du Prince de Conti & Mademoiselle de
Bourbon
Livret
de Monsieur de la Chapelle
musique
de: Louis
Lully
... Quand
Monseigneur fut placé, on tira des rideaux qui
estoient au devant du Theatre au lieu de toile, & l'on
fut surpris de voir un nombre infiny de personnes
magnifiquement vestuës, representant plus Divinitez qui
devoient servir d'Acteurs à une maniere d'Epitalame.
Cet ouvrage mis en musique par Mr de Lully [Louis, le
fils de Jean-Baptiste, N.D.R.] estoit de la
composition de Mr de la Chapelle, Secretaire des Commandemen
de Monsieur le Prince de Conty, qui avoit le soin, & la
conduite de toute la Feste. Minerve parut d'abord, &
chanta ces vers qui servirent de Prologue.
Minerve
Dieux des Arts, occupez au Temple de Memoire,
A consacrer à l'immortalité,
Le nom d'un Roy dont les fauts & la gloire
Paroistrons un prodige à la posterité,
Cessons de celebrer ses travaux, ses merveilles,
L'Univers a tremblé, les Peuples sont
soûmis;
Le Vainqueur regne en paix; & n'a plus d'Ennemis;
Ses bontez, ses exploits ont epuisé nos veilles.
Il nous permet d'interrompre en ce jour,
Les soins que nous prenons pour sa gloire immortelle
Et veut qu'icy l'Hymen d'accord avec l'Amour,
Chante les doux plaisirs d'une ardeur mutuelle,
Qui joint aux noeuds du sang une chaîne
nouvelle.
On
vit ensuite paroistre Apollon, qui fit cette Scene avec
Minerve.
Apollon Minerve Apollon
Ie quitte les Valons sacrez,
Où je tiens mon Empire,
Et je viens avec vous ordonner & conduire
Tout l'appareil des Ieux qu'icy vous celebrez.
Ah, qu'ils auront de charmes & de gloire !
Apollon vient luy-mesme augmenter leurs appas,
Et les Filles de Memoire
Accompagnent ses pas.
Vous le sçavez, Minerve, & le soin qui me
presse
Comme moy vous interesse.
Que ne devons nous point à ce sang glorieux,
Dont les Heros s'assemblent en ces lieux !
Apollon
& Minerve ayant repeté ensemble ces deux derniers
Vers, la Suite de l'un & de l'autre fit une
Entrée de Ballet, après quoy Apollon
reprit.
Apollon
Muses, Dieux, sur qui je preside,
Ie vous laisse en ce beau sejour,
Venez, paroissez tous, venez, suivez l'Amour,
Tous les lieux sont charmans quand l'Amour sert de
guide.

Ce
Prologue estant finy, l'Amour vint chanter ces Vers, qu'il
adressa aux jeux & aux plaisirs qui
l'accompagnoient.
L'Amour
Aimables jeux, suivez mes pas,
Doux plaisirs, redoublez vos charmes,
Offrez tous vos appas
A deux coeurs dont l'Hymen a finy les alarmes.
C'est desormais dans ce séjour
Que jeux veux établir ma Cour.
Preparez de galantes Festes
Pour celebrer l'Hymen de ces heureux Epoux;
Dans les lieux où vous estes
Tous les momens sont doux.
Il
y eut icy une Entrée de Ballet, & la Nuit estant
survenuë, commença par ces Vers tout le
Divertissement qui suit.
La
Nuit L'Amour La
Nuit L'Amour La
Nuit &
le
Choeur L'Amour Deux
Plaisirs L'Amour La
Nuit L'Amour La
Nuit
& deux
Plaisirs L'Hymen L'Amour
& L'Hymen L'Hymen Junon L'Amour
Qui vient troubler la paix de cet azile ?
Mortels, finissez ces Concerts;
Ioüissez du repos tranquille
Que je donne à tout l'Univers.
La Nuit se plaist dans le silence,
Elle finit du jour les penibles travaux.
N'opposez à ses loix aucune resistance,
Couronnez vous de ses pavots.
Cedez à leur paisible & douce violence,
Goûtez les charmes du repos.
Charmante Nuit, secondez mon envie.
