Claudio Monteverdi
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Giambattista
Marino Tempro la
cetra, e per cantar gli onori Così
pur tra l'arene e pur tra fiori Or
lhumil plettro ei rozzi accenti indegni, Riede ai
teneri scherzi, e dolce intanto Jaccorde
ma lyre, et pour chanter les honneurs Ainsi
donc, par les sables et parmi les fleurs, Muse,
accorde comme avant ton humble plectre, Reviens
aux tendres badinages, et quentre temps, adouci,
Di Marte alzo talor lo stil e i carmi.
Ma invan la tento e impossibil parmi
Ch'ella già mai risoni altro ch'amori.
Nott amorose Amor torna a dettarmi,
Né vol ch'io prend' ancora a cantar d'armi,
Se non di quelle ond'egli impiaga i cori.
Musa qual dianzi accorda in fin ch'al canto
De la lira sublime il Ciel ti degni.
[le texte de Marino donne : de la tromba
sublime.]
Lo Dio guerrier, temprando i feri sdegni,
In grembo a Citerea dorma al tuo canto.
De Mars, jélève parfois mon style et mes
chants.
Mais jessaie en vain, et il me semble impossible
Quelle fasse jamais retentir autre chose que des
amours.
Amour revient me dicter des notes amoureuses
Et ne veut pas que je me remette à chanter les
armes,
Sinon celles dont il blesse les curs.
Aux accents rudes et indignes, jusquà ce que le
Ciel
Te juge digne de la lyre sublime.
[Marino : de la trompette
sublime.]
Le Dieu guerrier, modérant ses farouches
colères,
Sendorme à ton chant dans les bras de
Cythérée.
Fabrizio
degl'Atti 2
sopranos Non
è di gentil core Il
na pas le cur noble,
chi non arde d'amore.
Ma voi, che del mio cor l'anima sete,
e nel foco d'amor lieta godete,
gentil al par dognaltra havete il core,
perché ardete d'amore.
Celui qui ne brûle pas damour.
Mais vous, qui êtes lâme de mon
cur,
Et qui, joyeuse, vous plaisez dans le feu damour,
Vous avez un cur aussi noble que toute autre
Parce que vous brûlez damour.
Giambattista
Marino A
quest'olmo, a quest'ombre, ed a quest'onde, In voi
sol, felici acque, amiche sponde, Qui di
quel lieto dì soave riede già
spirar sento erbette intorno e fiori, À
cet orme, à cette ombre, à ces ondes, En
vous seuls, eaux heureuses, rivages amis, Ici
revient la douce remembrance Déjà
je sens les herbes alentour et les fleurs,
ove per uso ancor torno sovente,
eterno i' deggio, ed avrò sempre in mente,
quest'antro, questa selve questa fronde.
il mio passato ben quasi presente
Amor mi mostra e del mio foco ardente
tra le vostre fresch'aure i semi asconde.
la rimembranza allor che la mia Clori
torna in dono se stessa e 'l cor mi diede;
ovunque o fermi il guardo o mova il piede,
dell'antiche dolcezze ancor gli odori.
Vers qui par habitude je retourne encore souvent,
Je dois pour toujours, - et je les aurai toujours à
lesprit -
Cet antre, cette forêt et ce feuillage.
Presque comme sil était présent, Amour
me montre
Mon passé, et cache parmi vos fraîches
brises
Les semences de mon feu ardent.
De lheureux jour où ma Cloris
Me fit delle-même cadeau, et me donna son
cur.
Où que jarrête le regard ou dirige le
pied,
Respirer encore les parfums des anciennes
douceurs.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] 2
sopranos O come sei
gentile, Que
tu es aimable,
caro augellino !
O quanto è il mio stato amoroso
al tuo simìle !
Io prigion, tu prigion;
tu canti, io canto;
tu canti per colei
che t'ha legato,
ed io canto per lei.
Ma in questo è differente
la mia sorte dolente:
che giova pur a te l'esser canoro;
vivi cantando, ed io cantando moro.
Cher petit oiseau !
Ô combien mon état amoureux
Au tien est semblable !
Je suis prisonnier, tu es prisonnier;
Tu chantes, je chante;
Tu chantes pour celle
Qui ta attaché,
Et je chante pour elle.
Mais mon sort douloureux
Du tien diffère en ceci:
Il test avantageux dêtre
mélodieux;
Tu vis en chantant ; moi, en chantant, je meurs.
2
sopranos Io son pur
vezzosetta pastorella Di Flora
non vien qui nobil donzella E
sel giorno di festio vado al ballo, E non
saranno a te punto graditi, Je
suis une mignonnette bergère Il
ne vient pas ici de noble demoiselle de Flore Et
si, le jour de la fête, je vais au bal, Et
à toi, ils ne te seront pas agréables,
che le guance ho di rose e gelsomini,
e questa fronte questi aurati crini
mi fannaltrui parer Driada novella.
o schiera di pomposi cittadini
che, quando in lor m'incontro o faccio inchini
il titol non mi dian de la più bella.
mi porta ogni pastor perch'io l'inviti,
specchi, fior, frutti o vezzi di corallo.
caro Lidio, i miei sguardi ? E semprin fallo
ti pregherò, crudel, che tu m'aiti ?
Aux joues de rose et de jasmin,
Et mon visage, et mes cheveux dor, font de moi
Aux yeux dautrui, une nouvelle Dryade.
Ou de troupe dimportants citadins
Qui, quand je les rencontre ou leur fais la
révérence,
Ne me donnent le titre de la plus belle.
