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Divertissement pour Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par Mr Bernard, de la Musique du Roy,
1683

La Renommée, qui publie la grandeur des Exploits du Roy, & les Magnificences de Versailles:

Peuples accoûtumez au bruit des grands Exploits
Qu'a fait dans l'Univers le plus puissant des Roys,
Dont le Nom a volé jusqu'au bout de la Terre;
Venez voir ce grand ROY dans ce fameux Palais,
Vous l'oüistes tonner comme Dieu de la Guerre,
Vous le verrez briller comme Dieu de la Paix.
Quoy qu'ait dit la superbe & docte antiquité
Du Palais des Cesars qu'elle a si fort vanté,
Versailles est sans égal, & le seul qui merite
D'attirer les regards des hommes & des Dieux;
Plus charmant que les Lieux que Jupiter habite,
Et qui peut le tenter d'abandonner les Cieux.

Deux Graces, qui aplaudissent à la Renommée:

Dans ces beaux Lieux où l'on voit tant de charmes
Dans ces beaux Lieux
Est le séjour des Dieux,
Chacun y vit sans chagrin, sans alarmes,
Tout y fleurit, tout y charme les yeux.
Dans ces beaux Lieux où l'on voit tant de charmes
Dans ces beaux Lieux
Est le séjour des Dieux,
Et si l'Amour y fait sentir ses armes,
Les Jeux, les Ris en bannissent les larmes,
On ne voit rien de si delicieux.
Dans ces beaux Lieux où l'on voit tant de charmes
Dans ces beaux Lieux
Est le séjour des Dieux.

La Nymphe de Versailles:

Sejour plein de felicité,
Beaux séjour de la Majesté,
Séjour où tout plaisir abonde,
Séjour le plus charmant du Monde,
O ! cent fois trop heurex séjour
Pour qui tout l'Univers soûpire !
Séjour où les Plaisirs, les Graces & l'Amour
Ont tous estably leur Empire.

Plainte des Bergers & Bergeres de Versailles, pendant l'absence du Roy:

Dans ce Lieu si charmant, ou tout le Monde sçait
Que l'on a veu souvent un Monarque adorable,
Je n'y remarque rien qui me paroisse aymable,
Car loin de ce Grand Prince, il est tout imparfait.

Les Ruisseaux malgré le silence
Grondent d'un si triste départ,
Et tous les Arbres prennent part
Au Deüil que cause son absence,
Et les plus aimables Zephirs
Se sont tous changez en soûpirs.

Nos Chalumeaux & nos Musettes
Pendent aux Arbres de nos Bois,
Nous attendons dans nos Retraittes
Le retour du plus grand des Roys;
On n'entend plus les douces voix,
Les beaux Airs ny les Chansonnettes.
Nos Chalumeaux & nos Musettes
Pendent aux Arbres de nos Bois,
Nous attendons dans nos Retraittes
Le retour du plus grand des Roys.

Le Choeur des Bergers & Bergeres de Versailles:

Pour augmenter l'inquietude
Qui nous devore nuict & jour,
On a fait une solitude
De nostre agreable séjour:
Que nostre sort est déplorable !
De ne voir plus dans ces beaux Lieux
Ce que la Terre trouve aimable
Et ce qu'on aime dans les Cieux.

Le Dieu Pan, qui annonce aux Bergers l'heureux retour de sa Majesté:

Bergers pourquoy tant de soûpirs ?
LOUIS dans ces beaux Lieux ramene les Plaisirs.
Dissipez vos chagrins, bannissez vos alarmes,
[Venéz {?}] Vous y verez l'objet de vos desirs,
Ce fameux Vainqueur, ce Conquétant plein de charmes.

La France, qui marque sa joye sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne:

Arbitre souverain de la Paix, de la Guerre,
Grand Roy plus redouté que le Dieu du Tonnerre,
Pour combler vostre heureux Destin,
Le Ciel qui veille pour le nostre
Voulut vous donner un Dauphin,
Ce Dauphin vous en donne un autre.

Ces Princes que le Ciel vous donne,
Aprés ce que vosu avez fait,
Sont plus Grands d'estre issus d'un Heros si parfait
Que d'heriter d'une Couronne.

Que si l'on voit en eux le Chef-d'oeuvre des Cieux;
Et l'ornement parfait du beau Siecle où nous sommes,
C'est qu'ils sortent d'un Roy plus puissant que les Dieux,
Qui fait toute la gloire & le bonheur des hommes.

Pour combler vostre heureux Destin,
Le Ciel qui veille pour le nostre
Voulut vous donner un Dauphin,
Ce Dauphin vous en donne un autre.

La Nymphe de Versailles & celle de la Seine, qui invitent tous les Peuples à se réjoüir sur l'Augsute Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne:

Tout est charmé de la Naissance
D'un Fils qui sort du Sang des Dieux,
Il fait renaistre en abondance
Les Jeux, les Ris, dans ces beaux lieux:
Chantons à l'honneur de la France,
Et qu'on entende jusques dans les Cieux:
Tout est charmé de la Naissance
D'un Fils qui sort du Sang des Dieux.

Bergers Provençaux, qui viennent marquer leur joye & divertir Monseigneur le Duc de Bourgogne, par leurs Chansons:

Premiere Chanson:


Mon Diou las bellos chamados
Qu'à ques matin an dounat
Sur doues Trompetos daurados
Au grand Prince nouveou nat
L'un fasie tararo, taran lan la faliron ton ton:
Et puis l'autre ly respon,
Tararo taran lan la, faliron tonton
Sias louben vengut Picho poupon.

D'un ton de réjoüissence
Fan entendré lours Concers
Et publicon sa naissance
Jusqu'au bout de l'univers,
En fazen tararo, &c.

Deuxieme Chanson:

Annen li tous enfen
Bregado
Annen li tous dansen
Per veyre lasjacen
Ly donnaren l'aubado.
Lou Flajollé,
Turou, lurou, lurou ré
Turou ru seuretto,
Tic, & tic, tic & tic, & tac sur la clinquete
Tan, patapan sur lou tambour
Per aquello mairé d'amour.

Faut réjoüir l'enfan
La mairé
Emé son Perogran
Aqueou Grand Conqueran
E son Auguste Pairé.
Lou Flajollé, &c.

Troisieme Chanson:

Annen tous lou veire à Versailles
Dins son Bercëou,
Dieu que fay luzy lej muraillos
Commo un fouleou,
Si dansez souleto
Lizetto,
Dis Charlo,
Dau clo clo de teis esclo
Divertiras lou picho.

Non fau pas veire les Cascados
Dau beou Jardin
Que n'ayen fach millos combados.
Au Grand Dauphin,
Cependant lizeto,
Souleto
Dis Charlo
Dau clo clo de seis esclo
Divertira lou picho.

Grando & charmanto Marechallo
Pleno d'hounour
Que touto la Maison Rouyallo
Aimo d'amour,
Souffrez que Liseto
Souleto
Dis Charlo
Dau clo clo de seis esclo
Divertissé lou picho.

Chanson Quatrieme:

Prend ton Tambour Charlo, ven eme jou
Per divertir l'Eroino
Dauphino
Qu'a fach un beou fiou.
Quand l'y seren veicy commo fau faire
Para pata pan
Lireto
A quo pau pas manqua de réjoüir la Mairé,
Para pata pan
Lireto
A quo pau pas manqua de réjoüir l'Enfan.

Tout en jugan dessus lou Tambourin
Veiras commen la Princesso
Caresso
Son beou Poupelin.
Quand l'y seren veicy commo fau faire
Para pata pan, &c.

La France, à Monseigneur:

Dauphin digne de vos ayeux,
En vain pour vous former vous parcourez l'Histoire
Sans un pareil secours nous lisons dans vos yeux
Quelle doit estre vostre gloire;
Et si Mars une fois r'appelle ses Guerriers
Vous irez dans ses champs moissonner des Lauriers.

Vous de qui la valeur par le Ciel fut choisie
Pour abattre le Thrône & l'orgueil d'un Tyran,
L'on vous verra bien-tost au milieu de l'Asie
Relever nos Autels, renverser l'Alcoran.

