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Dubuisson

 

Livre III d'Airs sérieux & à boire
pour les mois de Janvier, Fevrier & Mars

1695

 


Table

Airs sérieux

Airs à boire


Les partitions du Premier Livre des Airs Sérieux & à Boire sont disponibles.

 

 

 

 

Airs Sérieux & Airs à Boire

 

 

Air à trois sur le retour de la Campagne

Quand reviendrez-vous, ma Bergere,
Ah ! quand reviendrez-vous des champs.

Soliste:
Songez-vous que je vous attens,
Et qu'il faut quitter la fougere ?

Quand reviendrez-vous ma Bergere, &c.

Soliste:
Que vous reste-t'il à faire ?
Cerés a donné ses presents
Et Bacchus a finy le temps
A la vendange necessaire.

Quand reviendrez-vous ma Bergere, &c.

Soliste:
Les frimats font déja la guerre
Aux fleurs, aux Oyseaux, aux Amans,
Des boccages les plus charmans
Le feüillage est tombé par terre.

Quand reviendrez-vous ma Bergere, &c.

Soliste:
La Ville à present doit vous plaire
Les Oyseaux ont cessé leurs chants,
Et les doux concerts des Amans
Pourroient icy vous satisfaire.

Quand reviendrez-vous ma Bergere, &c.

Soliste:
Vostre absence nous desespere,
Sans vous nos coeurs sont languissans,
Avec vous tout plaist à nos sens,
Nous goûtons une paix entiere.

Quand reviendrez-vous ma Bergere, &c.

Soliste:
Hastez vous donc, beauté si chere,
Qui fait nos plaisirs innocens,
Rendez-vous aux desirs pressans
D'une amour fidelle & sincere.

Quand reviendrez-vous ma Bergere, &c.


L'hyver desole nos costeaux,
Il n'est plus dans nos champs de fleurs ny de verdure,
Les fougueux Aquilons ont glacé nos ruisseaux,
On n'entend plis le doux murmure.

Mes chers amis, évitons la rigueur
Du froid cruel qui me tourmente,
Buvons, rechauffons-nous avec cette liqueur,
La nature par tout est foible & languissante.
C'est dans cette boisson charmante
Qu'elle conserve sa vigueur.


Lassé des rigueurs de Lisette
J'avois juré de n'aymer que mon chien,
Et ma Musette;
Mais l'autre jour sur la naissante herbette
Lorsque je ne songeois à rien,
Cette follette
Vint troubler mon repos par une chansonnette,
Et la coquette
Chanta si bien
Que malgré mes sermens
Je negligé mon chien,
Et ma Musette.


Lorsque je suis long-temps à table
L'Amour me paroist une Fable,
Iris & ses appas ne sont plus de saison:

C'est ainsi qu'en buvant plus je perds la raison,
Et plus je deviens raisonnable.
(bis)


Ah ! qu'il fait icy de beaux jours:
Tout y réveille mes amours,
Et tout y charmeroit une ame indifferente;

Mais quand parmy ces bois, ces ruisseaux & ces fleurs
J'appelle en vain mon Amarante,
Tout y réveille mes douleurs.


J'ay du bon vin dieu marcy,
J'en bois à tout moment pour bannir ma tristesse;

Si je fais une maistresse
Je veux qu'elle en boive aussi.


Duo

Un Rapporteur inexorable
M'a ce matin fait perdre mon procés:
Un Creancier impitoyable
A le payer me force une heure apres,
Et l'infidelité d'une ingratte maistresse,
Vient de me dépouiller de toute ma tendresse;

Quels plaisirs dans un mesme jour
De se voir sans procés, sans dette, & sans amour !


Duo

I.

Un jour le pauvre Piarrot
Confus d'être toujours aupres de sa Margot
Sans jamais luy dire un mot:
Animé du jus du pot
Voulut enfin se faire entendre
Par un soûpir doux & tendre,
Mais par malheur il fit un rot.

II.

Soudain la pauvre Margot
S'enfuit, s'enfuit toute éperduë & laisse-là Piarrot,
Sans vouloir luy dire mot:
Piarrot ne fut pas trop sot,
Il fut achever sa pinte,
Puis il dormit comme un sabot.


Amis, fut-il jamais breuvage
Plus charmant que ce vin nouveau ?
S'il nous donne dans le cerveau,
Quitte pour dormir davantage.