Pour plaire à deux Epoux sortis du sang de Mars,
I'ay assemblé de toutes parts
Tout ce qui peut former la plus douce harmonie,
Charmante Nuit, secondez mon envie.
Fuyez, fuyez de ce séjour,
Sommeil, portez ailleurs un secours necessaire;
Vostre Empire ne dure guere
Dans les lieux où regne l'Amour.
Laissons dormir l'inutile Vieillesse,
Dont la tendresse
Se perd en vains desirs.
L'unique soin de la Ieunesse
Est de veillez sans cesse,
Et de chercher toujours l'amour & les
plaisirs.
Laissons dormir l'inutile Vieillesse.
Heureux Epoux,
L'Amour veille avec vous.
Le plus puissant des Dieux a celebré luy-mesme
Cet Hymen plus heureux que celuy de Thetis.
Rien n'en trouble la paix ny la douceur extrême,
Et l'Amour & l'Hymen sont pour jamais unis.
Chantons la douce intelligence
Où ces Dieux vivrons desormais.
C'est à vous que l'on doit cette heureuse
alliance,
Tendres Epoux, goûtez-en les attraits.
Pour leur marquer mon zele & ma reconnoissance
I'invente un Divertissement
Digne, si je le puis, de leur plaire un moment.
I'ay besoin de vostre assitance,
Et la Nuit est plus propre aux plaisirs de l'Amour
Que le brillant éclat du jour.
Les Graces & l'Hymen icy viennent ensemble.
Quel bonheur les assemble !
En faveur des nouveaux Epoux
I'ordonne aux Graces de le suivre.
Ah, s'il est doux de vivre,
Ce ne doit estre qu'avec nous.
Venez, aimable Hymen, que rien ne nous separe,
Venez prendre part aux plaisirs
De la Feste que je prepare,
Et n'ayons desormais que les mesmes desirs.
Regnez, charmant Hymen, couronnez la tendresse
De tous les coeurs que l'Amour blesse.
Aimables Dieux, ne vous quittez jamais;
Que vostre Empire aura d'attraits !
Regnez, charmant Hymen, couronnez la tendresse
De tous les coeurs que l'Amour blesse.
Pour les fidelles Amans
L'Amour n'est point sans alarmes;
Leurs plaisirs les plus charmans
Leur coustent toujours des larmes;
Mais quand l'Hymen unit tous leur momens,
L'Amour n'a plus que des charmes
Pour les fidelles Amans.
Que nostre intelligence est belle !
Qu'elle soit eternelle.
Mais qu'entens-je ? Iunon vient dans ce beau
séjour,
Que d'éclat ! que de gloire & de magnificence
!
Que j'aime à voir l'intelligence,
Où l'Hymen est avec l'Amour !
Ces Epoux, dont la chaine aujourd'huy vous rassemble,
Sont dignes des soins glorieux
De tous les Immortels ensemble.
Voyez ce que je fais pour eux.
Ie vais rendre eternel vostre innocent commerce,
Pour asseurer leurs plaisirs,
Fuyez, chagrins, fuyez, tristes soupirs;
Dans leur aimable ardeur que rien ne les traverse,
Et que tout flate leurs desirs.
Iunon dans nos Ieux s'interesse,
Qu'ils auront de charmes divers !
Montrez vostre allegresse,
Redoublez vos Concerts.
Il
se fait icy une troisiéme Entrée de
Ballet.
Junon Pluton Junon Pluton Noirs
Ministres de mon couroux L'Amour Junon La
Nuit Premier
Songe heureux Deuxiéme
Songe heureux La
Nuit L'Amour
& L'Hymen Une
Grace Un
Plaisir
& une
Grace L'Amour Un
Plaisir
Sortez du noir séjour, hastez-nous de me plaire,
Pluton répondez à ma voix.
A quoy te suis-je necessaire ?
Commande; mon Empire est soumis à tes
loix.
L'Amour celebre une Feste nouvelle,
Ie partage ses soins, j'autorise son zele,
Eloignez de ces lieux ce qui pourroit troubler
Les innocens plaisirs qu'il a sçeu rassembler.
Dans l'affreuse épaisseur de vos funestes ombres,
Enchaisnez la Discorde & les Soupçons jaloux.
Allez revoir l'horreur de vos demeures sombres,
Dieu des Enfers, allez, protegez-nous.
