Circé
Musique
de Scène
pour
la
Pièce
de Pierre Corneille
les divertissements sont de Danchet
1705
musique
de:
Gilliers
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Le
theatre represente un Temple élevé par la
Vertu, à la gloire du Roi; l'ordre en est Ionique,
les Colomnes sont de marbre blanc, les baies, les
chapiteaux, les ornemens des frises & des corniches sont
d'or, aussi-bien que les bas-reliefs dont sont enrichis les
Piedestaux; entre les Colomnes sont plusieurs Statuës
de méme métal, au milieu desquelles est celle
du Roi, ayant à ses cotez la Victoire & la
Gloire. Mars descend dans ce Temple du plus haut des
nuës, au bruit des Tymbales & des Trompettes; son
Char est orné de tout ce qui convient au Dieu de la
Guerre; il trouve la Fortune, arrivée dans le Temple
avant lui. Ils commencent ensemble le
Prologue
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Scene
premiere
Mars, la Fortune
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Mars:
Quoy ! la Fortune dans ces lieux ?
En vous voyant ici ma surprise est extrême;
Dans un Temple à l'honneur du Favori des Dieux,
Elevé par la Vertu même,
Avec elle aujourd'huy d'accord,
A ce Heros venez-vous rendre hommage,
Ou tenter quelque vain effort
Pour détruire un si bel ouvrage ?
La
Fortune:
J'en ai jetté les fondemens,
Et le Dieu Mars poourroit en rendre
témoignage.
Mars:
Vous n'avez pas seul l'avantage
De ces heureux commencemens.
La
Fortune:
De ce Heros les premieres années
Ont eu besoin de mes attachemens;
C'est moi qui preparai ces belles Destinées
Qui de toute sa vie ont marqué les momens;
La Victoire, la Gloire à son Char
enchaînées,
Ont été les témoins de mon
empressement;
Et pour le prix de mes soins, pour tout fruit de mon
zele,
J'entens publier même à la Troupe
Immortelle
Que cet éclat pompeux dont il est revêtu,
Il ne le doit qu'à la Vertu.
Mars:
Ne tentez pas d'empêcher de la croire,
Vous y feriez des efforts superflus,
Les hommes & les Dieux pour ce Roi plein de gloire
Sont également prevenus,
Et l'avenir un jour le doit être encor plus.
Pour tout autre Mortel les Destins immuables
Sont pour lui seul sujets aux changemens.
Les plus tristes évenemens
De vos coups les plus redoutables,
Par les sages arrangemens
De ses vertus incomparables,
Changent de face en peu de tems,
Et par des retours éclatans
Servent à sa grandeur, & lui sont
favorables.
La
Fortune:
Oui, de ses Envieux à lui nuire impuissans,
Dont depuis si long-tems une foule importune
Sur mes Autels fait fumer tant d'encens,
J'ai voulu seconder les efforts menaçans;
De mille fois je les favorise d'une;
Mais contre ce Heros que leur sert mon appui ?
Quand ils ont pour eux la Fortune,
Tous les autres Dieux sont pour lui.
Mars:
A les proteger tous Jupiter nous engage,
De ce Dieu tout-puissant il est ici l'image,
Jupiter est Maître des Cieux,
Et pour rendre LOUIS le Maître de la Terre,
Jupiter en ses mains contre ses Envieux
Remettra le même tonnerre
Qui des Titans audacieux
Termina la sanglante guerre,
Et Mars suivra par-tout ce Heros glorieux.
La
Fortune:
Est-ce donc le Dieu de la Thrace
Qui parle ainsi du plus grand des Mortels,
Et qui peut-être un jour occupera sa place ?
Voyez ces superbes Autels,
Où la foule a déja l'audace
De venir rendre à ses vertus
Les hommages qui vous sont dûs.
Mars:
C'est moi qui prétens qu'on le fasse.
Au rang des Dieux ce Heros peut monter,
Aux honneurs immortels il a droit de prétendre;
Mais content de les mériter,
Il n'a point pour objet de se lesfaire rendre;
Enfin de ces honneurs je ne suis point jaloux,
Et du faîte des Cieux nous voyons son couroux,
Que les plus grands d'entre les hommes,
Dignes d'être ce que nous sommes,
Partagent les Autels & l'encens avec nous.
La
Fortune:
La complaisance est grande.
Mars:
Et n'est pas sans exemples,
Cesar, Auguste, ont eu des Temples.
