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Francesco Cavalli
[1602 - 1676]
Égisthe
Fable
dramatique en musique en I Prologue & III
Actes livret de
Giovanni Faustini
Venise, 1643
La
Nuit
qui
descend, Prologue,
contralto Quatre
Heures,
servantes d'Apollon, (sopranos)
L'Aurore
qui
naît, Prologue,
soprano
Lydius,
amant
de Cloris, contralto
Cloris,
amoureuse
de Lydius, soprano
Égisthe,
épris
de Cloris, ténor
Clymène,
qui
brûle pour Lydius,
soprano
Hipparque,
frère
de Clymène,
ténor
La
Volupté,
soprano
La
Beauté,
soprano
L'Amour,
soprano
Vénus,
soprano
Sémélé,
soprano
Phèdre,
soprano
Didon,
contralto
Héro,
soprano
Cinéas,
serviteur
d'Hipparque, ténor
Apollon,
contralto
Démas,
contralto
Les Grâces, sopranos
Chur de petits Amours, Cortège muet de
Vénus,
Chur d'Héroïdes mortes
misérablement par amour
Chur de serviteurs armés d'Hipparque,
Chur de servantes de Clymène
|
Lhistoire
se passe au printemps, dans la campagne de Zacynthe,
île de la mer Ionienne, aujourdhui
appelée Zanthe.
Prologue
|
La Nuit et l'Aurore
La
Nuit LAurore |

ACTE I
|
Scène
première
Lydius Ô
mignonnette,
Scène
2
Cloris Petit
enfant, Mon
amour, Petit
enfant, etc. Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Cloris
et Lydius Égisthe,
dormant Cloris Lydius Cloris Égisthe,
dormant Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius
Scène
3
Clymène Égisthe,
dormant Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Égisthe Clymène Clymène
et Égisthe
Scène
4
Hipparque
Scène
5
Démas Hipparque Démas Hipparque Démas Hipparque Démas Hipparque Démas Hipparque Démas
Scène
6
Démas
Scène
7
Cloris
Scène
8
La
Beauté La
Volupté La
Beauté La
Volupté La
Beauté La
Volupté La
Beauté et la
Volupté
Scène
9
L'Amour Lunivers
est soumis Ce
trait, etc. La
Beauté La
Volupté L'Amour La
Beauté et la
Volupté
Scène
10
Vénus L'Amour Vénus L'Amour Vénus L'Amour La
Beauté et la
Volupté Vénus La
Beauté et la
Volupté Vénus |
ACTE II
La scène représente un village
Égisthe
Égisthe
D'Hipparque et de Clymène, mes hôtes,
je fuis la généreuse hospitalité, et
viens ici
seul, pour donner libre cours à ma grande
douleur.
Malheureux, je vis, et suis privé de vie;
Cloris, hélas, nest plus mienne;
éprise dun autre objet,
ô tourment,
elle a rompu le lien et éteint le feu.
Jamais je naurais cru trouver hostiles
à ma fidélité les astres lumineux
de ses deux yeux pleins damour
dont laffection
me mettait en repos.
Ah ! ces lèvres où jai bu
une douce liqueur pour mon âme malade
apporteront à un autre amant,
ô douleur,
de doux baisers à tout moment ?
Sur ce sein, véritable mer de lait,
je nai plus despoir de nager,
un autre en jouit, un autre sy baigne,
ô martyre,
telle est la récompense de mon service.
Dis-moi, ingrate, déloyale,
sont-ce là les serments,
ô parjure, et tes promesses,
fille sans foi,
de madorer éternellement ?
Écoute: le ciel a encore des flèches
pour qui, infidèle, abuse ses amants;
un jour, un jour, sa main,
inconstante,
punira toutes tes fautes.
Mais de quoi me lamenté-je ?
Pour quelle raisons me plains-je de Cloris ?
Croyant que jai perdu la vie,
elle aura enflammé son cur dune nouvelle
flamme:
une beauté ne peut rester privée
damour;
mais en me voyant vivant,
elle ranimera vite ses ardeurs éteintes.
Allons, cherchons et retrouvons Cloris.
Cloris, Égisthe
Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris
Coteaux ensoleillés,
forêts amies,
voici que vous invite...
Oh, ma vie !
(Aïe ! Cest Égisthe,
je vais faire semblant de ne pas le connaître.)
Qui es-tu, toi qui mappelles ta vie ?
Votre fidèle amant, beaux yeux !
Je suis ton Égisthe,
Cloris, Cloris, mon cur.
Je ne tai jamais vu !
Il est exact que jai aimé
un certain Égisthe, de Délos,
mais le malheureux est mort,
privé de liberté et de
réconfort.
Mais non, je ne suis pas mort !
Qui ta apporté, mon amour,
une si triste nouvelle ?
Je fuis les chaînes,
et, prisonnier de ta beauté,
je reviens maintenant au cachot chéri
dont le ciel rigoureux mavait
enlevé.
Mon pauvre, tu délires.
Celui que tu dis être vivant est une ombre errante
dont jai pleuré les cendres.
Mais non: linsolent pirate
ne ma pas tué, mais réduit en
esclavage;
suis-je si défiguré
par rapport à mon visage premier,
que tu ne me reconnaisses pas ?
Ou bien ai-je je croise les doigts
été finalement arraché de tes
pensées ?
Pauvre égaré,
sûrement, un tragique accident
ta fait devenir fou;
tu es ridicule,
je te le redis, Égisthe a été
tué.
Et cest ton inconstance qui a été la
meurtrière;
cest la barbarie scythique
qui loge en toi, Cloris,
qui a assassiné et incinéré
Égisthe;
il ne pouvait pas vivre
sans être dans tes grâces;
et je suis son âme errante
qui te reprochera la foi rompue
et la récompense ingrate
que tu accordes à son amour, fausse amante;
tu ne me reconnais pas, non, parce quayant abattu,
du temple de ta poitrine,
de lautel de ton cur,
mon image, quy sculpta Cupidon,
tu as érigé une nouvelle idole,
tu en es devenue la dévote,
tu te prosternes devant elle, tu lidolâtres, tu
la parfumes
avec les agréables encens de tes soupirs
brûlants.
Cruelle, cruelle ! je ne suis quun inconnu pour
toi,
parce que tu tes toi-même offerte en sacrifice
à Lydius.
On me montrerait bien du doigt comme une idiote,
si, restée veuve, dans ma fleur juvénile,
je voulais passer les saisons
chaste, et mendiant un si doux plaisir;
mais je ne veux plus délirer avec toi;
reste où tu es, adieu.