Chaque berger, pour que je linvite, mapporte
Miroirs, fleurs, fruits ou morceaux de corail.
Cher Lydius, mes regards ? Et toujours en vain
Je timplorerai, cruel, pour que tu me secoures
?
2
sopranos O viva
fiamma, o miei sospiri ardenti, o bei
desir de l'onorate menti, o vaghe
erbette, o fiori, o verdi mirti, o voi,
leggiadri ed amorosi spirti, Ô
vive flamme, ô mes soupirs ardents, Ô
beaux désirs des esprits honorés, Ô
jolies herbes, ô fleurs, ô myrtes verts, Ô
vous, esprits ravissants et amoureux,
o petto pien di duol, o spirti lassi,
o pensier d'ogni speme ignudi e cassi,
o strali del mio cor fieri e pungenti,
o vane imprese, o dolorosi passi,
o selve, o piagge, o fonti, o fiumi, o sassi,
o sola mia cagion d'aspri tormenti,
o loco un tempo a me dolce e giocondo
ov'io già sparsi dilettoso canto
- s'alcun vive guaggiù nel basso mondo -
pietà vi prenda del mio acerbo pianto !
Ô poitrine pleine de douleur, ô esprits
lassés,
Ô pensers privés et dépouillés de
toute espérance,
Ô flèches perçantes et cruelles pour mon
cur,
Ô vaines entreprises, ô pas douloureux,
Ô forêts, ô rivages, ô sources,
ô rivières, ô rochers,
Ô, lunique raison de mes âpres
tourments,
Ô lieu qui me fut un temps doux et plaisant,
Où je répandis jadis un chant
délicieux,
- Sil en vit un seul ici en ce bas monde
Prenez pitié de mes pénibles larmes
!
Giambattista
Marino 2
contre-ténors Vorrei
baciarti, o Filli, Je
voudrais tembrasser, Philis,
Ma non so come ove 'l mio bacio scocchi,
Ne la bocca o negl'occhi,
Cedan le labra a voi, lumi divini,
Fidi specchi del core,
Vive stelle d'Amore !
Ah, pur mi volgo a voi, perle e rubini,
Tesoro di bellezza,
Fontana di dolcezza,
Bocca, onor del bel viso:
Nasce il pianto da lor, tu m'apri il riso !
Mais je ne sais comment, ni où décocher mon
baiser,
Sur la bouche ou sur les yeux.
Que les lèvres vous cèdent la place, yeux
divins,
Fidèles miroirs du cur,
Vivantes étoiles dAmour !
Ah ! et pourtant je me tourne vers vous, perles et
rubis,
Trésor de beauté,
Fontaine de douceur,
Bouche, honneur de ce beau visage:
Deux naissent les larmes, toi, tu touvres pour
me sourire.
Giovanni Battista
Guarini 2
ténors Dice la
mia bellissima Licori Ma
trés belle Lycoris,
quando tal hor favello seco d'amor,
ch'Amor è uno spiritello
che vaga e vola, e non si può tenere,
nè tocar, nè vedere;
e pur, se gli occhi giro,
ne' sugli begli occhi il miro:
ma nol posso toccar,
ché sol si tocca in quella bella bocca.
Quand je lentretiens damour,
Dit quAmour est un farfadet
Qui erre et vole, quon ne peut le tenir,
Ni le toucher, ni le voir;
Et pourtant, si je tourne les yeux
Vers ses beaux yeux, je le vois;
Mais je ne puis le toucher,
Car on ne peut latteindre que sur sa belle
bouche.
2
ténors Ah, che
non si conviene romper la fede Ah,
il ne faut pas manquer de parole
a chi la fe' mantiene.
Il mio fermo voler è quell' istesso
lontan da voi, ch'esservi sole appresso,
ne può cangiarlo morte,
ne sia malvagia sorte:
ma, fermo come a l'onda immobil scoglio,
e viver vostro e morir vostro io voglio.
À qui tient la sienne.
Ma ferme volonté, loin de vous, est la même
Que quand je suis auprès de vous,
Et la mort ne peut la changer,
Non plus que le mauvais sort;
Mais, ferme comme un roc immuable face aux flots,
Je veux vivre vôtre et mourir vôtre.
2
ténors Non
vedrò mai le stelle ne' bei celesti giri, Jamais,
perfide, je ne verrai les astres
perfida, ch'io non miri
gli occhi che fur presenti
alla dura cagion de' miei tormenti,
e ch'io non dica lor: o luci belle,
deh siate sì rubelle di lume a chi rubella è
sì di fede,
ch'anzi a tant'occhi e tanti lumi
ha core tradire amante sotto fe' d'amore.
Dans leurs belles révolutions célestes, que je
ne voie
Les yeux qui assistèrent
À la dure naissance de mes tourments,
Et sans leur dire : «Ô beaux flambeaux,
Ah ! refusez la lumière à celle qui manque
tant à sa foi,
Puisque face à tant dyeux, tant de
lumières,
Elle a le cur, sous prétexte damour, de
trahir son amant.»
