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Jean-Baptiste Bousset
Airs
nouveaux sérieux & à boire,
Livre
V
dediez à Madame
la Duchesse
de Bourgogne
1706

Madame, Ceux
qui ont une fois eu l'honneur de vous rendre leurs hommages
ne peuvent jamais les porter ailleurs, & oo trouveroient
ils une Princesse qui en fut aussi digne par ses grandes
qualités, & qui les reçût avec
autant de bonté ? Je suis avec un profond
respet, Madame, Votre
tres humble & tres obeissant & tres soumis
Serviteur,
J.B.
De Bousset
Récitatif En vain le
doux sommeil sur tout ce qui respire, Air Cher
Souvenir de ce que j'aime Récitatif Mais
cêt éclat naissant qui vient fraper mes
yeux Air L'Aurore
peint les Cieux d'une beauté nouvelle, La
terre pour luy rendre hommage L'Aurore
peint les Cieux d'une beauté nouvelle,
&c. Récitatif Les soins
de Zephir & de Flore Air Ce
sont les faveurs de l'Aurore, La
rose naissante
Répand ses tranquiles pavots,
Le tendre amour qui cause mon martyre
M'arrache aux douceurs du repos.
Que vous avez d'attraits pour un coeur amoureux,
Vous calmez la douleur extrême
D'un éloignement rigoureux.
Doit rendre la paix a mon ame,
Le jour vâ ramener Iris dans ces beaux lieux,
Espoir charmant qui redoublez ma flame
Ne trompez pas le plus doux de mes voeux.
Et l'obscure clarté des astres de la Nuit
Cede a la lumiere Immortelle
Du Dieu brillant qui la suit.
Se pare des plus belles fleurs,
Et des Oyseaux le doux ramage
Porte l'Amour dans tous les coeurs.
Rendent nos champs plus beaux que le sejour des Dieux,
Mais Iris ne vient point encore,
Rien ne sçauroit charmer mes yeux.
Qui font les plus beaux jour du Printemps;
Mais ce sont les regards d'un objet qu'on adore,
Qui font les beaux jours des Amans.
Seroit languissante
Sans les rayons du Dieu du jour,
Et l'amant fidelle
Absent de sa belle
Languit & soupire d'amour.
Chaqun
dit-on a sa marotte,
L'un suit les dogmes de Platon,
L'autre est du party d'Aristote,
D'autres se reglent sur Caton.
Pour moy j'en ay deux que j'imite,
Tant que je vois mon verre plein,
Je ris autant que Democrite,
Et quand je vois finir mon vin,
Je pleure aussy fort qu'Heraclite.
Dans ces
lieux ou je viens pour amuser ma peine, L'Echo de
nos forests & ce luy de la plaine, Je songe
incessamment au sort qui vous emmeine,
Que de fois je vous nomme assis sur le gazon:
Si vous venez jamais sur les bords de la Seine,
Demandez luy belle Climene,
Si l'on y sçait vôtre nom.
A mes tristes accens repondent tour à tour.
Si vous venez jamais, &c.
Et je ny songe point sans aigrir mes douleurs.
Si vous venez jamais, &c.
Au chant
du Rossignol dispute la victoire,
Qu'il se taise pour t'écouter,
Qu'au doux sont de ta voix tout se laisse enchanter,
Je suis peu jaloux de ta gloire:
Chacun de ses talens trouve a se contenter,
Ton gozier est fait pour chanter,
Le mien est fait pour boire.
Pourquoy
cruel amour dans de nouveaux combats,
Eprouver contre moy le pouvoir de tes armes,
Est ce un bonheur pour toy si doux si plein de charmes
De triompher d'un coeur qui ne se deffend pas.
Ah ! pour te signaler par un coup plein de gloire,
C'est la fierté d'Iris que tu devrois dompter,
Amour tu n'as jamais disputé de victoire
Plus difficile a remporter.
A l'Amour
aujourd'huy je declare la guerre, Que le
choc que le bruit des pots qu'on met par terre,
Seconde moy Bachus dans un dessein si beau.
Que l'eclat de ce Vin qui brille dans mon verre
L'emporte sur les feux dont brille son flambeau.
Joins aux coups redoublez de ce Nectar nouveau,
Soient autant de coups de tonnerre
Qui brise son carquois & brule son bandeau.
Ne me
reprochez point que je suis sans desirs, Ah ! pour
quoy me presser par des transports si doux,
Ma flame ne m'est que trop ardente,
Mais je crains l'écueil des plaisirs,
Tircis je crains de perdre un bonheur qui
m'enchante.
Ne vous siffit il pas que mon coeur les partage,
De mes refus helas je souffre autant que vous
Et peut estre encore davantage.
Vous
revenez petits oyseaux,
Annoncer aux Amans par mille chants nouveaux,
Le retour du Printemps & les plaisirs qu'il donne,
Vous, pour moy qui n'aime rien que le jus de la tonne,
Je trouverois vos chants encor plus beaux,
S'ils m'annonçoient le retour de
l'Automne.
Ah ! c'en
est fait mon coeur, Viens
Amour, aprens luy le prix de tes plaisirs, Menage en
sa faveur les feux & les desirs,
Je ne me deffends plus,
Trop d'apas me font perdre une amoureuse chaîne,
J'aurois bravé l'amour dans les yeux de Venus,
Mais il m'a sû charmer dans les yeux de
Climene.
Que jamais en m'aymant elle ne soit volage.
Viens Amour, &c.
Qu'elle craigne pour tant de me trouver trop sage.
Viens Amour, &c.
Iris pour
mon repos brille de trop de charmes,
Mille Amans luy rendent leurs armes,
Et je crains que son coeur ne reponde a leurs voeux:
Ah ! que de soins jaloux viennent troubler mon ame,
Que de cruels combats dans mon coeur amoureux,
Je n'en vois pas assez pour eteindre ma flame,
J'en vois trop pour me croire heureux.
Je vivois
sous les loix d'Iris Eclatez
mes tristes regrets,
Je cherissois mon esclavage,
Mon coeur en est encor épris,
Le sien est devenu volage.
Mes yeux laissés couler vos larmes,
L'Infidelle a trahi les ermens qu'elle a faits,
Et n'a rien perdu de ses charmes.
Bachus
dans un repas voyant l'objet que j'aime Mais non,
c'est a l'Amour a craindre des douceurs,
Chanter rire & boire a longs trais,
O Dieux' s'ecria-t'il, que d'amoureux attraits.
Silene sauvons nous, c'est Venus elle-même:
Qu'en ce repas mon jus inspire,
Vengeons-nous, renversons, detruisons son Empire,
Arrachons aujourd'huy ses traits de tous les coeurs.
Iris boit, que d'Amants vont devenir
bûveurs.
En vain
les Rossignols ont prevenus le Jour, Pour mes
chants autre fois
Peu sensible au plaisir que la Saison inspire,
Un tranquile sommeil est le seul ou j'aspire,
Et je viens le chercher dans cet heureux sejour.
J'y devançois l'Aurore,
Mais dans l'ennuy qui me devore,
Je ne prens plus de part au retour du Printems,
Ses charmes ne sont faits que pour les Coeurs
contens.
Iris, pour
convserver mon coeur,
Le donne en garde a ma bouteille,
Je l'aime absente & mon bonheur
Est de l'attendre sous la treille.
Je goute a long trais la douceur,
D'estre Amant fidel & buveur.
Malgré
tous mes efforts je cede a mon vainqueur,
Tircis sempare de mon ame,
Et l'Amour en couroux s'est vengé de mon coeur;
Helas ! faut-il qu'apres tant de froideur,
Je sente les ardeurs d'une si vive flame.
Taisez
vous Rossignols vos chans sont Ennuyeux,
Rien ne peut me charmer, ma Philis est absente:
Allez chanter ailleurs vos plaisirs amoureux,
Quand je suis malheureux
Je ne puis souffrir que l'on chante.
Il n'est
point d'Insensible coeur Quand la
folette me rencontre,
Que ne touche une Amour constante,
La jeune Cloris qui m'enchante,
Ne redoute plus mon ardeur.
Elle court dabord se cacher,
Mais en fuyant elle me montre
L'endroit ou je la dois chercher.
Iris dans
ce repas nous declare la guerre, En voiant
briller tant de charmes,
Rien ne suaroit luy resister,
Lors que sa main s'arme d'un verre,
L'Amour avec ses traits est moins a redouter.
Qui ne s'empresseroit de luy faire la cour,
Du Dieu du Vin elle emprunte les armes,
Pour nous asservir a l'Amour.
C'est a
Bachus a faire naistre Que Bachus
soit icy le Maitre, L'Ardeur
qu'un vin charmant fait naistre,
L'ardeur qui doit nous enflamer:
Il faut boire pour se connoitre,
Et se connoitre pour s'aimer.
Par luy l'Amour veut nous charmer,
Il faut boire pour se connoitre, &c.
En est plus prompt a s'allumer,
Il faut boire pour se connoitre, &c.
Mon coeur
adore une Inhumaine Avec ce
Jus charmant fait couler dans mon Ame,
Qui me fait gemir sous sa loy,
Dieux des raisins pour soulager ma peine
J'implore ton secours par le vin que je bois:
La douceur des heureux repos,
Assoupi mes ennuis, mais n'êteint pas ma flame,
Je ne veux seulement que susprendre mes maux.
