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Claudio Monteverdi

 

 

 

  1. Lamento d’Ariana
  2. Zefiro torna
  3. Una donna fra l’altre
  4. A Dio Florida bella
  5. Sestina: Lagrime d’amante al sepolcro d’amata
  6. Oimé il bel viso
  7. Qui rise, o Tirsi
  8. Misero Alceo
  9. «Batto», qui pianse Ergasto
  10. Presso un fiume tranquillo

 

 

Lamento d’Ariana

Ottavio Rinuccini

 

En 1608, Monteverdi fit représenter à Mantoue avec un grand succès l'opéra l'Ariana (Ariane). La partition a été perdue, et seul demeure le Lamento, fragment de la scène VI où Ariane dialogue avec Dorilla et le chœur. Ce Lamento, après avoir été repris en madrigal dans le livre VI, fera l'objet d'une édition séparée en 1623.

Prima Parte

Lasciate mi morire !
E che volete voi che mi conforte
In così dura sorte,
In così gran martire ?
Lasciate mi morire !

Seconda Parte

O Teseo, o Teseo mio,
Si, che mio ti vo' dir, che mio pur sei,
Benchè t'involi, ahi crudo, a gli occhi miei.
Volgiti, Teseo mio,
Volgiti, Teseo,
O Dio !
Volgiti indietro a rimirar colei
Che lasciato ha per te la patria e’l regno,
E’n quest’arena ancora,
Cibo di fere dispietate e crude,
Lascierà l'ossa ignude.
O Teseo, o Teseo mio,
Se tu sapessi, O Dio !
Se tu sapessi, ohimè, come s'affanna
La povera Ariana, forse pentito
Rivolgeresti ancor la prora al lito:
Ma con l'aure serene
Tu te ne vai felice et io quì piango.
A te prepara Atene
Liete pompe superbe,
Ed io rimango
Cibo di fere in solitarie arene.
Te l'un’e l'altro tuo vecchio parente
Stringeran lieto, ed io
Più non vedrovi,
O Madre, o Padre mio !

Terza Parte

Dove, dov'è la fede
Che tanto mi giuravi ?
Così ne l'alta sede
Tu mi ripon degl'avi ?
Son queste le corone
Onde m'adorni il crine ?
Questi gli scettri sono,
Queste le gemme e gl'ori ?
Lasciarmi in abbandono
A fera che mi stracci e mi divori ?
Ah Teseo, ah Teseo mio,
Lascierai tu morire
Invan piangendo, invan gridando aita,
La misera Ariana
Ch'a te fidossi e ti diè gloria e vita ?

Quarta Parte

Ahi, che non pur risponde !
Ahi, che più d'aspe sordo a' miei lamenti !
O nembi, o turbi, o venti,
Sommergetelo voi dentr'a quell'onde !
Correte, orchi e balene,
E delle membra immonde
Empiete le voragini profunde !
Che parlo, ahi, che vaneggio ?
Misera, oimè, che chieggo ?
O Teseo, o Teseo mio,
Non son, non son quell'io,
Non son quell'io che i feri detti sciolse;
Parlò l'affanno mio, parlò il dolore,
Parlò la lingua, sì, ma non già il core.

Misera ! Ancor dò loco
A la tradita speme, e non si spegne,
Fra tanto scherno ancor, d'amor il foco ?
Spegni tu morte, omai, le fiamme indegne !
O Madre, o Padre, o dell'antico Regno
Superbi alberghi, ov'ebbi d'or la cuna,
O servi, o fidi amici (ahi fato indegno!)
Mirate ove m'ha scort'empia fortuna,
Mirate di che duol m'ha fatto herede
L'amor mio, la mia fede, e l'altrui inganno,
Così va chi tropp'ama e troppo crede.

Première partie

Laissez-moi mourir !
Que voulez-vous qui me réconforte
Dans un si dur destin,
Dans un si grand martyre ?
Laissez-moi mourir !