Claudio
Achillini 2
ténors Ecco
vicine, o bella Tigre, l'ore Fuggimi
pur con sempiterno orrore: ma
potess'io seguir, solingo errante, ch'andrei
là dove spiri e dove passi, Belle
Tigresse, voici proche lheure Fuis-moi
donc dans une ténèbre éternelle: Mais
si je pouvais suivre, errant et solitaire, Alors,
jirais là où tu respires et où tu
passes,
che tu degli occhi mi nascondi i rai:
ah che l'anima mia non sentì mai,
meglio che dal partir, le tue dimore !
sotto straniero ciel, ovunque sai
che, quanto più peregrinando vai,
cittadina ti sento in mezzo al core.
o sia per valli o sia per monti o sassi,
l'orme del tuo bel piè leggiadre e sante:
con la bocca e col cor, devoto amante,
baciando l'aria ed adorando i passi.
Où tu dois me dérober les rayons de tes
yeux:
Ah ! mon âme na jamais savouré
Ta présence, mieux quau moment de la
séparation.
Sous un ciel étranger, où que tu sois,
Plus tu iras voyageant,
Plus je te sentirai résider dans mon
cur.
Soit par les vallons, soit par rocs et monts,
Les traces de tes beaux pieds séduisants et
sacrés,
Avec ma bouche et mon cur, amant dévot,
Baisant lair et adorant tes pas.
Giambattista
Marino 2
ténors Perché
fuggi tra salci, ritrosetta ma bella, Pourquoi
fuis-tu parmi les saules, rétive mais belle,
o cruda de le crude, pastorella ?
Perché un bacio ti tolse ?
Miser più che felice,
corsi per sugger vita e morte colsi.
Quel bacio che m'ha morto,
tra le rose d'amor pungente spina,
fu più vendetta tua che mia rapina:
la bocca involatrice,
la bocca stessa che'l furò te'l dice.
Ô bergère cruelle entre les cruelles ?
Pourquoi tai-je dérobé un baiser ?
Misérable plus quheureux,
Jai couru pour boire la vie, et jai cueilli la
mort.
Ce baiser qui ma tué,
Piquante épine entre les roses damour,
A été ta vengeance plus quun vol de ma
part:
Cest ma bouche pillarde,
La même bouche qui la volé, qui te le dit
!
Giambattista
Marino 2
ténors Tornate, o
cari baci, a ritornarmin vita Revenez,
chers baisers, pour me rendre à la vie,
baci al mio cor digiun esca gradita !
Voi di quel dolce amaro per cui languir m'è caro,
di quel dolce non meno nettare che veleno
pascete i miei famellici desiri,
baci in cui dolci provo anco i sospiri!
Baisers, plaisant appât pour mon cur à
jeun !
Repaissez mes désirs faméliques,
De cette douce amertume pour qui languir mest
cher,
De cette douceur, autant nectar que poison,
Baisers dans lesquels même les soupirs me sont doux
!
Gabriello
Chiabrera 2
ténors Soave
libertate, Douce
liberté,
già per sì lunga etate
mia cara compagnia,
chi da te mi disvia ?
O Dea desiata
e da me tanto amata,
ove ne vai veloce ?
Lasso, che ad alta voce
in van ti chiamo e piango:
tu fuggi, ed io rimango
stretto in belle catene
d'altre amorose pene
e d'altro bel desìo:
addio, per sempre addio!
Qui fut jadis si longtemps
Ma chère compagnie,
Qui téloigne de moi ?
Ô déesse désirée,
Et de moi tant aimée,
Où ten vas-tu si vite ?
Hélas, à voix haute,
En vain je tappelle et je pleure;
Tu fuis, et je reste
Lié dans les belles chaînes
Dautres peines amoureuses
Et dun autre beau désir,
Adieu, pour toujours adieu !
Giovanni Battista
Guarini ténor
& basse Sel
vostro cor, Madonna, Si
votre cur, madame,
altrui pietoso tanto,
da quel suo degno al mio non degno pianto
tal hor si rivolgesse
e una stilla al mio languir ne desse,
forse nel mio dolore vedria
l'altrui perfidia,
e'l proprio errore,
e voi seco direste: Ah, sapess'io
usar pietà come pietà desio !
Si miséricordieux pour un autre,
Se retournait parfois
De ses dignes pleurs vers mes pleurs indignes
Et en accordait une larme à mon agonie,
Peut-être dans ma douleur verrait-il
La perfidie de lautre
Et sa propre erreur,
Et vous diriez avec lui: Ah, si javais su
User de pitié, autant que jen désire
!
Giovanni Battista
Guarini 2
ténors Interrotte
speranze, eterna fede, seguir di
vago e fuggitivo piede far d'uno
sguardo sol legge ai pensieri questi
ch'a voi, quasi gran fasci, invio, Espoirs
interrompus, foi éternelle, Suivre
dun pied vagabond et fugitif Faire
dun regard la seule loi de ses pensers Tout
cela, dame cruelle, que je vous envoie,
fiamme e strali possenti in debil core;
nutrir sol di sospiri un fero ardore
e celare il suo mal quand'altri il vede:
l'orme rivolte a volontario errore;
perder del seme sparso e'l frutto e'l fiore
e la sperata al gran languir mercede;
e d'un casto voler freno al desìo,
e spender lacrimando i lustri interi:
donna crudel, d'aspri tormenti e fieri,
saranno i trofei vostri e'l rogo mio.
Flammes et traits puissants dans un faible cur;
Nourrir seulement de soupirs une féroce ardeur
Et cacher son mal quand autrui le voit;
Les traces dirigées vers lerreur
volontaire;
Perdre le fruit et la fleur de la semence éparse,
Et la récompense espérée dune
longue agonie;
Et dun chaste vouloir un frein au désir,
Passer en pleurant des lustres entiers,
Comme des gerbes de tourments âpres et cruels,
Seront vos trophées et mon bûcher.