Arrête, rends-moi mon cur,
je ne veux pas que tu le mettes en pièces
avec ta cruauté innée;
arrête, rends-moi mon cur.
Cest à moi que tu demandes ton cur
?
Oui, je te le demande à toi.
Parce que je tiens une boucherie de curs ?
Ô pauvre malheureux:
maintenant, je comprends la cause de ta folie:
ton amie a accordé
à un amant préféré
lempire de ses beautés, nest-ce pas ?
Écoute-moi, et console-toi:
si elle te fuit, fuis plus vite: envole-toi.
Égisthe
Égisthe
Oh, moqueries trop amères,
cruauté sans égale,
ô prodiges, prodiges:
les rochers sont maintenant mobiles, volent même ?
Et moi, je me meus sans volonté, et je sens
langoisse du tourment ?
Arrête tes pas, arrête,
jaspe
animé, écueil voyageur,
reviens ici, reviens,
Furie à forme humaine, je veux
puisquen mayant trahi,
tu te montres avide de ma mort
que dune double et profonde blessure,
ma vie sorte, inséparable, avec mon sang.
Mais pourquoi parler de mourir ?
La mort na aucun pouvoir
sur des cadavres vides de sang,
dépouilles inanimées.
Ah, malheureux ! je suis tué par trahison,
par la perfidie de cette ingrate, hélas !
Lydius, sur la mer damour,
fuis cette sirène:
avec sa beauté ensorceleuse,
elle attire, puis dévore
qui séprend delle.
Pleure, infortuné Égisthe,
pleure ton destin mauvais
jusquà te noyer dans tes propres
larmes.
Clymène
Clymène Perfide
jalousie, Réfrène
tes assauts, Perfide
jalousie, etc.
Jai trouvé mon frère Hipparque
dans le village dans lequel,
daprès ce que jai entendu,
demeure également Lydius;
aussi me suis-je mise en route pour le voir;
cest de lui que ma peine attend sa
guérison.
va-t-en loin de mon âme;
ninfecte pas mon sein
de ton mortel venin.
Perfide jalousie,
va-t-en loin de mon âme.
ne mapporte plus de peines.
Lydius infidèle ? non, non,
je ne veux pas le croire
Lydius, Clymène
Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius
Cloris, la gracieuse Cloris,
a un soleil dédoublé dans les yeux,
et a sur son visage
un avril parfumé,
Cloris, la gracieuse Cloris.
Hélas ! ma crainte nétait pas vaine;
le traître massassine avec son chant.
Cloris, la jolie Cloris,
a une bouche de rubis,
et lor brillant et fin
dans sa riante chevelure,
Cloris, la jolie Cloris.
«Cloris, la jolie Cloris» ? Et de
Clymène,
il ne ten souvient plus ?
Que vois-je ? Le sort envieux,
pour troubler mon plaisir,
a tiré cette fille des chaînes de
lesclavage.
Cest ainsi que tu accueilles ta fiancée ?
Cest ainsi que tu accours et membrasses,
et que tu fêtes ma liberté, et te
réjouis ?
Tu deviens de glace devant les crimes
de tes tromperies révélées:
ah, combien il valait mieux
être enchaînée, au service
dun maître barbare,
plutôt que de me voir, ô douleur,
ayant retrouvé ma chère liberté,
trahie par toi, cruel.
Clymène, tu connais bien
ce dicton ancien et courant:
autres temps, autres soucis.
Comment parle-t-il, linfâme, lescroc
?
Puisque amour est né un jour,
il nest pas éternel, il est mortel,
et les plumes qui revêtent
ses épaules, montrent
quil sait fuir légèrement, comme il est
venu;
je tai aimée autant que jai pu aimer,
et le vieux souvenir
des plaisirs passés mest encore doux;
tu as été, un temps, ma lumière et mon
esprit;
mais un nouveau désir
a éteint mon ancienne ardeur,
une autre beauté ma fait la guerre, et la
gagnée.
Cest avec une telle liberté
que tu laisses ta langue scélérate
exposer sans pudeur
ta félonie criminelle
et mes malheurs ?
Cest avec une telle hardiesse que tu bafoues
les lois sans souillure
des hommes et des dieux ?
Que tu le veuilles ou non, tu es à moi.
Je suis à toi ? Je nétais pas au
courant.
Quand me suis-je donné à toi ?
Quand, méchant, quand ?
Ô Jupiter ! tu tolères
de si énormes trahisons ?
Quand je tai accueilli dans mes bras,
et que tu as dénoué, homme sans foi,
ma ceinture virginale.
Si jy ai pris du plaisir, tu en as eu aussi,
cest pour ta jouissance
que tu mas accueilli sur ton sein;
ton amour était intéressé,
et tu as accordé tes faveurs avec usure,
puisquen échange dun seul baiser, en un
moment,
tu en as reçu cent;
ce nest que pour jouir de moi
que tu tes toi-même donnée à
moi.
Aujourdhui, je rejette tes dons,
je ne veux pas de récompense.
Mais je men vais, je ne voudrais pas
quarrive celle que jaime,
je ne veux pas la rendre jalouse.
Adieu, Clymène.
Clymène
Clymène
Ah, mécréant ! ah, ingrat !
le Cocyte na point de fléau
à la hauteur de ton crime;
il faut que le juge de lAverne
invente, oui, invente
de nouveaux châtiments, de nouvelles tortures,
car il ne pourra pas, pour
léternité,
punir tes fautes
dun cruel martyre:
ton crime est trop grave,
ô traître de Lydius.
Pleurez, mes yeux dolents
et quavec mes sanglots plaintifs
pleurent la source et le ruisseau;
faites retentir vos accents,
arbres feuillus et muets,
sauvages spectateurs
de mes malheurs,
et racontez avec compassion
à qui passera par ici
mon sort rigoureux, hélas,
et la trahison dun autre;
que Philomène et Procné
accompagnent ma triste lamentation
de leurs chants dolents et plaintifs.
Ah, amoureuses simplettes,
ne croyez pas aux promesses
dun jeune amant
qui a le cur volage,
et que mon malheur
vous soit un exemple de ses parjures.
Hipparque, Clymène
Hipparque Clymène Hipparque Clymène Hipparque Clymène Hipparque
Une jalousie enragée, un amour rival
me flagellent le cur
avec des fouets inouïs;
je suis un nouveau Tityos,
mais
cest dun bec plus acéré
que mes entrailles
sont dévorées
par un cruel monstre ailé,
ô douleurs trop amères et éternelles
!
Cest la semence pestifère
de Cerbère, qui la produit.
Je suis privée même de
lespérance.
Clymène, ma sur,
quelle pluie de larmes
tombe en torrents de tes yeux ?
Quelle trouble vapeur,
quel nuage de douleur,
dis-moi, la engendrée ?
Quest-ce qui te rend affligée et inconsolable
?
Toi qui devrais rivaliser
avec le sourire du printemps,
maintenant que, rendue à la liberté,
tu respires sous le ciel natal
la brise si désirée,
tu as le front soucieux, lil humide ?
Une cause trop grave te trouble lesprit.
Ce nest pas sans raison que je me plains
et me baigne de larmes:
lingrat Lydius nie
être mon fiancé, et se moque de moi, et me
dédaigne,
avec un cruel orgueil:
juge si ma peine peut jaillir
dune source plus féconde et plus
douloureuse.
La honte annule la honte,
et lâme qui a de lhonneur
ne laisse pas impunie loffense.
Sèche tes larmes
et, lâme tranquille,
va, tu verras dici peu
combien les plaisanteries qui nous visent tous deux
mont été
désagréables.
Ah ! si je lavais en mon pouvoir, je voudrais,
pour donner un exemple aux ingrats,
faire de lui carnage et massacre digne de
mémoire.
Cest ainsi quil ajoute
aux blessures de L'Amour,
des outrages à lhonneur ?
Sache que ma main
lance la foudre de la vengeance,
sache que mon épée
punit qui moffense,
sache que celui qui, avec le briquet de linsulte,
allume le feu de la colère dans mon cur,
éteint de son propre sang lincendie quil
a fait naître.
Que la colère archère
décoche la flèche de larc par lui
bandé;
que linfâme offenseur
sabîme dans les précipices quil
sest creusés.
Démas
Démas Hipparque,
si tu nas pas Toujours
la belle jeunesse Qui a
goûté mon amour, quil me le dise: ai-je
eu tort ? Jamais
bouche velue Qui a
goûté mon amour, etc. Il
na pas goûté de douceurs, Qui a
goûté mon amour, etc.
Tu ten repentiras,
crois-men,
petite rebelle,
petite dédaigneuse;
cette beauté
qui aujourdhui
te rend bien fière,
je la verrai ravir
par le temps dévoreur,
qui détruit tout.
Cest ainsi que tu dédaignes
celui qui ta donné son cur ?
Tu ten repentiras,
crois-men.
dautre amante que Cloris,
tu vivras célibataire:
prier et reprier ne sert à rien,
tenter et retenter est vain;
pour Lydius seul, elle se consume et se détruit,
elle ne se plaît quà lui.
Si jai toujours été lennemie
de la chasteté et de la cruauté,
le vieux temps en sait quelque chose;
et ce dont je me repens maintenant,
cest de ne pas avoir pris de bon temps
avec mes cheveux dargent;
je nai que le déplaisir
de ne pas trouver daliment pour mon désir
avide,
pour pouvoir à nouveau goûter au
plaisir.
plus quaucun autre âge, ma plu;
toujours jai eu plus de contentement
avec cette beauté
qui navait pas de poil râpeux au
menton.
Je ne crois pas entendre, non, jamais, un seul
«Oui».
ne ma donné un baiser dont je me souvienne;
avec des désirs gloutons,
je voudrais boire sans cesse la douce ambroisie
de ces joues si tendres.
celui qui na pas aimé comme je fis jadis;
lor, les soupirs, les prières,
jen tiendrai quittes les jeunots:
le plaisir, je ne lai pas vendu, mais bel et bien
troqué.
Sémélé,
Phèdre, Didon, Héro, L'Amour, chur des
Héroïdes
La scène se transforme pour représenter la
forêt de myrtes de lÉrèbe,
séjour de ces Héroïdes qui
périrent misérablement par amour
Sémélé Phèdre Didon Héro Sémélé Phèdre Didon Sémélé Chur L'Amour Héro Sémélé,
Phèdre,
Didon L'Amour Phèdre Chur L'Amour Héro Sémélé Didon Phèdre L'Amour
Quil ne fuie pas, le cruel !
Barrons-lui la route. Holà,
Clytie
Il ne peut pas voler:
lair humide et lourd
de cette forêt nuageuse et obscure
pèse sur ses ailes agiles et rapides.
Le cruel craint les châtiments quil
mérite.
À toi, Canacé,
à toi.
Ma foi, jai failli le prendre.
Tu essaies en vain de fuir, méchant
garnement.
Ça y est, Didon, tu las
attrapé.
Méchant, scélérat,
tu es arrivé à un endroit où
tu ne trouveras pas de pitié pour tes fautes:
le rusé renard est tombé dans le
piège.
Laisse tes armes meurtrières et ce flambeau
que, pour brûler le monde
dune flamme dévorante,
tu as allumé, scélérat,
au Phlégéthon.
Torturons-le,
massacrons-le, crucifions-le, humilions-le !
Torturons-le, massacrons-le, crucifions-le, humilions-le
!
Contre un innocent
qui avec une bouche pleine de lait
forme des paroles indistinctes,
vous voulez être barbares et atroces ?
Mais que vous ai-je donc fait ?
Oh téméraire, oh criminel,
tu mas noyée dans les flots.
Tu mas consumée dans le feu.
Tu mas ouvert le sein avec le fer.
Mais nous vengerons nos malheurs
sur le champ, serpent infernal,
rival de la mort.
Qui va me secourir, hélas ?
On na donc pas pitié de moi ?
Tu as eu pitié de nous ?
Allons, quon le fouette !
Allons, quon le fouette !
Mère, cest à cause de ta
colère
que je suis descendu dans les royaumes
ténébreux
du Cocyte lointain,
pour la perte dun autre, et je trouve, ô
dieux,
des précipices pour moi.
Jetons-le à la mer !
Non, car puisque Vénus est née dans la
mer,
les eaux ses amies ne lengloutiront pas.
Donnons-le au feu ardent.
Non, car le feu est dans le camp de cet inhumain,
cest Vulcain qui la engendré;
quon
lui passe une épée pointue
dans la poitrine, et quon lui perce le
cur.
Que ce soit le châtiment du traître !
Hélas, cest à cause de toi que ton
fils,
ton rejeton, ô déesse de Cnide,
se trouve dans un si mauvais pas !
Ah, pauvre Cupidon !