Deuxième partie

Ô Thésée, mon Thésée,
Oui, je veux te dire «mon», car tu es à moi,
Bien que tu t’arraches, ah, cruel, à mes yeux.
Reviens, mon Thésée,
Reviens, Thésée,
Ô Dieu !
Reviens sur tes pas voir à nouveau celle
Qui a quitté pour toi sa patrie et son royaume,
Et qui, sur ces sables,
Laissera ses os dépouillés
Nourrir des bêtes cruelles et sans pitié.
Ô Thésée, ô mon Thésée !
Si tu savais, ô Dieu !
Si tu savais, hélas, combien souffre
La pauvre Ariane, peut-être, repentant,
Tu retournerais ta proue vers le rivage;
Mais avec la brise favorable,
Tu t’en vas heureux, et je reste à pleurer.
Athènes te prépare
La liesse d’une brillante cérémonie,
Et je reste,
Pour nourrir les bêtes, sur une plage solitaire.
Tes vieux parents, l’un et l’autre,
Te serreront heureux sur leur sein, et moi,
Je ne vous verrai plus,
Ô ma mère, ô mon père !

Troisième partie

Où, où est la foi
Que tu me jurais tant ?
C’est ainsi que tu m’installes
Sur le trône élevé de tes aïeux ?
Ce sont là les couronnes
Dont tu m’ornes les cheveux ?
Ce sont là les sceptres,
L’or et les pierres précieuses ?
Me laisser abandonnée
À une bête qui me massacrera et me dévorera ?
Ah, Thésée, ah, mon Thésée,
Laisseras-tu mourir,
Pleurant en vain, en vain criant au secours,
La malheureuse Ariane
Qui t’a cru, et t’a donné la gloire et la vie ?

Quatrième partie

Ah ! il ne répond pas !
Ah ! plus sourd à mes lamentations qu’un serpent !
Ô nuages, tourbillons, vents,
Engloutissez-le dans vos flots !
Accourez, orques et baleines,
Et de ces membres immondes,
Emplissez les gouffres profonds !
Que dis-je ? Quel est mon délire !
Malheureuse, que demandé-je ?
Ô Thésée, ô mon Thésée,
Ce n’est pas moi,
Ce n’est pas moi qui ai laissé échapper ces mots cruels;
C’est mon chagrin qui a parlé, c’est ma douleur,
Ma langue a parlé, oui, mais non mon cœur.

Malheureuse ! Je fais encore place
À mon espoir trahi, et le feu d’Amour
Ne s’éteint pas encore, dans un tel mépris ?
Toi, Mort, viens éteindre ces flammes indignes !
Ô mère, ô père, ô superbes demeures
De mon ancien royaume, où j’eus un berceau d’or,
Ô serviteurs, ô fidèles amis (ah, sort indigne !)
Voyez où m’a conduite un destin cruel,
Voyez de quelle douleur m’ont faite héritière
Mon amour, ma foi, et la tromperie d’un autre.
Ainsi advient-il à qui aime trop et fait trop confiance.

 

a

 

 

Zefiro torna, e'l bel tempo rimena

Pétrarque, Canzoniere, sonnet CCCX.

Zefiro torna, e'l bel tempo rimena,
e i fiori e l'herba, sua dolce famiglia,
e garir Progne, e piagner Filomena,
e primavera candida e vermiglia.

Ridono i prati, e'l ciel si rasserena;
Giove s'allegra di mirar sua figlia;
l'aria e l'acqua, e la terra è d'amor piena;
ogni animal d'amar si racconsiglia.

Ma per me, lasso! tornano i più gravi
sospiri, che del cor profondo tragge
quella ch'al ciel se ne portò le chiavi;

e cantar augelletti, e fiorir piagge,
e'n belle donne oneste atti e soavi
sono un deserto, e fere aspre e selvaggie.

Zéphyre revient et ramène le beau temps,
Et les fleurs et l’herbe, sa douce famille,
Et le babil de Procnè, les pleurs de Philomèle,
Et le printemps candide et vermeil.

Les prés sont riants, le ciel redevient calme,
Jupiter s’éjouit en admirant sa fille;
L’air, l’eau, la terre sont pleins d’amour,
Tous les animaux se reprennent à aimer.

Mais pour moi, hélas ! reviennent les plus pénibles
Soupirs, que tire du fond du cœur
Celle qui en a emporté les clés au ciel;

Et le chant des oiseaux, les fleurs des rivages,
Et les douces et nobles attitudes des belles dames
Sont un désert, et des bêtes rudes et sauvages.

