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Michel-Richard Delalande

[1657 - 1726] 

 

Epithalame sur les Nopces
de Monseigneur le Duc de Bourbon & de Mademoiselle de Nantes

Divertissement donné le 25 juin 1685
Livret de l'Abbé Genest

 

 

Troupe de Divinitez de Versailles
Troupe de Jeunes Nimphes
Troupe de Jeunes Silvain

 

 

Ouverture

 

Un Dieu, chante
Voici les momens desirez
Venez, charmant himen, venez doux himénée,
Allumez vos flambeaux sacrez,
Heureux Amants, nuit fortunée
Venez, charmant himen; venez doux himenée.

Le Choeur
Heureux Amants, nuit fortunée,
Venez, charmant himen; venez doux himenée.

Le Dieu, continue
Couronné de fleurs immortelles
Triomphez avec les amours,
Amenez des plaisirs qui renaißent toujours
Des tendresses nouvelles.

Chantez Silvains, Nimphez chantez,
La jeune Epouze & ses beautez,
Le jeune Espoux& sa conqueste.
Jamais en de si beaux lieux
Une si belle feste
R'aßembla les Dieux.

Le Choeur
Jamais en de si beaux lieux,
Une si belle feste
R'aßembla les Dieux.

Le Dieu & le Choeur
Venez, charmant himen; venez doux himenée.;
Que de plaisirs preparez vous
A c es jeunes Espoux !
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez, charmant himen; venez doux himenée.

Les Divinitez de Versailles, dansent et l'on chante ce Menuet
Rien n'est si doux
Que l'himen qui vous lie,
Pour deux jeunes Espoux.
O sort heureux ! o douceur infinie
Pour deux coeurs l'un & l'autre charmez !
O sort heureux ! o douceur infinie
Quand ces noeuds par l'amour sont formez.

Une Nimphe, se detache de la Troupe
Feste que l'on trouve si belle
Que tu nous semble cruelle !
Tu viens ravir a nos Jeux innocens
La Deesse
De la Jeunesse;
Tu viens ravir a nos Jeux innocens
Ses attraits encore naißans.

Verrons-nous sans verser des larmes
Qu'on nous enleve son Coeur ?
Qu'on livre si tost ses charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur ?
Quelle rigueur !
Feste que l'on trouve si belle
Que tu nous semble cruelle !

Le Choeur des jeunes Nimphes
Feste que l'on trouve si belle
Que tu nous semble cruelle !

Un jeune Silvain, se detache außi de sa Troupe
Nimphes, si l'eclat de ses yeux
Alloit embellir d'autres lieux
Vôtre douleur seroit plus juste.
Mille Etats, mille Rois
Auroient brigué l'honeur de vivre sous ses loix;
Mais, LOUIS, par un plus beau choix
Veut qu'elle orne sa Cour auguste.

Ce Roi l'arbitre des mortels
L'arreste sur ces bords par des noeuds eternels;
L'amour la seconde,
L'Olimpe l'aplaudit;
Et c'est le plus beaux sang du monde
Qui se mesle et je reunit.

Le Choeur des Silvains
L'amour la seconde,
L'Olimpe l'aplaudit;
Et c'est le plus beaux sang du monde
Qui se mesle et je reunit.

Une Nimphe
Commee ne la plaine odorante
La Rose Reine des fleurs,
Est vive & riante
Tant qu'une chaleur brulante
N'offense point ses Couleurs;
De mesme un Eclat charmant
Tant qu'elle sçait se deffendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.

Un Silvain
Comme en ces lieux ou la glace
Dure trop longtemps,
Flore sans apas & sans grace
Languit au milieu du printems;
Ainsi la beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer,
Si l'amour ne la pare,
Et où ses feux ne la vient animer.

Le Choeur des Nimphes
Feste que l'on trouve si belle
Que tu nous semble cruelle !

Une Nimphe
Un jeune Coeur doit estre epouvanté
Des noeuds ou l'himen engage,
Peut on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune Coeur doit estre epouvanté
Des noeuds ou l'himen engage,
Pense t'on dans l'esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune Coeur doit estre epouvanté
Des noeuds ou l'himen engage.

Un Silvain
Nimphes, vous aurez votre tour,
Quand par ces plaintes
Vous blasmez l'himen & l'amour,
De sont des feintes
Le sort que vous deplorez,
En secret vous le desirez.

