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Nicol Le Vavasseur,
Maitre des Enfans de Choeur de l'Eglise Cathedralle S. Pierre de Lisieux

 

Airs a 3, 4 & 5 parties

 

1626

 

  1. Amour ce tyran de nos ames
  2. Amour n'agueres desireux
  3. Bien que je sois absent des beaux yeux de j'adore
  4. C'est manquer de jugement
  5. Cher desespoir que je revere
  6. Dans ce val solitaire & sombre
  7. Dequoy vous sert tant de fierté
  8. Dittes cher soucy de mon ame
  9. Elle a changé mon coeur, la volage qu'elle est
  10. En fin cette rebelle a payé mon service
  11. Enfin ce petit dieu dont la trousse orgueilleuse
  12. Hastez vous Nymphe desirée
  13. Ie voudrois bien voir ma Philis
  14. Ma toute belle que de braise
  15. O Amour qu'elle est belle !
  16. Pour la derniere fois, Nymphes de ces fontaines
  17. Pourquoy mortels soupirez vous
  18. Quoy ? tu te retire de moy
  19. Rien ne peut doncques ma Philis
  20. Rompons-les, il est temps, toutes ces dures chaisnes
  21. Traitresse qui m'avez desrobé le coeur

 

 

A Trois

Dans ce val solitaire & sombre,
Le Cerf qui brame au btuit de l'eau,
Penchant ses yeux dans un ruisseau,
S'amuse a regarder son ombre.

De cette source une Naïade
Tous les soirs ouvre le portail
De sa demeure de cristal,
Et nous chante uen serenade.

Les Nymphes que la chasse attire
A l'ombrage de ces Forests,
Cherchent des cabinets secrets
Loin de l'embusche du Satyre.

Iadis au pied de ce grand chesne,
Presqu'aussi vieux que le Soleil,
Bacchus, Venus, & le Sommeil
Firent la fosse de Silence.

Un froid & tenebreux silence
Dort a l'ombre de ses Ormeaux,
Et les vents battent les rameaux
D'une amoureuse violence.

L'esprit plus retenu s'engage
Au plaisir de ce doux sejour,
Où Philomele nuit & jour
Renouvelle un piteux langage.

 

 

Dialogue à Trois

Dittes cher soucy de mon ame,
Aymez vous le retardement ?
Rien moins, mon soucy, je le blâme,
Et ne l'approuve nullement.

Que ne faites vous donc en sorte
De nous rendre tosu deux contens ?
Ma volonté n'est que trop forte:
Mais il faut attendre le temps.

Dans la flamme qui nous possede
Le deslay se tourne en poison,
Au contraire il est un remede
Pour nous donner la guerison.

Que vous sert vostre patience,
Si les miens mêmes en sont jaloux ?
I'espere que leur consçience
Les fera combattre pour nous.

I'ay peur que la longueur n'efface
Le bien dont nous devrions joüir,
Que voulez vous donc que je face ?
Ie suis prest a vous obeïr.

Souffrez seulement que j'habite
Loing du vain orgueil des Citez,
Ie le veux ma chere Charite,
Puis qu'ainsi vous le souhaitez.

Ie n'ay point de plus grande envie
Que de vivre parmy ces bois,
Ny moy que de passer ma vie
Esloigné de la Cour des Roys.

 

 

A Trois

Enfin ce petit dieu dont la trousse orgueilleuse
Est de Fer & d'Aymant,
Me veut faire sentir ce qu'une ame amoureuse
Peut avoir de tourment.

Il me fasche qu'il veuille esprouver ma constance
Qu'il n'a que trop de foy,
Par les tristes regrets dont on void qu'une absence
Nous transporte d'esmoy ?

Adieu donc chers soleils, dont la pudique flame
Brusle si doucement,
Que je ne voudrois pas en exempter mon ame,
Pour un moindre tourment.

Que le temps ennemy des amours les plus saintes
Ne vous face changer,
Vous verrez de ma part que ses longues atteintes
Ne me rendront leger.

Ainsi je soupirois de l'inhumaine
Qui me tient arresté,
Quand mes yeux tous mouillez luy firent voir ma peine
En son extrémité.