 

b

 

 

Una donna fra l'altre onesta e bella

La partition de 1614 ne comporte que les vers 5 à 8, 10 et 11, 13 et 14.

Una donna fra l'altre onesta e bella
vidi nel coro di bellezza adorno
l'armi vibrar, mover il piede intorno,
feritrice d'amor, d'amor rubella.

Uscìan dal caro viso auree quadrella,
e 'n quella notte che fe' invidia e scorno
col sol de' suoi belli occhi al chiaro giorno,
si rese ogni alma spettatrice ancella.

Non diede passo allor che non ferisse,
né girò ciglio mai che non sanasse,
né vi fur cor che 'l suo ferir fugisse;

non ferì alcun che risanar bramasse,
né fu sanato alcun che non languisse,
né fu languente alfin che non l'amasse.

Parmi ce chœur tout orné de beauté,
Je vis une dame entre toutes honnête et belle
Qui brandit son arme, faisant tourner ses pieds,
Infligeant des blessures d’amour, et à l’amour rebelle.

Du visage chéri sortaient des flèches d’or,
Et en cette nuit où le soleil de ses beaux yeux
Fit honte et envie au clair jour,
Elle s’asservit les âmes de tous les spectateurs.

Elle ne fit aucun pas qui n’infligeât une blessure,
Aucun mouvement d’yeux qui ne vînt la guérir,
Il n’y eut aucun cœur cherchant à fuir ses coups,

Elle n’en frappa aucun qu’elle voulût guérir,
Aucun ne fut guéri, qui n’agonisât point,
Il n’y eut agonisant, enfin, qui ne l’aimât.

 

c

 

 

A Dio Florida bella, il cor piagato

Giambattista Marino

A Dio Florida bella, il cor piagato
nel mio partir ti lascio e porto meco
la memoria di te si come seco
cervo trafitto suol lo strale alato.

Caro mio Floro a Dio, l'amaro stato
consoli amor del nostro viver cieco
Che s'el tuo cor mi resta il mio vien teco
Com'augellin che vola al cibo amato

Così sul Tebro a lo spuntar del sole
Quinci e quindi confuso un suon s'udia
Di sospiri, di baci e di parole.

Ben mio rimanti in pace, e tu ben mio
vattene in pace e sia quel ch'el ciel vole
A Dio Floro, dicean, Florida, a Dio.

«Adieu, belle Floride; je te laisse en partant
Mon cœur blessé, et j’emporte avec moi
Ton souvenir, comme le cerf transpercé
Emporte avec lui le trait empenné.»

«Cher Florus, adieu; qu’Amour nous console
De notre dur état, de notre vie aveugle;
Car si ton cœur me reste, le mien vient avec toi,
Comme un oiseau qui vole vers l’aliment qu’il aime.»

Ainsi, sur le Tibre, quand le soleil pointait,
On entendait ça et là un bruit confus
De soupirs, de baisers et de paroles.

«Reste en paix, mon amour» ; «Et toi, mon amour,
Pars en paix; et à la volonté du Ciel !»
«Adieu, Florus», disaient-ils, «Floride, adieu.»

 

d

 

 

Sestina
Lagrime d’amante al sepolcro d’amata

Scipione Agnelli

La sextine «Larmes d’amoureux sur le tombeau de l’aimée» a été écrite en mémoire de la jeune cantatrice Caterina Martinelli (Rome, 1590 – Mantoue, 1608). Venue à la cour de Mantoue à 13 ans, elle y avait été l’élève de Monteverdi. Elle mourut de la petite vérole alors qu’elle se préparait à interpréter l'opéra l’Ariana. Le berger Glaucus pourrait représenter le duc Vincent Gonzague, qui fit installer la pierre tombale de la défunte dans l’église del Carmine à Mantoue.

Incenerite spoglie, avara tomba
Fatta del mio bel Sol terreno Cielo,
Ahi lasso ! I' vegno ad inchinarvi in terra.
Con voi chius'è 'l mio cor a marmi in seno,
E notte e giorno vive in foco, in pianto,
In duolo, in ira, il tormentato Glauco.

