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Adriano Banchieri

Barca di Venetia per Padova
La Barque de Venise à Padoue

INTRODUCTION

L'Espiègle


Voici l'espiègle, homme plein d'esprit et d'enthousiasme. D'une voix forte il exhorte les passagers à monter dans la barque.


Que faites-vous, bonnets endormis ?
Pourquoi vous ennuyer ?
Sortez de votre sommeil oisif, entrez dans la barque;
Hâtez-vous et trouvez une bonne place.
Voyez, on m'a envoyé ici,
espiègle comme je suis
juste pour vous dire que vous allez en entendre de belles
quand vous passerez cette nuit par les marais.


Le Vacarmes des Pêcheurs


Tandis que les passagers rangent leurs bagages et cherchent une place, on entend les pêcheurs qui vendent leurs poissons à la criée.


Ténor:
Des huîtres à bouillir !
Écus, écus, coquilles St Jacques,
Couteaux, frais des sables !

Les Autres Voix:
Pour nous, les pêcheurs,
la vie, c'est la barque et la rame.
Il nous faut vivre dans les lagunes
entre la joie et la peine.
Nous ne regrettons pas cette vie
tant que nous attrapons du poisson;
mais nous sommes habitués
à rester souvent sans un sou.
Pour nous, les pêcheurs,
la vie, c'est la barque et la rame !


DEPART

Le Patron de la Barque et Ninetta


Au milieu du vacarme des gondoles, le patron de la barque dit au-revoir à Ninetta. Elle lui répond et un écho répond à leur conversation.


Dessus I et II:
Qui appelle Ninetta ?
Reviens vite, bien aimé
Tu m'as parlé ?
Alors crève ! Tu es mon
cher trésor ! je te quitte,
on m'appelle en bas !

Alto:
Ohé!

Ténor:
A bâbord ! Voleur ! Chien !

Basse:
Tribord, fils de Zaffo !

Alto, Ténor et Basse:
Ninetta, mon pigeon,
je pars, cher enfant.
Tu es la plus parfaite
des filles de Venise !
Ton visage doré
vaut bien la gondole du Doge.
Cet œil coquin
me pousse à la perte.
Ces lèvres pleines de miel
enflamment mon sang.
Comme il est dur de partir.
Hélas, je me sens mourir.
Allons, les rameurs, à vos postes !
Qui dit que nous partons ?
Allons !

Tout:
Nous partons dans l'allégresse
et nous n'avons peur de rien !



Le Patron de la Barque aux Passagers


Pendant que chacun s'installe commodément dans la barque, le patron s'avance et dit: Allons, gens de bonne humeur, offrons-nous un divertissement sur la route de Padoue.


Puisque ma barque est remplie
de tant de beaux esprits,
accordons-nous un divertissement
tandis que nous allons à Padoue.


Un Libraire Florentin


Un libraire de Florence s'avance et crie: il me faut cinq chanteurs et vous entendrez quelques capricciate de Banchieri.


Il me faut cinq chanteurs sur ce bateau !
Le divertissement
sera recherché et honnête,
et vous entendrez, passagers,
quelques capricciate de Banchieri.


Un Maître de Musique de Lucca


Que celui qui sait chanter ne nous fasse pas languir; et s'approche, dit un musicien de Lucca. Ainsi nous aurons une heure de plaisir sur la barque.


Do, ré, mi, fa, sol, la !
Approchez tous !
Que celui qui sait chanter s'avance
et nous allons passer une heure
à nous divertir sur cette barque.


Cinq Chanteurs dans différents Dialectes
Concert à cinq voix


Dessus I:
Colla Francisco, Napolitain

Dessus II:
Ceccho Bimbi, Florentin

Alto:
Messire Zorzetto, Vénitien

Ténor:
Petronio, Bolonais

Basse:
Mister Tolr Tuthesch


Voici un Napolitain, un Florentin, un Vénitien, un Bolonais et un Allemand qui veulent vous présenter un petit concert sur la barque.


Dessus I:
Colla Francisco, je suis de Naples.
avec ma belle voix de soprano.

Dessus II:
Ceccho Bimbi, je suis de Florence
je chanterai en fausset parce que je suis tout petit.

Alto:
Et moi, je suis messire Zorzetto, prêteur d'argent.
je chanterai en alto en forçant ma voix de poitrine.

Ténor:
Quant à moi, je suis Petronio de Bologne.
je chanterai ténor si ça vous convient.

Basse:
Moi être allemand. Moi chanter le basso.
Mais avant, faut trinquer et boire!