 

 

A Trois

Rien ne peut doncques ma Philis,
Flêchir ton obstiné courage ?
L'Amour veut d'un second outrage
Rendre mes malheures accomplis.

Ny ma constance, ny ma foy,
Que je te garde toute entiere,
En me privant de ma lumiere
N'oseront se plaindre de toy.

Ie sçay que mon ambition
Me fera paroistre coulpable:
Mais aussi seray je excusable
Si l'on void la punition.

Appreuve seulement le sort
Qui me blesse par ta constance:
Ie ne veux d'autre recompense
Qu'une si favorable mort.

 

 

A Trois

Cher desespoir que je revere,
Démon plus benin que severe
Aux vivans de vivre lassez;
Montre-moy ta sombre demeure
Puis que le Ciel veut que je meure
Dans mile contraires succez.

Ah ! je le voy ce lieu funeste,
L'air y vomit toujours la Peste,
Qui sort du gouffre d'un estang,
(Passage a la Parque facile,)
Et sa retraitte est dans une Isle
Ceintes de rivieres de sang.
La nuit d'un noir crespe voillée,

Paresseuse & déchevelée,
Se charmant les yeux de Pavos,
Dans son char y porte la rage,
L'effroy, le meurtre, le carnage,
Et l'Erebe fils du Chaos.

O que d'Eumenides bourrelles
Volent a costé de ses aisles !
Et que de Titans forcenez !
Que d'Oyseaux amis des tenebres,
Monstres hideux, songes funebres,
Spectres, & Demons déchainez.

La peur dont le chef se couronne
Des couleureaux d'une Gorgone
Y traine la temerité,
Et tasche par maint sacrifice
De rendre à ses fautes propice
Cette reyne d'obscurité.

Vous mesmes enfans de Parnasse,
Devriez icy prendre une place
Pour finir vostre pauvreté,
Et sans en accuser l'estude
Quitter l'ingratte servitude,
Ou vous avez toujours esté.

Mais Apollon vostre bon pere,
Par une fatale misere
Vous amuse en mile façons,
Et vous comble en vain d'esperances:
Car vos biens ne sont qu'aparences,
Ny vos escrits rien que chansons.

 

 

A Trois

Amour n'agueres desireux
De captiver trois belles dames,
S'en rendit luy mesme amoureux,
Et brusla dans ses propres flames.

Mais comme il vit que tous ses traits
Prenoyent de leur beauté naissance,
Et qu'elles avoyent des attraits
Plus forts que n'estoient sa puissance.

Contraint de fleschir sous leurs loix
Il rompit son arc de colere,
Et dit d'une plaintive voix
Ces mots de reproche a sa Mere.

Vrayment je me puis bien vanter
D'avoir sur les dieux de l'Empire,
Si je n'ay jamais sçeu dompter
Trois Nimphes pour qui je soupire.

Il n'est rien d'esgal aux appas
Que la nature a mis en elles,
Puis que les dieux ne peuvent pas
Vaincre des humeurs si rebelles.

Pardonne moy, mere Cypris,
Si j'ose dire que leurs faces
Vous ostent la gloire & le pris
Des mignardises, & des graces.

Ie vous jure que leurs beautez
Peuvent resister a mes charmes:
Car pour blesser les deïtez
Leurs yeux ont de si fortes armes.

Qu'Apollon armé de ses dards,
Et Iupin avecques sa foudre,
Par les esclairs de leurs regards
Seroyent bien tost en poudre.

 

 

A Quatre

Rompons-les, il est temps, toutes ces dures chaisnes
Qui nous serrent les mains, & sortons de prison,
Et que le sentiment de nos injustes peines
Face ce que debutoit avoir fait la raison.

Pour souffrir ces rigueurs il faut estre insensible,
Ou trouver des amants sans coeurs & sans esprits:
Car un homme d'esprit n'entreprend l'impossible,
Et l'homme courageux ne souffre ces mespris.

C'est errer si l'on peut avoir ce qu'on desire
Que de s'en retirer pour crainte du trespas,
Si pour la contenter la mort pouvoit suffire,
Nous nous y resoudrions, & ne la suivrions pas.

Mais vieillir en servant, & languir dans l'outrage,
Sans espoir d'obtenir qu'un mespris desdaigneux,
C'est montrer qu'en effect nostre peu de courage
Le pouvant supporter ne merite pas mieux.

Laissons donc cét esprit qu'en aymant l'on offence,
Et de la tyrannie en fin nous separons,
Que si l'on nous reprend du vice d'inconstance,
Aux loix de nostre honneur sagement recourons.

 

 

A Quatre

Ma toute belle que de braise
Ie sens quand ta bouche je baise,
Qui s'en va mon coeur consommant:
Et puis alors que je me joüe
A l'entour de ta belle joüe,
Ie suis privé de sentiment.

Les Dieux qui hument l'Ambrosie,
Par une extresme jalousie
De mon bon-heur sont envieux:
Mais belle il les faut laisser dire,
Et qu'ils gardent bien leur empire,
Vous baisant je suis dieu comme eux.

 

 

A Quatre

Quoy ? tu te retire de moy
Perfide trompeur & sans foy,
Apres avoir esteint ta flame ?
Ose tu regarder les Cieux
Sans aprehender que les Dieux
Ne punissent ta meschante ame ?

Ie sçavois vien que les amants
Plus que le vent sont inconstants,
Et que de changer ils font gloire:
Mais ne l'ayant a mes despens
Apris, ainsi que je l'apprens,
Certes je ne le pouvois croire.

Mais helas ! qui l'eust jamais creu,
Que celuy là dont j'ay reçeu
Tant de serments & tant de flame,
Eust sans aprehender les Dieux
Faussé la foy, que par les Cieux
Il m'avoit juré en son ame.

Autant de morts en y songeant
Que j'eus d'amour pour ce changeant
Ie sens couler dedans mes veines !
Si mon amour n'eust esté grand,
Plus moindre seroit mon tourment,
Et plus douces seroyent mes peines.

O vous, qui aymez constamment,
Iugez un peu en quel tourment
Peut estre mon ame reduitte !
Et pensez quel contentement
I'auray quand pour ce changement
Il reçevra ce qu'il merite.

 

 

A Quatre

Hastez vous Nymphe desirée,
Ou vous estes vous retirée,
Hastez vous venez nous trouver ?
Car les moments de vostre absence,
Nous causent plus d'impatience
Que ne font les nuits en hyver.

Pour nous rendre l'ame contente,
Ne permettez point qu'a l'attente
Vostre retardement soit joint:
Puisqu'un chacun de nous est blesme,
Comme s'il jeusnoit le Caresme,
Depité de ne vous voir point.

Aussi privez de vostre veuë,
D'attraits & de charme pourveuë
A nos yeux rien ne semble beau;
Icy le ciel melancolique,
De regret en à la Colique,
Et ne peut retenir son eau.

Mais quoy ? le dieu qui nous inspire
Vient tout maintenant de nous dire
Que vous arrivez pour nous voir,
Et pour un veritable augure
Nous avons veu contre nature
Du miel, & du beurre pleuvoir.

Les deitez de ces boccages
Courent le long de nos rivages,
Desireuses de vous servir,
Et vostre beauté plus qu'humaine
Leur represente une autre Helene,
Quand Paris la voulut ravir.

 

 

A Quatre

Ie voudrois bien voir ma Philis,
Le seul ornement de nostre âge,
Et adorer son beau visage
Qui en blancheur passe les Lys:
Mais las ! le desir, & la peur
Font la guerre dedans mon coeur.

Ie crains aprochant ses beaux yeux
Pour lesquels jour & nuit j'endure,
De ressentir la peine dure
De celuy qui tomba des Cieux.
Helas !, &c.

Si je m'avance de parler
Pour luy raconter mon martire,
La peur m'empesche de la dire,
Et me contraint de le celer.
Helas !, &c.

Ma belle qui voyez comment
Ie languis en ces deux extresmes,
Et comme je perds les sens mesmes,
Ayez pitié de mon tourment.
Donnez moy la vie ou la mort:
Car de vous despend tout mon sort.

