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Denys Macé

 

Airs, dedicacez à Monseigneur Seguier, Evesque d'Auxerre

 

 

 

Dédicace

A l'Illustrissime & Reverendissime Monseigneur Dominique Seguier, Evesque d'Auxerre, Conseiller du Roy en ses Conseils d'Estat & privé, & premier Aumosnier de sa Majesté,

Monseigneur

Je n'ay pas entrepris de publier icy les Eloges de vos perfections : car vous possedez tant de rares qualitez, qu'il est mal aisé de juger qu'elles sont les plus adorables. Je laisse cette entreprise à ceux qui mieux versez que moy dans les sçiences se trouveront encor bien empeschez, venant à jetter les yeux sur l'esclat de tant de vertus qui vous accompagnent. Mon dessein n'est autre que de supplier vostre grandeur, de voir d'un œil favorable ces Airs, que vos bien-faits ont escols, & que j'estimeray dignement recompensez si vous prenez plaisir à les entendre, & les mettre à couvert soubds l'authorité de vostre nom. Attendant cette faveur de vostre bonté, je m'efforceray de vous faire paroistre chaque jour de ma vie, que je suis,

Monseigneur,

Vostre tres-humble & tres-obeissant serviteur,
D. Macé

 

 

  1. Aille qui voudra à la guerre
  2. Allons aux champs, belle Silvie
  3. C'est ta beauté Sylvie
  4. Celuy qui libre se gouverne
  5. Celine, tu dois estre lasse
  6. Devant Cloris mon courage me laisse
  7. Imitons ce tyran des ames
  8. J'entretiens ces forêts je conte mon martyre
  9. Jusques à quand belle Isménie
  10. Les plaisirs des saisons premieres
  11. Premiere image de Philis
  12. Prends courage Sylvie
  13. Puis que dans la captivité
  14. Quittez ô Parques vos fusées
  15. Rendez vos yeux plus doux
  16. Saison de Ris & de l'Amour
  17. Eccho qui responds à ma voix

 

 

 

 

 

Aille qui voudra à la guerre

 

Aille qui voudra à la guerre
Pour y dresser des bataillons,
J'ayme mieux accoster un verre
Sous l'estendart des saucissons:
Faisant paroistre mon courage
Au cher amy, ou a la cage.

J'ayme bien mieux suivre la piste
De ce grand monarque Bacchus,
Que d'estre enrollé dans la liste
De ces pauvres enfants perdus,
Que l'on n'a jamais veu paroistre
Au Miroir ny dans l'Arbalestre.

Sus, sus enfans faisons gogaille,
Et ne parlons plus de combats,
Si nous faisons quelque bataille,
Que ce soit contre un Cervelas:
Passons toute la nuict à boire,
Nous emporterons la victoire.

 

 

 

Allons aux champs, belle Silvie

 

Allons aux champs, belle Silvie,
Le doux Printemps est de retour,
Et pour mieux passer nostre vie
Ne parlons plus que de l'Amour:
C'est là où bien plus librement
Nous pourrons vivre en nous aymons

Parmy tant de belles préries
En despit de ces envieux,
Nos amoureux resveries
Se pourront lire dans nos yeux:
Car nous pourrons plus librement
Vivre & mourir en nous aymant.

Nous serons exempts de la crainte
Qui souvent trouble nos plaisirs,
Banissant bien loin la contrainte
Que nous gardons dans nos desirs:
Allons, afin que librement
Nous puissions vivre en nous aymant.

 

 

 

 

C'est ta beauté Sylvie

 

C'est ta beauté Sylvie,
Qui me donne l'envie
D'aymer le trespas
Parmy tes appas:
Voy donc que mon amour est extresme
Puis qu'il faut pour ma mort montrer combien je t'ayme.

Je croy que c'est trop vivre:
Car ne pouvant te suivre
Que ferais-je icy
Comblé de soucy ?
Quoy ? Veux-tu, cher objét de mon ame,
Que pour me soulager je mesprise ta flame?

 

 

 

 

Celuy qui libre se gouverne

 

Celuy qui libre se gouverne
Par le demon de la taverne,
Cherit son sentiment:
Tout luy plait, & dedans ce temple
Il n'y voit rien que le parfait exemple
De tout le divertissement.

D'un clin d'oeil on à toutes choses
Les moindres fleurs y sont de roses,
L'on trouve que tout rid:
Sans la soing de faire cuisine,
Un esveillé de rubiconde mine
De mets contente nostre esprit.

