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Monsieur Hurel
Meslanges d'Airs Serieux & a Boire, a II. & a III. Parties
avec les Basse-Continuës, les seconds couplets en Diminution, & Recits de Basse accompagnez de Basses-Continuës
a
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Chevalier,
Marquis de Clavezon, Comte d'Autun & de Lesseins, Monseigneur, La liberté que je prends de vous dédier cét Ouvrage me pourroit faire passer pour temeraire dans vostre esprit, si vous ne consideriez que la distance qu'il y a de vostre illustre Rang au peu que je suis; Mais, Monseigneur, aprés que vous avez fait connoistre à tout le monde que vous n'avez pas moins herité des vertus domestiques de Monseigneur vosyre pere, qui le rendoient si bien-faisant à ceux qui avoient l'honneur de l'approcher, que de ses vertus éclatantes qui l'ont fait admirer des Estrangers, je n'ay qu'à vous supplier de vouloir vous souvenir de la bonté avec laquelle ce grand Ministre vouloit bien quelquefois interrompre ses importantes occupations pour écouter les accents de ma jeune Muse, & j'espere que vous ne le trouverez pas mauvais de voir vostre illustre Nom à la teste des premieres productions qu'elle donne au public; Xerxès agrea bien autrefois un peu d'eau qu'un de ses moindres sujets luy presenta avec zele sur son passage. Je vous prie, Monseigneur, de considerer par cét endroit l'hommage que ie vous faits de ce petit Livre; Je seray trop heureux si ie puis par là vous divertir quelques moments, & vous donner une marque agreable du profond respect avec lequel ie veux estre toute ma vie, Monseigneur, Votre
tres-humble & tres-obeïssant serviteur, |
On ne
donne rien pour rien, Chacun icy
vaut son prix:
Si tu veux mon cur donne moy le tien;
Fusse-tu belle comme un Ange
Ie te demande pardon,
Ie n'en veux point faire de don,
Mais un échange.
Ie veux prendre un cur quand le mien est prix:
Encore que tu sois si belle,
Ie veux payer ton amour;
Ie serayjusqu'au dernier jour
Amant fidelle.
Quoy ?
pour une maitresse
Qui n'ayme qu'à changer
Auray-je la tendresse
D'un fidelle Berger ?
Non, volage Nanette,
Garbe bien ta houlette,
Ie veux avec le vin
Chasser tout mon chagrin.
Ah !
Qu'il est doux ! Non, non,
dit-elle en colere,
Qu'il flatte ma peine !
Ce baiser, Climeine,
Me le donnez-vous ?
Bien que mon adresse
Me l'ayt fait avoir,
A vostre tendresse
Ie veux le devoir.
Traistre, temeraire,
Tu me l'as surpris;
Ie suis aßez tendre
Pour te l'accorder;
Mais pourquoy le prendre
Sans le demander ?
Sortez vos
Moutons, Nanette,
Il est l'heure du Berger:
Déjà Tircis & Lisette
Sont le lond de ce verger
Qui se parlent d'amourette
Et je croy sans m'abuser
Qu'au travers de leur cachette
I'ay veu Tircis la baiser.
Sortez vos moutons, Nanette,
Il est l'heure du Berger.
Que la
bouteille
A pour moy de charmes puissants;
Philis, cette jeune merveille,
Avec ses airs tendres & languissans
Enchante beaucoup moins mes sens
Que la bouteille.
Quittons
l'amoureux mystere,
Quittons les tendres soupirs,
Goustons les charmants plaisirs
Que nous donne un dieu moins severe;
Son bon vin brille à nos yeux
D'un éclat plus precieux
Que le tein d'une Bergere.
Quoy
toûjours demander du vin ?
Toujours à plein gozier à boire,
Ie meurs de soif & de chagrin;
Ah ! Morbleu, qui le pourroit croire ?
Nos Lacquais sont plus fins que nous,
Ils ont tant bû qu'il en sont souls,
Ils dorment tous.
Que ces
mets delicats sont bien assaisonnez !
Que ce vin est friand ! Qu'il va peindre de
nez !
Qu'il va causer d'ardeurs ! Dans le fond de nostre
ame !
Inspirez de Bacchus qui president en ce lieu,
Ie vuide cette coupe en l'honneur de ce Dieu,
Et dis qu'amour est froid à l'égale de sa
flâme.
Vendangeons,
amis, vendangeons,
Le vin sera bon cette année,
Rions, chantons, buvons, mangeons,
Nous n'avons tous pleine vinée:
Bacchus nous faisant tant de bien,
Pour éterniser sa mémoire,
Mes chers amis
N 'espargnons rien,
Il nous faut tout manger à boire.
I'allois
au cabaret
Quand je trouvay l'Amour
Qui pretendoit faire accroire,
A peine dit-il est il jour,
Voy Cloris avant de de boire;
Que ton conseil est peu discret,
Il est nuit chez Cloris & jour au cabaret.
Il n'est
point de Berger
Dans nostre hameau
Qui soit mieux que moy ton affaire;
Ie scay joüer du chalumeau,
Et pour toy chaque jour je fais quelque air nouveau.
Cependant c'est en vain que je cherche à te
plaire,
Tu devrois y songer Bergerre,
Soit pour t'aymer ou garder ton troupeau.
Il n'est moins de Berger
Dans nostre hameau,
Qui soit mieux que moy ton affaire.
Si jamais
je vais à la taverne,
Ie veux que l'on me berne,
Son vin me lanterne,
Toutes les fois
Que j'en vois
Le reste du jour je suis sou
A me rompre le cou;
Mais quand je fais desbauche à la maison,
D'un vin naturel ou bon,
Soit champenois ou bourguignon,
Ie me couche toûjours avecque ma raison.
Efroyables
rochers, precipices affreux,
Solitaires tesmoins de ma douleur mortelle,
Et vous torrents impetueux
Dont l'onde écumante & rebelle
Inspire tant d 'horreur dans ces sauvages lieux;
Vos abismes profond & tous vos precipices,
Me paroissent encor de trop leger suplices
Pour punir un mortel dont je me plains à vous,
Son seul nom prononcé redouble ma cholere,
Ah ! C'est l'Hoste de la Galere
Qui ferlate son vin &le vend trente sous.
L'Hyver a
fini ses rigueurs,
Vous ne finissez point ma peine;
Tout rit dans cette aymable plaine,
Le Soleil fait naistre les fleurs,
Ah ! Voulez-vous belle inhumaine
Les arroser de mes pleurs.
Ie ne veux
point m'engager
De sçavoir que Fortune,
Favorable où bien importune,
Fait chez nous & chez l'estranger,
Non plus que de me charger
De ce qu'au clair de la Lune,
Le blondin avec la brune
Feront pour ce soulager;
Cét embaras, de connoistre
Ce qui peut ou qui doit estre
Ne ma jamais chagriné;
Mais mon desir est extresme
De sçavoir depuis que j'ayme,
Iris, je suis aymé.
Vous
chantez, Rossignols, et je soûpire encore,
Vous charmez Flore & les Zephirs;
Si je pouvois toûcher la beauté que
j'adore,
Ie ne changerois pas vos chants à mes
soûpirs.