 

 

A Quatre

Bien que je sois absent des beaux yeux de j'adore,
Il ne faut pas pourtant desesperer,
Un jour viendra je le dois esperer,
Que hors des flots sortira mon Aurore.
A celuy qui peut esperer
Ce mal est doux a endurer.

Certes il est bien vray qu'une trop longue absence
Cause en amour un fascheux deplaisir:
Mais ce n'est rien a l'esgal du plaisir
Qu'un bel objet cause par sa presence.
Un mal est estimé a rien
S'il est surmonté par le bien.

 

 

A Quatre

Amour ce tyran de nos ames
Brusle mon coeur de tant de flames
Que je ne sçay dire ou je suis
Au fort de si cuisants ennuis:
Ayez de moy pitié Amour
Ou je suis a mon dernier jour.

Les yeux de ma belle déesse
Ont remply les miens de tristesse,
Et je me sens noyer aux flots
De mile douloureux sanglots,
Estrange martyre nouveau
Ie meurs par le feu, & par l'eau.

Ie ne sçay ce que je dois dire
Sentant un si cruel martyre,
Ie me noye dedans mes pleurs,
Amour me brusle en ses ardeurs,
Ce peut il trouver un amant
Sentir plus que moy de tourment ?

Si ces flots n'estaignent la flame
Qui peu a peu brusle mon ame,
Si la flame ne vient tarir
Les eaux ou mon coeur va perir,
Ie peux asseurer, ô Amour !
Que je suis a mon dernier jour.

 

 

Dialogue à Quatre

Dequoy vous sert tant de fierté,
Belle & cruelle Panopée ?
De conserver ma liberté,
Et m'empescher d'estre trompée.

Quoy craindriez vous de voir changer
L'amour dont mon coeur vous revere ?
Ne m'en mettant point au danger,
La peur ne m'en travaille guere.

Vous feriez grand tort a ma foy
D'estimer mon ame infidelle.
Ie m'en ferois bien plus à moy
De vous aymer la croyant telle.

Mais deux ans ont peu faire voir
Qu'elle n'est feinte ny legere.
Mais un moment a le pouvoir
De me tesmoigner le contraire.

Il n'en faut point avoir de peur,
I'ayme trop le noeud qui m'engage.
Il ne fut jamais de trompeur
Qui ne tint le mesme langage.

L'amour si long temps éprouvé
D'eust chasser de vous cette crainte.
Le malheur aux autre arrivé
L'y d'eust toujours tenir emprainte.

Dont ne dois-je rien esperer,
Fors toujours pleurer triste & blesme ?
I'ayme mieux vous faire pleurer
Que me faire pleurer moy-mesme.

 

 

A Quatre

Elle a changé mon coeur, la volage qu'elle est,
Pour une moindre flame,
Pour faire voir a tous qu'elle est femme en effect,
Et que c'est qu'une femme.

Mais falloit-il pretendre en cét esprit leger
Amour moins passagere:
Car puis qu'elle estoit femme il faloit bien juger
Qu'elle seroit legere.

Ah ! je ne me plains pas de me voir delaisser,
Ny qu'elle se retire:
Mais qu'une femme estant, je devois bien penser
Qu'encore elles estoit pire.

Dieux ! quel fut le peché que l'homme avoit commis
Pour loger la Pandore,
Pour certain il fut grand, puis que ses femmes
Vous faites qu'il adore.

 

 

A Quatre

Pour la derniere fois, Nymphes de ces fontaines,
Oyez ma triste voix,
Prenez part a mes peines:
Celle qui nous rendoit ce rivage si doux
A jamais s'esloigne de nous.

Si quelque sentiment
Touche vostre pensée,
De voir en un moment
Tant de gloire effacée,
Arrachez de vos bords la verdure & les fleurs
Et joignez vos pleurs, & mes pleurs.

Quand la discretion
Qui m'impose silence,
De mon affliction
Retient la violence,
Au fort de mes douleurs je me cache de tous
Et me viens icy plaindre a vous.

Tout est remply d'ennuy,
De pleurs, d'inquietude,
Paris mesme aujourd'huy
N'est qu'une solitude,
Et l'on n'est maintenant en ce triste sejour,
A la Cour sans estre a la Cour.

Cez Prez delicieux
Quittans leurs robes vertes,
Paroissent a nos yeux
Des campagnes desertes,
Ces champs sont despouillez de fleurs & de moissons,
Et toujours couverts de glaçons.

Ne pensez pas qu'un jour,
Apres cette froidure,
Le Printemps de retour
Leur rende leur verdure,
L'astre qui r'amenoit cette belle saison
Ne luit plus sur nostre Orizon.

Voyla comme Daphnis
Contoit sur cette rive
Les tourments infinis
D'un amour excessive:
Mais il ne les connoit qu'en ces lieux escartez
De peur qu'ils fussent escoutez.

 

 

A Quatre

C'est manquer de jugement
De brusler plus longuement
Pour les yeux de Philis,
Puis qu'on les voit remplis
De plus de cruauté
Qu'elle n'a de bonté.

Elle croit que ses appas
Doivent conduire au trespas
Les braves de la Cour,
Et que pour son amour
Ils desirent mourir,
Sans se vouloir guarir.

 

 

A Quatre

Pourquoy mortels soupirez vous
De voir des yeux si pleins de flames,
Si vous aviez senty leurs coups,
Vos corps seroyent bien tost sans ames.
Adorez-les tant seulement
Pour esviter ce chastiment.

S'ils sont descendus icy bas
Quittans le lieu de leur naissance,
C'est pour envoyer au trespas
Ceux qui doubtent de leur puissance.
Adorez-les, &c.

Quel des humains se peuvent trouver
D'en aprocher sans artifice,
S'il ne vaut bien tost esprouver
D'Icare le mesme supplice.
Adorez-les, &c.

Ce n'est pas pour leurs cruautez
Que ces yeux sont si redoutables:
Mais ce sont leurs chastes beautez
Qui les font de tous indomptables.

Adorez-les tant seulement
Pour esviter ce chastiment.
C'est la douceur de leurs appas
Qui fait souffrir un tel martyre,
Et bien-heureux est le trespas,
Et qui pour ces yeux le desire.
Adorez-les, &c.

N'approchez donc pas de ces yeux
Sans vouloir offencer vos ames:
Car cela n'appartient qu'aux dieux
D'estre espris de leurs douces flames.
Adorez-les, &c.

Si les dieux blessez de leurs traits
Veulent joüir de leurs delices,
Contentez vous de leurs portraits
Pour leur faire des sacrifices.
Et les adoree seulement
Pour en esviter le tourment.

 

 

A Quatre

En fin cette rebelle a payé mon service,
Et rendu mes desirs satisfaits & contens,
En quoy j'ay recogneu qu'il faut que sous le temps
Toute chose fleschisse.

Desja ce grand flambeau qui les ans renouvelle,
A deux fois ramené l'une & l'autre saison,
Depuis qu'en essayant d'en avoir la raison
Ie suis esclave d'elle.

Mais malgré les mespris dont j'ay sçeu me repaistre,
I'ay tant fait qu'elle est mienne en toute liberté,
Et que de serviteur que j'ay long temps esté,
Ie suis devenu maistre.

Maintenant je la tiens, je la baise, & rebaise,
En me recompensant des tours qu'elle m'a faits,
Sans qu'effort, ny refus se montre en ses effets,
Ennemy de mon aise.

Voyla de mes desirs l'entierre joüissance,
Et comme a cette humeur sçachant m'accomoder
I'ay dedans son escole appris a commander
Par mon obeissance.

 

 

A Quatre

O Amour qu'elle est belle !
Cette douce rebelle
Qui retient mes esprits
Sous les loix de Cypris:
Ses yeux sont pleins de flame
Qui consomme mon ame:
Certes pour un sujét si beau
On doit aymer jusqu'au tombeau.

Elle est belle a merveille,
A nulle autre pareille,
Aussi pour son sujét,
Quittant tout autre objét,
I'embrasse son empire,
Agreant le martyre
Qu'un sujét si doux & si beau
Me fait souffrir jusqu'au tombeau.

 

 

A Quatre

Traitresse qui m'avez desrobé le coeur
Par les appas de miles oeillades,
Sus rendez-le moy, banissant la rigueur,
Aux douceurs d'autant d'acolades

 

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