La
Fortune:
Il est vrai, mais jamais monumens si pompeux,
Jamais Temples si beaux élevez à leur
gloire,
De leurs faits les plus glorieux
A leurs Neveux n'ont transmis la memoire.
Mars:
Ce Heros est au dessus d'eux.
De leurs hauts faits qui dans l'Histoire
Paroîtront un jour fabuleux,
Puisqu'en les voyant même on a peine à les
croire,
Il faut que la posterité
Contre le doute rassurée,
Dans ce beau monument d'éternelle durée,
Sur le marbre & l'airain lise la verité.
D'aucun terme flateur elle n'est alterée:
Voyez, examinez.
La
Fortune:
Mon nom n'est point ici;
Je vois briller par-tout celui de la Sagesse.
Mars:
Tâchez de meriter, Déesse,
Que votre nom y soit aussi.
Dans tous ces ornemens que vous voyez paroître,
Il est encor des places à remplir,
Prenez soin de les embellir
Des succez que vous ferez naître:
Mais à la grandeur de LOUIS,
Ainsi que moi la Gloire s'interesse;
Et tous les yeux sont ebloüis
De l'éclat qu'en ces lieux elle répand sans
cesse:
Elle vient, je la vois.
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Scene
2
Mars, la Fortune, la Gloire
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La
Gloire:
Pourquoi, Dieu des Combats,
De la Fortune excitez-vous le zele
En faveur d'un Heros qui n'a pas besoin d'elle,
Puisque la Gloire & Mars accompagnent ses pas ?
Que vagabonde elle aille où le hazard l'appelle,
Que contre la Sagesse elle ose encor lutter:
Mars, la Sagesse & moi nous triompherons
d'elle.
La
Fortune:
A triompher de moi vous aurez peu d'honneur.
Oui, je vous livre une victoire aisée,
Et vous me voyez disposée
A suivre les conseils du Dieu de la Valeur.
Mars:
Suivez-les donc sans inconstance;
N'exercez plus votre foible puissance
A vouloir pour un tems suspendre le bonheur
D'un Heros que le Ciel sur les traces d'Alcide
Veut élever, d'un vol rapide
Au plus haut point de la grandeur.
Au cours de ses Destins vainement on s'oppose;
Tôt ou tard ils seront remplis,
Et le Ciel Protecteur du Monarque des Lis,
De l'Empire du monde en sa faveur dispose,
Quand vous osez flater ses Ennemis.
De vos bienfaits que faut-il qu'ils esperent ?
C'est leur bonheur, c'est la Paix qu'ils different
En différant d'être soumis.
Qu'à vos desirs vos zele réponde,
Que ceux de qui l'espoir sur vos faveurs réponde,
De leurs projets sentent la vanité,
Et qu'aux pieds de LOUIS leur orgueil se confonde.
Son Trône des tems respecté,
Ne peut être sujet à l'instabilité.
Par une faveur sans seconde
Dans leurs Conseils les Dieux l'ont arrêté;
Au milieu d'une Paix profonde
Son heureux Posterité
Dominera la Terre & l'Onde;
Et sa tige en Heros féconde,
Comme un bel arbre au bord d'un clair ruisseau
plané,
De ses rameaux un jour couvrira tout le monde.
Quel bruit de répand dans les airs?
La
Gloire:
C'est la Renommée.
La
Fortune:
Oui, c'est elle.
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Scene
3
Mars, la Fortune, la Gloire, la
Renomée
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La
Renommée:
Je viens des bouts de l'Univers
Publier de LOUIS la grandeur immortelle,
Et rendre compte à cent Peuples divers
Du haut degré de gloire àù la Vertu
l'appelle.
Ce Temple à ce Heros par ses soins elevé,
A peine encor est achevé,
Et des plus reculés rivages
Déja les Habitans sur ces bords fortunez,
Par l'ardeur de la voir, de lui parler entraînez,
Viennent lui rendre leurs hommages;
De tant d'éclat leurs yeux sont etonnez,
Et leurs coeurs enivrez de l'heureuse assurance
Que les Dieux les ont destinez
A vivre un jour sous sa puissance.
La
Gloire:
Venez vous unir avec eux,
Tranquiles Habitans des rives de la Seine,
Par les plus doux concerts, les plus aimables jeux,
Les spectacles les plus pompeux
Qu'on ait jamais étalé sur la Scene,
Que le reste du monde apprenne
Combien dans ces climats les Peuples sont
heureux.