Ditelo, o fiumi, e voi ch'udiste Glauco
L'aria ferir dì grida in su la tomba,
Erme campagne - e'l san le Ninfe e 'l Cielo:
A me fu cibo il duol, bevanda il pianto,
- Letto, o sasso felice, il tuo bel seno -
Poi ch'il mio ben coprì gelida terra.

Darà la notte il sol lume alla terra,
Splenderà Cintia il di, prima che Glauco
Di baciar, d'honorar lasci quel seno
Che fu nido d'Amor, che dura tomba
Preme; né sol d'alti sospir, di pianto,
Prodighe a lui saran le fere e 'l Cielo.

Ma te raccoglie, O Ninfa, in grembo 'l Cielo,
Io per te miro vedova la terra,
Deserti i boschi e correr fium'il pianto.
E Driade e Napee del mesto Glauco
Ridicono i lamenti, e su la tomba
Cantano i pregi dell'amato seno.

O chiome d'or, neve gentil del seno,
O gigli della man, ch'invido il cielo
Ne rapì, quando chiuse in cieca tomba,
Chi vi nasconde ? Ohimè ! [
Povera terra
II fior d'ogni bellezza, il Sol di Glauco
]
Nasconde ! Ah ! Muse ! Qui sgorgate il pianto !

Dunque, amate reliquie, un mar di pianto
Non daran questi lumi al nobil seno
D'un freddo sasso? Ecco l'afflitto Glauco
Fa rissonar »Corinna« il mare e 'l Cielo,
Dicano i venti ogn'or, dica la terra:
«Ahi Corinna! Ahi Morte! Ahi tomba!»

Cedano al pianto i detti ! Amato seno,
A te dia pace il Cielo; pac’ a te, Glauco,
Prega honorata tomba e sacra terra.

Restes réduits en cendres, tombe avare
Devenue le Ciel terrestre de mon beau Soleil,
Hélas ! Je m’incline à terre devant vous.
Mon cœur est enfermé avec vous au sein du marbre
Et nuit et jour, Glaucus tourmenté
Vit dans le feu, dans les larmes, le deuil, la colère.

Dites-le, ô fleuves, et vous qui avez entendu Glaucus
Frapper de ses cris l’air au dessus de la tombe,
Campagnes désertes – et les nymphes et le Ciel le savent:
Le deuil fut mon aliment, les larmes ma boisson;
Mon lit, bienheureuse pierre, fut ton beau sein,
Puisque la terre glacée recouvre ma bien aimée.

Le soleil donnera la nuit sa lumière à la terre,
Cynthie resplendira de jour, avant que Glaucus
Cesse d’honorer, de baiser ce sein
Qui fut nid d’amour, qu’écrase une rude tombe;
Et les bêtes sauvages, et le Ciel, ne seront pas seuls
À lui prodiguer profonds soupirs et larmes.

Mais le Ciel, ô nymphe ! t’accueille en son sein,
Et je vois la terre, par ton départ, devenue veuve,
Je vois les bois déserts, les larmes coulant en fleuves.
Dryades et Napées redisent
Les lamentations du triste Glaucus, et sur la tombe
Chantent les qualités de ce sein aimé.

Ô cheveux d’or, gente neige du sein,
Ô lis de la main, que le ciel jaloux
Nous a ravis, quand il l’enferma dans une tombe aveugle,
Qui vous cache ? Hélas !
Une pauvre terre
Cache la fleur de toute beauté, le soleil de Glaucus !

Ah, Muses ! Laissez couler vos larmes !

Donc, reliques aimées, mes yeux
Ne donneront pas une mer de larmes au noble sein
D’un froid rocher ? Voici que le dolent Glaucus
Fait retentir de «Corinne !» la mer et le ciel.
Que les vents disent sans cesse, que la terre dise:
«Ah ! Corinne ! Ah ! mort ! Ah ! tombe !»

Que les paroles laissent la place aux larmes ! Sein chéri,
Que le Ciel te donne la paix; paix à toi, Glaucus,
Prie la tombe honorée et la terre sacrée.

