Le
Repos
du Soleil
Divertissement
en Musique
chanté
aux apartements de Marly
le
8. Juillet 1700
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les
personnages du Divertissement:
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les
interprètes:
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Le
Soleil
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Mr
Baslaron
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Thetis
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Mlle
Chappe
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Doris,
Nymphe de la Mer
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Mlle
Desenclos
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Un
Triton
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Mr
Matteau
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L'Amour
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Mr
Jacinte
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La
Vertu
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Mlle
Varango
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Steropé,
une des Heures
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Mlle
Deseenclos
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Troupe
de Dieux & de Nymphes de la Mer
Troupe des Heures
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La
Scene est dans les Jardins de Thetis
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Scene
I
Thetis, Doris, un Triton,
Troupe de Divinités de la Mer
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Thetis:
Le plus brillant des Dieux va descendre dans l'Onde,
O vous, qui compsés ma Cour,
Humides habitans, du liquide sejour,
Qu'à l'envie chaqu'un me seconde.
Celebrons
le retour,
Du grand Flambeau du monde,
Celebrons le retour,
Du brillant Dieu du jour.
Le
Choeur:
Celebrons le retour,
Du grand Flambeau du monde,
Celebrons le retour,
Du brillant Dieu du jour.
Thetis:
C'est dans cette aymable retraitte,
Qu'aprés avoir comblé les mortels de
bienfaits,
Il vint gouter en Paix
Une felicité parfaite.
C'est dans cette aymable retraitte,
Qu'il vient se d'élasser de tant de soins divers,
Qu'il prend pour l'Univers.
Un
Triton:
La splendeur qui l'environne,
Ebloüit déja nos yeux,
Et d&ja brillent ces lieux,
Du vif éclat qu'il leur donne.
Doris:
De l'or de ses rayons il colore les Mers,
Il touche déja le Rivage.
Thetis:
Pour luy présenter son hommage,
L'Onde s'ouvre un nouveau passage,
Et de tous côtés fend les airs.
Doris:
En faveur de ce Dieu, tout cede en la nature.
Thetis
& Doris:
A l'hommage de l'Onde, à son charmant murmure
Meslons nos jeux & nos concerts.
Le
Choeur:
A l'hommage de l'Onde, à son charmant murmure
Meslons nos jeux & nos concerts.
[le
Soleil descend]
Aymables
Dieux, venés embellir nos demeures,
Venés chercher icy pour prix de vos bien-faits,
De tranquiles plaisirs, l'innocence & la
Paix.
Thetis,
Doris, un Triton:
Suivantes de ce Dieu, vous diligentes heures,
D'un vol impetueux, precipités les jours:
Mais pendant son répos prolongés vôtre
cours.
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Scene
II
Le Soleil, Thetis, Doris, un Triton,
Troupe de Divinités de la Mer
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Le
Soleil:
Je vous revois beaux lieux, ou la Nature
Etale à mes regards sa plus riche parure,
Que pour moy vos attraits sont doux.
Heureux qui loin des soins de ma grandeur suprême,
Joüit de la douceur extrême,
Et du Calme enchanteur qu'on respire chez vous,
Je vois de mes routtes sublimes,
L'encens & le sang des Victimes,
En cent climats divers, fumer sur mes Autels.
Mais si mes soins au monde étoient moins
necessaire,
Oüy ! je renoncerois pour ces lieux solitaires
Aux vains hommages des mortels.
O vous !
adorable immortelle
Qui pour moy chaque jour, signalez vôtre zele,
Partagés avec moy les voeux que je reçois.
Vous avés mille Dons, que j'admire que j'ayme,
Et la sagesse même
Semble parler par vôtre voix.
Thetis:
Que le zele ardent qui m'anime,
Ne peut-il éclater cent fois plus à vos
yeux,
Puis-je assez payer l'estime
Du plus éclairé des Dieux.
Que tout
icy s'empresse
A marquer son allegresse;
Que tout y redouble ses soins,
Mettons nôtre gloire à plaire
A l'Astre qui nous éclaire:
Pour tant de biens receus pourons nous faire
moins.
Doris
& le Choeur alternativement:
Que dans nos coeurs regnent toûjours
L'aymable Autheur de nos beaux jours,
Par luy tout agit tout respire
Que pour ses plaisirs tout conspire
Que dans nos coeurs regne toûjours
L'aymable Autheur de nos beaux jours,
Il rend l'éclat à la verdur,
Par luy tout vit en la nature
Que dans nos coeurs regnent toûjours
L'aymable Autheur de nos beaux jours.
Un
Triton:
Petits Oyseaux de ces boccages,
Volés, volés accourés tous,
Et melés vos chants avec nous.
Que vos tendres ramages,
Au Dieu du jour annoncent vos hommages,
Formés les accents les plus doux.
Volés, volés accourés tous,
Et melés vos chants avec nous.
Thetis:
Que vois-je ? la Vertu par l'amour poursuivie,
Vers nous precipite ses pas,
D'une extrême frayeur elle paroît saisie.
Cherche-t-elle un azile en ces lieux pleins
d'apas.
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Scene
III
L'Amour, la Vertu, le Soleil, Thetis, Doris, un Triton,
Troupe de Divinités de la Mer
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L'Amour:
Arrestés, arrestés charmante fugitive,
Le Die qui fait aymer, peut-il vous faire horreur ?
Quand vôtre beauté le captive,
Pourquoy dédaignés-vous de regner dans son
cours ?