Apollon, Sémélé, Phèdre, Didon,
Héro, L'Amour, chur des
Héroïdes
Apollon L'Amour Didon Apollon L'Amour Apollon Héro Sémélé Phèdre Didon Apollon L'Amour Didon,
Phèdre Apollon Héro,
Sémélé
Haut
de page
Amour, toi prisonnier ?
Où sont tes flèches, où est ton
flambeau ?
Toi qui es si audacieux,
toi qui diriges les étoiles,
tu pleures tes malheurs
de façon si attendrissante, avec un cur si peu
guerrier ?
Souviens-toi que tu détiens
le vaste empire de lunivers dompté.
Amour, toi prisonnier ?
De grâce, au lieu de te moquer de moi,
sois généreux, aide-moi,
ô lumineux Apollon, et oublie les offenses;
tu pourras disposer dAmour,
en tant que son seigneur.
Comme toujours, le méchant
tente déchapper aux châtiments quil
mérite.
Des Champs-Élysées voisins,
jai entendu ton infortune
et suis venu ici en hâte,
pour être spectateur de ta douleur;
mais jai changé davis: si tu me
promets
duvrer à refaire de Cloris
lamante complaisante de mon cher Égisthe,
je veux que tu retournes libre
aux séjours aériens.
Par les eaux inviolables du Styx,
trop aimable dieu,
si je ressors indemne
de la colère de ces âmes, et revois la
lumière du jour,
je ferai que Cloris rallume ses feux éteints
et languisse pour Égisthe.
Généreuses Héroïdes,
si vous croyez venger
sur L'Amour vos fins amères,
vous vous trompez, il est innocent:
les fers, le feu, les mers,
cest linclément destin qui vous les a
donnés pour vous perdre;
des méfaits dun autre,
ne punissez pas celui-ci;
pardonnez-lui des fautes qui ne sont pas les siennes;
et même sil est coupable, je vous le demande
comme un cadeau.
À un si noble intercesseur,
Didon ne doit pas refuser ce cruel garnement.
En vérité, ce fut la force immortelle du
destin
qui la transperça à mort, et non sa
flèche.
Ma colère en partie apaisée,
je comprends moi aussi la vérité.
Accordons le captif à un si grand dieu.
Amour, tu es libre;
reprends ton arc et ton flambeau, et lance
tes traits aigus moins durement, ô bel
archer.
Je napporterai plus
que du réconfort,
je ne lancerai plus
que des flèches dor.
Amour ne sera
plus jamais cruel,
et seul mon fidèle
du plaisir aura.
Ne le croyez pas, amants,
car cest un menteur,
cest un traître, un abuseur,
assoiffé de larmes,
ne le croyez pas, amants.
Non, ne le croyez pas,
ses promesses sont mensongères,
je le sais dexpérience,
non, ne le croyez pas.
Fuyez son beau temps qui promet des tempêtes;
ses douceurs raffinées
passent en un éclair,
fuyez son beau temps.
ACTE III
La forêt disparaît, remplacée par un
délicieux bocage
Lydius, Cloris
Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris Lydius Cloris
Il est plaisant de souffrir,
il est précieux de languir,
cest vivre que de mourir
pour une belle compatissante,
pour une belle qui aime.
Amour, à chaque instant,
je men vais plus joyeuse
davoir mis mon cur sous ta loi;
et ton autorité
nest pas tyrannique, mais douce et
clémente.
Affligé, languissant,
je me repais de joie,
je renais en mourant
tel loiseau arabe,
du bûcher dune beauté.
Jai cueilli la rose sans épine,
jai goûté le miel sans amertume
grâce à un trait doré;
lautorité damour
nest pas tyrannique, mais douce et
clémente.
Ô ma Cloris, dans la béatitude des
Champs-Élysées,
les esprits fortunés
ne sont pas aussi heureux
que mon âme quand elle te regarde;
et quand elle est loin de toi,
toujours avec toi, elle délire.
Si je voyais les portes
de saphir du Ciel
ouvertes et béantes,
et que je visse dans ces churs célestes
lémerveillement quon ressent devant les
dieux,
jaurais moins de contentement
que celui que je ressens et savoure en te voyant.
Les douces et chaudes vapeurs
sorties de mes yeux, ont bu les tiennes;
ainsi, pour te rechercher,
mon cur sangoisse et languit,
car en te trouvant, cest son sang quil
trouve.
Comme tu le sais bien,
lâme aimante vit dans lobjet
aimé;
en te retrouvant, jéprouve tous les
plaisirs,
puisquen te trouvant, je trouve mon
âme.
Et quand, quand donc arrivera-t-il
que, joyeux, je touche au but de ma quête amoureuse ?
Quel sera le jour
où, au jardin des Hespérides dAmour,
je cueillerai le fruit dor,
ô mon espoir, pour qui je meurs en
espérant.
Lhonneur et lhonnêteté,
vigilants gardiens
de ma virginité,
tinterdisent dentrer dans leur jardin;
modère, modère tes audacieux
désirs,
contente-toi de baisers.
Tes baisers me sont chers
et je sens à tembrasser
une immense jouissance;
mais tu sais que le baiser est la mèche qui allume
les sens:
plus je goûte et bois
le sucre et la manne sur ta bouche,
plus je tembrasse, et plus je me consume.
Sois patient, un jour...
Hipparque, Cloris, Lydius, Clymène, chur
dhommes armés
Hipparque Cloris Hipparque Cloris Hipparque Lydius Hipparque Cloris Lydius Clymène Hipparque Clymène Hipparque Cloris Hipparque Cloris Lydius
Tu es mort.
Hélas !
Si tu tentes
une téméraire défense,
celle-ci sera elle aussi prisonnière.
Que faites-vous, bandits ?
Nayez pas peur, beau visage, divin visage;
cest l'amour qui me pousse au vol et aux
rapines.
Brigands, relâchez
celle qui est digne dêtre la proie
du Tonnant suprême, et non la vôtre;
impurs, inhumains,
quon vous coupe les mains
par le téméraire contact desquelles
vous souillez un chérubin du ciel,
quenferme une belle enveloppe matérielle.
Ta félonie, perfide Hipparque,
tous les peuples en auront connaissance.
Tes armes, ce sont pièges et trahisons.
Cest par la trahison quon triomphe dun
traître;
attachez-le à cet arbre.
Oh, Lydius !
Oh, Cloris !
Tais-toi, ne prononce pas
le nom de cette fille,
pervers que tu es.
Clymène, ce fer tattend;
prends-le, sois courageuse;
il nest pas de breuvage
plus plaisant que la vengeance;
à qui ta dédaignée, ôte la
vie;
rappelle-toi loutrage subi,
empoigne lépée, frappe le
déloyal:
à qui te le donne vivant, rends-le mort.
Je veux le voir déchiré,
je veux quil rende son souffle par cent plaies
béantes.
À ta main armée,
je confie et remets également les injures que
jai subies.
Mon amour, mes délices,
Cloris, objet de mes soupirs,
partons: si tu perds
un cur accoutumé à être
infidèle,
tu retrouves un amant
à la fidélité dure comme le
diamant.
Assassin, scélérat !
Jamais je ne te suivrai vivante.
Vous, emmenez-la;
tes insultes me délectent.
Lydius, Lydius, hélas ! je pars
emmenée de force, par la barbarie dun
autre;
reçois mon ultime adieu.
Je te suivrai de toute mon âme, ô ma vie
!
Clymène, Lydius
Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène Lydius Clymène
Oui, bientôt, oui, tu la suivras avec ton
âme:
sous peu, cette épée
touvrira, pour la suivre, une large route.
Paresseuse, pourquoi tardes-tu ?
Brandis, brandis ce fer, jattends tes coups;
Cloris, je viens avec toi;
va, Clymène, donne libre cours à tes
fureurs.
Vous, mes justes Furies,
donnez de la force à ma main tremblante,
et assez de vigueur
pour venger les outrages que jai subis.
Que le sang de mon ennemi fasse
tiédir et rougir la prairie fleurie.
Quil meure, meure, linfidèle !
Hélas, je ne peux !
Que de retards ! que fais-tu ?
Bras timoré et lâche,
quel pouvoir caché
te retient, tintimide ?
Il nest plus temps dexercer la
clémence
avec un ingrat; frappe-le.
Quil meure, meure, linfidèle !
Hélas, je ne peux !
Pendant que le cruel me regarde,
il apaise ma colère, il vainc mon
courroux.
Ne me tiens plus en suspens,
plonge-moi ton épée dans le sein.
Ne me regarde pas si tu veux mourir,
ta vue est un sortilège
qui menlève la force avec laquelle
ma main innocente essaye en vain
de senhardir à frapper.
Puisque mes yeux, si cruels envers moi,
me refusent la mort, regarde: je les ferme.
Ton beau visage dévoilé a le même
pouvoir.
Couvre-le, je ten prie.
Eh ! Amour ne consent pas que je te tue;
et abandonnée par toi, privée de toi,
il ne veut pas que je vive.
Fer, toi qui ne peux
punir mon offenseur, du moins, sois charitable,
perce-moi le sein; et toi, jouis de ta Cloris,
plus heureuse que moi;
que les cieux te pardonnent
tes tromperies cruelles;
je te détacherais bien avant de mourir, mais je
crains
que si on me retrouve morte, et toi
détaché,
quelquun naille dire, affligé par ma
mort:
le traître a assassiné linnocente.
Lydius, prie, de grâce, prie pour la paix
de lâme qui taime même trahie,
je ne dirai pas: au nom de L'Amour que tu mas
porté,
car son souvenir doit têtre amer,
mais au nom de celui que tu portes à ta belle.
Cette pointe, qui doit
menvoyer bientôt au tombeau,
je veux quelle plonge sous mon sein droit,
afin quelle laisse intact
ton portrait, que jai encore gravé dans le
cur.
Je veux tomber près de toi,
victime amoureuse,
afin que mon sang, qui nest que flamme,
tarrosant de quelques-unes de ses gouttes de feu,
allumer en toi, pour célébrer mes
funérailles,
une petite étincelle de pitié.
Je te laisse, adieu; reste.
Rivages ombreux,
une amante trompée vient
habiter parmi vous.
Arrête-toi, Clymène.
Que je marrête ? Scélérat,
cest pour me voir languir que tu ne veux pas que je
meure ?
Mais tu fais de vains efforts
pour que je ne me soustraie pas à tes
cruautés;
il me sied de fuir les massacres
de cet inhumain, dans la mort:
regarde et délecte-toi.
Ne fais pas cela, Clymène, arrête !
Oh Dieu ! La Parque, au lieu du fil de ta vie,
a presque coupé le mien;
éloigne de toi ce fer,
ou retourne-le contre moi, je le mérite,
moi qui ai méprisé
ta foi candide; ah, frappe-moi.
Tu crois pouvoir mabuser
avec des discours mensongers ?
Je connais tes ruses.
Dans ma bouche, cest mon cur qui te parle
envoyé là par L'Amour
pour te faire savoir comment, en un instant,
ton amant dévoué test revenu.
Tu maimes ?
Oui, je taime.
À ces paroles, toute ma douleur disparaît;
je libère mon espoir,
quentravaient étroitement des liens
désespérés,
pendant que je te défais de tes
chaînes.
O ma toute belle,
je te demande en suppliant
de maccorder ta paix et un généreux
pardon,
pour tavoir jouée et bafouée,
en étant devenu ladorateur soumis
dun autre visage;
après tant derreurs,
comme le fleuve à sa source, je reviens à toi,
mon univers,
dans lequel mon cur espère vivre
heureux.
Beau Lydius, Lydius aimé, en dépit
de La Beauté rivale,
je tembrasse comme mien;
Amour, ce juge compatissant,
ayant entendu mes raisons,
avec une juste violence,
tenlève à Cloris, et te lie et
tattache à nouveau
au lit nuptial, que tu as méprisé,
de Clymène, qui pour toi sa vie
a tant soupiré et pleuré.
Allons, ma belle, allons:
je veux éteindre chez ton frère
la haine quil me porte, et la rancur,
et me lier à lui dune nouvelle
amitié.
Partons comme tu le veux;
le bonheur menvahit,
la joie minonde le cur.
L'Amour
L'Amour
Remonté dans ces pures régions,
ici, parmi ces arbustes,
dune flèche invisible,
pour Clymène jai à nouveau frappé
Lydius,
pour Clymène je lai blessé;
un coup semblable fera que Cloris
aime à nouveau Égisthe
quand il sera honteux de ses folles erreurs;
le dieu qui a intercédé en ma faveur
verra avec plaisir son descendant chéri
être un amant désiré.
Hélas ! jai encore peur
de ces femmes en colère.
Pauvre Amour, si Apollon nétait pas
arrivé !
Sexe perfide et vil,
tu ne lâches jamais le poignard de ta
cruauté.
