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Oratorio
en II Parties
texte de Carlo Sigismondo Capece
Georg Friedrich Händel [1684 -
1759]
L'Ange soprano Maddalena soprano Cleofe alto San
Giovanni ténor Lucifero basse 2
flûtes, flûte traversière, 2 hautbois, 1
basson,
2 trompettes,
violon solo, 4 violons, alto, viole de gambe, 2
violoncelles,
théorbe & basse continue

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Sonata
Air Ange:
Ouvre-vous, portes de l'Averne,
et qu'à la radieuse lumière d'un Dieu
éternel
se dissipe toute horreur en un éclair !
Cédez, portes terrifiantes,
Cédez au Roi de gloire,
vous qui de sa victoire
êtes les premiers lauriers.
Ouvrez-vous ...
Récitatif Lucifer:
Quelle lumière insolite
déchire les bandeaux de la nuit du Tartare ?
Quel écho jamais entendu
fait résonner d'une suave harmonie
le pourtour des antres du Styx !
Si de mon mérite c'est la louange,
elle m'est due !
Car aujourd'hui, je vous reviens,
citoyens de l'abîme - vainqueur !
m'étant vengé avec un fier dédain
de celui qui me refusa le Royaume des cieux !
Air Lucifer:
J'ai
chu, il est vrai, mais de ma chute
je n'ai perdu ni force ni ardeur.
Si Dieu, quand il m'a banni des sphères,
était alors le plus fort,
homme maintenant, en mourant,
il a succombé à ma fureur.
J'ai chu ...
Récitatif Lucifer:
Mais
que vois-je ? Comment un essaim si dense
d'esprits qui me sont ennemis
osent-ils porter leur vol
dans ces vapeurs noircies par mon souffle ?
Récitatif Ange: Lucifer: Ange: Lucifer: Ange:
Silence ! Monstres horribles
des cloîtres ténébreux.
Dissipez-vous, ombres ! Disparaissez, spectres !
Et du Roi éternel écoutrez les
décrets.
Qui es-tu ? Quel est ce roi
qui s'avance et pénètre
là où je règne ?
C'est le Roi de gloire, le Roi puissanr et fort.
Il n'est pas en ton pouvoir de lui
résister.
Si tu parles de celui qui occupe ma pensée,
qui aujourd'hui même fut mis à mort,
il ne peut nier que mon pouvoir l'a vaincu.
Aveugle qui se dupe, n'as-tu pas compris
que si l'auteur de la vie est mort,
ce ne fut pas ton oeuvre, mais celle de l'amour.
Air Ange:
Le
conseil de l'amour a voulu
que le prix du péché
soit payé au Père par le Fils
pour rendre à l'homme
la vie qu'une pomme
goutée enleva.
Récitatif Lucifer: Ange: Lucifer:
Eh bien, ce Dieu
épris de l'homme
et qui, par lui saigné à blanc,
voulut mourir aujourd'hui, que prétend-il ?
S'il dirige ici ses pas
pour me rendre l'hommage qui m'est dû,
qu'il vienne ! Mais s'il prétend...
Tais-toi ! Car tu le verras bientôt,
monstre arrogant !
Tu verras comment la Mort,
trompée, le fuit.
Tu verras comment la Faute,
vaincue, le contemple.
Tu verras comment la Peine,
terrorisée, se cache.
Tu verras comment toi-même
tremblant à son nom fléchis le
genou.
Moi, trembler ? Moi, m'abaisser ? Et quand, et comment ?
Je bouleverserai les abîmes,
j'arracherai la terre de son axe
et l'éparpillerai,
je porterai la guerre
à l'air d'un souffle,
au feu d'un soupir, au ciel d'une haleine !
Air Lucifer:
O vous, puissances redoutables
de l'Erèbe,
accourez, armez-vous comme moi
de fureur et de vaillance !
Et que les serpents terribles
des Euménides
sifflent férocement,
montrant au ciel
que l'enfer
a toujours ses foudres !
Récitatif Marie
Madeleine:
O nuit, nuit funeste
qui pleure le départ du divin Soleil
dans les ténèbres de la douleur,
laisse, laisse-moi pleurer aussi
et que la tyrannie sommeil
ne vienne pas,
ah, me distraire de ma douleur.
Air Marie
Madeleine:
Replie tes ailes et sur mes yeux
ne vole pas, insensible sommeil !
Si tu prétends, si tu prétends
sécher mes tristes larmes,
laisse-moi d'abord en verser autant
que répandit de torrents de sang
mon Dieu saigné à blanc pour moi.
