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Francesco Cavalli

[1602 - 1676]

Égisthe

 
L'Egisto

Fable dramatique en musique en I Prologue & III Actes
Venise, 1643

livret de Giovanni Faustini

les personnages

La Nuit qui descend, Prologue, contralto
L'Aurore qui naît, Prologue, soprano
Lydius, amant de Cloris, contralto
Cloris, amoureuse de Lydius, soprano
Égisthe, épris de Cloris, ténor
Clymène, qui brûle pour Lydius, soprano
Hipparque, frère de Clymène, ténor
La Volupté, soprano
La Beauté, soprano
L'Amour, soprano
Vénus, soprano
Sémélé, soprano
Phèdre, soprano
Didon, contralto
Héro, soprano
Cinéas, serviteur d'Hipparque, ténor
Apollon, contralto
Démas, contralto

Quatre Heures, servantes d'Apollon, (sopranos)
Les Grâces,
sopranos
Chœur de petits Amours, Cortège muet de Vénus,
Chœur d'Héroïdes mortes misérablement par amour
Chœur de serviteurs armés d'Hipparque,
Chœur de servantes de Clymène

 

Avis du librettiste au lecteur

Au lecteur

 

Pour ne pas laisser périr la Doriclée, j’ai formé d’une plume hâtive l’Egisto, que je jette aux bras de la Fortune; s’il te paraît ne pas mériter tes applaudissements, excuses-en la qualité de son être: né en si peu de jours, on peut l'appeler plutôt une fausse couche qu’un enfant de l’esprit. Je l’ai fabriqué la balance à la main, et ajusté à la faiblesse de qui doit le faire paraître sur la scène. Les théâtres veulent de grandes machines pour éveiller l’émerveillement et le plaisir, et parfois les joliesses, les ors et les pourpres abusent les yeux, et font paraître beaux les objets les plus laids. Si tu as l’esprit critique, n’accable pas la folie de mon Égisthe au motif qu’elle imite une action que tu as déjà vue sur les scènes et la transporte du comique au dramatique avec musique: les prières impératives d’un grand personnage m’ont contraint à l’intégrer dans l’œuvre, pour satisfaire au génie de celui qui doit l’interpréter.

L’épisode d’Amour, qui se trouve par hasard voler dans les bois de myrtes de l’Érèbe, où s’emparent de lui ces Héroïdes qui ont misérablement perdu la vie par amour, lesquelles veulent le faire périr de la même mort que lui leur a fait subir, - cet épisode, je t’avoue que je l’ai pris chez Ausone, avec cette licence dont usèrent les poètes latins, de prendre les inventions des Grecs pour en habiller leurs fables et leurs compositions épiques.

Vis heureux.

 

 

L’histoire se passe au printemps, dans la campagne de Zacynthe, île de la mer Ionienne, aujourd’hui appelée Zanthe.

 

 

Prologue

 

 

La Nuit et l'Aurore

 

La Nuit
Escadrons ténébreux, ombres guerrières
qui étalez, puissantes, vos trophées
jusqu’à l’endroit où le messager des dieux fait demi-tour,
levez haut vos drapeaux, hardies et fières.
Quittez maintenant les demeures conquises
de mon ennemie vaincue, la lumière;
aux armes, aux armes ! habituées à la victoire,
suivez-moi, moi votre reine et votre général.
Là, dans l’autre hémisphère, le soleil a installé son camp,
escorté et entouré de rayons lumineux.
Au combat, aux palmes ! Vous avez vaincu,
il me semble déjà voir toutes ses lampes éteintes.
Déjà victorieuses, vous triomphez
des troupes de Phébus, ô mes fidèles ténèbres !
Que ses splendeurs cèdent à votre obscurité,
et ses lauriers à mes pavots.

L’Aurore
De l'orient
je sors riante
pour dispenser, prodigue,
les humeurs vitales de la rosée
à l’herbe, aux fleurs.
Déployez, altières,
vos ailes légères,
belles brises,
brises miennes,
et chuchotez que le jour vient.
Aubes lumineuses,
bordez bien vite
cet horizon
de teintes dorées
et chassez-en les étoiles, ou éteignez-les.
Déjà le blond soleil,
ayant quitté Téthys,
fouette ses fougueux
destriers ailés.

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ACTE I

 

 

Scène première
Un bocage
Lydius, Égisthe et Clymène, endormis

 

Lydius
Maintenant que l’Aurore,
répandant ses fleurs,
dore le monde
avec ses splendeurs,
pour voir celle qui m’a blessé,
je me lève, moi aussi, comme le jour.

Ô mignonnette,
viens au bosquet,
là t’attend
ton aimé;
viens, ô belle, ne tarde pas;
que sa peine te donne des ailes.
À mon martyre,
visage divin,
j’entends compatir
tous les oiseaux;
viens, ô belle, ne tarde pas;
que ma peine te donne des ailes.

 

Scène 2
Cloris, Lydius, Égisthe et Clymène, endormis

 

Cloris
Moi qui aime la nouvelle lumière,
je quitte le repos
de ma couche
pour m’adonner aux douceurs de l'amour.

Petit enfant,
petit folâtre,
dieu miséricordieux,
archer aux yeux bandés,
montre-moi celui que j’aime tant.

Mon amour,
le ruisseau,
ici, pour moi, par son murmure
t’appelle dans la prairie.

Petit enfant, etc.

Lydius
Ô merveilleuse Cloris ?

Cloris
Ô Lydius, le gentil Amour
a entendu mes prières.

Lydius
Musiciens de la forêt,
oiseaux mélodieux,
allons, chantez, soyez en fête,
voici l’aube, voici Cloris;
la clarté lumineuse
qui s’est déjà levée,
c’est celle de ma beauté,
ô doux espoirs, ô vie de mon cœur.

Cloris
Vapeurs parfumées,
fleurs filles de Flore,
allons, répandez-vous,
disséminez-vous,
voici Lydius, voici le soleil;
celui qui monte là-bas
n’est qu’un petit éclat
de La Beauté que voici:
ô cher espoir, ô vie de mon cœur.

Lydius
Tu plaisantes, petite amoureuse, mais moi, je suis sincère;
tu as, concentrés sur ton beau visage
non seulement l’Aurore, mais le Paradis;
et de tes yeux brillants et merveilleux,
les étoiles apprennent à scintiller.

Cloris
Lydius, je ne veux pas te mentir;
j’écoute tes flatteries et tes éloges mensongers
avec le visage teinté d’une modeste rougeur;
je suis à toi, quelle que je sois,
joie de mon âme.
Vois, il n’est point d’arbre en ce lieu
sur lequel je n’aie pas gravé
ces mots, avec la flèche d’Amour:
Lydius pour toi vit Cloris de
Délos.

Lydius
Au grand royaume d’amour,
un amant plus heureux...

Cloris
Dans l’empire d’amour,
un cœur plus fortuné...

Cloris et Lydius
...que le mien/...que moi,
jamais il n’y en eut./il n’y en a pas.

Égisthe, dormant
Ah, ingrate Cloris, ah Cloris,
c’est ainsi que tu trahis nos amours ?

Cloris
«Ingrate Cloris !». Tu as entendu ?

Lydius
Eh, je n’ai que trop entendu.
Si seulement j’avais pu être sourd à ces paroles:
conserve, conserve ta foi à un autre amant,
belle autant qu’inconstante.

Cloris
Quels soupçons jaloux !
Jamais à Zacynthe,
je le jure par tes yeux si lumineux,
je n’ai aimé d’autre que toi, mon brasier.

Égisthe, dormant
Ah, cruelle,
infidèle !

Lydius
Si je ne me trompe, ces paroles sont prononcées
par un de ces voyageurs
qui dorment doucement au pied des hêtres;
ils viennent, je crois, de ce navire qui hier,
poussé par des vents favorables,
a abordé nos rivages.

Cloris
Il délire dans un songe.

Lydius
Ou bien il s’amuse à faire semblant de dormir;
mais je veux, si cela est vrai,
que ce sentier lui soit funeste.

Cloris
Eh, ils ne font pas semblant de dormir,
ne vois-tu pas ? Hélas !

Lydius
Mon amour,
quel chagrin soudain
fait d’un coup disparaître les fleurs
de ton céleste visage
et t’enlève à toi-même ? Ah, Cloris, Cloris !

Cloris
Hélas ! quelle cruelle douleur
m’assaille !

Lydius
Assieds-toi là...

Cloris
Non, non, partons plutôt. Ah, qu’ai-je vu ?

Lydius
Hélas, que va-t-il arriver ?
Ah, il avait raison, celui qui a dit
que le bonheur terrestre aboutit au malheur.

 

Scène 3
Clymène, Égisthe

 

Clymène
Déjà Phébus est sorti
de sa couche océane, et moi, je dors encore ?

Égisthe, dormant
Non, jamais ma foi constante
n’a mérité d’être bafouée:
comment, m’abandonner pour un nouvel amant ?

Clymène
Il rêve. Égisthe, Égisthe,
lève-toi, lève-toi, le jour
nous est revenu.

Égisthe
Hélas ! quels terribles spectres
ont troublé mon paisible repos
avec des objets cruels et douloureux ?

Clymène
Quels méchants fantômes
ont inquiété ton âme ?

Égisthe
Il me semblait voir ma maîtresse
dans les bras d’un autre amant;
jamais, Clymène, la cruelle douleur n’a flagellé
mon misérable cœur
avec une plus grande tyrannie,
qu’en voyant l’image trompeuse
de ma déesse terrestre
embrasser et baiser un autre beau garçon:
oh, quelle peine, quelle peine !