Un autre Silvain
Entre la crainte & le desir
Une jeune beauté Curieuse & timide
Tremble au nom d'un espoux qu'on parle choisir,
Mais elle écoute avec plaisir
En attendant que le choix decide,
Il en couste a son Coeur plus d'un Soupir,
entre la crainte & le desir.

Une Nimphe
Folle erreur.

Un Silvain
Feintes vaines.

Nimphe
Tompeurs jugemens.

Silvain
Faux sentimens.

Nimphe
Redoutables chaines.

Silvain
Noeuds charmans !

Ensemble

[la Nimphe] Noeuds cruels, redoutables chaines !
[
le Silvain] Noeuds charmans ! agreables chaines !

 

Prelude

 

Le Dieu
Cedez, Nimphes, rendez vous
Unißons tous nos voix & chantez avec nous.

De jeunes Amans le parfait aßemblage
Des destinez & des Dieux est l'immortel ouvrage.
Celebront ce noeud glorieux
C'est l'ouvrage Immortel des destins & des Dieux.

Les Nimphes & les Silvains
Celebront ce noeud glorieux
C'est l'ouvrage Immortel des destins & des Dieux.

 

Chaconne
Les Nimphes & les Silvains dansent

 

Les Nimphes
Divins accords ! Celestes flames !

Les Silvains
Heureux liens ! douces ardeurs !

Les Nimphes
Jamais depuis beaux noeuds n'ont attaché deux ames.

Les Silvains
Jamais des feux plus beaux n'ont embrasé deux coeurs.

Tous ensemble
Jamais depuis beaux noeuds n'ont attaché deux ames.
Jamais des feux plus beaux n'ont embrasé deux coeurs.

Une Nimphe & un Silvain
Quelles splendeurs les environnent !
Que de ris & de jeux accompagnent leurs pas !
Que d'attraits, de charmes, d'apas,
de quels dont precieux les graces les couronnent !

Une Nimphe & un Silvain
A veoir tant d'agremens
Nos yeux doutent toujours,
Si ce sont deux amans,
Ou deux amours.

Une Nimphe & un Silvain
Nos yeux doutent toujours
A veoir tant d'agremens,
Si ce sont deux amours,
Ou deux amans.

Tous ensemble, repette ce Couplet & l'on danse dans les Intervalles

Le Dieu
Nous qu'un songe Immortel fixe sur ces rivages,
Songeons qu'en leurs deserts inconnus & sauvages
Nous estions ensevelis.
Mais aujourd'hui l'Olimpe mesme
Pouroit-il surpaßer cette splendeur supreme
Dont nos bords sont embellis ?

Une Nimphe
Rendons graces aux heros qui de ces grands spectacles
Charme notre esprit & nos yeux.

Un Silvain
Celebrons, benißons le regne glorieux
Ou naißent tant de miracles.

Une Nimphe
LOUIS est le Maître des Rois.
Il soumet tout a l'empire françois.
On le craint, on l'implore, on le revere, on l'aime.
Sa bonté seulle arreste ses exploits.
Plus grand par ses vertus que par son diademe,
Vainqueur des nations, & vainqueur & lui même
LOUIS est le maître des Rois.

Un Silvain
Semblable au Dieu qui lance le tonnerre,
LOUIS est le Maitre des Rois,
Tous les Dieux & la terre
Obeißent a sa voix;
Ils viennent a genoux reconnoistre ses loix
Semblable au Dieu qui lance les Tonnerre
LOUIS est le Maitre des Rois.

Le Choeur
Venez, jeunes amans, que ces noeuds pleins d'attraits
Qui commencent si tost ne finißent jamais.
Que tous les jours les destins favorables
Redoublent vos Contentemens,
Vivez, vivez, toujours Amans,
Tous les jours plus aimez, tous les jours außi durables,
Qu'ils sont charmans !
Que les siecles pour vous ne soient que des momens
Vivez, vivez, heureux Amans.

Les Trois Choeurs
Vivez, vivez, heureux Amans
Qu'une flame si belle
Soit Immortelle
A jamais, a jamais triomphent dans nos coeurs.

 

Tout Danse

 

Un Silvain, danse cette Gavotte
A quoi sert la resistance ?
A quoi servent vos rigueurs ?
L'amour doit sous sa puissance
Tost ou tard ranger vos Coeurs
Sans le craindre
Sans vous plaindre,
Cedez, cedez a ses traits vainqueurs.

Une Nimphe, chante außi
A quoi sert la resistance, &c.

Les Trois Choeurs
A quoi sert la resistance, &c.

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