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Giuseppe Fidelli detto Saggione, Venitien
IIme
Recueil
d'Airs
François
dans le goût Italien
Serieux
& à Boire
à I, II, & III voix
dediez à Son Altesse Madame la Duchesse de Bouillon,
Douairiere
1730

Amis que
quittons point la table, Buvons
à l'Angloise,
A ce jus delectacle,
Mêlons nos autres biens.
Aimons, jasons à la Françoise,
Et chantons en Italiens.
En vain
pour de brillans appas
Ma tendresse est extrême,
La beauté dont le suis les pas
Ignore que je l'aime.
Mes yeux ne le disent-ils pas,
Le dirai-je moi-même.
L'Amour
& la Raison
Combatetnt dans mon ame,
Et dans leur different
Ils ne s'accordent pas.
L'un dit qu'il faut aimer et l'autre éteint sa
flâme,
Ainsi ce que l'un veut, l'autre ne le veut pas.
Quand
Blaise a dans sa Cave un tonneau de bon vin,
Plus il voit qu'on en boit, plus il est ravi d'aise.
La femme à Blaise est belle, elel a l'oeil tendre
& fin,
Mais Blaise ne rit pas quand il voit qu'on la
baise.
De la
Déesse de Cythere,
Vous possedez tous les attraits.
Du Dieu dont elle fut la Mere,
Je porte en mon coeur tous les traits.
Moi pour aimer, & vous pour plaire
Qui nous egalera jamais.
Un jaloux
n'est jamais content
Dans son triste menage.
Car il croit voir à tout moment
Quelqu'un faire son ouvrage.
Je me ris
de la vaine gloire Bachus
m'enchante,
Que l'on cherche dans les combats,
Je mets la miene à bien boire,
Je ne veux triompher que dans les bons repas.
Sa Liqueur charmante,
Prolonge mes jours
Et Mars les rendrois plus cours.
Si tu veux
que je boive, ami, Ni l'Amour
ni Bachus n'en seront point jaloux,
Buvons à celel que j'adore,
Je n'y sçaurois boire à demi,
Verse moi tout plein, verse encore.
S'ils avoient celle que j'aime,
L'Amour y boiroit comme nous,
Et Bachus l'aimeroit de même.
Du plaisir
d'un amour nouvelle,
Plus d'un Berger est enchanté,
Mais qui va comme vous toûjours de belle en belle,
J'ignore les plaisirs d'un coeur tendre & fidele
Qui les connois n'est point tenté.
On dit par
tout Philis que je vous aime.
Mais ce qui fait que mon mal est extrême
C'est que de vous on n'en dit pas de même.
Robin
disoit à Lisette Il arriva
que Lisette Le
lendemain sur l'herbette,
Viens avec moi sous l'Ormeau,
Laisse la ta quenoüillette
Pour prendre mon chalumeau.
Et la folette le trouvant beau,
Dit je ne veux plus de ma quenoüillette,
J'aime mieux jouer de ton chalumeau.
Démonta le chalumeau,
Robin pût le mettre
Sitôt au même niveau.
Or la folette dit aussitôt
Laisse moi reprendre ma quenoüillette,
A demain raporte ton Chalumeau.
Saisi d'un transport nouveau,
Robin presente à Lisette
Un si ferme chalumeau.
Que la folette crie aussitôt
Ah Robin c'est fait de ma quenoüillette,
Si toujours de même est tonchalumeau.
Un amant a
tort de croire
Que le merite seul doive le rendre heureux.
Tous les suffrages de la Gloire
N'engagent pas l'Amour à répondre à nos
voeux.
Le seul
nom de l'Amour m'étonne,
Ce Dieu n'a plus pour moi d'attraits.
Mon coeur ne cherche que la paix,
C'est la liberté qui la donne.
Le Soleil
est allez se reposer et boire,
Je n'ai point de lanterne, il est nuit toute noire
Et je ne sai comment retrouver mon chemin.
Cher Ami, voulez vous me croire,
Reston ici jusqu'à demain,
Buvons tant que l'Aurore
Nous retrouve encore le verre à la main.
L'hyver
depoüille nos boccages Mais
gardons nous Amis d'en répandre des pleurs.
Et fait cesser les doux chants des Oyseaux,
Nos Bergeres sous les Ormeaux
Ne dansent plus dans nos Villages.
Bachus par le vin qu'il nous donne
Doit nous venger de ces malheurs.
Pourroit-on regretter des feüilles et des fleurs,
Quand la vendange est bonne.
La Fievre
sur mon corps exerçant les rigueurs, Si je suis
forcé de le croire,
L'impitoïable medecine
A fait remplir d'eau ma chopine,
Et pretend que le vin augmente mes douleurs.
Grands Dieux secourez moi dans cette extremité,
Rendés le vin meilleur pour la santé
Ou l'Eau plus agreable à boire.
Dieux
qu'une femme est aimable,
Quand elle a le verre à la main.
Son humeur est plus traittable,
Son esprit est plus humain.
Voulez vous savoir
La route de son coeur,
Faites luy boire
Une goutte de cette aimable Liqueurs.
Vous buvez
goute à goute,
Et moi je bois tout plein.
Jamais le vin ne me dégoute,
Quand il est bon, j'en bois sans fin.
Ne puis je
vous voir qu'un moment
Toujours en compagnie ?
Moi qui vous aime tendrement
Je l'avoüerai Silvie,
Et plus que ne fairoit un Amant,
Jugez, si je m'ennuye,
Ou faites cesser mon tourment
Ou craignez pour ma vie.
Quand je
veux boire avec ma maitresse
Je me fais servir par Cupidon
Et j'ai toujours la sagesse
De renvoyer la raison.
La raison
& l'Amour
Se disputoient un jour,
L'Empire de mon ame.
Bacchus finit la guerre avec un rouge bord
Il remplit mon coeur de sa flâme
Et les chassant tous deux ce Dieu les mis
d'accords.
Je ne
ressemble point a ces foibles Esprits,
Qui bientôt de livres comme ils sont bientôt
pris
En leur fidelité n'ont rien que le langage,
Toutte sorte d'objets les touche également,
Quand a moi je dispute avant que je m'engage,
Mais quand je l'ay promis, j'aime
éternellement.
Dans
nôtre Village
Chacun vit content,
Les Bergers chantant
Apres la fin de leurs Ouvrages,
Le reste du jour
Vont faire l'Amour.