Replie tes ailes ...
Récitatif Marie
Cléophas: Marie
Cléophas:
Accorde, ô Marie,
quelque répit à ta douleur,
car une langueure incessante,
rique, en terminant ta vie,
de terminer aussi ta peine.
Et si juste est la douleur
pour un Dieu mort, qu'il ne convient pas de
l'écouter.
Marie
Madeleine:
Marie, en vain tu invites
ma douleur à faire trève; à mon coeur
aimant
un moment de repos
serait encore plus pénible.
Si ta juste douleur
ne désire que souffrir
je ne chercherais pas à l'en empêcher
mais seulement m'unir à elle.
Air Marie
Cléophas:
Pleurez, oui, pleurez
mes tristes yeux
et en gouttes amères
rendez à mon Seigneur défunt
l'hommage
de la douleur.
Pleurez, oui, pleurez,
car tandis qu'il versait
tout son sang sur la croix
sur le point de mourir il a seulement dit
en pleurant: J'ai soif.
Pleurez, oui, pleurez...
Récitatif Marie
Madeleine: Marie
Madeleine:
Ah, mon doux Seigneur,
tes veines qui se vidaient
réclamaient d'un peu d'eau
un instant de réconfort.
Mais le cruel Israèl te donna
seulement du fiel à boire.
Je m'en souviens et ne meurs pas ?
Marie
Cléophas:
Ah, peuple dur et cruel !
Lui qui liquéfia
des rocs solides en torrents
d'argent très pur,
il te demandait peu.
Tu le remercias
d'une eau très amère;
ce souvenir ne brise-t-il pas le coeur ?
O cruelle pensée !
Marie
Cléophas:
O funeste souvenir ! ...
Marie
Madeleine:
... venez me torturer !
Marie
Cléophas:
... oui, oui, continuez
à augmenter ma douleur ...
Marie
Madeleine:
... afin que dans le tourment ...
Marie
Cléophas:
... afin que dans la cruauté de l'angoisse ...
Marie
Madeleine:
... je puisse connaître encore la joie ...
Marie
Cléophas:
... je puisse goûter encore le soulagement ...
Marie
Madeleine:
... si par l'afflication de ma pensée
je flatte du moins mon désir
en ressentant dans mon sein
quelque chose du martyre de mon Jésus
transpercé.
Marie
Cléophas:
... si par l'affliction de mon esprit
mon Jésus m'est toujours présent,
sa face, toute exsangue et meurtrie,
suffit à me consoler.
Duo Marie
Madeleine:
Doux clous, épines aimées
de ces pieds, de cette tête,
ah, entrez dans mon coeur.
Doux clous ...
Marie
Cléophas:
Chère et douloureuse image,
toute pâle et blessée,
tu es ma Vie, mon Amour.
Marie
Madeleine:
Doux clous, épines aimées !
Marie
Cléophas:
Chère et douloureuse image ...
Marie
Madeleine:
Chère image ...
Marie
Cléophas:
... toute pâle...
Récitatif Jean: Jean:
O femmes !
De mon divin Maître les amantes aimées !
Oh, combien j'envie
les pleurs que vous versez,
gouttes de pur amour plutôt que larmes.
J'espère bientôt voir
leur triste rosée se changer en perles
pour couronner mon Seigneur ressucité.
Marie
Madeleine:
Jean, toi qui fus
de mon Jésus disciple très cher
et de ses confidences
dépositaire fidèle, toi seul peux
ravivier dans mon coeur quelque étincelle
d'un espoir plus calme.
Déjà la seconde nuit,
depuis qu'il gît mort,
a parcouru toute la voûte céleste
dans la glace ténébreuse de son char.
Et déjà sur les eaux du Gange
l'aurore réveillée s'apprête
au clair retour du soleil nouveau.
Mais notre Soleil aussi
a promis de nous revenir le troisième jour.
Que votre coeur qui gémit se console donc
d'une espérance si belle et si proche.
Air Jean:
Quand elle est née de l'amour,
la constance dans un coeur noble
ne meurt pas de douleur.
Quand elle est fille de la foi,
l'espérance jamais
ne cède à la peur.
Quand elle est née ...
Récitatif Marie
Cléophas: Marie
Cléophas:
Mais, dis-moi, est-ce vrai
que Jésus reviendra ?
Jean:
S'il l'a dit,
qui osera traiter de menteuses
les lèvres divines ?
