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Claudio Monteverdi

 

 

 

  1. Ah ! dolente partita !
  2. Cor mio, mentre vi miro
  3. Cor mio, non mori ? e mori !
  4. Sfogava con le stelle
  5. Volgea l'anima mia soavemente
  6. Anima mia, perdona
  7. Che se tu se' 'l cor mio
  8. Luci serene e chiare
  9. La piaga c'ho nel core
  10. Voi pur da me partite, anima dura
  11. A un giro sol de' begl'occhi lucenti
  12. Ohimé, se tanto amate
  13. Io mi son giovinetta
  14. Quell'augellin che canta
  15. Non piú guerra, pietate
  16. Sí ch'io vorrei morire
  17. Anima dolorosa che vivendo
  18. Anima del cor mio
  19. Longe da te, cor mio
  20. Piagn'e sospira, e quand'i caldi raggi

 

 

Ah ! dolente partita !

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Ah ! dolente partita !
ah, fin de la mia vita !
da te parto e non moro? E pur i' provo
la pena de la morte
e sento nel partire
un vivace morire,
che dà vita al dolore
per far che moia immortalmente il core.

Ah, douloureuse séparation !
Hélas, fin de ma vie !
Je te quitte et ne meurs pas ? Et pourtant, je sens
La douleur de la mort,
Je sens dans la séparation
Une agonie vivante
Qui donne vie à la douleur
Pour faire que meure immortellement le cœur.

 

a

 

 

Cor mio, mentre vi miro

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Cor mio, mentre vi miro,
visibilmente mi trasformo in voi,
e trasformato poi,
in un solo sospir l'anima spiro.
O bellezza mortale,
O bellezza vitale,
poiché sí tosto un core
per te rinasce, e per te nato more.

Mon cœur, tandis que je vous regarde,
Visiblement je me transforme en vous,
Puis, métamorphosé,
En un seul soupir, j’expire mon âme.
Ô beauté mortelle,
Ô beauté vitale,
Pourquoi si vite un cœur
Renaît-il par toi, puis né, par toi meurt ?

 

c

 

 

Cor mio, non mori ? e mori !

Cor mio, non mori ? e mori !
L'idolo tuo, ch'è tolto
a te, fia tosto in altrui braccia accolto.
Deh, spezzati, mio core !
lascia, lascia con l'aura anco l'ardore;
ch'esser non può che ti riserbi in vita
senza speme e aita.
Su, mio cor, mori ! Io moro, io vado; a Dio,
dolcissimo ben mio.

Mon cœur, tu ne meurs pas ? Et tu meurs !
Ton idole, qui t’est enlevée,
Sera bientôt accueillie dans les bras d’un autre.
Ah, brise-toi, mon cœur !
Laisse, laisse ton ardeur partir avec la brise;
Rien ne peut exister, qui te maintienne en vie
Sans espoir ni secours.
Allons, mon cœur, meurs ! Je meurs, je m’en vais, adieu,
Ma douce bien aimée.

 

e

 

 

Sfogava con le stelle

Sfogava con le stelle
un'infermo d'Amore
sotto notturno ciel il suo dolore,
e dicea fisso in loro:
O imagini belle del'idol mio ch'adoro
si com'a me mostrate,
mentre cosi splendete,
la sua rara beltate
cosi mostrast'a lei
i vivi ardori miei
la fareste col vostr'aureo sembiante
pietosa si come me fat'amante.

En la confiant aux étoiles,
Sous le ciel nocturne, un malade d’amour
Se déchargeait de sa douleur
Et leur disait, tourné vers elles:
« Ô belles images de l’idole que j’adore,
Si, comme vous me montrez
Sa rare beauté
En brillant comme vous faites,
Vous lui montriez de même
Mes vives ardeurs,
Vous la rendriez, avec votre visage d’or,
Aussi charitable que vous me rendez amoureux. »

 

f

 

 

Volgea l'anima mia soavemente

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Volgea l'anima mia soavemente
quel suo caro, e lucente
sguardo, tutto beltà, tutto desire,
verso me scintillando, e parea dire:
«Damm'il tuo cor, ché non altronde io vivo.»
E mentre il cor sen vola ove l'invita
quella beltà infinita,
sospirando gridai: «Misero, e privo
del cor, chi mi dà vita ?»
Mi rispos'ella in un sospir d'amore:
«Io, che son il tuo core.»

