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Jean-Baptiste Bousset
Premier
Recueil
d'Airs
nouveaux sérieux & à boire
dédiez à Madame
la Duchesse
de Bourgogne
1702
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Madame, La grandeur de vôtre naißance et l'Elévation de vôtre rang doivent vous attirer les respects de toute la terre; mais c'est la justesse de vôtre jugement et la finesse de vôtre goût qui vous attirent les homages des beaux Arts. Ils ne se contentent pas d'être protegez par les Princes, ils veulent encore en être goûtés, et quelle protection Madame, peuvent-ils jamais trouver qui soit plus puissance et en même tems plus éclairée que celle dont vous les honorés: Aussi n'ay-ie point d'autre ambition que de pouvoir la mériter; et comme les recueils d'Airs & autres piéces de musique que j'ay donné depuis plusieurs années au public m'ont paru assez generalement approuvés, j'ay crû que vous me pardonneriés Madame de vous offrir celui-cy heureux s'il peut ne vous pas déplaire, et si l'accueil que vous lui ferés m'authorise à vous en presenter tous les ans de pareils comme des preuves du profond respect avec lequel je suis, Madame, Vôtre humble, tres obéissant et tres soumis Serviteur, I.B. de Bousset |

Airs Sérieux & Airs à Boire

Tu
crains d'être avec moy seulette, De
mon quartant en perce,
Ton coeur n'a plus la même ardeur,
Ton ame toûjours inquiète,
Fait voir la fin de mon bonheur:
Si je parle de ma tendresse,
Tu rougis, tu baisses les yeux,
N'aurois tu point eu la foiblesse
De rendre mon rival heureux.
Je sens toûjours la même ardeur,
Et si je parois inquiéte
Tu fais les troubles de mon coeur:
Quand tu me viens conter ta peine,
Je rougis pour toy, foible Amant,
Tu vois tous les jours Celiméne,
Est ce là m'aimer
constament.
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Voyons la fin dans ce repas,
Chers amis ne nous quittons pas
Qu'il ne soit à la renverse:
Sus laquais, sus laquais verse, verse,
Que ce bon vin nous berce,
Et nous faße à minuit
Trouver le doux sommeil au lit.

Les
peines prés de vous sont des plaisirs
Climene, Pour calmer tes
ennuis secrets,
Les jours sont des moments filés par les
amours:
Tout change en vous persant, les plaisirs sont des
peines,
Les moments sont des jours.
Je cherche à soulager mes déplaisirs
secrets,
Affreux Rochers, noires forests,
Que j'aimerois l'horreur de vôtre
solitude,
Si pour calmer, hélas ! ma triste
inquiétude,
Dans vos Antres profonds je trouvois du vin
frais.
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Viens, viens avec nous boire à la ronde:
Ces flacons à tes yeux paroitront des
forests,
Ce Jambon, un rocher le plus charmant du monde
Et ma Cave sera cette grotte pronfonde
Où tu trouveras du vin frais.

Cent fois vos
yeux ont refusés d'entendre, Je
bois, je bois pour eteindre ma flame,
Ce que les miens leur disoient en secret,
Eh bien, Iris, il faut donx vous l'aprendre,
Dans un langage moins discret:
Je sais que je vais vous déplaire,
Quel suplice pour un Amant,
Qui craint la mort moins que vôtre
colere,
Mais belle Iris, j'éprouve qu'en aimant,
Le plus rigoureux tourment est de se
taire.
J'ay dans leur source étouffé mes
soupirs,
J'ay resistés jusqu'à forcer mon
ame,
A n'ozer former des desirs:
L'esperance la plus legere,
Ne m'a pas séduit un moment;
J'ay toujours crû que j'allois vous
déplaire,
Mais belle Iris,j'éprouve qu'en aimant,
Le plus rigoureux tourment est de se
taire.
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Mais l'Amour rit de mes efforts:
Ce petit dieu se glisse dans mon ame,
Lors que le vin se répand dans mon
corps.
Esprits
inquiets & Jaloux, O
toy qui me fit naître yvrogne,
Qui vous plaisés à nous
contraindre,
Sur Iris & moi, helas, qu'avancez vous,
Vous pouvez bien forcer nôtre amour à
vous craindre,
Mais sachez que jamais vous ne sauriés
l'éteindre.
Bacchus, pour me fournir de quoy peindre ma
trogne
C'est peu que ton pouvoir divin
Change l'eau de la Seine en vin:
Transforme, Dieu puissant, mon ventre en une
tonne,
Qui s'élargisse en s'emplissant,
Et fais de mon gozier un canal rougissant,
Où coule sans tarir le doux jus de
l'Automne.

Le
troupeau de Tirsis, fait mon soin le plus doux, Amy,
vois tu ce vin se troubler dans mon verre,
Et je laisse le mien à la mercy des
loups:
Ah ! quel penchant m'entraine et m'arrache à
moi-même,
Mais je ne sens que trop d'où vient ce soin
nouveau,
Hélas, ce n'est pas le troupeau,
C'est le Berger que j'aime.
Tout y languit, tout y verse des pleurs,
Nos prez sont dépoüillés de
fleurs,
Et nos tendres oyseaux ont perdu leur ramage.
Ah ! bientôt le printems va rendre à
la nature,
L'émail des prez et le naissant gazon,
Mais loin de mon Iris, la plus belle saison
Ne sçauroit adoucir le tourmant que
j'endure.
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Et s'éclaircir si tôt qu'il est
versé,
On diroit qu'il ne veut que le trouble et la
guerre,
Et soudain il est apaisé.
Mais le perfide amour n'a jamais
commencé
Qu'avec une douceur extrême,
Hélas ! il s'en faut qu'il finisse de
même.

