Claudio Monteverdi
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La
giovinetta pianta Le
jeune plant
si fa più bell'al sole,
quando men arder suole.
Ma se fin dentro sente
il vivo raggio ardente,
dimostran fuor le scolorite spoglie
l'intern'ardor che la radice accoglie.
Così la verginella
amando si fa bella,
quand'Amor la lusinga e non l'offende.
Ma se 'l suo vivo ardore
la penetra nel core,
dimostra la sembianza impallidita
ch'ardente è la radice de la vita.
Devient plus beau au soleil
Quand celui-ci est moins brûlant.
Mais sil sent en lui
Le vif rayon ardent,
Ses dépouilles décolorées montrent
à lextérieur
La chaleur interne qua subie la racine.
Ainsi, la jeune fille
Embellit en aimant,
Quand Amour la séduit sans lagresser.
Mais si sa vive ardeur
Pénètre dans son cur,
Son visage pâli montre
Que la racine de sa vie brûle.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] O come
è gran martire Que
cest un grand martyre
a celar suo desire,
quando con pura fede
s'ama chi non se 'l crede.
O soave mio ardore,
o giusto mio desio,
s'ognun ama il suo core
e voi sete il cor mio,
allor non fia ch'io v'ami
quando sarà che viver più non
brami.
De cacher son désir
Quand avec une foi pure
On aime quelquun qui ne vous croit pas !
Ô ma douce ardeur,
Ô mon juste désir,
Puisque chacun aime son cur,
Et que vous êtes le mien,
Alors, on ne me verra pas vous aimer
Quand on me verra ne plus vouloir vivre.
Sovra
tenere erbette e bianchi fiori Sur
lherbe tendre et les blanches fleurs,
stava Filli sedendo
ne l'ombra d'un alloro,
quando li dissi: «Cara Filli, io moro.»
Ed ella a me volgendo
vergognosetta il viso,
frenò frangendo fra le rose il riso
che per gioia dal core
credo ne trasse Amore.
Onde lieta mi disse:
« Baciami, Tirsi mio,
che per desir sento morirmi anch'io.»
Philis était assise
À lombre dun laurier,
Quand je lui dis: «Chère Philis, je me
meurs.»
Elle, se tournant vers moi,
Le visage un peu confus,
Réprima, en le brisant parmi les roses de ses
lèvres, le rire
QuAmour avait, je crois,
Fait jaillir de son cur plein de joie.
Ainsi me dit-elle, ravie:
« Embrasse-moi, mon Tircis,
Je sens que moi aussi, je me meurs de
désir.»
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] O
dolc'anima mia, dunque è pur vero Ô
ma douce âme, il est donc vrai
che cangiando pensiero
per altrui m'abbandoni ?
Se cerchi un cor che più t'adori ed ami,
ingiustamente brami;
se cerchi lealtà, mira che fede,
amar quand'altrui doni
la mia cara mercede
e la sperata tua dolce pietate.
Ma se cerchi beltate,
non mirar me, cor mio, mira te stessa
in questo volto, in questo cor impressa.
Que changeant de penser,
Tu mabandonnes pour un autre ?
Si tu cherches un cur qui tadore et taime
davantage,
Ton désir est injuste;
Si tu cherches la loyauté, regarde quelle foi:
Taimer quand tu donnes à un autre
La chère récompense qui me revenait
Et la douce pitié que jespérais.
Mais si tu cherches la beauté,
Ne me regarde pas, mon cur, regarde-toi
toi-même,
Gravée dans mon visage, dans mon
cur.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Stracciami
pur il core; Déchire-moi
donc le cur:
ragion è ben, ingrato,
che se t'ho troppo amato
porti la pena del commess'errore.
Ma perché stracci fai de la mia fede ?
Che colp'ha l'innocente ?
Se la mia fiamma ardente
non merita mercede,
ah, non la merta il mio fedel servire ?
Ma straccia pur, crudele:
non può morir d'amor alma fedele.
Sorgerà nel morir quasi fenice
la fede mia più bell'e più felice.
Ce nest que trop raison, ingrat,
Que si je tai trop aimé,
Je subisse la peine de lerreur commise.
Mais pourquoi mets-tu ma foi en morceaux ?
Quelle est la faute de cette innocente ?
Si ma flamme ardente
Ne mérite pas de récompense,
Mon fidèle service nen mérite-t-il pas
?
Mais déchire donc, cruel !
