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Les Nuits de Seaux
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Histoire du Chasteau de Seaux
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Le
domaine de Sceaux acquis le 11 avril 1670 par le ministre
Colbert (1619-1683), n'est alors composé que d'un
simple manoir champêtre entouré d'un jardin
d'une cinquantaine d'hectares, et dont les premières
traces remontent au XVe siècle. Le ministre le
transforme considérablement. Il
fit agrandir l'hôtel existant et chargea Le
Nôtre de dessiner un parc à la
française. Il demande Lebrun (1619-1690) de tous les
embellissements. L'histoire
du village de Seaux demeure indissociable de celle du
domaine et de ses propriétaires successifs:
après Colbert, son fils aîné le marquis
de Seignelay, puis le duc et la duchesse du Maine, et le duc
de Penthièvre, pour les plus notables. En
1700, la petite-fille du Grand Condé, la Duchesse du
Maine, s'établit à Seaux dans le beau chateau
qu'avait embelli Colbert, grâce à Perrault pour
Architecte, à Lebrun pour les peintures, à
Puget & Girardon pour les statues disposées dans
les bosquets. La
Duchesse du Maine, femme intelligente, spirituelle, &
vive, convoquait aupres d'elle sa cour galante, le Duc de
Bourbon, Mlle d'Enghien, le Duc de Nevers, les
Duchesses de la Ferté, d'Albemarles,
d'Estrées, Lauzun, Rohan, La Feuillade, de Coislin,
de Mirepoix; le Comte d'Harcourt, les dames d'Artagnan, de
Chimay, de Croissy, de Livry, & les auteurs Madame de
Staal Launay, Messieurs Hesnault, de Mesmes, le
Président Destouches, la Motte Houdard, Fontenelle,
Voltaire, Danchet, la Fare: nous avons la
Société de Seaux. L'âme
des Divertissemens intellectuels offerts par cette Cour
était l'ancien précepteur du maître de
la maison: Monsieur de Malézieu. L'Abbé
Gesnest & Mlle de Launay le secondaient de
leur mieux. Mlle
de Staal disait que Madame la Duchesse dormait peu, &
mal,, trop active & fiévreuse. Que
faire ? Fontenalle disait: "la difference entre une
pendule & Madame la Duchesse du Mainte est que la
pendule marque les heures, tandis que la Duchesse les fait
oublier." On
fit des impromptus, dont les sujets furent tirés au
sort, dans un sac; on fit des enigmes, Voltaire prit
l'oiseau & rima: On
laissa à la Duchesse du Maine la gloire de deviner le
mot: oiseau. On
en vit vite aux distractions plus compliquées, mieux
préparées, ballets, comédies. Ce furent
Les Grandes Nuits de Seaux, qui durerent de 1714 à
1753, année de la mort de la Duchesse du
Maine. La
premiére fut une scene dans laquelle La Nuit
remerciait la Duchesse de la préférence
qu'elle lui accordait au detriment du jour. Il
y eut Grande Nuit tous les quinze jours. Chacune
était organisée par un Roi & une Reine,
désignés, & qui travaillaient à la
fête, en payant les frais. On
vit ainsi un Ballet des Quilles animées, des
Groenlandois, un Dialogue de l'Aurore de
d'Hepérus; c'étaient des feux d'artifice,
des distributions de fleurs ou de bijoux par des
déesses de la mithologie. Les
fêtes avaient lieu dans le Pavillon de l'Aurore. Dans
la troupe Ducale, chacun avait son sobriquet: ainsi on
disait Malézieux le curé; Genest,
l'Abbé Pegase ou l'Abbé
Rhinoncéros; le Duc du Maine, le
Garçon; Madame d'Artagnan, la
voisine... Et
l'on s'amusait. En
1703, la Duchesse a créé un ordre & un
signe de ralliement pour tous ses amis, L'Ordre de la
Mouche à Miel, avec une ruche pour insigne.