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DIVERTISSEMENT DU PROLOGUE
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[les
Nations les plus éloignées viennent au Temple
que la Vertu a fait élever à la gloire du
Roi]
Un
Indien:
Pour venir admirer le plus grand Roi du Monde
Nous avons traversé les Mers,
Contre nous vainement les airs Tyrans des Airs
Ont emû le couroux de l'Onde;
Thetis a nommé ce Heros,
Son nom seul a calmé les flots.
Mars:
Unissez-vous avec Mars & la Gloire,
Chantez ce Heros glorieux.
La Vertu lui consacre un Temple en ces lieux
Pour eterniser sa memoire.
Duo:
Unissons-nous avec Mars & la Gloire,
Chantons ce Heros glorieux.
Jamais regne plus heureux
N'aura place dans l'Histoire.
Mars:
Il faut de ses exploits fameux
Etre les témoins pour les croire.
Duo:
Il faut de ses exploits fameux, &c.
Chantons, unissons-nous, &c.
Mars:
Ici toujours dans l'abondance
Parmi les jeux & les plaisirs,
Rendez grace au Heros dont l'auguste puissance
Vous assure d'heureux loisirs.
Une
Indienne:
Pour cet Empire
Tous les Astres aiment à luire.
Quel air on respire
Dans cette charmante Cour !
Le Dieu brillant qui nous éclaire,
Dans le cours de sa carriere
Répand également le jour:
Mais de sa plus vive lumiere
Il brille dans ce beau séjour.
Duo:
Chantons ce Heros glorieux, &c.
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NOUVEAUX DIVERTISSEMENTS
ACTE I
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La
Décoration represente une Plaine, où diverses
ruines marquent les restes de quelques Palais
démolis: au bout de cette Plaine paroît une
Montagne fort haute. Elle est fertile dans le bas en Plantes
& en fleurs bâtardes; c'en en ce lieu que
Circé vient ordinairement chercher les herbes dont
les sucs servent à ses enchantemens; Pendant qu'elle
est occupée à les choisir, trois de ses
Nymphes sont surprises par des Satyres, qui leur chantent
les paroles suivantes:
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I. Sâtyre:
Vous êtes faite pour l'Amour,
Et je suis fait pour la bouteille;
Je vous aimerai tout un jour,
Et nous passerons l'autre ensemble sous la Treille.
Avec un Ivrogne parfait
On est sûre du secret,
Et ses chaînes sont éternelles.
Le vin le rend & fidelle & discret,
Il oublie en beuvant les plaisirs qu'on lui fait,
Et les faveurs du méme objet
Lui paroissent toujours nouvelles.
II.
Sâtyre:
De la Bergere
La plus fiere
L'Amour est toujours vainqueur.
Quand un coeur
Long-tems differe
Le Bonheur
D'un tendre amant qui sçait plaire,
C'est la peur
Qu'il n'en fasse pas mistere.
Pour nous qui sçavons nous taire,
D'ordinaire
L'on a guere
De rigueur.
De l'amour en assurance
Avec nous on fuit les loix;
Nous sommes les Dieux des bois,
Et les bois sont le séjour du silence.
[d'autres
Satyres surviennent encor; Circé arrive, & pour
les punir de leur insolence, elle les fait tous enlever dans
les airs, de tous côtez du Theatre, ce qui forme un
spectacle surprenant & à la vûë &
à l'imagination même]
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NOUVEAUX DIVERTISSEMENTS
ACTE II
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Le Theatre represente
un des plus beaux endroits des jardins de Circé;
c'est une Allée de palissades, ornées de
Statuës de Faunes de marbre blanc: elles portent sur
leurs épaules des Consoles qui servent d'entablement,
& sur chacune des Consoles il y a des Vases de bronze
doré, dans lesquels sont des Orangers. Cette
Allée se termine à une Terrasse, aux deux
côtez de laquelle sont des Escaliers de marbre blanc,
qui conduisent à un Bâtiment leger, aussi de
marbre blanc, d'ordre Corinthien. La Terrasse est
soutenuë par des Statuës de Faunes, comme celles
qui sont aux deux côttez de l'Allée, & du
haut tombent plusieurs Nappes dans des bassns enrichis de
Statuës de bronze doré. C'est-là que
Circé attend Glaucus, qu'elle ne connoît que
sous le nome du Prince de Thrace, pour tâcher de
sen faire aimer. A peine est-il arrivé, que
pour augmenter la beauté de ce magnifique jardin,
elle y fait naître des Berceaux soutenus par dix
figures de bronze. Glaucus ne répond pas à la
tendresse de Circé, comme elle le fouhaire; &
pour avoir le rems de moderer & de cacher son
dépit, elle fait chanter le Dialogue
suivant
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Daphné,
seule:
Lieux charmans, Arbres toujours verds,
Jardins respectez des hivers,
Qu'en ces Rochers inaccessibles
L'arc de Circé fit naître au milieu des
deserts;
A mes peines soyez sensibles,
Et dans vos retraites paisibles
Cachez la honte de mes fers.