Mon âme tournait doucement
Son cher regard lumineux,
Tout de beauté, tout de désir,
Scintillant vers moi, et semblait dire:
« Donne-moi ton cœur, sans quoi je ne peux vivre. »
Et tandis que mon cœur s’envolait là où l’invitait
Cette infinie beauté,
Je soupirai et criai: « Malheureux, privé
De cœur, qui me donnera la vie ? »
Elle me répondit dans un soupir d’amour:
« Moi, qui suis ton cœur. »

 

g

 

 

Anima mia, perdona

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Anima mia, perdona
a chi t'è cruda sol dove pietosa
esser non può; perdona a questa, solo
nei detti e nel sembiante
rigida tua nemica, ma nel core
pietosissima amante;
e, se pur hai desio di vendicarti,
deh ! qual vendetta aver puoi tu maggiore
del tuo proprio dolore ?

Pardonne, mon âme
À celle qui ne t’est cruelle que là où
Elle ne peut être compatissante; pardonne à celle
Qui n’est ton inflexible ennemie
Que dans ses paroles et son visage, mais qui dans son cœur
Est ton amante on ne peut plus miséricordieuse;
Et, si vraiment tu désires te venger,
Ah ! quelle vengeance peux-tu avoir qui soit plus grande
Que ta propre douleur ?

 

i

 

 

Che se tu se' 'l cor mio

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Che se tu se' 'l cor mio,
come se' pur mal grado
del cielo e della terra,
qualor piagni e sospiri,
quelle lagrime tue sono il mio sangue,
que' sospiri il mio spirto e quelle pene
e quel dolor, che senti,
son miei, non tuoi, tormenti.

Si tu es mon cœur,
- Et tu l’es, en dépit
Du ciel et de la terre, -
Lorsque tu pleures et soupires,
Tes larmes sont mon sang,
Tes soupirs mon esprit, et tes peines,
Et cette douleur que tu ressens,
Sont mes tourments, et non les tiens.

 

j

 

 

Luci serene e chiare

Ridolfo Arlotti [1546-1613]

Luci serene e chiare,
Voi m'incendete, voi, ma prov’il core
Nell'incendio diletto, non dolore.
Dolci parole e care,
Voi mi ferite, voi, ma prova il petto
Non dolor ne la piaga, ma diletto.
O miracol d'Amore !
Alma ch’è tutta foco e tutta sangue
Si strugg’e non si duol, muor e non langue.

Yeux clairs et sereins,
Vous m’enflammez, mais mon cœur ressent,
Dans l’incendie, du plaisir et non de la douleur.
Douces et chères paroles,
Vous me blessez, mais ma poitrine n’éprouve
Pas de douleur dans la blessure, mais du plaisir.
Ô miracle d’Amour !
Mon âme, toute de feu et toute de sang,
Se détruit et ne souffre pas, meurt sans agoniser.

 

a

 

 

La piaga c'ho nel core

Aurelio Gatti

La piaga c'ho nel core,
donna, onde lieta sei,
colpo è de gl'occhi tuoi, colpa de i miei.
Gl'occhi miei ti miraro,
gl'occhi tuoi mi piagaro,
ma come avvien che sia
comune il fallo e sol la pena mia ?

La plaie que j’ai au cœur,
Dame, qui vous réjouit,
Est un coup de vos yeux, par la faute des miens.
Mes yeux vous regardèrent,
Vos yeux me blessèrent,
Mais comment se fait-il
Que la faute soit commune, et que j’aie seul la peine ?

 

b

 

 

Voi pur da me partite, anima dura

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Voi pur da me partite, anima dura,
né vi duol il partire.
Ohimè ! quest'è un morire
crudele, e voi gioite ?
Quest'è vicino aver l'ora suprema,
e voi non lo sentite.
O meraviglia di durezza estrema:
esser alma d'un core
e separarsi, e non sentir dolore !

Vous vous séparez donc de moi, âme dure,
Et la séparation ne vous fait pas souffrir.
Hélas ! voici une mort
Cruelle, et vous en êtes heureuse ?
C’est presque arriver à sa dernière heure,
Et vous ne le sentez pas.
Ô merveille d’une extrême dureté:
Être l’âme d’un corps,
Et s’en séparer sans sentir de douleur.

 

d

 

 

A un giro sol de' begl'occhi lucenti

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

A un giro sol de' begl'occhi lucenti
ride l'aria d'intorno,
e 'l mar s'acqueta e i venti,
e si fa il ciel d'un altro lume adorno,
sol io le luci ho lagrimose e meste.
Certo quando nasceste
cosí crudel e ria,
nacque la morte mia.

Un seul roulement de ces beaux yeux lumineux,
Et l’air rit tout autour,
Et la mer et les vents s’apaisent,
Et le ciel se pare d’une autre lumière;
Moi seul ai les yeux tristes et pleins de larmes.
En vérité, quand vous naquîtes,
Aussi dure, aussi cruelle,
C’est ma mort qui prit naissance.

 

e

 

 

Ohimé, se tanto amate

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Ohimé, se tanto amate
di sentir dir Ohimè, deh perché fate
chi dice Ohimè morire ?
S'io moro un sol potrete
languido, e doloroso Ohimè sentire;
Ma se, cor mio, vorrete
che vita habb'io da voi, e voi da me,
avrete mille e mille dolci Ohimè.

Hélas, si vous aimez tellement
Entendre dire « Hélas », ah, pourquoi faites-vous
Mourir celui qui dit « Hélas » ?
Si je meurs, vous ne pourrez entendre
Qu’un seul « Hélas », languissant et douloureux.
Mais si, mon cœur, vous voulez
Que je reçoive de vous ma vie, et vous de moi,
Vous aurez mille et mille doux « Hélas ».

 

f

 

 

Io mi son giovinetta

«Io mi son giovinetta
e rido e canto alla stagion novella«,
cantava la mia dolce pastorella,
quando subitamente
a quel canto il cor mio
cantò quasi augellin vago e ridente
«Son giovinetto anch'io
e rido e canto alla gentil e bella
primavera d'amore,
che nei begli occhi tuoi fiorisce.» Ed ella:
«Fuggi, se saggio sei,» - disse -: « l'ardore,
fuggi, chè in questi rai
primavera per te non sarà mai.»

«Moi je suis toute jeunette
Et je chante et je ris à la saison nouvelle»,
Chantait ma douce pastourelle,
Quand subitement,
À son chant, mon cœur
Chanta tel un bel oiseau rieur:
«Je suis jeune moi aussi,
Et je ris, et je chante pour le gentil et beau
Printemps d’amour
Qui fleurit dans tes beaux yeux.» Et elle:
«Fuis, si tu es sage» dit-elle, «fuis l’ardeur,
Fuis, car dans mes yeux,
Jamais il n’y aura pour toi de printemps.»

 

g

 

 

Quell'augellin che canta

d’après Guarini (Il Pastor fido, I, 1, v. 175-186)

Quell'augellin che canta
sì dolcemente e lascivetto vola
ora da l'abete al faggio,
ed or dal faggio al mirto,
s'avesse umano spirto,
direbbe: «Ardo d'amore, ardo d'amore.«
Ma ben arde nel core
e chiam’il suo desio
che li rispond’: «Ardo d'amore anch'io.«
Che sii tu benedetto,
amoroso, gentil, vago augelletto.

Cet oiseau qui chante
Si doucement, et vole allègrement,
Tantôt du sapin au hêtre,
Tantôt du hêtre au myrte,
S’il avait esprit humain,
Il dirait: « Je brûle d’amour, je brûle d’amour. »
Et il brûle bien dans son cœur,
Et il appelle l’objet de son désir
Qui lui répond: « Moi aussi, je brûle d’amour. »
Sois donc béni,
Gentil oiseau, bel oiseau amoureux.

 

h

 

 

Non piú guerra, pietate

Giovanni Battista Guarini [1538 - 1612]

Non piú guerra, pietate,
pietate, occhi miei belli,
occhi miei trionfanti ! A che v'armate
contr'un cor ch'è già preso, e vi si rende ?
Ancidete i rubelli,
ancidete chi s'arma e si difende,
non chi, vinto, v'adora.
Volete voi ch'io mora ?
Morrò pur vostro, e del morir l'affanno
sentirò sí, ma sarà vostr'il danno.

Plus de guerre, pitié,
Pitié, mes beaux yeux,
Mes yeux triomphants ! Pourquoi vous armez-vous
Contre un cœur déjà prisonnier, et qui se rend à vous ?
Tuez les rebelles,
Tuez qui prend les armes et se défend,
Mais pas celui qui, vaincu, vous adore.
Voulez-vous que je meure ?
Je mourrai étant à vous, et je sentirai l’angoisse
De la mort, mais ce sera à votre détriment.

 

i

 

 

Sí ch'io vorrei morire

Maurizio Moro

Sí ch'io vorrei morire
ora che bacio, Amore,
la bella bocca del mio amato core.
Ahi, cara e dolce lingua,
datemi tant'umore,
che di dolcezz'in questo sen m'estingua !
Ahi, vita mia, a questo bianco seno,
deh, stringetemi fin ch'io venga meno !
Ahi bocca, ahi baci, ahi lingua, torn'a dire:
«Sí ch'io vorrei morire.»

Ah, que je voudrais mourir,
Maintenant, Amour, que je baise
La belle bouche de mon cœur aimé.
Ah, chère et douce langue,
Donnez-moi tant de votre liqueur
Que de douceur, je meure sur ce sein !
Ah, ma vie, sur votre blanche poitrine,
De grâce, serrez-moi jusqu’à ce que je défaille !
Ah, bouche ! ah, baisers ! ah, langue, répète encore:
« Oui, je voudrais mourir. »

 

i

 

 

Anima dolorosa che vivendo

Anima dolorosa che vivendo
tanto peni e tormenti
quant'odi e parli e pensi e miri e senti,
amor spiri ? Che speri ? Ancor dimori
in questa viva morte ? in quest'inferno
de le tue pene eterno ?
Mori, misera, mori !
Che tardi piú ? che fai ?
Perché, mort'al piacer, vivi al martire ?
Perché vivi al morire ?
Consuma il duol che ti consuma omai,
di questa morte che par vita uscendo.
Mori, meschina, al tuo morir morendo.

Âme douloureuse pour qui, vivante,
Tout ce que tu entends, et dis, et penses, et vois, et entends,
Sont autant de peines et de tourments,
Tu respires l’amour ? Qu’espères-tu ? Tu demeures encore
Dans cette mort vivante ? Dans cet éternel
Enfer de tes peines ?
Meurs, malheureuse, meurs !
Qu’attends-tu ? Que fais-tu ?
Pourquoi, morte au plaisir, vis-tu pour le martyre ?
Pourquoi vis-tu à la mort ?
Consume le deuil qui te consume,
De cette mort qui, en partant, semble une vie.
Meurs, malheureuse, en mourant à ta mort.

 

a

 

 

Anima del cor mio

Anima del cor mio,
poichè da me, misera me, ti parti,
s'ami conforto alcun a' miei martiri,
non isdegnar ch'almen ti segua anch'io,
solo co'miei sospiri
e sol per rimembrarti
ch'in tante pene e in cosí fiero scempio
vivrò d'amor, di vera fede esempio.

Âme de mon cœur,
Puisque, malheureuse que je suis, tu me quittes,
Si tu veux donner quelque soulagement à mon martyre,
Permets qu’au moins je te suive,
Rien qu’avec mes soupirs,
Et rien que pour te rappeler
Que parmi tant de peines, dans un si cruel massacre,
Je vivrai d’amour, exemple de véritable fidélité.

 

c

 

 

Longe da te, cor mio

Longe da te, cor mio,
struggomi di dolore,
di dolcezz'e d'amore.
Ma torna omai, deh torna ! E se'l destino
strugger vorrammi ancor a te vicino,
sfavilli e splenda il tuo bel lume amato
ch'io n'arda e mora, e morirò beato.

Loin de toi, mon cœur,
Je me consume de douleur,
De douceur et d’amour.
Mais reviens maintenant, de grâce, reviens ! Et si le destin
Veut encore ma perte quand je suis près de toi,
Fais étinceler et resplendir ton bel œil aimé,
Qu’il me brûle et que je meure, et je mourrai heureux.

 

d

 

 

Piagn'e sospira, e quand'i caldi raggi

Torquato Tasso
Gerusalemme conquistata, VIII, str. VI.

Le Tasse
La Jérusalem reconquise, chant VIII, str. VI.

Nicée (avatar de l’Herminie de la Jérusalem délivrée), amoureuse de Tancrède, séjourne parmi des bergers.

Piagn'e sospira, e quand'i caldi raggi
fuggon le greggi a la dolce ombr'assise,
ne la scorza de' pini o pur de' faggi
segnò l'amato nome in mille guise;
e de la sua fortuna i gravi oltraggi
e i vari casi in dura scorza incise,
e in rileggendo poi le proprie note
spargea di pianto le vermiglie gote.

Elle pleure et soupire, et quand les chauds rayons
Font fuir les troupeaux, assise sous le doux ombrage,
Sur l’écorce des pins ou des hêtres,
Elle inscrivit de mille manières le nom aimé;
Et dans la dure écorce, elle grava les pénibles outrages
De sa fortune, et ses divers malheurs;
Puis, relisant ce qu’elle avait écrit,
Elle inondait de larmes ses joues vermeilles.

 

g

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC