Louis Lully
[1664 - 1736 ]
Second Divertissement d'Anet
pour une
fête donnée au château d'Anet par le Duc de
Vensdome, 1687
en l'honneur du Grand Deuphin

Ouverture Prélude
Instrumental Daphnis Air
Instrumental Daphnis Licidas Daphnis Licidas Daphnis Daphnis
& Licidas Licidas vue
de la Maison Royalle d'Anet Air
Instrumental Silvandre Daphnis,
Licidas &Silvandre Silvandre Licidas Silvandre Air
Instrumental Silvandre
(ou Daphnis
) Danse
Instrumental Daphnis
(ou Silvandre
) Rondeau
Instrumental Chaconne
Instrumental
Vous qui fûtes jadis témoins de mes
soûpirs
Ruisseaux sacrez Forests paisibles,
Vous l'estes chaque jour de mes plus doux
plaisirs
Depuis que i'ay rendu sensible
L'objet de mes tendres desirs.
Je vois avec transport ces lieux où
Celimene
Pour la premiere fois daigna m'ouvrir son
cur,
Qui pénétré de l'excés
de ma flamme me reconnut pour son vainqueur.
Chaque instant je découvre en elle
Quelque beauté nouvelle.
Des plus charmans Bergers elle attire les
vux.
Mais elle est encore plus fidele que belle
Dieux tous puissans iugez si mon sort est
heureux.
Charmé de la fidelité je viens dans
cette retraitte
Chanter en liberté sur ma musette
Et mon bonheur & sa beauté.
J'apperçoy Licidas, il se plaignoit sans
cesse
Des rigueurs de l'ingratte Iris ;
Dans ses yeux aujourd'huy je voy moins de
tristesse
Et peut estre a la fin a-t-il reçeu le prix
que meritoit sa tendresse.
Apprens moy quels est ton sort,
Cher Licidas, contente mon envie.
Il est toûjours funeste & sans doute la
mort
Vaut mieux qu'une triste vie.
Ne me trompe tu pas, Iris est-elle encore
Insensible a ton amour.
Depuis un an que je l'adore
Sa haine & ses mépris m'accablent chaque
jour.
Malgé sa cruauté ne pers pas
l'esperance
De voir changer ton destin.
L'Amour & la constance
Obtiennent a la fin
Leur juste recompense.
L'Amour & la constance
Obtiennent à la fin
Leur juste recompense.
Quand je n'oserois me flatter
De flechir un jour la cruelle
Je n'oserois la quitter
Ny surmonter la foiblesse que i'ay pour elle.
Quelques maux qu'en aymant
Mon coeur puisse souffrir
Il ayme encor mieux sans doute
Soûpirer, se plaindre & mourir
Que de tenter les efforts qu'il en coute
Pour la guerir.
Mais je voy sous ces ombrages
Tous nos Bergers rassemblez;
Ils font retentir cas boccages
De leurs chantas redloublez.
Quels mouvemens en ces lieux
Les attirent & leurs inspirent
Des chants si doux.
Silvandre vient a nous,
Il pourra nous le dire.
Venez tous, suivez moy que rien ne vous
retienne
Joignez vostre voix a la mienne.
Qu'a l'envi chancun chante
Mille & mille fois,
La grace charmante, la vertu constante
Du Fils du plus grand des Roys.
Qu'a l'envie chancun chante,
&c.
Je reviens dans ces lieux apres un an d'absence
Goûter les innocents plaisirs
Que la nature & l'art d'intelligence
Offrent en abondance a ses premiers desirs;
L'ardeur de luy plaire
Toûiours pure, toûiours sincere
Anime icy tous les curs.
Et s'il peut trouver ailleurs
Plus de grandeurs, plus de magnificence,
Il n'y sçauroit dumoins
Trouver de plus tendres soins
Plus de respect ny plus d'obeissance.
A ses yeux oserons nous paroistre
Et pour luy nos concerts auront-ils des
appas.
Quelques foibles qu'il' puissent estre
Il ne les méprisera pas.
Il a bien trop appris de son auguste
père
Par mille exemples divers
Que l'indulgence est necessaire
Aux maistres de l'univers.
Venez dans cette retraitte
Faire un peu plus long seiour,
C'est pour vos ieux qu'elle est faitte,
Les ans ny durent qu'un iour.
La felicité parfaitte
Fuit l'embaras de la Cour.
Que malgré la noire envie
Vos jeux soient toûiours charmants
Et que la parque adoucie
Vous file de nouveaux ans
Puisse vostre belle vie
Estre un eternel printemps.
Heureux les curs qu'amour couronne
Du prix charmant de ses faveurs
Rien ne vaut ce qu'il donne;
Non, le throsne méme n'a pas d'attraits
C'est un plaisir extréme
Mais ce prix n'est seul qu'a des amants
parfaits.
Premier Divertissement d'Anet - Jean-Louis Lully [1667 - 1688]