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Les Nuits de Seaux

 
Histoire du Château de Seaux
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Les Divertissements de Seaux
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Les Nuits de Seaux

 

 

  1. Histoire du Château de Seaux, & des Grandes Nuits
  2. Premiére Nuit
  3. Deuxiéme Nuit
  4. Troisiéme Nuit
  5. Quatriéme Nuit [Dialogue d'Hespérus & de l'Aurore]
  6. Cinquiéme Nuit
    • Le Sommeil chassé du Château
    • Zephire & Flore
    • Vertumne & Pomone
  7. Sixiéme Nuit
  8. Septiéme Nuit
  9. Huitiéme Nuit
  10. Neuviéme Nuit
    • Le Roy consulte un Magicien
    • L'Amour piqué par une Abeille
    • Le Prologue & Epilogue en vers d'une petite Piéce Italienne
  11. Dixiéme Nuit
    • Les Egyptiennes
    • Le Palais d'Urgande
  12. Unziéme Nuit
  13. Douziéme Nuit
    • Le Mistére
    • Astrée
    • Cerés
  14. Treiziéme Nuit
    • Ragonde, Ballet opera en III Actes
  15. Quatorziéme Nuit
    • La Ceinture de Venus
    • Apollon & les Muses
    • Apollon seul
  16. Quinziéme Nuit
    • L'Eclipse, en III Intermedes
  17. Seiziéme Nuit
    • Le Bon Goust, en III Intermedes
 

 

Histoire du Chasteau de Seaux

Jean-Baptiste Colbert [1619 - 1683]

Le domaine de Sceaux acquis le 11 avril 1670 par le ministre Colbert (1619-1683), n'est alors composé que d'un simple manoir champêtre entouré d'un jardin d'une cinquantaine d'hectares, et dont les premières traces remontent au XVe siècle. Le ministre le transforme considérablement.

Il fit agrandir l'hôtel existant et chargea Le Nôtre de dessiner un parc à la française. Il demande Lebrun (1619-1690) de tous les embellissements.

L'histoire du village de Seaux demeure indissociable de celle du domaine et de ses propriétaires successifs: après Colbert, son fils aîné le marquis de Seignelay, puis le duc et la duchesse du Maine, et le duc de Penthièvre, pour les plus notables.

En 1700, la petite-fille du Grand Condé, la Duchesse du Maine, s'établit à Seaux dans le beau chateau qu'avait embelli Colbert, grâce à Perrault pour Architecte, à Lebrun pour les peintures, à Puget & Girardon pour les statues disposées dans les bosquets.

La Duchesse du Maine, femme intelligente, spirituelle, & vive, convoquait aupres d'elle sa cour galante, le Duc de Bourbon, Mlle d'Enghien, le Duc de Nevers, les Duchesses de la Ferté, d'Albemarles, d'Estrées, Lauzun, Rohan, La Feuillade, de Coislin, de Mirepoix; le Comte d'Harcourt, les dames d'Artagnan, de Chimay, de Croissy, de Livry, & les auteurs Madame de Staal Launay, Messieurs Hesnault, de Mesmes, le Président Destouches, la Motte Houdard, Fontenelle, Voltaire, Danchet, la Fare: nous avons la Société de Seaux.

L'âme des Divertissemens intellectuels offerts par cette Cour était l'ancien précepteur du maître de la maison: Monsieur de Malézieu. L'Abbé Gesnest & Mlle de Launay le secondaient de leur mieux.

Mlle de Staal disait que Madame la Duchesse dormait peu, & mal,, trop active & fiévreuse.

Que faire ? Fontenalle disait: "la difference entre une pendule & Madame la Duchesse du Mainte est que la pendule marque les heures, tandis que la Duchesse les fait oublier."

On fit des impromptus, dont les sujets furent tirés au sort, dans un sac; on fit des enigmes, Voltaire prit l'oiseau & rima:

Cinq voyelles, une consonne
En français composent un nom,
Et je porte sur ma personne
De quoi l'écrire sans crayon.

On laissa à la Duchesse du Maine la gloire de deviner le mot: oiseau.

On en vit vite aux distractions plus compliquées, mieux préparées, ballets, comédies. Ce furent Les Grandes Nuits de Seaux, qui durerent de 1714 à 1753, année de la mort de la Duchesse du Maine.