Dialogue Italien de la Gloire, de la Victoire, de la Renomée, & de la Religion, sur l'Auguste Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne:

Gloria:
Sindori l'eltra, e da l'empirea molé
Splendino in trino aspetto eterni lumi
Sedal sol figlio al sole, è nato il sole.

Vittoria:
Cosi, divisio un fiumi
Escé il mar da se stesso, e torna al mare
Lé trionfate insegne
Bian fascie al Regio Infanté.

Religione:
Ione la fede constante !
L'alma gli accendero di santo zelo
Ondé sott altro Cielo
Trovi spatio piu vasto, é piu profondo,
Che troppo angusto a si gran parto, é il mundo.

Fama:
Io peregina alata
Indefessa nel volo,
Trarro, nuova si lieta e si beata
Da l'uno à l'altro polo.

Gloria:
Heroina di Bellona
Prendi essempio, e sequi me,
Consacrando una corona
Degna sol del nuovo Ré.

Fama:
Una Compar ne voglio
Di meraviglie inusitate, e belle.

Gloria:
Io di palme.

Vittoria:
Io d'allori.

Religione:
Et Io d'estelle.

I. Populi Incantenati:
Chara dea de lessere,
Che da l'artico Lido al mar d'Atlante
Porti del gran Luigi y gesti eterni
Gia, che a pié del suo trono,
La sua rota inchiodo, cieca fortuna,
Gia, che la Francia aduna
Nel semideo nepote
Le speranze del mondo: Il braccio invitto.
Franga i barbari ferri,
Che ne opprimono il pié,
Esia suddito il mondo a si gran Ré.

Fama:
Felicissima liberta
Vi promette luigi undi,
Sperate si si
In chi tutto puo.
La Catena che vilego
Egli un giorno discio gliera
Fosco nembo di duol, pui non v'ingombre
Che doue appare il sol fuggono l'ombre.

I. Populi:
O Giorno
A Pieno
Sereno.

In cui verdeggia
La speme Gallica
Per cui germoglia
Il giglio d'or d'eternitade inseno.

Fama:
Felicissima liberta
Vi promette luigi undi,
Sperate si si
In chi tutto puo.
La Catena che vilego
Egli un giorno discio gliera
Fosco nembo di duol, pui non v'ingombre
Che doue appare il sol fuggono l'ombre.

I. Populi:
O Giorno
A Pieno
Sereno.

La Gloire & la Renommée, continuënt:

Allons voir ce Heros, dont les divins regards
Ont plus de Majesté que les douze Cesars,
Ce ROY Victorieux par sa haute prudence
Dans ses heureux Estats voit regner aujourd'huy
La Justice, la Paix, la Gloire, l'Abondance,
Et tout part de ses soins, & tout regne par luy.

La Victoire, seule, & ensuite tous ensemble reprennent: Que tout l'Univers retentisse:

Que tout l'Univers retentisse
Des loüanges qu'on doit au plus puissant des Roys.
Que toute la Terre s'unisse
Et mesle ses chants à nos voix,
Pour chanter de LOUIS l'amour & les exploits.

[ici, on trouve écrit à la main le mot: FIN. Cependant, le livret continue, mais les strophes sont barrées à la main]

La Nymphe de Versailles:

Séjour plein de felicité,
Beau séjour de sa Majesté,
Séjour où tout plaisir abonde.
Séjour le plus charmant du monde:
O ! cent fois trop heureux séjour
Pour qui tout l'Univers soûpire.
Séjour, où les plaisirs, les graces & l'amour
Ont tous établis leurs empires.

Le Choeur des Bergers & Bergeres de Versailles:

Pour augmenter l'inquietude
Qui nous devore nuict & jour,
On a fait une solitude
De nostre agreable séjour:
Que nostre sort est déplorable !
De ne voir plus dans ces beaux Lieux
Ce que la Terre trouve aimable
Et ce qu'on aime dans les Cieux.

FIN

Permis d'imprimer.
Fait ce 23 Novembre 1683.
Signé,
De la Reynie