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Jean-Baptiste Bousset, Maître de Musique du Roy
Airs
nouveaux sérieux & à boire,
Livre
XX
dediez à Monseigneur
le Duc d'Orleans
1723

Monseigneur, Quand
une fois on a eu l'honneur de vous rendre ses hommages, peut
on jamais les porter ailleurs, & ou trouveroit-on un
Prince qui en fut aussi digne par ses grandes
qualités & qui les reçut avec autant de
bonté ? Je suis avec un profond respect Monseigneur, Votre
tres humble & tres obeissant & tres soumis
Serviteur,
De
Votre
Altesse
Royale
J.B.
De Bousset
Ruisseaux
vous murmurez, auriez vous donc apris
Les chagrins que me cause Iris
Ou promenant votre Onde en cette Solitude
Trouvez vous dans les fleurs la même ingratitude:
Qu'un sort bien different preside a nos amours,
Ah ? vous pouvez coulant de détours en
détours
Porter a d'autres fleurs un plus heureux hommage
Mais la volage Iris ne fait point de volage.
J'ay
preferé toujours a l'Enfant de Cythere
Le Dieu qui vient remplir mon verre,
Pour en user ainsi j'ay de justes raisons:
J'ayme un amy constant, l'Amour est un Volage
L'Ingrat nous quitte apres le printems de notre age,
Mais Bachus est un Dieu de toutes les Saisons.
Que la
volage Iris a sur moy de puissance,
Je veux la fuir mais je ne puis quitter
Ces Jardins que souvent elle vient habiter:
Et quand j'évite sa presence
Les fleurs eclosent sous ses pas,
Me rapellent l'Ingrate avec ses apas.
Que la
Paix regne encore ou que l'on courre aux armes,
Que l'affreux Aquilon ameine les hivers
Ou qu'un Soleil brulant enflame l'Univers,
Grace a Baccus je n'en prens point d'allarmes:
Dans ma cave a l'abry des feux & des glaçons,
Je bois et ne connois ny guerre ny Saisons.
Le Dieu
qui de l'Olimpe est le plus redoutable
Partage entre nous seuls ses titres glorieux:
L'Amour est dans mon coeur le plus puissant des Dieux,
Et dans vos yeux Iris il est le plus aymable.
Que d'un
Buveur la vie est agreable,
Point d'ambition, point de soins,
Une chaise un verre une table,
Ce jus charmant voila tout ses besoins:
Philosophes ? pourquoy lisez-vous tant de pages,
Pour aprendre a braver les biens & les plaisirs,
Si le Sage est celuy qui borne ses desirs
Soyés buveurs vous serez bientôt
sages.
Quel feu
vient sécher mon palais,
Vite du vin remplis mon verre,
Verse encor quel est ce mistere ?
Je brule plusque jamais:
Ah ? de ce feu que la cause est aymable
Au larçin que j'ay fait sur ta bouche adorable,
Belle Iris il doit son ardeur,
Baccus envain je te reclame, tu ne peux eteindre la
flame
Que ce baiser fait passer dans mon coeur.
Il sied
bien aux belles Oüy
c'est trop attendre La prude
farouche Elize
édentée, En vain
deux Déesses C'est dans
le bel Age
D'être un peu rebelles
Aux voeux des Amans:
Mais votre prudence
Doit borner le tems de l'indifference.
Iris a vous rendre
Au Dieu des Amours:
Tandis qu'on hezite
Le tems fait son cours
Et l'Amour nous quitte.
Voit d'un regard louche
L'Amour sur vos pas:
Triste d'être sage,
Et de n'avoir pas
Du moins un volage.
Toute dépitée
Pleure ses beaux jours:
Coquette Elimée
Du feu des Amours
Na que la fumée.
Flatoient de promesses
Le Berger Paris:
Venus leur cadette
Avec un Souris
Eut pomme & houlette.
Qu'il faut faire usage
De tous vos attrais:
Cent ans de Vieillesse
Vaudront il jamais
Un jour de jeunesse.
Dieu du
vin De mon
coeur
Qui t'aime joüit d'un heureux destin
Le chagrin
N'habite point dans son sein.
Fortune fait des jaloux
Pour moy je ris de tes coups,
Toujours égal tu me verras buvant
Et chantant.
Le tendre amour quelque fois est vainqueur,
Son ardeur
Peut amuser un buveur:
Mais si la volage Iris
N'a pour moy que des mépris
Je m'en console aussitôt en buvant
Et chantant.
Dieu du vin, &c.
De la
Déesse de Cythere
Vous possedez tous les attrais,
Du Dieu dont elle fut la mere,
Je porte en mon coeur tous les traits:
Moy pour aymer & vous pour plaire
Qui nous égalera jamais.
Vous
m'aymez dites vous
Ah ! vôtre coeur volage
N'est point sensible a mes soins empressez:
Vous pouvez m'aimer davantage
Vous ne m'aimez pas assez.
En resvant
l'autre jour dans les bras de Morphée Quelque
bruit dissipa ce Songe ambitieux,
Je pensay que Plutus méprisant ses tresors
Me cedoit son Palais avec ses coffres forts
Et que tous les mortels m'élevoient un
trophée.
Mais me retrouvant sous ma treille,
Avec mon verre & ma bouteille
Je bénis mon réveil & me crûs plus
heureux.
