Claudio Monteverdi
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Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Ah !
dolente partita ! Ah,
douloureuse séparation !
ah, fin de la mia vita !
da te parto e non moro? E pur i' provo
la pena de la morte
e sento nel partire
un vivace morire,
che dà vita al dolore
per far che moia immortalmente il core.
Hélas, fin de ma vie !
Je te quitte et ne meurs pas ? Et pourtant, je sens
La douleur de la mort,
Je sens dans la séparation
Une agonie vivante
Qui donne vie à la douleur
Pour faire que meure immortellement le cur.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Cor mio,
mentre vi miro, Mon
cur, tandis que je vous regarde,
visibilmente mi trasformo in voi,
e trasformato poi,
in un solo sospir l'anima spiro.
O bellezza mortale,
O bellezza vitale,
poiché sí tosto un core
per te rinasce, e per te nato more.
Visiblement je me transforme en vous,
Puis, métamorphosé,
En un seul soupir, jexpire mon âme.
Ô beauté mortelle,
Ô beauté vitale,
Pourquoi si vite un cur
Renaît-il par toi, puis né, par toi
meurt ?
Cor mio,
non mori ? e mori ! Mon
cur, tu ne meurs pas ? Et tu meurs !
L'idolo tuo, ch'è tolto
a te, fia tosto in altrui braccia accolto.
Deh, spezzati, mio core !
lascia, lascia con l'aura anco l'ardore;
ch'esser non può che ti riserbi in vita
senza speme e aita.
Su, mio cor, mori ! Io moro, io vado; a Dio,
dolcissimo ben mio.
Ton idole, qui test enlevée,
Sera bientôt accueillie dans les bras dun
autre.
Ah, brise-toi, mon cur !
Laisse, laisse ton ardeur partir avec la brise;
Rien ne peut exister, qui te maintienne en vie
Sans espoir ni secours.
Allons, mon cur, meurs ! Je meurs, je men
vais, adieu,
Ma douce bien aimée.
Sfogava
con le stelle En
la confiant aux étoiles,
un'infermo d'Amore
sotto notturno ciel il suo dolore,
e dicea fisso in loro:
O imagini belle del'idol mio ch'adoro
si com'a me mostrate,
mentre cosi splendete,
la sua rara beltate
cosi mostrast'a lei
i vivi ardori miei
la fareste col vostr'aureo sembiante
pietosa si come me fat'amante.
Sous le ciel nocturne, un malade damour
Se déchargeait de sa douleur
Et leur disait, tourné vers elles:
« Ô belles images de lidole que
jadore,
Si, comme vous me montrez
Sa rare beauté
En brillant comme vous faites,
Vous lui montriez de même
Mes vives ardeurs,
Vous la rendriez, avec votre visage dor,
Aussi charitable que vous me rendez
amoureux. »
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Volgea
l'anima mia soavemente Mon
âme tournait doucement
quel suo caro, e lucente
sguardo, tutto beltà, tutto desire,
verso me scintillando, e parea dire:
«Damm'il tuo cor, ché non altronde io
vivo.»
E mentre il cor sen vola ove l'invita
quella beltà infinita,
sospirando gridai: «Misero, e privo
del cor, chi mi dà vita ?»
Mi rispos'ella in un sospir d'amore:
«Io, che son il tuo core.»
Son cher regard lumineux,
Tout de beauté, tout de désir,
Scintillant vers moi, et semblait dire:
« Donne-moi ton cur, sans quoi je ne peux
vivre. »
Et tandis que mon cur senvolait là
où linvitait
Cette infinie beauté,
Je soupirai et criai: « Malheureux,
privé
De cur, qui me donnera la vie ? »
Elle me répondit dans un soupir damour:
« Moi, qui suis ton
cur. »
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Anima mia,
perdona Pardonne,
mon âme
a chi t'è cruda sol dove pietosa
esser non può; perdona a questa, solo
nei detti e nel sembiante
rigida tua nemica, ma nel core
pietosissima amante;
e, se pur hai desio di vendicarti,
deh ! qual vendetta aver puoi tu maggiore
del tuo proprio dolore ?