La premiére fut une scene dans laquelle La Nuit remerciait la Duchesse de la préférence qu'elle lui accordait au detriment du jour.

Il y eut Grande Nuit tous les quinze jours. Chacune était organisée par un Roi & une Reine, désignés, & qui travaillaient à la fête, en payant les frais.
Ce fut un role tres recherché, & une rivalité mena aux grosses dépenses. La Reine élue choississait son Roi, ou bailleur de fonds, sinon d'idées.

On vit ainsi un Ballet des Quilles animées, des Groenlandois, un Dialogue de l'Aurore de d'Hepérus; c'étaient des feux d'artifice, des distributions de fleurs ou de bijoux par des déesses de la mithologie.

Les fêtes avaient lieu dans le Pavillon de l'Aurore. Dans la troupe Ducale, chacun avait son sobriquet: ainsi on disait Malézieux le curé; Genest, l'Abbé Pegase ou l'Abbé Rhinoncéros; le Duc du Maine, le Garçon; Madame d'Artagnan, la voisine...

Et l'on s'amusait.

En 1703, la Duchesse a créé un ordre & un signe de ralliement pour tous ses amis, L'Ordre de la Mouche à Miel, avec une ruche pour insigne. Mademoiselle de Nantes avait appellé la Duchesse, qui était petite, la "poupée de sang". Et la Poupée prit pour devise de son ordre, au-dessus d'une abaille:

Piccola, si ma fa pur gravi le ferite
[elle est petite, mais elle fait de grandes blessures]

Matho était le musicien attitré, Genest rimait les couplets, Malézieux écrivait les comedies.
Il y eut des spectacles qui furent fort goûtés chez Monsieur de Malézieux, comme Les Divertissemens de Seaux, de Dancourt, ou Les Importuns de Châtenay.

Aux Grandes Nuits, les couples, reine & roi, continuaient à se dépenser en imagination & en argent pour varier des programmes somptueux & fastidieux, La Tour de Babel, Les Peuples Elémentaires, &c.

A la unziéme Grande Nuit, le faste & le luxe étaient montés au comble. On jasait, on grondait.
La Duchesse crut bon & prudent de supprimer les Royautés des Noctambules, & donna un Divertissement plus simple.

L'argent s'en allant, la bêtise diminua, & l'interet litteraire s'accrût. Une Comedie-Ballet fut demandée à Destouches & à Mouret, pour la musique. Ce fut Les amours de Ragonde, qui firent le tour des théatres de société. Ce fut, par Lamotte & Mouret, Apollon & les Muses, Ballet-Pantomime, l'un des premiers, avec Mlle Prevost pour ballerine. Quand à la Duchesse, assez mauvaise comédienne, elle abordait les plus grands rôles, Iphigenie, Célimene, Laurette de la Mére Coquette; ou encore dans La Comédie, intermédes de la seiziéme et derniére Grande Nuit, en 1715.

Cependant, Louis XIV est moribond. Les Grandes Nuits cesserent. La mort de Louis XIV ferma le théatre de Seaux, pour trente années. Sous la Régence, la Duchesse fut exilée.

Un long-temps se passe...

En 1747, la Duchesse est veuve; Malézieux, Genest, Chaulieu sont morts. Les Oiseaux de Seaux, les Noctambules sont disparus ou dispersés.

En 1753 mourait cette étonnant Duchesse, qui pleurait si un partenaire était en retard d'un quart d'heure, mais qui apprenait sa mort dans sourciller. Le rideau tomba sur son théatre abandonné, & sur la comedie de sa vie aux bougies...

 

le château de Seaux

 

...

On ne saurait esquisser une histoire de la comédie de société sans dire quelques mots de la duchesse du Maine. Cette enragée de distraction, cette galérienne du bel esprit, cette égoïste à la quatrième puissance, qui "ne pouvait se passer des gens dont elle ne se souciait point", a contribué à répandre ce divertissement, et c'est là sans doute son principal titre à l'indulgence de la posterité. Le rire n'est-il pas l'argument de la gaieté, comme la gaieté est l'apanage de l'optimisme ?

