Les
Eléments
Oeuvre de
musique dans le style italien
Opera
armonica al estilo ytaliano Antonio
de Literes [1673 - 1747]
auteur du livret anonyme
|
L'Air
[El Ayre], soprano |

Duo L'Air
& la
Terre Et
honorez sa lumière Mêlant
leurs lyres, bruissent dans l'air
Par vos tendres discours,
Vos doux appels
Et vos suaves accords.
Les fleurs offrent en hommage
Le nectar qu'elles recèlent.
La ramée s'agite
A l'approche de la brise du matin.
Les prairies se réjouissent
Les feuilles se balancent;
Les voix de la Nature:
Plantes harmonieuses, bocages aux maintes nuances,
Et toutes les belles créatures qui peuplent le
globe.
A 4 Ainsi
doivent-elles fêter le jour
Le louer, l'honorer
Par de doux roucoulements
Et de tendres caresses.
L'Air
& la
Terre Tous
les oiseaux lui dédient leurs
déférentes roucoulades.
Jusqu'aux plus humbles gazouillis.
A 4 La
Terre offre ses fleurs,
Le Feu son ardeur,
Le Vent son murmure,
Et l'Eau son rire.
Récitatif L'Eau:
Au bruit rapide de son souffle
S'éveillent les paisibles fleurs,
Et se balancent les branches
Dans un doux murmure.
Tous, mêmes les troncs insensibles,
Tous annoncent l'arrivée du soleil
Les uns de leur voix rudes, les autres de leurs
chants.
Ariette L'Eau Le
doux orme
Apaise de sa voix claire
La peur
De l'horreur blafarde.
Les ombres opaques
Que la nuit triste
Envoie de son centre
S'enflamment dans la lumière
Que le soleil à son lever
Nourrit de son ardeur.
Récitatif Le
Feu:
Si la plante fugace,
Toujours verte et farouche
Est la préférée d'Apollon,
Elle doit cependant, pour exister,
Par soumission et par respect,
Les feuilles tressées
D'émeraudes,
Rendre hommage à un autre.
Nulle équivoque dans cette allégeance,
Car tous les éloges lui sont dus.
Ariette Le
Feu Que
le diamant
Soit un feu incandescent:
Que son ardeur flamboyante
Fasse briller
D'une lumière chatoyante,
Éclatante et pure,
Tout ce qui fleurit.
Duo L'Eau
et le
Feu Je
suis l'Eau
Je suis le Feu
L'écume salée
Épuise les rameurs
Car la forge brûlante
Contraint sa colère dans la cristal
marin.
Récitatif L'Eau
et le
Feu:
Et bien qu'il n'y ait rien à brûler,
Rien sur quoi déchaîner mon courroux,
Mes volcans soumettent les vagues,
Les flots se muent en flammes.
On entend le fracas des voix
Contraires et confrontées:
Le Feu, l'Eau le feu se noie
L'Eau, le Feu l'eau s'embrase.
Duo L'Eau
et le
Feu Les
Furies assoiffées
Crachent des flammes,
Quand l'Eau
Précipite ses vagues ondulantes.
Assoiffé, le Feu
Boit ses marées,
Insatiable,
Sans pouvoir se désaltérer.
Récitatif L'Air:
Je suis l'Air et je souffle l'harmonie
Qui a vaincu les vapeurs froides.
Quand je frôle les ténébreux
déserts,
Tout cède à mon souffle.
Les noirs nuages, en l'absence du jour,
Assombrissent les déserts.
Mais grâce à mes souffles,
Les brumes quittent l'espace
Qu'elles occupaient.
Car lorsque le soleil s'éloigne de mes
contrées,
Bienveillant, il me cède sa place.
Ariette L'Air La
sphère dorée sillonne joyeusement
La gracieuse fierté d'une douce brise.
Après avoir rejoint sa belle demeure,
Elle se repose et se détend avec de doux
roucoulements.
Récitatif La
Terre:
Non, je ne saurais souffrir que
Sur mon sein les incendies flamboient sans cesse,
Et que la noirceur de leur désolation
S'étende sur mes branches incultes.
Je suis la Terre, gouvernée par les
étoiles
Qui me conduisent en l'absence du soleil,
Quand manque la lumière à tant de fleurs
Qui ornaient autrefois de leurs magnifiques couleurs
Un autre ciel. Dans la nuit noire et bruyante,
Leur doux parfum, leur suave fragrance
N'honore pas les prairies,
Bien que le doux vent d'ouest les frôle.
Ariette La
Terre La
Terre est saisie de froid,
La mine défaire,
Vêtue de fleurs
Que le vent du nord engourdit,
Flétrit et contrarie.
Le vent du sud,
Clément et tempéré, a beau
Épandre son parfum à travers son souffle,
Sur les feuilles, il se reflète
gelé.
A 4 Dans
cette triste confusion
Les voix se lamentent encore et encore.
Avec des soupirs déchirants
Elles déplorent l'absence du Soleil.
Ariette L'Aurore Amour
! Amour !
Qu'il est caressant,
Ce souffle !
Qu'il est doux, qu'il est suave
LÉcho agile,
Formé par l'air,
Me revient la voix,
Et de sa répétition.
Couplets
et Refrains, la
Terre Couplet: Refrain: Couplet: Refrain: Couplet: Refrain:
Naît l'harmonie
Plaignez la Terre !
Quand le soleil obscurcit ses rayons,
Les ombres qui enveloppent l'hémisphère
Ressemblent à de funestes voiles de
deuil.
Et rien n'y fait !
Car quand la lumière manque,
Tout se meurt.
Quand ses rayons s'évanouissent,
Son influence vacille
Et finit par mourir.
Pleurez le coucher su soleil !
Quand s'éloignent ses feux,
De la morne contrée qu'ils ont quittée
S'élève un chant
funèbre.
Et rien n'y fait ! Etc.
Gémissez, Soupirez !
Et souffrez votre sort en patience,
Car quand la lumière s'éteint
Vains sont ses atours.
Et rien n'y fait ! Etc.
Récitatif Le
Feu: Ainsi mon
ardent brasier
Mais dans la nuit sombre
L'obscur Mont Gibel
Crache sans merci ses fourbes flammes.
L'élançant dans un vacarme guerrier
Elles tourbillonnent en son giron.
Une fois embrassées, nul ne peut les éteindre
!
Est réverbéré dans les quatre
éléments,
Jusqu'à ce que le lumineux Apollon
Prenne la conduite des lumières.
Ariette Le
Feu Avide
de pouvoir,
Mon fier orgueil
A bu à la source du soleil
Une nouvelle ardeur.
Et au milieu des ombres
Le Feu a lancéLes superbes rais
D'une brillante lumière.
A 3
[l'Air,
l'EAu & la Terre] Des
éléments opposés,
Mais ils combattent à forces si égales
Que leur fracas concorde;
Ils se battent en mesure
Mais à contretemps:
Au son d'un coup durement porté
Répond en écho un doux bruit.
Insatiable, le feu gémit,Inflexible.
Massive, la Terre
Craque, courroucée.
La mer tourmentée
Se rue en raz-de-marée.
Tristes sont les accents
De l'air impétueux;
Les maladroites et les discordantes turbulences
Se muent en mode mineur et en trilles.
Unifiant le courroux des éléments avec le
vent
Pour que sa colère serve d'instrument.
Récitatif Le
Temps:
Et par la fatigue,
L'illusion, l'horreur et la peur,
Vous comptez, voix confuses,
Troubler ma tranquillité.
Cependant, l'orgueil audacieux et altier
Des éléments en furie
Ne pourra ni tempérer ma superbe,
Ni engourdir mon courage.
Hors de portée de votre entreprise
Et de votre influence maligne,
Se tient le Temps,
Que rien ne peut arrêter.
Comme je perçois déjà à
l'Ouest
Les prémices du jour,
Je vous dis, sans me soucier
De votre colère, ceci:
Ariette Le
Temps Ambassadrice
du soleil,
Aurore annonce avec joie
La venue de sa lumière
Qui disperse la nuit.
Les noirs nuages,
Lourdement chargés de vapeurs,
Craignent ses ravages
Car ils voient qu'Apollon
Pour elle
Darde ses rayons ardents.
Récitatif La
Terre:
Alors la lumière du jour naissant
Fera fondre le givre.
Et dans une profusion de nuances et de couleurs
Se montrera la splendeur des fleurs,
Épandues sur le vert tapis,
Semblables à un tableau, à peine
écloses.
Les oiseaux, qui pendant la nuit noire
Protégeaient leur nid,
Courtisent l'Aurore
Dès qu'ils la voient, chacun dans son langage.
Ainsi fleurs et oiseaux lui offrent
De suaves parfums et de douces harmonies.
Ariette La
Terre Puisse
la Terre engourdie ouvrir
La geôle d'émeraudes
Qui retient les fleurs,
Et qu'elles puissent répandre
Partout leur parfum.
Quand le soleil l'inondera de ses rayons,
Elle chantera se reconnaissance.
A 4 Tous
les parfums s'offrent à elle
En reconnaissance:
La Terre, ses magnifiques fleurs,
La rosée, son rire cristallin.
Chacun rivalise
Dans la joie
Et soupire,
Avec des parfums fleuris,
Après le jour et la fin du gel.
Récitatif L'Air:
Déjà se dissipent les vapeurs
Nées pendant la nuit,
Répandues parmi les ténèbres
A la morne indignation des fleurs.
Et la frayeur se mue en joie.
Les chardonnerets, ravis,
Jusqu'alors silencieux, commencent à chanter,
Et font entendre leurs trilles amoureux.
Sur les ailes de la lumière portée par
l'air,
Leur souffle devient harmonie,
Car leurs couplets imitant ma voix
Résonnent agréablement.
Ariette L'Air Dans
les bras de l'aube
Le chardonneret parcourt la sphère.
Dans son langage subtil
Au chant mélodieux,
Il transforme le triste mode mineur
En douces modulations,
Il réjouit et surprend
Par son chant ravissant.
Récitatif L'Eau:
Ô Divinités, qui sur le mont aux deux
sommets
Accordèrent l'harmonie au divin Apollon,
Pour qu'il serve dès aujourd'hui de principe
immuable
Et couronne vos chants de sa participation,
A présent que les instruments sont
accordés,
Je requiers votre attention.
Je vous appelle
Et vous invite cette fois
A rendre hommage à Clio
Pour qu'elle m'inspire
Et guide doucement ma lyre.
Je vous prie
De m'encourager
Dans mon dessein.
Ariette L'Eau Sonnez,
trompettes,
Résonnez, instruments !
Les doux violons
Répondent en écho
De tendres chants
Et de suaves accents.
A 4 Sonnez,
trompettes, etc.
Couplet
& Refrain, L'Aurore Couplet: Refrain: Couplet: Refrain: Couplet: Refrain:
Éveille-toi, belle endormie,
Éveille-toi au son de ma voix,
Que cette lourde torpeur
Fasse place à l'aube.
Chut ! Silence !
Que puisse se faire entendre
Le paisible retour de l'écho.
La douce caresse de l'aurore
Change le bruit en harmonie
Un bâillement parfumé
Est le signe du jour naissant.
Chut ! Silence ! Etc.
Le souffle de l'harmonie
Fait bouger les fleurs,
Effleurées par sa lumière,
Elles chantent dans la joie et l'harmonie.
Chut ! Silence ! Etc.
La
Terre Dans cet
hémisphère,
Ce dur obélisque
Qui sert d'abri
A tant de créatures.
On cherche, on sent déjà bien
La belle source de lumière,
Le magnifique embrasement
Qui dissipe les ombres
Fuyant devant le soleil.
