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Claudio Monteverdi

 

Scherzi Musicali a tre voci
publiés en 1607, par Giulio Cesare Monteverdi, frère du compositeur

 

 

 

  1. I bei legami
  2. Amarilli onde m'assale
  3. Fugge il verno dei dolori
  4. Quando l'Alba in Oriente
  5. Non così tosto io miro
  6. Damigella tutta bella
  7. La pastorella mia spietata e rigida
  8. Oh rosetta che rosetta
  9. Amorosa pupilletta
  10. Vaghi rai di cigli ardenti
  11. La violetta
  12. Giovinetta ritrosetta
  13. Dolci miei sospiri
  14. Cloris amorosa
  15. Lidia spina del mio core

Note: les textes traduits ci-dessous proviennent de différentes sources Internet. Ils ont été corrigés d’après l’édition de Gian-Francesco Malipiero, Tutte le opere di Claudio Monteverdi, Vienna, Universal Editions, vol. 10, 1929. L’édition de Malipiero reproduit intégralement les poèmes mis en musique, alors que Monteverdi n’en a souvent utilisé qu’une partie.

 

 

I bei legami

Gabriel Chiabrera [1552-1637]

I bei legami
che stamm'intorno
perch'io sempr'ami
bel viso adorno
mano gli strinse
che sì m'avvinse
per caro modo
ch'avvinto io godo.

Tempo ch'alato
rapido vai
me scatenato
mai non vedrai
e crescan ire
per mio martire
e cresca orgoglio
per mio cordoglio.

Chè s'io rammento
la nobil mano
ogni tormento
m'assale invano
man bianca e pura
ch'in prova oscura
spume marine
e nevi alpine.

Oh tu ch'altiere
saetti Amore
chiamati arciere
per suo valore
ch'ogni tuo strale
è per sè frale
né l'arco offende
s'ella nol tende !

Les beaux liens
Qui m’entourent
Pour que j’aime toujours
Un beau visage paré,
Une main les tressa
Qui ainsi me lia
De si chère façon
Qu’attaché, je suis heureux.

Temps qui, ailé,
T’en vas si vite,
Jamais tu ne me verras
Défait de mes chaînes,
Même si sa colère
S’accroît pour mon martyre,
Même si son orgueil
S’accroît pour mon deuil.

Si je me remémore
Sa noble main,
Tous les tourments
M’assaillent en vain,
Sa main blanche et pure
Qui mise au défi obscurcit
Les écumes marines
Et les neiges alpines.

Ô toi qui fièrement
Lances tes flèches, Amour,
Si tu te dis archer,
C’est grâce à sa valeur
Car chacun de tes traits
Est en soi fragile
Et ton arc ne blesse pas
Si ce n’est elle qui le tend.

 

a

 

 

Amarilli onde m'assale

Gabriel Chiabrera

Amarilli onde m'assale
fiero stral di novo ardore
di mio bene e di mio male
mio migliore e mio peggiore,
Amarilli ond'io gioisco
pur dal duolo ond'io languisco,

Tu ne vai co'l core altiero
perché Amor nulla t’accende,
ma dell'aspro tuo pensiero
alto essempio ti riprende
poscia ch'arde, s'innamora
qui fra noi la bella Aurora.

Ella un dì dal Cielo usciva
Per sentier ruggiadoso,
E su’l fresco d’una riva
Vide un giovine amoroso,
Ne fu prima a rimirarlo
Ch’ella fosse a desiarlo.

Rotto adunque il bel camino
Che per alto ella tenea
Il bel piè fermò vicino,
Là ve’l giovine sedea
E tra rose e tra viole
Fece udir queste parole.

A che, giovine diletto,
Consumarti in terra dei ?
Altro bene, altro diletto
Goderai ne regni miei;
Ne gioir ti verrà meno
Bene accolto in questo seno.

D'aure pure un aureo nembo
spande candida d'intorno,
e con Cefalo nel grembo
va volando al suo soggiorno
va contenta, va felice
amorosa rapitrice.

Amarilli deh rimira
quale essempio non ti piega
la bell'alba arde, sospira
per amor lusinga e priega,
io con atti humili ardenti
vuo' pregarti e no'l consenti.

