accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

Airs de Cour

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

 

Le Sieur Bouvard

 

Quatrième Recueil d'Airs sérieux & à boire
dédiez à
Madame de Laleu

1740

 

 

Air Sérieux

Chantez charmants Oyseaux,
Chantez dans ces boccages,
Redoublez vos ramages,
Pour suspendre mes maux.
Ma rigueur trop cruelle,
A chassé mon Amant fidelle,
Hélas ! que ne peut-il sçavoir
Tout ce que pour lui sent mon ame,
Ah ? Si je puis le revoir,
Je veux couronner sa flâme.

 

 

Air à boire, récit de Basse

C'est en vain que parmy les pots,
Je cherche un remede à ma flâme,
Le feu qui devore mon Ame,
Ne me laisse point de repos.
Bacchus, viens deffendre ta gloire:
Rens-toy le Maître de mon Coeur;
Ou bien je vais cesser de boire,
Et me livrer à mon Vainqueur.

 

 

 

Ariette que l'on peut joüer sur la Musette

 

Dans ces belles retraites,
Dans ce charmant sejour,
Cherchant des amourettes,
J'ay trouvé de l'Amour:

Doux objet de mes voeux,
Me rendez-vous heureux ?

Si l'Amour m'encourage,
Le respect me retient;
A ce tendre langage,
Ne comprenez vous rien ?

Doux objet, &c.

Quand on sçait l'art de plaire,
Quand on peut tout charmer;
Pourquoy, beauté severe,
Ne sçavoir pas aimer ?
Doux objet, &c.

Dans l'isle de Cythere,
La mere de l'Amour
Eut son regne pour plaire,
Vous avez votre tour !

Doux objet, &c.

Enfin je rends les armes:
Dieux ! quel est mon ardeur ?
Aupres de tant de charmes,
Peut-on garder son Coeur ?
Doux objet, &c.

D'une douce esperance,
Je n'ose me flatter;
Mais dessus ma constance,
Vous pouvez bien compter.

Doux objet, &c.

Prenez d'aimables chaînes,
Livrez-y vostre coeur;
Si l'Amour a des peines,
Ah ! qu'il a de douceurs !

Doux objet, &c.

Mes tendres chansonnettes
Expriment ma langueur,
Et sont les interprèttes
Du Secret de mon Coeur.

Doux objet, &c.

 

 

 

Air à boire, récit de Basse

L'Amour n'est que Sorcellerie,
Disois Gros Blaise, au Grand Colas,
Tantôt du haut, Tantôt du bas,
Et toujours de la reverië.
Vive Bacchus, vive la Vin nouveau,
Avec Chopene on s'Evertuë;
Mais quand l'Amour timbre nostre Cerviau,
Morgué Colas, j'on la barlüe.

 

 

 

Duo Bacchique

Pour suivre les Amours,
J'avois quitté les pots;
Mon coeur s'estoit soumis
Aux charmes de Climene;
Mais depuis ce moment fatal à mon repos,
Que j'ay souffert, pour l'Inhumaine.

Divin Bacchus, remporte la victoire,
Viens de dégager, pour ta gloire,
Des feux dont j'ay brûlez
Je sçauray me punir,
J'en noyeray le Souvenir,
A force de bien boire.

 

 

 

Air sérieux

Vous qui par un brillant ramage,
Faitte l'honneur de ces bois,
Rossignols qui donnez la loix
Aux Oyseaux de ce boccage:
Climene chante, taizez-vous,
Ou, si de vos goziers vous voulez faire usage,
Et meslez vos accords à des accents si doux,
Que ce soit pour lui rendre hommage.

 

 

 

Air à Boire, récit de Basse

Buvons, ma charmante Catin,
Faisons honneur à ce bon vin:
Vuidons si souvent nostre verre,
Que nous tombions tous deux par terre.

 

 

 

Premiére Musette

Lors qu'avec l'Amour on s'engage,
Qu'il est doux de sentir ses coups:
Loin de les craindre,
Livrons nous dans un si charmant Esclavage.

 

 

Deuxiéme Musette

Lors que d'un trait tout agréable,
Nostre Coeur se laisse toucher,
Est-ce un crime à nous reprocher,
Que d'aimer un Objet aimable.

 

 

 

Air sérieux

Les Echos de ces bois, gémissent de mes maux !
Par mes tristes accents j'attendris les Oyseaux.

L'Aurore, par ses pleurs, l'Onde par son Murmure,
Semblent s'interesser aux tourments que j'endure:

C'est vous qui les causez, et c'est vous Seule, Helas ?
Aimable Iris, qui ne les plaignez pas.

 

 

 

Gavôte

Que le Sômeil a de doux charmes !
Il met le comble à tous mes voeux:
Luy seul peut calmer mes allarmes,
Lors que je dors, je suis heureux.

Quand le Sômeil, par un beau songe
Met dans mes bras une beauté,
Je trouve que ce doux mensonge,
Flate autant que la verité.

Que j'ayme la liqueur vermeille,
Elle fait mon plus grand bonheur,
Quand j'ay vuidé mainte bouteille,
Le Sômeil devient mon vainqueur.

Vous que le Créancier accable,
Dormez, c'est un souverain bien:
Que le Sômeil est agréable,
Pendant qu'on dort on ne boit rien...