Ensemble:
Bien, bien, maintenant nous sommes cinq.
Buvons d'abord; après nous chanterons.



Le Vénitien et l'Allemand


Pour notre plaisir ils vont chanter quelques madrigaux à la façon de Gesualdo de Vense, mais auparavant l'Allemand fait circuler la bouteille.


Ténor:
Santé, io, io, io, io, io, io !
Salut, moi boire avec la bouteille.
Santé, io, io, io, io, io, vraiment !
Mon Dieu, à moi plaire le bon vin,
santé, io, io, io, io, io, io !

Les Autres:
Faites passer la fiasque !
Et après la deuxième ronde,
quand nous aurons bu,
nous voudrons chanter
pour nous amuser
une paire de madrigaux à la manière de Gesualdo.


Madrigal Affectueux


Le maître de musique de Lucca sort de sa poche un madrigal que vous n'avez jamais entendu: prêtez-y bien attention.


Main qui ignore la pitié,
plume qui ignore la justice,
en annonçant votre départ,
vous fixez un terme à ma vie.
Mais si, écrivez, nouvelle Parque d'amour: Il meurt.
Ainsi, votre chant sera moins trompeur
et plus près de la vérité.


Madrigal Capricieux


Le madrigal suivant, un madrigal capricieux, est composé sur les 2°, 4°, 6° et 8° modes. Écoutez le son en notes éparses.


Baisers suaves et chers,
pain de ma vie,
qui tantôt volez, tantôt me rendez mon cœur;
grâce à vous, il faut que j'apprenne
qu'une âme en extase
ne sent pas la douleur de la mort
et pourtant se meurt.
Combien Amour
mit en vous de doux amour, ô très douces roses.
Ah, si je pouvais finir ma vie
sous vos doux baisers,
qu'il serait doux de mourir.


Aubade dialoguée


Arrivée bruyante à Fusina. Après que les passagers soient tous installés, Rizzolina se plaint de la façon suivante:


Dessus I:
Non, de grâce, arrêtez ces madrigaux !

Tous:
Fa la la la la la la la la la la !

Dessus I:
Je suis Rizzolina, toujours aimable.

Tous:
La plus belle du pays.

Dessus I:
Je fais l'amour toute la journée.

Tous:
Puis, le soir, vers les quatre heures.

Dessus I:
Mon cher Pellizone!
sait chanter et jouer.

Tous:
Sait chanter et jouer du chittarone.
Fa la la la la la la la la la la !


Dialogue


Orazio et Rizzolina échangent des mots doux sur une mélodie des plus gracieuses devant les passagers qui y prennent goût.


Ténor et Basse:
Mon cœur, tu me parleras
la belle taille que tu as.
Je n'en vis jamais de plus belle
ni d'aussi parfaite.

Dessus I, II et Alto:
Mon cœur, mon cœur, mon cœur !

Ténor et Basse:
Mon cœur, mon cœur, mon cœur !

Dessus I, II et Alto:
Pellizone, tu me parleras
des belles hanches que tu as.
Je n'en vis jamais de plus belles
ni d'aussi parfaites.

Ténor et Basse:
Pellizon, zon, zon

Dessus I, II et Alto:
Pellizon, zon, zon

Ténor et Basse:
Mon cœur, tu me parleras
la belle taille que tu as.
Je n'en vis jamais de plus belle
ni d'aussi parfaite.

Dessus I, II et Alto:
Mon cœur, mon cœur, mon cœur !

Ténor et Basse:
Mon cœur, mon cœur, mon cœur !

Dessus I, II et Alto:
Pellizone, tu me parleras
des belles hanches que tu as.
Je n'en vis jamais de plus belles
ni d'aussi parfaites.

Ténor et Basse:
Pellizon, zon, zon

Dessus I, II et Alto:
Pellizon, zon, zon

Ténor et Basse:
Mon cœur, tu me parleras
la belle taille que tu as.
Je n'en vis jamais de plus belle
ni d'aussi parfaite.

Dessus I, II et Alto:
Mon cœur, mon cœur, mon cœur !

Ténor et Basse:
Mon cœur, mon cœur, mon cœur !

Dessus I, II et Alto:
Pellizone, tu me parleras
des belles hanches que tu as.
Je n'en vis jamais de plus belles
ni d'aussi parfaites.

Ténor et Basse:
Pellizon, zon, zon

Dessus I, II et Alto:
Pellizon, zon, zon



Applaudissements. Le Marchand de Brescia et les Juifs


Au cours de la traversée vers Dolo (oh, quelle joie), les juifs Béthel et Samuel font leurs prières très bruyamment avec le marchand de Brescia.