Mesme on a veu des destinées
Respecter les vieilles années
Des yvrongnes parfaits:
Ils ne parlent jamais de guerre,
Et leurs combats ne s'excitent qu'au verre,
Et par le vin ce fait leurs paix.

 

 

 

Celine, tu dois estre lasse

 

Celine, tu dois estre lasse,
Par une si longue disgrace,
De tenir mon ame en langueur:
Je vay mourir sans resistance,
Si tu ne perds de ta rigueur,
Ou si je perds de ma constance.

 

Je tache à rencontrer un crime
Qui puisse rendre legitime
La cause de mon chastiment:
Mais je ne voy rien qui l'offence,
Et je trouve en moy seulement
Dequoy prouver mon innocence.

 

Je ne suis point taché du vice
D'estre sorti de ton service,
Dans ce traictement rigoureux:
Si c'est un crime punissable
Que d'avoir esté malheureux,
Condamnez-moy, je suis coupable.

 

 

 

 

Devant Cloris mon courage me laisse

Le Poëme est de Charles Beys

 

Devant Cloris mon courage me laisse,
Je perds ensemble, & l'haleine, & le poulx.
Et mon respect joint avec ma foiblesse,
Pour l'adorer me jette à ses genoux.

Pasle, & débile je voy ce vainqueur
Presque immobile de trop de rigueur,
Comme moy de langueur.

Je leve un peu mes pesantes paupieres
Mais ces regards ne la peuvent toucher,
Pour la fleschir, le bruit de mes prieres
Est moins qu'un vent pour abbatre un rocher.

Pasle, & debile, &c.

 

 

 

 

Imitons ce tyran des ames

Le Poëme est de Charles Beys

 

Imitons ce tyran des ames,
Le vin seul luy fournit des flames
Bacchus là sous-mis à ses loix:
Il jette ses flesches par terre,
Et ne cherche point d'autre verre
Pour s'enyvrer que son Carquois.

Toute sa bande est en desroutte,
Il a tant beu qu'il ne voit goutte
Quoy qu'il ayt osté son bandeau:
On le voit qui des-ja sommeille,
Et qui d'un reste de bouteille
Esteint le feu de son flambeau.

Je quitte l'amour de Caliste,
Le plaisir rend mon ame triste,
Je l'abhorre quand je l'ay pris:
Mais celuy qu'on reçoit à boire
Chassant l'ennuy de la memoire
Charme le goust & les esprits.

Parfaits amis, joyeuse trouppe,
Sans trembler vuidons cette couppe,
Excitons la soif en buvant,
Et ne nous faschons point contre elle
Quand elle seroit eternelle,
Si nous pouvons boire souvent.

 

 

 

 

J'entretiens ces forêts je conte mon martyre

Le Poëme est de Charles Beys

 

J'entretiens ces forêts, je conte mon martire
A ce muet rocher,
Et devant ma Philis je n'oserois rien dire
Qui la puisse toucher.

A miles beaux vers je chante qu'elle est belle,
Je revere ses loix
Et je manque au moment que je m'approche d'elle
Et d'esprit, & de voix.

Maintenant que je puis, delivré de ma crainte,
Invocquer le trespas
Approche toy Philis, pour entendre ma plainte,
Mais ne me trompe pas.

 

 

 

 

Jusques à quand belle Isménie

 

Jusques à quand, belle Isménie
Feras-tu voir ta tirannie
A un cœur innocent
Des peines qu'il ressent ?
Dieux ! Puis qu'à ce Printemps la joye est de retour
Faittes avec les fleurs renaistre son amour.

Quoy que mon mal soit sans exemple,
Quand de l'esprit je le contemple,
C'est dans mes entretiens
Les propos que je tiens.
Dieux ! Puis qu'à, &c.

Si mon souhait n'est legitime,
Son mespris à causé mon crime:
Dieux ! Elle m'a quitté
Dieux ! Puis qu'à, &c.

 

 

 

 

Les plaisirs des saisons premieres

Le Poëme est de Charles Beys

 

Les plaisirs des saisons premieres
Ne sçauroyent plus me captiver
Je ne veux cherir que l'hyver,
Puis qu'il fait glacer les rivieres.
Eschauffons nos esprits avec ce vin vermeil,
Dont la chaleur vaut mieux que celle du Soleil.

