs doux éclairs
Détiennent les clés du Ciel,
Maintenant que triomphent les étoiles,
L’abîme ne peut plus combattre avec ses foudres
Car les astres ne sont pas sujets aux éclipses.

 

 

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Si apra al riso

 

Cantate de Noël, pour soprano, alto & basse,
2 violons & basse continue

L'Ange, soprano
1er Berger, alto
2ème Berger, basse

 

 

Air

Un ange

Que toutes les bouches s’ouvrent au rire,
Que tous les yeux se ferment aux larmes.

 

Récitatif

Le jeune berger (a)
Qui sera le bienfaisant artisan
D’une telle jubilation ?

 

Accompagné

L’ange
Il faut apaiser
La tumultueuse tempête
De tous nos pénibles soucis,
Et briser les chaînes
Que notre premier ancêtre a mises à nos pieds.

Des bergers intrigués (a & b)
Pourquoi ? Pourquoi ?

L’ange
La raison de toute cette joie
Est la grande Nativité
De l’enfant royal
Dont les plus beaux astres ornent la chevelure.

Les bergers
Comment ?

L’ange
Que votre cervelle stupide
Ne soit plus intriguée:
Celui qui est né
Est Jésus le Rédempteur !

 

Duetto

Les bergers (a & b)

Oh l’heureux avis,
La joyeuse nouvelle !
Oui, oui, que toutes les bouches s’ouvrent au rire !
Çà, allons, que toutes les langues se dénouent pour le chant !

 

Madrigal

Tous

Oh l’ombre aimée
D’une nuit de bonheur et de félicité,
Plaisantes ténèbres
Dans lesquelles apparaît
Pour nous donner la vie
Le suprême Créateur des astres !

 

Air

L’ange

Avec des splendeurs claires et inhabituelles,
Pour la naissance du roi des sphères,
Toutes les ténèbres semblent se dorer
Et les nuées les plus noires scintillent.
Le ciel se dégage de l’épaisse obscurité,
Toutes les ombres disparaissent à l’apparition du soleil.

 

Air

Un berger (b)

Fidèle groupe qui conduis
Le paisible troupeau,
Réjouis-toi, sois heureux, sois en fête
À une si heureuse nouvelle.

 

Madrigal

Tous

Il n’y a plus à craindre
Le coup mortel
D’une archère
Impitoyable:
Morte à la naissance de Dieu, son trait s’est perdu.

 

Air

L’ange

Voyez maintenant le grand Tonnant,
Qui, incarné, se comporte en petit enfant,
Et qui a son palais dans le foin,
Lui qui a au Ciel un trône constellé !

Tournez les yeux
Vers Dieu, pour qu’il se dévoile à vous;
Brûlez ainsi
Pour Lui, si Lui gèle pour vous.

 

Air

Le jeune berger (a)

Au rédempteur nu,
S’il n’était pas trop étroit
Et si chargé de fautes,
J’offrirais bien mon cœur pour berceau,
Ou bien, du feu de mes chauds soupirs,
Je réchaufferais ses membres froids.

 

Air

Le berger (b)

Avec ce gel qui glace le sein,
Il lance une céleste brûlure aux autres;
Si bien que toute âme pure
Se met à fondre doucement.

Et il dirige le monde,
Et pourtant, enfant, il vagit;
Il a les flèches dans la main
Et il est tremblant.

 

Duetto

Les bergers

Pendant que des perles de rosée
Ornent de pierreries son visage,
De ses précieuses larmes
Prend naissance notre rire.
Pendant qu’il se met à pleurer tristement,
Il met en même temps fin à nos larmes.

 

Air

L’ange

Et l’âpre dureté d’un cœur ingrat
Ne se brise pas devant tant d’amour ?

 

Madrigal

Tous

Ô grande bonté du souverain de l’Éther,
Dieu se fait chair, et l’homme de pierre !

 

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC