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Francesco Cavalli
[1602 - 1676]
Hélène
Drame
en musique en I Prologue & III Actes livret de
Nicolò Minato
donné au Théâtre Saint Cassien, Venise,
1659
dédié à l'Illustrissime et
Excellentissime Seigneur
Angelo Morosini, Procurateur de Saint-Marc
La
Discorde,
sous le masque de la
Paix La
Vérité Tyndare,
roi
de Sparte Churs
Vénus
Junon
Pallas Athéna
La Paix
La Richesse
Amour
LAbondance
Deux Furies
Hélène,
sa
fille
Ménélas,
prince,
en habit de femme, amoureux
dHélène
Thésée
Pirithoüs
Hippolyte,
princesse
amazone, en habit
dhomme
Euryte,
Amazone,
sa suivante, en habit
dhomme
Ergynde,
suivante
dHélène
Diomède,
confident
de Ménélas, en habit de marchand
arménien
Eurypyle,
confident
de Tyndare
Irus,
bouffon
de cour
Créon,
roi
de Tégée
Ménesthée,
son
fils
Antiloque,
confident
de Ménesthée
Castor
et Pollux,
frères
dHélène
Neptune
- de divinités marines
- dArgonautes
- de chasseurs
- desclaves.
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Prologue
La Discorde, sous le
masque de la Paix
Vénus, Junon, Pallas, la Paix, la
Vérité, lAbondance,
la Richesse, Amour, deux Furies
La
Discorde Vénus La
Discorde Junon Vénus Junon Pallas Les
trois Vénus Junon Pallas La
Discorde Vénus Junon Pallas Vénus Toutes
les trois,
lisant Vénus Pallas Junon La
Discorde Les
trois déesses Vénus Junon Pallas Les
trois Junon La
Discorde Junon Pallas Junon Vénus Pallas Vénus Junon Pallas Junon
et Pallas La
Discorde La
Vérité
[à la Paix ?] La
Discorde Pallas La
Vérité Pallas Vénus Pallas La
Vérité Pallas La
Vérité La
Paix
Haut
de page
Maintenant que la Paix brandit hardiment
Ses rameaux dolivier parmi les mortels, et va
Annihilant mes fureurs, ici, parmi les dieux,
Je saurai lancer mes flèches empoisonnées.
Je me fais passer pour la Paix, et je me transporte ici
Pour occuper son palais, et si elle me chasse
Du monde, je lui rendrai la pareille
Et ferai en sorte de la voir chassée du ciel.
Voici justement trois déesses,
Les plus sublimes des royaumes constellés,
Elles arrivent opportunément pour mes
desseins.
Pour les beaux yeux de la plus belle Grecque
Qui soit jamais issue des Idées célestes,
Le petit-fils dAtrée soupire.
Nous souhaitons que pour eux
Brille le flambeau dun heureux
hyménée,
Et que la Paix leur soit toujours favorable.
Oui, oui; ce que vous voulez,
Vous laurez à coup sûr de ma
part.
Bien que mon époux (en dépit de la foi
conjugale)
Soit le père dHélène,
Je ne veux pas pour autant, jalouse,
Me montrer rigoureuse;
Les fautes des erreurs amoureuses sont
vénielles.
Je leur ai donné leurs beautés.
Moi, leurs sceptres et leurs royaumes.
Je les ai ornés de vertus.
Et je ne cesserai jamais de les chérir.
Avec des chaînes de diamant,
Que jobtiendrai du Destin,
Je rendrai leur cur si stable et si constant
Que la flamme dont il brûlera
Jamais ne pourra séteindre.
Toujours le ciel resplendira
De joyeuses étoiles, pour leur grand beau temps;
Les nuages et les tempêtes,
Le temps agité,
Seront si loin deux
Que jamais ils ne les troubleront.
Jenseignerai leur nom si fameux
Aux années, aux lustres;
Je ne lirai pas les exploits
Dautres héros aussi illustres;
Leur nom se moquera du temps,
Se rira de loubli.
Je seconderai vos désirs,
Déesses éternelles; en attendant,
Que ce globe étincelant
Arraché aux plus riches sables du Gange
Soit par vous attribué à qui il
convient.
Quil est précieux !
Quil est beau !
Il resplendit comme une étoile.
Mais quelle est cette inscription ?
« Que cette pomme soit remise à la plus
belle. »
Donc, elle me revient.
Ma foi, vous vous trompez:
Cest à moi quelle
revient.
Non, cest à moi.
(Parfait, parfait, en vérité.)
Vous... Vous...
Avec Cythérée...
Avec lépouse de Jupiter...
Avec la plus sage des déesses...
Vous prétendez rivaliser de
beauté ?
Êtes-vous si téméraires ?
Cet objet nest pas pour vous.
Allons, donnez-le moi.
(Parfait, parfait, en vérité.)
Vénus, tu oses me résister ? Attends,
Cette Hélène que tu chéris,
Tu verras si je fais son bonheur !
Ne ten promets pas moins de ma vertu !
Thésée lenlèvera.
Mais il ne lépousera pas.
Une nouvelle fois,
Tu verras recommencer ses brigandages.
Je saurai la soustraire à tes
représailles.
En attendant, laisse cette pomme.
À moi, laisse-la moi !
Non, non, elle ne te revient pas.
(Parfait, parfait, en vérité.)
Veux-tu savoir qui est
Celle qui se tient sur ton trône ?
Malheur ! Voici la
Vérité !
Pour que dans le monde, à travers les plus vastes
royaumes,
Japaise les colères,
Dis-moi qui tu es, toi qui es si audacieuse.
Tu vas le savoir: viens ici,
Tombe, sois précipitée
De ce trône, indigne !
Que vois-je ? scélérate,
Dépouille-toi de ces vêtements qui ne te
conviennent pas;
Vers les abysses profondes,
Fuis, vole, cache-toi;
Mais non: viens ici; je veux que toujours
Tu restes prisonnière sous ma garde.
Ah ah ! tu fuis !
Abondance, Richesse, Amour, ô vous,
Vous qui logez avec moi,
Venez tous outrager la cruelle Discorde.
Pauvrette, tu es fatiguée ?
Regarde, je tenchaîne,
Et tu ne seras libérée
Que quand les Furies
Temporteront parmi les souffrances
éternelles.
Quils écoutent, les glorieux héros de
lAdriatique !
Un temps viendra où, affligé et
épuisé, le Thrace,
Se repentant enfin de son fol orgueil,
Implorera la paix du grand Lion.
En dépit de la Discorde, désormais,
Ma main pacifique distribue mes olives à
lAdriatique.
Déjà, déjà, il me semble que le
grand Lion arrive
Par ses rugissements, à épouvanter la
Lune.
ACTE I
Rivage
de Laconie
Neptune, Thésée, Pirithoüs, chur de
divinités marines
Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Neptune Thésée Pirithoüs À
trois Chur Neptune Thésée Pirithoüs Thésée Thésée
et Pirithoüs Thésée Pirithoüs Thésée Pirithoüs
et Thésée Neptune Thésée Neptune Pirithoüs Neptune Thésée
et Pirithoüs Neptune Thésée
et Pirithoüs Neptune Thésée Neptune Pirithoüs À
trois Neptune Thésée
et Pirithoüs Neptune Neptune Thésée
et Pirithoüs Chur
Que londe joue, que brille la mer,
Et que les brises
Folâtres
Donnent de doux baisers aux eaux amères.
Que londe joue, que brille la mer.
Aujourdhui, Thésée enlèvera
La noble progéniture du Tonnant.
Ils sont plaisants pour un cur aimant,
Ils sont doux, ils sont chers,
Les brigandages de beauté.
Lenfant qui va nu
Ne peut donner de joies plus rares.
Ils sont doux, ils sont chers.
Que londe joue, que brille la mer.
Depuis les rivages dAthènes,
Je vous ai escortés en sécurité
Vers les plages désirées de Laconie;
Ici commande Tyndare,
Tyndare qui se croit
Le père dHélène, et ignore que
Jupiter
Sous le blanc plumage dun cygne,
Féconda la femme de cet homme peu méfiant.
Maintenant, vous qui voulez vous joindre
Dun nud conjugal à des filles de
Jupiter,
Allez, voleurs damour, vous emparer
De cette Grecque, pour une si noble cause.
Oui, exécutons
Notre engagement.
Aujourdhui même,
Elle sera enlevée pour moi.
Pour toi.
Pour moi.
Oui, oui, exécutons
Notre engagement.
Puis nous descendrons aux ténébreux
rivages
Des marais du Styx
Et, sans tenir compte des âmes sans corps
Et de laboyeur à trois gorges,
Nous ferons, pour toi,
Revenir Proserpine
Aux rayons du grand jour.
Pour moi ?
Pour toi.
Oui, oui, exécutons
Notre engagement.
Thésée, mon fils...
Père aimé...
Ami Pirithoüs...
Dieu révéré...
Restez.
Partez.
Allez, enlevez-la.
Allez.
Enlevez-la,
Que votre audace vous aide.
Notre cur en aura.
Que le désir ne vous joue pas de tours.
Il sera constant.
Sus donc, allons enlever
La beauté adorée.
Restez.
Partez.
Allez, enlevez-la.
Restez.
Partez.
Allez, enlevez-la.
Thésée,
Pirithoüs
Pirithoüs Thésée Pirithoüs Thésée Pirithoüs Thésée À
deux
Le lieu et le moment de notre larcin, ami,
Nous les avons déjà prévus, il ny
a pas lieu dy revenir.
Là où se dresse
Hors des remparts, un amphithéâtre
élevé,
Masse fameuse dillustres marbres,
Seule avec deux suivantes,
La belle sen va pour sentraîner à
la course sur la palestre,
Chaque fois que sen va le soleil.
Un sort plus bienveillant
Ne saurait offrir des circonstances plus favorables
À nos desseins, plus faciles, plus
adroites.
Eh bien, ne tardons pas ; et avant quApollon
Tombe, las de sa course, dans le sein de Téthys,
Je veux quil me voie au moins cueillir un doux
baiser
De la belle enlevée.
Oui, les baisers volés
Sont bien plus plaisants que les baisers offerts.
Les plaisirs garantis
Sont moins chers que les incertains.
Plus agréables aux vainqueurs
Sont les butins les plus disputés.
Ainsi plaisent dans les amours
Les dépouilles prises de force.
Sans larcins, vous qui aimez,
Ma foi, jamais vous naurez rien de bon.
Les femmes, ces écervelées,
Ne donnent rien si on les force pas.
Salle
du palais royal de Tyndare en Laconie
Ménélas habillé en femme,
Diomède
Ménélas Diomède Ménélas Diomède À
deux Ménélas À
deux Ménélas À
deux
Je souffre, je languis, je meurs
Dans tes flammes, Amour;
Aux chauds soupirs,
Aux rudes martyres
Dun cur tourmenté,
De grâce, apporte un réconfort.
Je souffre, je languis, je meurs.
Des flèches, des chaînes, du feu,
Mon cur est déjà vaincu.
Que peut vouloir de plus
Lenfant nu qui vole,
Si déjà, en larmes,
Javoue que jadore ?
Je souffre, je languis, je meurs.
Diomède ?
Seigneur ?
Laisse de côté
Les marques dobéissance, et abandonne
Tes souvenirs de serviteur; je ne suis plus
Prince ni seigneur,
Le roi de Crète Atrée
nest plus mon oncle,
Je ne suis pas Ménélas.
Tu es un marchand de Corinthe,
Qui ma achetée aux corsaires du Pont,
Moi, Amazone captive, fameuse lutteuse;
Et tu mamènes pour me donner au roi
Tyndare,
Afin que je sois dans la palestre
La monitrice et la maîtresse
dHélène.
Mensonge bien ourdi,
Charmant rêve, subtile invention
Dun amant ingénieux !
Se faire femme pour devenir mari !
Au royaume damour,
La tromperie est une valeur,
La fraude une vertu.
Lenfant ailé
Seconde les tromperies
Dune âme constante.
Que les peines, les angoisses
Ne durent plus
Dans un cur malheureux.
Au royaume damour,
La tromperie est une valeur,
La fraude une vertu.
Cupidon, nu et charmant,
Sourit aux fraudes
Dun cur amoureux;
Il facilite les façons
Déteindre lardeur
Qui fut allumée.
Au royaume damour,
etc.
Irus,
Ménélas en femme,
Diomède
Irus Diomède Irus Diomède Irus Ménélas Diomède Irus Diomède Irus Diomède Irus Diomède Irus Diomède Irus Diomède Irus Diomède Irus Diomède Ménélas Irus Diomède Irus Ménélas Irus Ménélas Irus
Je suis vraiment heureux,
Tout le monde maime,
Toutes les dames me veulent du bien,
Jamais je ne suis importun;
Tout se passe bien,
Tout est en bon ordre
Quand Irus le dit.
Je suis vraiment heureux.
Il est bien joyeux, celui-ci !
Avec tous, jai raison,
Chacun se permet
De mappeler bouffon.
Je suis caressant avec toutes,
Je méprends de toutes,
Et je nen démords pas.
Je suis vraiment heureux.
Hé, lami !
Ô seigneur,
Je vous présente mes respects; dites-moi
Qui vous êtes, doù vous êtes parti,
pourquoi vous venez.
Si je peux vous servir,
Vous êtes le maître; au revoir;
adieu.
Bizarre humeur, ma foi.
Attendez un peu !
Puis-je faire moins ? Volontiers.
Je suppose
Que vous appartenez à la cour ?
Jy suis même le premier.
À juste titre.
Très certainement.
Cest votre délicatesse
Qui vous aura conduit à un tel rang.
Cest plutôt mon mérite.
Quelle charge avez-vous ?
Domestique du roi,
Familier de sa fille,
Rien, rien ne se fait sans moi.
Et quel est votre titre ?
Cela, il ne mappartient pas de le dire.
Faites-moi cet honneur,
Que je puisse mincliner devant vous comme il
convient.
Pour vous dire la vérité, on mappelle
bouffon.
Titre brillant !
Office honorable !
Et vous, qui êtes-vous ?
Un marchand de Corinthe;
Cette Amazone esclave,
Je lai achetée à des corsaires,
Et je voudrais loffrir au roi.
Quelle est belle ! La mignonne ! Moi aussi,
je laccepterais bien !
Cest bien autre chose que du musc,
Que de lambre, que des coraux;
Par ma foi, entendez-le bien,
Avec cette marchandise, vous ne pouvez pas
échouer.
(Nous sommes bien tombés !)
Le roi arrive,
Désirez-vous lui parler ?
Ce serait une grande faveur.
Restez ici.
Je serai rapide à vous introduire;
Mais en échange de mes services,
Quil y ait au moins quelque carat pour mon
compte.
Tyndare,
Eurypyle, Irus, Ménélas en femme,
Diomède
Eurypyle Ménélas Tyndare Ménélas Irus Tyndare Irus Tyndare Irus Eurypyle Diomède Tyndare Irus Ménélas Tyndare Ménélas Tyndare Ménélas
Recherchée par beaucoup,
Destinée à aucun,
La beauté et la force dHélène
font naître
De lespoir chez chacun.
Ce nest pas assez efficace
Pour toujours endormir les élans de lamour
Que de laisser dans le doute
Avec des déclarations ambiguës.
On craint de perdre, on espère gagner.
Mais se voir imposer de pénibles délais
Fait naître le doute, et accroît la crainte;
Et sil est vaincu par la crainte,
Amour devient un maître de violence.
Mon cur lentend bien.
Les jours dHélène sont encore loin de la
maturité,
Et encore toute simplette
Elle enchante ses heures avec les jeux et les
plaisanteries,
Et les flèches de feu ne lui percent pas la
poitrine.
Pour moi, ce nest pas peu.
Seigneur, ici dehors attendent...
Tais-toi !
... Un marchand, et une jeunette.
Dis-leur de patienter.
Venez donc, le roi vous autorise.
Que ne peut pas linsolence !
Roi très fameux, seigneur invaincu,
Jai acheté à des pirates du Pont
Dont elle était auparavant prisonnière
Cette charmante Amazone,
Ici présente;
Et comme elle est si bonne lutteuse
Quelle jette à terre tous les meilleurs,
Je vous loffre en cadeau;
Il se pourrait quHélène apprenne
delle
Avec un plaisir non négligeable
Les nobles techniques de lart de la lutte.
(Oh, quelle beauté altière !)
Jagrée votre courtoisie, et vous en aurez
Une récompense à la hauteur.
Quon détache les fers de son pied
charmant !
Vous voyez maintenant, Sire,
Si cétait une marchandise à laisser
dehors.
Sire, en me déliant le pied, vous me liez
lâme;
Tant que je respirerai
Les douces brises du clair jour,
Ces souvenirs me seront une chaîne.
(Quelle complimente bien !)
En vérité, je maperçois, si je
regarde
Le resplendissant trésor de votre chevelure,
Que des entraves de fer étaient des liens
injustes
Pour qui a des chaînes dor.
(Je me rends compte que je suis fou delle !)
Eurypyle, conduisez
Cette belle à ma fille
Afin quelle soit sa compagne plutôt que sa
servante.
(Oh, quel doux flambeau elle mallume dans le
sein !)
Un seul cur ne suffit pas face à tant
dhonneurs.
(Les astres et les grains de sable
Sont bien moins nombreux
Que ne sont ses splendeurs.)
(Ma foi, ma foi, je men suis bien sorti.)
Tyndare,
Diomède, Irus dissimulé
Tyndare Diomède Tyndare Diomède Tyndare Diomède Tyndare Diomède Tyndare Diomède Tyndare Diomède Tyndare Diomède Tyndare Diomède
Ami, hélas, je souffre,
Cette chevelure ma enchaîné,
Ce cil ma blessé,
Mon âme sest troublée,
Le cur sest réduit en cendres,
Mon esprit sest perdu.
Ami, hélas, je souffre.
(En vérité, elle est gracieuse.)
En un seul moment,
Tant dincendies ?
Les flèches volent, et léclair
fulgurant
En un instant réduit en cendres et
anéantit.
Vos ardeurs me font peine.
LAmazone est une tigresse,
Un serpent, un bronze, dur comme le diamant.
Seigneur, vous êtes amoureux
De qui nest pas une femme.
(Sil me comprenait, malheur à
moi !)
Ami, hélas, je souffre.
Insouciante de sa beauté,
Farouche, dédaigneuse,
Elle hait, elle abhorre
Les caresses, les amants, les séductions;
En somme, il semble que la Nature en elle,
Se trompant de sexe,
Ne lui ait rien accordé de féminin.
Roi, vous aimez un rocher, vous aimez un tronc
darbre.
Ami, hélas, je souffre.
(Sil me comprenait, malheur à
moi !)
Quarrivera-t-il donc ?
Lardeur
Qui détruit
Mon cur,
Auprès des étoiles
Rebelles
Ne trouve pas de pitié.
Quarrivera-t-il donc ?
Amour le sait.
Le flambeau
Dévorant,
Il pourra léteindre.
Le venin
De votre sein,
Un jour, il le guérira.
Mais quand sera-ce ?
Amour le sait.
Dici là
Il me fait languir
Dans les larmes.
Un jour
Le sourire
Vous reviendra.
Mais quand sera-ce ?
Amour le sait.
Irus
Irus
Avec quel plaisir
Jai entendu les pâmoisons amoureuses
Du roi à cheveux blancs; avec quelle flamme
Sortaient les soupirs de sa bouche chargée
dans !
Oh le beau Narcisse, oh le mignon Adonis !
Çà, jeunes gens, jouissez
Tant que votre âge est riant.
La beauté un jour fuira
Vos joues colorées;
On ne trouvera plus agréables
Vos baisers inféconds, vos étreintes
stériles.
Ne laissez de côté aucun plaisir
Tant que vous avez la chevelure dorée:
La fin de lheure de la jouissance
Arrive toujours trop vite;
Et pour le jeu damour, il ne sert guère
De voir cheveux de neige et cur de feu.
Un
amphithéâtre hors de la ville
Hélène, Ergynde
Hélène Ergynde À
deux Hélène À
deux Ergynde À
deux
Délices de lamour,
De grâce, ne tardez plus
À faire mon bonheur;
Sur mon cur bouillonnant,
Versez avec bonté
Vos plaisirs.
Délices de lamour,
De grâce, ne tardez plus
À faire mon bonheur.
Je vous attends, je vous désire;
Si vous me lassez davantage,
Je me sens mourir.
Je vous appelle des trésors
Bien que ne vous ayant pas éprouvés
Si ce nest en pensée.
Je vous attends, je vous désire;
De grâce, ne tardez plus
À faire mon bonheur.
Celui qui ne sait pas
Ce quest la jouissance amoureuse,
Quil le demande à qui en a fait
lexpérience.
Elle ne peut pas dire
Ce quest la félicité,
Celle qui na pas donné et reçu de
baisers.
Qui ne le sait pas,
Quil le demande à qui en a fait
lexpérience.
Il na pas joui
Dune vraie joie ici-bas
Celui qui na pas serré lobjet aimé
sur son sein;
Le véritable bien,
Il ne peut le reconnaître,
Celui qui na jamais embrassé son amour;
Qui ne le sait pas,
Quil le demande à qui en a fait
lexpérience.
Ô gens mariés, que vous êtes
heureux !
Vous ne passez pas
Les nuits glacées
Dans une inaction stérile.
Ô gens mariés, que vous êtes
heureux !
Vous ne souffrez pas
Dans un lit misérable
Au milieu des désirs inutiles.
Ô gens mariés, que vous êtes
heureux !
Ménélas,
Eurypyle, Hélène, Ergynde
Eurypyle Hélène Eurypyle Ergynde Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas [Dans
cette scène et une partie de la suivante, Eurypyle et
Ergynde resteront en observation et converseront entre
eux.] Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas
Princesse, mes respects.
Qui vous amène, aimable Eurypyle ?
Je viens vous présenter cette personne, que vous
envoie votre père,
Cette gracieuse Amazone,
Fameuse à la lutte, et en qui sallient
Un courage robuste et un charmant visage.
(Un jeune homme serait tellement mieux.)
(Quelle beauté ! Quelle
vivacité !)
(Oh ! de quelle flamme brûle mon
cur !)
Et quest-ce qui ta conduite vers nous,
Gentille Amazone,
Ton aimable libre volonté, ou la main du
destin ?
Amour fut au commencement de ma destinée.
Doux commencement !
Il est vrai, pourvu que le ciel cruel
Ne me fasse pas adorer une âme de glace.
