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Nicolas Renier
Second Recüeil d'Airs Serieux et à Boire
dediez
à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Comte
de Toulouse, composez par
Mr Renier, Maistre de Musique, 1715

A
son Altesse
Serenissime
Monseigneur
le Comte
de Toulouse Monseigneur, La
grace que Vostre Altesse Serenissime a bien voulu me faire
de regarder favorablement quelqu'uns de mes ouvrages, m'a
enhardi a luy offrir ce Recüeil d'Airs. Quelle gloire
sera la mienne ! si mes chants ont celle de luy plaire:
quoyque, je ne puisse, sans temerité, esperer un si
precieux avantage, j'ose me flater qu'elle ne me refusera
pas l'honneur d'une protection dont tout le monde se
ressent. Que n'ai-je, MONSEIGNEUR, la force de ces Illustres
genies, pour suivre Vostre Altesse Serenissime, dans la
brillante carriere qu'elle fournit; mais l'éclat des
vertus heroïques qui l'environne me jette avec
admiration, dans un silence respectueux, et ne me laisse de
voix que pour l'assurer du profond respect avec le quel j'ay
l'honneur d'estre Monseigneur, De
Vostre Altesse Serenissime, le
tres-humble & tres-obeissant Serviteur,
Renier
![]()
Cher objet
qu'en secret j'adore, Mais,
helas ! avant de mourir,
Vous ignorez les maux que m'ont faits vos beaux yeux,
La crainte de me rendre encor plus malheureux
Me fit taire toûjours le feu qui me devore.
Souffrez que ce soupir
Aujourd'hui vous l'aprenne,
Et s'il merite vôtre haine,
Ce sera mon dernier soupir.
Volez
quand l'Amour vous appelle, 2e
Couplet A present
l'on sçait qu'une belle 3e
Couplet, à Boire Buvons,
quand Bachus nous assemble,
C'est le plaisir qui vous attend,
Pour qu'il se renouvelle,
Changez à chaque instant.
Se lasse d'un coeur trop constant,
Et le sien n'est fidelle
Qu'autant qu'il est content.
C'est le seul plaisir sans tourment,
Le bon vin toûjours semble
De plus en plus charmant.
Agneaux
qui dans ce lieu champêtre Helas !
pour avoir di que j'aime,
Errez à la mercy des Loups,
Le Berger qui vous mene paitre
Est bien plus à plaindre que vous.
I'ay mis ma Bergere en couroux.
Ah ! l'Amour pouvoit-il lui même
Lui dire rien qui fut plus doux.
Amour, tu
m'avois fait entendre, Ariette Si tu veux
r'animer mon ardeur qui chancelle,
Qu'il ne falloit qu'aimer pour devenir heureux:
Tu tardes trop a me l'aprendre,
Je sens évanoüir mes feux.
Amour, épargne toi des éforts superflus,
Conseille à mon Iris de m'offrir ce jus,
C'est le bon vin qui me r'apelle.
J'ignorois
comme vous
Les traits d'un amour tendre,
Ie ne pouvois comprendre
Qu'on put aimer ses coups !
Mais vous sçutes m'aprendre
Qu'il n'est rien de si doux.
Autrefois
folette, Un mouton
qui te sçaut plaire, Ah ! dis
moi qui des trois, Bergere,
Tu n'aimois rien
Que ta houlette,
Et que ton Chien.
Bientôt, fixa tes desirs,
Et depuis un Amant sincere
Fait naître tes soupirs.
T'a causé plus de plaisirs.
S'il
étoit une mer de ce nectar divin, Pour moi
malgré l'horreur des vents & de l'orage;
Amis pour les mortels, quel charmant avantage !
Qu'on verroit de Buveurs, & d'Amans à la
nage,
Se sumerger sous les flots de vin.
Plutôt d'abandonner un si doux element
Le plus prochain naufrage
Seroit le plus charmant.
Des
heureux Amans, tous les ans, 2e
Couplet Si du vin
nouveau, tous les ans
La saison se renouvelle.
Mais celle d'en rendre contans,
Jamais ne vient apres elle.
La saison se renouvelle;
Mes desirs sont toûjours constans,
Au vin vieux je suis fidelle.
Au
Printems, dit Lucas, déplorant son malheur, Doux
Printems, belle Autmone, ô charmantes Saisons !
Je sentis les transports d'une amoureuse flame.
L'Automne en augmenta l'ardeur;
Mais un cruel hiver me fit perdre une femme.
Vous serez les témoins de ma triste infortune;
Pour aimer j'avois cent raisons,
Et pour me marier à peine en avois-je une.
Sur les
bords de son verre 2e
Couplet Le doux
jus de la treille 3e
Couplet L'Amour,
malgré sa gloire,
Amis, qu'il est charmant de voir voler l'Amour;
Quand Bachus est content ce Dieu ne tarde guere
A le rendre à son tour.
Endort souvent les coeurs qu'Amuor a sçu charmer;
Lors qu'on est amoureux, l'Amour qui nous
réveille
Fait boire, ou fait aimer.
En derobe toujours aux plaisirs qu'il nous fait,
Quand des dons de Bachus, on obtient la victoire,
Le triomphe est parfait.
Aimables
Roßignols, dont le chant est si tendre,
Avec la jeune Iris, gardez vous de chanter.
Vous mourriez de douleur, ne pouvant l'imiter;
Ou vous expireriez du plaisir de l'entendre.
Amour,
quite tes armes Charmé
de ma bouteille, 2e
Couplet Bachus
laisse ma flame Aimé
de ma Bergere, 3e
Couplet Amis ces
Dieux ensemble Rempli de
ce breuvage,
N'use point son flambeau,
Je braveray tes charmes,
Tant que j'auray du vin nouveau.
Je ne recevray point ta loy;
Que lors que le Dieu de la treille
Cessera de régner sur moy.
Bruler incessamment,
Ton nectar dans une ame
Fait toujours quelque changement.
Ie ne recevray point ta loy:
Que lors que le Dieu de Cithere
Cessera de régner sur moi.
S'accordent aisement:
Pour moi, ie les assemble
Ie suis Buveur, je suis Amant.
Mon coeur en est plus enflamé;
Et j'en bois toûjours d'avantage,
Quand je sçai que je suis aimé.
De bien
boire & de bien aimer, L'Amour
dans mes plaisirs, le plus souvent s'envole,
Ah ! Cloris quelle difference !
Le vin me met e nassurance !
Vous ne me faites qu'allarmer.
Bachus dans mes chagrins sans cesse de console.
Si je
sçavois aimer autant que je sçais boire, Trente
coups plein ce verre 2e
Couplet Si le jus
enchanteur Trente
coups, &c. 3e
Couplet Iris pour
m'enflamer, Trente
coups, &c. 4e
Couplet Avec ce
vin nouveau Trente
coups, &c.
J'aurosi bien tout la gloire de tout charmer.
Feroient voir en ce jour,
Combien je sçaurois plaire,
S'ils étoient pour l'Amour.
Tenoit lieu d'une flâme
Ah ! qu'Iris dans mon ame !
Verroit d'ardeur.
Offrez moy la bouteille;
Pour le Dieu de la treille
Ie puis aimer.
Tout vous sera possible;
Vous me verrez sensible
Iusqu'au Tombeau.
J'allois
faire vendange Va me
dit-il volage, 2e
Couplet Je nargais
le langage Ie bus
à tasse pleine, 3e
Couplet Apres
vendange faite Mais pour
fuir ses menaces 4e
Couplet Plein d'un
divin vreuvage Ie caresse
une belle 5e
Couplet Enfin pour
prendre haleine, Aprochant
de la belle, 6e
Couplet Je
céday la victoire Connois,
petit volage
Au milieu d'un beau jour,
Quand par un cas etrange
Je rencontray l'amour.
Achever ton ouvrage;
Je t'attends au retour.
Que me tint ce mutin,
J'allay prendre courage
En pressant le vin;
Et sans me mettre en peine
De ce petit lutin.
Ie quittay le sejour,
Et sans crinte secrette
De retrouver l'Amour;
Ie suivi d'autres traces
Et je prit le grand tour.
Ie revenois chantant,
L'Amour n'est pas trop sage
Si depuis il m'attend.
Mais pour estre fidelle
En vain il le pretend.
A peine étoi-je assi,
Que j'aperçu Climène
Qui vendangeoit aussi.
Sans me défier d'elle,
Mon coeur en fut saisi.
A ses divins appas,
Et l'Amour plein de gloire
Me vint dire tout bas.
Par le noeud qui t'engage
Qu'on ne m'échape pas.
Je me
moque des larmes, Refrain Bachus qui
fais ma gloire, 2e
Couplet Le desir
n'est que peine Bachus,
&c. 3e
Couplet Ie dois
à ce breuvage Amis je
mets ma gloire
Des Amans insencez,
Je me ris des allarmes
Dont ils sont traversez.
Cause mille plaisirs;
Et je ne pousse des soupirs,
Que lors que ie ne puis plus boire.
L'Attente que tourmens,
La joüissance est pleine
De mille chagemens.
Mes jours les plus charmans,
Ie dois à qui m'engage,
Mes plus heureux momens.
A les servir tous deux:
Ie bois toûjours à de beaux yeux,
Et je les aime pour y boire.
Bachus
borne mes voeux, Mais
jamais ils ne sont jaloux de leur victoire,
Et l'Amour mes desirs.
L'un fait niatre ma soif
Et l'autre mes soupirs.
Je suis fidele aux loix qu'ils veulent m'imposer.
Je ne caresse Iris que quand je viens de boire,
Et ie ne bois jamais que pour la caresser.
Si dans
mes Chansonnettes,
Je vous parois amant leger,
Elles sont toutes indiscrettes,
On ne me vit jamais changer
Qu'un instant aprés vous, Coquettes.