[Coridon
paroît sans être vû de
Daphné]
Pour un
Amant qu'un autre engage,
Un Dieu cruel me fait brûler,
Est-il un plus sensible outrage;
A mes malheurs rien ne peut s'égaler.
Ai-je si peu de charmes en partage
Qu'ils ne puissent le dégager ?
Qu'il m'aime un jour, dût-il aprés changer.
In n'est qu'ingrat, je le voudrois volage.
Il vient, cachons-lui mon tourment,
Et que du moins il n'ait pas l'avantage
De voir tout mon amour dans mon ressentiment.
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Daphné:
Seul en ces lieux quel dessein vous attire ?
Coridon:
Je vous y trouve seule aussi,
Mêmes raisons peuvent nous y conduire.
Daphné:
Je me plais à rêver ici.
Coridon:
La solitude
Est le remede le meilleur
De l'amoureuse inquietude.
Quand l'amour regne dans un coeur,
On se fait de rêver une douce habitude,
Et l'on cherche avec soin pour cacher sa langueur
La solitude.
Daphné:
Aux coeurs vainement enflamez,
La solitude a de quoi plaire:
Mais les Amans ne l'aiment guere
Si-tôt qu'ils sont sûrs d'être
aimez.
Coridon:
Qu'elle me sera toujours chere.
Daphné:
N'étes-vous pas content de l'objet de mes voeux ?
Cloris vous fait un sort heureux.
Coridon:
Vous avez seule droit de la fire.
Daphné:
Moi ?
Coridon:
Vous. N'affectez point une vaine colere,
J'ai lû dans vos soupçons jaloux
Le destin qu'il faut que j'espere,
J'abandonne mon coeur aux transports les plus doux;
Vous me croyez ingrat & je suis temeraire.
Vous m'aimez, belle Nymphe, & je brûle pour
vous.
Daphné:
A vos regards Colris a paru belle,
Et vous avez été sensible à ses
attraits...
Coridon:
D'un coeur à l'amour rebelle,
Vous seule avez troublé la paix;
Je sens pour vous ses premiers traits;
Vous me vouliez infidelle,
Je ne le serai jamais.
Ensemble:
Brûlons tous deux d'une ardeur éternelle,
Quel autre pourroît m'enflâmer ?
Quand vous cesseriez de m'aimer,
Je ne cesserois point de vous être fidelle.
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NOUVEAUX DIVERTISSEMENTS
ACTE III
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C'est
un magnifique Palais d'ordre Corinthien, dont les Colonnes
sont torses, entourées de lauriers d'or, & les
piédestaux de marbre rouge composé, avec des
bas-reliefs de bronze doré, representans des jeux
d'enfans; il se termine par trois grands Portiques avec de
semblables colonnes; la Corniche & l'Architrave sont
ornez de Modillons d'or; autour regne une Balustrade qui
sert d' Attique, & qui porte d'espace en espace des
Vases dorez remplis de fleurs. Glaucus surprend Silla dans
ce Palais avec Circé, qui pour dérober sa
Rivale aux yeux de Amant, rassemble en l'air plusieurs
nuages qui les envelopent l'une & l'autre, & qui se
dissipe ensuite, laissant Glaucus dans le desespoir. Il
implore le secours de Venus, & pendant qu'elle descend
du Ciel, on chante les paroles suivantes
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Al bel
lume
Del tuo nome,
Vagha Dea,
Il Ciel piu bel si fa.
E nel
cuore
Il dio d'amor,
Volande va.
Vaghe
piante,
Herbette liete,
Deh godete;
Ogni fronda
Sia gioconda.
Al bel
lume, &c.
|
Au bel
éclat
De ton nom,
Charmante Déesse,
Le Ciel se fait plus beau.
Et dans
les coeurs
Le Dieu de l'amour
Volète.