Donc, tu ne sais pas encore si on taime ou
non ?
Je ne le lui ai jamais demandé.
Quoi ! Tu nas pas pu, ou tu nas pas
osé ?
En vérité,
Jusquici, je nai pas pu,
Et je ne sais si ensuite joserais.
Dis-moi, est-il loin,
Lobjet de ta flamme ?
Il est tout proche,
Ou plutôt, il est présent.
Comment ?
(Ah, jai trop osé.)
Il reste dans mon cur, et ne sen va
pas.
Je vois bien quil te déplaît
De me découvrir le feu
Dont le dieu aveugle tenflamma
lâme.
Au contraire, je le désire.
Parle donc.
Il faut que jy réfléchisse un
peu.
Réfléchis-y.
Nous navons pas le temps.
Jattendrai autant que tu veux.
Ce nest pas le lieu.
Garde donc ta flamme cachée; un jour
peut-être,
Tu voudras me découvrir la souffrance de ton
cur blessé,
Et moi, je serai sourde comme un serpent.
(Mauvais présage pour mon
espérance !)
Naie plus avec moi de sujet de conversation
Autre que la lutte,
Et congédions les discours sur
lamour.
(Oh, létrange rencontre dun cur
enflammé !)
Je vous dirai dabord comment je suis restée
prisonnière
Dun barbare pirate,
Comment jai été vendue, donnée
ici en cadeau,
Et comment larcher nu a été à
lorigine
De mon triste destin; et à un moment plus
propice,
Je vous ferai connaître
La belle divinité que mon âme adore.
Je ne veux rien savoir;
Je sais que tu vas inventer
Des fugues nocturnes, des royaumes abandonnés,
De feintes généalogies, des changements de
sexe,
Vains mensonges dArgiens, rêveries de
Grecs.
(Comme par hasard, elle devine ma situation.)
Je sais que tu veux cacher qui ta blessé,
Je ne cherche rien, et je ne croirai rien.
Croirez-vous à mes soupirs ?
La poitrine peut les simuler.
Aux larmes ?
Guère.
Aux serments ?
Encore moins.
Si je vous disais que vous êtes la seule
Capable de faire plier mon idole
Pour lamener à maimer ?
Je ne le croirais pas.
Si je vous demandais davoir
pitié ?
Je rirais.
Donc, sans me croire,
Vous me laisseriez au milieu de mes peines ?
Oui.
(Ah ! veuille le destin quil nen soit pas
ainsi !)
Maintenant, assez de ce sujet; que les exercices de la
palestre
Soient seuls à nous fatiguer et à nous faire
transpirer.
Viens lutter; hardi,
Donne-moi la main.
(Amour, au secours !)
Tu trembles, tu pâlis !
quas-tu ?
Ah, de grâce, par pitié,
Ne me regardez jamais avec un il si
trouble !
Mais dis-moi, que crains-tu ?
Oh Dieu ! Vous êtes le portrait vivant
De mon idole; menaçants, sévères,
Tels il me semble voir les yeux de mon amour.
Ma foi, tu me fais rire; je te regarderai donc
Paisiblement, gentiment;
Viens, viens, faisons des prises.
Hélas, je ne peux pas;
Dans mon sein, mon âme
Palpite et languit;
Mon pied chancelle;
Hélas, je ne peux pas.
Ne me regardez pas avec des yeux si
ardents !
De quoi as-tu peur ? Quas-tu ?
Les yeux de mon amour
Ont la même ardeur,
Qui me fait sentir mon cur réduit en
cendres.
Arrête ces bêtises; lutte ou
va-ten !
Je lutterai, mais vous verrez
À mon pas chancelant
Que plus que lutteuse, je suis amoureuse.
Thésée,
Pirithoüs, Hélène, Ménélas,
Eurypyle, Ergynde
Thésée [Hélène
et Ménélas luttent.] Pirithoüs Hélène Thésée Ménélas Pirithoüs Ménélas Hélène Eurypyle Ergynde Thésée Pirithoüs Ensemble Thésée Pirithoüs Hélène Ensemble Ménélas Eurypyle
et Ergynde
ensemble Eurypyle Ergynde Eurypyle Ergynde Eurypyle Ergynde Eurypyle Ergynde
Voici le lieu, voici lendroit.Vois la belle qui est en
train de lutter.
Celle qui est avec elle dans ce farouche jeu
Na pas moins de beauté.
Tu es tombée !
Moi aussi, je suis tombé !
Jupiter, le roi des dieux
Est tombé du ciel pour une beauté moindre;
Une chute par amour nest pas
déshonorante.
Voilà quelle me fait oublier
Proserpine !
Amour, qui a placé en vous
Des rayons semblables à ceux de mon soleil
Ma fait en les regardant
Tomber, à juste titre, pour les adorer.
(Ménélas, tu parles trop
librement !)
Eurypyle, allez trouver le roi,
Dites-lui ce que vous avez vu.
Jobéirai;
Ma foi, elle est noble,
La folie de celle-ci.
Pendant quelle vous regarde,
Elle se représente son amour et elle en
délire.
Finissons-en, cette attente est pénible;
Je vais enlever Hélène.
Et moi, celle-ci, dont la beauté céleste
A eu si vite fait de menflammer.
Maintenant, sans plus tarder,
Sus, sus, enlevons-les !
Qui menlève ?
Hélas !
Qui memprisonne ?
Holà, arrêtez ! Est-ce ainsi
Quon enlève les princesses ?
Quon ravit les demoiselles ?
Au secours, ô cieux, ô astres !
Ils vont trop vite, notre poursuite est trop
lente.
La flèche du Scythe nest pas si
rapide.
Avec cette malheureuse nouvelle,
Je vais déchaîner la colère et la fureur
du roi.
Connaissez-vous les ravisseurs ?
Ce sont Thésée et Pirithoüs,
Héros invincibles,
Connus de londe ibérique aux rivages de
lOrient.
Ah ! qui me dérobera, qui me prendra,
Qui maccueillera sur son sein ?
Je suis ici, libre, rapide,
Moi aussi, je veux être enlevée
Pour jouir dun jour de beau temps.
Qui me dérobera, qui me prendra,
Qui maccueillera sur son sein ?
Pour être sa belle et son adorée,
Qui maccepte, au moins à
lessai ?
Je saurai lui en donner de si vifs
Que je rendrai nimporte quel amant
Pleinement satisfait de mes baisers.
Qui me dérobera, qui me prendra,
Qui maccueillera sur son sein ?
Irus
Irus
Aux armes, cavaliers et fantassins,
Sus, sus, courez après les brigands amoureux.
Hélène en même temps que la charmante
Amazone
Ont été enlevées;
Les suivantes dHélène
Crient, effarouchées;
Mais si on les enlevait elles aussi, elles se tairaient.
Aux armes, cavaliers et fantassins, etc.
Tyndare,
Diomède, Eurypyle, Irus
Tyndare Eurypyle Diomède Irus Tyndare
Je ferai, je ferai voler
Les forêts sur les flots ; jencombrerai les
mers
Dune infinité de voiles,
Jinonderai les plaines dhommes en armes,
Et si les forces humaines
Ne suffisent pas à me venger,
Pour obtenir un terrible secours,
Je volerai les âmes damnées à
Pluton.
En attendant, vole, Eurypyle,
Pour poursuivre les criminels avec ceux-ci.
Toi, Diomède, va avec lui,
Porte secours à lAmazone,
Quand les proies seront reprises aux prédateurs.
Irus, change de langage, change de vêtement,
Va incognito, découvre la retraite
Des infâmes ravisseurs, et leurs plans
scélérats.
Je pars; les dangers, la mort
Nébranleront pas mon âme.
Je men vais; il ne sera pas dit quune vile
crainte puisse mémouvoir.
Je cours, et si la charmante Amazone
Est reprise à ces rapaces,
De joie, je lui donnerai deux baisers.
Si la beauté que jadore ne revient pas,
Que ferai-je, malheureux ?
Privé de cur, privé de
réconfort,
Je sais bien que je mourrai.
Si la beauté, etc.
Cest ainsi que tu te perds, âme
méprisable ?
Une passion vaine, une indigne séduction
A tant de pouvoir, règne tant
Sur ton âme hypnotisée
Que tu penses plus à ton aimée
quà ta fille ?
Loin de moi, ce qui nest pas fureur !
Qui me ravit ma fille
Menlève le diadème, le règne et
le cur.
Loin de moi, etc.
Mais ces neiges intactes
De mon Amazone,
Ce beau sein de lait
Seront profanés par les caresses dun
autre ?
Cest ainsi, astres, que vous mavez
trahi ?
Mon âme languira
Tourmentée par son désir,
Si mon bien, si mon désir
Ne recouvre pas la liberté.
Mon âme, etc.
Et pourtant, hors de moi-même,
Je tourne inutilement ? allez-vous-en,
Vils fantômes, passions téméraires,
Et tant que lhonneur royal
Naura pas été vengé
Sur la terre, au ciel et dans les abysses,
Loin de moi, ce qui nest pas fureur !
Un
bois
Thésée, Pirithoüs, Hélène,
Ménélas
Hélène
et Ménélas,
ensemble Thésée Pirithoüs Thésée Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Hélène
et Ménélas,
ensemble Hélène Ménélas Hélène
et Ménélas,
ensemble Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Thésée Pirithoüs Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Pirithoüs Ménélas Thésée Hélène Thésée Hélène Pirithoüs Ménélas Thésée Pirithoüs Hélène
et Ménélas,
à deux Thésée
et Pirithoüs Pirithoüs Thésée Hélène
et Ménélas,
à deux Thésée
et Pirithoüs
Vous êtes de grands personnages, vous êtes des
héros,
Mais en vérité, pas pour nous !
Laissez-moi, hélas !
Nous passerons à Tégée; le roi, mon
ami,
Nous accueillera volontiers.
Là-bas, vous serez
Au milieu des fastes royaux,
Servie par le peuple...
Obéie par des princes...
Adorée par moi.
Laissez-moi, hélas !
La colère de Tyndare offensé
Ne sera pas inactive.
Et le sceptre de Sparte nest pas si
méprisable.
Moi, devoir endurer dêtre
enlevée !
Si jobtiens votre pardon...
Tout lunivers pourra se conjurer,
Le ciel et tous les éléments faire front
contre moi,
Rien ne pourra me troubler ou
mépouvanter.
Je vous adorerai.
Ce sont les dieux quon adore.
Je serai votre esclave.
Jai mes esclaves à Sparte.
Vous me verrez mourir.
Je ne vous le demande pas,
Je ne vous en empêche pas non plus.
Je vis pour vous seule.
Je ne vous donne pas la vie, ni ne vous en prive.
De grâce, ne soyez pas
Si sévère avec moi.
Je sais bien que votre âme
Nest pas si farouche.
Vous nous avez enlevées
Et vous réclamez encore
Pitié et merci,
Que vous ne méritez pas !
Pardon, mon amour !
Je nai pu résister
À vos splendeurs.
À cause de vous, de durs fers
Mentravent le cur.
Dune personnalité brutale,
Qui machine des agressions,
Lamour est feint,
Les peines sont fausses.
Pardon, mon amour !
Eurypyle,
Diomède, chur de soldats
silencieux
Diomède Eurypyle Diomède Eurypyle Diomède Eurypyle Diomède
et Eurypyle,
à deux Eurypyle Diomède Diomède
et Eurypyle,
à deux
Nous avons parcouru en vain
Les bois, les monts, la plaine, et, tout autour,
Examiné chaque refuge.
Les fugitifs,
Tenant dans leurs bras leurs captives,
Ont fui rapidement comme un éclair.
La colère de Tyndare
Les rejoindra bientôt
Dans les royaumes les plus lointains.
Telles sont les grandes catastrophes
Que produisent un regard, un sourire, une
chevelure.
Cest folie de tomber amoureux,
Pour languir nuit et jour.
Jentends chacun se lamenter
De celle qui la blessé.
Cest folie de tomber amoureux.
Lamant de nimporte quelle beauté
Déclare quil a pris feu..
Après quoi, le malheureux ne sait pas
Séloigner des flammes.
Cest folie de tomber amoureux.
Les
mêmes, Irus dans un costume bizarre
Irus Eurypyle Irus Diomède Eurypyle Diomède Irus Eurypyle Irus [Il
sort.] Eurypyle
Tout, jai tout observé,
Ils sont désormais arrivés de lautre
côté du fleuve.
Voici Eurypyle et Diomède,
Je vais un peu me moquer deux.
La belle cruelle qui ma ravi mon cur
Au feu damour un jour la fait rôtir,
Puis, avide et vorace, elle la mangé,
Si bien que moi, pauvret, je nai plus de
cur.
Jai voulu acheter un cur tout neuf,
Il ma fallu débourser beaucoup
dargent,
La cruelle me la donné, puis me la
volé,
Si bien que moi, pauvret, je nai plus de
cur.
Ma foi, celui-là est vraiment fou.
Fous vous-mêmes, qui ne me reconnaissez pas !
Et maintenant, vous me reconnaissez ?
Oh, que vois-je ?
Comme tu tes transformé !
Comme il simule bien la folie !
De cette façon, sans être reconnu, passant
inaperçu,
Jai trouvé les héros et les ai suivis de
loin;
Mais sur la frêle barque
Dun humble pêcheur, ils ont franchi
Les eaux de lEurotas tout proche
Et doivent maintenant avoir atteint lautre
rive.
Ils vont sûrement à Tégée, chez
le roi Créon;
Inutile de les suivre;
Retournons au palais. Toi, Irus, tu peux
Te rendre à Tégée; là-bas,
Tu observeras tout avec sagacité.
Jobéis sur le champ.
Me voici devenu, pour ma fortune,
Éclaireur du roi, en dautres termes: espion.
Comme Pirithoüs sest promptement
enflammé !
Mais il croit avoir enlevé
Une demoiselle, et il va se trouver berné.
Ils sont nombreux, qui, pour un seul regard,
Tombent aussitôt foudroyés
Et languissant damour
Ont dans leur sein tourment et douleur.
Ma foi, une si folle situation me fait rire;
Moi, je ne veux pas damour, si je ne suis pas
aimé.
Il est vrai que le dieu damour
Peut rendre amoureux tous les curs,
Mais je ne sache pas quen un instant
Lardeur soit infinie.
Ma foi, un jeu si fou me fait bien rire;
Pour qui ne brûle pas pour moi, je nai aucun
feu.
Irus
revient, suivi de deux ours; puis arrive un chur de
chasseurs
Irus Chur [Les
ours effrayés lâchent Irus.] Irus Chur [Les
chasseurs semparent des ours et
dansent.]
Ma foi, de vous rejoindre,
Je suis mort de peur.
De grâce, par bonté, laissez-moi aller,
Je nai pas besoin de compagnie.
Qui sait sils ne memmènent pas
prisonnier ?
Dans ce royaume, peut-être
Ce sont les ours qui font la police.
Oh, vous me caressez,
On dirait deux dames;
Heureusement pour moi que vous navez pas
faim.
Sus à lours, sus à
lours !
Ma foi, les chasseurs
Me secourent opportunément.
Adieu, messieurs.
Sus à lours, sus à
lours !
ACTE II
Cour
devant les chambres du palais royal de
Tégée
Créon, Ménesthée, Thésée,
Pirithoüs
Thésée
et Pirithoüs,
à deux Thésée Pirithoüs Thésée Pirithoüs Thésée Pirithoüs Thésée
et Pirithoüs,
à deux Créon Ménesthée Créon Thésée Pirithoüs Thésée
et Pirithoüs,
à deux Thésée Pirithoüs Ménesthée
et Créon,
à deux Créon Ménesthée Thésée Pirithoüs Créon Tous
les quatre
Mon roi, mon seigneur...
Tout ce que mon âme...
Tout ce que mon cur...
Plein...
Rempli...
Dobligations...
De devoir...
Peut dire, est bien inférieur à ce qui
test dû.
Voici les appartements que nous assignons
À celles que vous avez enlevées.
Quant à vous, maintenant,
Vous pouvez choisir celles qui vous agréent le
plus.
Vous trouverez ici sécurité et
refuge.
Que le sort vous sourie
Toujours ainsi, et que la roue tournante
De linconstante déesse, pour vous
sarrête et soit favorable.
Que la Paix fasse ainsi chez vous
Un plaisant séjour, et que dans vos royaumes,
Le dieu guerrier ne montre jamais sa lance sanglante.
Les biens que tu déverses sur nous,
Ciel bienveillant,
Nous devrons reconnaître quils viennent de vous;
à vos vux,
Les étoiles sont tenues
De ne pas résister.
Que votre diadème...
Ne craigne pas les malheurs.
Quà vos hyménées...
Président les dieux !
Que le Ciel vous seconde !
Que les joies vous inondent !
Que le sort vous sourie !
Et que la Mort vole loin de vous !
Ménesthée
Ménesthée
De moi, qui ai déjà perdu
Le sens, lesprit et le cur,
De moi, qui suis déjà tombé
Sous la coupe cruelle
Dun sort impitoyable,
De moi, la Mort ne peut voler loin.
DHélène (ô dur destin !)
Un regard (ô astres cruels !)
Ma vaincu (ô cur pusillanime !)
Ma enflammé (ô amour sans
pitié !)
Et dans mon tourment, je suis
désespéré.
Les lois (ah ! quelle langueur !)
De la loyauté (cruelles lois !)
De lhospitalité (quelle
sévérité !)
Me forcent (ah, quel martyre !)
Me forcent à taire mon agonie.
Jai cru quun cur
Devenait amoureux peu à peu;
Maintenant, je me retrouve tout en feu
En lespace dun seul instant;
Je brûle, malheureux, et me consume,
Et toutes mes flammes ont jailli en un instant.
Je pensais que les chaînes
Se refermaient une par une;
Je vois maintenant quAmour rassemble
Toutes ses peines en une fois;
Et bien quelles soient infinies,
Un seul trait a causé toutes mes
blessures.
Hélène,
Ménélas
Hélène Ménélas [Hélène] Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène [Ménélas] Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas
Je suis blessée.
(Et moi, je suis mort.)
Ces délicieux rubis,
Ces beaux yeux gracieux,
Je les porte sans cesse dans mes pensées.
Je suis blessée.
(Et moi, je suis mort.)
Si lardeur qui rampe
Dans mon cur, est une ardeur amoureuse,
Sa flamme est si agréable
Que jexhorte mon cur à la conserver.
Je suis blessée.
(Et moi, je suis mort.)
La modération de Thésée,
Qui jusquà maintenant ne ma pas
réclamé un seul baiser
Ma combattue, a triomphé, ma faite
prisonnière.
Et le rapt, quest-ce que
cétait ?
Du courage, de laudace, de la valeur.
Vous croyez que cest de la vertu ?
Jestime que cest de lamour.
Comment pourrez-vous ensevelir dans loubli
Ses audacieux brigandages ?
Qui a jamais compensé ses injustices par des
baisers ?
Il mappelle son amour,
Son âme, son cur;
Si donc je suis son cur, son amour, sa vie,
Il ma prise en tant que sienne ; ce
nétait pas un rapt.
(Ô douleur infinie !)
Et vous pourrez le trouver agréable ?
Je ne trouve en lui aucune faute qui me le ferait
haïr.
Son audace ?
Je lexcuse.
Le rapt ?
Je le lui pardonne.
Et il ne sera pas voleur, si je me donne à
lui.
(Ah ! je suis perdu !)
Ne laimez pas.
Pourquoi ?
Ce nest pas convenable.
Pour les amants,
Est convenable tout ce qui apporte du plaisir.
Ne laimez pas, je vous en prie.
Cela timporte ?
Oh Dieu, oui, tellement que jen meurs.
Tu laimes, peut-être ?
Moi, non; cest quelquun dautre que
jadore.
Alors, laisse-moi aimer celui qui mest
cher.
Je sens une douleur trop amère.
Comment ?
Je mimagine
Que vous êtes celle que jaime;
En effet, vous avez tous ses traits.
Il me semble que vous me trahissez et me tuez.
Ma foi, tu es folle.
(Amour, je nose pas lui en dire plus.)
Beaux yeux,
Sombres étoiles,
Si jai laissé mon cur pour cible
Aux coups de larcher nu,
Jespère en vous,
Beaux yeux, rayons chéris.
Quespérez-vous, sinon du
chagrin ?
Yeux noirs,
Globes charmants
Auxquels aspire ma pensée,
Qui ne séloigne jamais de vous,
Jespère en vous,
Beaux yeux, rayons chéris.
Quespérez-vous, sinon du
chagrin ?
Ménélas
Ménélas
Va maintenant, malheureux cur,
Montre-moi à mentir sur mon sexe et mes
murs;
Afin que tu maveugles, montre-moi seulement la
lumière;
Mais je taccuse à tort,
Et en vain je me plains de toi;
Cest moi-même qui me suis trompé; tu ne
moutrages pas,
Tu mas dépeint des songes, tu veilles sur moi
comme une ombre.
Dieu aveugle, si tu tiens mon cur
enchaîné,
De grâce, laisse au moins ma parole libre.
Peut-être, au moment où je limplore,
Mon aimée pourra-t-elle modérer son
orgueil.
Rejeté, méprisé,
Je veux mourir plutôt que vivre muet.
Beaux yeux, si je dois me taire,
À quoi me sert de vous adorer ?
Si mon aimée ne peut le savoir,
Je veux cesser de vous regarder;
Je refuse désormais ces joies,
Je veux mourir plutôt que vivre muet.
Hippolyte,
Euryte
Hippolyte [Euryte] Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte
Si je souffre, si je meurs,
Tant pis pour moi.
Je soupire, contente,
Pour qui me tourmente,
La nuit et le jour,
Et jen ai du plaisir.
A lidole que jadore
Jai donné ma foi;
Si je souffre, si je meurs,
Tant pis pour moi.
Si je vis dans les chaînes,
Quimporte, mon cur ?
Fuir lempire
Du petit archer,
Bien quil mait attachée,
Je ne le cherche pas.
Douces sont les peines
Qui naissent damour;
Si je vis dans les chaînes,
Quimporte, mon cur ?
Je crains que Thésée ne veuille pas
Entendre vos sentiments, ou quil ne les comprenne
pas;
Les jeunes gens sont, par habitude,
Prompts à oublier, autant que vifs dans leurs
désirs;
Ils sont aveugles un temps, puis deviennent
sourds.
Pourquoi le crois-tu inconstant ?
Parce que je le vois vagabonder.
La constance du cur ne réside pas dans les
pieds.
Le pire aveugle est celui qui croit tout.
Tu sais que je suis la sur
DAntiope, reine des Amazones;
Lorsquil a vaincu nos troupes,
Il ma reçue en cadeau du triomphant
Hercule;
Par limmortalité des sphères
célestes,
Il ma juré une ferme foi, un amour
éternel;
Et tu veux que je prenne à plaisanterie
Ma lignée, le donateur, les astres ?
Et sil vous résistait ?
Je saurais le tuer;
Ah, non; même insoumis, je
ladorerais.
Vous le croyez fidèle ?
Comme lhéliotrope au soleil,
Comme laimant au pôle.
Et sil nourrissait en son sein une nouvelle
ardeur ?
Linfidèle, le traître,
Je saurais le tuer.
Ah, non; même insoumis, je
ladorerais.
Et pourtant, il vous a quittée.
Une noble entreprise
Ly a obligé.
Et il nen finit jamais ?
Maintenant, impatiente,
Je le cherche ainsi; je ne peux
Plus vivre sans cur, puisquil est mon
cur.
Pour quon vous voie moins,
Allez mattendre dans la cour.
Jentrerai dans le palais,
Japprendrai sil sy trouve.
Pendant ce temps,
Je consolerai mon cur,
En nourrissant mon désir despérance.
Sil ny avait lespérance
Qui va trompant le monde,
Combien seraient en liberté
Alors quils sont attachés par lamour;
La foi, la constance
Seraient des titres dépréciés
Sil ny avait lespérance.
Cest du lait de lespérance
Que se nourrit lenfant Amour;
Si laliment lui faisait défaut,
On verrait bien vite sa fin.
Une brève séparation
Guérirait tous les tourments
Sil ny avait lespérance.
Ménélas,
Pirithoüs, Irus dissimulé
Ménélas
et Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas
et Pirithoüs Pirithoüs Ménélas Ménélas
et Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas
et Pirithoüs Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas
et Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas
et Pirithoüs Ménélas
Je renferme dans mon cur...
Les peines les plus amères,
Les joies les plus chères.
Du petit amour,
Ô la douce flamme !
Ô la torturante ardeur !
Mon destin me maintient...
Au milieu des tourments...
Au sein des contentements...
Du dieu aux yeux bandés.
Ô sort joyeux !
État déplorable !
Voici mon amour !
Voici mon dégoût !
Ô belle,
Meilleure partie de mon âme,
Jupiter a su vous donner tant de sa splendeur
Que le Ciel ne soffense pas si on vous
adore.
Il me semble déjà que vous me faites
devenir
Un Jupiter, par vos paroles;
Ne vous plaignez pas si je vous perce de
flèches !
Lancez-moi donc vos flèches:
Sorties de vos yeux,
Mes blessures me seront précieuses.
Mais quil vous souvienne ensuite quen
frappant,
Le même Ciel sarme de colère et
dire.
Il est vrai, mais il ne tarde pas à redevenir
serein.
Cest en quoi la flèche dun regard est
différente.
Si vous voulez que je meure,
Mourir pour vous me sera encore doux.
Vivez donc ! en fin de compte,
Ce nest pas un givre glacial qui entoure mon
cur.
Vous maimez !
Mais oui, je vous aime !
Ô cher, cher amour !
(Il faut que je fasse semblant.)
Je suis heureux, amour, je naspire à rien
dautre.
Mon cur qui, blessé,
Ma quitté,
Savez-vous où il est ?
Mais oui, mais oui, je le sais.
En moi...
En vous...
Il se trouve.
(Cest ainsi quil faut feindre lorsque cest
utile.)
Lespoir qui, absorbé,
Était presque mort,
Savez-vous ce quil fait ?
Mais oui, mais oui, je le sais.
En moi...
En vous...
Il renaît.
(Cest ainsi quil faut feindre lorsque cest
utile.)
Irus
Irus
Ô chers, ô chers ! Amour vous
bénisse,
Et que votre noble pied
Jamais ne trébuche dans les orties.
Oh, si maintenant Tyndare
Voyait sa belle
Cajoler ce héros robuste et fort,
De sa propre main, il voudrait se donner la mort.
Si une fille enlevée est ici,
Lautre y sera aussi;
Jestime que cest charité
De ne pas troubler leurs jours heureux.
Cest une tâche dangereuse
Et qui ne rapporte pas déloges
Que de chatouiller le chien qui ronge son os.
Euryte,
Irus
Euryte Irus Euryte Irus Euryte Irus Euryte Irus Euryte Irus Euryte Irus Euryte
Ami ?
Ah, je suis pris !
Si celui-ci ma entendu,
Il ne me servira à rien de me faire passer pour un
sot.
Dis-moi un peu...
Doucement,
On ne réveille pas lamour qui dort.
Tu nas pas à craindre
Que mon visage réveille lamour.
Catastrophe ! Tu las réveillé,
Regarde-le qui fuit, attrape-le, attrape-le,
vite !
Maintenant, je comprends: il est fou.
Cruel, cest toi qui las
réveillé !
Sus, sus, aux armes ! Je te défie !
Rends-moi mon amour, ou je te tue.
Je ne pourrai rien apprendre
Sur Thésée, auprès de
celui-ci.
Tu cherches Thésée ?
Que le Ciel te guérisse; adieu.
Je vais tout te dire. Arrête-toi.
Où vas-tu ? où vas-tu ?
Tu ne vois pas tous ces hommes,
Toutes ces armes, toutes ces enseignes ?
Cest Tyndare qui vient
Avec une immense armée, à bride abattue,
Contre Thésée, qui lui a volé sa
fille.
Cest pour de bon quil est fou.
Dos-je le croire ou non ?
Je vais mieux chercher,
Bien que je croie fermement
Quun sot dit la vérité plus facilement
quun homme nest fidèle.
Vous êtes folles,
Si vous croyez,
Belles dames, à vos amants.
Ces colères, ces larmes,
Ne sont que folies.
Ils nont rien de vrai que les mensonges.
Ces soupirs,
Ces martyres
Sont des mensonges, des chimères;
Pour provoquer votre chute,
Ils ont les ruses les plus scélérates,
Ils nont rien de vrai que les mensonges.
Ménesthée,
Hélène, Thésée
Ménesthée Hélène Ménesthée Hélène Ménesthée Hélène Ménesthée Hélène Ménesthée Hélène Ménesthée Hélène Thésée Hélène Thésée Hélène Thésée Hélène Thésée
Ainsi vous nourrissez
Le feu dans les yeux,
La glace dans le cur ?
Ah, comment peut sassocier
Si cruelle rigueur
Avec tant de beauté ?
La flèche damour
Ne saurait me blesser.
Navez-vous pas pitié
De celui que, dun regard,
Vous forcez à mourir ?
Je maperçois bien
QuAmour vous enseigna
Seulement à blesser.
De votre langueur,
La faute nest pas mienne.
Voyez mes yeux,
Devenus par vous deux fleuves;
Et que de mon tourment, dans votre sein,
La pitié, à défaut damour, au
moins séveille.
Je nai aucune pitié; partez.
Je ne peux vous donner mes sentiments;
Si je devais aimer, cest Thésée que
jaimerais.
Je saurai le tuer.
Et je vous en haïrai davantage.
Au moins, je serai vengé.
Mais non content.
Je suis déjà
désespéré.
Voici venir Thésée, je veux partir.
De grâce, restez, mon idole !
Que voulez-vous ? Je ne peux
Parler davantage de vous aimer.
Il me suffit de vous regarder.
Je ne demande rien de plus.
Il est vrai que vous enlever
Fut un vrai crime,
Mais je ne prétends à rien dautre
Quà vous adorer,
Il me suffit de vous regarder.
Priez Cupidon
Que dans mon cur
Il allume son ardeur,
Alors je vous aimerai.
Pour linstant, je ne peux
Vous donner mon âme.
Il me suffit de vous regarder.
Qui sait si un jour
Quelque pitié
Ne se réveillera pas en vous ?
Dici là, je ne veux pas
Vous rechercher davantage,
Il me suffit de vous regarder.
Un modeste désir,
Qui parle en se taisant,
Acquiert en souffrant
Une récompense en amour.
Je ne peux pour linstant
Parler plus nettement.
Il me suffit de vous regarder.
Hippolyte
Hippolyte
À dautres, de détester larcher
volant;
Qui ne résiste pas à la douleur ne vit pas en
aimant.
Je nappelle pas ardeur infernale
Celle qui enflamma mon âme,
Bien que je sache que pour léternité
Je la renfermerai dans mon sein.
Face aux peines damour, jai le cur
constant:
Qui ne résiste pas à la douleur ne vit pas en
aimant.
Deux guerriers arrivent; je me retire.
Ménesthée,
Antiloque, Hippolyte à
lécart
Ménesthée Hippolyte Antiloque Ménesthée Hippolyte Ménesthée Hippolyte Antiloque Ménesthée Antiloque Ménesthée Hippolyte Ménesthée Hippolyte Antiloque Ménesthée Hippolyte Ménesthée Hippolyte Ménesthée Antiloque
et Ménesthée,
ensemble
Je ne vois pas dautre moyen.
Lun de nous doit mourir, Thésée ou
moi.
Ils parlent de mon idole.
Les regards dHélène
Sont donc si violents ?
Et vous en avez retiré de si farouches incendies
Quen étant en même temps amoureux et
désespéré,
Vous permettez que votre cur tyrannisé
Avec de barbares desseins,
Se raccroche à la mort ?
Si Thésée ne meurt pas aujourdhui, je
vis dans le tourment.
Oh, le barbare ! Quentends-je ?
Je ne puis supporter
Sans languir de douleur,
Quil voie plus longtemps les rayons du clair
soleil.
Ô cieux ! et pourquoi donc ?
Où sont passées les lois de
lhospitalité ?
Elles ont été violées avec mes
blessures.
Comment la main royale pourra-t-elle se livrer
À de sanguinaires excès ?
Tu essayes en vain de me détourner
De ce que jai déjà résolu.
Je veux quil tombe dans un bref
délai.
Cest toi qui tomberas, traître.
Pour me conserver la vie,
Lâme royale pourra devenir homicide.
Ciel ! quest-ce qui me retient de le
tuer ?
Si je ne peux vous retenir,
Je suis obligé de vous suivre.
Je ferai en sorte quil se rende
Dans le bosquet royal;
Et là, sous nos coups, nous le ferons
tomber.
Cette épée passera dabord par mon
cur.
Mon cur, destin ami, aura cette joie.
Ton cur, scélérat, naura pas cette
joie.
Aujourdhui, Thésée mourra.
Oui, oui, oui, il mourra.
Hippolyte, en même temps
Non, non, non, il ne mourra pas.
Hippolyte
Hippolyte
Maheureuse, quai-je entendu !
Quel est ce complot ?
Avec quelle opportunité,
Ciel, je me suis trouvée là !
Comment, par un prompt secours
Pourrai-je sauver la vie de ma vie ?
Mais de quelle faute, ô Dieu,
Dites-moi, astres, est coupable mon idole ?
Sil vous a offensés, et que loffense
Exige en expiation une âme immolée,
Je vous offre la mienne,
Victime volontaire de votre colère;
De grâce, échangez sa mort contre la
mienne ;
Moi, de ma propre main,
Je poignarderai mon cur,
Jouvrirai mes veines,
Mais que vive Thésée, que vive mon
amour !
