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Monsieur Roger, Ordinaire de la Musique du Roy
Airs Nouveaux Serieux & à Boire
Livre I, 1709
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Je
n'avois pas ôsé jusques à present mettre
mes airs au jour, mais en ayant trouvé qui couroient
remplis de fautes, jusque dans les livres des mois, que
l'imprimeur n'avoit pas eu fidellement, j'ai cru que le
public, qui malgré cela en a paru assés
content, ne desaprouveroit pas la correcte impression que
j'en donne aujourd'hui. J'ai jugé a propos de ne
mettre qu'un certain nombre d'Airs dans chaque livre, que je
donnerai tous les six mois, afin qu'on ait plus souvent de
la nouveauté. Si on les trouve de bon goût,
j'espere que dans la suitte on ne les trouvera pas moins
agreables.
Chantez
doux Rossignols, reprenés vos ramages, L'Ingrate
Iris dont je suis amoureux
Annoncés l'Amour par vos plus tendres chants
Le retour du Printemps,
Et la verdure des boccages.
Fait ses plaisirs de vous entendre,
Si son coeur en devient plus sensible & plus tendre,
Rossignols ne chantés que pour me rendre
heureux.
Rien n'est
tranquille dans la vie Fuyons
l'amoureux esclavage,
Mille chagrins accompagnent nos jours,
C'en est fait, je renonce à l'amour de Silvie
Mes tourments sont trop longs, & mes plaisirs trop
courts.
Cherchons ailleurs un plus heureux destin;
Confinons-nous dans l'hermitage,
C'est la source du bon vin.
Quand je
vous vois adorable Silvie
Je vois l'Amour avec tous ses attraits.
Dés qu'une fois un coeur est blessé de vos
traits,
Il n'en sçauroit guerir le reste de sa
vie.
On n'aime
point autant que je vous aime.
Je vous le dis croiés en mon amour.
Mon coeur s'exprime ainsi tous les moments du jour,
Que je serois heureux si vous m'aimiés de même
!
Le cabaret
est ma boussole, Sans cesse
la folette
Dés que je m'eveille je vole
Ou chés D'arlu, ou Chés D'arboulin,
Pour me delivrer de ma Catin.
Veut qu'avec elle sur l'herbette
Je me fasse un heurex destin,
Fy de l'amour, cherchons le vin.
Une maitresse me desole,
Le cabaret est ma boussole.
C'est pour
vous seuls petits oyseaux,
Que le Printemps a des charmes;
Parmi vos tendres coeurs l'Amour est sans allarmes,
Vous goutés ses plaisirs sans ressentir ses
maux.
En fin
degagé de ma chaine Malgré
l'Amour & tous vos charmes
Je me revois en liberté,
Non, je ne connois plus la peine
Que cause une infidelité.
Iris, pour me venger de vous
Je pretens boire autant de coups
Que mes yeux ont versé de larmes.
C'est trop
que d'estre belle & sage, Si la
sagesse
Ce rare assemblage
Philis vous nuit plus qu'il ne sert.
Et la tendresse
Ne sont de concert,
Beauté se passe,
Vertu se lasse,
Tout s'enfuit ou se perd.
Un chien
qui vous aime a la rage
Me mordant l'autre jour
Me donna sa rage d'amour.
Pour me guerir je nage
Dans une mer de vin;
Mais j'ai beau me plonger dans ce jus tout Divin,
Je vous en aime davantage.
Resvant
& vous Iris, & j'y resve toujours,
Je disois soupirant le long d'une prairie.
Beaux lieux que la nature a faits pour les amours
Ne me servirés vous que pour la resverie ?
J'aime le
vin, & je suis amoureux, Philis
rebute ma tendresse,
J'aurois voulu trouver dequoi me satisfaire,
A mes desirs tout est contraire,
Ne suis-je pas bien mal'heureux ?
Bacus m'abandonne aujourd'hui,
Le vin m'eût consolé d'une ingratte
maistresse;
Mais par mal'heur je n'en ay plus qu'un muid.
Je sers
également & l'amour & la treille.
Quand je baise Catin sur sa levre vermeille
J'adore la couleur du vin.
Et lorsque par son jus Divin
Cette liqueur me reveille,
Je crois que des yeux de Catin
Le feu coule dans ma bouteille.
Dés
la matin pour égayer mon coeur, Je ris je
bois tout le reste du jour,
Je cours a ma bouteille,
Et quand je verse sa liqueur
Le plaisir que je sens aussitôt me
reveille.
Tout me plait, rien ne m'importune,
Et je soutiens qu'il n'est point en amour
Pour les plus tendres coeurs de meilleure
fortune.
Buvons,
aimons tour à tour,
Unissons ces plaisirs sans cesse.
Quand le vin precede l'Amour
On en goûte mieux la tendresse.
Source de
tous plaisirs, bouteille incomparable, Source de
tous les plaisirs, &c. Le repas
le plus delectable Source de
tous les plaisirs, &c. Que ne te
vois-je inepuisable ! Source de
tous les plaisirs, &c.
Ne te vide jamais sans moy.
Tu fais les delices de table,
Et je ne puis vivre sans toy.
Tu rends Iris la plus aimable
Qui soit sous l'amoureuse loy.
Est languissant si je ne boi.
Je serois plus content qu'un Roi.