2
ténors & basse Augellin
che la voce al canto spieghi, Oiseau
qui déploies ta voix pour ton chant,
per pietà del mio duolo deh spargi l'ali a volo:
indi vanne a Madonna, anzi al mio sole,
e con soavi accenti dille queste parole:
o soave cagion d'aspri tormenti,
soffrirete voi sempre
che in pianto chi v'adora si distempre ?
par pitié pour ma douleur, ah ! ouvre tes ailes pour
tenvoler;
Va-ten dici vers ma dame, ou plutôt mon
soleil,
Et avec tes doux accents, dis-lui ces mots:
«Ô douce cause dâpres tourments,
Souffrirez-vous toujours
Que celui qui vous adore se dissolve en larmes
?»
Gabriello
Chiabrera 2
ténors & basse Vaga su
spina ascosa Belle,
sur son épine cachée,
è rosa rugiadosa,
che a l'alba si diletta,
mossa da fresca auretta;
ma più vaga è la rosa
de la guancia amorosa,
ch'oscura e discolora
le guance de la Aurora:
Addio, Ninfa de fiori,
e Ninfa de gli odori,
Primavera gentile,
Statti pur con Aprile:
che più vaga e più vera
mirasi Primavera
su quella fresca rosa
del la guancia amorosa,
ch'oscura e discolora
le guance de l'Aurora.
Est la rose couverte de rosée
Qui à laube séjouit,
Bercée dune fraîche brise;
Mais plus belle est la rose
De la joue amoureuse
Qui obscurcit et décolore
Les joues de lAurore.
Adieu, nymphe des fleurs,
Et nymphe des parfums,
Printemps gentil,
Reste avec Avril,
Car on voit le Printemps
Plus beau et plus vrai
Sur cette fraîche rose
De la joue amoureuse
Qui obscurcit et décolore
Les joues de lAurore.
Giambattista
Marino 2
ténors & basse Eccomi
pronta ai baci: Me
voici prête aux baisers:
baciami, Ergasto mio; ma bacia in guisa
che dei denti mordaci
nota non resti nel mio voltincisa
perch'altri non m'additin essa
poi legga le mie vergogne e i baci tuoi.
Ahi, tu mordi e non baci;
tu mi segnasti, ahi ahi !
Possio morir se più ti bacio mai !
Embrasse-moi, mon Ergaste; mais de telle façon
Que des dents qui mordent
Ne laissent pas une trace gravée dans mon visage,
Pour quelle ne me dénonce pas aux autres
Et quon ne puisse y lire ma honte et tes baisers.
Ah ! tu mords, tu nembrasses pas;
Tu mas marquée, aïe, aïe !
Que je meure si je tembrasse encore !
Giovanni Battista
Guarini 2
sopranos & basse Parlo,
misero, o taccio ? Dois-je
parler, malheureux, ou me taire ?
S'io taccio, che soccorso havràl morire ?
S'io parlo, che perdon havrà l'ardire ?
Taci; che ben s'intende chiusa fiamma
tal'hor da chi l'accende.
Parlin me la pietade,
Parlin lei la beltade;
e dice quel bel volto al duro core,
chi può mirarmi, e non languir d'amore ?
Si je me tais, quel secours recevra ma mort ?
Si je parle, quel pardon recevra mon audace ?
Tais-toi: la flamme enfermée est bien comprise,
Parfois, de qui la allumée.
La pitié parle en moi,
En elle parle la beauté;
Et ce beau visage dit au cur cruel:
Qui peut maimer sans languir damour ?
soprano,
alto, ténor & basse Tu dormi,
ah crudo core, Tu
dors, ah, cur cruel,
Tu poi dormir poi chin te dorme Amore;
Io piango, e le mie voci lagrimose
A te che sorda sei portaninvano,
Ohimè, l'aure pietose.
Ah ben i pianti miei
Pon lor pietosi i venti,
Ma te fan più crudel i miei lamenti.
Tu peux dormir, puisquen toi dort Amour;
Moi, je pleure, et mes mots pleins de larmes,
Les brises charitables, hélas,
Te les portent en vain, à toi qui es sourde.
Apitoyés, les vents
Emportent bien mes larmes,
Mais mes plaintes te rendent plus cruelle.
Torquato
Tasso 2
sopranos, ténor & basse Al lume
delle stelle À
la lueur des étoiles,
Tirsi, sotto un alloro,
si dolea lagrimando in questi accenti;
"O celesti facelle,
di lei ch'amo ed adoro
rassomigliate voi gli occhi lucenti.
Luci care e serene,
sento gli affani ohimé, sento le pene,
luci serene e liete,
sento le fiamme lor mentre splendete."
Tircis, sous un laurier,
Gémissait et pleurait en ces accents:
Ô célestes flambeaux,
Vous ressemblez aux yeux lumineux
De celle que jaime et que jadore.
Lumières chères et sereines,
Je sens les tourments, hélas, je sens les peines,
Lumières sereines et heureuses,
Je sens leurs flammes quand vous
resplendissez.
Giovanni Battista
Guarini Con che
soavità, labbra odorate, Avec
quelle douceur, lèvres parfumées,
e vi bacie v'ascolto;
ma se godo un piacer, l'altro m'è tolto.
Come i vostri diletti
s'ancidono fra lor, se dolcemente
vive per ambe due l'anima mia ?
Che soave armonia fareste, o cari baci,
che soave armonia fareste, o dolci detti,
se foste unitamente
d'ambe due le dolcezze ambo capaci,
baciandi detti, e ragionandi baci.