Oui, je persiste et signe:
Ses fautes sont mes fautes,
Ses douleurs mes douleurs,
Mais que vive Thésée, que vive mon
amour !
Euryte,
Hippolyte
Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte Euryte Hippolyte
Me voici, princesse.
Chère Euryte !
Quelles nouvelles de Thésée ?
Las-tu vu ? Que fait-il ?
Me garde-t-il sa foi ?
Se souvient-il de moi ?
Il nétait pas possible
De faire plus sûrement; je nai pas voulu
Me fier à un seul informateur; jai
demandé à beaucoup:
Thésée, que vous adorez,
A parcouru divers pays,
A abordé divers rivages.
Vite, ô Dieu, tu me fais mourir !
Finalement, il a abordé
Au rivage de Sparte; madame,
Mes informations sont sincères et fiables.
Vite, ô Dieu, tu me fais mourir !
Je veux seulement savoir
Sil mest fidèle ou non.
Il coule des jours heureux
Avec la belle Hélène
Quil a enlevée de Sparte.Je ne sais rien de
plus.
Oh le cruel ! le traître ! et je
ladore !
Hélas, je tombe ! hélas, je
meurs !
Que dois-je faire ? Hélas,
Princesse, relevez-vous;
Soyez joyeuse; allons, ne craignez rien.
Ah, Thésée, ingrat
Thésée !
Thésée se repentira,
Thésée vous adorera.
Quest-ce qui tient encore
Le reste odieux du fil de ma vie ?
Une pitié tyrannique ne veut pas que je meure.
Le sort se joue de moi,
Le destin me bafoue,
Un scélérat me trompe,
La destinée ment, lamour me trahit;
Et même la douleur ne me tient pas parole ?
En vérité, tu as vu le jour
Sur les rochers glacés
Du Caucase enneigé, criminel,
déloyal !
Enfant, tu as bu
En guise de lait, le cruel venin dAlecto.
Attends, inique, maintenant,
Que je te sauve la vie,
Si tu es ma mort.
Que le sol sous tes pieds se change pour toi
En gouffres obscurs;
Que toute lumière que tu regardes
Se change pour toi en horrible spectacle,
Que lair que tu respires puisse
tétouffer !
Malheureuse celle qui te croit,
Barbare sans foi ni loi !
Ménélas
Ménélas Mais voici mon idole:
Ô pénible servitude,
Que dafficher constance et foi
Sans plus demander merci
Aux tourments de son cur !
Dieu aveugle, je ne veux plus
Vivre en amant muet,
Ô pénible servitude !
Cest folie de vouloir souffrir
En adorant une beauté
Sans jamais demander pitié,
En cachant même ses soupirs.
Dans un si douloureux martyr,
Non, je ne puis plus tenir.
Ô pénible servitude !
Je vais me montrer endormi. Archer nu,
De grâce, seconde un amoureux
sincère.
Hélène,
Ménélas
Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène
Si Cupidon avec son trait
Va me perçant le cur,
Un doux regard de mon aimé
Pourra bien me guérir;
Et je verrai qui est le plus puissant,
Cupidon pour me blesser,
Ou mon amour pour me guérir.
Si le trait du dieu aveugle
Mafflige dans sa douleur,
Compatissante, mon idole
Effacera toute douleur.
Je ferai lessai: qui fera le plus,
Cupidon pour me blesser,
Ou mon amour pour me guérir ?
Hélène ? Mon
trésor ?
Qui parle ici ?
Je tadore.
Allons bon ! lAmazone endormie
Délire à mon sujet.
Mon idole, ma vie,
Tu peux me laisser pour
Thésée ?
Aimable songe !
Je suis Ménélas,
Qui, uniquement pour adorer ton beau visage,
Me suis revêtu dun vêtement
féminin.
Étranges divagations !
Et toi, pour un autre,
Tu mabandonnes, tu me négliges ?
Hélène, ô Dieu, ce nest pas ce que
requièrent
Mon amour et ma foi.
Élisa ! Élisa !
Qui mappelle ?
Réveille-toi.
Dis-moi: de quoi rêvais-tu ?
Je ne sais.
Tu parlais en dormant.
Et que disais-je ?
Que tu es Ménélas.
Et vous nen étiez pas
irritée ?
Moi ? jen riais.
Tu tes déclarée amoureuse
De mon visage; et pleine de jalousie
Parce que dans mon âme
Je reçois les flammes venant des yeux de
Thésée.
Et vous nen étiez pas
irritée ?
Moi ? jen riais.
Et si cétait vrai ?
Eh ! tu délires.
Cest vrai, si un cur qui vous adore est
censé divaguer.
Ma foi, tu rêves encore.
Vois, belle, devant toi,
Une libre volonté abattue,
Une âme vaincue,
Un caractère enchaîné, un cur
déchu.
Je ne suis pas une Amazone, je suis
Ménélas;
Lamour qui ma lié avec vos nuds
Ma fait revêtir cet accoutrement,
Ma enseigné ces ruses;
Me voici à vos pieds, belle âme,
Pour languir si vous le demandez,
Pour mourir si vous le voulez.
Grande audace, grande passion !
Que dites-vous, mon idole ?
Amour, que dois-je faire ?
Voulez-vous ma mort ?
Oh ! comme Amour tient mon cur dans le
doute !
Répondez, ma bien-aimée !
Prince, votre audace
Me trouble vraiment, et votre amour
Ne mémeut pas médiocrement; mais je ne
peux me résoudre
En un bref instant, à vous aimer.
Dites-moi donc de mourir.
Mon naturel nest pas si cruel; allez,
Et laissez lamour me conseiller.
Ah ! avec ces délais,
Comme vous me tourmentez !
Allez; ne désespérez pas.
Dieu aveugle, à toi de décider;
Jaccepterai la flamme
Que tu allumeras dans mon sein,
Et tu ne verras pas
Séteindre dans mon cur
La flamme dont je brûlerai.
Dieu aveugle, à toi de décider.
Tu disposes de mon cur;
Divinité ailée, dieu enfant,
Je suivrai tes ordres;
Ce que tu veux,
Je le prendrai pour mon destin,
Et je ne souhaiterai rien outre;
Dieu aveugle, à toi de décider.
Bord
de mer
Castor, Pollux, chur dArgonautes, churs
desclaves des deux sexes, Irus
[Irus] Chur Castor
et
Pollux,
ensemble Castor Pollux [Ensemble] Chur Irus Castor Irus Castor
et
Pollux,
ensemble Pollux Castor Ensemble Castor Castor
et
Pollux,
ensemble Castor
et
Pollux,
ensemble Castor Pollux Ensemble Castor,
Pollux,
Irus,
ensemble [Les esclaves
libérés, tout à leur allégresse,
font un ballet.]
Cest un métier qui ne me plaît pas
Que denquêter sur les actes dautrui;
Je veux le laisser aller en paix
Et redevenir tel que jétais avant,
Sans plus changer de sort:
Je veux faire le bouffon jusquà la mort.
Mais ce bateau couvert dor
Jette lancre;
De nombreux guerriers débarquent; je me
cache.
Que les troupes célèbrent
Leur heureuse arrivée;
Que le ciel retentisse
Des sons de la fête;
Que résonne le tambour,
Quéclatent les trompettes !
Déjà les astres
Nous ont donné
La toison dor,
Remportée triomphalement.
Dieux suprêmes,
Tous ces trophées viennent de vous.
Scintillantes
De saphirs,
Sans sortir
De leurs orbites,
Les hautes sphères
Font pleuvoir sur nous joie et plaisir.
Que les troupes célèbrent,
etc.
Moins dallégresse, de grâce,
seigneurs;
Jai vu deux charmants ravisseurs
Avec beaucoup moins de tumulte
Emporter un plus riche butin.
Je ne comprends pas.
Thésée et Pirithoüs
Ont enlevé aujourdhui votre sur
Hélène
Et sont venus ici abriter leur butin.
Ma sur enlevée ? Les
ravisseurs...
Parmi les signes du zodiaque...
Ou dans les royaumes de Pluton,
Dans les recoins les plus obscurs...
Ne seront pas en sécurité.
Quon détache ces esclaves et quon leur
rende la liberté;
Que les hommes en armes nous suivent;
Irus viendra avec nous.
Ou bien je périrai
Au milieu de la fureur des armes,
Ou loutrage subi sera vengé.
Massacre, mort, ruine !
Je serai un démon...
Je serai une furie...
Jusquà ce que je venge
Latroce injure
Dun si barbare forfait.
Massacre, mort, ruine !
ACTE III
Bosquet
royal
Ménélas, Hélène
Ménélas Voici mon
idole; comment me revenez-vous, Hélène Ménélas Ménélas Ménélas Ménélas Ménélas
et Ménélas,
ensemble
Soupirs de feu
Qui enflammez les brises,
Volez, légers,
Autour de mon aimée
Et racontez-lui un peu
Mes âpres peines,
Soupirs de feu.
Brises légères,
Qui entendez ma douleur,
Volez, transportez-vous
Sur le sein de qui jadore
Et dites-lui que je meurs
Dans des tourments sévères,
Brises légères.
Amicale, ou rebelle ?
Quavez-vous décidé,
belle ?
À votre modération, à votre amour,
Mon cur cède, vaincu.
Vous agréez mes sentiments ?
Vous êtes le centre de mes délices.
De grâce, laissez-moi baiser
Ces neiges animées,
Ces blancs ivoires,
En témoignage de mes amours heureuses.
Il nous faut fuir
Celui qui nous a enlevées;
Oui, nous fuirons, mon amour.
Mon plaisir, mon soupir,
Je vis en toi, en toi je respire,
Tu seras ma joie,
Tu vivras sur mon sein;
Je suis ton amour, ta vie,
Je te consacre mon âme, je te donne mon
cur.
Thésée
Thésée
Une tyrannique beauté
Sadore avec les larmes
Des âmes aimantes;
On la sert dans les chaînes;
Qui se met à aimer, na plus rien de bon.
Un cur prisonnier
Du dieu aux yeux bandés
Reste toujours lié
Dans les peines et le malheur;
Qui se met à aimer, na plus rien de bon.
Mais, agréable oubli,
La beauté de ce lieu
Me fait une douce invite;
Je vais me reposer ici;
Enfant amour, accorde
Du repos au moins à mes yeux, à défaut
du cur.
Hippolyte,
Thésée endormi
Hippolyte
Donne-moi la mort ou porte-moi secours,
Aveugle Amour ; moi, je ne puis
Supporter un si cruel martyre,
À voir ma constance
Privée despérance;
Donne-moi la mort ou porte-moi secours.
Hélas, que vois-je ! le traître qui
dort;
Oui, cest lui, et peut-être
Il se repose épuisé de ses ébats
lascifs !
Âme injurieuse,
Perfide, trompeuse, mon épée
Va te faire payer, scélérate, ta
trahison !
Quil meure, quil meure,
linfidèle ! Ah non ! Que crois-je
faire ?
Qui sait si mes plaintes
Ne pourront faire fléchir le cruel;
Quest-ce qui massure, ô Dieu,
Quil ne peut pas redevenir mien ?
Ah, je flatte en vain mon tourment;
Quil meure, quil meure,
linfidèle ! Ah non ! Que crois-je
faire ?
Mieux vaudrait que je le réveille
Et que je voie encore un seul rayon
De ces beaux yeux, puis que je meure.