Peut-être la révélation d'un nouveau plaisir égale-t-elle pour le monde la découverte d'une étoile, car la vie ne vaut la peine d'être vécue que par la combinaison du nécessaire, de l'agréable, de l'utile, & les maladies morales ne sont pas les moins redoutables. En vulgarisant le goût de la comédie de société, cette petite-fille du grand Condé & ses courtisans ne songeaient qu'à s'amuser.

L'Oracle du château de Sceaux, l'homme universel et infatigable, c'est Nicolas de Malézieu, ami de Bossuet & de Fénelon, membre de l'Académie des choses & de l'Académie des paroles; grand organiseur de fêtes, improvisant à volonté comédies, ballets, chansons, intermèdes, virelais & autres bagatelles.

Malézieu composa: Pugopolinice capitaine d'Ephèse, les Importuns de Chastenay, la Tarentole, le Prince de Cathay, divertissement orné de musique, & destiné à rappeler la fondation de l'ordre de la mouche à miel.
Le Prince obtenait l'honneur insigne d'être reçu chevalier, & prononçait le serment consacré:

"Je jure, par les abeilles du mont Hymète, fidelité & obeïssance a la directrice perpetuelle de l'Ordre (la Duchesse du Maine); de porter toute ma vie durant la medaille de la Mouche, & d'accomplir, tant que je vivray, les statuës de l'ordre; & si je fausse mon serment, je consens que le miel se change pour moi en fiel, la cire en suif, les fleurs en ortiës, & que les guépes & les frelons me percent de leurs aiguyons."

C'est dans la Tarentole, que la Duchesse du Maine monta pour la première fois sur scène. Elle devait apprendre bien d'autres personnages: Molière & Quinault, Genest & Marivaux, Malézieu & Madame de Staal de Launay, tous étaient son domaine & sa proie, tous relevaient de sa mémoire, de sa présomption; elle s'en tirait passablement pour une Altesse, mieux en tout cas que la reine Marie-Antoinette, qui jouait royalement mal & chantait si faux, d'après Garat.

...

Le jeu, les loteries poétiques paraissant à la longue un peu monotone, l'abbé de Vaubrun imagina un nouveau divertissement en l'honneur de la Poupée de Sang.

La déesse de la Nuit apparut à l'improviste, enveloppée de ses crêpes, remercia la princesse de la préférence qu'elle lui accordait sur le Jour; elle avait un suivant qui chanta un air de circonstance arrangé par Malézieu & Mouret.
Cette bagatelle amusa infiniment Mme du Maine, qui décida d'y donner suite: tous les quinze jours, deux personnages organisaient une fête de ce genre, elles prenaient le titre de roi & de reine, commandaient, payaient la défense, & déposaient leur souveraineté le lendemain même de la Grande Nuit. Il y en eut seize en tout, & elles furent interrompues par la maladie & la mort de Louis XIV: on avait commencé assez simplement, on finit par déployer un faste ruineux dans la mise en scène, les costumes & les décorations.

D'ordinaire, le roi & la reine se contentent de combiner trois intermèdes héroïques ou pastoraux, séparés par des reprises de jeu. Ainsi, pendant la quatrième Nuit, le premier intermède est rempli par un jeu de quilles animées qui se plaignent qu'on ne les admettent point à ces divertissements; dans la deuxième, on voit un ambassadeur Groënlandais qui, avec des compliments dignes de Gongora, offrent à Son Altesse Sérénissime la souveraineté de leur pays; la fête se termine par un dialogue d'Hespérus & de l'Aurore. Chargé d'orgniser la treizième Nuit, l'abbé de Vaubrun s'adresse à Destouches & Mouret, qui écrivent un opéra-ballet, Les Amours de Ragonde, véritable farce de carnaval, agrémentée d'une musique gaie & spirituelle.
Les Amours de Ragonde passèrent au répertoire de l'Opéra, en 1742, & plus tard au théâtre de Mme de Pompadour.

Mme de Staal de Launay fit des vers pour quelques-unes des Nuits, les plans pour plusieurs autres, & on la consulta pour toutes. Pour le théatre de Sceaux, elle écrivit deux comédies en 1747, L'Engouement, La Mode,pleines d'amusantes critiques contre certains ridicules de la société. On y savoure des dialogues spirituels, des traits de caractères empruntés à plusieurs personnages, accumulés sur un seul.
Ainsi, Orphise excuse plaisamment ses engouements perpétuels: "Plus on a de goût pour les choses parfaites, plus on est exposé à les croire où elles ne sont pas."
Dans La Mode, satire savoureuse des absurdités où entraînait le culte de cette inconstante divinité, la comtesse, qui aime son mari, & prend des amants pour ne pas se chamarrer de ridicules, parce que la vie est un tissu de bienséances qu'il faut remplir.

d'après "La Société Française du XVI° siècle au XX° siècle", par Victor du Bled, 1911

 

veue des Parterres de Seaux & du Grand Canal dans l'Eloignement

 

...

La Mouche à Miel nous introduit dans un milieu plus aristocratique, ce qui ne signifie pas plus réservé. Cet Ordre fut créé le 11 juin 1703, pour rendre hommage à la souveraine en miniature qui trônait bruyamment et somptueusement au château de Sceaux.

Devenue duchesse du Maine à l'âge de seinze ans, en 1692, Louise-Bénédicte de Bourbon, petite-fille du grand Condé, n'avait pas tardé à asservir son mari à toutes ses fantaisies, à toutes ses hardiesses. Afin d'avoir sa Cour bien à elle, elle décida, en 1700, le duc du Maine à acheter le château de Sceaux, dont elle fit son Chantilly, son Marly & son Versailles.

Très petite de taille, mais jolie & piquante, elle avait été surnommée, ainsi que ses oeurs, par Mlle de Nantes, fille légitimée de Louis XIV, la poupée de sang. Ses courtisans et admirateurs, pour la venger de cette appellation, lui avaient décerné comme emblème et comme devise une Mouche à miel, avec ces paroles de l'Aminte, du Tasse:

Piccola si, ma fa pur gravi le ferite
[je suis petite, mais je sais pourtant de graves blesseures]

A l'occasion de la représentation d'une comédie où la duchesse avait joué le rôle de Finemouche, sa devise avait été aussitôt versifiée en un coupelt galant:

L'abeille, petit animal,
Fait de grandes blessures;
Craignez son aiguilon fatal,
Evitze ses piqûres.

Fuyez, si vous pouvez, les traits
Qui partent de sa bouche,
Elle pique, et s'envole après:
C'est une fine mouche.

Un jour qu'une grande compagnie s'était trouvée réunie auprès de la duchesse, à Sceaux, on avait parlé de cette devise; on l'avait trouvée heureuse, et quelqu'un s'avisa de dire qu'il faudrait former une Société des personnes qui avaient le plus souvent l'honneur de venir à Sceaux, et qu'on appellerait cette Société l'Ordre de la Mouche à miel.
Le divertissement passa jusqu'à former des règlements, à dresser des statuts, nommer des officiers, et à donner divers noms aux dames et aux cavaliers qui y furent admis.
Une médaille fut frappée, et tous ceux de l'Ordre la devaient porter, avec un ruban citron, quand ils seraient à Sceaux.
On brigua cette marque de distinction. Trente-neuf personnes furent nommées et firent les serments. Par une agréable allusion à l'abeille on jurait par le mont Hymette.

Dans un fête qui fut donnée à Châtenay, chez Malézieu, le dimanche 3 août 1704, par le duc et la duchesse du Maine, et dont l'abbé Genest nous a transmis la description, eut lieu la représentation d'une comédie-ballet, Le Prince de Cathay, dans laquelle de Malézieu, lui-même, jouait le rôle d'un Prince de Samarcand, et était reçu chevalier de la Mouche. L'officier ou héraut de l'Ordre qui lisait les serments était M. de Brassac, enseigne des gardes de M. le duc du Maine. Il était vêtu d'une longue robe de satin incarnat, semée de mouches à miel d'argent; et il avait une coiffure en forme de ruche.

Le Prince de Samarcand, persécuté par une impitoyable fée, réduit par ses enchantements à courir l'univers sans pouvoir prendre aucun repos, admire le palais enchanté de Châtenay, où l'on conduit ses pas errants; la divinité du lieu, Ludovise, rompt le charme et lui rend la liberté. Le Prince veut alors consacrer à jamais à la fée bienfaisante sa précieuse liberté; Ludovise y consent:

Je veux vous accorder par delà vos desirs,
Et vous témoigner mon estime.
J'ai choisi des amis d'un mérite sublime,
Qui goûtent près de moi de tranquilles plaisirs;
Vous allez partager un sort si désirable,
Pourveu que vous soyez capable
De pratiquer comme eux mes justes règlements.
On va les apporter; vous en saurez l'usage.

Le héraut de l'Ordre lui donne alors lecture des statuts de l'Ordre et sur chaque article recueille son serment:

Article premier - Vous jurez et promettez une fidélité inviolable, une aveugle obéissance à la grande Ludovise Louise, dictatrice perpétuelle de l'Ordre incomparable de la Mouche à miel.

Art. 2 - Vous jurez et promettez de vous trouver dans le palais enchanté de Sceaux, chef-lieu de l'Ordre de la Mouche à miel, toutes les fois qu'il sera question d'y tenir chapitre; et cela toutes affaires cessantes, sans même que vous puissiez vous excuser sous prétexte de quelque incommodité légère, comme goutte, excès de pituite, ou gale de Bourgogne.

Art. 3 - Vous jurez et promettez d'apprendre incessament à danser toutes contre-danses, comme Furstemberg, Pistolet, Derviche, Pet-en-Cul, et autres [la Ferlane, l'Amitié, la Chasse, la Sissone, les Tricotets et Mme de la Mare]; de les danser encore plus volontiers, s'il le faut, pendant la canicule que dans les autres temps, et de ne point quitter la danse, si cela vous est ainsi ordonné, que vos habits ne soient percés de sueur, et que l'écume ne vous en vienne à la bouche.

Art. 4 - Vous jurez et promettez d'escalader généreusement toutes les meules à foin, de quelque hauteur qu'elles puissent être, sans que la crainte des culbutes les plus affreuses puisse jamais vous arrêter.

Art. 5 - Vous jurez et promettez de prendre en votre protection toutes les espèces de mouches à miel, de ne faire jamais de mal à aucune, de vous en laisser piquer généreusement sans les chasser, quelque endroit de votre personne qu'elles puissent attaquer, soit joues, jambes, fesses, etc., dussent-elles en devenir plus grosses et plus enflées que celles de votre majordome.

Art. 6 - Vous jurez et promettez de respecter le précieux ouvrage des mouches à miel, et à l'exemple de votre grande dictatrice, d'avoir en horreur l'usage profane qu'en font les apothicaires, dussiez-vous crever de réplétion.

Art. 7 - Vous jurez et promettez de conserver soigneusement la glorieuse marque de votre dignité, et de ne jamais paraître devant votre dictatrice sans avoir à votre côté la médaille dont elle va vous honorer.

réception d'une chevalière

Le récipiandaire reçoit la décoration, cependant que le Choeur chante:

Vova sempre, viva ed in honore cresca
Il novo cavalier della mosca

La médaille de l'Ordre représente, à l'avers, le portrait de la Duchesse du Maine avec la légende en lettres initiales: Anne-Marie-Louise, baronne de Sceaux, Dictatrice perpétuelle de l'ordre de la Mouche. Dans le champs du revers, une abeille paraît voler vers une ruche, avec la devise: Piccola si, fa ma pur gravi le ferite. On reconnaît, à la formule du serment que les chevaliers de cet ordre prononçaient à leur réception, l'enjouement, la gaieté et le sel qui régnaient dans la cour de cette aimable princesse: "Je jure par les abailles du Mont Hymette, fidélité et obéissance à la Dictatrice perpétuelle de l'Odre, de porter toute ma vie la médaille de l'Ordre, et d'accomplir, tant que je vivrai, les statuts de l'Ordre; et si je fausse mon serment, je consens que le miel se change pour moi en fiel, la cire en suif, les fleurs en orties, et que les guêpes et les frelons me percent de leurs aiguillons."

Cette médaille, frappée en 1703, est d'or, et pèse 3 gros 60 grains.

Est-il utile de dire que le titre de Chevalier ou de Chevalière de l'Ordre était très recherché ?