Mademoiselle de Nantes avait appellé la Duchesse, qui
était petite, la "poupée de sang". Et
la Poupée prit pour devise de son ordre, au-dessus
d'une abaille: Matho
était le musicien attitré, Genest rimait les
couplets, Malézieux écrivait les comedies. Aux
Grandes Nuits, les couples, reine & roi, continuaient
à se dépenser en imagination & en argent
pour varier des programmes somptueux & fastidieux, La
Tour de Babel, Les Peuples Elémentaires,
&c. A
la unziéme Grande Nuit, le faste & le luxe
étaient montés au comble. On jasait, on
grondait. L'argent
s'en allant, la bêtise diminua, & l'interet
litteraire s'accrût. Une Comedie-Ballet fut
demandée à Destouches & à Mouret,
pour la musique. Ce fut Les amours de Ragonde, qui
firent le tour des théatres de société.
Ce fut, par Lamotte & Mouret, Apollon & les
Muses, Ballet-Pantomime, l'un des premiers, avec Mlle
Prevost pour ballerine. Quand à la Duchesse, assez
mauvaise comédienne, elle abordait les plus grands
rôles, Iphigenie, Célimene,
Laurette de la Mére Coquette; ou encore dans
La Comédie, intermédes de la
seiziéme et derniére Grande Nuit, en
1715. Cependant,
Louis XIV est moribond. Les Grandes Nuits cesserent. La mort
de Louis XIV ferma le théatre de Seaux, pour trente
années. Sous la Régence, la Duchesse fut
exilée. Un
long-temps se passe... En
1747, la Duchesse est veuve; Malézieux, Genest,
Chaulieu sont morts. Les Oiseaux de Seaux, les
Noctambules sont disparus ou
dispersés. En
1753 mourait cette étonnant Duchesse, qui pleurait si
un partenaire était en retard d'un quart d'heure,
mais qui apprenait sa mort dans sourciller. Le rideau tomba
sur son théatre abandonné, & sur la
comedie de sa vie aux bougies...
En français composent un nom,
Et je porte sur ma personne
De quoi l'écrire sans crayon.
Ce
fut un role tres recherché, & une rivalité
mena aux grosses dépenses. La Reine élue
choississait son Roi, ou bailleur de fonds, sinon
d'idées.
[elle est petite, mais elle fait de grandes
blessures]
Il y eut des spectacles qui furent fort goûtés
chez Monsieur de Malézieux, comme Les
Divertissemens de Seaux, de Dancourt, ou Les
Importuns de Châtenay.
La Duchesse crut bon & prudent de supprimer les
Royautés des Noctambules, & donna un
Divertissement plus simple.
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![]() ... On ne saurait esquisser une histoire de la comédie de société sans dire quelques mots de la duchesse du Maine. Cette enragée de distraction, cette galérienne du bel esprit, cette égoïste à la quatrième puissance, qui "ne pouvait se passer des gens dont elle ne se souciait point", a contribué à répandre ce divertissement, et c'est là sans doute son principal titre à l'indulgence de la posterité. Le rire n'est-il pas l'argument de la gaieté, comme la gaieté est l'apanage de l'optimisme ? Peut-être la révélation d'un nouveau plaisir égale-t-elle pour le monde la découverte d'une étoile, car la vie ne vaut la peine d'être vécue que par la combinaison du nécessaire, de l'agréable, de l'utile, & les maladies morales ne sont pas les moins redoutables. En vulgarisant le goût de la comédie de société, cette petite-fille du grand Condé & ses courtisans ne songeaient qu'à s'amuser. L'Oracle du château de Sceaux, l'homme universel et infatigable, c'est Nicolas de Malézieu, ami de Bossuet & de Fénelon, membre de l'Académie des choses & de l'Académie des paroles; grand organiseur de fêtes, improvisant à volonté comédies, ballets, chansons, intermèdes, virelais & autres bagatelles. Malézieu
composa: Pugopolinice capitaine d'Ephèse,
les Importuns de Chastenay, la Tarentole,
le Prince de Cathay, divertissement orné de
musique, & destiné à rappeler la fondation