Mais qui sait, si je le réveille,
Sil ne va pas senfuir en colère,
Et si, pour regarder les étoiles, je ne vais pas
perdre le soleil ?
Mieux vaudra que je ladore
Jusquà ce quil se réveille, et
puis,
Si je ne peux attendrir son cur inique,
La douleur me fera mourir.
Dors, dors, cher bien-aimé,
Que la pénible douleur
Ne trouble pas
Ton repos;
Que seul se montre
Un peu
De mon feu
Sur son sein;
Dors, dors, cher bien-aimé.
Viens, viens, amour aveugle;
Viens rafraîchir
Ma divinité
Avec tes ailes;
Fais que saccroisse
Lardeur seule
Dans mon amour,
Dans son sein;
Dors, dors, cher bien-aimé.
Ménesthée,
Antiloque, Hippolyte, Thésée
Antiloque Ménesthée Hippolyte Ménesthée Antiloque Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée
Vois-le abandonné à un doux
sommeil.
Les astres ne peuvent
Me sourire avec plus de bienveillance;
Quil meure, mon rival criminel !
Âmes hostiles,
Monstres sanguinaires,
Perfides, scélérats,
Peut-on être aussi traîtres !
Ah ! je suis blessé !
Fuyons dici !
Quel bruit me réveille ?
Ah, traître !
Ah, infidèle !
Ah félon !
Tu vas payer à mon épée ton monstrueux
attentat,
Toi qui assassines un homme endormi !
Ah, que vois-je ? Cest Hippolyte !
Oh, quel trouble ! ô dieux !
Lingrat ma reconnue.
Le visage où sont répandus
Tant de traits charmants,
Dune beauté jadis aimée,
Bien que maintenant abhorrée,
A le pouvoir de mapaiser.
Va-t-en, mais loin, que je ne te voie plus !
Hippolyte
Hippolyte
« Va-t-en, mais loin, que je ne te voie
plus ? »
Est-ce là la récompense
Dun cur malheureux,
Amour cruel et perfide ?
La loyauté ne sert plus à rien,
La constance est sans valeur:
Pourquoi restes-tu avec moi ? va-t-en, ô
espérance.
Cest ainsi quun cur fidèle
Est payé par une blessure,
Ciel sourd, ciel inflexible ?
Je ne trouve pas de pitié,
Je ne vois pas despérance:
Pourquoi restes-tu avec moi ? va-t-en, ô
constance.
Antiloque,
Euryte
Antiloque Euryte Antiloque Euryte Antiloque Euryte Antiloque [Euryte] Antiloque Euryte Antiloque Euryte Antiloque Euryte Ensemble Euryte
Ménesthée veut que je revienne
Observer si Thésée a découvert
Notre embuscade; je ne vois personne ici,
Et je ne peux deviner sil la
découverte.
Jai vraiment lieu de détester lamour,
Cruelle origine de notre erreur.
Je cherche en vain Hippolyte,
Qui sest envolée loin de moi,
Bacchante damour; et je ne sais où elle
est.
Mais voici un guerrier.
Voici un soldat.
Peut-être laura-t-il vue ?
Peut-être en aura-t-il quelque
nouvelle ?
Je vais lui poser la question.
Je vais lui extorquer des informations.
Noble guerrier, auriez-vous près dici
Rencontré Thésée ?
Moi, non; mais vous,
Auriez-vous vu un jeune homme en armes
Errant dans les environs,
À laspect tendre et au gracieux
visage ?
Jai vu un hardi jeune homme
Qui a mis deux hommes en fuite, dont un quil a
blessé.
Lavez-vous reconnu ?
Moi ? Non.
Savez-vous où il est allé ?
Je nai pas remarqué,
Mais je ne peux mattarder ici plus
longtemps.
Faites bonne route.
Adieu.
Je crains pour Hippolyte
Quelque mauvaise rencontre.
Impitoyable amour,
Quelle douleur dadorer un cur ingrat !
Jamais dans mon sein
Je ne donnerai asile aux cruelles amours,
Et je naurai pas à souffrir
De mépris et de rigueurs,
Et si mes galants devaient être impitoyables,
Qui maurait méprisée, je le
mépriserais.
Trop faible est ce cur
Qui poursuit celui qui le fuit,
Et qui en vain dans sa douleur
Toujours languit et se détruit.
Ma foi, ma foi, cela, je nen veux pas,
Qui maurait méprisée, je le
mépriserais.
Hélène,
Ménélas
Hélène Ménélas Ensemble Hélène Ménélas Hélène Ménélas Ensemble Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ensemble Hélène Ménélas Ensemble Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ensemble
Mon espérance
Mon bonheur,
Là-haut, dans les cercles des sphères,
Crois-moi,
Il ny a pas
De plaisir, de jouissance
Qui égalent ceux que je ressens.
Mon espérance,
Mon bonheur,
Mes délices,
Mon désir,
La splendeur du soleil
Cessera,
Disparaîtra
Avant que dans mon âme, dans mon cur
Séteigne mon feu.
Mes délices,
Mon désir !
Organisons notre fuite, idole aimée,
Dès quun sort favorable nous offrira une
occasion.
Mon aimé, je te suivrai jusquà la
mort.
Ma divinité, pour toi
Pour toi, mon dieu,
Languir,
Mourir
Sera une jouissance.
Des astres irrités
Des destins sans pitié
Lhumeur malveillante
Ne pourra troubler
La foi constante
De mon cur.
Ma divinité, pour toi
Pour toi, mon dieu,
Languir,
Mourir
Sera une jouissance.
Pirithoüs,
Ménélas
Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Ménélas
Élisa ? Où ten
vas-tu ?
Je vais contemplant tes rayons
Dans les reflets du soleil, ô ma splendeur de
beauté !
(Amour, moque-toi de mes mensonges !)
Et moi, sais-tu où je vais ?
Je ne sais, bien aimé, je ne sais.
Je vais baisant ces souffles
Que tu as expirés,
Adorant ces herbettes
Que tu as regardées.
Desséchées seront les herbes, brûlants
seront les souffles
Partout où je me tourne;
Car tout ce que je respire,
À cause de toi, ma chère ardeur, est de
feu.
(De grâce, Amour, ris, ris dun si beau jeu.)
Mais je dois suivre les armes
dHélène,
Il ne convient pas que je reste loin delle.
Va, bien aimée.
Reste, mon bel ami.
Dis-moi, ô belle,
toi mon flambeau,
Quemportes-tu avec toi ?
Ton cur et ta foi.
Dis-moi, ô ma torche
Qui me consumes,
Que me reste-t-il ?
Mon cur et ma foi ?
Doux et précieux gage aimé,
Va, mon amour.
Reste, mon bel ami.
(Oh, comme japprends bien à tromper !)
Pirithoüs
Mignons petits amours,
Brillez dans mon sein,
Qui déjà jouit,
Plein de vos plaisirs.
Mignons petits amours,
Brillez dans mon sein,
Bienvenu et content,
Tu exultes, mon cur;
Je ne sens dans mon âme
Aucun tourment damour;
Bienvenu et content,
Tu exultes, mon cur.
Palais
de Créon
Thésée, Hippolyte, Euryte
Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Euryte Hippolyte
Si jai brisé ces chaînes
Par lesquelles mon cur était lié,
Si pour un nouvel esclavage
Jai oublié mes premières peines,
Tandis que je porte dans mon sein une flamme plus belle,
Qui se plaint de moi se plaint à tort.
Si à une beauté qui jadis me plut
Mon cur noffre plus dencens
Et si dans mon sein est né
Une plus chère et plus douce ardeur
Tandis que je porte dans mon sein, etc.
Arrête-toi, infidèle !
Et pourtant, elle est là !
Arrête-toi, et avant que jaille
Assez loin pour ne plus te voir,
Dis-moi, infidèle, me reconnais-tu ?
Moi ? Non. Qui es-tu ?
Qui je suis ? Monstre, qui je suis ?
Je suis un rayon exclu
De son centre; une flamme
Chassée de sa sphère; je suis une onde
Refoulée, rejetée par sa mer.
Je suis Hippolyte.
Qui, Hippolyte ?
Qui, Hippolyte, cruel ?
Celle quun temps tu as aimée,
Que tu appelais ton bien.
Ah oui, oui, je me souviens; et que
voudrais-tu ?
Tu mas enlevé mon cur,
Cruel, perfide, criminel.
Je te le rends; adieu !
Arrête-toi, ingrat, écoute !
Je técouterai une autre fois.
Je mourrai dici-là.
Tant pis pour toi.
Et tu ne penses pas à elle ?
Pas du tout.
Cest ainsi, parjure, que tu respectes tes
serments ?
Les vents les ont dispersés.
Tu es une vipère !
Je ne dis pas le contraire.
Tu es une furie !
Cest vrai.
Un scélérat, un
traître !
Quimporte ?
De grâce, cher Thésée,
Mon âme est encore à toi,
Mon cur est encore tien.
De grâce, prends pitié de ma
douleur.
Arrête, arrête; quelquun qui a tendu un
piège pour tuer son amant
Réclame en vain son aide.
Thésée, Thésée, tu te
trompes;
Écoute, reviens, cruel, entends la
vérité.
Malheureuse, pourquoi vivrai-je plus longtemps ?
Quespéré-je ?
Si un amant vous fuit,
Nombre dautres, ma foi, voudront bien de vous;
Rassérénez votre triste cur,
Consolez votre angoisse.
À quoi bon tant prier qui vous
méprise ?
Les amoureux ne manquent pas à qui a de la
beauté.
Pour un cruel, à quoi bon nourrir
Un cur plein de tourments
Alors que vous pourriez être heureuse,
Accueillie dans les bras de bien dautres.
Usez de cruauté avec qui est féroce.
Les amoureux ne manquent pas, etc.
Cest à Hippolyte, indigne,
Que tu parles ainsi ?
Va-t-en, va-t-en dici.
Laissez ma douleur me tuer,
Cieux, de grâce, par pitié;
Si mon destin est déjà devenu
Si inexorable,
Pourquoi devrais-je le fatiguer plus longtemps ?
Maintenant que pour moi Amour na plus de force
Laissez ma douleur me tuer.
Loin de moi, vains ornements
Dune beauté méprisée;
Que seuls me revêtent
De cruels supplices !
Le bien est peine pour qui ne peut avoir de plaisir.
Maintenant que le Ciel na plus pour moi de
splendeur,
Laissez ma douleur me tuer.
Ménesthée,
Antiloque, Créon
Ménesthée Antiloque Ménesthée Créon Ménesthée Créon Antiloque Créon Antiloque Ménesthée Créon Ménesthée Créon Antiloque Créon Ménesthée Créon Ménesthée Antiloque Ménesthée Antiloque Ménesthée Antiloque Ménesthée Antiloque Ménesthée Antiloque Ménesthée Antiloque Ménesthée Antiloque
La vertu de certaines pierres ou herbes
Peut cicatriser des plaies douloureuses,
Mais la plaie damour,
Rien ne peut la guérir
Quand le cur blessé languit
Et que par les yeux qui pleurent séchappe le
sang.
Avec des gouttes précieuses,
Une docte main peut,
Je le sais bien,
Rendre moins douloureuses ces plaies-là,
Mais elles ne servent à rien pour le cur,
Il ny a point de baume qui guérisse
lamour.
Votre rival peut vraiment
Se dire chanceux.