Charmantes
plantes,
Joyeuses herbettes,
Ah, réjouissez-vous;
Que toutes les frondaisons
Soient joyeuses.
Au bel
éclat, &c.
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NOUVEAUX DIVERTISSEMENTS
ACTE IV
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Il se
passe dans le lieu le plus sombre d'un bois, que des arbres
très-grands & un ombrage très-épais
rendent presque impenetrable aux rayons du Soleil.
Circé y mene Silla comme dans un azile assuré
contre les persécutions de Glaucus; & poux lui
rendre cette retraite plus agréable, plusieurs
Nymphes & Pastres viennent y celebret les noces d'une
Bergere des environs
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Aminte:
Quand à l'hymen on s'engage,
Faut-il rompre avec l'Amour ?
Damon:
C'est la loi de ce bocage.
Aminte:
Quittons-ne donc le séjour.
Quand à l'hymen, &c.
Je porte
un coeur trop volage
Pour n'y pas manquer un jour,
Quand à l'hymen, &c.
Damon:
Cette loi n'est point d'usage
Dans tous les lieux d'alentour;
Quand à l'hymen, &c.
Aminte:
La plus belle de nos Campagnes
A l'hymen vient de s'engager.
Je ne crains plus que mon Berger
Trouve d'objets dans ces Campagnes
Qu'il puisse le faire changer.
La plus belle, &c.
Damon:
Pour elle cette Fête est belle,
Elle l'est encor plus pour nous.
Dans l'espoir d'être son Epoux,
Aucun Berger n'étoit fidelle,
A present ils le serons tous.
Pour elle cette Fête, &c
Aminte:
De l'hymen, jeunes Bergers,
Ne craignez point l'engagement
Ses loix severes
Ne le sont guere
Quand l'Epoux est toujours Amant...
Damon:
Sous d'autres loix s'il se range,
Il est aisé d'en faire autant.
C'est par le change
Que l'on se venge
D'un Epoux qui n'est pas constant.
Aminte:
Dans ces doux aziles
Nous vivons trnaquiles,
Avec les Amours
Nous passons nos jours;
Ni soin, ni tendresse,
Ni trop de sagesse,
N'en troublent le cours.
Damon:
La Paix, l'innocence,
Et l'indépendance
Font notre trésor.
Nous vivons encor
Parmi l'abondance
Sans magnificence
Comme au siecle d'or.
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NOUVEAUX DIVERTISSEMENTS
ACTE V
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Le lieu
folitaire qui a paru dansl'Axte précédent, fit
place à un très-beau Sallon du Palais de
Circé. Ce Sallon est orné de Colonnes de Lapis
& de Statuës d'or; il est ouvert par un seul
Portique, qui lait découvris dans l' enfoncement un
fort beau morceau de jardinage d'un côté, &
le rivage de la Mer de l'autre; & lorsque Circé
quitte Glaucus pour ne le plus revoir, le Sallon
disparoît, & Glaucus se trouve sur les bords de la
Mer, où Neptune paroît avec plusieurs Tritons.
Il promet à Glaucus que si Jupiter y consent, il
recevra Silla au rang des Nereïdes. Jupiter du plus
haut des nuës, donne son aveu au dessein de Nepruna,
& les Divinitez de la Mer en témoignent leur joie
par des Danses & par les Chansons qui
suivent:
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Une
Nereïde:
Que Glaucus est heureux !
D'une Nereïde nouvelle
Autant aimé qu'amoureux !
Rien n'éteindra une flâme si belle,
Les Dieux ne l'ont fait immortelle
Que pour eterniser leurs feux.
Un
Triton:
Jeunes Beautez, goûtez bien les douceurs
D'un calme heureux qui succede aux orages,
Regnes toujours sur nos rivages,
Vous y verrez moins de naufrages
Que vous n'embrasserez de coeurs.
La
Nereïde:
Dans nos grottes profondes
L'amour brûle nos coeurs,
Et la froideur des ondes
N'éteint point les ardeurs.
L'Amour ne quitte guere
Cet aimable sejour.
Il fut le Berceau de sa Mere,
Il se plait d'y tenir sa Cour.
Le
Triton:
Sur la plaine liquide
Craint-on de s'engager ?
Pour les coeurs qu'Amour guide
Il n'est point de danger,
Quand on vogue à Cythere
Au Printems de ses jours,
Le voyage est facile à faire,
Et jamais il n'est de long cours.
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