 

f

 

 

Oimè il bel viso, oimè il soave sguardo

Pétrarque, Canzoniere, sonnet CCLXVII

Oimè il bel viso, oimè il soave sguardo,
oimè il leggiadro portamento altero;
oimè il parlar ch'ogni aspro ingegno et fero
facevi humile, ed ogni huom vil gagliardo !

et oimè il dolce riso, onde uscío 'l dardo
di che morte, altro bene omai non spero:
alma real, dignissima d'impero,
se non fossi fra noi scesa sí tardo !

Per voi conven ch'io arda, e 'n voi respire,
ch'i' pur fui vostro; et se di voi son privo,
via men d'ogni sventura altra mi dole.

Di speranza m'empieste et di desire,
quand'io partí' dal sommo piacer vivo;
ma 'l vento ne portava le parole.

Hélas, le beau visage, hélas, le doux regard,
Hélas, la noble et charmante attitude,
Hélas, le parler qui rendait humble tout esprit
Rude et sauvage, et vaillant tout lâche !

Hélas, le doux sourire, d’où sortit le dard
De qui j’attends la mort, et nul autre bien désormais:
Âme royale, la plus digne d’un empire,
Si elle n’était descendue si tard parmi nous !

Par vous il faut que je brûle, et qu’en vous je respire,
Moi qui vous appartins; et si de vous je suis privé,
Tout autre malheur m’est bien moins douloureux.

Vous m’avez comblé d’espoir et de désir,
Quand je fus séparé du souverain plaisir vivant;
Mais le vent emportait ses paroles.

 

g

 

 

Qui rise, o Tirsi, e qui ver me rivolse

Giambattista Marino

Qui rise, o Tirsi, e qui ver me rivolse
Le due stelle d'Amor la bella Clori;
Qui per ornarmi il crin, de' più bei fiorì
Al suon dele mie canne un grembo colse.
O memoria felice, o lieto giorno.

Qui l'angelica voce e le parole,
C'humiliaro i più superbi tori;
Qui le Gratie scherzar vidi, e gli Amori
Quando le chiome d'or sparte raccolse.
O memoria felice, o lieto giorno.

Qui con meco s'assise, e qui mi cinse
Del caro braccio il fianco, e dolce intorno
Stringendomi la man, l'alma mi strinse.
Qui d'un bacio ferimmi, e 'l viso adorno
Di bel vermiglio vergognando tinse.
O memoria felice, o lieto giorno.

Ici, Tircis, la belle Cloris sourit,
Ici elle tourna vers moi ses deux étoiles d’amour;
Ici, pour m’orner les cheveux, au son de mon chalumeau,
Elle emplit sa robe des plus belles fleurs.
Ô souvenir heureux, ô jour de joie !

Ici, sa voix angélique et ses paroles
Nous soumirent les plus fougueux taureaux;
Ici, je vis les Grâces et les Amours badiner,
Quand elle rassembla ses cheveux d’or épars.
Ô souvenir heureux, ô jour de joie !

Ici, elle s’assit avec moi, et m’entoura
Le flanc de son cher bras, et m’étreignant
Doucement la main, elle m’étreignit l’âme.
Ici, elle me blessa d’un baiser, et, de pudeur,
Elle colora son visage paré d’un beau vermeil.
Ô souvenir heureux, ô jour de joie !

 

h

 

 

Misero Alceo, del caro albergo fore

Giambattista Marino

Misero Alceo, del caro albergo fore
gir pur convienti, e ch'al partir t'apresti.
«Ecco Lidia, ti lascio, e lascio questi
poggi beati, e lascio teco il core.

Tu, se di pari laccio e pari ardore
meco legata fosti e meco ardesti,
fa' che ne' duo talor giri celesti
s'annidi e posi, ov'egli vive e more.

Sì, mentre lieto il cor staratti a canto,
gli occhi, lontani da soave riso,
mi daran vita con l'umor del pianto».

Così disse il pastor dolente in viso.
La ninfa udillo, e fu in due parti intanto
l'un cor da l'altro, anzi un cor sol, diviso.

Malheureux Alcée, il te faut donc sortir
De ton cher logis, et te préparer à la séparation.
«Lydie, je te quitte, et je quitte
Ces heureux coteaux, et je laisse mon cœur avec toi.

