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Jean-Baptiste Bousset
Airs
nouveaux sérieux & à boire,
Livre
II
dediez au Public
1731

En
representant cet essay au Public je satisfais a ma
reconnoissance; Mon pere s'est vû honorer de ses
applaudissemens tant qu'il a vecu: Aussy n'a t'il jamais
consacré son travail, & formé desirs que
pour luy plaire; presentement encore, le Public en chantant
ses Airs, ou en cherchant dans les nouveaux le même
naturel, la même harmonie, assure a un nom qui m'est
si cher une place dans la posterité: C'est cette
reconnoissance pour de tels bienfaits qui le donne le
Courage d'invoquer la faveur du Public: Je me flatte que
quoy que ma jeunesse, & mes talens me laissent sans
doute tres inferieur a mon modele; L'education que j'en ay
reçue, & l'ecoulement d'une Source si cherie
meriteront un accueil favorable; Animé par ce
succés rien ne me sera impossible, si une application
infatigable peut suppléer, ou aider a la
nature.
Tendres
Oyseaux dont le Ramage
Forme les concerts les plus doux,
L'Amour qui vous anime tous
A t'il seul apris ce ravissant langage:
Hélas ! Si ce vainqueur dont vous suivez la Loy
D'aussi charmans accords inspiroit l'harmonie,
Depuis qu'il m'a soumis a l'aimable Silvie,
Oyseaux, qui d'entre vous chanteroit mieux que
moy.
L'Amour
est souvent dangereux,
On s'y livre sans le connoitre,
Prenons plutôt Baccus pour maître
En aimant on peut être heureux,
En buvant on est seur de l'Estre.
Je ne
connois ny Pahpos ny Cythere
Ny tout ce que l'on dit de l'Amoureux Mystere
Et l'on ne me voit point eviter aux Amants
Les langueurs, les soupirs, les plaintes, les serments:
Je sçais boire, c'est mon Sisteme,
Passant de la bouteille a de joyeux propos,
Quand on connoit Baccus & son Nectar suprême
On peut bien ignorer & Cythere & Paphos.
Baccus par
son Nectar prétendoit a la gloire
D'estre le maître de mon coeur,
Et pour devenir mon vainqueur,
Amour me promettoit une tendre victoire:
Je me rendis, ces Dieux comblerent mes desirs,
J'aime, je bois, que de plaisirs,
Je veux sans cesse aimer & boire.
L'Amour
enflamé de colere
Juroit par le nom de sa mere
Qu'il briseroit son arc & son carquois,
Ou qu'il sçauroit me soumettre a les loix:
Ce serment fut suivy d'une autre,
Philis, vous en fûtes l'objet,
Deux traits vôlent ensemble, inutile projet,
Ce Dieu perça mon coeur, mais il manqua le
vôtre.
Que me
faites vous entendre,
Ozez vous bien m'affliger
Jusque au point de m'aprendre
Que la Vigne est en danger:
S'il arrivoit ce qu'on presume
Que deviendrois je, helas : moy qui n'ay pas coutume
De garder du vin
Pour le lendemain.
L'Amour
dans ce riant boccage La jeune
Amante de Zéphire Les
Oyseaux par leurs doux ramages
Rend heureux les coeurs qu'il engage,
L'on y cherit ce doux vainqueur:
Tout cede a son pouvoir suprême
Et tout fait sentir a mon coeur
Le prix du berger que j'aime.
Du tendre objet de son martyre
Reçoit l'hommage a chaque instant:
Tout flatte une flâme si belle
Mais Zéphire est un inconstant
Et mon berger m'est fidele.
Viennent sous ces naissantes feüillages
Vanter leur destin plein d'attraits:
En aimant ils sont seurs de plaire,
Mais ce sont tous des indiscrets,
Et mon berger sçait se taire.
Rions,
chantons, Au bruit
des Eaux, Dans ce
sejour,
Et laissont paitre nos moutons,
Rions, chantons,
Folatrons sur ces gazons.
Sous ces ormeaux, les Oyseaux,
Font par leurs chants
Naître nos Ravissements.
Rions, chantons, &c.
Le tendre Amour tient sa cour,
Et par tes yeux
Allume mille feux.
Rions, chantons, &c.
Si nous
voulons ne craindre pas,
Mon cher Tircis, vous, mon trepas,
Ny moy le vôtre:
Aimons nous toujours constament,
Aimons nous tendrement,
Que nous ne puissions pas survivre l'un a
l'autre.
