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François de la Roche, ordinaire en la musique de son Altesse Royale

 

Livre III d'Airs à quatre Parties

1652

 

Livre II [1649]
Livre III [1652]
Livre IV [1655]
Livre V [1658]

 

 

Table

 

 

 

Dedicace

A Son Altesse Royale

Monseigneur,

Ayant esté sollicité par plusieurs de mes amis, de mettre en lumiere un troisiesme volume de quelques Airs nouvellement composez; I'ay estimé, ayant l'honneur d'estre à vostre Altesse Royale, ne me pouvoir pas legitimement dispenser de les luy presenter. Et en cela, Monseigneur, j'ay creu que mon audace seroit d'autant plus pardonnable, que non seulement je m'acquitte de mon devoir; mais mesmes j'ose augurer que ce petit ouvrage sera honnoré d'une protection que vostre Altesse Royale n'a jamais refusée à quiconques a sceu la reclamer. Que si je n'ay pas pris la liberté de luy desdier les permeirs recueils qui me sont eschappez des mains, elel sera facilement persuadée que je n'ay manqué ny de respect ny de volontén de leur donnr un si Illustre Protecteur: mais elle doit juger au contraire, qu'estant mon coup d'essay, je les avois abandonnez au hazard; & pensant qu'ils d'eussent plustost languir dans la poussiere, que meriter quelque legere approbation, je n'avois osé eslever ma temerité jusques au point, où le peu d'estime dont je me suis veu flatter, m'a fait porter ces derniers fruits de mes veilles: Quiest, Monseigneur, de les vous dédier, afin que sous vostre aveu, ils puissent se promettre celuy de tous les honnestes gens, s'affranchir des atteintes de la censure, & porter dans la suitte des siecles les glorieuses marques de l'estime qu'en aura fait Vostre Altesse Royale, à laquelle je souhaitte toute prosperité, estant

Monseigneur,

De Vostre Altesse Royale,

Le tres-humble & tres-obeïssant serviteur,
F. de la Roche

 

 

 

A Monsieur de la Roche, sur ses Oeuvres

Par tes Airs, cher Amy, qui sont pleins de merveilles,
Tu charmes si bien nos oreilles,
Que tu leurs donnes des plaisirs
Qui passent nos plus hauts desirs:
De moy, pour admirer ton excellent Ouvrage,
Remply de tant d'attraits puissans;
I'aymerois mieux du goust avoir perdu l'usage,
Avoir perdu la veuë, & tous les autres sens
Par qui nostre ame est rejoüye,
Que d'estre privé de l'oüye.

De Massy

 

 

 

 

Apres les maux que j'ay soufferts,
Ie voudrois bien rompre mes fers
Et quiter Lysimeine;
Mais un simple regard,
Si je pense autre part,
Aussi-tost me r'ameine.

Philis qui void mon sentiment,
Dit que je suis sans jugement
D'aymer cette inhumaine.
Mais un simple regard, &c.

 

 

 

C'est trop me tenir en balance,
Ie ne suis pas de ces amants
Qui dans le milieu des tourments
Conservent le silence;
Et quand je vous donne ma foy,
I'entends, belle Philis, que vous soyez à moy.

Toujours dans une vaine attente,
Pensez-vous retenir mes feux ?
Non, non, ma mignonne, je veux
Que l'effet me contente.
Et quand, &c.

 

 

 

Amour, quitte tes armes,
Et pour voir sous tes loix
Tous les hommes rangez
Sans blessure & sans larmes;
Emprunte de Philis les charmes & la voix.

Cette voix nompareille
Qui peut ravir les dieux,
Te peut en un moment faire entrer par l'oreille
Dans les coeurs où jamais tu n'entras par les yeux.

 

 

 

Philis, quand je voy que les flots
Ont fait paslir nos matelots
Au milieu de l'orage:
Ie ne pense qu'à vous,
Et crains moins le naufrage
Que je ne faits vostre couroux.

Les ondes qui donnent la mort,
Dedans leur plus cruel effort,
N'ont pas tant de cholere,
Et laissent de l'espoir;
Mais qui peut vous desplaire,
Helas ! n'en doit jamais avoir.

 

 

 

Tristes deserts
Où j'apporte mes fers,
Recevez les soupirs de mon ame fidelle;
Et que tous vos ecchos,
Au recit de mes maux
Fasse entendre à Philis que me meurs pour elle.

Toutes mes pleurs,
Ma flame & mes douleurs,
N'ont jamais peu toucher ce coeur inaccessible:
Qu'elle cognoisse un jour
Dans cét affreux sejour,
Qu'il n'est point de rocher qui ne soit plus sensible.

 

 

 

Enfin je n'ay plus rien à craindre,
On ne m'entendra jamais plaindre,
Ie me rids de tous les tourments:
Philis, dont la bouche est si belle,
A juré parmi les serments
Qu'elle me veut estre fidelle.

Non, non, que la plus noire envie
S'apreste d'attaquer ma vie,
Et m'esloigner de ces appas;
Ie suis certain que ce bel Ange
Souffrira plustost le trespas,
Qu'on le porte jamais au change.

 

 

 

Cedons, mon coeur, à ces merveilles
Qui font tant d'amants tous les jours:
O ! que de graces nompareilles !
O ! que d'attraits, de douceurs, & d'amours !
Aminthe est un objet agreable au possible,
Il est miraculeux; mais il est insensible.

En vain l'esprit fait resistance,
Il faut qu'il consente à l'aymer;
Il faut qu'il montre sa constance,
Quoy que l'espoir ne le puisse animer.
Aminthe est un objet, &c.

Toujours ce sera pour ta gloire
Quand tu vivras dessous ses loix:
Crois-moy, cede luy la victoire,
Elle asservit les Princes & les Roys.
Aminthe est un objet, &c.

 

 

 

Durant son amoureux transport,
Elle partageoit ma souffrance,
Et juroit que la seule mort
Seroit la fin de sa constance:
Mais elle a rompu son serment
Depuis qu'elel a veu Philament.

L'ingrate ne se souvient plus
De mes soins ny de mes services,
Et rendant mes voeux superflus
Elle prend ailleurs ses delices;
O dieux ! faites pour me vanger
Que je la puisse ainsi changer.

 

 

 

Elle ne sçait pas que je l'ayme,
Cependant ie brusle d'amour:
Ie cache cette ardeur extresme
Qui ne consomme nuit & jour.
Et depuis plus d'un an mon ame est en balance
S'il faut toujours me taire ou rompre mon silence.

Ie crains, si ma langue indiscrette
Luy va descouvrir ma douleur,
Que cette beauté si parfaite
Augmente soudain mon mal-heur;
Et que ses yeux charmants, dont j'ay par fois la veuë,
M'ordonnent aussi-tost un exil qui me tuë.

Iustes dieux ! que pourrois-je attendre
Si pour punir ma liberté,
Sa belle voix m'alloit deffendre
De plus approcher sa beauté ?
Las ! je mourrois d'amour pour son oeil que j'admire,
Et mourrois doublement pour l'avoir osé dire.

 

 

 

Si vostre voix, Philis,
A charmé mon oreille,
Et si vos doux accens m'ont enchaisné le coeur;
I'achepte bien cher ce bon-heur,
Puisque la fievre en vous redouble son ardeur,
Et que ma crainte se resveille.

Que le Ciel vous mal-traitte ! & que je suis à plaindre !
Mes plus chastes plaisirs causent vostre langueur;
Pourquoy faut-il qu'à mon mal-heur
Ce que je souhaittois avecque tant d'ardeur,
Vous fasse souffrir, & moy craindre ?

 

 

 

Ie l'ayme, elle rid de ma foy,
Ie l'adore, elle me mesprise,
Ie la cherche, elle fuit de moy,
Et me rendant captif, elle reste en franchise.
O dieux ! empesche mon trespas,
Et faites que l'on ayme ou que je n'ayme pas.

I'esprouve en mon coeur mile ennuis,
Ma douleur est longue & sensible;
Et mon ame au point où je suis
Trouve sa guerison, sans vostre ayde, impossible.
O dieux !, &c.

 

 

 

Que tes clartez, Philis, sont admirables !
Pour dissiper les ombres de la nuit:
Le Soleil s'est caché,
L'on n'entend plus de bruit,
Cependant icy tout reluit
Du feu de tes yeux adorables.

L'on ne void plus au Ciel brilles les astres,
A ton abord sous l'onde ils sont passez;
Car pour nous esclairer ta lumiere est assez:
Ou bien s'ils se sont eclipsez,
C'est pour ne voir plus mes desastres.

 

 

 

He bien, Philis, que dois-je devenir ?
Prononcez ma sentence:
Mon coeur sans resistance,
A tout ce qui vous plaist s'apreste d'obeir.

Ie pecherois autant de courir à la mort,
Sans sçavoir vostre envie,
Que de suivre la vie
Si vous avez dessein que j'acheve mon sort.

 

 

 

O Dieux ! dites-vous vray de l'humeur de Silvie ?
Et si prest de partir,
Un juste repentir
La peut-il obliger à me rendre la vie ?

Dans un si doux moment où mon coeur prend haleine,
L'espoir me vient offrir
Dequoy le secourir:
Mais on meurt de plaisir aussi bien que de peine.

 

 

 

Quelle injustice ! ô funeste trespas !
Chere Daphné, adorables appas,
On vous rendoit hommage;
Et les dieux en courroux
Sont devenus jaloux
D'une si belle image.

Apres ces yeux & ce divin soleil,
Vit-on jamais un outrage pareil ?
Helas ! il est en cendre:
Tous ses amis en deüil
L'on conduit au cerceüil,
Et moy j'y vais descendre.

 

 

 

Philis, vous vous faschez pour un simple baiser,
Et vous mocquez du feu qui me reduit en cendre:
Ne faites vous pas plus à me le refuser,
Que je ne fais de mal lors que je le veux prendre.

Vous faites mes douleurs, & pour les soulager
Sur ce beau tein de lys je t'anime ma vie:
Lequel des deux a tort ? ou vous de m'outrager,
Ou moy de repousser cette cruelle envie ?

 

 

 

Ouvrez, mes tristes yeux, vos mourantes paupieres
La douleur n'est plus de saison;
Le Ciel exauce mes prieres,
Et Philis à la fin se met à la raison.

Sçachez, foibles Amants, dont la moindre souffrance
Vous porte souvent au trespas,
Que dedans la perseverance
Il n'est rien de si fort que l'on ne mette à bas.

 

 

 

Chere trouppe joyeuse
Qui n'a rien de fascheux,
Si vous estes amoureuse
D'un vin delicieux;
En voicy je vous jure,
Mais je dis du plus fin:
Buvons je vous conjure,
C'est un plaisir divin.

Que chacun à l'envie
Dise à son compagnon,
Pour bien passer la vie
Qu'il faut boire du bon.
En voicy, &c.

 

 

 

Amy, je t'annonce la paix,
La guerre est un trop pesant fait
Pour les enfans de la desbauche;
Nos repas estoient trop succins,
Et je croy que tous les plus sains
Ennuyez de ce temps eussent tourné à gauche.

Plus de picques, plus de mousquets,
Les ris, les chansons, les banquets,
Bannissont bien-tost l'humeur noire:
On ne parlera plus de faim,
Mais de l'abondance de pain
Qui fera voir à tous qu'une paix est victoire.

 

 

 

Chevalier, vuidons nos bouteilles,
La vigne promet des merveilles,
Chacun s'appreste à vendanger:
Mettons donc tout soucy par terre,
Que l'on ne parle plus de guerre,
Et qu'on ne s'enyvre sans danger.

Que je hay cette populace
Qui du moindre bruit s'embarasse
Et vient troubler nostre repos:
Artisans gardez la boutique,
Et sans faire aucune pratique
Qu'on nous laisse parmy les pots.

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