Si je nétais pas au service
de la nature, qui sapplique
à peupler par toi le monde de toutes les
espèces,
je voudrais tenlever ton orgueil
avec combien de sublimé
il
tempoisonne les joues !
avec combien de blanc
frelaté et fallacieux, il peut
faire paraître de lait
ton corps difforme !
Je voudrais que jamais personne ne te regarde,
je voudrais trouver des voies et des moyens
pour que lhomme nait pas à tadorer
pour être heureux.
Égisthe
Égisthe Arrêtez,
de grâce, arrêtez ! Mais
alors, elle vivra ? Oui, oui,
Foudres du ciel,
vastes océans,
tourbillons profonds,
lions de Gétulie,
brûlez-la,
noyez-la,
engloutissez-la,
dévorez-la.
Ne la blessez pas, non, ne loutragez pas !
arrachez-la au jour,
brûlez-la,
noyez-la,
engloutissez-la,
dévorez-la.
Rejetons de la terre,
qui maintenant revêtez de vert vos troncs et vos
rameaux,
ce vert
dont
je dépouille mon âme,
si vous déracinez vos pieds
pour accourir, rapides, et écouter
du Thrace
les
plaintes mélodieuses et les tristes chants,
convertissez en oreilles
vos feuilles innombrables,
et écoutez, je vous prie, écoutez
mes âpres et immenses douleurs.
Lenfer ne me refuse-t-il pas
lépouse désirée ?
un sein mieux aimé naccueille-t-il pas
ma belle inconstante ?
Ah, quen dites-vous, arbres ?
Ô dieu de la poésie,
le chagrin à ma douleur.
Colère guerrière, hardie,
piétine mon amour, piétine-le,
et éveille dans ma poitrine
un incendie tel que tombe,
réduite en poussière
lidole de celle-ci
qui mest devenue hostile, et que pourtant,
mon cur, qui ne mobéit plus, adore:
ah, cur, méchant cur,
hors de ma poitrine,
allez, dehors, sors ! quattends-tu ?
Ou bien, éteins ce feu dont tu brûles
encore.
Amour, retiens tes ailes,
écoute mes paroles:
cette fille ma trahi,
tu dois la châtier;
tu ris ? de mes malheurs,
cruel, tu tamuses ?
Va, tes ailes, le feu de la colère
peut les réduire en cendres;
que les tourbillons de soupirs, les pluies de larmes
des amants malheureux
éteignent ton flambeau,
et que la raison invincible
brise ton arc injuste, et infecte
tes flèches de la noire bave des Érinyes.
Ouvrez, ouvrez laccès
ô empires du désespoir, à un
désespéré;
toi, le batelier paresseux et voûté
de ce marécage,
fais aborder à ce rivage
la barque stygienne;
et fais-moi passer rapidement,
avec mon âme affligée, sur lautre
rive:
je veux déposer une réclamation
par-devant son seigneur, contre linjustice
que commet Amour, cet esprit inique.
Holà, cette barque est toute disjointe,
elle prend leau de toutes parts,
rame plus vite, que je ne coule pas;
nous avons quand même touché terre, adieu
Charon.
Combien dobjets horribles,
combien de formes je vois dans un affreux
mélange,
dans ces noirs séjours de la mort;
vous croyez me faire peur,
fantômes livides,
monstres prodigieux ?
Un fantôme, un monstrueux criminel
plus grand que vous, na pas réussi à
meffrayer.
Tantale ? tu prends le fruit qui téchappe,
tu recueilles de leau qui te fuit,
tu bois, que fais-tu ? ah, ah, pourquoi la recraches-tu
?
Je veux la goûter moi aussi, si le ciel
maide.
Tu as raison, elle est bien trop amère.
Oh, filles de Danaé,
homicides et mauvaises,
Cloris nest pas avec vous ?
Montrez-la moi,
dites-moi où elle est:
coupables dun même crime,
vous me la cachez en vain,
je la trouverai bien,
je veux la fouetter avec ces serpents
sans quelle éveille de pitié pour son
martyre
chez les Furies, surs maléfiques,
ses fidèles compagnes.
La voilà, la scélérate,
qui du creux récipient
que le destin vous a assigné,
et où elle sétait cachée, sort et
senfuit.
Fuis, fuis donc,
je suivrai tes pieds fugitifs
jusque dans les gueules du mâtin aboyeur.
La scène représente une cour dans le manoir
dHipparque
Hipparque, Cloris
Hipparque Cloris Hipparque Cloris Hipparque
Défais-toi de ta cruauté,
ô Cloris, belle Cloris;
tourne vers moi,
moins troubles et moins courroucés,
les astres jumeaux de tes yeux.
Non, tu nas pas été produite
de silex dur et insensible:
tu as tété les mamelles rudes et sauvages
des fauves tachetés dHyrcanie.
Oui, pour toi je suis née
des plus durs grès du Rhodope glacé.
Ton amour lascif,
tyran sanguinaire,
est bien inférieur à la haine que je te
porte.
Quelle merveille est-ce là ?
Des formes célestes renferment une âme venue de
labîme ?
Les anges sont cléments,
et pourtant, le ciel a décidé
quun ange moutrage et me tourmente;
si la beauté qui flamboie en toi
est un rayon, un éclat du visage de Jupiter,
pourquoi ne veux-tu pas imiter
la bonté de celui qui meut lunivers,
qui te donne ses ornements avec prodigalité ?
Cruelle, je te demande de l'amour en échange de mon
amour.
On verra plutôt dépourvu de venin
le serpent qui sinue en cercles tortueux
dans les déserts libyens,
avant que je me plie à tes désirs.
Moins horrible, certes, fut
dans les siècles passés,
la tête à chevelure de serpents, que ce que tu
es,
toi, objet monstrueux à mes yeux.
Ô paroles cruelles
nées de cette bouche
dont le baiser peut ressusciter les morts !
cest à tort que vous me tuez;
ah, de grâce, soyez moins farouches et plus
bienveillantes.
Clymène, Lydius, Cloris, Hipparque
Clymène Cloris Hipparque Lydius Cloris Hipparque Lydius Cloris
Réjouissez-vous avec moi, refuges aimés;
oiseaux, ne faites retentir
que de joyeuses harmonies:
Lydius me revient, et quitte Cloris !
«Lydius me revient, et quitte Cloris» ?
Est-ce là le corps privé de vie et
déchiré
de ton ennemi abhorré ?
Cest ainsi que tu as vengé les torts par nous
subis ?
Les morts respirent donc,
et ce sont là les trophées de ta colère
?