Que j'ayme à voir le Soleil blesme
Quand il ne luit plus qu'à demi:
Car il punit nostre ennemi,
Et renferme l'eau de l'eau mesme.
Eschauffons nos esprits, &c.

Bacchus, c'est toy seul que j'admire,
Tous tes effets sont nompareils,
Tu nous fais voir mile soleils,
Pour un Soleil qui se retire.
Eschauffons nos esprits, &c.

 

 

 

 

Premiere image de Philis

 

Premiere image de Philis
Sortez de ma triste pensée,
Vostre lumiere est effacée
Devant les yeux d'Amarilis:
Elle possede mile appas
Que les plus parfaittes n'ont pas.

Belize, cache ta beauté,
La sienne seule est adorable,
Et je tiens pour moins favorable
Ta douceur, que sa cruauté.
Elle possede mile appas, &c.

 

 

 

 

Prends courage Sylvie

Le Poëme est de Charles Beys

 

Prends courage Sylvie
Remets par ta vertu
Ton esprit abbattu:
Prolonge un peu ma vie,
Je souffre tes douleurs,
Et mourray si tu meurs.

Nous changeons en louanges
Nos pleurs & nos soupirs,
Reprenons nos plaisirs:
S'il est vray que les Anges
Sont exempts du trespas
Elle ne mourra pas.

 

 

 

 

Puis que dans la captivité

Le Poëme est de Charles Beys

 

Puis que dans la captivité
Hymen a retenu ta vie:
Philis rends moy la liberté
Que tes yeux m'ont ravie:
Car quel plaisir de me voir consommer,
Si l'Hymen te defend de m'aymer.

N'offre tes appas gracieux
Qu'à celuy qui dort en ta couche,
Et ne montre plus à mes yeux
Ny ton front, ny ta bouche:
Car quel plaisir, &c.

Non, Philis, tu peux qu'à tort
M'oster une si belle chose,
Rends tes yeux tesmoins de ma mort,
Puis qu'ils en sont la cause,
Prends dont plaisir, &c.

 

 

 

 

Quittez ô Parques vos fusées

 

Quittez, ô Parques, vos fusées,
Cessez ces fatales brisées
De mes jours limitez:
Tranchez d'un autre les années,
Je suis exempt des destinées
De vos trois deitez.

Cessez, une Parque nouvelle
Plus que vous, divine & plus belle,
Me regit seulement:
Ses yeux, & sa face angelique
Vous ont osté cette pratique,
Me rendant son amant.

Par ses benins regards, mon ame
Esprise d'une sainte flame
Me rend esgal aux dieux,
Et se desrobant de moy-mesme
Pour aller en celle que j'ayme.

 

 

 

 

Rendez vos yeux plus doux

Le Poëme est de Charles Beys

 

Rendez vos yeux plus doux,
Sis-je digne de hayne
Pour estre absent de vous ?
Je souffre assez de peine
Quittant vos doux appas,
Ne me punissez pas.

Cessez de vous fascher,
Cloris, vostre justice
Devroit se relascher:
Mon crime est un supplice
Pire que le trespas,
Ne me punissez pas.

 

 

 

 

Saison de Ris & de l'Amour

 

Saison de Rids, & de l'Amour,
Printemps, jeunesse de l'année,
Que me sert de voir ton retour
Si tu ne puis changer ma fiere destinée ?
Chacun respire tes douceurs,
Et moy je n'ay que des douleurs.

Ce Dieu qui dore l'univers
Des rayons de sa tresse blonde,
Ennemy des tristes hyvers,
Fait naistre avec les fleurs le plaisir dans le monde.
Chacun respire, &c.

Ce verd, dont l'esmail gracieux
Inspire une douce esperance,
En vain s'offre devant mes yeux,
Si Doris ne veut point alleger ma souffrance.
Chacun respire, &c.

 

 

 

 

Eccho qui responds à ma voix

 

Eccho qui responds à ma voix,
Que faut-il faire à mon martire ?
Pourray-je vivre sous ses loix
Sans oser me plaindre ou le dire ?
Arbres sacrez, & solitude & silence,
Je vous prends à tesmoings de ma constance.

Pourquoy luy dire mon tourment ?
L'on void assez sur mon visage
Que mon cœur souffre incessamment:
Mais sans espoir qu'on le soulage.
Abres sacrez, &c.