La trai nai nai nai nai nai nai nai nai na
Écoutez donc notre Samuel
qui veut faire ses prières avec Béthel.
La trai nai nai nai nai nai nai nai nai na
Oth zorocot Ballacott Assach mustac
Oga magoga hò hò hò hò
Béni celui qui viendra au nom du seigneur.
La synagogue, la synagogue.
La trai etc.


Madrigal dans le style du Romain Marenzio


La prière des juifs est terminée, les passagers applaudissent; les musiciens chantent comme intermède un madrigal à la manière de Marenzio.


Aujourd’hui je viens de naître, ô mon bien,
pour vivre que pour vous. Voilà la belle Aurore;
Elle engendra celui
qui adore votre beauté.
Que ma naissance serait heureuse
si votre bouche disait à son tour avec désir:
Aujourd'hui, je viens de naître, ô mon bien.


Madrigal dans le style du Napolitain Sprano


Le madrigal dans le style romain terminé, Colla Francisco en propose un autre dans le style du compositeur napolitain Spano.


De ses yeux splendides,
pleins de sérénité et de beauté,
ma chère Brunetta
me regarde avec l'oie,
pour me dédommager de mes singulières souffrances.
Moi aussi, je la regarde, ô chère âme;
et elle, qui cache en eux des traits amoureux,
bouleverse les sens avec ses tendres regards.


Première octave improvisée, avec un Luth


Après que la prestation des Juifs se soit terminée dans les rires et les chahuts, Orazio prend son luth et Rizzolina chante en improvisant une octave [poème de huit vers]


Dessus I:
Je me souviens quand j'étais enfant
ma mère me disait en me caressant:
Belle Rizzolina,
tes tresses blondes semblent de l'or pur !
Alors, soir et matin, avec mes compagnes,
je faisais l'amour;
et j'apprenais si bien,
que je volais leur cœur à mille amants par jour.

Dessus II:
Trinc tinc tin tin ti ri trinc

Alto:
Trinc tinc tin tin ti ri trinc

Ténor et Basse:
Trinc tinc tin tin ti ri trinc


Seconde octave improvisée, avec un Luth


Les passagers ont fait grand cas de cette improvisation. Orazio répond à Rizzolina par un poème de huit vers également.


Ténor:
Quand vous étiez enfant, votre mère
avait bien raison de vous caresser;
Vous êtes si belle Rizzolina,
qu'avec vos tresses blondes vous ressemblez au soleil.
Je pense à vous le soir et le matin,
tant vous m'avez gâté par vos manières
Et j'ai si bien appris l'amour
que je vous donne mon âme, mon esprit et mon cœur.

Dessus I:
Trinc tin tin tin ti ti trinc

Dessus II:
Trinc tin tin tin ti ti trinc

Alto:
Trinc tin tin tin ti ti trinc

Basse:
Trinc tin tin tin ti ti trinc


Air dans le style du Piémontais Radesca
Air dans le style de Radesca au Luth


Malheureusement une corde du luth s'est cassée. Rizzolina se met à chanter avec Orazio un aria secco. Écoutez bien:


Dessus I et Basse:
Vous dites être de feu
et vous n'êtes que glace.
Où trouva-t-on jamais ardeur glaciale ?
Ah, puissiez-vous être de feu,
vous qui n'êtes que glace.

Dessus II et Alto:
Trenc ten ten ten trenc

Ténor:
Trenc ten ten ten trenc


Le Patron de la Barque. Le Facteur. Tous pour la fin


On arrive au port de Padoue. Les passagers paient le patron et tous chantent à la fin: "Vivent les capricciate de Banchieri !"


Maintenant que nous sommes arrivés au port,
cherchez donc votre argent !
A tribord! Arrêtez vos refrains !
O, ça c'est une autre musique !
Combien recevez-vous par tête ?
Une pièce de vingt, les boissons en plus.
Portez-vous bien, bonne journée et bon voyage !
Payons donc, et ensuite, passagers, chantons
Vivent les capricciate de Banchieri !
La trai nai nai nai nai nai nai nai nai na !


Le Soldat dévalisé


Les passagers quittent le bateau et s'en vont dans toutes les directions. Ils croisent alors un vaurien qui se fait passer pour un soldat.


Un pauvre soldat
revenant de guerre
demande la charité sur son passage.
Que béni soit le jour
où je pourrai retourner au pays natal
Parents et amis
seront contents de me revoir en vie"
- Va donc travailler, vaurien ! [deux fois]

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