Quand
de mon inconstance on veut vous faire peur, Venus,
voyant que la vendange,
Iris pour calmer vos allarmes,
Consultés vos beaux yeux, consultés
votre coeur.
Ah ! tant que vous joindrés au pouvoir de
vos charmes,
Le tendre Amour dont vous m'avés
flaté,
Mon bonheur vous répond de ma
fidelité.
Rens moy disoit-il à Lisette,
Le Ruban que je t'ay donné,
Mon Chien et ma houlette;
La Bergere pour l'appaiser,
Tu m'as aussi donné dit-elle d'un Air
tendre
Sur ce gazon plus d'un baiser,
Viens, Berger, je te vais tout
rendre.
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de ses tendres faveurs dégoûtoit les
humains,
Pour prendre d'eux une vengeance étrange
Dans un torrent de pleurs à noyé nos
raisins.
Soleil garantit nous de ce malheur insigne,
Tu la fis autre fois suprendre en ses plaisirs
Confonds encore ses injustes désirs,
Vient arrester ses pleurs et ranimer la
Vigne.

Un
jour l'heureux Tirsis pour redoubler ma peine,
Un
uzurier sur son grimoire,
Me fit voir le portrait de l'ingrate
Climéne,
Quel trouble en revoyant ses dangereux appas:
Ah ! m'écriais-je alors dans ma douleur
mortelle,
J'en reconnois les traits, le portrait est
fidelle,
Mais la bergeére ne l'est pas.
Amour, viens dissiper ma crainte,
Et fait que mon bonheur puiße longtems
durer:
Qu'Iris est tendre & belle,
Si tu la sens aussi fidelle
Je n'ai plus rien à désirer,
Si tu la rend aussi fidelle
Je n'ay plus rien à desirer.
![]()
Par son calcul tâchant de m'affronter,
Toute la nuit compte sans boire,
Moy je la passe à boire sans compter:
Ou pour le moins je mets toute ma gloire
A perdre la memoire,
Comptant par mes doits,
Que je n'ay bû qu'une fois,
Quand j'en ay bû trois.
Air à boire n° 2
Tous les coups que tu bois,
Crains tu que Bacus ne t'affronte:
Non, c'est trop t'inquiéter,
Bois toûjours sans compter,
Quand on est yvre on a son compte.

Osés
vous me presser cruelle que vous estes Que
l'Automne est belle, Que
châcun la serpette à la main Mais
quand vendange sera faite,
De vous dire des chansonnettes,
Lors que de vos rigueurs j'ay tout à
redouter.
Non, ceßer de vouloir me contraindre,
Je n'ay plus de voix pour chanter,
Il ne m'en reste, hélas, que pour me
plaindre.
Doux Rossignol, à l'Amour qui 'inspire;
C'est au Printems quand tout soupire,
Que tu triomphe dans nos bois:
Ah ! comment se peut-il donc faire,
Que la jeune Bergere
Qui me tient sous sa loy;
Soit insensible & chante mieux que
toy.
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Goutons ses heureux jours,
Remettons au printems nos plus tendres amours,
Bachus nous appelle.
S'empresse à cüeillir le raisin,
Ramassons bien le grain,
Tendez vôtre panier, mon aimable Lizette
Foulons, faisons sortir ce jus divin:
Que la bize soufflera, que l'hiver glacera par de
cruels ravages,
Nos champs & nos bocages:
Vous connoitrez par nos tendres plaisirs;
Que le bon vin rappelle les
désirs.
Le
silence & la paix regnent dans ce bocage, Uniques
confident de l'ardeur qui me presse, Remettons
à l'amour nôtre bonne fortune, Non,
vous ne m'aimez pas autant que je vous aime, Toujours
libre, toujours conten,
J'en trouble le repos, par mes tristes soupirs,
Et j'y répands des pleurs, tandis que le
ramage
Des Oyseaux amoureux, annonce leurs
plaisirs:
Hélas ! Je ne puis comme vous,
Exprimer par mes chants, l'excez de ma
tendresse,
Mais j'ay seul plus d'amour que vous n'en avez
tous.
Le nez dans la Capotte attendre le signal,
Se morfondre au coin d'une rüe,
C'est être trop original.
Ne courons au Cabaret, n'en sortons de
longtemps,
Il sied mal en hyver de languir à la
brune,
Adieu Catin, à revoir au
printemps.
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Vous n'avés plus le tendre empressement,
D'un coeur dont l'amour est extrême,
Non, vous ne l'aimés pas autantque je vous
aime.
Vous me quittez sans trouble
Et me voyés de même.

Ah,
me répondit ma Bergere, Chers
témoins d'un amour trop fidelle et trop
tendre Je
me croyois en seureté,
Disois-je à mon Iris un jour,
Ne connoit pas le prix d'une tendresse,
Que mon coeur payeroit par un tendre retour:
Si tu sais mieux goûter les faveurs de
l'Amour,
Tu ne sçais pas si bien les
taire.
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Ruisseau qui me fuyés pour courir à
la mer,
Dites luy que ces flots
N'ont rien de plus amer
Que les pleurs que chez vous
Mes pleurs viennent répandre.
Pour mettre un coeur sous sa puissance;
Il n'avoit pû dans deux beaux yeux
Triompher de mon innocence:
Mais hélas ! cet objet à qui j'ay
résisré,
Sensible comme moy pour le dieu de la Treille,
M'a lancé tant de traits en vuidant sa
bouteille,
Que j'ay noyé ma
liberté.