Clymène
Je sais combien des pensées jalouses
affligent le cœur
d’un noble amoureux.
Mais vois: nous avons été un an entier
compagnons d’esclavage, et jamais
je n’ai eu d’informations sur toi; de grâce, au nom
de celle qui tient ton âme dans une étroite prison,
raconte-moi qui tu es.

Égisthe
Puissante adjuration !
Je suis né à Délos, et suis l’arrière-petit-fils
de ce dieu qui fait tourner le quatrième
cercle,
celui qui dirige les étoiles,
cette immensité de splendeur.
J’ai brûlé pour Cloris, et Cloris
a allumé dans son sein des flammes qui répondaient
à mes ardeurs brûlantes;
Vénus, qui fut toujours
l’ennemie implacable
de la lignée du
Soleil,
alors que je badinais sur le rivage
avec ma tendre amie,
fit en sorte que nous fûmes
enlevés par des corsaires;
les pirates se répartirent
leurs prises entre eux;
celle que j’aimais
échut en partage à Micias, et moi,
je fus conduit chez Callias, affligé et pleurant
plus sur le sort d’une autre que sur le mien,
sous le pénible joug
de l’esclavage, si dur, comme tu le sais.
Maintenant que, grâce à une étoile compatissante,
nous avons fui notre cruel maître
et que je t’ai ramenée, Clymène,
à tes demeures natales,
je veux, pèlerin d’amour,
chercher celle que j’aime
jusqu’à l’endroit où le soleil naît, et à l’endroit où il meurt.

Clymène
Habitant près de la mer, j’ai moi aussi vécu
les rigueurs de ton sinistre destin.
Les mêmes pirates
qui infestèrent cette année-là
toutes les îles de l’Ionie et de la mer Égée
me firent esclave, le jour
où je devais célébrer mon hyménée
avec Lydius, le plus noble
des jeunes gens de Zacynthe, et le plus beau:
espérances des mortels,
combien vous êtes fragiles;
pendant que j’attends que la nuit
vienne à nous depuis ses grottes cimmériennes,
pour jouir de mon époux
au creux d’un lit d’amour,
je suis faite prisonnière
par une nation étrangère, la plus perfide de toutes.

Égisthe
Tu dois maintenant te consoler,
tu vas être accueillie
avec des baisers, avec affection
par ton Lydius chéri;
mais le pauvre Égisthe,
ce malheureux, que fera-t-il ?
Astres, sort, destin, ayez pitié de moi.

Clymène
Toi aussi, tu vas être heureux:
il moissonne des roses,
celui qui sème des épines au jardin d’amour.
Sans me conduire à la ville, Égisthe,
qui est trop loin d’ici,
escorte-moi vers un manoir que nous avons non loin,
après quoi tu pourras poursuivre
ton chemin, pour trouver celle qui t’enflamme.

Égisthe
Allons; mais je crois que jamais n’auront de fin
mes larmes, mon tourment.
Hélas ! que lis-je ? «Lydius, pour toi vit» -
il vit, et je ne meurs pas ?

Clymène
Que parles-tu de Lydius ?

Égisthe
Ô ciel, ô ciel,
«Lydius pour toi vit Cloris de Délos» ?

Clymène
Ah, malheureuse, qu’entends-je ?

Égisthe
Cloris est à Zacynthe, et vivante, ô rêves, ô rêves,
pour un nouvel amant ?
Mon cœur, nous sommes trahis.

Clymène
Lydius respire pour une autre ?
ah, qui m’apporte de l’aide ?
la douleur me tue, je suis bafouée.

Égisthe
M’abandonner, l’infidèle ?

Clymène
Le cruel, mépriser ma foi ?

Égisthe
Fou, celui qui croit une femme.

Clymène
Stupide, celle qui se fie à un homme.

Égisthe
La traîtresse !

Clymène
Le parjure !

Égisthe
Bête sauvage, sans loi et sans pitié,
plus légère que le feuillage !

Clymène
Monstre de trahison,
plus volage que le vent !

Clymène et Égisthe
Vengeance, Amour, vengeance !
Deux cœurs pleins d’amour,
trompés et méprisés,
viennent crier, ô souverain ailé,
devant ton trône doré,
attendant que tu punisses les offenseurs.
Vengeance, Amour, vengeance !

 

Scène 4
Hipparque, seul

 

Hipparque
Maintenant que, dans les espaces étoilés du ciel,
le soleil s’installe
sur le dos indompté du Taureau,
maintenant que la jeunesse de l’année
se fait caressante et riante,
ornée d’émeraudes,
couronnée de fleurs,
je quitte la ville
et je viens ici,
en amant constant, mais non payé de retour,
là où demeure toujours
celle que mon cœur adore:
ah, il fut bien fatal pour moi,
ce jour, belle Cloris,
où le corsaire Micias
à Alcisthène, hélas !
te vendit, toi sa captive;
privée de liberté,
ta beauté me fit prisonnier;
mais pourquoi, cruelle,
dédaignes tu mon affection, mes prières ?
Pourquoi caresses-tu Lydius,
pourquoi me fuis-tu, me méprises-tu ?
Ah ! cet endroit est pour mes peines
un théâtre horrible et funeste
où je lis, malheureux,
le nom de mon rival, idolâtré
par mon idole impitoyable;
Lydius, je veux avec ton sang
adoucir l’âpreté de mon cruel martyre.
Ta belle cruelle,
qui, fière, abhorre mes soupirs
malgré mon amour, - tu n’en jouiras pas,
Lydius: Lydius, tu mourras.

 

Scène 5
Démas, Hipparque

 

Démas
Hipparque ?

Hipparque
Démas ? Cloris
a-t-elle changé d’avis ?

Démas
En vain j’ai donné des conseils, usé de prières;
elle s’obstine dans sa rigueur,
tu as un autre amour contre toi.

Hipparque
Hélas, cette tyranne
est donc de glace, ou de roc ?

Démas
Lydius est la pupille de ses yeux,
elle ne désire que Lydius,
elle n’honore et n’aime que Lydius;
et Lydius, il y a tout juste deux jours,
est arrivé ici de la ville pour la consoler;
ils errent par les forêts,
épanchant entre eux
leur amoureux martyre.

Hipparque
Par les chemins du plaisir, mon rival
sera par son destin conduit
de l'amour à la mort,
il périra,
il mourra.

Démas
Seigneur, calme, réfrène
une fureur aussi mauvaise;
pour une si légère raison,
tu veux sévir férocement
contre un innocent
qui a jadis été destiné
à être l’époux de ta sœur ?
Je t’en prie, ne charge pas
ta noble âme d’un si grave péché.
Seigneur, calme, réfrène
une fureur aussi mauvaise.

Hipparque
Mêlé au miel de ses douceurs,
mon cœur boit le fiel le plus amer,
et je ne puis plus souffrir
que de la source du plaisir d’un autre
jaillisse pour moi un torrent de douleur.

Démas
Suspends de telles pensées,
laisse, je vais retourner parler à Cloris.
Souvent, les paroles
sorties d’une bouche rusée
ébranlent une volonté obstinée;
peut-être, peut-être, qui sait...
Nous sommes changeantes,
nous sommes instables.

Hipparque
Eh bien, occupe-toi
d’aller implorer à nouveau
cette cruelle, rends-la moi favorable.

Démas
Je ferai tout ce que réclament
ton grave tourment, et ma loyauté.

 

Scène 6
Démas

 

Démas
Cloris est encore une gamine, et ne sait pas aimer;
c’est pourquoi elle rejette,
les amants, cette petite orgueilleuse;
si j’étais jeunette
et belle comme elle,
je voudrais avoir des foules d’amoureux.
Folles, vous qui dédaignez
d’être aimées par un grand nombre;
je voudrais qu’Amour délie les pieds
de celui à qui vous êtes fidèle,
et que votre chevelure
devienne impuissante à enchaîner les hommes;
alors, je vous entendrai vous avouer vaincues par la douleur:
c’est grande sottise que de se rendre prisonnière d’un seul.
Malheureuses, pauvrettes,
indignes d’être belles,
puisque vous faites de votre cœur tout entier
la prison d’un seul amant;
partagez ce cœur entre cent,
vous en aurez plus de plaisir et moins de tourment.
Et si un amant devient tyrannique,
dix autres en un jour vous tireront d’angoisse.
Suivez mes conseils:
tant que le bel âge, qui fuit en un éclair,
vous orne de roses et de lis
les joues et le sein,
ne repoussez pas les amants,
car, repenties, vous vivrez plus tard dans les larmes;
si vous aimez pour jouir et savourer,
un grand nombre vous pourra donner un grand plaisir.

 

Scène 7
Cloris

 

Cloris
Amour, celui qui t’a donné des ailes,
ma foi, ne s’est pas trompé.
Tes flèches m’ont blessée,
mais un nouveau feu a guéri mes plaies:
Amour, celui qui t’a donné des ailes,
ma foi, ne s’est pas trompé.
Égisthe, souffre pacifiquement
les volte-face d’un dieu
plus léger que le vent, et plus fuyant;
je ne peux pas t’aimer,
la distance et le temps
ont éteint ce feu
que ton visage alluma dans mon sein,
je suis devenue amoureuse d’un autre.
Amour, celui qui t’a donné des ailes,
ma foi, ne s’est pas trompé.
Je me suis évanouie quand je t’ai vu,
parce que ton visage a ressuscité
dans ma poitrine la passion éteinte;
mais celle-ci, réduite en cendres
par la flamme rivale de mon nouveau désir
est retournée s’ensevelir au sein de l’oubli.
Ce fut pour moi un jour joyeux et calme,
ô Lydius, le jour où, sur le rivage,
les corsaires s’emparèrent de moi.
Amour, je crois, dirigea leurs voiles dans cette direction,
parce qu’il m’avait déjà destinée à toi,
ô bienheureuse Cloris !
Il ne sait pas ce qu’est le plaisir,
celui qui ne loge pas un dieu aveugle dans sa poitrine.
Le cœur épris,
suspendu à un beau visage,
ressent les joies du paradis;
il ne sait pas ce qu’est le plaisir,
celui qui ne loge pas un dieu aveugle dans sa poitrine.
La blessure d’amour
rafraîchit l’âme et lui donne la vie.
Une fille qui soupire,
une amante aimée en retour,
est au comble du bonheur;
il ne sait pas ce qu’est le plaisir,
celui qui ne loge pas un dieu aveugle dans sa poitrine.

 

Scène 8
Du bocage, la scène passe au palais de Vénus
La Beauté, La Volupté

 

La Beauté
Avec mon visage enchanteur,
je fais brûler d’amour quiconque me regarde;
avec mes cheveux, je fais prisonnier
l’univers, dans des liens d’or.

La Volupté
J’apporte aux mortels
des trésors de joie;
dispensatrice d’amour,
j’ai donné au beau Cupidon ses douces flèches.

La Beauté
Si je darde des regards de mes yeux,
j’enflamme les âmes, je blesse les poitrines,
et il n’est personne qui ne soit désireux
d’être la cible de mes traits.

La Volupté
De mes lèvres, je distille
le nectar, le miel.
Qui suit mon pavillon
déploie les voiles vers l’océan du plaisir.

La Beauté
Parmi les roses de mon visage,
Amour se cache, et décoche ses flèches;
ma bouche folâtre
s’ouvre à chaque instant pour les jeux et les ris.

La Volupté
Dans la pompe et dans le luxe,
je festoie en riant;
de mon visage, le ciel fait pleuvoir sur les vivants
des torrents de bienfaits désirables.

La Beauté et la Volupté
Nous tempérons
avec une douceur
infinie
l’amertume
de la vie.
Heureux qui s’attache à nos pas,
et n’aime que ce qui plaît et délecte.

 

Scène 9
L'Amour, La Beauté, La Volupté

 

L'Amour
Ce trait
qui est fatal
frappera qui je n’ai pas frappé;
qui n’a pas aimé, aimera un jour.

L’univers est soumis
à la flamme immortelle de ma torche,
j’ai pour sujets tous les dieux,
bien que je sois un enfant nu et aveugle.

Ce trait, etc.

La Beauté
Petit enfant divin,
tes mérites sont tels
que tu peux aller en rayonnant de joie;
le Caucase n’a pas de grotte, l’Hyrcanie de tanière
qui ne retentisse de ta gloire et de ton prestige;
tes feux embrasent même les bêtes sauvages.

La Volupté
Bambin, âme du monde,
jusque dans le sein humide
de l’océan profond,
tu réduis en cendres les cœurs
des dieux couverts d’algues;
du fond du gouffre horrible,
le farouche Pluton, à tout moment,
te paye un tribut de soupirs enflammés.

L'Amour
Aux jeux, aux caresses, aux chants !
Mes exploits,
mes épreuves,
ne sont pas nouveaux.
Les étoiles chantent mes louanges
avec des langues de feu
et le mouvement harmonieux
du ciel qui tourne fait connaître mon pouvoir.
Aux jeux, aux caresses, aux chants !
Mes exploits,
mes épreuves,
ne sont pas nouveaux.

La Beauté et la Volupté
Aux jeux, aux caresses, aux chants !
Tes exploits,
tes épreuves,
ne sont pas nouveaux.

 

Scène 10
Vénus, L'Amour, La Beauté, La Volupté

 

Vénus
Amour, te voici tout joyeux
en compagnie de ces déesses
pendant que mon cœur douloureux
me fait jaillir des yeux de vives larmes.

L'Amour
Quelle amère douleur,
mère chérie,
arrache des pleurs à tes yeux lumineux ?
Dis-moi, qui t’a offensée ? Je veux te venger;
pour toi, je déploie mes ailes,
pour toi seule, je m’en vais, armé
de torches enflammées,
de traits perçants.

Vénus
L’odieux descendant du Soleil,
Égisthe, a brisé les liens
du rude esclavage où je l’avais placé;
il est parvenu à Zacynthe,
et il me semble voir, tant le destin m’est hostile,
qu’il est à nouveau aimé de Cloris.
Ah, si cela est, jamais, fils chéri,
je n’aurai le front serein.

L'Amour
Ne va pas penser que jamais Cloris
redevienne amoureuse du détesté Égisthe
sans que je me serve de mon arc et de mes feux,
et pour te rendre plus joyeuse,
je vais descendre
dans les tristes marécages de l’Achéron,
je ramènerai du gouffre à la lumière du jour
une Furie impitoyable, pour tourmenter
le jeune Délien,
afin qu’il aille errant,
agité et furieux, par toute la terre,
en dépit du Soleil,
comme jadis le fit la fille d’
Inachus.

Vénus
Si cela se réalisait, mon petit dieu d’amour,
aucune jubilation n’égalerait la mienne.

L'Amour
Je m’attelle à l’entreprise, et tu verras bientôt
que mes paroles auront été suivies d’effet.

La Beauté et la Volupté
Puissent, ô Cypris, de belles couleurs
raviver les fleurs pâlies
de tes joues divines;
chasse loin de toi tout chagrin.
Amour prend son vol pour te consoler.

Vénus
D’un fils si puissant
dépend toute ma gloire;
ses victoires sont
mes palmes illustres et éclatantes;
c’est par lui que je triomphe des cœurs et des âmes.

La Beauté et la Volupté
Le ciel ne renferme
aucun couple plus digne que vous;
ton visage, ses flèches,
même les dieux les adorent:
il blesse, et tu rends heureux les blessés.

Vénus
Ô glorieux exploits, ô mes récompenses.

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ACTE II

 

Scène première
La scène représente un village
Égisthe

Égisthe
D'Hipparque et de Clymène, mes hôtes,
je fuis la généreuse hospitalité, et viens ici
seul, pour donner libre cours à ma grande douleur.
Malheureux, je vis, et suis privé de vie;
Cloris, hélas, n’est plus mienne;
éprise d’un autre objet,
ô tourment,
elle a rompu le lien et éteint le feu.
Jamais je n’aurais cru trouver hostiles
à ma fidélité les astres lumineux
de ses deux yeux pleins d’amour
dont l’affection
me mettait en repos.
Ah ! ces lèvres où j’ai bu
une douce liqueur pour mon âme malade
apporteront à un autre amant,
ô douleur,
de doux baisers à tout moment ?
Sur ce sein, véritable mer de lait,
je n’ai plus d’espoir de nager,
un autre en jouit, un autre s’y baigne,
ô martyre,
telle est la récompense de mon service.
Dis-moi, ingrate, déloyale,
sont-ce là les serments,
ô parjure, et tes promesses,
fille sans foi,
de m’adorer éternellement ?
Écoute: le ciel a encore des flèches
pour qui, infidèle, abuse ses amants;
un jour, un jour, sa main,
inconstante,
punira toutes tes fautes.
Mais de quoi me lamenté-je ?
Pour quelle raisons me plains-je de Cloris ?
Croyant que j’ai perdu la vie,
elle aura enflammé son cœur d’une nouvelle flamme:
une beauté ne peut rester privée d’amour;
mais en me voyant vivant,
elle ranimera vite ses ardeurs éteintes.
Allons, cherchons et retrouvons Cloris.

Scène 2
Cloris, Égisthe

Cloris
Coteaux ensoleillés,
forêts amies,
voici que vous invite...

Égisthe
Oh, ma vie !

Cloris
(Aïe ! C’est Égisthe,
je vais faire semblant de ne pas le connaître.)
Qui es-tu, toi qui m’appelles ta vie ?

Égisthe
Votre fidèle amant, beaux yeux !
Je suis ton Égisthe,
Cloris, Cloris, mon cœur.

Cloris
Je ne t’ai jamais vu !
Il est exact que j’ai aimé
un certain Égisthe, de Délos,
mais le malheureux est mort,
privé de liberté et de réconfort.

Égisthe
Mais non, je ne suis pas mort !
Qui t’a apporté, mon amour,
une si triste nouvelle ?
Je fuis les chaînes,
et, prisonnier de ta beauté,
je reviens maintenant au cachot chéri
dont le ciel rigoureux m’avait enlevé.

Cloris
Mon pauvre, tu délires.
Celui que tu dis être vivant est une ombre errante
dont j’ai pleuré les cendres.

Égisthe
Mais non: l’insolent pirate
ne m’a pas tué, mais réduit en esclavage;
suis-je si défiguré
par rapport à mon visage premier,
que tu ne me reconnaisses pas ?
Ou bien ai-je – je croise les doigts –
été finalement arraché de tes pensées ?

Cloris
Pauvre égaré,
sûrement, un tragique accident
t’a fait devenir fou;
tu es ridicule,
je te le redis, Égisthe a été tué.

Égisthe
Et c’est ton inconstance qui a été la meurtrière;
c’est la barbarie scythique
qui loge en toi, Cloris,
qui a assassiné et incinéré Égisthe;
il ne pouvait pas vivre
sans être dans tes grâces;
et je suis son âme errante
qui te reprochera la foi rompue
et la récompense ingrate
que tu accordes à son amour, fausse amante;
tu ne me reconnais pas, non, parce qu’ayant abattu,
du temple de ta poitrine,
de l’autel de ton cœur,
mon image, qu’y sculpta Cupidon,
tu as érigé une nouvelle idole,
tu en es devenue la dévote,
tu te prosternes devant elle, tu l’idolâtres, tu la parfumes
avec les agréables encens de tes soupirs brûlants.
Cruelle, cruelle ! je ne suis qu’un inconnu pour toi,
parce que tu t’es toi-même offerte en sacrifice à Lydius.

Cloris
On me montrerait bien du doigt comme une idiote,
si, restée veuve, dans ma fleur juvénile,
je voulais passer les saisons
chaste, et mendiant un si doux plaisir;
mais je ne veux plus délirer avec toi;
reste où tu es, adieu.

Égisthe
Arrête, rends-moi mon cœur,
je ne veux pas que tu le mettes en pièces
avec ta cruauté innée;
arrête, rends-moi mon cœur.

Cloris
C’est à moi que tu demandes ton cœur ?

Égisthe
Oui, je te le demande à toi.

Cloris
Parce que je tiens une boucherie de cœurs ?
Ô pauvre malheureux:
maintenant, je comprends la cause de ta folie:
ton amie a accordé
à un amant préféré
l’empire de ses beautés, n’est-ce pas ?
Écoute-moi, et console-toi:
si elle te fuit, fuis plus vite: envole-toi.

Scène 3
Égisthe

Égisthe
Oh, moqueries trop amères,
cruauté sans égale,
ô prodiges, prodiges:
les rochers sont maintenant mobiles, volent même ?
Et moi, je me meus sans volonté, et je sens
l’angoisse du tourment ?
Arrête tes pas, arrête,

jaspe
animé, écueil voyageur,
reviens ici, reviens,
Furie à forme humaine, je veux
puisqu’en m’ayant trahi,
tu te montres avide de ma mort
que d’une double et profonde blessure,
ma vie sorte, inséparable, avec mon sang.
Mais pourquoi parler de mourir ?
La mort n’a aucun pouvoir
sur des cadavres vides de sang,
dépouilles inanimées.
Ah, malheureux ! je suis tué par trahison,
par la perfidie de cette ingrate, hélas !
Lydius, sur la mer d’amour,
fuis cette sirène:
avec sa beauté ensorceleuse,
elle attire, puis dévore
qui s’éprend d’elle.
Pleure, infortuné Égisthe,
pleure ton destin mauvais
jusqu’à te noyer dans tes propres larmes.

Scène 4
Clymène

Clymène
J’ai trouvé mon frère Hipparque
dans le village dans lequel,
d’après ce que j’ai entendu,
demeure également Lydius;
aussi me suis-je mise en route pour le voir;
c’est de lui que ma peine attend sa guérison.

Perfide jalousie,
va-t-en loin de mon âme;
n’infecte pas mon sein
de ton mortel venin.
Perfide jalousie,
va-t-en loin de mon âme.

Réfrène tes assauts,
ne m’apporte plus de peines.
Lydius infidèle ? non, non,
je ne veux pas le croire

Perfide jalousie, etc.

Scène 5
Lydius, Clymène

Lydius
Cloris, la gracieuse Cloris,
a un soleil dédoublé dans les yeux,
et a sur son visage
un avril parfumé,
Cloris, la gracieuse Cloris.

Clymène
Hélas ! ma crainte n’était pas vaine;
le traître m’assassine avec son chant.

Lydius
Cloris, la jolie Cloris,
a une bouche de rubis,
et l’or brillant et fin
dans sa riante chevelure,
Cloris, la jolie Cloris.

Clymène
«Cloris, la jolie Cloris» ? Et de Clymène,
il ne t’en souvient plus ?

Lydius
Que vois-je ? Le sort envieux,
pour troubler mon plaisir,
a tiré cette fille des chaînes de l’esclavage.

Clymène
C’est ainsi que tu accueilles ta fiancée ?
C’est ainsi que tu accours et m’embrasses,
et que tu fêtes ma liberté, et te réjouis ?
Tu deviens de glace devant les crimes
de tes tromperies révélées:
ah, combien il valait mieux
être enchaînée, au service
d’un maître barbare,
plutôt que de me voir, ô douleur,
ayant retrouvé ma chère liberté,
trahie par toi, cruel.

Lydius
Clymène, tu connais bien
ce dicton ancien et courant:
autres temps, autres soucis.

Clymène
Comment parle-t-il, l’infâme, l’escroc ?

Lydius
Puisque amour est né un jour,
il n’est pas éternel, il est mortel,
et les plumes qui revêtent
ses épaules, montrent
qu’il sait fuir légèrement, comme il est venu;
je t’ai aimée autant que j’ai pu aimer,
et le vieux souvenir
des plaisirs passés m’est encore doux;
tu as été, un temps, ma lumière et mon esprit;
mais un nouveau désir
a éteint mon ancienne ardeur,
une autre beauté m’a fait la guerre, et l’a gagnée.

Clymène
C’est avec une telle liberté
que tu laisses ta langue scélérate
exposer sans pudeur
ta félonie criminelle
et mes malheurs ?
C’est avec une telle hardiesse que tu bafoues
les lois sans souillure
des hommes et des dieux ?
Que tu le veuilles ou non, tu es à moi.

Lydius
Je suis à toi ? Je n’étais pas au courant.
Quand me suis-je donné à toi ?

Clymène
Quand, méchant, quand ?
Ô Jupiter ! tu tolères
de si énormes trahisons ?
Quand je t’ai accueilli dans mes bras,
et que tu as dénoué, homme sans foi,
ma ceinture virginale.

Lydius
Si j’y ai pris du plaisir, tu en as eu aussi,
c’est pour ta jouissance
que tu m’as accueilli sur ton sein;
ton amour était intéressé,
et tu as accordé tes faveurs avec usure,
puisqu’en échange d’un seul baiser, en un moment,
tu en as reçu cent;
ce n’est que pour jouir de moi
que tu t’es toi-même donnée à moi.
Aujourd’hui, je rejette tes dons,
je ne veux pas de récompense.
Mais je m’en vais, je ne voudrais pas
qu’arrive celle que j’aime,
je ne veux pas la rendre jalouse.
Adieu, Clymène.

Scène 6
Clymène

Clymène
Ah, mécréant ! ah, ingrat !
le Cocyte n’a point de fléau
à la hauteur de ton crime;
il faut que le juge de l’Averne
invente, oui, invente
de nouveaux châtiments, de nouvelles tortures,
car il ne pourra pas, pour l’éternité,
punir tes fautes
d’un cruel martyre:
ton crime est trop grave,
ô traître de Lydius.
Pleurez, mes yeux dolents
et qu’avec mes sanglots plaintifs
pleurent la source et le ruisseau;
faites retentir vos accents,
arbres feuillus et muets,
sauvages spectateurs
de mes malheurs,
et racontez avec compassion
à qui passera par ici
mon sort rigoureux, hélas,
et la trahison d’un autre;
que Philomène et Procné
accompagnent ma triste lamentation
de leurs chants dolents et plaintifs.
Ah, amoureuses simplettes,
ne croyez pas aux promesses
d’un jeune amant
qui a le cœur volage,
et que mon malheur
vous soit un exemple de ses parjures.

Scène 7
Hipparque, Clymène

Hipparque
Une jalousie enragée, un amour rival
me flagellent le cœur
avec des fouets inouïs;
je suis un nouveau
Tityos,
mais c’est d’un bec plus acéré
que mes entrailles
sont dévorées
par un cruel monstre ailé,
ô douleurs trop amères et éternelles !

Clymène
C’est la semence pestifère
de Cerbère, qui l’a produit.
Je suis privée même de l’espérance.

Hipparque
Clymène, ma sœur,
quelle pluie de larmes
tombe en torrents de tes yeux ?
Quelle trouble vapeur,
quel nuage de douleur,
dis-moi, l’a engendrée ?
Qu’est-ce qui te rend affligée et inconsolable ?
Toi qui devrais rivaliser
avec le sourire du printemps,
maintenant que, rendue à la liberté,
tu respires sous le ciel natal
la brise si désirée,
tu as le front soucieux, l’œil humide ?
Une cause trop grave te trouble l’esprit.

Clymène
Ce n’est pas sans raison que je me plains
et me baigne de larmes:
l’ingrat Lydius nie
être mon fiancé, et se moque de moi, et me dédaigne,
avec un cruel orgueil:
juge si ma peine peut jaillir
d’une source plus féconde et plus douloureuse.

Hipparque
La honte annule la honte,
et l’âme qui a de l’honneur
ne laisse pas impunie l’offense.
Sèche tes larmes
et, l’âme tranquille,
va, tu verras d’ici peu
combien les plaisanteries qui nous visent tous deux
m’ont été désagréables.

Clymène
Ah ! si je l’avais en mon pouvoir, je voudrais,
pour donner un exemple aux ingrats,
faire de lui carnage et massacre digne de mémoire.

Hipparque
C’est ainsi qu’il ajoute
aux blessures de L'Amour,
des outrages à l’honneur ?
Sache que ma main
lance la foudre de la vengeance,
sache que mon épée
punit qui m’offense,
sache que celui qui, avec le briquet de l’insulte,
allume le feu de la colère dans mon cœur,
éteint de son propre sang l’incendie qu’il a fait naître.
Que la colère archère
décoche la flèche de l’arc par lui bandé;
que l’infâme offenseur
s’abîme dans les précipices qu’il s’est creusés.