Toi, si d’un pareil lien et d’une égale ardeur,
Tu m’as été liée, tu as brûlé avec moi,
Fais que parfois, dans ces deux orbes célestes
Il se pose et s’abrite, là où il vit et meurt.

Ainsi, tandis que mon cœur restera heureux à ton côté,
Mes yeux, loin de ton doux sourire,
Me donneront la vie en m’arrosant de larmes.»

Ainsi parla le berger, le visage dolent.
La nymphe l’entendit; alors, de part et d’autre, leurs cœurs
Se séparèrent, ou plutôt, un seul fut partagé en deux.

 

i

 

 

»Batto«, qui pianse Ergasto, ecco la riva

Giambattista Marino

«Batto», qui pianse Ergasto, «ecco la riva
ove, mentre seguia cerva fugace,
fuggendo Clori il suo pastor seguace,
non so se più seguiva o se fuggiva».

«Deh, mira!» -- egli dicea -- «se fuggitiva
fera pur saettar tanto ti piace,
saetta questo cor che soffre in pace
le piaghe, anzi ti segue e non le schiva.

Lasso, non m'odi?». E qui tremante e fioco
e tacque e giacque. A questi ultimi accenti
l'empia si volse e rimirollo un poco.

Allor di nove Amor fiamme cocenti
l'accese. Or chi dirà che non sia foco
l'umor che cade da duo lumi ardenti ?

«Battus», gémit alors Ergaste, voici le rivage
Où, poursuivant la biche en fuite,
Cloris fuyait le berger qui la poursuivait, et je ne sais
Ce qu’elle était le plus, poursuivante ou en fuite.

«De grâce, regarde», disait-il, «si tu aimes tant
Percer de flèches un gibier qui fuit,
Tire sur mon cœur, qui souffre paisiblement
Ses blessures, et te suit sans chercher à les éviter.

Hélas, ne m’entends-tu pas ?» Alors, tremblant, affaibli,
Il se tut et tomba de tout son long. À ces derniers mots,
La cruelle se retourna et le regarda un peu.

Alors, Amour l’enflamma de nouveaux feux brûlants.
Qui dira maintenant qu’elle n’est pas du feu,
L’humeur qui tombe de deux yeux ardents ?

 

j

 

 

Presso un fiume tranquillo

Presso un fiume tranquillo
Disse a Filena Eurillo:
«Quante son queste arene,
Tante son le mie pene !
E quante son quelle onde,
Tante ho per te nel cor piaghe profonde !»

Rispose, d'amor piena,
Ad Eurillo Filena:
«Quante la terra ha foglie
Tante son le mie doglie !
E quante il cielo ha stelle,
Tante ho per te nel cor vive fiammelle !»

Dunque con lieto core
Soggionse indi il pastore:
«Quanti ha l'orio augelletti
Siano i nostri diletti,
E quant'hai tu bellezze,
Tante in noi versi Amor care dolcezze !»

«Si, si», con voglie accese
L'un e l'altro riprese,
«Facciam, concordi amanti,
Pari le gioie ai pianti,
A le guerre le paci:
Se fur mille i martiri sian mille i baci!»

Près d’une tranquille rivière,
Euryllus dit à Philène:
«Mes peines sont aussi nombreuses
Que ces grains de sable !
Et autant la rivière a de flots,
Autant j’ai par toi de plaies profondes au cœur.»

Pleine d’amour, Philène
Répondit à Euryllus:
«Autant la terre a de feuilles,
Autant sont mes douleurs.
Et autant le ciel a d’étoiles,
Autant j’ai par toi de vives flammes au cœur.»

Et donc, le cœur joyeux,
Le berger ajouta:
«Que nos plaisirs soient aussi nombreux
Que le loriot a d’oisillons,
Et que l’Amour nous verse ses chères douceurs
En nombre égal à tes beautés.»

«Oui, oui», reprirent l’un et l’autre,
Avec des vœux enflammés,
«Rendons, en amants qui s’accordent,
Les joies aussi nombreuses que les larmes,
Les paix aussi nombreuses que les guerres:
Il y eut mille martyres, qu’il y ait mille baisers.»

 

a

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC