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François de la Roche, ordinaire en la musique de son Altesse Royale
Livre III d'Airs à quatre Parties
1652
A
Son
Altesse
Royale Monseigneur, Ayant
esté sollicité par plusieurs de mes amis, de
mettre en lumiere un troisiesme volume de quelques Airs
nouvellement composez; I'ay estimé, ayant l'honneur
d'estre à vostre Altesse Royale, ne me pouvoir pas
legitimement dispenser de les luy presenter. Et en cela,
Monseigneur, j'ay creu que mon audace seroit d'autant plus
pardonnable, que non seulement je m'acquitte de mon devoir;
mais mesmes j'ose augurer que ce petit ouvrage sera
honnoré d'une protection que vostre Altesse Royale
n'a jamais refusée à quiconques a sceu la
reclamer. Que si je n'ay pas pris la liberté de luy
desdier les permeirs recueils qui me sont eschappez des
mains, elel sera facilement persuadée que je n'ay
manqué ny de respect ny de volontén de leur
donnr un si Illustre Protecteur: mais elle doit juger au
contraire, qu'estant mon coup d'essay, je les avois
abandonnez au hazard; & pensant qu'ils d'eussent
plustost languir dans la poussiere, que meriter quelque
legere approbation, je n'avois osé eslever ma
temerité jusques au point, où le peu d'estime
dont je me suis veu flatter, m'a fait porter ces derniers
fruits de mes veilles: Quiest, Monseigneur, de les vous
dédier, afin que sous vostre aveu, ils puissent se
promettre celuy de tous les honnestes gens, s'affranchir des
atteintes de la censure, & porter dans la suitte des
siecles les glorieuses marques de l'estime qu'en aura fait
Vostre Altesse Royale, à laquelle je souhaitte toute
prosperité, estant Monseigneur, De
Vostre
Altesse
Royale, Le
tres-humble & tres-obeïssant serviteur,
F. de
la Roche
Par
tes Airs, cher Amy, qui sont pleins de merveilles, De
Massy
Tu charmes si bien nos oreilles,
Que tu leurs donnes des plaisirs
Qui passent nos plus hauts desirs:
De moy, pour admirer ton excellent Ouvrage,
Remply de tant d'attraits puissans;
I'aymerois mieux du goust avoir perdu l'usage,
Avoir perdu la veuë, & tous les autres sens
Par qui nostre ame est rejoüye,
Que d'estre privé de l'oüye.

Apres les
maux que j'ay soufferts, Philis qui
void mon sentiment,
Ie voudrois bien rompre mes fers
Et quiter Lysimeine;
Mais un simple regard,
Si je pense autre part,
Aussi-tost me r'ameine.
Dit que je suis sans jugement
D'aymer cette inhumaine.
Mais un simple regard, &c.
C'est trop
me tenir en balance, Toujours
dans une vaine attente,
Ie ne suis pas de ces amants
Qui dans le milieu des tourments
Conservent le silence;
Et quand je vous donne ma foy,
I'entends, belle Philis, que vous soyez à
moy.
Pensez-vous retenir mes feux ?
Non, non, ma mignonne, je veux
Que l'effet me contente.
Et quand, &c.
Amour,
quitte tes armes, Cette voix
nompareille
Et pour voir sous tes loix
Tous les hommes rangez
Sans blessure & sans larmes;
Emprunte de Philis les charmes & la voix.
Qui peut ravir les dieux,
Te peut en un moment faire entrer par l'oreille
Dans les coeurs où jamais tu n'entras par les
yeux.
Philis,
quand je voy que les flots Les ondes
qui donnent la mort,
Ont fait paslir nos matelots
Au milieu de l'orage:
Ie ne pense qu'à vous,
Et crains moins le naufrage
Que je ne faits vostre couroux.
Dedans leur plus cruel effort,
N'ont pas tant de cholere,
Et laissent de l'espoir;
Mais qui peut vous desplaire,
Helas ! n'en doit jamais avoir.
Tristes
deserts Toutes mes
pleurs,
Où j'apporte mes fers,
Recevez les soupirs de mon ame fidelle;
Et que tous vos ecchos,
Au recit de mes maux
Fasse entendre à Philis que me meurs pour
elle.
Ma flame & mes douleurs,
N'ont jamais peu toucher ce coeur inaccessible:
Qu'elle cognoisse un jour
Dans cét affreux sejour,
Qu'il n'est point de rocher qui ne soit plus
sensible.
Enfin je
n'ay plus rien à craindre, Non, non,
que la plus noire envie
On ne m'entendra jamais plaindre,
Ie me rids de tous les tourments:
Philis, dont la bouche est si belle,
A juré parmi les serments
Qu'elle me veut estre fidelle.
S'apreste d'attaquer ma vie,
Et m'esloigner de ces appas;
Ie suis certain que ce bel Ange
Souffrira plustost le trespas,
Qu'on le porte jamais au change.
Cedons,
mon coeur, à ces merveilles En vain
l'esprit fait resistance, Toujours
ce sera pour ta gloire
Qui font tant d'amants tous les jours:
O ! que de graces nompareilles !
O ! que d'attraits, de douceurs, & d'amours !
Aminthe est un objet agreable au possible,
Il est miraculeux; mais il est insensible.
Il faut qu'il consente à l'aymer;
Il faut qu'il montre sa constance,
Quoy que l'espoir ne le puisse animer.
Aminthe est un objet, &c.
Quand tu vivras dessous ses loix:
Crois-moy, cede luy la victoire,
Elle asservit les Princes & les Roys.
Aminthe est un objet, &c.
Durant son
amoureux transport, L'ingrate
ne se souvient plus
Elle partageoit ma souffrance,
Et juroit que la seule mort
Seroit la fin de sa constance:
Mais elle a rompu son serment
Depuis qu'elel a veu Philament.
De mes soins ny de mes services,
Et rendant mes voeux superflus
Elle prend ailleurs ses delices;
O dieux ! faites pour me vanger
Que je la puisse ainsi changer.
Elle ne
sçait pas que je l'ayme, Ie crains,
si ma langue indiscrette Iustes
dieux ! que pourrois-je attendre
Cependant ie brusle d'amour:
Ie cache cette ardeur extresme
Qui ne consomme nuit & jour.
Et depuis plus d'un an mon ame est en balance
S'il faut toujours me taire ou rompre mon
silence.
Luy va descouvrir ma douleur,
Que cette beauté si parfaite
Augmente soudain mon mal-heur;
Et que ses yeux charmants, dont j'ay par fois la
veuë,
M'ordonnent aussi-tost un exil qui me tuë.
Si pour punir ma liberté,
Sa belle voix m'alloit deffendre
De plus approcher sa beauté ?
Las ! je mourrois d'amour pour son oeil que j'admire,
Et mourrois doublement pour l'avoir osé
dire.
Si vostre
voix, Philis, Que le
Ciel vous mal-traitte ! & que je suis à plaindre
!
A charmé mon oreille,
Et si vos doux accens m'ont enchaisné le coeur;
I'achepte bien cher ce bon-heur,
Puisque la fievre en vous redouble son ardeur,
Et que ma crainte se resveille.
Mes plus chastes plaisirs causent vostre langueur;
Pourquoy faut-il qu'à mon mal-heur
Ce que je souhaittois avecque tant d'ardeur,
Vous fasse souffrir, & moy craindre ?
Ie l'ayme,
elle rid de ma foy, I'esprouve
en mon coeur mile ennuis,
Ie l'adore, elle me mesprise,
Ie la cherche, elle fuit de moy,
Et me rendant captif, elle reste en franchise.
O dieux ! empesche mon trespas,
Et faites que l'on ayme ou que je n'ayme pas.
Ma douleur est longue & sensible;
Et mon ame au point où je suis
Trouve sa guerison, sans vostre ayde, impossible.
O dieux !, &c.
Que tes
clartez, Philis, sont admirables ! L'on ne
void plus au Ciel brilles les astres,
Pour dissiper les ombres de la nuit:
Le Soleil s'est caché,
L'on n'entend plus de bruit,
Cependant icy tout reluit
Du feu de tes yeux adorables.
A ton abord sous l'onde ils sont passez;
Car pour nous esclairer ta lumiere est assez:
Ou bien s'ils se sont eclipsez,
C'est pour ne voir plus mes desastres.
He bien,
Philis, que dois-je devenir ? Ie
pecherois autant de courir à la mort,
Prononcez ma sentence:
Mon coeur sans resistance,
A tout ce qui vous plaist s'apreste d'obeir.
Sans sçavoir vostre envie,
Que de suivre la vie
Si vous avez dessein que j'acheve mon sort.
O Dieux !
dites-vous vray de l'humeur de Silvie ? Dans un si
doux moment où mon coeur prend haleine,
Et si prest de partir,
Un juste repentir
La peut-il obliger à me rendre la vie ?
L'espoir me vient offrir
Dequoy le secourir:
Mais on meurt de plaisir aussi bien que de peine.
Quelle
injustice ! ô funeste trespas ! Apres ces
yeux & ce divin soleil,
Chere Daphné, adorables appas,
On vous rendoit hommage;
Et les dieux en courroux
Sont devenus jaloux
D'une si belle image.
Vit-on jamais un outrage pareil ?
Helas ! il est en cendre:
Tous ses amis en deüil
L'on conduit au cerceüil,
Et moy j'y vais descendre.
Philis,
vous vous faschez pour un simple baiser, Vous
faites mes douleurs, & pour les soulager
Et vous mocquez du feu qui me reduit en cendre:
Ne faites vous pas plus à me le refuser,
Que je ne fais de mal lors que je le veux
prendre.
Sur ce beau tein de lys je t'anime ma vie:
Lequel des deux a tort ? ou vous de m'outrager,
Ou moy de repousser cette cruelle envie ?
Ouvrez,
mes tristes yeux, vos mourantes paupieres Sçachez,
foibles Amants, dont la moindre souffrance
La douleur n'est plus de saison;
Le Ciel exauce mes prieres,
Et Philis à la fin se met à la
raison.
Vous porte souvent au trespas,
Que dedans la perseverance
Il n'est rien de si fort que l'on ne mette à
bas.
Chere
trouppe joyeuse Que chacun
à l'envie
Qui n'a rien de fascheux,
Si vous estes amoureuse
D'un vin delicieux;
En voicy je vous jure,
Mais je dis du plus fin:
Buvons je vous conjure,
C'est un plaisir divin.
Dise à son compagnon,
Pour bien passer la vie
Qu'il faut boire du bon.
En voicy, &c.
Amy, je
t'annonce la paix, Plus de
picques, plus de mousquets,
La guerre est un trop pesant fait
Pour les enfans de la desbauche;
Nos repas estoient trop succins,
Et je croy que tous les plus sains
Ennuyez de ce temps eussent tourné à
gauche.
Les ris, les chansons, les banquets,
Bannissont bien-tost l'humeur noire:
On ne parlera plus de faim,
Mais de l'abondance de pain
Qui fera voir à tous qu'une paix est
victoire.
Chevalier,
vuidons nos bouteilles, Que je hay
cette populace
La vigne promet des merveilles,
Chacun s'appreste à vendanger:
Mettons donc tout soucy par terre,
Que l'on ne parle plus de guerre,
Et qu'on ne s'enyvre sans danger.
Qui du moindre bruit s'embarasse
Et vient troubler nostre repos:
Artisans gardez la boutique,
Et sans faire aucune pratique
Qu'on nous laisse parmy les pots.