Marie
Madeleine:
Allons, marchons, et avant que le rayon matinal
ne dore la ligne de l'horizon.
rendons-nous au saint tombeau,
pour que nous puissions au moins
y oindre de baumes et de parfums
la dépouille froide et inanimée
de celui qui fut notre vie et notre âme.
Je suis prête à te suivre;
mon espérance meilleure me rend audacieuse,
et j'ose, en écoutant Jean,
espérer trouver vivante notre Vie.
Air Marie
Cléophas:
La barque débile erre sur l'onde;
prête à sombrer, elle est perdue
comme l'est dans le péril son nocher.
Mais s'il voit la terre ferme,
un nouvel espoir lui vient,
et il ne craint plus la fureur
du vent ni des flots.
La barque débile ...
Récitatif Jean: Jean:
Allez donc, ô femmes amies
et fidèles, au lieu destiné.
Peut-être y trouverez-vous
votre beau désir réalisé.
Moi, je m'en retourne vers celle que mon Seigneur
à l'heure ultime de son agonie
me donna pour Mère.
Marie
Madeleine:
A l'heure actuelle elle a besoin
de tout ton réconfort;
car je sens par ma douleur
quelle doit être la sienne en cette cruelle
épreuve.
Bien plus grande que toute autre
fut la douleur d'un telle Mère
de la mort de son Fils.
Mais bien plus fort que tout autre
fut le coeur qui la supporta. Et désormais
bien plus ferme et constante
est son espérance de la résurrection.
Si elle l'obtient, la joie alors compensera la
peine.
Air Jean:
Ainsi la tourterelle
se plaint et se lamente
parce qu'elle voit sa compagne
ravie du nid
par un oiseau féroce.
Mais quand elle l'entend
revenir, libre et joyeuse
sa voix joyeuse
compense la plainte
que sa tristesse exhala.
Ainsi la tourterelle ...
Récitatif Marie
Madeleine:
Si Marie donc espère
et Jean espère aussi,
moi aussi je veux d'une si juste espérance
donner trève à ma douleur.
Mais qui aime craint toujours
et dans mon pauvre coeur adorant
l'espoir règne sans bannir la peur.
Auquel de ces sentiments contraires
devrais-je me fier ?
Je le verrai en dirigeant mes pas
vers la grotte sacrée,
tombe de mon Jésus.
Tu iras, Jean, consoler Marie.
Et toi, Marie Cléophas, viens avec moi.
Air Marie
Madeleine:
J'ignore ce qui dans mon coeur
m'invite à cesser de pleurer
et m'emplit de joie.
Mais, ce coeur habitué à fuir
les appels du plaisir,
ne comprend pas encore
ou se croit
abusé peut-être.
J'ignore ce qui dans mon coeur ...
Récitatif Ange:
Sortez, sortez
de la prison obscure
où si longtemps, si cruellement
vous attendiez ce jour, ô âmes
généreuses !
Pour contempler et posséder les étoiles !
De ce Seigneur qui vainquit
pour vous la mort et l'enfer rebelle
suivez le triomphe.
Ouvrez le chemin,
ô premiers pères de l'espèce
humaine.
Que cessent les plaintes
sur votre antique faute,
maintenant que vous avez un tel Rédempteur.
Que les autres suivent
et que sur les traces radieuses
imprimées dans les ténèbres
par le glorieux pid du divin guide,
qu'ils s'élèvent de cette détestable
abîme
au-dessus du monde libéré.
Mais d'abord qu'en un écho joyeux
leurs lèvres dévotes
répètent:
Soliste
& Choeur Ange:
Haut
de page
Que le Dieu vainqueur
triomphe, règne et vive à jamais !
Choeur des anges:
Que le Dieu vainqueur
triomphe, règne et vive à jamais,
un Dieu vainqueur !
Ange:
Qu'il vive et triomphe, ce Dieu si grand
qui ouvrit les cieux
et donna au soleil son éclat !
Choeur des anges:
Qu'il vive et triomphe ...
... lui devant lequel le Cocyte
gémit, confondu;
lui par qui fut vainque la mort.
Ange:
Que le Dieu vainqueur ...

Récitatif Jean:
Quels nouveaux miracles
la terre aujourd'hui s'apprête-t-elle à
enfanter ?
Toute la nature pleura
la sauvage mort de son immortel Créateur.
Il semble qu'avec les mêmes tremblements
la terre s'épouvante
des premières lueurs d'un jour qui espère
être l'aurore de son retour.
