accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

Airs de Cour
|
ballets
|
cantates
|
madrigaux

oeuvres diverses
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales

|
sérénades
|
recherches
|

 

Anthoyne Boessét

Surintendant de la Musique de la Chambre du Roy, & de la Reyne 

Airs de Cour, avec tablature de Luth

 

 

Table
Airs de Cour

 

a

 

A la Reyne

Madame,

Les bien-faicts que je reçois tous les jours de vostre Maiesté ont tant d'excez que je ne puis en parler sans deffaut, ny les taire sans ingratitude: & particulierement ce dernier dont il luy a pleu de m'honorer, beaucoup au dela de mon merite & mesme de mon esperance; le ressentiment que j'en ay m'est si sensible, que rien ne me le sera jamais a l'esgal du desir de m'en rendre digne, & de vous tesmoigner par mes tres-humbles services, qui si vostre Maiesté pouvoit faire choix d'une personne qui eust plus de devotion envers elle. les efféts luy en rendront de jour en jour des tesmoignages plus manifestes que les paroles. Ce pendant je la supplie tres-humblement d'avoir agreables ces ouvrages que je luy dedie comme a l'unique deïté à qui tous les beaux esprits de la France doivent ce qu'ils ont de rare. Ie n'ay pas la vanité de pretendre de luy rien devoir en ce titre: mais j'ay bien l'ambition de contribuer avecqu'eux a sa gloire quelque travail non mesprisable, auquel si l'on trouve du deffaut (comme je n'en doute point) on n'en trouvera jamais a la devotion qui me fera le continuer pour le service de vostre Maiesté, en la qualité,

Madame,

De son tres-humble, tres-obeißant & tres-fidelle sujét & serviteur.
BOESSET

 

 

A la Reyne sur les Airs de Monsieur Boesset

Stances

Astre de l'Empire François,
Seul sujét des Dieux & des Roys,
Reyne, l'honneur du Ciel, & la Gloire des Reynes:
Reçevez ces dons precieux,
Ce sont des merveilles humaines,
Dignes de vos beautés la merveille des Cieux.

Ce sont des ouvrages divins,
Vainqueur du temps & des destins,
Dont le charme à pouvoir sur la Terre, & sur l'Onde,
Et qui malgré l'ire du sort,
Quand rien ne vivra au monde,
Feront vivre BOESSE'T long temps apres sa mort.

Les accords en sont ravißants,
Et leurs efféts sont si puißants
Que tout autre pouvoir dans leur exces s'efface,
Et qu'en la Terre, ou dans les Cieux
On ne trouve rien qui surpaße
Les charmes de ses Airs sinon de vos yeux.

Quel esprit ne l'admire pas
Quand il fait entendre icy bas
En ses divins concerts vos divines loüanges:
Les dieux les estiment si doux,
Qu'ils voudroyent changer tous les Anges,
Et pour eux reçevoir un seul BOESSET de vous.

Si BOESSET eust jadis esté
En ce siecle ou l'antiquité
Montroit de son erreur tant d'infames exemples:
On eust veu bien-tost les mortels
Bannir Apollon de ses temples,
Et mettre au lieu de luy BOESSET sur ses Autels.

IMBERT

 

 

Quelle est cette merveille
Qui lui d'une si vive ardeur ?
Quel Astre fait qu'à sa grandeur
Sa beauté soit pareille ?
Un regard de ses yeux
Fait vivre les mortels, et fait mourir les Dieux.

Le Ciel amoureux d'elle,
Est à sa voeux si complaisant,
Qui luy fait tous les jours present
D'une grace nouvelle.
Et l'Amour de ses yeux, &c.

O ! superbe avanture,
O ! sort unique & sans pareil,
Qui fait comme un autre Soleil
Admirer la nature.
Et l'Amour, &c.

Quel heur, & quelle gloire,
D'aßujettir nos libertés,
Où les vertus & les beautés
Disputent la victoire:
Et par qui les beaux yeux
Font vivre les mortels, & font mourir les Dieux.

 

 

Puis que ce Dieu vainqueur,
Philis par tes yeux
Vient surprendre mon coeur;
Pourquoy ne t'ont fait les dieux
Plus sensible à l'amitié,
Où du moins à la pitié ?

Si je devois sentir
Ces maux dans tes fers,
Tout ainsi qu'un martyr:
Pourquoy les ay-je souffers
Sans les dire en t'adorant,
Et sans espoir en mourant ?

Mais je dois esperer
Au moins de mon sort
L'honneur de l'endurer ?
Et croire qu'apres ma mort
Tu me nommeras un jour
Martyr de gloire & d'amour.

 

 

Recit de Iunon

Ie ne suis plus cette Iunon
Pleine de gloire & de renom,
Pour vous belle princeße je perds ma royauté.

Refrein des Graces
L'une de ces déeßes, &c. vous surpaße en majesté,
L'autre en beauté.

L'une à fait le plus grand des Roys,
L'autre le tient deßous ses loys.
Pour vous belle princeße je perds ma royauté.

Les Graces
L'une de ces déeßes, &c.

 

 

Ie sers de l'oeil & du penser
La seule deité parmy nous adorable,
Et la crainte de l'offenser
Accroist ma passion, & la rend plus coupable.

O ! que les amants
Souffrent de tourments,
Quand le respect & la crainte
Leur deffend la plainte.

Ie croy parmi ces dures loix
Mes soupirs innocens du crime qui la touche,
I!s sont prisonniers toutes-fois,
Et pour leur liberté je n'ose ouvrir la bouche.

O ! que les amants, &c.

Le feu dans mes veines caché
Surpaße les douleurs mesme en leur violence,
Et ce pendant pour mon peché
Ce supplice est plus doux que celuy du silence.

O ! que les amants, &c.

 

 

A la fin cette Bergere
Sent les maux que j'ai soufferts,
Et sa foy jadis legere
Perd ce tiltre sans ses fers:
Nous vivons soubs mesme loy
Puis que je la tiens à moy.

Non, je n'ay plus cette crainte
Que j'avois par le paßé:
Car Phillis se trouve attainte
De ce trait qui m'a bleßé.
Nous vivons, &c.

Mes feux ont produit sa flame
Qui me rend esgal aux dieux,
Et l'amour est dans son ame,
Qui n'estoit que dans ses yeux.
Nous vivons, &c.

Mon amour recompensée
N'aura plus de desplaisir,
Nous n'avons qu'une pensée,
Qu'un vouloir, & qu'un desir.
Nous vivons, &c.

 

 

Cruel tyran de mes desirs,
Respect de qui la violence
Au plus fort de mes desplaisirs
Me veut imposer le silence:
Permets qu'aux Rochers seulement£
Ie conte les ennuis que je souffre en aymant.

Ces bois eternellement sourds
Ne sont point suspects à ma plainte,
Les Ecchos y dorment toujours,
I'y suis hors de toute contrainte,
C'est là que je puis seulement

Desclarer les ennuis que je souffre en aymant.
Tout cede au pouvoir de ses yeux,
Leur clairté n'ont point de pareille,
L'autheur de la Terre & des Cieux
N'admire qu'en eux ces merveilles.
Außi se beauté seulement
Est digne des ennuis que je souffre en aymant.

Si la Fortune quelque jour
Exauce ma juste requeste,
Et fait triumpher ma amour
De cette penible conqueste:
Alors aux Rochers seulement
Ie diray les plaisirs que l'on gouste en aymant.

 

 

Recit

Ne deliberons plus, alons droit à la mort,
La tristeße m'appelle à ce dernier effort,
Et l'honneur m'y convie,
Ie n'ay que trop gemy:
Si parmy tant d'ennuis j'ayme encore ma vie,
Ie suis mon ennemy.

O beaux yeux ! beaux objets de gloire & de grandeur !
Vives sources de flame, ou j'ay pris une ardeur
Qui toute autre surmonte
A moins que du trespas,
Puis-je expier le crime, & reparer la honte
D'estre ou nous n'estes pas ?

Quelqu'un dira pour moy que je fais mon devoir,
Et que les volontés d'un absolu pouvoir
Sont de justes contraintes:
Mais a quelle autre loy
Doit un parfaict amant des respects, & des craintes,
Qu'à celle de sa foy.

Quand les dieux s'offriroyent a combler mes desirs
Des honneurs les plus chers, & des plus doux plaisirs
Dont leur richeße abonde,
Que sçauroy-je esperer ?
Aquoy vostre presence, ô merveille du monde !
Ne soit à preferer ?

On parle de l'Enfer, & des maux eternels
Qu'ordonne sa rigueur a ces grands criminels
Dont les fables sont pleines:
Mais ce qu'ils souffrent tous
Le souffray-je pas seul en la moindre des peines
D'estre esloigné de vous ?

I'ay beau par la raison exhorter mon amour
De vouloir reserver à l'aise du retour
Quelque reste d'allarmes:
Miserable qu'il est,
Contenter sa douleur, & luy donner des armes
C'est tout ce qui luy plaist.

Non non, laißons nous vaincre apres tant de combas,
Allons faire estonner les ombres de la bas
De mon visage blesme,
Et sans nous consoler,
Mettons fin à des jours que la Parque elle-mesme
A pitié de filer.

Ie cognois Florimene, & n'ose desirer
Qu'un tendre sentiment l'obligeant a pleurer
Son repos importune:
Mais cela m'arrivant
Quelle seroit ma gloire, & pour qu'elle victoire
Voudrois-je estre vivant ?

 

 

Air Espagnol

Frescos ayres d'el prado que'a toledo vays que'a toledo vays decid ami dueno como me dexais.

Pesares y enojos me quitam el sueno
Do llegan pesares
Va s'el descanso.


 

Fraîches brises du Prado, qui allez à Tolède,
Dites à mon maître comment vous me laissez.

Soucis et chagrins m'enlèvent le sommeil;
Là où arrivent les soucis, le repos s'en va.

 

 

Haut de page

 

traduction: Jacqueline & Alain DUC