La
Vertu:
Puis-je trop éviter ces trompeuses amorces
Aveugle ennemy de mes Loix
Cruel helas ! combien de fois
Contre tes traits, ay-je resté sans force,
Combien as tu rendu de coeur, sourds à ma
voix.
L'Amour:
Je ne m'en deffends pas, j'ay toûjours mis ma
gloire,
A triompher de vous.
Toûjours de mes plaisirs, ce soin fût le plus
doux,
A vôtre tour sur moy remportés la Victoire,
Vôtre main desormais conduira tous mes
coups.
La
Vertu:
Que l'Amour quand il engage,
Est eloquent & flateur:
Que d'attraits en son langage
Ah ! que n'est-il moins trompeur.
L'Amour:
Plus que tous vos mépris, vôtre soupçon
m'outrage,
Quand tout parle pour moy de ma sincere ardeur.
Jadis je fus épris d'une beauté mortelle
Psiché me blessa de mes traits
Mais je brusle aujourd'huy d'une flame nouvelle
Cent fois plus pure & plus belle,
Que je ne sentis jamais.
La
Vertu:
Non l'un pour l'autre, Amour, nos coeurs ne sont pas
faits.
Vous portés en tous lieux le trouble & les
allarmes.
Et moy je n'ayme que la Paix,
Laissés m'en gouter les charmes
Et tournés ailleurs vos armes,
Non l'un pour l'autre, Amour, nos coeurs ne sont pas
faits.
L'Amour:
Cruelle helas ! vous estes inflexible,
Pourquoy vous obstiner à me desesperer ?
Je seray sous vos loix, soûmis, constant, paisible
Trop heureux de vous suivre, & de vous adorer.
Le Ciel, la Terre & l'Onde,
De mes traits chaque jour, éprouvent le pouvoir,
Je dispose à mon gré de tous les coeurs du
monde,
Le vôtre seul pour moy ne peut-il
s'émouvoir.
Loin d'être inquiet & jaloux,
J'enflameray les Dieux & les mortels pour vous.
Tous mes traits partiront au gré de vôtre
envie;
Ce sera leur unique employ,
Et je n'auray de jalousie
Que si quelqu'un vous ayme plus que moy.
La
Vertu:
Fuyons, fuyons, cessons d'entendre,
Je crains de me laisser surprendre
Au doux l'engage [sic] de l'amour.
Thetis:
Adorable vertu ! cessés de vous défendre.
Contre l'ardeur fidele & tendre,
Que le Vainqueur des Dieux, vous promet en ce
jour.
La
Vertu:
Hé bien ! je consens qu'il espere,
Il m'est doux de soumettre un si puissant Vainqueur.
Mais je veux une ardeur éternelle & sincere,
Et si l'on ne persevere
On ne peut avoir mon coeur.
Beautés
! avant que de vous rendre
Aux soins empressés d'un coeur tendre,
Laissés le soûpirer, resistés plus d'un
jour
Défiés-vous de l'aparence;
C'est par la perseverance
Qu'il faut éprouver l'amour.
L'Amour:
Ah ! j'accepte à ce prix une douce esperance,
Belle immortelle, éprouvés ma
constance.
La
Vertu:
Quelle gloire pour moy que j'auray de baux [sic]
jours
Si vous m'aymés toujours.
Le
Soleil:
PArtés, Amours, volés, servés
vôtre Déesse.
Cedés luy l'empire des coeurs.
Pour luy prouver le beau feu qui vous presse,
Faites luy mille adorateurs,
Combattés, triomphés sans cesse.
Le Soleil,
Thetis & l'Amour:
Celle de qui l'Amour porte aujourd'huy les fers,
Merite sous ses loix, de voir tout l'Univers.
[l'Amour
part & s'envole]
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Scene
IV
Le Soleil, Thetis, Doris, un Triton, Steropé
Troupe de Divinités de la Mer
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Steropé:
Sortés du sein de l'Onde,
Soleil, arrachés vous, à votre paix
profonde.
L'Aurore à l'Univers promet déja le jour.
Ranimés la nature & la rendés feconde,
Les mortels par leurs voeux, pressent vôtre
retour.
Thetis:
Pour quoy trop vigilante Aurore
Si tôt du Dieu du jour troublés vous le
répos,
Retirés vous, dormés encore,
Et respectés la Paix, qu'il goûte au sein des
flots.
Le
Soleil:
Je ne m'éloigne qu'avec peine.
De ce séjour delicieux,
Et lors que j'y reviens un doux penchant
m'entraîne
Je sens qu'avec plaisir j'abandonne les Cieux.
Mais, le bien des mortels sur mon retour se fonde.
Je ne puis plus long-tems differe leur espoir,
Et je fais du bon-heur du monde
Tous mes soins & tout mon devoir.
Thetis:
Ah ! faut-il qu'un devoir severe,
Si tost de nos plaisirs, vienne borner le cours ?
O destin trop contraire !
Les noms les plus doux, sont toûjours les plus courts
!
Le Choeur
des Heures & des Divinités Marines:
Fuyés, fuyés, cachés vous, nuit
obscure,
L'Astre du jour va remonter aux Cieux,
Sa lumiere vive & pure,
Va se repandre en tous lieux;
C'est l'ornement de la nature,
Et le plaisir de tous les yeux,
Fuyés, fuyés, cachés vous, nuit
obscure,
L'Astre du jour va remonter aux Cieux.
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