Je vous baise et vous écoute;
Mais si je jouis dun plaisir, lautre mest
enlevé.
Comment vos plaisirs
Peuvent-ils sentretuer, alors que mon âme
Vit si doucement grâce aux uns et aux autres ?
Quelle douce harmonie vous feriez, chers baisers,
Quelle douce harmonie vous feriez, chères
paroles,
Si vous étiez, à lunisson,
Les uns et les autres capables de ces deux douceurs:
Les paroles donnant des baisers, les baisers parlant
!
Bernardo
Tasso 2
sopranos Prima
parte Ohimè,
dov'è il mio ben? Dov'è il mio core ? Seconda
parte Dunque ha
potuto sol desio d'honore Terza
parte Dunque ha
potuto in me più che 'l mio amore Quarta
parte Ahi
sciocco mondo, e cieco ! ahi cruda sorte, Première
partie Hélas,
où est mon amour ? Où est mon cur ? Deuxième
partie Ainsi,
le seul désir dhonneur a pu Troisième
partie Ainsi,
des souhaits ambitieux et trop légers Quatrième
partie Ah,
monde stupide et aveugle ! Ah, sort cruel,
Chi m'asconde il mio core: e chi me 'l toglie ?
Darmi fera cagion di tante doglie ?
Ambitiose, e troppo lievi voglie ?
Che ministro mi fai della mia morte.
Qui me cache mon cur ? et qui me lenlève
?
Me donner une cruelle cause de tant de douleurs ?
Ont pu en moi plus que mon amour ?
Qui fait de moi linstrument de ma mort !
Lettera
amorosa a voce sola in genere rapresentativo e si canta
senza battuta Claudio
Achillini Lettre
amoureuse dans le genre représentatif pour voix
soliste; se chante sans mesure Se i languidi miei sguardi, A voi mi volgo, o chiome, Voi, capelli d'oro, Cara mia selva d'oro, Dolcissimi legammi, Ma già l'hora m'invita, Si
mes regards languissants, Je
me tourne vers vous, ô cheveux, Vous,
vous, cheveux dor, Ma
chère forêt dor, Mes
si doux liens, Mais
déjà lheure minvite,
Se i sospir' interrotti,
Se le tronche parolle
Non han fin hor potuto,
O bellidolo mio,
Farvi de le mie fiamm'intera fede,
Leggete queste note,
Credete a questa carta,
A questa carta in cui
Sotto forma d'inchiostro il cor stillai.
Qui sotto scorgerete
Quell' interni pensieri
Che con passi d'amore
Scorron l'anima mia.
Anzi avampar vedrete
Com' in sua propria sfera
Nelle vostre bellezze il foco mio.
Non è già part'in voi
Che con forza invisibile d'Amore
Tutt'a se non mi tragga.
Altro già non son io
Che di vostra beltà preda e troffeo.
Cari miei laci d'oro:
Deh, come mai potea scampar sicuro,
Se come lacci l'anima legaste,
Comoro la compraste ?
Voi, pur voi, dunque sete
De la mia libertà catena e prezzo.
Stami miei pretiosi,
Bionde fila divine,
Con voi l'eterna Parca
Sovra'l fuso fatal mia vita torce.
Voi pur sete di lei,
Che è tutta foco mio, raggi e faville.
Ma se faville sete,
Ondavvien ch'ad ogn'hora
Contro l'uso del foco in giù scendete ?
Ah, ch'a voi per salir scender conviene,
Cha la maggior Celeste ove aspirate,
O sfera degli ardori, o Paradiso,
È post in quel bel viso.
Richissimi capelli,
In voi quel labirinto Amor intesse,
Ond' uscir non saprà l'anima mia.
Tronchi pur mort'i rami
Del pretioso bosco,
E da la fragil carne
Scuota pur lo mio spirto:
Che tra fronde si belle, anco recise
Rimarrò prigionero,
Fatto gelida polve ed ombra ignudo.
Belle mie pioggie d'oro,
Qual hor sciolte cadete
Da quelle ricche nubi,
Onde raccolte sete,
E cadendo formate
Preciose procelle,
Onde con onde d'or bagnando andate
Scogli di latte e rivi d'alabastro,
More subitamente,
O miracol' eterno
D'amoroso desio,
Fra si belle tempest' arso il cor mio.
O degli affetti miei nuntia fedele,
Cara carta amorosa,
Che dalla penna ti dividi omai.
Vanne, e s'Amor e'l Cielo
Cortese ti concede
Che da begl'occhi non t'accenda il raggio,
Ricovra entro il bel seno.
Chi sà che tu non giunga
Da sì felice loco
Per sentieri di neve a un cor di foco !
Si mes soupirs interrompus,
Si mes paroles entrecoupées
Nont pu jusquà présent,
Ô ma belle idole,
Vous assurer entièrement de ma flamme,
Lisez ces mots,
Croyez cette lettre,
Cette lettre dans laquelle
Sous forme dencre, jai répandu mon
cur.
Vous verrez ci-après
Ces intimes pensées
Qui, marchant comme lamour,
Parcourent mon âme.
Ou plutôt, vous verrez brûler,
Comme dans sa propre sphère,
Mon feu dans vos beautés.
Il nest aucune partie de vous
Qui, avec la force invincibile dAmour,
Ne mattire tout entier vers elle.
Je ne suis plus rien dautre
Que proie et trophée de votre
beauté.
Mes chers lacs dor.