Amaryllis, de qui vient m’assaillir
Le cruel trait d’une nouvelle ardeur,
Encore meilleure, encore pire
Que mon bonheur, que mon malheur,
Amaryllis, qui me fais être heureux
De la douleur où pourtant je languis,

Tu t’en vas le cœur hautain,
Parce qu’Amour ne t’enflamme point;
Mais un exemple venu de haut
Te reproche ton âpre penser,
Puisqu’ici, parmi nous, la belle Aurore
S’enflamme et devient amoureuse.

[Elle sortait un jour du ciel
Par un sentier plein de rosée
Et sur la fraîcheur d’une rive
Elle vit un jeune amoureux,
Et elle ne l’eut pas plus tôt vu
Qu’elle se prit à le désirer.

Interrompant donc le parcours
Qu’elle suivait dans les airs,
Elle arrêta son beau pied
Près de l’endroit où se tenait le jouvenceau
Et parmi les roses et les violettes,
Elle fit entendre ces paroles:

“Pourquoi, cher jouvenceau,
Dois-tu te consumer sur terre ?
Tu jouiras dans mes royaumes
D’un autre bonheur, d’un autre plaisir;
Tu n’auras pas moins de délices
À être bien accueilli sur mon sein.”]

Blanche, elle répand tout autour
Un nimbe doré de brises pures,
Et, avec Céphale dans ses bras,
Elle vole vers son séjour,
Elle va contente, elle va heureuse,
Amoureuse et ravisseuse.

Amaryllis, de grâce, regarde:
Un tel exemple ne te fléchit pas ?
La belle Aube brûle, soupire;
Par amour, elle charme, elle prie:
Et moi, avec mes actes humbles et ardents,
Je veux te prier et tu ne consens pas.

 

b

 

 

Fugge il verno dei dolori

Fugge il verno dei dolori,
Primavera de gl'amori
Se ne torna tutt'adorna
Di fioretti lasciuetti
Ma non torni tu già mai
Fili ingrata, dispietata
A dar fine a li miei guai.

Senti Zeffiro che spira
Vedi Amor che l'arco tira
E c'inuita
A dolce vita
Vita quieta
Vita lieta
E tù sorda, e cieca ahi lasso
Neghitosa
Disdegnosa
Ti starai qual duro sasso.

Senti piange tortorella
Quasi afflitta vedovella
Che non trova
Che le giova
Il suo errante
Caro amante
E tu viver sempre vuoi
Sola in noie
Da le gioie
Nascondendo i sensi tuoi.

Tu non sai che lieto stato
È il trovarsi accompagnato,
Mira Fili
Amarilli
Quanto gode
Con sua lode
Di star sempre a Tirsi in braccio
Fili oh quanto
Farai pianto
Se disprezzi questo laccio.

L’hiver des douleurs s’enfuit,
Le printemps des amours
S’en revient tout paré
De fleurettes folâtres;
Mais toi, tu ne reviens jamais,
Ingrate Philis, impitoyable,
Pour mettre fin à mes tourments.

Écoute Zéphyr qui respire,
Vois Amour qui tire son arc
Et nous invite
À une douce vie,
Une vie paisible,
Une vie joyeuse,
Et toi, sourde et aveugle, hélas !
Nonchalante,
Dédaigneuse,
Tu vas rester tel un dur rocher.

Entends pleurer la tourterelle
Comme une veuve affligée
Qui ne trouve pas
Pour la secourir
Son cher amant
Qui est errant;
Et toi, tu veux toujours vivre
Seule, dans l’ennui,
Cachant tes sens
Aux joies.

Tu ne sais pas quel heureux état
C’est de se trouver en compagnie.
Philis, regarde donc
Amaryllis,
Comme elle jouit
De sa chance
D’être toujours dans les bras de Tircis.
Philis, ô combien
Tu verseras de larmes
Si tu rejettes ce lien !

 

d

 

 

Quando l'Alba in Oriente

Gabriel Chiabrera

Quando l'Alba in Oriente
l'almo sol s'appresta a scorgere
giù dal mar la veggiam sorgere
cinta in gonna rilucente,
onde lampi si diffondono
che le stelle in Ciel ascondono.

[trois strophes de plus chez Malipiero]

Sì di fregi alta, e pomposa
va per le strade che s'infiorano
va su nembi che s'indorano,
ruggiadosa, luminosa;
l'altre Dee che la rimirano
per invidia ne sospirano.