Va, tu es bien une femme !
Hipparque, ne donne plus accès
aux colères hostiles.
Je ne serai plus ton rival,
l'amour est revenu vers moi,
jai redonné mon cur à ma
fiancée.
Est-ce Lydius qui parle, ou un fantôme ?
De la jalousie et de lhonneur,
les morsures en moi sont guéries;
que les colères disparaissent,
que seffacent les offenses.
Les anciennes cicatrices du destin,
Cloris, L'Amour les a rouvertes;
ce fils inconstant,
léger et vagabond,
a emporté avec lui la passion
du cur à toi soumis;
ainsi, si je tabandonne,
ce nest pas moi qui suis inconstant:
linconstant est celui qui régit
la volonté des mortels
par une loi tyrannique.
Il suffit ! cest la scélérate coutume
des méchants
dexcuser leurs méfaits en incriminant le
destin;
que tes nouvelles douceurs
soient saupoudrées daconit;
au lieu des flambeaux
de lhyménée riant,
puissent brûler pour tes noces
les torches des Furies;
que ton lit soit préparé
par Tisiphone et Alecto;
comme tu mas trahie,
puisse celle-ci te trahir !
Terre, tu ne lengloutis pas ? Ô cieux, ô
dieux !
Clymène, Lydius, Cloris, Hipparque
Cinéas Clymène Hipparque Cinéas
Seigneur, ton hôte Égisthe
a lesprit tourneboulé;
il est devenu fou.
Tantôt, plein de fureur,
il parcourt la campagne;
tantôt il sarrête et fait des discours
aux souches, aux troncs, aux vents,
avec des accents divers et déplacés;
tantôt il se tait et regarde de travers
sans reconnaître ce quil regarde;
tantôt il gémit, tantôt il soupire,
tantôt il rit, et va chantant
des vers absurdes et déshonnêtes,
et parfois il prononce le nom de Cloris.
Par amour pour Cloris,
assurément, le malheureux est devenu fou.
Tu sais combien il laime,
puisque je tai raconté lhistoire
de ses cruelles et lugubres aventures.
Par Jupiter hospitalier !
La douleur de cette nouvelle
est aussi grande que la joie éprouvée
pour ton retour
si désiré, ô Clymène.
À cause de toi, je lui dois trop.
Le fou arrive.
Égisthe, Cloris, Hipparque,
Clymène
Égisthe Cloris Égisthe Lydius Hipparque Égisthe Cloris Clymène Hipparque Égisthe Lydius Cloris Égisthe Clymène Cloris Égisthe Hipparque Lydius Cloris Égisthe Cloris Hipparque Cloris Égisthe Cloris Hipparque Égisthe Lydius Hipparque
Rendez-moi Eurydice,
je suis Orphée,
qui ai traversé
votre rivière, plus malheureux
que toutes les ombres qui peuplent
les chemins du Styx.
Rendez-moi Eurydice !
Par amour de linconstance,
jai trahi le malheureux;
cest à cause de moi quil a perdu le
sens.
Maintenant que le monde est cul par dessus tête,
ô peuples de Dité,
je vous conseille de faire la guerre à Jupiter;
faites cercle, écoutez
des nouvelles de là-haut;
faites cercle, et ne tardez plus.
Approchons-nous de lui, et, par jeu,
secondons-le dans sa folie.
Il ne faut pas se moquer du malheur
dautrui.
Les étoiles se sont révoltées contre le
soleil,
elles ne veulent plus suivre
le premier mobile du levant au couchant
lair fait la guerre au feu, ligué avec
leau et avec la lune,
pour le chasser de son propre logis;
la fortune ne veut plus dépendre du ciel;
armez-vous, les Briarée,
les Encelade, les Typhon !
Allons, que traîne-t-on ? Tu en as menti,
en disant que je viens
découvrir les secrets de lOrque.
Dieux redoutables, je vous le proteste, je
déclare
que je suis le farouche ennemi de la
lumière
Quelle brûlante pitié
communique de la chaleur
à mon cur glacé !
Vois quels fruits amers,
Cloris, a produits ta cruauté !
Ami Égisthe, ainsi, un homme aussi sage
que toi divague ainsi ? Reviens en toi.
Jai pensé et repensé,
et à nouveau je repense,
jai décrété, et de
surcroît,
je décrète, ratifie et confirme...
Que je le dise ? je vais le dire,
que si je le tais, je suis mort:
tu es le bouc
aux
cornes dor.
Voilà une prédiction peu plaisante,
prophétisée pour mes noces par un
fou.
La pitié fait en moi resurgir et renaître
un amour inopportun.
Je suis Cupidon
qui par la terre
vais masqué;
je porte en mon il
larc doré,
je suis vermeil,
ne me voyez-vous pas ?
Pour me faire la cour,
femmes, accourez.
Oh Dieu, cest à ny pas croire !
Comme vous me faites rire !
Holà, fuyons, holà !
Il vient par ici...
Non, non, arrêtez-vous;
vous êtes vraiment stupides, ah ah ah ah !
Il a perdu la tête;
mais à tous les coups, nous deviendrons fous avec
lui.
Mon repentir ne te sert à rien,
ô Égisthe à nouveau
aimé.
Je vais vous raconter un malheur:
la Tromperie, en chemin,
rencontra la Bonne Foi,
qui fut dévalisée par lassassin;
celui-ci se recouvrit le corps
de lhabit dinnocence quil avait
dérobé,
et ainsi, pour beaucoup de gens, la Bonne Foi lui
ressemble.
Je vais vous en raconter un autre
qui sest passé dans la sphère
céleste:
le Lion de Némée
a été mordu par le Cancer;
avec ses rugissements,
il a fait tellement peur à son agresseur
que celui-ci, fuyant à reculons
a fait tomber les Gémeaux,
a flanqué par terre le Bélier et le
Taureau,
et est allé se cacher dans le Triangle
voisin.
Merveilleuses nouvelles.
Curieuses informations.
Plus je lécoute et le regarde,
plus je men veux de ma cruauté.
Ô Cloris, plus inconstante
que la roue qui fait tourner Ixion,
plus dure que le rocher de Sisyphe,
je tai aimée pour mon malheur.
Il revient en lui.
Ce sont
des étincelles de sa raison perdue.
Mon Égisthe !
Ah, je te reconnais ! jamais
je naurais cru aujourdhui
devoir rencontrer le Mensonge !
Compagnons imprudents, partons,
loin de cette criminelle,
fuyons bien vite, loin, loin delle.
Ah, il a une juste raison de me fuir.
Retenez-le, et quon le conduise
à la ville,
où un savant médecin
pourra le guérir de sa folie.
Doucement, que voulez-vous ?
Je nai pas dor qui puisse
étancher votre soif,
je ne suis pas paré de vêtements de soie; et
puis,
si jétais tout de pierres précieuses et
de pourpre,
vous me mettriez en morceaux.
Il essaye comme un furieux
de se libérer des mains qui le tiennent.
Entravez-le de telle sorte
que ses gesticulations insensées soient
inutiles.
La La Première Heure, Hipparque, Clymène,
Égisthe, Cloris, Lydius
La
Première Heure Hipparque Clymène Lydius Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Cloris Égisthe Hipparque Égisthe La
Première Heure Égisthe Cloris Cloris,
Égisthe Clymène,
Hipparque,
Lydius Hipparque Lydius Clymène Lydius Clymène Clymène,
Lydius
Voici:
que le précieux héritage de mon seigneur
se tourne pour redevenir sage
vers ce bâton,
du divin médecin, fils dApollon,
bâton autour duquel
le serpent enroulé
possède tant de puissance
quil peut même ravir ses proies à la
mort.
Une divinité vient à son secours ?
Cest un descendant du ciel.
Il revient à son sens premier.
Amis ? Hélas, que vois-je ?
Mon ennemie qui pleure à mon côté ?
Que signifient ces larmes ?
De l'amour.
De l'amour ?
Ce doit être pour Lydius.
Non, ma flamme renouvelée est pour toi.
Ah ! si tu ne mabuses point, je suis
heureux.
Regarde-moi, et tu verras
sur mon visage, si mon cur
pur et sincère, te dit la vérité.
Il est devenu pour toi un véritable Etna,
et, avant de plus jamais tabandonner,
il décrète et résout
de me réduire en poussière.
Ô espérances ressuscitées,
joies renaissantes, sort favorable !
Cloris est en mon pouvoir:
au nom de cette courtoisie
dont tu usas envers Clymène
pour la ramener dans sa patrie, je te la donne:
je ne mérite pas cette beauté immortelle;
toi, oui, qui peux te flatter dune origine
divine.
Un don dune telle valeur
annule toute obligation.
Je ne tarde plus, suivez-moi,
partons; ma tâche
est de vous conduire à Délos
par les routes du ciel.
Cet ordre impérieux nous arrache à vous;
belle Clymène, Hipparque...
Lydius...
...Adieu.
Allez à votre lit de noces,
que les dieux vous soient propices;
que les racines des malheurs
pour vous soient éradiquées; allez
heureux.
Fiancés réconciliés,
entrez, il est temps maintenant
que ton âme, ma sur,
se remette de ses chagrins.
Amants, espérez.
L'Amour est un enfant
on lattrape facilement,
et il finit par satisfaire qui soupire pour lui.
Amants, si vous croyez
que L'Amour est cruel, vous vous trompez,
vous faites erreur;
il en a lair, il ne lest pas,
de grâce, croyez-moi.
Il apporte en badinant
des angoisses éphémères,
un tourment passager,
et sa guerre finit toujours par la paix.
Sa noire tempête
multiplie les joies
et produit une claire lumière;
il semble cruel, il ne lest pas,
de grâce, croyez-moi.
Aimons, aimons !
qui ne suit pas les traces de Cupidon
ne peut éprouver ses rares, ses immenses
délices.
Aimons, aimons !
La scène représente une partie
forestière, une partie maritime
Deuxième, troisième, quatrième
Heures
Deuxième
Heure Troisième
Heure Quatrième
Heure Deuxième
Heure Troisième
et Quatrième
Heures Troisième
Heure Deuxième
et Quatrième
Heures Quatrième
Heure Deuxième
et Troisième
Heures
Descendons ici, descendons,
cest lendroit où
nous devons attendre,
suivant les ordres du Soleil,
Eunomia, et son descendant.
Elle exhalera du venin,
la déesse de La Beauté,
quand elle apprendra
que Cloris est devenue
lamante et lépouse de notre
Égisthe.
Douces surs, pendant
que nous attendons ici larrivée du
héros,
dénouons nos langues pour chanter.
Nous sommes nées
avec le jour;
oui, chantons:
le jour
retournera
à ce néant dont il est issu:
tout doit périr:
le feu, la neige,
tout ce que le destin
a créé,
et périront aussi
le fil de notre vie, et notre fleur.
Nous sommes nées
avec le jour;
oui, chantons:
le jour
retournera
à ce néant dont il est issu.
La Beauté est
un bref éclair;
on la décrie
quand elle perd
sa verdeur,
sa beauté et son beau temps.
Jeune fille,
tant que ton visage
beau et bien fait
attire
ton Adonis,
prends du bon temps avec ton doux ami.
La Beauté est
un bref éclair;
on la décrie
quand elle perd
sa verdeur,
sa beauté et son beau temps.
Dintelligence,
il manque ici-bas,
celui qui donne abri,
dans son cur, à toute heure,
aux douleurs,
aux rancurs;
que la joie
reste avec vous,
ô mortels;
nous avons des ailes,
et quand nous nous envolons,
vous nêtes que givre aux rayons du
soleil;
Dintelligence,
il manque ici-bas,
celui qui donne abri,
dans son cur, à toute heure,
aux douleurs,
aux rancurs.
La La Première Heure, Égisthe, Cloris, les
deuxième, troisième et quatrième
Heures
Égisthe La
Première Heure Cloris,
Égisthe Égisthe Deuxième
et Troisième
Heures Égisthe Première
et
Quatrième Heures
Haut
de page
Ô lheureuse folie,
dans laquelle, avec les armes de la pitié,
L'Amour
ta vaincue, ma belle, à mon profit.
Ô bienheureux ! vous serez transportés
de Zacynthe à Délos
sur le char qui sélève,
par des compagnes aériennes.
Je tembrasse, je te savoure,
je te serre, je tétreins.
Que plus jamais L'Amour
ne me sépare de toi,
ne te sépare de moi.
Pour retourner dans notre patrie
avec toi, Cloris, mon cur,
ces heures me semblent des siècles.
Que les routes de léther
joyeuses, silluminent,
joyeuses, flamboient
de rayons plus brillants.
La jouissance est plus grande
quand on a souffert de longues peines;
allons, mon espoir,
triomphant de la colère divine,
sur les chars volants.
Que les routes de léther
joyeuses, silluminent,
joyeuses, flamboient
de rayons plus brillants.
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