L'Amour
étoit pourveu de plaisirs & de peines
Ce Dieu portoit également
Et des Couronnes & des chaines
Et sçavoit adoucir le plus cruel tourment:
Ce tems n'est plus, Iris a changé cêt
usage,
Depuis qu'Amour s'est rangé sous ses loix,
Perdant la moitié de ses droits,
Les Soupirs sans espoir lui restent en partage.
Lucas avec
Simon s'enyvrant dans un coin
Aperçût d'un peu loin
Sa menagere assise sur l'herbette
Qui du Collecteur Blaise écoutoit la fleurette;
Simon en badinoit lorsqu'il vit sous l'ormeau
Comere Simone seulette
Qui prés d'un Magister oublioit son fuseau:
Il voulut se lever; Maitre Lucas plus sage,
Pour Sauver luy dit il ton honneur & le mian
Feignons de ne pas voir tout ce bel étalage
Ou morgué buvons tant que je n'en voyons
rian.
Belle
comme Venus, dans ces heureux bocages
L'on voie a l'envy les mortels
Vous rendre les mèmes hommages,
Mille coeur enflamez brulent sur vos Autels:
Mais insensible a leurs ardeurs fideles
Votre coeur leur refuse un trop juste retour,
Quand on a les Dieux pour modeles
Est ce avec des mépris qu'on doit payer
l'Amour.
Quand j'ay
bû je vous dis cent fois que je vous aime,
Et l'Amour force sa prison
Aminte faites moy raison
Pourquoy contre Baccus cette rigueur extrême:
Craignez vous donc que ce Dieu peu discret
Ne ravisse vostre secret
Vaine erreur qui vient vous surprendre
Si vous m'aymez l'Amour suffit pour me
l'aprendre.
Baccus
fixe mon choix, L'Amour
& ses plaisirs Aux
ardeurs d'un Amant Telle aux
voeux d'un Amant Que dans
les champs de Mars L'avare
plaint d'argent Vous
autres beaux esprits Pour
donner du caquet
Par sa douce ambrosie,
A vivre sous ses loix
La raison me convie:
Et le rend a mes yeux
Le plus puissant des Dieux.
Dépendent du Caprice
Baccus a nos desirs
Se rend toujours propice:
Il est de tous les Dieux
Le plus cher a mes yeux.
Baccus n'est point contraire,
Ce Dieu rend seulement
Sa chaine plus legere:
Et Baccus a ses yeux
Est le plus doux des Dieux.
Refuse sa Tendresse
Qui l'acorde aisément
Lorsque Baccus l'en presse:
Et toujours ce Dieu sçut
Mettre un Amant au but.
L'homme court a la gloire
A l'abry des hazards
Philis me verse a boire:
Baccus est a nos yeux
Le plus brave des Dieux.
Et le cache sous terre,
Mon bien est évident
Et brille dans mon verre:
Baccus est a mes yeux
Le plus riche des Dieux.
Votre science est vaine,
Si vous n'avez apris
A boire a tasse pleine:
Baccus plus qu'Apollon
Flattoit Anachreon.
A leur fine Sagesse
Il fallut un banquet
Aux Sages de la Grece:
Baccus fut a leurs yeux
Le plus Sage des Dieux.
J'ay
passé de Cythere en Bourgogne
Je rajeunis dans ce charmant Sejour:
Cher Baccus je suis un jeune yvrogne
Je vieillissois tous les jours chez l'Amour.
Beauté
qu'Amour sous ses loix
Sur tes dédains je ne prens point le change:
Cadedis je sçay que ton coeur
Qu'Amour pour moy vivement presse
Sous un atome de rigueur
Me cache un monde de tendresse.
Que je
plains un Amant dont la vive tendresse
Pour triompher d'un coeur s'inquiette, s'empresse
Et de quelques dédains ne peut souffrir le cours:
Pour moy dans mon Amour j'ay moins d'impatience
Je me livre aux douceurs que donne l'esperance
Et j'attends en buvant la faveur des Amours.
La fiere
Iris a comblé mon espoir
Assis prés d'elle sur ces rives
De ses jeunes attraits je vantois le pouvoir.
La belle m'écoutoit;
Les couleurs les plus vives exprimoient
Sur son teint le trouble de son coeur
L'Amour servoit mes feux prés de cette rebelle,
Mais pour achever mon bonheur
Il manquoit un soupir, l'Amour le fit pour elle.
Le Berger
qui suivoit mes loix
Se dérobe enfin a ma chaine
Pour me croire trop inhumaine
Il va fixer ailleurs son choix.
D'une inconstance si cruelle
Je me plaindrois avec éclat
Si Tircis n'étoit qu'infidele
Mais par malheur il est ingrat.
Amans qui
murmurez dans la peine cruelle
Que font sentir les feux d'un coeur trop enflamé,
Ne cessez point d'aimer une beauté rebelle:
La gloire d'être fidelle
Mêne au plaisir d'être aymé.
Philis sur
un Roze avoit jetté la vüe
Et remarquoit que les jeunes Zephirs
Par leurs tendres soupirs
Rendoient plus vif eclat dont elle étoit
pourvüe.
Je crus devoir alors combatre sa fierté
Imitez cette roze & soyez moins severe,
Les Amans dis je a ma bergere
Sont les Zephirs de la beauté.