L'Air Mon
royaume accueille
L'aile légère
Qui vole pour
En examiner le centre
Où se perçoit
La lumière pérégrine
De la divine aurore.
Le lumineux Apollon
Lance les flammes volantes
De ses rayons.
Le
Feu Le timide
brasier,
Flamme craintive,
Déplore le froid
Intense. La lumière qui brille
Tire vanité du soleil;
Qu'elle souffre une défaillance
Et craigne ses rayons,
Sa lumière sera tremblante.
A 4 La
Terre, l'Eau et l'Air
Sont ses trophées.
Avec le Feu, ils aviventLeur éclat.
L'Air: La
Terre: L'Air: La
Terre:
Fleurs, oiseaux, sources et rivières,
Entendez ma chanson.
Prairies, champs, monts et forêts,
Recevez mes brûlantes caresses.
Oiseaux qui parcourez les airs,
Pourquoi ne chantez-vous pas ?
Sources qui courez à travers les prairies,
Pourquoi vous arrêtez-vous ?
Duo L'Air
et la
Terre Pourquoi
ne chantez-vous pas
La lumière de l'aube.
Alors que vous bercez le soleil
Dans une nacelle d'argent ?
Récitatif L'Air: La
Terre:
Ma voici que s'entend le grondement
Du char du soleil, aiguillonné
Par les échappées de lumière
Dont Apollon se sert
Pour disperser les ombres
Et raviver les rayons.
On le voit depuis la tour de guet,
Panache dressé, faîte altier
Que frappent d'abord ses rayons,
Car c'est elle que son ardeur
Touche en premier.
A 4 Ainsi
le chant des oiseaux,
Le parfum des fleurs,
Leurs joyeux babils
Et leurs aimables couleurs,
Offrent leurs douces harmonies
Et leurs suaves fragrances.
L'Air: A 4 Afin
qu'ils égayent son triomphe L'Eau: A 4 Il
apaise les flots Le
Feu: A 4 Avec
lumières et flammes La
Terre: A 4 La
terre donne en hommage L'Aurore: A 4 Pleine
de force Le
Temps: A 4 Les
instants où ses mérites
Haut
de page
Le sphère riche
De lumière pérégrine
S'accorde avec lui,
Doucement, en harmonie
Avec ce rossignol
Dont le chant à chaque fois
Préserve de la grisaille.
De leurs chants agréables,
Et qu'ils accueillent le jour
Que leurs chants ont appelé à la
vie.
Le ruisseau fredonne,
Gay, bavard,
Et se hâte
Vers la prairie adorée.
Il est vite amoureux
De celle qu'il aime vraiment,
Il proclame bien vite
La victoire du dieu d'Amour.
En un clair miroir,
Sur lequel se reflètent
Ses trophées.
Pur élément,
Craint de tous sans exception
Avide, embrasé,
Continuellement altéré,
Par la férocité
De ta colère,
Tu sais cependant bien enflammer
Et bien caresser de ta ferveur.
Le feu proclame
Son rayonnement et enseigne
Qu'il vit et donne la vie.
Bois ornés
De milles couleurs,
Parsemés
De fleurs,
Soyez pleins de sagesse,
Répandez votre parfum;
Que cette fragrance embaumée
Vous pare de splendeur.
Un tapis de fleurs,
De mille couleurs
De lumières et d'étoiles.
Si les voix
Respirent mon haleine suave,
Elle retirent les ombres
Des éléments,
Et, se parant de couleur,
Mes rayons brillants
Se mirent gaiement
Dans une lumière supérieure.
La lumière pérégrine
De l'aube naissante
Célèbre la jour.
Les siècles ont uni
Ce que le temps sépare.
Que la fortune ne juge pas
La faveur qu'elle a obtenu:
Si elle était méritée,
Se la reprocher serait une erreur,
Car le grand mérite
Est la récompense suprême.
Reçoivent des éloges
Embrassent
Les siècles entiers.