En dépit du Destin,
Je le tuerai.
Je le tuerai ? Qui donc ?
Thésée ne vivra plus longtemps
En jouissant des rayons du soleil
Avec Hélène.
Maintenant, je comprends tout.
Neût été le guerrier qui
sest interposé,
À lheure quil est, il serait
mort.
Donc, ils ont déjà tenté de tuer
Thésée ?
Il naura pas toujours quelquun pour le
défendre.
Une bonne chose, quil ne se soit pas
réveillé.
Donc, il dormait.
Puisquil ne ma pas aperçu,
Il ne pourra pas échapper à mes
desseins.
Ah traîtres ! Ah indignes !
Jai tout entendu: cest ainsi que vous en
usez
Avec des hôtes ?
Malheur à nous !
Je lui garantis sa sécurité, et vous osez le
trahir ?
Je respecte ma foi envers lui, et vous la violez ?
Tu es Ménesthée, toi ? Tu es fils de
Créon ?
Tes actes le démentent,
Rameau dégénéré
Du tronc dont tu es issu:
Quand tai-je enseigné la
félonie ?
Que les criminels soient placés sous bonne garde,
Et quà Thésée lui-même soit
laissé le soin de les punir.
Père...
Comment, père ? Maintenant que tu es
criminel,
Je suis roi, je ne suis plus père,
Et comme un roi qui est garant de
léquité,
Je nai pas dautres fils que les lois.
Sort cruel !
Astres hostiles !
Ainsi, perfide, tu me trompes ?
Souffrez-vous des torts si atroces ?
Moi qui fus de mon père...
Moi qui fus du règne...
Jadis estimé,
Jadis bien reçu,
Me voici méprisé.
Me voici bafoué.
Je me verrai traité comme un indigne.
Je me verrai traité comme un rebelle.
Sort cruel !
Astres hostiles !
Hélène,
Ménélas, Thésée
Thésée Hélène Thésée Ménélas Thésée Hélène Ménélas Thésée
et Hélène,
ensemble Hélène Ménélas Hélène
et Ménélas,
ensemble Hélène Ménélas
Donc, ô belle, dans votre cur
A pénétré lardeur
De lenfant nu qui vole ?
Oui, je brûle. (Ménélas, je parle de
toi.)
Ah, que je suis fortuné !
Même si elle fait semblant avec lui, en
vérité, elle me tue.
Je regarderai par tes yeux, ô mon idole
Je vivrai par ta respiration.
Tu seras le but de mes désirs.
(Je parle de toi, mon flambeau.)
Je sais quelle fait semblant avec lui, mais cela me
déplaît quand même.
Dieu ailé,
Tu ne pourras plus
Défaire les chaînes
Qui ont uni mon cur
À celui de mon aimé(e).
(Je parle de toi, mon cur, tu le sais
bien.)
Même si elle fait semblant avec lui, elle
memplit de douleur.
Ô dieu damour,
Tu ne pourras plus
Guérir les blessures
Si chères et plaisantes
Que je porte au cur.
(Je parle de toi, mon cur, tu le sais
bien.)
Même si elle fait semblant avec lui, elle
memplit de douleur.
Les
mêmes, Pirithoüs
Pirithoüs Hélène Thésée Pirithoüs Thésée Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Thésée Hélène
(et Ménélas
à part), ensemble Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Thésée Pirithoüs Thésée
et Pirithoüs,
ensemble Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène Ménélas Hélène
Aux armes, Thésée, aux armes !
Castor et Pollux, à limproviste
Sont arrivés à Tégée
Et nous cherchent avec nombres dhommes
armés.
Ils sont là pour marracher
À qui a osé semparer de moi.
Aux armes donc, aux armes !
Nous freinerons leur colère.
Nous apaiserons leur courroux.
Si vous nous aimez, nous navons pas peur de
mourir.
Nous conserverons notre vie,
Conservez-nous votre ardeur dans votre cur.
Nos amours dureront éternellement.
Alors, je ne craindrai rien, même si...
La terre voulait nous engloutir.
Le ciel voulait nous foudroyer.
Aux armes donc, aux armes !
Allez, et que le ciel ne vous laisse pas revenir
Nous importuner davantage.
Ô Dieu ! ma poitrine a été
Transpercée par cette nouvelle.
Quest-ce qui tafflige ?
Je redoute que, si je suis découvert,
Castor et Pollux te considèrent comme une
dévergondée
Et moi comme un trompeur sournois.
Naie crainte, mon cur.
Je te vois déjà
Mêtre ravie par le destin
Irrité contre moi.
Non, ne crains rien, ma vie !
Un supplice inconnu
Me force à languir,
Mastreint à la douleur.
Non, ne crains rien, mon bien-aimé !
Irus,
Hélène, Ménélas, Castor,
Pollux
Irus Hélène Irus Castor
et
Pollux,
ensemble Ménélas Hélène Irus Hélène Ménélas Castor Hélène Ménélas Hélène Tous les
quatre
Bonnes nouvelles !
Voici le fou.
Voici les zéphyrs; vite,
Partons, partons,
Et si vous vous trouvez ne pas avoir de chevaux,
Je nai que deux mots à dire
Pour vous faire prêter ceux du Soleil.
Sur chérie, le Ciel
Nous a guidés ici à point nommé pour te
libérer
Du pouvoir de ceux qui tont ravie.
Ô secours bienvenu !
Ô frères aimés !
Et vous navez pas reconnnu votre
Irus ?
Que vois-je ? Tu as été capable
De nous tromper à ce point ?
Allons, vite, fuyons dici.
Dis-moi, qui est cette charmante jeune
fille ?
Elle a été enlevée en même temps
que moi.
Je viens avec vous;
Vous saurez tout plus tard sur qui je suis.
Avant que le jour senfuie...
Fuyons, fuyons, oui, oui.
Les
mêmes, Thésée,
Pirithoüs
Pirithoüs Pollux Thésée Castor
Non, non, il ne fuira pas, celui qui veut
Nous ravir nos trésors.
Vous voilà, traîtres ?
Calmez votre colère.
Je la calmerai par ta mort, infâme.
Les
mêmes, Hippolyte
Hippolyte Thésée Castor Hippolyte
Retenez vos épées, nobles
héros !
Plus que vous tous,
Je hais ce criminel; cest moi quattend
Dune plus barbare offense
Une vengeance plus méritée.
Rencontre malvenue !
Qui est cet homme si noble et si
irrité ?
Tourne-toi vers moi, félon,
Rends-moi raison de tes méfaits.
Les
mêmes, Créon, Ménesthée,
Antiloque
Thésée Créon Thésée Ménesthée Thésée Créon Antiloque Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Castor,
Pollux,
Créon Thésée,
Pirithoüs Hélène,
Ménélas Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte Thésée Hippolyte
et
Thésée Créon Hélène
et
Ménélas Pirithoüs,
Castor,
Pollux Thésée Castor Thésée
[à Ménesthée et
Antiloque] Ménesthée,
Antiloque Pirithoüs Ménélas Pirithoüs Hélène Castor
et
Pollux Créon
et
Thésée Pirithoüs Irus Ménélas Castor
et
Pollux Pirithoüs Ménélas Hélène,
Hippolyte Ménélas,
Thésée Hélène,
Hippolyte Ménélas,
Thésée Hélène,
Hippolyte,
Ménélas,
Thésée Hélène,
Hippolyte Ménélas,
Thésée Hélène,
Hippolyte Ménélas,
Thésée
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Aujourdhui, pendant que je dormais,
Tu as tenté de mégorger; et par
pitié (tu le sais)
Je tai laissée vivre.
Va, porte ailleurs tes fureurs,
Thésée refuse de se battre avec des
traîtres.
La vérité doit trouver sa place; et le
devoir
Dêtre juste doit céder à
lamour paternel.
Thésée, noutrage pas
Ce guerrier; écoute mes paroles:
Il est innocent, et voici les coupables.
Comment ?
Je lavoue, jai été fautif:
Épris dHélène,
Jai tenté de te tuer; il ta
défendu,
Ou plutôt, son épée ma
blessé.
Quentends-je ?
Les coupables sont en ton pouvoir.
Seigneur, une faute damour mérite le
pardon.
Maintenant quon ne peut plus me qualifier de
traître,
Scélérat, empoigne ton arme.
Cède, mon cur, à tant de
passion.
Allons, quattends-tu ? Que
fais-tu ?
Me voici vaincu, Hippolyte adorée;
Je ne dois plus faire semblant de ne pas
reconnaître
Ces yeux resplendissants; punis, mon idole,
Une âme ingrate, comme tu lentends.
Brandis donc contre moi ton épée.
Que vois-je ?
Quel spectacle !
Oh létrange histoire !
Je suis indigne de vivre;
Que ta juste colère prenne ma vie,
Cette vie que ma donnée ta noble
piété.
Confesses-tu donc tes offenses ?
Oui, et je men repens.
Reconnais-tu ma foi ?
Cest un trésor.
Avoues-tu que tu mas trahie ?
Oui.
Il me suffit;
Pour ta peine, vis, traître; adieu.
Où vas-tu, mon idole ?
Assez loin pour ne plus te voir.
Écoute au moins mon âme,
Résolue à tadorer.
Je técouterai une autre fois.
Ma flamme ravivée
Aura raison de moi.
Quimporte ?
De grâce, bien aimée, aie pitié
dun cur repentant.
Ou sois compatissante,
Ou donne-moi la mort,
Je nadore que toi, je nai cure
dHélène.
Dis-tu vrai ?
Je le jure par les dieux suprêmes.
Tu seras mien ?
Voici ma main en gage.
Cessons, cessons toute colère, toute rigueur,
Bien aimé, doux amour.
Royale Amazone,
Puisse le destin joyeux sourire à votre
hyménée.
Jai plaisir à votre plaisir.
Je mincline devant vous.
Illustres héros, je vous laisse Hélène
intacte;
Soyez bienveillants, pardonnez-moi mon larcin.
Pour ne pas déplaire à cette belle,
Laissons tout dans un généreux
oubli.
En un jour qui pour moi est devenu si joyeux,
Je tire un trait sur vos injures.
Noble héros,
Nous corrigerons nos erreurs par une longue
soumission.
Vous, belle, accordez-moi votre amour.
Demandez à Hélène.
Que répondez-vous ?
Que celui-ci est le petit-fils du roi de Crète,
Que seul son amour pour moi a fait se cacher sous ces
hardes;
Que je laime, et que je désire être sa
femme.
Étranges événements !
Incroyables péripéties !
Si seulement je pouvais me cacher de tous !
Seigneur, je me réjouis de vous voir
marié.
Pardonnez mon audace, héros invincibles.
Lamour nest pas un crime: je ladorais,
Mais je nai jamais passé les bornes de la
décence.
Donnez-vous donc la main; je me rends bien compte
Que léternel destin
En avait ainsi décidé.
Amour, tu tes moqué de moi.
Certes, lamour qui vous a frappé était
aveugle.
Ma foi, vous vous étiez trouvé un bon
parti.
Que je suis heureuse !
Quelle joie !
À mon ardeur...
À ma foi...
Ne sont plus hostiles...
Lamour ou le ciel,
La fortune ou le destin !
Que je suis heureuse !
Quelle joie !

ACTE III
Scène 7
Au
début de la scène 7 de lacte III, on a
ajouté cette chanson
|
Hélène |
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