"Dès qu'il y avait quelque place vacante, toutes les personnes de la cour briguaient pour l'obtenir. Le cas arriva six ou sept mois après que je fus dans sa maison. Grand nombre de prétendants se présentèrent, entre autres les comtesses de Brassac et d'Uzès, et le président de Romanet. Cependant celui-ci l'emporta, au préjudice des dames, qui affectèrent un grand ressentiment, et se plaignirent que l'élection n'avait pas été juridique. Cela me fit imaginer de dresser, en leur nom, une protestation en termes de palais, et d'une écriture de chicane, que j'envoyai par une voie inconnue au président. Je ne confiai le petit secret à personne et j'eus le divertissement de voir l'inquiétude où l'on était pour découvrir d'où venait cette pièce. On l'attribua à M. de Malézieu, ou l'abbé Genest; ensuite aux personnes interessées: on sut qu'elles n'y avaient aucune part. Enfin les soupçons descendirent jusqu'aux plus ineptes de la maison, sans arriver jusqu'à moi, qui me contentai de jouir de l'embarras où l'on était, et d'en entendre parler sans cesse, pendant plus de quinze jours que cette inutile recherche occupa. Elle me donna lieu de faire ces vers, que l'incertitude du succès m'empêcha de produire:

N'accusez ni Gesnest, ni le grand Malézieux
D'avoir part à l'écrit qui vous met en cervelle;
L'auteur que vous cherchez n'habite point les cieux.
Quittez le télescope, allumez la chandelle,
Et fixez à vos pieds vos regards curieux:
Alors, à la clarté d'une faible lumière,
Vous le découvrirez gissant dans la poussière.

[mémoires de Mme de Staal, écrits par elle-même]

Les dames et les chevaliers les plus familiers à Sceaux avaient reçu des surnoms pittoresques, évoquant sans doute quelqu'une de leurs manies ou de leurs graces. La grande maîtresse, dictatrice de l'Ordre, était fréquemment désignée dans les magrigaux sous le nom de Ludovise (plus poétique sans doute que Louise) et aussi de Laurette, en souvenir d'un rôle qu'elle avait joué dans une comédie; comme sous ce nom, elle était la maîtresse de Champagne, le Duc de Nevers avait aussitôt madrigalisé:

Que Laurette a de puissants charmes,
Que ses yeux ont de douces armes,
Qu'il est doux de suivre ses lois !
La Reine des ris l'accompagne.
En ces moments les plus grands rois
Désireraient d'être Champagne.

Mlle de Nevers, qui devint la Duchesse d'Estrées, prenait le nom d'Api; Mlle de Choiseul, celui de Glycère. On nommait Mlle de Langeron Fanchon, Mme d'Albemarle Geneviève, la Duchesse de Nevers Diane, Mme d'Artagnan la Voisine, parce qu'elle habitait une maison au Plessis-Piquet, fort près de Sceaux.
On appelait le Marquis de Gondrin
le Baladin, et on lui reprochait d'estropier les vers qu'il citait dans ses lettres; Malézieu était Le Curé; un de ses fils, le Cadet Faveresse; Genest, l'Abbé Pégase ou Abbé Rhinocéros, sans doute à cause de son nez immense, qui avait fait dire de lui:

Avec cet habit et ce nez,
Ce nez long de plus de deux aunes,
Il faut donc que ce soit le magister des Faunes.

Le Duc du Maine était simplement le Garçon; les deux princes ses fils, les Deux Garçonnets; Monsieur le duc, Le Baron de Saint-Maur; le Duc de Nevers, Amphion; Mr d'Albemarle, le Major; le président de Mesmes, le Grand Artificier.

Le but avoué de l'Ordre était de se divertir. Aussi était-ce à Seaux et dans les Résidences environnantes, un mouvement perpétuel de fêtes, représentations, bals, soupers, ballets, jeux, dont la duchesse ne se lassait jamais.

[d'après Les Sociétés d'amour au XVIII° siècle. Les Sociétés où l'on cause d'amour; académies galantes; d'après les mémoires, chroniques et chansons, libérales et pamphlets, pièces inédites, munuscrits. Raoul Vèze, 1906]

 

La Maison de Seaux
Située prés du Bourd-la-Reine, est l'une des plus Magnifiques maisons, qui soit de ce côté-là.
Elle appartient à Monsieur Colbert, elle a esté commenncée environ l'an 1673 ou 74, & achevée peu de tems aprés.

 

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