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Index des Compositeurs

Jean-Baptiste Lully

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molliere

Pastorale Comique
lwv 33
representée le 5. Janvier 1667

 

les personnages de la Pastorale

les interprètes


Iris, bergere

Mlle De Brie

Lycas, riche Pasteur, amant d'Iris

le Sieur Molière

Philène, riche Pasteur, amant d'Iris

le Sieur Estival

Corydon, Berger, confident de Lycas, amant d'Iris

le Sieur La Grance

Un Patre, ami de Philène

le Sieur De Chateauneuf

Un Berger

le Sieur Blondel

Trois Magiciens chantans

les Sieurs Legros, Don, & Gaye

Une Egyptienne

le Sieur Noblet l'Ainé

 

La Scène est en Thessalie, dans un hameau de la Vallée de Tempé.

 

 

SCENE DEUX

 

Premiére Entrée du Ballet

 

[Deux Magiciens commencent, en dansant, un enchantement pour embellir Lycas: ils frappent la terre avec leurs baguettes, et en font sortir six Démons, qui se joignent à eux. Trois Magiciens sortent aussi de dessous terre]

Trois Magiciens chantants
Déesse des appas,
Ne nous refuse pas
La grace qu'implorent nos bouches.
Nous t'en prions par tes rubans,
Par tes boucles de dianmants,
Ton rouge, ta poudre, tes mouches,
Ton masque, ta coiffe & tes gants.

Un Magicien, seul
O toi, qui peux rendre agreables
Les visages les plus mals faits,
Répands, Vénus, de tes attraits
Deux ou trois doses charitables
Sur ce museau tondu tout frais.

Les Trois Magniciens
Déesse des appas, &c.

 

 

 

Deuxiéme Entrée du Ballet

 

[Les six Démons dansans habillent Lycas d'une maniere ridicule & bizarre]

Les Trois Magiciens
Ah ! qu'il est beau
Le jouvenceau !
Ah ! qu'il est beau ! Ah ! qu'il est beau !
Qu'il va faire mourir de belles !
Auprés de luy les plus cruelles
Ne pourront tenir dans leur peau.
Ah ! qu'il est beau
Le jouvenceau !
Ah ! qu'il est beau ! Ah ! qu'il est beau !
Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho !

 

 

 

 

Troixiéme Entrée du Ballet

 

[Les Magiciens & les Démons continuent leurs danses, tandis que les trois Magiciens chantans continuent à se mocquer de Lycas]

Les Trois Magiciens
Qu'il est joli,
Gentil, poli !
Qu'il est joli ! Qu'il est joli !
Est-il des yeux qu'il ne ravisse ?
Il passe en beauté feu Narcisse,
Qui fut un Blondin accompli.
Qu'il est joli,
Gentil, poli !
Qu'il est joli ! Qu'il est joli !
Hi ! Hi ! Hi ! Hi ! Hi ! Hi ! Hi ! Hi !

[les Trois Magiciens chantans s'enfoncent dans la terre, & les magiciens dansans disparoissent]

 

 

SCENE TROIS
Lycas, Philène

 

Philène, sans voir Lycas, chante
Paissez, cheres Brebis, les herbettes naissantes;
Ces Prez & ces Ruisseaux ont dequoy vous charmer:
Mais si vous desirez vivre toûjours contentes,
Petites innocentes,
Gardez vous bien d'aymer.

Lycas, sans voir Philène
[ce Pasteur voulant faire des Vers pour sa Maistresse, prononce le nom d'Iris assez haut pour que Philène l'entende]

Philène, à Lycas
Est ce toy que j'entens, temeraire ? Est ce toy
Qui nommes la Beauté qui me tient sous sa loy ?

Lycas
Ouy, c'est moy; ouy, c'est moy.

Philène
Oses-tu bien, en aucune façon,
Proferer ce beau nom ?

Lycas
Hé ! pourquoy non ? hé ! pourquoy non ?

Philène
Iris charme mon ame;
Et qui pour elle aura
Le moindre brin de flamme,
Il s'en repentira.

Lycas
Je me mocque de cela,
Je me mocque de cela.

Philène
Je t'estrangleray, mangeray,
Si tu nommes jamais ma Belle.
Ce que je dis, je le feray,
Je t'estrangleray, mangeray;
Il suffit que j'en ay juré.
Quand les Dieux prendroient ta querelle,
Je t'estrangleray, mangeray,
Si tu nommes jamais ma Belle.