Ie t'obeis, je vais dans leurs Antres funebres
Accabler sous les fers ces Monstres odieux,
Ie vais voiler leurs yeux
D'eternelles tenebres,
Et rien ne troublera les jeux
De la Feste que tu celebres.
Suivez mes pas, préparez-vous,
Venez dans nos prisons les plis impenétrables
Ensevelir pour iamais
Les Ennemis detestables
De l'Amour & de la Paix.
La Discorde, la Ialousie,
Ne suivront iamais vos pas;
Heureux Epoux, iouissez des appas
D'une innocente vie.
Aimable Nuit, tandis qu'en ces momens
Ie comble de douceurs cet heureux hyménée,
Pour accomplir cette iournée
Fais par quelques Songes charmans,
Predire à ces tendres Amans
Le bonheur de leur destinée.
Doux Enfans du Sommeil, agreables mensonges,
Par qui les Mortels enchantez,
De leurs biens à venir sçavent les
veritez,
Répondez à ma voix, accourez, heureux
Songes.
Montrez à ces Epoux de combien de beaux iours,
De combien de bonheur par tout sera suivie
La plus heureuse & la plus belle vie
Dont la Parque iamais puisse filer le cours.
Pour vos coeurs enflamez
Ne craignez point les noeuds, dont l'Hymen vous
enchaine,
Ils sont exempts de toutes peines.
Sous ses plus douces loix l'Amour les a formez
Pour vos coeurs enflamez.
Princesse, vostre Epoux sera toujours aimable,
Et vous aurez touiours le pouvoir de charmer.
Est il un bien plus desirable
Que d'avoir en tout temps de quoy se faire aimer
?
Les Ris, les Plaisirs & les Ieux
Vous combleront de douceurs extrêmes,
Vostre destin est plus heureux
Et plus beau que celuy des Dieux mesmes.
L'Amour sans cesse offre à vos voeux
Les Ris, les Plaisirs & les Ieux.
Vos vertus ont des Dieux attiré la presence,
Et meriré leur secours.
Heureux Epoux, que leur puissance
Veille à iamais sur vos beaux iours.
Princesse aimable, Amour vous favorise.
Dans vos plaisirs, l'Hymen vous autorise,
Cedez à leurs transports, goustez en les
douceurs,
Vous regnez sur tous les coeurs.
Fille de la Vertu mesme
Vous marchez sur ses pas,
Vous avez ses solides appas;
Que vous rendrez heureux le Heros qui vous aime !
Chantons, chantons sa gloire, & son bonheur
extrême.
O Ciel, prens soin de leurs destinées,
Que pour eux tes faveurs
Ne soient iamais bornées.
Dans les plaisirs, dans les honneurs
Fais couler toutes leurs années.
Unissons-nous, offrons nos Ieux les plus charmans
A deux Epoux touiours amans.
N'oublions rien pour plaire
Dans ces aimables lieux,
Rien ne nous est contraire;
On y voit briller des yeux
Plus beaux que la lumiere,
Dont se parent les Cieux.
N'oublions rien pour plaire.
Que l'Amour a d'attraits
Pour un coeur qu'il inspire !
Heureux qui sent ses traits,
Trop heureux qui soupire !
Ne nous lassons iamais
De suivre son Empire.
Il
y eut encore icy une Entrée de Ballet.
Une
Grace L'Hymen
L'Hymen a cent douceurs
Pour un coeur qui l'appelle:
Il bannit les rigueurs
D'une Beauté cruelle,
Et charme les langueurs
D'un coeur tendre & fidelle.
Cedez à vostre tour,
Beautez à qui tout cede.
Faut-il qu'en ce beau jour
La crainte vous poßede ?
Des maux que fait l'Amour
L'Hymen est le remede.
Vivez, heureux Epoux,
Dans une paix profonde,
Soyez touiours comblez de nos biens les plus doux,
Vivez, heureux Epoux, pour le bonheur du monde,
Donnez-luy des Heros qui soient dignes de vous.
Le
Choeur repete les deux derniers Vers, comme il en avoit
repeté plusieurs autres en divers endroits que j'ay
cru inutile de vous marquer. Ce
Divertissement estant finy, Monseigneur traversa le mesme
Appartement par lequel il avoit déja
passé...