À celle qui ne test cruelle que là
où
Elle ne peut être compatissante; pardonne à
celle
Qui nest ton inflexible ennemie
Que dans ses paroles et son visage, mais qui dans son
cur
Est ton amante on ne peut plus miséricordieuse;
Et, si vraiment tu désires te venger,
Ah ! quelle vengeance peux-tu avoir qui soit plus
grande
Que ta propre douleur ?
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Che se tu
se' 'l cor mio, Si
tu es mon cur,
come se' pur mal grado
del cielo e della terra,
qualor piagni e sospiri,
quelle lagrime tue sono il mio sangue,
que' sospiri il mio spirto e quelle pene
e quel dolor, che senti,
son miei, non tuoi, tormenti.
- Et tu les, en dépit
Du ciel et de la terre, -
Lorsque tu pleures et soupires,
Tes larmes sont mon sang,
Tes soupirs mon esprit, et tes peines,
Et cette douleur que tu ressens,
Sont mes tourments, et non les tiens.
Ridolfo Arlotti
[1546-1613] Luci
serene e chiare, Yeux
clairs et sereins,
Voi m'incendete, voi, ma provil core
Nell'incendio diletto, non dolore.
Dolci parole e care,
Voi mi ferite, voi, ma prova il petto
Non dolor ne la piaga, ma diletto.
O miracol d'Amore !
Alma chè tutta foco e tutta sangue
Si strugge non si duol, muor e non langue.
Vous menflammez, mais mon cur ressent,
Dans lincendie, du plaisir et non de la douleur.
Douces et chères paroles,
Vous me blessez, mais ma poitrine néprouve
Pas de douleur dans la blessure, mais du plaisir.
Ô miracle dAmour !
Mon âme, toute de feu et toute de sang,
Se détruit et ne souffre pas, meurt sans
agoniser.
Aurelio
Gatti La piaga
c'ho nel core, La
plaie que jai au cur,
donna, onde lieta sei,
colpo è de gl'occhi tuoi, colpa de i miei.
Gl'occhi miei ti miraro,
gl'occhi tuoi mi piagaro,
ma come avvien che sia
comune il fallo e sol la pena mia ?
Dame, qui vous réjouit,
Est un coup de vos yeux, par la faute des miens.
Mes yeux vous regardèrent,
Vos yeux me blessèrent,
Mais comment se fait-il
Que la faute soit commune, et que jaie seul la
peine ?
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Voi pur da
me partite, anima dura, Vous
vous séparez donc de moi, âme dure,
né vi duol il partire.
Ohimè ! quest'è un morire
crudele, e voi gioite ?
Quest'è vicino aver l'ora suprema,
e voi non lo sentite.
O meraviglia di durezza estrema:
esser alma d'un core
e separarsi, e non sentir dolore !
Et la séparation ne vous fait pas souffrir.
Hélas ! voici une mort
Cruelle, et vous en êtes heureuse ?
Cest presque arriver à sa dernière
heure,
Et vous ne le sentez pas.
Ô merveille dune extrême
dureté:
Être lâme dun corps,
Et sen séparer sans sentir de
douleur.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] A un giro
sol de' begl'occhi lucenti Un
seul roulement de ces beaux yeux lumineux,
ride l'aria d'intorno,
e 'l mar s'acqueta e i venti,
e si fa il ciel d'un altro lume adorno,
sol io le luci ho lagrimose e meste.
Certo quando nasceste
cosí crudel e ria,
nacque la morte mia.
Et lair rit tout autour,
Et la mer et les vents sapaisent,
Et le ciel se pare dune autre lumière;
Moi seul ai les yeux tristes et pleins de larmes.
En vérité, quand vous naquîtes,
Aussi dure, aussi cruelle,
Cest ma mort qui prit naissance.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Ohimé,
se tanto amate Hélas,
si vous aimez tellement
di sentir dir Ohimè, deh perché fate
chi dice Ohimè morire ?