Ah ! comment aurais-je pu échapper avec
sûreté,
Si, étant liens, vous liâtes mon âme,
Si, étant or, vous lachetâtes ?
Vous êtes donc, vous êtes
De ma liberté, la chaîne et le prix.
Précieux écheveau,
Divins fils blonds,
Avec vous, la Parque éternelle
Enroule ma vie sur le fuseau fatal.
Vous êtes rayons et étincelles
De celle qui tout entière est mon feu.
Mais si vous êtes étincelles,
Doù vient que sans cesse
Vous alliez vers le bas, contrairement au feu ?
Ah ! cest que pour monter, il vous faut descendre,
Car la demeure céleste à quoi vous
aspirez,
Quelle soit la sphère du feu ou le Paradis,
Est située dans ce beau visage.
Riches cheveux,
En vous, Amour a tracé ce labyrinthe
Doù mon âme ne pourra sortir.
Que la mort coupe donc les rameaux
Du bois précieux,
Et dégage mon esprit
De la chair fragile;
De cette frondaison si belle, même coupée,
Je resterai prisonnier,
Devenu poussière glacée et ombre
nue.
Ma belle pluie dor,
Lorsque, défaits, vous tombez
De ces riches nuées,
Puis êtes rassemblés,
Et formez en tombant
De précieuses tempêtes,
Doù, en ondes dor, vous allez
baignant
Des rocs de lait, des rivages dalbâtre,
Alors, ô miracle éternel
Du désir amoureux,
Dans de si belles tempêtes, mon cur
Subitement meurt brûlé.
Ô fidèle messagère de mes
sentiments,
Chère lettre damour,
À te séparer de la plume.
Va, et si Amour et le Ciel
Bienveillants, taccordent
De ne pas être brûlée par le rayon de ses
beaux yeux,
Réfugie-toi dans son beau sein:
Qui sait si tu narriveras pas,
Dun si heureux endroit,
Par des sentiers de neige, à un cur de feu
!
Partenza
amorosa in genere rapresentativo voce sola e si canta senza
battuda Séparation
amoureuse dans le genre représentatif pour voix seule
se chante sans mesure Se pur
destina e vole il Cielo, Si
le Ciel a fixé et veut,
Almo mio sole,
che in tenebre mi viva,
ascolta alma mia diva,
ciò che potrà ridire
fia cotanto martire
di sconsolato amante
lingua fredda e tremante.
O del cor luce e speme,
odi le voci estreme:
odile e dal bel seno
una lagrima almeno
bagni la viva neve.
Rimira ah, come lieve
per l'eterno cammino
s'affretta, e già vicino
splende l'infausto giorno
che dal bel ciglio adorno
mi condurrà lontano.
Deh con più lenta mano
sferza i destrieri ardenti,
Febo, se a' tuoi lamenti
trecce dorate e bionde
tornin l'amate fronde.
O pensier vani e folli;
che spero, ohimé, che volli ?
già già battendo l'ale
gionge l'hora fatale
dell'aspra dipartita.
Vita de la mia vita,
a te non dico addio
ché se l'alma e'l cor mio
se lascio ogni mio bene
e con la cara speme
resta ogni bel desìo,
a me vò dire addio:
a me, che triste e solo,
preda d'immortal duolo,
da me medesimo, lasso,
volga partendo il passo.
Lumi, voi che vedeste
della beltà celeste,
allor ch'arsi e gelai,
splender sì vaghi rai,
a voi tremante e muto,
a voi dimand aiuto;
ridite, occhi, ridite
con lagrime infinite,
ridite innanzi a lei
gli affanni acerbi e rei,
ch'io non saprei ridire
di cotanto martire
neppur minima parte:
solo dirò che parte
il più leale amante
che mai fermasse piante
nell'amoroso regno;
che di laccio il più degno
incatenato visse
di quanti unqua nordisse
Amor per altra etate;
che per casta beltate
temprò sì bei lamenti
che'l mar, la terra e i venti
ne sospiraro, e'l cielo
di lagrimoso velo,
pietoso a' suoi sospiri,
sparse gli almi zaffiri;
e potrei dir ancora
ch'unqua non vide aurora
specchiarsi in mar sì bella
ne l'amorosa stella
se non oscura e vile,
doppo l'ardor gentile
delle stillanti ciglia,
immortal meraviglia
in cui mirando a volo
varco le nubi e il polo.
Ma deh, luci serene,
de le mie care pene
dolcissimo conforto,
chi scorgerammi in porto
per questo mar insano,
se da voi m'allontano ?
Ahi ! che mia stanca nave
rimiro, e'l cor ne pave,
fra turbini e tempeste,
e del lume celeste
invan sospiro i rai,
stelle che tanto amai !
Ma qual timor mi punge ?
Ove n'andrò si lunge
ch'io perda il dolce lume ?
Qual monte mai, qual fiume,
qual mar farammi eclissi
che nel mio sol non fissi
il cor, l'alma e i pensieri,
se de quei raggi alteri
per entro il cor profondo
la luce e l'cor ascondo ?
Partirà ben il piede:
Amor prestami fede:
per te lalma mia diva,
partirà sì ma schiva
de la gravosa salma
farà volando l'alma
dolcissimo soggiorno
al suo bel ciel ritorno.
Ô mon brillant soleil,
Que je vive dans les ténèbres,
Écoute, ma divine âme,
Ce que pourra répéter,
Tant sera grand le martyre
Dun amant inconsolé,
Sa langue froide et tremblante
Ô lumière et espoir de mon cur,
Écoute mes dernières paroles,
Écoute-les, et quau moins
Une larme vienne baigner
La neige vivante de ton beau sein.
Regarde, ah ! comme légèrement
Par léternel chemin
Se hâte, et, déjà proche,
Resplendit le jour néfaste
Qui memmènera loin
De ton bel il paré.
De grâce, fouette dune main plus lente
Tes destriers ardents,
Phébus, si devant tes plaintes
Les feuillages aimés
Redeviennent des tresses blondes et dorées.
Ô pensées folles et vaines !
Quespéré-je, hélas !
quai-je voulu ?
Déjà, battant des ailes
Arrive lheure fatale
De lâpre séparation.
Vie de ma vie,
Je ne te dis pas adieu,
Car si je laisse mon âme et mon cur
Si je laisse tout ce que jaime
Et que tout mon noble désir
Reste avec la chère espérance
Cest à moi que je veux dire adieu,
À moi, puisque triste et seul,
En proie à un deuil immortel,
De moi-même, hélas,
Je détourne le pas en partant.
Lumières, vous qui vîtes
De la beauté céleste
Lorsque je brûlai et gelai,
Resplendir si beaux les rayons,
À vous, tremblant et muet,
À vous, je demande secours;
Redites, yeux, redites,
Avec des larmes infinies,
Redites devant elle
Mes tourments mordants et cruels,
Car je ne saurais redire
Ne serait-ce que la moindre partie
Dun si grand martyre.
Je dirai seulement que sen va
Le plus loyal amant
Qui jamais ait arrêté ses pas
Au royaume dAmour;
Quil a vécu enchaîné
Du lacet le plus digne
De tous ceux que jamais tressa
Amour pour un autre âge;
Que pour une chaste beauté,
Il modula de si belles plaintes
Que la mer, la terre et les vents
En soupirèrent, et que le Ciel,
Au voile plein de larmes,
Apitoyé par ses soupirs,
Envoya ses glorieux zéphyrs;
Et je pourrais dire encore
Que jamais lAurore ne vit
Pas même lamoureuse étoile
Se mirer si belle dans la mer
Sinon obscure et vile,
Auprès de la noble ardeur
De ses yeux limpides,
Immortelle merveille:
En la regardant, dun vol
Je franchis les nuées et le pôle.
Mais de grâce, yeux sereins,
Doux réconfort
De mes chères peines,
Qui me conduira au port
Par cette mer déchaînée,
Si je méloigne de vous ?
Ah ! je regarde ma nef fatiguée,
Et mon cur prend peur,
Au milieu des tourbillons et des tempêtes,
Et je soupire en vain après les rayons
De la lumière céleste,
Ô astres que jaimai tant !
Mais quelle crainte métreint ?
Où puis-je aller si loin
Que je perde ma douce lumière ?
Quelle montagne, quel fleuve,
Quelle mer pourra jamais faire écran
Au point que je ne puisse fixer dans mon soleil
Mon cur, mon âme et mes pensers,
Si, au plus profond de mon cur
Je cache la lumière et le cur
De ces nobles rayons ?
Mon pied partira, certes;
Amour, crois-moi:
Pour toi, mon âme, ô ma déesse,
Partira, oui, mais, délivrée
De sa pesante dépouille mortelle,
Mon âme ira en volant
Faire retour au doux séjour
De son beau ciel.
Chiome
d'oro, Candidette Vive
stelle Preciose, O bel
nodo Chevelure
dor, Toutes
blanches Vivantes
étoiles, Précieuses, Oh
le beau nud
Bel tesoro,
Tu mi leghi in mille modi
Se t'annodi,
Se ti snodi.
Perle elette,
Se le rose che coprite
Discoprite,
Mi ferite.
Che sì belle
E sì vaghe risplendete,
Se ridete
M'ancidete.
Amorose,
Corralline labra amate,
Se parlate
Mi beate.
Per cui godo !
O soave uscir di vita !
O gradita
Mia ferita !
Beau trésor,
Tu me lies en mille manières,
Soit que tu te noues,
Soit que tu te dénoues.
Perles de choix,
Si vous découvrez
Les roses que vous recouvrez,
Vous me blessez.
Qui si belles,
Si ravissantes, resplendissez,
Si vous riez,
Vous me tuez.
Amoureuses,
Lèvre corallines chéries,
Si vous parlez,
Vous me rendez heureux.
Qui me rend heureux !
Ô douce sortie de vie !
Ô ma blessure
Qui me ravit !
Amor, che
deggio far Se non si
può veder Intesi pur
talor Ingiustissimo
Re, O come
sarìa pur E dunque
sotto il ciel Amour,
que dois-je faire Si
lil humain Jai
pourtant parfois entendu Ô
le plus injuste des rois, Oh,
comme Amour serait Et
donc, sous le ciel,
se non mi giova amar
con pura fede ?
Servir non vò così,
piangendo notte e dì
per chi no'l crede.
l'amoroso pensier
da l'occhio umano,
dunque un fido amator
dovrà nel suo dolor
languire in vano ?
che nella fronte il cor
si porta scritto,
or, come a me non val
scoprir l'interno mal
nel volto afflitto ?
perché la vera fe'
nota non fai ?
Perché lasci perir
voci, sguardi e sospir,
se 'l vedi e 'l sai ?
A mor dolce e sicur
se'l cor s'aprisse !
Non soffrirebbe già
Donna senza pietà
ch'altrui morisse.
non v'è d'alma fedel
segno verace ?
Ahi fato, ahi pena, ahi duol !
Or credami chi vuol,
ch'io mi dò pace.
Sil ne me sert à rien daimer
Avec une foi sans défaut ?
Je ne veux plus servir ainsi,
Pleurant nuit et jour
Pour qui refuse de le croire.
Ne peut voir
Les pensées amoureuses,
Un amoureux fidèle
Devra donc, dans sa douleur,
Languir en vain ?
Que le cur se montre
Inscrit sur le visage;
Comment se fait-il quil ne me profite en rien
De découvrir mon mal intérieur
Sur mon visage affligé ?
Pourquoi ne fais-tu pas connaître
La véritable fidélité ?
Pourquoi laisses-tu périr
Les mots, les regards, les soupirs,
Si tu les vois, si tu les sais ?
Doux et sûr
Si le cur souvrait !
Une dame sans pitié
Ne souffrirait plus
Quautrui meure.
Il ny a pas de marque sûre
Dune âme fidèle ?
Ah, destin ! ah, peine ! ah, douleur !
Me croie maintenant qui veut,
Quant à moi, je me résigne.
Ballo Tircis
et Cloris Tirsi Già
lieta e festosa Clori Già
movon concorde Tirsi Già
Tirsi distende Clori Pastor
benche degno, Clori e
Tirsi Balliamo
ed intanto Solisti e
Coro Balliam
che nel Cielo Balliam
che d'intorno Balliamo
che l'onde Ballia che
i vezzosi Balliame
giriamo, Tircis Déjà,
joyeuse et en fête, Cloris Ils
font déjà de concert Tircis Déjà
Tircis étend Cloris Quaucun
berger, même sil en est digne, Cloris
et Tircis Dansons,
et en même temps, Solistes
et chur Dansons,
car dans le ciel Dansons,
car tout autour, Dansons,
car les ondes, Dansons,
puisque les belles fleurs, Dansons
et tournons,
Alessandro Striggio
Ballet
Per monti e per valli,
bellissima Clori,
già corrono a balli
le ninfe e' pastori.
ha tutto ingombrato
la schiera amorosa
il seno del prato.
Dolcissimo Tirsi,
già vanno ad unirsi,
già tiene legata
l'amante l'amata.
il suono a le corde.
Noi soli negletti
qui stiamo soletti.
Su, Clori mio core,
andiammo a quel loco,
ch'invitano al gioco
le Grazie ed Amori
la mano e ti prende,
che teco sol vole
menar le carole.
Si, Tirsi, mia vita,
ch'a te solo unita
vo girne danzando,
vo girne cantando.
non faccia disegno
di mover le piante
con Clori sua Amante
Già, Clori gentile,
noi siam nella schiera.
Con dolce maniera
seguiam il lor stile.
spieghiamo col canto,
con dolci bei modi
del ballo le lodi.
Balliamo, ch'il gregge
al suon de l'avena
che i passi corregge
il ballo ne mena
e saltano snelli
i capri e gli agnelli.
con lucido velo,
al suon de le sfere
hor lente hor leggiere
con lumi e facelle
su danzan le stelle.
nel torbido giorno,
al suono de' venti
le nubi correnti,
[se ben fosche e adre]
pur danzan leggiadre.
al vento che spira
le move, e l'aggira,
le spinge e confonde
si come lor siede
se movon il piede,
e ballan le linfe
quai garuli ninfe.
bei fior ruggiadosi,
se l'aura li scuote
con urti e con ruote,
fan vaga sembianza
anch'essi di danza.
corriame saltiamo,
qual cosà è più degna
il ballo n'insegna.
Par mont et par vaux,
Ô ma belle Cloris,
Nymphes et bergers
Déjà accourent pour les danses.
La troupe amoureuse
A totalement investi
Le cur de la prairie.
Mon doux Tircis,
Ils vont déjà se réunir,
Déjà lamoureux
Tient laimée attachée.
Retentir le son des cordes.
Nous seuls, négligés,
Restons ici seulets.
Allons, Cloris, mon cur,
Allons à cet endroit,
Les Grâces et lAmour
Nous invitent à leurs jeux.
La main, et te prend,
Car ce nest quavec toi
quil veut mener la ronde.
Oui, Tircis, ma vie,
À toi seule unie,
Je veux aller dansant,
Je veux aller chantant.
Ne se mette en tête
De faire mouvoir ses pieds
Avec Cloris comme amoureuse.
Déjà, gentille Cloris,
Nous voici dans la troupe.
De douce manière,
Suivons leur façon.
Déployons par le chant
En doux et beaux modes
Les louanges de la danse.
Dansons, car le troupeau,
Au son du chalumeau
Qui dirige les pas,
Mène le bal,
Et chèvres et agneaux
Sautent allègrement.
À la voûte lumineuse,
Au son des sphères,
Tantôt lentes, tantôt légères,
Avec la lumière et les flambeaux,
Là-haut dansent les étoiles.
Dans ce jour de tourbillons,
Les nuages courant,
Au son des vents,
[Bien que sombres et noirs]
Dansent pourtant gracieusement.
Au vent qui souffle,
Les remue, les fait tourner,
Les pousse et les confond
Tout comme il leur sied,
Font bouger leur pied
Et dansent les eaux
Comme nymphes babillardes.
Les charmantes fleurs pleines de rosée,
Si la brise les secoue,
Les heurte et les fait tourner,
Font une vague semblance,
Elles aussi, de danse.
Courons et sautons,
Ce qui est le plus digne,
La danse nous lenseigne.