Suivons
Baccus, quittons l'Amour,
Quittons Cloris, les Amintes,
Et delivrons nous en ce jour
Et des murmures & des craintes:
Un buveur n'est point fait pour souffrir des
mépris,
Le caprice amoureux obscurciroit sa gloire,
Et le bonheur d'un Mortel qui sçait boire
Ne dépend pas des beaux yeux d'une Iris.
Austere
& facheuse raison,
Je ne crains plus que ton poison
Se mêle au doux transport
Ou mon ame se livre:
Pour te bannir de ce sejour
J'ay pour moy Baccus & l'Amour,
Je vois Climene & je suis yvre.
Tendre
Amour vôles dans cet azile
Sous tes aimables Loix
Enchaisne tous les coeurs:
Vient rendre ce sejour tranquille
En fixant pour jamais les volages ardeurs.
Que la
Table me paroit aimable, La
bigotte, la prude & la sotte C'est
ainsi que Baccus a son lot
Ce jus delectable rend tout agreable,
Le tendresse succede à l'yvresse,
Baccus & l'Amour sont festés tour à
tour.
Changent bien de notte
Quand Baccus les dotte,
Le vin trotte, la vieille sirotte
Et dans ces momens
Croit n'avoir pas quinze ans.
L'Amour qui n'est pas sot
Est alors de l'Ecot,
A tout âge
On luy rend hommage,
Et souvent les ris
Sont sous les cheveux gris.
Les
plaisirs dans ce boccage
Aujourd'huy sont de retour,
Les Oyseaux par leur Ramage
Célébrent cet heureux jour.
Le Ruisseau par son murmure
Nous exprime ses transports,
L'email des fleurs, la verdure
Couvre ces aimables bords.
Je vis
l'Amour dans les regards d'Iris,
Ô Ciel qu'il me parut aimable,
Non, dis-je, du fils de Cypris
On ne nous a point fait un portrait veritable:
Je le priay de venir dans mon coeur,
Mais sitôt qu'il fut mon vainqueur,
J'apris helas ! de sa flâme cruelle
Qu'il n'en faut pas juger par les yeux d'une
belle.
De l'Eau,
buvez de l'Eau, nous prêche un galeniste,
Le Vin pour l'homme est un Poison:
Je luy dit sur le même ton,
Du Vin, buvez du Vin, sombre & pâle Sophiste,
Pour recouvrir votre raison.
Sous ce
berceau qu'Amour exprés
Fit pour toucher quelqu'inhumaine;
Un tendre Amant un jour au frais,
Assis prés de cette Fontaine,
Le coeur percé de mille traits
D'une main qu'il portoit a peine
Grava ces Vers sur un cyprés:
Helas ! que l'on seroit heureux
Dans ce beau jour digne d'envie,
Si toujours toujours au prés de Silvie,
On pouvoit toujours amoureux
Avec elle passer la vie.
Sur
Cupidon, Baccus remporte la victoire
Il vient briser nos fers & combler nos desirs:
Amis ne cessons pas de boire
Pour sa gloire & pour nos plaisirs.
Lorsque de
mille objets foiblement amoureux,
Je brulois chaque jour d'une flâme nouvelle,
J'ignorois de l'Amour les tourmens rigoureux:
Ne m'avez vous rendu fidele
Que pour me rendre malheureux.
Amour,
peux tu souffrir qu'épris de Celimene
Je brûle vainement pour ses divins attraits:
Auroit tu sur mon coeur épuisé tous ses
traits,
Ne t'en reste t'il plus pour blesser l'Inhumaine
?
Que je me
plais sous cette Treille De moy tu
ne dois rien attendre, Qui peut
resister a ses Charmes
Parmy les presens de Baccus,
Sans cesse il remplit ma bouteille
Des flots de son aimable jus:
Armes toy d'une razade,
Verses moy tout plein de ce bon vin
Cher Camarade,
Je te veux porter sans fin la Santé de
Catin.
Amour, sans ce jus prétieux,
Lors que je bois, je suis plus tendre
Et ma Catin m'en aime mieux:
Armons nous d'une Razade, &c.
Quand elle tient un verre en main,
De l'heureux succés de tes armes
Rens grace, Amour, au Dieu du Vin:
Armons nous d'une Razade, &c.