 

 

 

Duo

Quoy ? Tu comptes les pots qu'étale ce buffet,
Tu me paroist surpris, craindrois-tu de trop boire,
As-tu donc perdu la mémoire,
De nôtre bacchique projet:

Armons nous d'un verre,
Ne songeons qu'à vuider ces pots et ces flacons:
Et nous les compterons
Quand nous les aurons mis par terre.

 

 

 

La Belle Cuisiniere

De l'aimable Catherine,
Je veux chanter les talents,
Que ses ragoûts sont friands !
Qu'elle fait bien la Cuisine.

Le Rost tourne ici, le Poisson frit là,
Elle fait cecy, cela,
Elle saute, elle rit, elle chante.
La rela, la rela, rela, rela,
La Cuisiniere Charmante.

En maigre comme en charnage,
Elleréussit toujours;
On diroit que les Amours,
Font la moitié de l'ouvrage.

Le Rost tourne ici, &c.

Quand son amant la visite
Qu'elle traite de bon coeur !
Rien n'Egale son ardeur,
Le Dieu de Paphos l'agite:

Le Rost tourne ici, &c.

Que l'on peigne cette belle
Embrochant un Aloyau
Qu'on lise au bas du tableau
Cette Devine nouvelle:

Le Rost tourne ici, &c.

 

 

 

Air Bacchique, récit de Basse

Non palsangué !
Piarrot jamais au Cabaret,
Je n'ay vû gronder Catheréne;
Au contraire, dans son godet,
Alle varse, & boit sa Chopéne,
Et jase comme un Paroquet:

Mais, c'est cheux nous, morgué,
La nuit sur le chevet,
Que son himeur me chagréne,
Car alle tourne, & veut que je badéne,
Quand alle a bû du vin clairet.

 

 

 

Ariette

J'insultois chaque jour,
Et Venus & l'Amour,
J'estois inhumaine & sauvage;
Mais Daphnis a sçû m'enflâmer,
J'ay bien changé de langage,
Ah ? quel doux plaisir d'Aimer ?

Prens garde, cher Amant,
Au precieux moment,
Ta vive flâme m'inquiéte,
Modere, ces transports charmant,
Crains de perdre ta Lisette...
Ah ? Tircis, il n'est plus temps.

 

 

 

Le Porteur d'Eau, récit de Basse

Lucas, pendant le jour Ségosille, s'altere
A crier dans Paris, de l'Eau, qui veut de l'eau !
Cette Eau qu'il puise à la riviere,
Opere tous les soirs un Miracle nouveau:
Le Soleil dans les flots se precipite, à peine,
Que Lucas fatigué dêcend dans un Caveau,
Il y boit tout l'argent que luy produit la Seine,
N'est-ce pas en vin changer l'eau ?

 

 

 

Ariette: Le je ne sçay-quoy

Don precieux de la nature,
Charmant je ne sçay-quoy,
Digne ornement de la Ceinture,
Que porte Venus avec soy.
Tous les coeurs sont soumis à toy.

Doux charme incomparable,
Sans toy, sans ton Secours,
La Beauté ne peut estre aimable,
Tu fais l'agrement des Amours.

Auriez-vous les attraits d'Hélene,
Belles, vous ne sçauriez, sans luy, faire la loy
Sans luy vous ne plairiez qu'à peine,
Pour triompher des Coeurs, il faut je ne sçay-quoy.

 

 

 

Menuet en Rondeau

C'est le plaisir qui fait aimer à boire,
C'est le plaisir qui nous fait soupirer;
Quand l'amour sur un coeur, nous donne la victoire,
C'est le plaisir qui nous fornce à pleurer.

 

 

Chanson Suisse, récit de Basse

Moy l'aimir tentrement le pon Fin de Pourcogne,
Moy l'affalir comme tu lait;
Nuit & chour à cogo j'en parpoüille mon trogne,
Mon fentre tenir pien trois procs de fin cléret.

Mais quoy que j'aimir tant le chus de la pouteille,
Amour, je ne pois plus pour plaire à tes peaux yeux:
Ah ? laisse poire,in Suisse, à l'ompre de la treille,
Tes toux plaisirs n'estre propre qu'aux tieux.

 

 

Vaudeville, Contre-dance

Revenant de Pantin,
Je rencontray Manette,
Dont l'oeil brillant et fin,
Demandoit la fleurette:

Voilà le tran tran,
Voilà l'amour d'àprésent.
Je l'aborday soudain,
En faisant la courbette;
Je luy serray la main,
Dieux ! qu'elle estoit blanchette !

Voila le tran tran, &c.

Puis faisant le badin,
J'embrassai la fillette;
En faisant le lutin,
J'ôtay sa gorgerette.

Voila le tran tran, &c.

Je baisay son beau sein,
D'odeur de violette;
Sur un bouquet de thin
Je fis choir la brunette.

Voila le tran tran, &c.

J'aperçus sans chagrin,
Une jambe bien faite;
Et plus haut, quel destin ?
Une grote sombrette.

Voila le tran tran, &c.

Je sonday le terrain,
D'une ame guillerette;
Nanon, voulut en vain,
Eviter sa défaite.

Voila le tran tran, &c.

Trois fois du même train,
Je fis la même traite:
Qu'en ce travail divin
Ma joye estoit parfaite.

Voila le tran tran, &c.

Apres ce tour malin,
Ma flâme satisfaite;
Je suivis mon chemin
Riant de la folette.

Voila le tran tran, &c.