de l'ordre de la mouche à miel. "Je jure, par les abeilles du mont Hymète, fidelité & obeïssance a la directrice perpetuelle de l'Ordre (la Duchesse du Maine); de porter toute ma vie durant la medaille de la Mouche, & d'accomplir, tant que je vivray, les statuës de l'ordre; & si je fausse mon serment, je consens que le miel se change pour moi en fiel, la cire en suif, les fleurs en ortiës, & que les guépes & les frelons me percent de leurs aiguyons." C'est dans la Tarentole, que la Duchesse du Maine monta pour la première fois sur scène. Elle devait apprendre bien d'autres personnages: Molière & Quinault, Genest & Marivaux, Malézieu & Madame de Staal de Launay, tous étaient son domaine & sa proie, tous relevaient de sa mémoire, de sa présomption; elle s'en tirait passablement pour une Altesse, mieux en tout cas que la reine Marie-Antoinette, qui jouait royalement mal & chantait si faux, d'après Garat. ... Le jeu, les loteries poétiques paraissant à la longue un peu monotone, l'abbé de Vaubrun imagina un nouveau divertissement en l'honneur de la Poupée de Sang. La
déesse de la Nuit apparut à l'improviste,
enveloppée de ses crêpes, remercia la princesse
de la préférence qu'elle lui accordait sur le
Jour; elle avait un suivant qui chanta un air de
circonstance arrangé par Malézieu &
Mouret. D'ordinaire,
le roi & la reine se contentent de combiner trois
intermèdes héroïques ou pastoraux,
séparés par des reprises de jeu. Ainsi,
pendant la quatrième Nuit, le premier
intermède est rempli par un jeu de quilles
animées qui se plaignent qu'on ne les admettent point
à ces divertissements; dans la deuxième, on
voit un ambassadeur Groënlandais qui, avec des
compliments dignes de Gongora, offrent à Son Altesse
Sérénissime la souveraineté de leur
pays; la fête se termine par un dialogue
d'Hespérus & de l'Aurore. Chargé
d'orgniser la treizième Nuit, l'abbé de
Vaubrun s'adresse à Destouches & Mouret, qui
écrivent un opéra-ballet, Les Amours de
Ragonde, véritable farce de carnaval,
agrémentée d'une musique gaie &
spirituelle. Mme
de Staal de Launay fit des vers pour quelques-unes des
Nuits, les plans pour plusieurs autres, & on la consulta
pour toutes. Pour le théatre de Sceaux, elle
écrivit deux comédies en 1747,
L'Engouement, La Mode,pleines d'amusantes
critiques contre certains ridicules de la
société. On y savoure des dialogues
spirituels, des traits de caractères empruntés
à plusieurs personnages, accumulés sur un
seul. d'après "La Société Française du XVI° siècle au XX° siècle", par Victor du Bled, 1911 |
![]() |
![]() ... La Mouche à Miel nous introduit dans un milieu plus aristocratique, ce qui ne signifie pas plus réservé. Cet Ordre fut créé le 11 juin 1703, pour rendre hommage à la souveraine en miniature qui trônait bruyamment et somptueusement au château de Sceaux. Devenue duchesse du Maine à l'âge de seinze ans, en 1692, Louise-Bénédicte de Bourbon, petite-fille du grand Condé, n'avait pas tardé à asservir son mari à toutes ses fantaisies, à toutes ses hardiesses. Afin d'avoir sa Cour bien à elle, elle décida, en 1700, le duc du Maine à acheter le château de Sceaux, dont elle fit son Chantilly, son Marly & son Versailles. Très petite de taille, mais jolie & piquante, elle avait été surnommée, ainsi que ses oeurs, par Mlle de Nantes, fille légitimée de Louis XIV, la poupée de sang. Ses courtisans et admirateurs, pour la venger de cette appellation, lui avaient décerné comme emblème et comme devise une Mouche à miel, avec ces paroles de l'Aminte, du Tasse: [je suis petite, mais je sais pourtant de graves blesseures] A l'occasion de la représentation d'une comédie où la duchesse avait joué le rôle de Finemouche, sa devise avait été aussitôt versifiée en un coupelt galant: Fait de grandes blessures; Craignez son aiguilon fatal, Evitze ses piqûres. Fuyez,
si vous pouvez, les traits Un
jour qu'une grande compagnie s'était trouvée
réunie auprès de la duchesse, à Sceaux,
on avait parlé de cette devise; on l'avait
trouvée heureuse, et quelqu'un s'avisa de dire qu'il
faudrait former une Société des personnes qui
avaient le plus souvent l'honneur de venir à Sceaux,
et qu'on appellerait cette Société
l'Ordre
de la Mouche à miel. Dans un fête qui fut donnée à Châtenay, chez Malézieu, le dimanche 3 août 1704, par le duc et la duchesse du Maine, et dont l'abbé Genest nous a transmis la description, eut lieu la représentation d'une comédie-ballet, Le Prince de Cathay, dans laquelle de Malézieu, lui-même, jouait le rôle d'un Prince de Samarcand, et était reçu chevalier de la Mouche. L'officier ou héraut de l'Ordre qui lisait les serments était M. de Brassac, enseigne des gardes de M. le duc du Maine. Il était vêtu d'une longue robe de satin incarnat, semée de mouches à miel d'argent; et il avait une coiffure en forme de ruche. Le Prince de Samarcand, persécuté par une impitoyable fée, réduit par ses enchantements à courir l'univers sans pouvoir prendre aucun repos, admire le palais enchanté de Châtenay, où l'on conduit ses pas errants; la divinité du lieu, Ludovise, rompt le charme et lui rend la liberté. Le Prince veut alors consacrer à jamais à la fée bienfaisante sa précieuse liberté; Ludovise y consent: Et vous témoigner mon estime. J'ai choisi des amis d'un mérite sublime, Qui goûtent près de moi de tranquilles plaisirs; Vous allez partager un sort si désirable, Pourveu que vous soyez capable De pratiquer comme eux mes justes règlements. On va les apporter; vous en saurez l'usage. Le héraut de l'Ordre lui donne alors lecture des statuts de l'Ordre et sur chaque article recueille son serment: Article premier - Vous jurez et promettez une fidélité inviolable, une aveugle obéissance à la grande Ludovise Louise, dictatrice perpétuelle de l'Ordre incomparable de la Mouche à miel. Art. 2 - Vous jurez et promettez de vous trouver dans le palais enchanté de Sceaux, chef-lieu de l'Ordre de la Mouche à miel, toutes les fois qu'il sera question d'y tenir chapitre; et cela toutes affaires cessantes, sans même que vous puissiez vous excuser sous prétexte de quelque incommodité légère, comme goutte, excès de pituite, ou gale de Bourgogne. Art. 3 - Vous jurez et promettez d'apprendre incessament à danser toutes contre-danses, comme Furstemberg, Pistolet, Derviche, Pet-en-Cul, et autres [la Ferlane, l'Amitié, la Chasse, la Sissone, les Tricotets et Mme de la Mare]; de les danser encore plus volontiers, s'il le faut, pendant la canicule que dans les autres temps, et de ne point quitter la danse, si cela vous est ainsi ordonné, que vos habits ne soient percés de sueur, et que l'écume ne vous en vienne à la bouche. Art. 4 - Vous jurez et promettez d'escalader généreusement toutes les meules à foin, de quelque hauteur qu'elles puissent être, sans que la crainte des culbutes les plus affreuses puisse jamais vous arrêter. Art. 5 - Vous jurez et promettez de prendre en votre protection toutes les espèces de mouches à miel, de ne faire jamais de mal à aucune, de vous en laisser piquer généreusement sans les chasser, quelque endroit de votre personne qu'elles puissent attaquer, soit joues, jambes, fesses, etc., dussent-elles en devenir plus grosses et plus enflées que celles de votre majordome. Art. 6 - Vous jurez et promettez de respecter le précieux ouvrage des mouches à miel, et à l'exemple de votre grande dictatrice, d'avoir en horreur l'usage profane qu'en font les apothicaires, dussiez-vous crever de réplétion. Art. 7 - Vous jurez et promettez de conserver soigneusement la glorieuse marque de votre dignité, et de ne jamais paraître devant votre dictatrice sans avoir à votre côté la médaille dont elle va vous honorer.
réception d'une chevalière Le récipiandaire reçoit la décoration, cependant que le Choeur chante: Il novo cavalier della mosca La médaille de l'Ordre représente, à l'avers, le portrait de la Duchesse du Maine avec la légende en lettres initiales: Anne-Marie-Louise, baronne de Sceaux, Dictatrice perpétuelle de l'ordre de la Mouche. Dans le champs du revers, une abeille paraît voler vers une ruche, avec la devise: Piccola si, fa ma pur gravi le ferite. On reconnaît, à la formule du serment que les chevaliers de cet ordre prononçaient à leur réception, l'enjouement, la gaieté et le sel qui régnaient dans la cour de cette aimable princesse: "Je jure par les abailles du Mont Hymette, fidélité et obéissance à la Dictatrice perpétuelle de l'Odre, de porter toute ma vie la médaille de l'Ordre, et d'accomplir, tant que je vivrai, les statuts de l'Ordre; et si je fausse mon serment, je consens que le miel se change pour moi en fiel, la cire en suif, les fleurs en orties, et que les guêpes et les frelons me percent de leurs aiguillons."
Cette médaille, frappée en 1703, est d'or, et pèse 3 gros 60 grains. Est-il utile de dire que le titre de Chevalier ou de Chevalière de l'Ordre était très recherché ? "Dès qu'il y avait quelque place vacante, toutes les personnes de la cour briguaient pour l'obtenir. Le cas arriva six ou sept mois après que je fus dans sa maison. Grand nombre de prétendants se présentèrent, entre autres les comtesses de Brassac et d'Uzès, et le président de Romanet. Cependant celui-ci l'emporta, au préjudice des dames, qui affectèrent un grand ressentiment, et se plaignirent que l'élection n'avait pas été juridique. Cela me fit imaginer de dresser, en leur nom, une protestation en termes de palais, et d'une écriture de chicane, que j'envoyai par une voie inconnue au président. Je ne confiai le petit secret à personne et j'eus le divertissement de voir l'inquiétude où l'on était pour découvrir d'où venait cette pièce. On l'attribua à M. de Malézieu, ou l'abbé Genest; ensuite aux personnes interessées: on sut qu'elles n'y avaient aucune part. Enfin les soupçons descendirent jusqu'aux plus ineptes de la maison, sans arriver jusqu'à moi, qui me contentai de jouir de l'embarras où l'on était, et d'en entendre parler sans cesse, pendant plus de quinze jours que cette inutile recherche occupa. Elle me donna lieu de faire ces vers, que l'incertitude du succès m'empêcha de produire: D'avoir part à l'écrit qui vous met en cervelle; L'auteur que vous cherchez n'habite point les cieux. Quittez le télescope, allumez la chandelle, Et fixez à vos pieds vos regards curieux: Alors, à la clarté d'une faible lumière, Vous le découvrirez gissant dans la poussière. [mémoires de Mme de Staal, écrits par elle-même] Les dames et les chevaliers les plus familiers à Sceaux avaient reçu des surnoms pittoresques, évoquant sans doute quelqu'une de leurs manies ou de leurs graces. La grande maîtresse, dictatrice de l'Ordre, était fréquemment désignée dans les magrigaux sous le nom de Ludovise (plus poétique sans doute que Louise) et aussi de Laurette, en souvenir d'un rôle qu'elle avait joué dans une comédie; comme sous ce nom, elle était la maîtresse de Champagne, le Duc de Nevers avait aussitôt madrigalisé: Que ses yeux ont de douces armes, Qu'il est doux de suivre ses lois ! La Reine des ris l'accompagne. En ces moments les plus grands rois Désireraient d'être Champagne. Mlle
de Nevers, qui devint la Duchesse d'Estrées,
prenait le nom d'Api;
Mlle de Choiseul, celui de Glycère.
On nommait Mlle de Langeron Fanchon,
Mme d'Albemarle Geneviève,
la Duchesse de Nevers Diane,
Mme d'Artagnan la
Voisine,
parce qu'elle habitait une maison au Plessis-Piquet, fort
près de Sceaux. Ce nez long de plus de deux aunes, Il faut donc que ce soit le magister des Faunes. Le Duc du Maine était simplement le Garçon; les deux princes ses fils, les Deux Garçonnets; Monsieur le duc, Le Baron de Saint-Maur; le Duc de Nevers, Amphion; Mr d'Albemarle, le Major; le président de Mesmes, le Grand Artificier. Le but avoué de l'Ordre était de se divertir. Aussi était-ce à Seaux et dans les Résidences environnantes, un mouvement perpétuel de fêtes, représentations, bals, soupers, ballets, jeux, dont la duchesse ne se lassait jamais. [d'après Les Sociétés d'amour au XVIII° siècle. Les Sociétés où l'on cause d'amour; académies galantes; d'après les mémoires, chroniques et chansons, libérales et pamphlets, pièces inédites, munuscrits. Raoul Vèze, 1906] |
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