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Masque,
pour le Divertissement du Roy, en un Prologue &
III Actes
auteur
du livret anonyme
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Le rideau s'ouvre sur Cupidon, un arc dans une main et dans l'autre une flèche, et des flèches autour de sa ceinture. Autour de lui, des bergers et des bergères. |
Cupidon,
salue puis chante: Bergère: Churs
des Bergers: Berger,
ténor: Bergère,
puis Chur des Bergers & des Bergères: Berger
& Bergère, puis Chur: Cupidon: Berger,
alto: Cupidon: Berger: Cupidon: Le
Chur reprend cet air Cupidon: [Entrée
de Cupidon]
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Regardez donc mes flèches et mon arc
Et mon adresse dont je veux vous séduire :
Aucun sein ne sera découvert
Qui ne portera la marque d'une blessure.
Ma plus belle prouesse serait encore
De t'atteindre en plein cur:
Vois comme je vole de mes deux ailes,
Ouvre-toi, je t'en prie, au Dieu de l'Amour.
Venez, bergers, venez tous, chantons, dansons !
Soyons heureux, gais, amants et amoureux !
Venez, bergères, chantez et dansez !
Soyez heureuses, gaies, amantes et amoureuses !
Celle que de tendres instants indiffèrent
Et qu'un jeune cur amoureux n'émeut
guère,
Si elle voulait rattraper le temps
II ne lui resterait qu'un faible amant.
Des Puissances Célestes accueillons la plus
grande
Venue nous accorder quelques heures
bienheureuses.
Oh, ne laissons pas Amour quitter ces lieux
Sans qu'il n'ait empli chaque cur.
Avec vous, courtisans, point de fidélité,
Vous changez si souvent qu'il se peut;
Quant à vos dames, point de mystère
jusqu'à ce qu'un autre amant s'offre à
elles.
Cupidon, en avez-vous beaucoup rencontré
Des amants depuis longtemps enchaînés
?
A la cour je vois fidélité et
sincérité
En un seul vieux lord, ou deux.
Qui donc par votre Empire restent le plus longtemps
unis
Les sots, les laids et les vieux.
Dans ces charmants bosquets l'amour ne s'apprend pas
Beauté et Plaisir ne se marchandent pas:
A de tendres désirs la nature invite les femmes,
Et par nature s'éprennent les jeunes curs
amoureux.
A l'ombre la plus proche, amants, retirez-vous
Et laissez-vous aller à vos vieux les plus
tendres.

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La scène présente Vénus et Adonis assis sur un divan et se noyant de baisers. |
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Adonis: Vénus: Adonis: Vénus: Adonis: Vénus: Adonis: Vénus: Adonis: Vénus: Adonis: Vénus: [Des chasseurs s'approchent d Adonis et chantent ce chur:] Chur,
altos, ténors, basses: Un
Chasseur, alto: Adonis: Chur
des Chasseurs: [Entrée-Danse d'un chasseur] |