S'io moro un sol potrete
languido, e doloroso Ohimè sentire;
Ma se, cor mio, vorrete
che vita habb'io da voi, e voi da me,
avrete mille e mille dolci Ohimè.
Entendre dire « Hélas », ah,
pourquoi faites-vous
Mourir celui qui dit
« Hélas » ?
Si je meurs, vous ne pourrez entendre
Quun seul « Hélas »,
languissant et douloureux.
Mais si, mon cur, vous voulez
Que je reçoive de vous ma vie, et vous de moi,
Vous aurez mille et mille doux
« Hélas ».
«Io
mi son giovinetta «Moi
je suis toute jeunette
e rido e canto alla stagion novella«,
cantava la mia dolce pastorella,
quando subitamente
a quel canto il cor mio
cantò quasi augellin vago e ridente
«Son giovinetto anch'io
e rido e canto alla gentil e bella
primavera d'amore,
che nei begli occhi tuoi fiorisce.» Ed ella:
«Fuggi, se saggio sei,» - disse -:
« l'ardore,
fuggi, chè in questi rai
primavera per te non sarà mai.»
Et je chante et je ris à la saison
nouvelle»,
Chantait ma douce pastourelle,
Quand subitement,
À son chant, mon cur
Chanta tel un bel oiseau rieur:
«Je suis jeune moi aussi,
Et je ris, et je chante pour le gentil et beau
Printemps damour
Qui fleurit dans tes beaux yeux.» Et elle:
«Fuis, si tu es sage» dit-elle, «fuis
lardeur,
Fuis, car dans mes yeux,
Jamais il ny aura pour toi de
printemps.»
daprès
Guarini (Il Pastor fido, I, 1, v. 175-186) Quell'augellin
che canta Cet
oiseau qui chante
sì dolcemente e lascivetto vola
ora da l'abete al faggio,
ed or dal faggio al mirto,
s'avesse umano spirto,
direbbe: «Ardo d'amore, ardo d'amore.«
Ma ben arde nel core
e chiamil suo desio
che li rispond: «Ardo d'amore anch'io.«
Che sii tu benedetto,
amoroso, gentil, vago augelletto.
Si doucement, et vole allègrement,
Tantôt du sapin au hêtre,
Tantôt du hêtre au myrte,
Sil avait esprit humain,
Il dirait: « Je brûle damour, je
brûle damour. »
Et il brûle bien dans son cur,
Et il appelle lobjet de son désir
Qui lui répond: « Moi aussi, je brûle
damour. »
Sois donc béni,
Gentil oiseau, bel oiseau amoureux.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Non
piú guerra, pietate, Plus
de guerre, pitié,
pietate, occhi miei belli,
occhi miei trionfanti ! A che v'armate
contr'un cor ch'è già preso, e vi si rende
?
Ancidete i rubelli,
ancidete chi s'arma e si difende,
non chi, vinto, v'adora.
Volete voi ch'io mora ?
Morrò pur vostro, e del morir l'affanno
sentirò sí, ma sarà vostr'il
danno.
Pitié, mes beaux yeux,
Mes yeux triomphants ! Pourquoi vous armez-vous
Contre un cur déjà prisonnier, et qui se
rend à vous ?
Tuez les rebelles,
Tuez qui prend les armes et se défend,
Mais pas celui qui, vaincu, vous adore.
Voulez-vous que je meure ?
Je mourrai étant à vous, et je sentirai
langoisse
De la mort, mais ce sera à votre
détriment.
Maurizio
Moro Sí
ch'io vorrei morire Ah,
que je voudrais mourir,
ora che bacio, Amore,
la bella bocca del mio amato core.
Ahi, cara e dolce lingua,
datemi tant'umore,
che di dolcezz'in questo sen m'estingua !
Ahi, vita mia, a questo bianco seno,
deh, stringetemi fin ch'io venga meno !
Ahi bocca, ahi baci, ahi lingua, torn'a dire:
«Sí ch'io vorrei morire.»
Maintenant, Amour, que je baise
La belle bouche de mon cur aimé.
Ah, chère et douce langue,
Donnez-moi tant de votre liqueur
Que de douceur, je meure sur ce sein !
Ah, ma vie, sur votre blanche poitrine,
De grâce, serrez-moi jusquà ce que je
défaille !
Ah, bouche ! ah, baisers ! ah, langue,
répète encore:
« Oui, je voudrais mourir. »
Anima
dolorosa che vivendo Âme
douloureuse pour qui, vivante,
tanto peni e tormenti
quant'odi e parli e pensi e miri e senti,
amor spiri ? Che speri ? Ancor dimori
in questa viva morte ? in quest'inferno
de le tue pene eterno ?
Mori, misera, mori !
Che tardi piú ? che fai ?
Perché, mort'al piacer, vivi al martire ?
Perché vivi al morire ?
Consuma il duol che ti consuma omai,
di questa morte che par vita uscendo.
Mori, meschina, al tuo morir morendo.
Tout ce que tu entends, et dis, et penses, et vois, et
entends,
Sont autant de peines et de tourments,
Tu respires lamour ?
Quespères-tu ? Tu demeures encore
Dans cette mort vivante ? Dans cet éternel
Enfer de tes peines ?
Meurs, malheureuse, meurs !
Quattends-tu ? Que fais-tu ?
Pourquoi, morte au plaisir, vis-tu pour le
martyre ?
Pourquoi vis-tu à la mort ?
Consume le deuil qui te consume,
De cette mort qui, en partant, semble une vie.
Meurs, malheureuse, en mourant à ta mort.
Anima del
cor mio, Âme
de mon cur,
poichè da me, misera me, ti parti,
s'ami conforto alcun a' miei martiri,
non isdegnar ch'almen ti segua anch'io,
solo co'miei sospiri
e sol per rimembrarti
ch'in tante pene e in cosí fiero scempio
vivrò d'amor, di vera fede esempio.
Puisque, malheureuse que je suis, tu me quittes,
Si tu veux donner quelque soulagement à mon
martyre,
Permets quau moins je te suive,
Rien quavec mes soupirs,
Et rien que pour te rappeler
Que parmi tant de peines, dans un si cruel massacre,
Je vivrai damour, exemple de véritable
fidélité.
Longe da
te, cor mio, Loin
de toi, mon cur,
struggomi di dolore,
di dolcezz'e d'amore.
Ma torna omai, deh torna ! E se'l destino
strugger vorrammi ancor a te vicino,
sfavilli e splenda il tuo bel lume amato
ch'io n'arda e mora, e morirò beato.
Je me consume de douleur,
De douceur et damour.
Mais reviens maintenant, de grâce, reviens ! Et
si le destin
Veut encore ma perte quand je suis près de toi,
Fais étinceler et resplendir ton bel il
aimé,
Quil me brûle et que je meure, et je mourrai
heureux.
Torquato
Tasso Le
Tasse Nicée
(avatar de lHerminie de la Jérusalem
délivrée), amoureuse de Tancrède,
séjourne parmi des bergers. Piagn'e
sospira, e quand'i caldi raggi Elle
pleure et soupire, et quand les chauds rayons
Gerusalemme conquistata, VIII, str. VI.
La Jérusalem reconquise, chant VIII, str.
VI.
fuggon le greggi a la dolce ombr'assise,
ne la scorza de' pini o pur de' faggi
segnò l'amato nome in mille guise;
e de la sua fortuna i gravi oltraggi
e i vari casi in dura scorza incise,
e in rileggendo poi le proprie note
spargea di pianto le vermiglie gote.
Font fuir les troupeaux, assise sous le doux ombrage,
Sur lécorce des pins ou des hêtres,
Elle inscrivit de mille manières le nom
aimé;
Et dans la dure écorce, elle grava les
pénibles outrages
De sa fortune, et ses divers malheurs;
Puis, relisant ce quelle avait écrit,
Elle inondait de larmes ses joues vermeilles.