
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Jean-Baptiste Bousset
Airs
nouveaux sérieux & à boire,
Livre
X
dediez à Madame
la Duchesse
de Bourgogne
1711
|
||||||||||||||||||||||||||||||

Airs Sérieux & Airs à Boire

Quand
je bois a l'objet que j'aime Par
ce nectar mon ardeur se reveille, Que fais-tu
jeune papillon ? Mais en vain
je l'appelle, L'Amour a dequoy
charmer, Au son de ma
Musette La volage
hirondelle, Depeschés
vous trop aimable jeunesse De qui dois-je suivre les
loix ? Pour vous assûrer la
victoire, Je resvois
qu'Iris estoit tendre, Refermés-vous
mes yeux,
Le vin m'en paroist plus charmant,
Mon Iris estes vous de même
Quand vous buvés a votre amant ?
Goûtons le plaisir en ce jour
De rendre un hommage a l'amour
Aux dépends du Dieu de la
treille.
Disoit la douce violette,
Pourquoy me laisser seulette
En butte aux traits du vieux freslon ?
Sans doute qu'une fleur plus belle
Dérobe a mes voeux l'inconstant;
Ah ! devois-je croire un instant
Qu'un papillon seroit fidelle ?
Et Baccus fait toute ma gloire:
Mon coeur est toujours prest d'aimer
Mon gozier toujours prest a boire.
Allons tous sur l'herbette
Joüir des douceurs du Printemps.
Et les doux chants de Philomele,
Annoncent le beau temps.
Faites renaistre la tendresse,
Comme les fleurs renaissent
Dans nos champs.
Bacus m'enchante,
L'Amour me tente,
Iris determinés mon choix.
Laissés vous enflamer,
Je cesseray de boire,
Quand vous commencés d'aimer.
Refermés vous mes yeux,
C'est une douce erreur,
Mais sa rigueur
Deffend de m'y laisser surpendre:
Que pouvés vous attendre ?
Un songe avoit fait mon bonheur,
C'est au sommeil a me le rendre.

Versés
moy de ce brevage, Lorsque
Bachus joint ses armes Tous
deux flatent mieux nos desirs. Sur ces Lis,
& ces violettes, Abeilles vous
vivés de fleurs, 2eme
Couplet Abeilles,
&c. 3eme
Couplet Abeilles,
&c. Amour, je t'ay fait
resistance Amour, je sens ta
violence, Regne dans mon coeur a
jamais, Le Printems
commence a paroistre, Voici le temps
où l'Amour est le maistre, Allons en vendange
Cythere, L'amour prepare aux coeurs
la plus charmante yvresse, Pour prix de
la liberté Est-ce avoir
trop acheté 2eme
Couplet Et je vais
jusqu'au tombeau
Versés, j'en sçay faire usage,
C'est pour boire la beauté
Dont je suis enchanté.
A celles du Dieu des plaisirs,
L'un & l'autre ont plus de charme,
L'Aurore vous invite à recueillir ses
pleurs:
Et nos Bergeres de fleurettes.
Tout fleurit jusqu'à ces herbettes
Qui se parent pour vous d'inocentes
couleurs:
Le miel naît de vos amourettes
L'Amour pouvoit il mieux nous marquer ses douceurs
?
Je me flatois d'échaper a tes coups,
Pardonne, j'ignorois quelle etoit ta puissance,
Je ne connoissois pas tes charmes les plus
doux:
Trop heureux d'éprouver tes traits
!
N'exerce point d'autre vengeance.
Desja les jeunes zephirs
De leurs volages soupirs,
Flatent les fleurs qu'ils ont fait
naistre:
Iris tout ressent ses desirs,
Ah ! que de coeurs cont goûter ses plaisirs
!
Le vostre ne veut-il pas l'estre ?
Venés, vous ne sçauriez mieux
faire,
Venés, jeunes beautés y presser le
raisin:
Et les soupirs, et la tendresse
Seront le seul tribut qu'il prendra sur le
vin.
Qui m'est a jamais ravie,
Mon coeur se trouve enchanté
Dans les liens de Silvie:
Un bien si digne d'envie ?
Mes jours ont un sort nouveau,
Amour va filer leur trame,
Sans l'aide de son bandeau,
Ce Dieu regne dans mon âme:
Brûler de la même
flâme.

Tu
n'es plus le Dieu de la tonne, L'Amour
offre des biens charmans, Vous
m'aviés donné de l'Amour, Vous
pouvez aimer quelque jour, Ce
n'est point un Amant leger Un
coeur en vous aymant 2eme
Couplet Un
coeur, &c. Toujours
Philis plaist a mes yeux, Le vin prend
de nouveaux attraits Tu jures que ton coeur
m'adore Mais un feu qui se
renouvelle, Tu veux que je
boive sans cesse, Tout inquiete
un coeur amoureux, L'Himen a choisi ce
jour Sans le secours de ses
feux 2eme Couplet Sans le secours,
&c. 3eme Couplet Epoux gardés bien
vos feux, Tourterelle,
dans ces forests Helas ! que
votre sort est doux !
Bachus tes honneurs sont detruis,
Tes doux côteaux n'ont point de fruits,
On ne reconnoit plus l'Automne ?
Tu ne nous offre plus a boire;
Tu vas rester sans sujet & sans gloire,
Tous les buveurs vont devenir Amans.
Je l'ay perdu Climeine.
L'espoir en vous faisant ma cour
N'a point flaté ma peine.
Alors moins inhumaine,
Vous verrés qu'il faut du retour
Pour serrer une chaîne.
Qui cherche a vous prouver mon zêle,
C'est pour ne jamais changer
Qu'Amour sous vos loix m'apelle:
Ne court point le danger
D'estre un jour infidelle.
Rien ne pourra me partager,
Vous me serés toujours nouvelle;
Quel bonheur de s'engager
Dans une chaine si belle !
Toujours elle est aimable,
Et je sens redoubler mes feux
En la voyant a table:
En aprochant sa bouche,
Et l'Amour y trempe ses traits
Au moment qu'elle y touche.
Aprés m'avoir manqué de foy,
Quoy ! tu veux me tromper encore,
Et tu veux r'animer l'amour que j'eu pour
toy:
Dans un coeur delicat ne se fait plus sentir,
Un infidel Amant malgré son repentir,
N'est a mes yeux qu'un infidelle.
A mon Rival tu refuses du vin,
Mon Iris, quel est ton dessein ?
Ne doit-il point allarmer ma tendresse ?
Qu'espere tu de ce brevage ?
Tu dois m'en donner moins pour animer mes feux
Si tu veux me tromper, verse m'en
davantage.
Pour sa plus belle conquête,
A-t-on averti l'Amour
De se trouver à la fête ?
L'Hiver ne peut être heureux.
Volés Amours, hatés vous,
Blessez de vos douces armes
Le coeur de ces deux Epoux,
Repandez sur eux vos charmes:
Mais tout rit a nos desirs
Je vois le Dieu de Cythere,
Il est suivi des plaisirs,
De la Nuit & du Mistere:
C'est le moyen d'estre heureux.
Vous repondés à mes tristes
regrets,
Sans rien sentir de mes peines cruelles:
Tous les amans sont parmy vous
Toujours tendres, toujours fidelles.