Lycas
Bagatelle, bagatelle.

 

 

SCENE VII
Philène, Lycas

 

Philène, chante
Arreste, malheureux;
Tourne, tourne, visage,
Et voyons qui des deux
Obtiendra l'avantage.

Lycas
[Lycas hésite à se battre]

Philène
C'est par trop discourir;
Allons, il faut mourir.

 

 

 

 

Quatriéme Entrée du Ballet

 

 

SCENE VIII

 

Les Païsans viennet pour séparer Philène & Lycas. Les Païsans prennent querelle en voulant separer les deux Pasteurs, & dansent en se battant.

 

 

SCENE XII
Philène, Lycas, Iris, Corydon

 

[Lycas & Philène, amans de la Bergere, la pressent de decider lequel des deux aura la preference]

Philène, à Iris
N'attendez pas qu'icy je me vante moy-mesme
Pour le choix que vous balancez;
Vous avez des yeux, je vous ayme,
C'est vous en dire assez.

[la Bergere decide en faveur de Corydon]

 

 

SCENE XIII
Philène, Lycas

 

Philène, à Lycas
Helas ! peut on sentir de plus vive douleur ?
Nous preferer un servile Pasteur !
O ciel !

Lycas, chante
O sort !

Philène
Quelle rigueur !

Lycas
Quel coup !

Philène
Quoy ! tant de pleurs...

Lycas
Tant de persevérance...

Philène
Tant de langueur...

Lycas
Tant de souffrance...

Philène
Tant de voeux...

Lycas
Tant de soins...

Philène
Tant d'ardeur...

Lycas
Tant d'amour...

Philène
Avec tant de mespris sont traistés en ce jour !
Ah ! Cruelle !

Lycas
Coeur dur !

Philène
Tygresse !

Lycas
Inexorable !

Philène
Inhumaine !

Lycas
Insensible !

Philène
Ingratte !

Lycas
Impitoyable !

Philène
Tu veux donc nous faire mourir !
Il te faut contenter.

Lycas
Il te faut obeïr.

Philène, tirant son Javelot
Lourons, Lycas.

Lycas, tirant son Javelot
Mourons, Philène.

Philène
Avec ce fer finissons notre peine.

Lycas
Pousse.

Philène
Ferme.

Lycas
Courage.

Philène
Allons, va le premier.

Lycas
Non, je veux marcher le dernier.

Philène
Puis que mesme malheur aujourd'huy nous assemble,
Allons, partons ensemble.

 

 

SCENE XIV
Philène, Lycas, Un Berger

 

Le Berger, chante
Ah ! quelle folie
De quitter la vie
Pour une Beauté
Dont on est rebuté !

On peut, pour un objet aimable,
Dont le coeur nous est favorable,
Vouloir perdre la clarté.

Mais quitter la vie
Pour une Beauté
Dont on est rebuté,
Ah ! quelle folie !

 

 

SCENE XV
Une Egyptienne, des Egyptiens dansans

 

L'Egyptienne
D'un pauvre coeur
Soulagez le martyre;
D'un pauvre coeur
Soulagez la douleur.

J'ai beau vous dire
Ma vive ardeur,
Je vous vois rire
De ma langueur:
Ah ! cruel, j'expire
Sous tant de rigueur !

D'un pauvre coeur, &c.

 

 

Sixiéme & derniére Entrée du Ballet

 

[Douze Egyptiens, dont quatre joüent de la guitare, quatre des castagnettes, quatre des gnacares, dansent avec l'Egyptienne aux chansons qu'elle chante]

L'Egyptienne
Croyez moy, hastons nous, ma Silvie,
Usons bien des momens pretieux,
Contentons icy nostre envie;
De nos ans le feu nous y convie:
Nous ne sçaurions, vous & moy, faire mieux.

Quand l'Hyver a glacé nos guerets,
Le Printems vient reprendre sa place,
Et ramene a nos champs leurs attraits;
Mais, helas ! quand l'age nous glace,
Nos beaux jours ne reviennent pas.

Ne cherchons tous les jours qu'a nous plaire;
Sotons-y l'un & l'autre empressez;
Du plaisir faisons nostre afaire:
Des chagrins songeons à nous defaire,
Il vient un tems où l'on en prend assez.

Quand l'Hyver a glacé nos guerets, &x.