Scène 8
Démas

Démas
Tu t’en repentiras,
crois-m’en,
petite rebelle,
petite dédaigneuse;
cette beauté
qui aujourd’hui
te rend bien fière,
je la verrai ravir
par le temps dévoreur,
qui détruit tout.
C’est ainsi que tu dédaignes
celui qui t’a donné son cœur ?
Tu t’en repentiras,
crois-m’en.

Hipparque, si tu n’as pas
d’autre amante que Cloris,
tu vivras célibataire:
prier et reprier ne sert à rien,
tenter et retenter est vain;
pour Lydius seul, elle se consume et se détruit,
elle ne se plaît qu’à lui.
Si j’ai toujours été l’ennemie
de la chasteté et de la cruauté,
le vieux temps en sait quelque chose;
et ce dont je me repens maintenant,
c’est de ne pas avoir pris de bon temps
avec mes cheveux d’argent;
je n’ai que le déplaisir
de ne pas trouver d’aliment pour mon désir avide,
pour pouvoir à nouveau goûter au plaisir.

Toujours la belle jeunesse
plus qu’aucun autre âge, m’a plu;
toujours j’ai eu plus de contentement
avec cette beauté
qui n’avait pas de poil râpeux au menton.

Qui a goûté mon amour, qu’il me le dise: ai-je eu tort ?
Je ne crois pas entendre, non, jamais, un seul «Oui».

Jamais bouche velue
ne m’a donné un baiser dont je me souvienne;
avec des désirs gloutons,
je voudrais boire sans cesse la douce ambroisie
de ces joues si tendres.

Qui a goûté mon amour, etc.

Il n’a pas goûté de douceurs,
celui qui n’a pas aimé comme je fis jadis;
l’or, les soupirs, les prières,
j’en tiendrai quittes les jeunots:
le plaisir, je ne l’ai pas vendu, mais bel et bien troqué.

Qui a goûté mon amour, etc.

Scène 9
La scène se transforme pour représenter la forêt de myrtes de l’Érèbe,
séjour de ces Héroïdes qui périrent misérablement par amour

Sémélé, Phèdre, Didon, Héro, L'Amour, chœur des Héroïdes

Sémélé
Qu’il ne fuie pas, le cruel !
Barrons-lui la route. Holà,

Clytie

Phèdre
Il ne peut pas voler:
l’air humide et lourd
de cette forêt nuageuse et obscure
pèse sur ses ailes agiles et rapides.
Le cruel craint les châtiments qu’il mérite.

Didon
À toi,
Canacé, à toi.

Héro
Ma foi, j’ai failli le prendre.

Sémélé
Tu essaies en vain de fuir, méchant garnement.

Phèdre
Ça y est, Didon, tu l’as attrapé.

Didon
Méchant, scélérat,
tu es arrivé à un endroit où
tu ne trouveras pas de pitié pour tes fautes:
le rusé renard est tombé dans le piège.

Sémélé
Laisse tes armes meurtrières et ce flambeau
que, pour brûler le monde
d’une flamme dévorante,
tu as allumé, scélérat, au
Phlégéthon.
Torturons-le, massacrons-le, crucifions-le, humilions-le !

Chœur
Torturons-le, massacrons-le, crucifions-le, humilions-le !

L'Amour
Contre un innocent
qui avec une bouche pleine de lait
forme des paroles indistinctes,
vous voulez être barbares et atroces ?
Mais que vous ai-je donc fait ?

Héro
Oh téméraire, oh criminel,
tu m’as noyée dans les flots.

Sémélé, Phèdre, Didon
Tu m’as consumée dans le feu.
Tu m’as ouvert le sein avec le fer.
Mais nous vengerons nos malheurs
sur le champ, serpent infernal,
rival de la mort.

L'Amour
Qui va me secourir, hélas ?
On n’a donc pas pitié de moi ?

Phèdre
Tu as eu pitié de nous ?
Allons, qu’on le fouette !

Chœur
Allons, qu’on le fouette !

L'Amour
Mère, c’est à cause de ta colère
que je suis descendu dans les royaumes ténébreux
du Cocyte lointain,
pour la perte d’un autre, et je trouve, ô dieux,
des précipices pour moi.

Héro
Jetons-le à la mer !

Sémélé
Non, car puisque Vénus est née dans la mer,
les eaux ses amies ne l’engloutiront pas.
Donnons-le au feu ardent.

Didon
Non, car le feu est dans le camp de cet inhumain,
c’est Vulcain qui l’a
engendré;
qu’on lui passe une épée pointue
dans la poitrine, et qu’on lui perce le cœur.

Phèdre
Que ce soit le châtiment du traître !

L'Amour
Hélas, c’est à cause de toi que ton fils,
ton rejeton, ô déesse de Cnide,
se trouve dans un si mauvais pas !
Ah, pauvre Cupidon !

Scène 10
Apollon, Sémélé, Phèdre, Didon, Héro, L'Amour, chœur des Héroïdes

Apollon
Amour, toi prisonnier ?
Où sont tes flèches, où est ton flambeau ?
Toi qui es si audacieux,
toi qui diriges les étoiles,
tu pleures tes malheurs
de façon si attendrissante, avec un cœur si peu guerrier ?
Souviens-toi que tu détiens
le vaste empire de l’univers dompté.
Amour, toi prisonnier ?

L'Amour
De grâce, au lieu de te moquer de moi,
sois généreux, aide-moi,
ô lumineux Apollon, et oublie les offenses;
tu pourras disposer d’Amour,
en tant que son seigneur.

Didon
Comme toujours, le méchant
tente d’échapper aux châtiments qu’il mérite.

Apollon
Des Champs-Élysées voisins,
j’ai entendu ton infortune
et suis venu ici en hâte,
pour être spectateur de ta douleur;
mais j’ai changé d’avis: si tu me promets
d’œuvrer à refaire de Cloris
l’amante complaisante de mon cher Égisthe,
je veux que tu retournes libre
aux séjours aériens.

L'Amour
Par les eaux inviolables du Styx,
trop aimable dieu,
si je ressors indemne
de la colère de ces âmes, et revois la lumière du jour,
je ferai que Cloris rallume ses feux éteints
et languisse pour Égisthe.

Apollon
Généreuses Héroïdes,
si vous croyez venger
sur L'Amour vos fins amères,
vous vous trompez, il est innocent:
les fers, le feu, les mers,
c’est l’inclément destin qui vous les a donnés pour vous perdre;
des méfaits d’un autre,
ne punissez pas celui-ci;
pardonnez-lui des fautes qui ne sont pas les siennes;
et même s’il est coupable, je vous le demande comme un cadeau.

Héro
À un si noble intercesseur,
Didon ne doit pas refuser ce cruel garnement.

Sémélé
En vérité, ce fut la force immortelle du destin
qui la transperça à mort, et non sa flèche.

Phèdre
Ma colère en partie apaisée,
je comprends moi aussi la vérité.

Didon
Accordons le captif à un si grand dieu.

Apollon
Amour, tu es libre;
reprends ton arc et ton flambeau, et lance
tes traits aigus moins durement, ô bel archer.

L'Amour
Je n’apporterai plus
que du réconfort,
je ne lancerai plus
que des flèches d’or.
Amour ne sera
plus jamais cruel,
et seul mon fidèle
du plaisir aura.

Didon, Phèdre
Ne le croyez pas, amants,
car c’est un menteur,
c’est un traître, un abuseur,
assoiffé de larmes,
ne le croyez pas, amants.

Apollon
Non, ne le croyez pas,
ses promesses sont mensongères,
je le sais d’expérience,
non, ne le croyez pas.

Héro, Sémélé
Fuyez son beau temps qui promet des tempêtes;
ses douceurs raffinées
passent en un éclair,
fuyez son beau temps.

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ACTE III

 

Scène première
La forêt disparaît, remplacée par un délicieux bocage
Lydius, Cloris

Lydius
Il est plaisant de souffrir,
il est précieux de languir,
c’est vivre que de mourir
pour une belle compatissante,
pour une belle qui aime.

Cloris
Amour, à chaque instant,
je m’en vais plus joyeuse
d’avoir mis mon cœur sous ta loi;
et ton autorité
n’est pas tyrannique, mais douce et clémente.

Lydius
Affligé, languissant,
je me repais de joie,
je renais en mourant
tel l’oiseau arabe,
du bûcher d’une beauté.

Cloris
J’ai cueilli la rose sans épine,
j’ai goûté le miel sans amertume
grâce à un trait doré;
l’autorité d’amour
n’est pas tyrannique, mais douce et clémente.

Lydius
Ô ma Cloris, dans la béatitude des Champs-Élysées,
les esprits fortunés
ne sont pas aussi heureux
que mon âme quand elle te regarde;
et quand elle est loin de toi,
toujours avec toi, elle délire.

Cloris
Si je voyais les portes
de saphir du Ciel
ouvertes et béantes,
et que je visse dans ces chœurs célestes
l’émerveillement qu’on ressent devant les dieux,
j’aurais moins de contentement
que celui que je ressens et savoure en te voyant.

Lydius
Les douces et chaudes vapeurs
sorties de mes yeux, ont bu les tiennes;
ainsi, pour te rechercher,
mon cœur s’angoisse et languit,
car en te trouvant, c’est son sang qu’il trouve.

Cloris
Comme tu le sais bien,
l’âme aimante vit dans l’objet aimé;
en te retrouvant, j’éprouve tous les plaisirs,
puisqu’en te trouvant, je trouve mon âme.

Lydius
Et quand, quand donc arrivera-t-il
que, joyeux, je touche au but de ma quête amoureuse ? Quel sera le jour
où, au jardin des Hespérides d’Amour,
je cueillerai le fruit d’or,
ô mon espoir, pour qui je meurs en espérant.

Cloris
L’honneur et l’honnêteté,
vigilants gardiens
de ma virginité,
t’interdisent d’entrer dans leur jardin;
modère, modère tes audacieux désirs,
contente-toi de baisers.

Lydius
Tes baisers me sont chers
et je sens à t’embrasser
une immense jouissance;
mais tu sais que le baiser est la mèche qui allume les sens:
plus je goûte et bois
le sucre et la manne sur ta bouche,
plus je t’embrasse, et plus je me consume.

Cloris
Sois patient, un jour...

Scène 2
Hipparque, Cloris, Lydius, Clymène, chœur d’hommes armés

Hipparque
Tu es mort.

Cloris
Hélas !

Hipparque
Si tu tentes
une téméraire défense,
celle-ci sera elle aussi prisonnière.

Cloris
Que faites-vous, bandits ?

Hipparque
N’ayez pas peur, beau visage, divin visage;
c’est l'amour qui me pousse au vol et aux rapines.

Lydius
Brigands, relâchez
celle qui est digne d’être la proie
du Tonnant suprême, et non la vôtre;
impurs, inhumains,
qu’on vous coupe les mains
par le téméraire contact desquelles
vous souillez un chérubin du ciel,
qu’enferme une belle enveloppe matérielle.
Ta félonie, perfide Hipparque,
tous les peuples en auront connaissance.
Tes armes, ce sont pièges et trahisons.

Hipparque
C’est par la trahison qu’on triomphe d’un traître;
attachez-le à cet arbre.

Cloris
Oh, Lydius !

Lydius
Oh, Cloris !

Clymène
Tais-toi, ne prononce pas
le nom de cette fille,
pervers que tu es.

Hipparque
Clymène, ce fer t’attend;
prends-le, sois courageuse;
il n’est pas de breuvage
plus plaisant que la vengeance;
à qui t’a dédaignée, ôte la vie;
rappelle-toi l’outrage subi,
empoigne l’épée, frappe le déloyal:
à qui te le donne vivant, rends-le mort.

Clymène
Je veux le voir déchiré,
je veux qu’il rende son souffle par cent plaies béantes.

Hipparque
À ta main armée,
je confie et remets également les injures que j’ai subies.
Mon amour, mes délices,
Cloris, objet de mes soupirs,
partons: si tu perds
un cœur accoutumé à être infidèle,
tu retrouves un amant
à la fidélité dure comme le diamant.

Cloris
Assassin, scélérat !
Jamais je ne te suivrai vivante.

Hipparque
Vous, emmenez-la;
tes insultes me délectent.

Cloris
Lydius, Lydius, hélas ! je pars
emmenée de force, par la barbarie d’un autre;
reçois mon ultime adieu.

Lydius
Je te suivrai de toute mon âme, ô ma vie !

Scène 3
Clymène, Lydius

Clymène
Oui, bientôt, oui, tu la suivras avec ton âme:
sous peu, cette épée
t’ouvrira, pour la suivre, une large route.

Lydius
Paresseuse, pourquoi tardes-tu ?
Brandis, brandis ce fer, j’attends tes coups;
Cloris, je viens avec toi;
va, Clymène, donne libre cours à tes fureurs.

Clymène
Vous, mes justes Furies,
donnez de la force à ma main tremblante,
et assez de vigueur
pour venger les outrages que j’ai subis.
Que le sang de mon ennemi fasse
tiédir et rougir la prairie fleurie.
Qu’il meure, meure, l’infidèle ! Hélas, je ne peux !

Lydius
Que de retards ! que fais-tu ?

Clymène
Bras timoré et lâche,
quel pouvoir caché
te retient, t’intimide ?
Il n’est plus temps d’exercer la clémence
avec un ingrat; frappe-le.
Qu’il meure, meure, l’infidèle ! Hélas, je ne peux !
Pendant que le cruel me regarde,
il apaise ma colère, il vainc mon courroux.

Lydius
Ne me tiens plus en suspens,
plonge-moi ton épée dans le sein.

Clymène
Ne me regarde pas si tu veux mourir,
ta vue est un sortilège
qui m’enlève la force avec laquelle
ma main innocente essaye en vain
de s’enhardir à frapper.

Lydius
Puisque mes yeux, si cruels envers moi,
me refusent la mort, regarde: je les ferme.

Clymène
Ton beau visage dévoilé a le même pouvoir.

Lydius
Couvre-le, je t’en prie.

Clymène
Eh ! Amour ne consent pas que je te tue;
et abandonnée par toi, privée de toi,
il ne veut pas que je vive.
Fer, toi qui ne peux
punir mon offenseur, du moins, sois charitable,
perce-moi le sein; et toi, jouis de ta Cloris,
plus heureuse que moi;
que les cieux te pardonnent
tes tromperies cruelles;
je te détacherais bien avant de mourir, mais je crains
que si on me retrouve morte, et toi détaché,
quelqu’un n’aille dire, affligé par ma mort:
le traître a assassiné l’innocente.
Lydius, prie, de grâce, prie pour la paix
de l’âme qui t’aime même trahie,
je ne dirai pas: au nom de L'Amour que tu m’as porté,
car son souvenir doit t’être amer,
mais au nom de celui que tu portes à ta belle.
Cette pointe, qui doit
m’envoyer bientôt au tombeau,
je veux qu’elle plonge sous mon sein droit,
afin qu’elle laisse intact
ton portrait, que j’ai encore gravé dans le cœur.
Je veux tomber près de toi,
victime amoureuse,
afin que mon sang, qui n’est que flamme,
t’arrosant de quelques-unes de ses gouttes de feu,
allumer en toi, pour célébrer mes funérailles,
une petite étincelle de pitié.
Je te laisse, adieu; reste.
Rivages ombreux,
une amante trompée vient
habiter parmi vous.

Lydius
Arrête-toi, Clymène.

Clymène
Que je m’arrête ? Scélérat,
c’est pour me voir languir que tu ne veux pas que je meure ?
Mais tu fais de vains efforts
pour que je ne me soustraie pas à tes cruautés;
il me sied de fuir les massacres
de cet inhumain, dans la mort:
regarde et délecte-toi.

Lydius
Ne fais pas cela, Clymène, arrête !
Oh Dieu ! La Parque, au lieu du fil de ta vie,
a presque coupé le mien;
éloigne de toi ce fer,
ou retourne-le contre moi, je le mérite,
moi qui ai méprisé
ta foi candide; ah, frappe-moi.

Clymène
Tu crois pouvoir m’abuser
avec des discours mensongers ?
Je connais tes ruses.

Lydius
Dans ma bouche, c’est mon cœur qui te parle
envoyé là par L'Amour
pour te faire savoir comment, en un instant,
ton amant dévoué t’est revenu.

Clymène
Tu m’aimes ?

Lydius
Oui, je t’aime.

Clymène
À ces paroles, toute ma douleur disparaît;
je libère mon espoir,
qu’entravaient étroitement des liens désespérés,
pendant que je te défais de tes chaînes.

Lydius
O ma toute belle,
je te demande en suppliant
de m’accorder ta paix et un généreux pardon,
pour t’avoir jouée et bafouée,
en étant devenu l’adorateur soumis
d’un autre visage;
après tant d’erreurs,
comme le fleuve à sa source, je reviens à toi, mon univers,
dans lequel mon cœur espère vivre heureux.

Clymène
Beau Lydius, Lydius aimé, en dépit
de La Beauté rivale,
je t’embrasse comme mien;
Amour, ce juge compatissant,
ayant entendu mes raisons,
avec une juste violence,
t’enlève à Cloris, et te lie et t’attache à nouveau
au lit nuptial, que tu as méprisé,
de Clymène, qui pour toi sa vie
a tant soupiré et pleuré.

Lydius
Allons, ma belle, allons:
je veux éteindre chez ton frère
la haine qu’il me porte, et la rancœur,
et me lier à lui d’une nouvelle amitié.

Clymène
Partons comme tu le veux;
le bonheur m’envahit,
la joie m’inonde le cœur.

Scène 4
L'Amour

L'Amour
Remonté dans ces pures régions,
ici, parmi ces arbustes,
d’une flèche invisible,
pour Clymène j’ai à nouveau frappé Lydius,
pour Clymène je l’ai blessé;
un coup semblable fera que Cloris
aime à nouveau Égisthe
quand il sera honteux de ses folles erreurs;
le dieu qui a intercédé en ma faveur
verra avec plaisir son descendant chéri
être un amant désiré.
Hélas ! j’ai encore peur
de ces femmes en colère.
Pauvre Amour, si Apollon n’était pas arrivé !
Sexe perfide et vil,
tu ne lâches jamais le poignard de ta cruauté.
Si je n’étais pas au service
de la nature, qui s’applique
à peupler par toi le monde de toutes les espèces,
je voudrais t’enlever ton orgueil
avec combien de
sublimé
il t’empoisonne les joues !
avec combien de blanc
frelaté et fallacieux, il peut
faire paraître de lait
ton corps difforme !
Je voudrais que jamais personne ne te regarde,
je voudrais trouver des voies et des moyens
pour que l’homme n’ait pas à t’adorer pour être heureux.

Scène 5
Égisthe

Égisthe
Foudres du ciel,
vastes océans,
tourbillons profonds,
lions de Gétulie,
brûlez-la,
noyez-la,
engloutissez-la,
dévorez-la.

Arrêtez, de grâce, arrêtez !
Ne la blessez pas, non, ne l’outragez pas !

Mais alors, elle vivra ? Oui, oui,
arrachez-la au jour,
brûlez-la,
noyez-la,
engloutissez-la,
dévorez-la.
Rejetons de la terre,
qui maintenant revêtez de vert vos troncs et vos rameaux,
ce
vert dont je dépouille mon âme,
si vous déracinez vos pieds
pour accourir, rapides, et écouter du
Thrace
les plaintes mélodieuses et les tristes chants,
convertissez en oreilles
vos feuilles innombrables,
et écoutez, je vous prie, écoutez
mes âpres et immenses douleurs.
L’enfer ne me refuse-t-il pas
l’épouse désirée ?
un sein mieux aimé n’accueille-t-il pas
ma belle inconstante ?
Ah, qu’en dites-vous, arbres ?
Ô dieu de la poésie,
le chagrin à ma douleur.
Colère guerrière, hardie,
piétine mon amour, piétine-le,
et éveille dans ma poitrine
un incendie tel que tombe,
réduite en poussière
l’idole de celle-ci
qui m’est devenue hostile, et que pourtant,
mon cœur, qui ne m’obéit plus, adore:
ah, cœur, méchant cœur,
hors de ma poitrine,
allez, dehors, sors ! qu’attends-tu ?
Ou bien, éteins ce feu dont tu brûles encore.
Amour, retiens tes ailes,
écoute mes paroles:
cette fille m’a trahi,
tu dois la châtier;
tu ris ? de mes malheurs,
cruel, tu t’amuses ?
Va, tes ailes, le feu de la colère
peut les réduire en cendres;
que les tourbillons de soupirs, les pluies de larmes
des amants malheureux
éteignent ton flambeau,
et que la raison invincible
brise ton arc injuste, et infecte
tes flèches de la noire bave des Érinyes.
Ouvrez, ouvrez l’accès
ô empires du désespoir, à un désespéré;
toi, le batelier paresseux et voûté
de ce marécage,
fais aborder à ce rivage
la barque stygienne;
et fais-moi passer rapidement,
avec mon âme affligée, sur l’autre rive:
je veux déposer une réclamation
par-devant son seigneur, contre l’injustice
que commet Amour, cet esprit inique.
Holà, cette barque est toute disjointe,
elle prend l’eau de toutes parts,
rame plus vite, que je ne coule pas;
nous avons quand même touché terre, adieu Charon.
Combien d’objets horribles,
combien de formes je vois dans un affreux mélange,
dans ces noirs séjours de la mort;
vous croyez me faire peur,
fantômes livides,
monstres prodigieux ?
Un fantôme, un monstrueux criminel
plus grand que vous, n’a pas réussi à m’effrayer.
Tantale ? tu prends le fruit qui t’échappe,
tu recueilles de l’eau qui te fuit,
tu bois, que fais-tu ? ah, ah, pourquoi la recraches-tu ?
Je veux la goûter moi aussi, si le ciel m’aide.
Tu as raison, elle est bien trop amère.
Oh, filles de Danaé,
homicides et mauvaises,
Cloris n’est pas avec vous ?
Montrez-la moi,
dites-moi où elle est:
coupables d’un même crime,
vous me la cachez en vain,
je la trouverai bien,
je veux la fouetter avec ces serpents
sans qu’elle éveille de pitié pour son martyre
chez les Furies, sœurs maléfiques,
ses fidèles compagnes.
La voilà, la scélérate,
qui du creux récipient
que le destin vous a assigné,
et où elle s’était cachée, sort et s’enfuit.
Fuis, fuis donc,
je suivrai tes pieds fugitifs
jusque dans les gueules du mâtin aboyeur.

Scène 6
La scène représente une cour dans le manoir d’Hipparque
Hipparque, Cloris

Hipparque
Défais-toi de ta cruauté,
ô Cloris, belle Cloris;
tourne vers moi,
moins troubles et moins courroucés,
les astres jumeaux de tes yeux.
Non, tu n’as pas été produite
de silex dur et insensible:
tu as tété les mamelles rudes et sauvages
des fauves tachetés d’Hyrcanie.

Cloris
Oui, pour toi je suis née
des plus durs grès du Rhodope glacé.
Ton amour lascif,
tyran sanguinaire,
est bien inférieur à la haine que je te porte.

Hipparque
Quelle merveille est-ce là ?
Des formes célestes renferment une âme venue de l’abîme ?
Les anges sont cléments,
et pourtant, le ciel a décidé
qu’un ange m’outrage et me tourmente;
si la beauté qui flamboie en toi
est un rayon, un éclat du visage de Jupiter,
pourquoi ne veux-tu pas imiter
la bonté de celui qui meut l’univers,
qui te donne ses ornements avec prodigalité ?
Cruelle, je te demande de l'amour en échange de mon amour.

Cloris
On verra plutôt dépourvu de venin
le serpent qui sinue en cercles tortueux
dans les déserts libyens,
avant que je me plie à tes désirs.
Moins horrible, certes, fut
dans les siècles passés,
la tête à chevelure de serpents, que ce que tu es,
toi, objet monstrueux à mes yeux.

Hipparque
Ô paroles cruelles
nées de cette bouche
dont le baiser peut ressusciter les morts !
c’est à tort que vous me tuez;
ah, de grâce, soyez moins farouches et plus bienveillantes.

Scène 7
Clymène, Lydius, Cloris, Hipparque

Clymène
Réjouissez-vous avec moi, refuges aimés;
oiseaux, ne faites retentir
que de joyeuses harmonies:
Lydius me revient, et quitte Cloris !

Cloris
«Lydius me revient, et quitte Cloris» ?

Hipparque
Est-ce là le corps privé de vie et déchiré
de ton ennemi abhorré ?
C’est ainsi que tu as vengé les torts par nous subis ?
Les morts respirent donc,
et ce sont là les trophées de ta colère ?
Va, tu es bien une femme !

Lydius
Hipparque, ne donne plus accès
aux colères hostiles.
Je ne serai plus ton rival,
l'amour est revenu vers moi,
j’ai redonné mon cœur à ma fiancée.

Cloris
Est-ce Lydius qui parle, ou un fantôme ?

Hipparque
De la jalousie et de l’honneur,
les morsures en moi sont guéries;
que les colères disparaissent,
que s’effacent les offenses.

Lydius
Les anciennes cicatrices du destin,
Cloris, L'Amour les a rouvertes;
ce fils inconstant,
léger et vagabond,
a emporté avec lui la passion
du cœur à toi soumis;
ainsi, si je t’abandonne,
ce n’est pas moi qui suis inconstant:
l’inconstant est celui qui régit
la volonté des mortels
par une loi tyrannique.

Cloris
Il suffit ! c’est la scélérate coutume des méchants
d’excuser leurs méfaits en incriminant le destin;
que tes nouvelles douceurs
soient saupoudrées d’aconit;
au lieu des flambeaux
de l’hyménée riant,
puissent brûler pour tes noces
les torches des Furies;
que ton lit soit préparé
par Tisiphone et Alecto;
comme tu m’as trahie,
puisse celle-ci te trahir !
Terre, tu ne l’engloutis pas ? Ô cieux, ô dieux !

Scène 8
Clymène, Lydius, Cloris, Hipparque

Cinéas
Seigneur, ton hôte Égisthe
a l’esprit tourneboulé;
il est devenu fou.
Tantôt, plein de fureur,
il parcourt la campagne;
tantôt il s’arrête et fait des discours
aux souches, aux troncs, aux vents,
avec des accents divers et déplacés;
tantôt il se tait et regarde de travers
sans reconnaître ce qu’il regarde;
tantôt il gémit, tantôt il soupire,
tantôt il rit, et va chantant
des vers absurdes et déshonnêtes,
et parfois il prononce le nom de Cloris.

Clymène
Par amour pour Cloris,
assurément, le malheureux est devenu fou.
Tu sais combien il l’aime,
puisque je t’ai raconté l’histoire
de ses cruelles et lugubres aventures.

Hipparque
Par Jupiter hospitalier !
La douleur de cette nouvelle
est aussi grande que la joie éprouvée
pour ton retour
si désiré, ô Clymène.
À cause de toi, je lui dois trop.

Cinéas
Le fou arrive.

Scène 9
Égisthe, Cloris, Hipparque, Clymène

Égisthe
Rendez-moi Eurydice,
je suis Orphée,
qui ai traversé
votre rivière, plus malheureux
que toutes les ombres qui peuplent
les chemins du Styx.
Rendez-moi Eurydice !

Cloris
Par amour de l’inconstance,
j’ai trahi le malheureux;
c’est à cause de moi qu’il a perdu le sens.

Égisthe
Maintenant que le monde est cul par dessus tête,
ô peuples de Dité,
je vous conseille de faire la guerre à Jupiter;
faites cercle, écoutez
des nouvelles de là-haut;
faites cercle, et ne tardez plus.

Lydius
Approchons-nous de lui, et, par jeu,
secondons-le dans sa folie.

Hipparque
Il ne faut pas se moquer du malheur d’autrui.

Égisthe
Les étoiles se sont révoltées contre le soleil,
elles ne veulent plus suivre
le premier mobile du levant au couchant
l’air fait la guerre au feu, ligué avec l’eau et avec la lune,
pour le chasser de son propre logis;
la fortune ne veut plus dépendre du ciel;
armez-vous, les Briarée,
les Encelade, les Typhon !
Allons, que traîne-t-on ? Tu en as menti,
en disant que je viens
découvrir les secrets de l’Orque.
Dieux redoutables, je vous le proteste, je déclare
que je suis le farouche ennemi de la lumière

Cloris
Quelle brûlante pitié
communique de la chaleur
à mon cœur glacé !

Clymène
Vois quels fruits amers,
Cloris, a produits ta cruauté !

Hipparque
Ami Égisthe, ainsi, un homme aussi sage
que toi divague ainsi ? Reviens en toi.

Égisthe
J’ai pensé et repensé,
et à nouveau je repense,
j’ai décrété, et de surcroît,
je décrète, ratifie et confirme...
Que je le dise ? je vais le dire,
que si je le tais, je suis mort:
tu es le
bouc aux cornes d’or.

Lydius
Voilà une prédiction peu plaisante,
prophétisée pour mes noces par un fou.

Cloris
La pitié fait en moi resurgir et renaître
un amour inopportun.

Égisthe
Je suis Cupidon
qui par la terre
vais masqué;
je porte en mon œil
l’arc doré,
je suis vermeil,
ne me voyez-vous pas ?
Pour me faire la cour,
femmes, accourez.
Oh Dieu, c’est à n’y pas croire !
Comme vous me faites rire !
Holà, fuyons, holà !
Il vient par ici...
Non, non, arrêtez-vous;
vous êtes vraiment stupides, ah ah ah ah !

Clymène
Il a perdu la tête;
mais à tous les coups, nous deviendrons fous avec lui.

Cloris
Mon repentir ne te sert à rien,
ô Égisthe à nouveau aimé.

Égisthe
Je vais vous raconter un malheur:
la Tromperie, en chemin,
rencontra la Bonne Foi,
qui fut dévalisée par l’assassin;
celui-ci se recouvrit le corps
de l’habit d’innocence qu’il avait dérobé,
et ainsi, pour beaucoup de gens, la Bonne Foi lui ressemble.
Je vais vous en raconter un autre
qui s’est passé dans la sphère céleste:
le Lion de Némée
a été mordu par le Cancer;
avec ses rugissements,
il a fait tellement peur à son agresseur
que celui-ci, fuyant à reculons
a fait tomber les Gémeaux,
a flanqué par terre le Bélier et le Taureau,
et est allé se cacher dans le
Triangle voisin.

Hipparque
Merveilleuses nouvelles.

Lydius
Curieuses informations.

Cloris
Plus je l’écoute et le regarde,
plus je m’en veux de ma cruauté.

Égisthe
Ô Cloris, plus inconstante
que la roue qui fait tourner Ixion,
plus dure que le rocher de Sisyphe,
je t’ai aimée pour mon malheur.

Cloris
Il revient en lui.

Hipparque
Ce sont
des étincelles de sa raison perdue.

Cloris
Mon Égisthe !

Égisthe
Ah, je te reconnais ! jamais
je n’aurais cru aujourd’hui
devoir rencontrer le Mensonge !
Compagnons imprudents, partons,
loin de cette criminelle,
fuyons bien vite, loin, loin d’elle.

Cloris
Ah, il a une juste raison de me fuir.

Hipparque
Retenez-le, et qu’on le conduise
à la ville,
où un savant médecin
pourra le guérir de sa folie.

Égisthe
Doucement, que voulez-vous ?
Je n’ai pas d’or qui puisse
étancher votre soif,
je ne suis pas paré de vêtements de soie; et puis,
si j’étais tout de pierres précieuses et de pourpre,
vous me mettriez en morceaux.

Lydius
Il essaye comme un furieux
de se libérer des mains qui le tiennent.

Hipparque
Entravez-le de telle sorte
que ses gesticulations insensées soient inutiles.

Scène 10
La La Première Heure, Hipparque, Clymène, Égisthe, Cloris, Lydius

La Première Heure
Voici: que le précieux héritage de mon seigneur
se tourne pour redevenir sage
vers ce bâton,
du divin médecin, fils d’Apollon,
bâton autour duquel
le serpent enroulé
possède tant de puissance
qu’il peut même ravir ses proies à la mort.

Hipparque
Une divinité vient à son secours ?

Clymène
C’est un descendant du ciel.

Lydius
Il revient à son sens premier.

Égisthe
Amis ? Hélas, que vois-je ?
Mon ennemie qui pleure à mon côté ?
Que signifient ces larmes ?

Cloris
De l'amour.

Égisthe
De l'amour ?
Ce doit être pour Lydius.

Cloris
Non, ma flamme renouvelée est pour toi.

Égisthe
Ah ! si tu ne m’abuses point, je suis heureux.

Cloris
Regarde-moi, et tu verras
sur mon visage, si mon cœur
pur et sincère, te dit la vérité.
Il est devenu pour toi un véritable Etna,
et, avant de plus jamais t’abandonner,
il décrète et résout
de me réduire en poussière.

Égisthe
Ô espérances ressuscitées,
joies renaissantes, sort favorable !

Hipparque
Cloris est en mon pouvoir:
au nom de cette courtoisie
dont tu usas envers Clymène
pour la ramener dans sa patrie, je te la donne:
je ne mérite pas cette beauté immortelle;
toi, oui, qui peux te flatter d’une origine divine.

Égisthe
Un don d’une telle valeur
annule toute obligation.

La Première Heure
Je ne tarde plus, suivez-moi,
partons; ma tâche
est de vous conduire à Délos
par les routes du ciel.

Égisthe
Cet ordre impérieux nous arrache à vous;
belle Clymène, Hipparque...

Cloris
Lydius...

Cloris, Égisthe
...Adieu.

Clymène, Hipparque, Lydius
Allez à votre lit de noces,
que les dieux vous soient propices;
que les racines des malheurs
pour vous soient éradiquées; allez heureux.

Hipparque
Fiancés réconciliés,
entrez, il est temps maintenant
que ton âme, ma sœur,
se remette de ses chagrins.

Lydius
Amants, espérez.
L'Amour est un enfant
on l’attrape facilement,
et il finit par satisfaire qui soupire pour lui.

Clymène
Amants, si vous croyez
que L'Amour est cruel, vous vous trompez,
vous faites erreur;
il en a l’air, il ne l’est pas,
de grâce, croyez-moi.

Lydius
Il apporte en badinant
des angoisses éphémères,
un tourment passager,
et sa guerre finit toujours par la paix.

Clymène
Sa noire tempête
multiplie les joies
et produit une claire lumière;
il semble cruel, il ne l’est pas,
de grâce, croyez-moi.

Clymène, Lydius
Aimons, aimons !
qui ne suit pas les traces de Cupidon
ne peut éprouver ses rares, ses immenses délices.
Aimons, aimons !

Scène 11
La scène représente une partie forestière, une partie maritime
Deuxième, troisième, quatrième Heures

Deuxième Heure
Descendons ici, descendons,
c’est l’endroit où
nous devons attendre,
suivant les ordres du Soleil,
Eunomia, et son descendant.

Troisième Heure
Elle exhalera du venin,
la déesse de La Beauté,
quand elle apprendra
que Cloris est devenue
l’amante et l’épouse de notre Égisthe.

Quatrième Heure
Douces sœurs, pendant
que nous attendons ici l’arrivée du héros,
dénouons nos langues pour chanter.

Deuxième Heure
Nous sommes nées
avec le jour;
oui, chantons:
le jour
retournera
à ce néant dont il est issu:
tout doit périr:
le feu, la neige,
tout ce que le destin
a créé,
et périront aussi
le fil de notre vie, et notre fleur.

Troisième et Quatrième Heures
Nous sommes nées
avec le jour;
oui, chantons:
le jour
retournera
à ce néant dont il est issu.

Troisième Heure
La Beauté est
un bref éclair;
on la décrie
quand elle perd
sa verdeur,
sa beauté et son beau temps.
Jeune fille,
tant que ton visage
beau et bien fait
attire
ton Adonis,
prends du bon temps avec ton doux ami.

Deuxième et Quatrième Heures
La Beauté est
un bref éclair;
on la décrie
quand elle perd
sa verdeur,
sa beauté et son beau temps.

Quatrième Heure
D’intelligence,
il manque ici-bas,
celui qui donne abri,
dans son cœur, à toute heure,
aux douleurs,
aux rancœurs;
que la joie
reste avec vous,
ô mortels;
nous avons des ailes,
et quand nous nous envolons,
vous n’êtes que givre aux rayons du soleil;

Deuxième et Troisième Heures
D’intelligence,
il manque ici-bas,
celui qui donne abri,
dans son cœur, à toute heure,
aux douleurs,
aux rancœurs.

Scène dernière
La La Première Heure, Égisthe, Cloris, les deuxième, troisième et quatrième Heures

Égisthe
Ô l’heureuse folie,
dans laquelle, avec les armes de la pitié, L'Amour
t’a vaincue, ma belle, à mon profit.

La Première Heure
Ô bienheureux ! vous serez transportés
de Zacynthe à Délos
sur le char qui s’élève,
par des compagnes aériennes.

Cloris, Égisthe
Je t’embrasse, je te savoure,
je te serre, je t’étreins.
Que plus jamais L'Amour
ne me sépare de toi,
ne te sépare de moi.

Égisthe
Pour retourner dans notre patrie
avec toi, Cloris, mon cœur,
ces heures me semblent des siècles.

Deuxième et Troisième Heures
Que les routes de l’éther
joyeuses, s’illuminent,
joyeuses, flamboient
de rayons plus brillants.

Égisthe
La jouissance est plus grande
quand on a souffert de longues peines;
allons, mon espoir,
triomphant de la colère divine,
sur les chars volants.

Première et Quatrième Heures
Que les routes de l’éther
joyeuses, s’illuminent,
joyeuses, flamboient
de rayons plus brillants.

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traduction: Jacqueline & Alain DUC