Une âme fidèle ne peut mourir damour:
Dans ma mort, renaîtra tel le phénix
Ma foi plus belle et plus heureuse.
Pietro Bembo
[1470-1547] O
rossignuol ch'in queste verdi fronde O
rossignol, qui dans ces verts feuillages
sovra 'l fugace rio fermar ti suoli,
e forse a qualche noia ora t'involi
dolce cantando al suon de le roche onde;
alterna teco in not'alt'e profonde
la tua compagna, e par che ti consoli.
A me, perch'io mi strugga e pianti e duoli
versi ad ognor, nissun già mai risponde,
né di mio danno si sospira o geme.
E te s'un dolor preme,
può ristorar un altro piacer vivo,
ma io d'ogni mio ben son cass'e privo.
As coutume de tarrêter au dessus du ruisseau qui
senfuit
Et peut-être te dérobes à quelque
ennui,
En chantant doucement au son des rauques ondes,
Ta compagne te répond en notes hautes et
profondes
Et semble te consoler.
Mais moi, pour que je me consume, pour quà
toute heure
Je répande des larmes de douleur, personne jamais ne
me répond,
Ni ne soupire ou ne gémit de mon infortune.
Toi, si une douleur toppresse,
Un autre vif plaisir peut te réconforter;
Mais moi je suis dépouillé et privé de
tout bonheur.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Se per
estrem'ardore Si
dune extrême ardeur
morir potesse un core,
saria ben arso il mio
fra tanto incendio rio.
Ma come salamandra nel mio foco
vivo per la mia donna in festa e 'n gioco.
E se m'avien talora
che per dolcezza i' mora,
mercé d'Amor risorgo qual fenice
sol per viver ardend'ognor felice.
Pouvait mourir un cur,
Le mien serait déjà brûlé
En un si cruel incendie.
Mais tel la salamandre, dans mon feu,
Je vis pour ma dame, dans la fête et le jeu.
Et sil advient parfois
Que de douceur je meure,
Grâce à Amour, je renais tel le
phénix
Pour vivre toujours heureux en brûlant.
Torquato Tasso
[1544 - 1595] Jérusalem
délivrée, chant XVI, str. 58, 59 et
62 La
magicienne Armide sadresse à Renaud, qui
sembarque pour la fuir et retourner au
combat. «
Vattene pur, crudel, con quella pace là
tra 'l sangue e le morti egro giacente Poi
ch'ella in sé tornò, deserto e muto « Va-ten
donc, cruel, avec cette paix « Là,
gisant blessé parmi le sang et les morts, Quand
elle revint à elle, à perte de vue,
che lasci a me; vattene, iniquo, omai.
Me tosto ignudo spirt'ombra seguace
indivisibilmente a tergo avrai.
Nova furia, co' serpi e con la face
tanto t'agiterò quanto t'amai.
E s'è destin ch'esca del mar, che schivi
li scogli e l'onde e che a la pugna arrivi,
mi pagherai le pene, empio guerriero.
Per nome Armida chiamerai sovente
ne gli ultimi singulti: udir ciò spero.»
Or qui mancò lo spirto a la dolente,
né quest'ultimo suono espress'intero;
e cadde tramortita e si diffuse
di gelato sudor e i lumi chiuse.
quanto mirar poté d'intorno scorse.
« Ito se n'è pur « disse » ed ha
potuto
me qui lasciar de la mia vita in forse ?
Né un momento indugiò, né un breve
aiuto
nel caso estremo il traditor mi porse ?
Ed io pur anco l'amo, e in questo lido
invendicata ancor piango e m'assido ?»
Que tu me laisses; va-ten, inique.
Bientôt, esprit dépouillé de son corps,
ombre tenace,
Je serai derrière toi, indissociable.
Nouvelle furie, avec des serpents, avec une torche,
Je te persécuterai autant que je tai
aimé.
Et si le destin veut que tu réchappes de la mer, que
tu évites
Les écueils et les flots, et que tu arrives au
combat,
Tu expieras mes souffrances, guerrier
scélérat.
Tu appelleras souvent Armide par son nom
Dans tes ultimes sanglots; et jespère
lentendre. »
Ici, ses esprits firent défaut à la
dolente,
Et elle ne prononça pas en entier son dernier
mot;
Elle tomba, à demi-morte, recouverte
Dune sueur glacée, et ferma les
yeux.
Elle aperçut quautour delle, tout
était désert et muet.
« Il est donc parti », dit-elle,
« et il a pu
Me laisser ici, alors que ma vie était en
balance ?
Il na pas attendu un instant, le traître,
Il ne ma pas apporté le moindre secours dans
mon péril extrême.
Et pourtant, je laime encore, et sur ce rivage,
Je massieds pour pleurer, encore
invengée ? »
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Il Pastor fido, III,
1. O
primavera,
gioventù de l'anno, Ô
printemps,
jeunesse de lannée,
bella madre de' fiori,
d'erbe novelle e di novelli amori,
tu ben, lasso, ritorni,
ma senza i cari giorni
de le speranze mie.
Tu ben sei quella
ch'eri pur dianzi, sì vezzosa e bella;
ma non son io quel che già un tempo fui,
sì caro a gli occhi altrui.
Belle mère des fleurs,
Des herbes nouvelles, de nouvelles amours,
Hélas, tu reviens, toi,
Mais sans les chers jours
De mes espérances.
Tu es bien telle
Que tu étais avant, belle, ravissante;
Mais je ne suis plus ce que je fus un temps,
Si cher aux yeux dune autre.
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Perfidissimo
volto, Visage
perfide,
ben l'usata bellezza in te si vede,
ma non l'usata fede.
Già mi parevi dir: «Quest'amorose
luci che dolcemente
rivolgo a te, sì belle e sì pietose,
prima vedrai tu spente
che sia spento il desio ch'a te le gira.»
Ahi, ch'è spent'il desio,
ma non è spento quel per cui sospira
l'abandonato core.
O volto troppo vago e troppo rio,
perché se perdi amore
non perdi ancor vaghezza,
o non hai pari a la beltà fermezza ?
On voit bien en toi ta beauté habituelle,
Mais non lhabituelle foi.
Jadis, tu semblais me dire: «Ces yeux amoureux
Que doucement
Je tourne vers toi, si beaux, si complaisants,
Tu les verras plus tôt éteints
Avant que soit éteint le désir qui les tourne
vers toi.»
Hélas ! il est éteint, le désir,
Mais il nest pas éteint, celui pour qui
soupire
Mon cur abandonné.
Ô visage trop beau et trop cruel,
Pourquoi, si tu perds ton amour,
Ne perds-tu pas aussi ton charme,
Ou nas-tu pas une constance égale à ta
beauté ?
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Ch'io non
t'ami cor mio ? Que
je ne taime pas, mon cur ?
Ch'io non sia la tua vita e tu la mia,
che per nuovo desio
e per nuova bellezza io t'abbandoni ?
Prima che questo sia,
morte non mi perdoni.
Ma se tu sei quel cor onde la vita
M'è si dolce e gradita,
Fonte d'ogni mio ben, d'ogni desire,
Come posso lasciarti, e non morire ?
Que je ne sois pas ta vie, et toi la mienne ?
Que pour un nouveau désir,
Pour une nouvelle beauté, je tabandonne ?
Avant que cela soit,
Que la mort ne me pardonne pas.
Mais si tu es ce cur par qui la vie
Mest si douce et agréable,
Source de tout mon bien, de tout désir,
Comment puis-je te quitter sans mourir ?
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Occhi, un
tempo mia vita; Yeux,
un temps ma vie,
occhi, di questo cor fido sostegno,
voi mi negate, ahimè, l'usata aita ?
Tempo è ben di morire; a che più tardo ?
A che torcete il guardo ?
Forse per non mirar come v'adoro ?
Mirate almen ch'io moro.
Yeux, de mon cur fidèle soutien,
Vous me refusez, hélas ! le secours usuel ?
Il est temps de mourir; pourquoi tardé-je ?
Pourquoi détournez-vous le regard ?
Sans doute pour ne pas voir comme je vous adore ?
Regardez-moi au moins mourir.
Torquato Tasso
[1544 - 1595] Jérusalem
délivrée, chant XII, strophes
77-78-79. Il
sagit des regrets de Tancrède après la
mort de Clorinde, qui se placent donc après les
strophes que Monteverdi metta ultérieurement en
musique dans le Combattimento (52-62 et
64-68). Vivrò
fra i miei tormenti e le mie cure, Ma dove,
oh lasso me!, dove restaro Io pur
verrò là dove sète; e voi « Je
vivrai au milieu de mes soucis et de mes tourments, Mais
où, malheur à moi ! où
reposeront Eh
bien, jirai là où vous êtes; et je
vous garderai
mie giuste furie, forsennato, errante;
paventarò l'ombre solinghe e scure
che 'l primo error mi recheranno inante,
e del sol che scoprí le mie sventure,
a schivo ed in orrore avrò il sembiante.
Temerò me medesmo; e da me stesso
sempre fuggendo, avrò me sempre appresso.
le reliquie del corpo e bello e casto ?
Ciò ch'in lui sano i miei furor lasciaro,
dal furor de le fère è forse guasto.
Ahi troppo nobil preda ! ahi dolce e caro
troppo e pur troppo prezioso pasto !
ahi sfortunato! in cui l'ombre e le selve
irritaron me prima e poi le belve.
meco avrò, s'anco sète, amate spoglie.
Ma s'egli avien che i vaghi membri suoi
stati sian cibo di ferine voglie,
vuo' che la bocca stessa anco me ingoi,
e 'l ventre chiuda me che lor raccoglie:
onorata per me tomba e felice,
ovunque sia, s'esser con lor mi lice.
Mes justes Furies, insensé, errant;
Je craindrai les ombres solitaires et obscures,
Qui placeront devant moi mon ancien crime,
Et du soleil qui me révéla mon malheur,
Avec horreur, je préserverai mon visage.
Je me craindrai moi-même; et toujours me fuyant,
Je maurai moi-même toujours à mon
côté.
Les restes de ce corps beau et chaste ?
Ce que mes fureurs ont laissé intact de lui
Est peut-être ravagé par la fureur des
bêtes sauvages.
Ah, trop noble proie ! Ah, trop douce,
Trop chère, trop précieuse
nourriture !
Ah, malheureuse ! sur qui lombre et les
forêts
Mont déchaîné avant de
déchaîner les fauves.
Avec moi, si vous existez encore, dépouilles
aimées.
Mais sil advient que ses beaux membres
Aient servi daliment à lappétit
des bêtes,
Je veux que la même gueule mengloutisse
Et que le ventre qui les recueillit menclose,
Tombe pour moi honorable et heureuse,
Où quelle soit, sil mest permis
dêtre avec eux. »
Giovanni Battista
Guarini [1538 - 1612] Lumi, miei
cari lumi, Yeux,
mes chers yeux,
che lampeggiate un sì veloce sguardo
ch'a pena mira e fugge
e poi torna sì tardo
che 'l mio cor se ne strugge;
volgete a me, volgete
quei fuggitivi rai,
ch'oggetto non vedrete
in altra parte mai
con sì giusto desio,
che tanto vostro sia quanto son io.
Qui lancez tel léclair un si véloce
regard
Quà peine il regarde et senfuit,
Puis revient si lentement
Que mon cur sen détruit,
Retournez vers moi, renvoyez
Ces rayons fugitifs;
Jamais ailleurs
Vous ne verrez dobjet
Avec un si juste désir
Qui vous appartienne autant que moi.
Livio Celiano
[1557-1629] »Rimanti
in pace« a la dolente e bella Ond'ei, di
morte la sua faccia impressa, « Demeure
en paix », dit en soupirant Puis, son
visage portant la marque de la mort,
Fillida, Tirsi sospirando disse.
»Rimanti, io me ne vo; tal mi prescrisse
legge, empio fato, aspra sorte e rubella.
«Ed ella ora da l'una e l'altra stella
stillando amaro umore, i lumi affisse
ne i lumi del suo Tirsi e gli trafisse
il cor di pietosissime quadrella.
disse: » Ahi, come n'andrò senza il mio
sole,
di martir in martir, di doglie in doglie ?
«Ed ella, da singhiozzi e pianti oppressa,
fievolmente formò queste parole:
»Deh, cara anima mia, chi mi ti toglie
?«
Tircis à la dolente et belle Philis.
« Demeure, je men vais; ainsi la
ordonné
Une loi, un destin cruel, un sort rude et
rebelle. »
Elle alors, de lune et de lautre
étoile
Laissant couler une humeur amère, fixa les yeux
Dans les yeux de son Tircis, et lui transperça
Le cur dune flèche
miséricordieuse.
Il dit: « Ah, comment irai-je, sans mon
soleil,
De martyre en martyre, de deuil en
deuil ? »
Et elle, submergée par les pleurs et les
sanglots,
Forma fiévreusement ces mots:
« Ah, chère âme, quest-ce qui
tarrache à moi ? »