E ciò ver qual più n'apprezza
per beltade a l'Alba inchinasi;
non per questo ella vicinasi
di mia donna alla bellezza:
i suoi pregi Alba t'oscurano,
tutte l'alme accese il giurano.

Quand l’Aube à l’orient
S’apprête à apercevoir le noble soleil,
Nous la voyons surgir là-bas de la mer
Vêtue d’une robe resplendissante
D’où se répandent des lueurs
Qui cachent les étoiles dans le ciel.

[trois strophes de plus chez Malipiero]

Ainsi, ennoblie de ses parures, majestueuse
Elle va par les routes qui se fleurissent,
Elle va par les nues qui se dorent,
Couverte de rosée, lumineuse;
Les autres déesses qui la regardent
En soupirent d’envie.

Et ce à quoi on donne le plus de prix
Pour sa beauté, s’incline devant l’Aube;
Mais ce n’est pas pour autant qu’elle approche
De la beauté de ma dame:
Ses qualités, Aube, te rendent obscure,
Toutes les âmes enflammées le jurent.

 

e

 

 

Non così tosto io miro

Gabriel Chiabrera

Non così tosto io miro
il vostro vago ardore
che cessa ogni martiro
onde m'affligge Amore:
cotanto ha di valore
occhi vostra beltà.

Uscir dal fianco ardente
sospir non ha diletto,
ne fa sentir dolente
la lingua alcun suo detto
ne giù per gli occhi al petto
pur lagrima sen va.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Tutta alfin si ravviva
la mia vita amorosa
qual fior in fresca riva
a l'Alba rugiadosa
o qual serpe squammosa
a soli de l'està.

Tanto poss'io contarvi,
begl'occhi, di mio stato;
ma se viene in mirarvi
altri sì fortunato
deh quanto fia beato
chi mai vi bacerà.

Je n’ai pas si tôt vu
Votre charmante ardeur
Que cesse tout martyre
Qu’Amour m’inflige,
Tant votre beauté,
Yeux, a de pouvoir.

Le soupir n’a plus le plaisir
De sortir de mon flanc ardent;
Ma langue douloureuse
Ne fait entendre aucune parole;
Aucune larme ne s’en va plus
Par les yeux, vers la poitrine.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Ma vie amoureuse
Ressuscite enfin tout entière
Comme une fleur sur la fraîche rive
À l’aube porteuse de rosée
Ou comme le serpent écailleux
Au soleil de l’été.

Tant je puis vous en conter,
Beaux yeux, sur mon état;
Mais si vient à vous regarder
Un autre si fortuné,
Ah ! combien il sera heureux,
Celui qui vous donnera des baisers.

 

f

 

 

Damigella tutta bella

Gabriel Chiabrera

Damigella
tutta bella
versa versa quel bel vino,
fa che cada
la rugiada
distillata di rubino.

Ho nel seno
rio veneno
che vi sparse Amor profondo
ma gittarlo
e lasciarlo
vo' sommerso in questo fondo.

Damigella
tutta bella
di quel vin tu non mi satii,
fa che cada
la rugiada
distillata da topatii.

[une strophe de plus chez Malipiero]

Nova fiamma
più m'infiamma
arde il cor foco novello
se mia vita
non s'aita
a ch'io vengo un Mongibello !

Ma più fresca
ogn' hor cresca
dentro me sì fatta arsura
consumarmi
e disfarmi
per tal modo ho per ventura.

Demoiselle
Toute belle,
Verse, verse ce beau vin,
Fais que tombe
La rosée
Distillée du rubis.

J’ai en mon sein
Un cruel poison
Qu’Amour a répandu au fond;
Mais je vais le jeter
Et m’en défaire
En le noyant dans ce fond.

Demoiselle
Toute belle,
Tu ne m’as pas donné mon content de ce vin;
Fais que tombe
La rosée
Distillée des topazes.

[une strophe de plus chez Malipiero]

Une nouvelle flamme
M’enflamme davantage,
Un nouveau feu brûle mon cœur,
Si ma vie
N’est pas secourue,
Ah ! je deviens un Etna !

Mais que la brûlure ainsi née en moi
S’accroisse sans cesse,
Toujours plus fraîche !
Je trouve mon bonheur
À me consumer
Et me détruire de cette façon.

 

g

 

 

La pastorella mia spietata e rigida

Jacopo Sannazar [1458-1530]

La pastorella mia spietata e rigida
che nott'e giorn'al mio soccorso chiamola,
si sta superba e più che giaccio frigida.

[Ben sanno questi boschi quant’io amola,
Sannolo fiumi, monti, fiere et homini,
Ch’ognor piangendo et sospirando bramola.

Sallo quante fiate il dì la nomini
Il gregge mio, che già tutt’hore ascoltami
O ch’egli in selva pasca, o di mandra romini.]

Eco rimbomba e spesso indietro voltami
le voci che sì dolci in aria sonano
e ne l'orecchie il bel nome risoltami.

Quest'alberi di lei sempre ragionano
e nelle scorze scritta la dimostrano
ch' a pianger spesso et a cantar mi spronano.

Ma bergère impitoyable et inflexible,
J’ai beau l’appeler nuit et jour à mon secours,
Elle reste superbe et plus froide que glace.

[Ils savent bien, ces bois, combien je l’aime,
Les rivières le savent, les monts, les bêtes sauvages et les hommes,
Car je la désire sans cesse, pleurant et soupirant.

Combien de fois par jour je la nomme,
Mon troupeau le sait, qui m’entend à toute heure,
Qu’il paisse dans la forêt ou rumine au bercail.]

Écho retentit et me renvoie souvent
Les paroles qui résonnent si doucement dans l’air,
Et répète son beau nom à mes oreilles.

Ces arbres toujours s’entretiennent d’elle,
Et montrant son nom gravé dans l’écorce,
Ils m’incitent à pleurer souvent et à chanter.

 

h

 

 

Oh rosetta che rosetta

Gabriel Chiabrera

Oh rosetta, che rosetta
tra'l bel verde di tue frondi
vergognosa ti nascondi
come pura donzelletta
che sposata ancor non è

Se dal bel cespo natio
ti torrò non te ne caglia
ma con te tanto mi vaglia
che ne lodi il pensier mio
se servigio ha sua mercé.

Caro pregio il tuo colore
tra le man sia di colei
che governa i pensier miei
che mi mira il petto e'l core
ma non mira la mìa fé'.

Non mi dir come t'apprezza
la beltà di Citerea,
io me 'l so, ma questa Dea
e di gratia e di bellezza
non ha Dea sembiante a se.

Oh, petite rose, qui toute rose,
Te caches, pudique,
Dans la belle verdure de tes feuilles,
Comme une chaste pucelette
Qui n’est pas encore fiancée,

Si à ton beau gazon natal
Je t’enlève, ne t’en mets pas en peine:
Puissé-je en tirer profit
Et que tu loues mon idée
Si mon servage reçoit sa récompense.

Que ta couleur soit un cher ornement
Entre les mains de celle
Qui gouverne mes pensers,
Qui regarde ma poitrine et mon cœur,
Mais ne regarde pas ma foi.

Ne me dis pas combien t’apprécie
La beauté de Cythérée:
Je le sais, mais ma déesse
De grâce et de beauté
N’a pas de déesse à elle semblable.

 

i

 

 

Amorosa pupilletta

Ansaldo Cebà [1565-1622]

Amorosa pupilletta
che saetta
sì soave al cor mi scocchi
perché tocchi tanti sguardi
co ' tuoi dardi
perché pungi ohimè tant'occhi ?

Mira mira come langue
nel tuo sangue
lo mio cor soavemente
come sente su 'l languire
su 'l morire
consolarsi la mia mente.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Vedi vedi 'l tuo brunetto
nel mio petto
come dolce il cor m'accende,
come fende puro puro
co 'l suo scuro
quell'horror che l'alma offende.

Pupillette amoureuse
Qui si doucement
Me tire une flèche dans le cœur,
Pourquoi touches-tu tant de regards
Avec tes dards,
Pourquoi, hélas, perces-tu tant d’yeux ?

Regarde, regarde comme languit
Dans ton sang,
Mon cœur, doucement,
Comme il sent, dans sa langueur,
Dans sa mort,
Mon esprit se consoler.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Vois, vois ton brunet
Dans ma poitrine
Comme il m’enflamme doucement le cœur,
Comme il fend proprement
Avec sa hache
Ces ténèbres qui offensent l’âme.

 

j

 

 

Vaghi rai di cigli ardenti

Gabriel Chiabrera

Vaghi rai di cigli ardenti
più lucenti
che del sol non sono i rai
vinto alfin da la pietate
mi mirate
vaghi rai che tanto amai.

Mi mirate raggi ardenti
più lucenti
che del sol non sono i rai,
e dal cor trahete fuore
il dolore
e l'angoscia de miei guai.

E voi priego o raggi ardenti
più lucenti
che del sol non sono i rai
di più foco, ove ei ritorni
siate adorni,
vaghi rai, che tanto amai.

[quatre strophes de plus chez Malipiero]

Beaux rayons d’yeux ardents
Plus lumineux
Que ne sont les rayons du soleil,
Vaincu enfin par la pitié,
Vous me regardez,
Beaux rayons que j’ai tant aimés.

Vous me regardez, rayons ardents,
Plus lumineux
Que ne sont les rayons du soleil,
Et vous faites sortir du cœur
La douleur
Et l’angoisse de mes tourments.

Et je vous prie, rayons ardents,
Plus lumineux
Que ne sont les rayons du soleil,
Là où il fait demi-tour,
Soyez parés de plus de feu,
Beaux rayons que j’ai tant aimés.

[quatre strophes de plus chez Malipiero]

 

a

 

 

La violetta

Gabriel Chiabrera

La violetta
ch'en su l'erbetta
s’apre al mattin novella
di' non è cosa
tutt'odorosa
tutta leggiadra e bella ?

Sì certamente
che dolcemente
elle ne spira odori
e n'empie il petto
di bel diletto
col bel de suoi colori.

[trois strophes de plus chez Malipiero]

La violette
Qui sur l’herbe
S’ouvre nouvelle au matin,
Dis-moi, n’est-elle point chose
Toute parfumée
Toute belle et charmante ?

Assurément,
Tout doucement,
Elle en respire les parfums,
Et emplit sa poitrine
D’un beau plaisir
Avec la beauté de ses couleurs.

[trois strophes de plus chez Malipiero]

 

b

 

 

Giovinetta ritrosetta

Ansaldo Cebà

Giovinetta
Ritrosetta
Che'l mi' amor ti prendi a gioco
Mira mira
Come spira
Ne miei versi il tuo bel fuoco.

Vedi come
L'auree chiome
Tocca il vento e le divide;
Che miei rai
Tu vedrai
Come l'oro in sen ti ride.

[trois strophes de plus chez Malipiero]

Dunque amore
Del tuo core
Levi almen tanta durezza
Poi che 'l vanto
Del mio canto
Pur nel' nome tuo s'apprezza.

Jouvencelle,
Petite rebelle,
Qui prends mon amour à la plaisanterie,
Regarde, regarde,
Comme dans mes vers
Respire ton beau feu.

Tu vois comme le vent
Touche ta chevelure d’or
Et la divise;
Tu verras
Mes yeux
Sourire comme l’or dans ton sein.

[trois strophes de plus chez Malipiero]

Que l’amour donc
Enlève de ton cœur
Tant de dureté
Puisque le mérite
De mon chant
S’apprécie dans ton nom.

 

c

 

 

Dolci miei sospiri

Gabriel Chiabrera

Dolci miei sospiri
dolci miei martiri
dolce mio desio
e voi dolci canti
e voi dolci pianti
rimanet'a Dio.

A la ria partita
vento e mare invita
o volubil hore
ma non più querele
duro Amor crudele,
ama il mio dolore.

Hora miei sospiri
hora miei martiri
e tu mio desio
e voi dolci canti
e voi dolci pianti
rimanet' a Dio.

E se mai soletta
suoi pensier diletta
per solingo loco
e voi dolci canti
e voi dolci pianti
dite del mio foco.

E se tutta adorna
unque mai soggiorna
festeggiando in gioco
dite miei sospiri
dite miei martiri
a lei del mio foco.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Mes doux soupirs,
Mes doux martyres,
Mon doux désir,
Et vous, doux chants,
Et vous, douces larmes,
Restez, adieu !

Le vent et la mer invitent
À la cruelle séparation,
Ô l’heure passagère !
Mais plus de plaintes,
Dur, cruel Amour,
Aime ma douleur.

Maintenant, mes soupirs,
Maintenant, mes martyres,
Et toi, mon désir,
Et vous, doux chants,
Et vous, douces larmes,
Restez, adieu !

Et si jamais, toute seule,
Elle se complaît à ses pensers
Dans un lieu solitaire,
Vous, doux chants,
Vous, douces larmes,
Parlez-lui de mon feu.

Et si, toute parée,
Jamais elle s’attarde
Dans la fête et les jeux,
Dites-lui mes soupirs,
Dites-lui mes martyres,
Parlez-lui de mon feu.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

 

d

 

 

Cloris amorosa

Gabriel Chiabrera

Clori amorosa
d'amor rubella
più d'ogni rosa
vermiglia e bella
d'ogni alma stella
più chiara, ardente
veracemente
nel tuo bel viso
sta il mio cor fiso.

Tu coi bei lumi
saeti il core
e lo consumi
col chiaro ardore
onde si more
quest'alma mia
se dolce e pia
non porgi aita
a la mia vita.

Deh dolce amore
di tua bellezza
fa specchio al core
ch'empio disprezza
pien di fierezza
pene e martiri
pianti e sospiri
d'un'alma amante
fida e costante.

Vedrai per prova
che ne' tuoi lumi
l'ardor si trova;
se i tuoi costumi
fan che consumi
ogn'alma in terra
e s'ama guerra
li fa il tuo viso
e 'l dolce riso.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Cloris, amoureuse
Rebelle à l’amour,
Plus vermeille et belle
Que toutes les roses,
Plus claire et ardente
Que tous les astres,
En vérité,
Mon cœur est fixé
Sur ton beau visage.

Avec tes beaux yeux
Tu perces mon cœur de flèches,
Et tu le consumes
Avec leur claire ardeur
Si bien que mon âme
Ne peut que mourir
Si, douce et apitoyée,
Tu ne portes aide
À ma vie.

De grâce, doux amour
Fais de ta beauté
Un miroir pour ton cœur:
Cruel, il méprise,
Plein de fierté,
Peines et martyres
Larmes et soupirs
D’une âme aimante
Fidèle et constante.

Tu verras par cet essai
Que c’est dans tes yeux
Que l’ardeur se trouve,
Si tes façons d’être
Font que tu consumes
Toute âme sur terre;
Et s’il y a une guerre,
C’est ton visage qui la fait
Et ton doux sourire.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

 

e

 

 

Lidia spina del mio core

Ansaldo Cebà

Lidia spina del mio core
ond'amor mi straccia e punge
di dolcissimo licore
pur talhor la piaga m'unge
e senz'arte o sugo d'herba
il dolor mi disacerba.

Che là dove il cor languisce
molle stende e candidetta
quella mano onde rapisce
amar l'alme e i cori alletta
e toccando e ritoccando
mi vien dolce il cor sanando.

O che piaga aventurosa
se sì bella e bianca mano
mentre in sen mi si riposa
va sanando il cor pian piano
e soccorre a la ferita
con le perle de le dita.

Che se 'l guardo troppo fier
troppo frena i miei desiri
e l'avorio lusinghiero
poco tempra i miei martiri
Lidia mia che dolce sorte
se’n tua man ne vengo a morte.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

Lydie, cette épine de mon cœur,
Qui fait qu’Amour me déchire et me poind,
Oint pourtant parfois ma plaie
De très douce liqueur,
Et sans art ni suc d’herbe
Rend ma douleur moins âpre.

Là où mon cœur est languissant,
Elle étend, tendre et toute blanche,
Cette main dont elle ravit
Et attire les âmes et les cœurs vers l’amour;
Et en touchant et retouchant,
Doucement, elle guérit mon cœur.

Ô quelle blessure fortunée
Si une main si belle et si blanche
En se reposant sur mon sein
Soigne le cœur tout en douceur
Et porte secours à ma blessure
Avec les perles de ses doigts.

Et si le regard trop farouche
Vient freiner par trop mes désirs
Et si l’ivoire séducteur
Vient peu tempérer mon martyre,
Ma Lydie, quel doux sort
Si dans ta main j’en viens à la mort.

[deux strophes de plus chez Malipiero]

 

f

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC