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Jean-Baptiste Bousset
Airs
nouveaux sérieux & à boire,
Livre
XXI
dediez à Madame
la Duchesse
de Bourgogne
1725

Madame, Les
Airs que je prens la liberté de vous presenter, sont
les fruits d'une Muse qui a toujours consacré ses
travaux aux amusemens de nos plus grandes Princesses. C'est
aussi sur leur goût qu'elle s'est formée, &
elle doit a leur suffrage la reputation dont elle jouit
depuis longtemps. Tosu ces honneurs, loin d'avoir
borné vos voeux, ne l'on renduë que plus avide
de gloire: mais enfin elle pourroit aujourd'huy en atteindre
le faiste, si elle trouvoit aupres de Vous, Madame, un acces
favorable. Je n'ay rien épargné pour rendre
mes veilles dignes de cette grace, & pour distinguer au
gré de mon zele l'hommage que je dois avec toute la
France, aux rares vertus dont Vous venez l'enrichir. Je suis
avec le plus profond respect, Madame, Votre
tres humble & tres obeissant & tres soumis
Serviteur,
J.B.
De Bousset
Facheux
devoir a qui j'immole
Mes plus tendres desirs,
Que m'offre tu qui me console
De la perte des plaisirs:
Tircis m'aimoit j'avois l'ame ravie
Tu viens troubler un bonheur si parfait,
Ce tendre Amour je te le sacrifie
Je t'obeis, j'en perds la vie,
Facheux devoir, n'es tu pas satisfait.
Quand
l'Amour entreprit de captiver mon coeur,
Je me soumis aux loix qu'il voulut me prescrire,
Lorsque Baccus m'offrit sa charmante liqueur,
Il me vit a l'instant passer sous son empire:
Heureux qui dans tous ses desirs
Suit de ces Dieux la loy supreme.
Les deviser c'est se trahir soy même,
Qui sçait les reunir reunit les plaisirs.
Je
n'estois occupé que de ma Bergerie
Quand un Astre fatal m'entrainant l'autre jour,
Je vis la jeune Iris danser dans la prairie,
Avec les graces & l'Amour:
Surpris a l'aspect de ses charmes
J'oubliay mes moutons errans,
Et depuis cet instant de Secrettes allarmes,
Me les rendent indifferens.
Ce jus a
meury pour ta gloire
Il releve Philis l'éclat de ta beauté
Et l'Amour par tes mains en me versant a boire
Vient de ravir ma liberté:
Dans nos plaisirs & dans nos fers
Tu l'emportes cent fois sur l'Amante de Mars
Et tes yeux sur nos coeurs sont autant de conquestes
Que tu nous lancent de regards.
Tout me
dit qu'il est inconstant Il ne
vient point ! quel soin l'arreste ? Aux bords
de ces rives fleuries, Daphnis,
d'une course legere, Viens,
cruel, reprens la malete Mais de sa
touchante musette
Le beau Berger que j'aime tant
Dans ce boccage avant l'Aurore
Il me prevenoit chaque jour,
Tout me parloit de son amour
Jusqu'aux fleurs qui venoient d'éclore,
En vain je l'attens a mon tour
L'Ingrat ne paroit point encore.
Que luy peut il estre arrivé ?
Le soleil est déja levé,
L'air est calme un beau jour s'apreste,
Helas ! n'est il point captivé
Par une nouvelle conqueste !
Tout me dit, &c.
Son troupeau s'unissoit au mien
Mesme houlette & même Chien
Conduisoient nos Brebis cheries:
Je cherche & ne decouvre rien
Qui n'aigrisse mes resveries.
Tout me dit, &c.
Suit aux champs la fiere Cloris;
Licaste offre a la jeune Iris
Une guirlande de fougere
Et l'indifference est le prix
Que reçoit mon ardeur sincere.
Tout me dit, &c.
Que je reçus avec tes voeux;
Rens moy la tresse de cheveux
Dont ma main orna ta houlette
Change apres puisque tu le veux
Ne crois pas que je te regrette
Sois parjure, ingrat, inconstant,
Volage amant que j'aimois tant.
J'entens je reconnois les sons
Dissipez vous jaloux soupçons
Tircis n'adore que Lizette
Il le redit dans ces chansons
J'en crois Echo qui le repete
Il est amoureux & constant
Le Beau Berger que j'aime tant.
Amis le
bonheur de la vie L'Amour
par ses discours frivoles Volez
esclaves de la Fortune La Cour
etale des richesses Toi qui
pour vivre dans l'histoire Plus a mon
loisir j'examine
Ne peut se trouver qu'en buvant:
De toute autre philosophie
Autant en emporte le vent.
Ne nous seduit que trop souvent:
Mais fiez vous a ses paroles
Autant en emporte le vent.
Servez la jusques au levant
Courez l'un & l'autre Neptune
Autant, &c.
Et des honneurs quelle servent [suivent ?)
Fou qui se fie a ses promesses
Autant, &c.
Cherche la mort, Cours au devant
Je te plains, car de cette gloire,
Autant, &c.
Les Sistemes de ce Sçavant
Plus je vois que sa doctrine
Autant en emporte le vent.
Lorsque
cedant aux trais de Cupidon,
Vous accordez ce coeur a ma flame parfaite:
J'ose le dire Iris, ce n'est pas faire un don
C'est vous aquitter d'une dette.
Depuis
qu'ayant quitté sa mere
L'Amour s'est logé dans vos yeux:
C'est a bon droit Iris que l'Enfant de Cythere
Compte pour son Empire & la terre & les
Cieux.
Donnerez
vous toujours de l'Amour sans en prendre
Se peut-il qu'a vos voeux vôtre coeur soit
fermé:
Eprouvez belle Iris prenant un coeur plus tendre,
Quel est le plus doux d'aimer que d'être
aimé.
Gregoire
& son valet
S'accordent bien ensemble,
Ils ont quand Baccus les rassemble,
Même table & même buffet:
Un débat vers le soir seulement les
déroute,
Le Maitre veut la nuit du vin a son chevet
Et jamais le maudit valet
Ne dort tandis qu'au pot il en reste une goute.
Iris est
insensible a mon sort rigoureux
Et loin que ma plainte la touche
Elle voudroit que j'eusse un bandeau sur la bouche.
Ah ? que plus tot, quand je vins dans ces lieux,
N'ay je eu comme l'amour un bandeau sur les yeux.
Helas,
foible raison qu'estes vous devenue
Je me flattois en vain que par vostre pouvoir
Mon ame de l'Amour se seroit deffendue
Iris d'un seul regard m'a ravy cet espoir;
Un feu livre mon ame aux plus vives ardeurs,
Je ne cherche qu'Iris, & j'expire a sa vue
Vous qui m'abandonnez dans ces tristes langueurs,
Helas ! foible raison qu'estes vous devenue ?
Quel
ennemy dans ces lieux nous menace !
C'est l'Amour, vainement vous voulez le celer,
Iris, vos trais ne font que le voiler,
Amis redoutons son audace,
Combattons qu'aujourd'huy Bacchus soit son Vainqueur
Mais non pour luy je vous demande grace;
L'Enfant rusé s'est sauvé dans mon
coeur.
Helas pour
n'aimer plus Silvie
Mon coeur en est il plus heureux,
Je n'aime plus & ne puis sans envie
Voir que d'un autre Amant elle écoute les voeux:
Sans amour, inquiet, je ressens la foiblesse
Sans éprouver d'amour les charmantes douceurs,
Dieux ! ou rendez moy ma tendresse
Ou m'épargnés ces jalouses fureurs.
Le Dieu
qui sçait nous enflamer
Vous a sans doute appris a plaire.
Philis de ce Dieu tutelaire
Daignez apprendre encor comment il faut aymer.
Baccus si
j'ay toujours vecu sous ton empire
A tous mes conviez dispense tes faveurs:
Et par ton jus divin fais couler dans leurs coeurs
L'allegresse qu'icy leur presence m'inspire.
Que mon
bonheur belle Iris est extreme
Quand ton amour m'invitte a gouter de ce vin
Non, les Dieux n'ont point un plus heureux destin:
Et je boiroy sans fin de ce Nectar supreme
Puisqu'a chaque coups que je bois
Je sens croitre en mon coeur ma tendresse pour
toy.
Belle
Philis a qui l'on vante On le
peint doux & débonnaire C'est un
Dieu plein de complaisance Didon
s'enflamma pour Enée A ce Dieu
lorsque l'on est sage
Amour & tout ce qui le suit.
Voulez vous en estre contente
Ne croyez pas tout ce qu'on vous en dit.
Patient docile & sans bruit
On le peint fidele & sincere
Ne croyez pas tout ce qu'on vous en dit.
Mais qui sçait petit a petit:
Nous mener plus loin qu'on ne pense
Quand nous croyons tout ce qu'on nous en dit.
L'Amour aisément l'asservit.
Mais quelle fut sa destinée
Pour avoir crû tout ce que l'on en dit.
On peut donner quelque credit:
Mais pour en faire un bon usage
Ne croyez pas tout ce qu'on vous en dit.
Cupidon si
fier & si vain Vous qui
dans vos vives ardeurs
Doit le ceder au Dieu du vin,
Luy seul sur tout ce qui respire
A droit détendre son Empire:
Et quand d'un coeur Baccus chasse l'Amour
Jamais ce Dieu ne l'en chasse a son tour.
D'Amour éprouvez les rigueurs
Buvez tous: sensibles a vos peines
Bachus sçaura briser vos chaines:
Et quand d'un coeur il a chassé l'Amour
Jamais ce Dieu ne l'en chasse a son tour.
Lorsque
l'Amour eut embrassé mon coeur,
Je n'eprouvay d'abort que crainte & que langueur,
Toujours plongé dans la tristesse
Par de frequens soupirs j'exprimerois ma tendresse:
J'ay pris du vin.
Quel changement tout à coup je devins
Audacieux Amant, et ne puis en Amour inconstant ou
fidelle,
Je sçûs vaincre ou braver les froideurs d'une
belle
Et depuis en amour inconstant ou fidelle,
Je sçûs vaincre ou braver les froideurs d'une
belle.
Amour, de
quelle douce yvresse
Philis vient de charmer mes sens,
Aujourd'huy mon bonheur egale ma tendresse,
Amour toy seul vois tout ce que je sens:
Dans le transport dont mon ame est ravie,
Dieux ! epargnez un trop heureux amant,
Pour gouter ce plaisir charmant,
Helas ! c'est trop peu d'une vie.
Grégoire
! Hé
bien Gregoire hola ho qui m'apelle ? Ah pauvre
infortuné votre femme Isabelle Ma femme,
dites vous, Ciel ! qui pourroit le croire ? [Ensemble] Au
secours, venez donc promptement, Au
secours, courez vite, je vous suis promptement
Ne puis je au cabaret vivre tranquillement !
Peut être expire en ce moment:
Ciel qui pourroit le croire.
Il ne me reste plus que deux flacons a boire.
Lorsque
passant les Mers, l'Aquilon furieux
Roule ses tourbillons & desole ces lieux,
Amis courez au vin dans le froid qui vous glace,
C'est en vain qu'au foyer vous cherchez une place,
Sans Bacchus les frissons ne vous quitteront pas:
Un buveur transporté dans les plus froids
climats,
S'il peut d'un vin exquis remplir toujours sa tasse
Bravera mieux que vous la Saison des frimats.
Sur nos
Musettes, marquons ce que sentent nos coeurs,
Petit Air en Musette, à deux [Air de M. De
Bousset le Fils]
Que nos Houlettes s'ornent de mille fleurs.
Que cet heureux Vallon cette belle retraite
Retentisse du nom de la Bergere Anette.
Ô Dieux ! c'est un Astre nouveau
Qui vient éclairer ce hameau.
Si je
cheris l'Amour & le Dieu qui fait boire
Inconstant a propos je suis, on peut m'en croire
Toujours Maitre de mon destin.
Le combat est pour eux car sur mon coeur enfin
Tous deux sans l'obtenir disputent la victoire.
Un doux
printems nous donne ses richesses,
La jeune Flore y mesle ses largesses,
Les Soupirs des Zephirs
Comblent ses desirs:
Mais Flore en vain joüit de leurs caresses, belle
Iris
Vous emportez le prix,
Et souveraine des beaux jours
Si Flore a les Zephirs
Vous avez les Amours.