Mais peut-être est-ce le dernier effort,
l'ultime sursaut de l'Enfer,
frappé par la lance du Dieu vainqueur.
Air Jean:
Voici le soleil qui monte de la mer
plus clair qu'à l'accoutumé
émaillant les près et
dorant les collines.
Mais qui sait s'il n'est pas l'aurore
de ce Soleilo qui aujourd'hui
doit revenir vivant ?
Récitatif Jean:
Mais puisque me voici arrivé
près de la demeure de Marie,
j'espère voir bientôt
l'espérance changée dans la certitude de la
foi
et, sans péril aucun,
la Mère heureuse et le Fils glorieux.
Air Ange:
Que le monde se lève,
joyeux, heureux,
avec son Seigneur.
Que le ciel soit en liesse,
que la terre verdoie,
que jouent et rient
les brises avec l'onde,
les herbes avec la fleur.
Récitatif Ange: Lucifer: Ange: Lucifer: Ange: Lucifer:
En vain tremble de rage
l'enfer enchaîné avec ses monstres.
La haine qui gémit dans l'oppression,
la cruauté qui pleure,
l'envie qui soupire,
l'impiété qui délire,
la colère chancelante,
désemparée la fraude,
raillée la trahison, bafouée l'orgueil,
tous de mon Seigneur ressuscité
seront char pour son triomphe,
piédestal pour
son trône.
Malheureux que je suis ! Qu'ai-je entendu ?
Est-ce en vain que je cherche à m'armer
pour me venger d'une puissance supérieure
?
Oui, oui, en vain tu combats; retourne au Cocyte.
Pourquoi ton Dieu ressuscité
ne retourne-t-il pas d'abord au ciel ?
Parce qu'il veut d'abord à la terre
manifester sa gloire.
Manifester ma honte ? Non, jamais !
Air Lucifer:
Pour cacher ce nouvel affront,
j'éteindrai aujourd'hui
d'un souffle ses flambeaux.
Et avec de nuisibles ténèbres,
je confondrai toutes les idées
de l'infirme pensée humaine.
Récitatif Ange:
Oh, qu'elle est aveugle ta délirante fureur !
Regarde, insensé, ah, regarde
les saintes femmes qui déjà
pressent le pas vers le roc creusé
où reposent les membres divins.
Le Ciel commande
que je leur révèle le secret
pour que, messagères fidèles,
elles le transmettent aux autres.
Duo Lucifer:
Je saura l'empêcher...
Ange:
Difficile...
Lucifer:
Je saurai l'empêcher;
j'ai l'audace qu'il faut.
Ange:
... à faire,
la suite le dira.
Récitatif Marie
Madeleine: Marie
Cléophas: Marie
Madeleine: Marie
Cléophas: Marie
Madeleine:
Amie, trop lents
furent nos pas;
déjà dans l'éther monte le
soleil.
Trop craintif fut notre coeur
quand mystérieusement s'ébranla la terre
rivant nos pas au sol.
Qui sait qi nous trouverons désormais
mon trésor dans la tombe ?
Si les gardes sont réveillés, j'ai bien
peur.
J'ai peur aussi, mais j'adore davantage
mon Seigneur.
Air Marie
Madeleine:
De mourir pour moi
Jésus n'a pas craint, non, non
il me donne courage.
Pour lui je ne crains rien,
ni mort, ni tourments.
Quand Jésus est dans mon coeur, je ne crains
plus.
Récitatif Lucifer:
Ah, mon abhorré !
Ah, comme il me dépouille
de toute ma force !
Hélas, vaincu, éperdu,
confondu, égaré,
je fuis le ciel, la terre,
le monde
et dans le sein profond du plus noir abîme
je retourne m'engloutir !
Air Marie
Cléophas:
Je vois le ciel qui se fait tout entier
plus serein et plus rsplendissant.
Et dans mon sein s'enflamme
un rayon d'espoir plus éblouissant encore
!
Récitatif Marie
Madeleine: Marie
Cléophas: Marie
Madeleine: Ange:
Marie Cléophas, nous sommes arrivés
au lieu où la funeste tombe
cacha la dépouille de mon doux Seigneur.
Il me semble voir, oui, bien clairement
le tombeau ouvert
et à sa droite assis,
revêtu d'une robe blanche,
un jeune homme.
Ah, que son visage
respire de grâce consolante !
Approchons-nous de lui, car il nous regarde.
Femmes, vous cherchez
le lieu où Jésus le Nazaréen
gît mort ?
Il n'est point ici, il est ressuscité.