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L'on voit sur scène Vénus et Adonis entourés de petits Cupidons. |
Cupidon: [désignant
les petits Cupidons] Les
plaisirs, comme une foule, se bousculent, Vénus,
prenant Cupidon sur ses genoux: Cupidon: Vénus: Cupidon
(La leçon de Cupidon) Les Petits
Cupidons: Vénus
& les Cupidons: Cupidon: Les
Cupidons, par groupes: Vénus: Cupidon: Vénus,
rit: Cupidon: Vénus,
rit encore: Cupidon
& Vénus: Vénus: [Danse
de Cupidons] [Après
la danse, les petits Cupidons s'amusent entre eux puis sont
brusquement dispersés par l'effroyable Cupidon
masqué. Puis - Cupidon ayant fait appel aux
Grâces - ils réapparaissent avec
précaution et se joignent à elles en
chantant] Vénus: Cupidon: Cupidon
& Vénus: Le
Chur des Grâces: [Danse
des Grâces] [Pendant
que dansent les Grâces, les Cupidons parent
Vénus : l'un d'eux la coiffe, un autre attache une
guirlande de perles autour de sa taille,
etc.] [Ground]
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Avec quelle délicatesse tu poses
Entre ces amoureux des chaînes,
Aucun ne peut manquer d'obéissance
Lorsque tu accomplis leurs vux les plus
chers.
Autour de toi batifolent les gracieux Cupidons.
Petit flatteur, as-tu appris
Ton joli métier qui te donne
Le pouvoir de faire saigner
Des milliers de curs attendris ?
Oui, ma mère, mais apprends-moi à
combattre
Tous ceux qui se moquent de ton petit coquin.
Aiguise bien tes flèches pour le combat,
Et choisis pour tous ce que chacun désire,
Fais que certains s'énamourent même s'ils ne
l'entendent pas
Et oublie le vilain et le coléreux ;
Et si d'autres méprisent les flammes de l'Amour,
Force-les à s'émerveiller.
L'insolent, l'arrogant,
Le M.E.R. Mer, C.E. Ce, N.A.I. Nai, R.E. Re :
Le Mercenaire, le sot et le vaniteux,
Le jaloux et le difficile,
Tous ceux qui rient de toi.
Tous ceux qui rient de toi.
Pour un fol esprit trop formel
Qui méprise le grand mystère de l'Amour,
Choisis quelqu'un qui savoure les regards secrets
Et qui adore les lectures romanesques ;
Pour celui qui est infidèle, sauvage et gai
Et qui s'amuse des peines de l'Amour,
Choisis-en une qui joue l'impudique,
Aussi infidèle et sauvage que lui.
Choisis-en une qui joue l'impudique,
Aussi infidèle et sauvage que lui.
Mais comment, Cupidon, rendre Adonis éternellement
fidèle?
Fais-le beaucoup...
Ah, ah, ah...
Fais-le beaucoup souffrir.
Ah, ah, ah...
Fais-le beaucoup souffrir.
C'est un jeu, chers amoureux, c'est un jeu :
Et Vénus en fait une fête.
Fais venir les Grâces.
Venez, Grâces, venez toutes!
C'est votre devoir
De cultiver le Spectacle de la Beauté.
Mortels d'ici-bas, Cupidons d'en haut,
Chantez les prières de la Reine de l'Amour.
Pour cette rayonnante Beauté le monde trépasse
;
Chantez les triomphes de ses regards vainqueurs.
Écoutez, écoutez, même la Nature en
soupire.
En cette nuit délicieuse
Elle suscitera le désir et procurera le
plaisir.
[Gavotte]
[Sarabande pour les Grâces]

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Lorsque le rideau s'ouvre, Vénus paraît, mélancolique. Affligé, un Cupidon traverse la scène et lui brandit une flèche. |
Vénus: [Elle
se penche vers un côté de la scène et
pleure] Adonis,
quon amène blessé: Vénus: Adonis: Vénus: Adonis: Vénus: Adonis: [Adonis
meurt] Vénus: [Ritournelle] Vénus,
puis le Chur: Vénus: Le
Chur:
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Adonis, de mon cur attristé s'échappent
des soupirs Adonis,
Et mes yeux sont noyés de larmes.
Un Amour tout en peine vient de se montrer
Chantant des tombeaux et de funèbres apprêts
:
Reviens, Adonis, pour toi je suis plongée dans le
chagrin.
J'arrive aussi vite que la Mort me le permet:
Vois la blessure dont m'a marqué le Sanglier
Edélien,
Le fidèle Adonis à cette heure doit
mourir.
Ah... le sang, la douce vie quittent son frais visage ;
Tu es trop jeune, hélas, pour dormir dans la
Mort:
Les Cieux entendront mes cris déchirants,
O Puissances du Ciel, Plaignez la malheureuse Reine de
l'Amour!
Je souffrirais aisément les coups mortels
S'ils ne séparaient les amants les plus
tendres.
Et vous, dieux cruels, pourquoi ne m'accordez-vous pas
L'immense privilège du trépas ?
Amour, puissant Amour, tu m'enflammes le cur :
S'il me manque la sève de la vie, dois-je rendre
l'âme ?
Non, non ! reviens, douce vie, car la Mort est
effrayée
D'envahir ce cur fidèle royaume de
l'Amour.
Non, le Monstre menaçant te gagne ;
Par ton sang tiédi la vie s'éloigne
furtivement.
J'entends appeler la Fatalité : laisse-moi
m'étendre sur ton sein,
C'est là que je désirais vivre, c'est
là que je demande à mourir.
Ah, ah... Adonis, mon amour, ah Adonis !
Laissons les Cupidons endeuillés emporter en grande
pompe
Mon Adonis bien-aimé dans les airs
voluptueux.
Lui trônera dans les cieux, et moi ici je verserai mes
larmes,
Jusqu'à ce que me fige, moi aussi, le
repos.
Pleurez votre serviteur, puissant Dieu de l'Amour,
Pleure ton chasseur, ô bosquet
déserté.
Pleurez votre bosquet. Pleurez, Écho, pleurez,
vous ne répéterez plus
Ses tendres soupirs et ses tendres vux du temps
où il connut
La malheureuse Reine de l'Amour
Dans ce bosquet déserté.