Il est juste que le ciel ait donné
à votre pure tendresse
la récompense si belle
de recevoir la première révélation d'un
tel mystère
et d'annoncer ensuite son message de foi.
Allez donc le dire, car vos larmes
vous ont mérité le bonheur
de proclamer la joie au monde.
Air Ange:
Si la faute d'une femme infortunée
fit couler à flots dans le sein de l'homme
le cruel poison de la mort,
que les femmes donc annoncent
la bonne nouvelle de celui qui, étant mort, vit
et ayant vaincu la mort, donna vie à la
vie.
Récitatif Marie
Madeleine:
Mon Jésus, mon Seigneur,
maintenant que tu es revenu,
pourquoi, pourquoi te caches-tu à mes yeux ?
La foi peut permettre, il est vrai,
à l'esprit d'adorer ce grand mystère;
mais comment l'amour peut-il
être pleinement heureux
s'il ne peut montrer au coeur
la vue du bien-aimé ?
Ma quête partout me mènera,
elle ne sera pas vaine
car tu n'es jamais, mon doux trésor, bien loin
de celui qui te cherche vraiment.
Air Marie
Madeleine:
Du ciel douloureux
la houleuse tempête
se change, se change
en un bel arc-en-ciel.
Ainsi le coeur qui se sent
déjà proche de son Soleil
de triste et languissant
devient serein.
Récitatif Marie
Cléophas:
Oui, oui, cherchons donc
la trace de notre aimé.
Combien celle qui le trouvera sera fortunée !
Je cours vers les bois
et toi, presse ton pas vers les jardins.
Air Marie
Cléophas:
Oiselets, ruisselets,
qui, en gazouillant,
louez mon Seigneur,
dites-moi où il se trouve !
Herbes et fleurs, fières d'avoir
été
effleurées par la plante du pied sacré,
montrez à un coeur épris
où il a passé.
Récitatif Jean: Marie
Cléophas: Jean: Marie
Cléophas: Jean: Marie
Cléophas: Jean:
Où cours-tu si vite,
Marie Cléophas ?
Chercher Jésus ressuscité,
comme le fait Marie Madeleine.
D'où le saviez-vous ?
A la tombe vide nous en instruisirent
des lèvres célestes.
Je l'ai appris depuis peu de la Mère
à qui, avant tous les autres,
le Fils s'est montré dans son aspect
glorieux.
Avec quelle joie elle aura accueilli son Fils !
Il paraît que son beau visage,
encore inondé de larmes,
devient au rayon soudain du soleil divin,
entre rires et pleurs, une autre aurore.
Puis du coeur à ses lèvres
la joie jaillit et elle dit:
Air Jean:
Cher Fils !
Cher Fils, Dieu aimé,
mon coeur en te voyant
bondit dans ma poitrine !
Et si la souffrance lentement
me l'arracha,
le bonheur me l'a ravi maintenant !
Récitatif Marie
Madeleine: Jean: Marie
Cléophas: Marie
Madeleine: Jean: Marie
Cléophas:
Marie, Jean, écoutez
mon grand et nouveau bonheur !
J'ai vu dans ce jardin le Seigneur.
Il avait pris l'apparence d'un gardien,
mais de sa rude défroque
sortait une lumière si pure, si ardente
qu'elle comblait l'esprit avant les yeux.
Puis j'ai reconnu ce visage
où se mire le paradis
cherchant à être beau.
Je vis aussi ses mains, ses pieds
et sur eux, pures et fines,
je vis scintiller comme des étoiles
les atroces blessures passées.
Ma bouche s'apprêtait à les baiser,
mais Jésus me repoussa et me sembla dire:
il ne t'est pas permis de me toucher.
Puis il disparut.
Nous ne pouvons plus douter !
Que cesse toute crainte méchante !
Jésus est ressuscité !
Vivante est notre vie !
... vivant, notre Amour !
Air Marie
Madeleine:
Si, impassible, immortel,
tu es ressuscité, ô Soleil aimé.
Ah, accorde à tous les mortels
de renaître avec toi sans
péchés.
Récitatif Jean: Marie
Cléophas: Marie
Madeleine:
Oui, oui, que le monde entier
par le Sauveur soit sauvé !
Que le pécheur revive !
Et que toute créature honore et loue
le Créateur éternel !
Choeur:
Que loué soit au ciel et sur terre
celui qui règne sur terre et au ciel !
Qui aujourd'hui ressuscita sur terre
pour conduire la terre au ciel.