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Estienne Moulinié
Airs de Cour
1625
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Madame, Je vous rends toûjours le même hommage, mais i'ay toûjours un nouveau désir, qu'il puisse ne vous pas déplaire; Je me flâte même quelque fois qu'une passion si ardente et si légitime doit avoir qualet éfet, et suplrée a mon peu de genie. Je suis avec un tres profond respet, Madame Vôtre humble, tres obéissant et tres soumis Serviteur, I.B. de Bousset |

Airs de Cour
C'en est
fait, il me faut mourir, Pourriez
vous retenir vos pleurs ? C'en est
fait je ne puis guarir:
Puis qu'au lieu de me secourir
Vous fermez l'oreille à mes plaintes,
Ha ! Melite, si mes douleurs
Estoyent sur mon visage peintes.
Quoy mes maux n'ont peu vous toucher ?
Vous portez un coeur de rocher,
Aussi franc d'amour, que de crainte ?
Ha ! Melite, &c.
Mais l'Amour qui me fait mourir
Ne verra mes flames esteintes.
Ha ! Melite, &c.
Cloris qui
dompte tout le monde, Cette
déesse sans exemple, Ma flame a
fait naistre la sienne,
Est escave dessus ma loy,
Cette victoire est sans seconde,
Si je me meurs pour elle, elle se meurt pour moy.
Qui ne m'ayme pas moins que soy,
A choisi mon coeur pour son temple,
Et si je meurs pour elle, elle meurt pour moy.
Sa constance esgale ma foy,
Ie suis sa vie, elle est la mienne,
Et si je meurs, elle mourra pour moy.
Que mes
soins & mes larmes Le bel
oeil qui m'enflame
Sont des foibles armes,
Contre les rigueurs de mon sort.
Amour quelle injustice,
Le prix de mon service
N'est autre que la mort.
Consume mon ame,
Ses traits me blessent sans effort.
Amour, &c.
Si parmy
les deserts au fort de mes atteintes, Quand pour
me soulager, au bord d'une fontaine En fin je
connois bien que toute la nature
Ie vay faire mes plaintes,
Les rochers & les bois
Plus sensibles que vous respondent à ma
voix.
Ie raconte ma peine:
Le murmure des eaux
Accuse vos rigueurs, & soupire mes maux.
Pleure mon advanture,
Et vous seule aujourd'huy
Contemplez sans pitié l'excez de mon
ennuy.
C'est en
fin trop celer mon mal, I'ay long
temps par discretion Si je ne
suis incessamment
L'Amour par un arrest fatal,
Me force Amarile à te dire
Que c'est pour toy que je soupire.
Caché ma forte passion,
Afin qu'on jugeat que mon ame
Se consommoit d'une autre flame.
Pres de toy, plaignant mon tourment,
Crois que j'ay bien de la contrainte
De retenir ainsi ma plainte.
O Dieux !
quand verray-je le jour Que si je
puis voir en ces lieux Mais las !
quand le mal est si fort,
Que malgré l'ennuie,
Le Ciel amy de mon amour,
Daigne par un heureux retour
M'accorder avecque Silvie
L'heur de ma vie.
L'objét de mes larmes,
Qu'on ne me parle plus des cieux:
Le sejour ou luisent ses yeux
D'où l'Amour emprunte ses armes,
A plus de charmes.
L'esperance est vaine,
Et si j'ay quelque reconfort,
C'est que je dois tirer du sort,
Que bien tost la mort plus humaine
M'oste de peine.
Quel
nouveau dieu sur ce rivage Le facheux
bruit de ces fontaines
Digne de vostre affection,
Vous à fait faire election
D'une demeure si sauvage ?
Cloris, que faites vous en ce triste sejour,
Visitée seulement de la nuit & du jour
?
Est-il si fort à desirer,
Que vous le deviez preferer
Au triste recit de mes peines ?
Cloris, &c.
Ie veux
mourir dessus les loix Elle me
tient par son soleil, Nous
joüissons de nos desirs,
De mon adorable bergere,
On ne void point hors de ces bois
De beauté qui ne soit legere,
Toutes les belles de la cour
N'ayment jamais rien plus d'un iour.
Mes yeux ne voyent que par elle,
Elle m'estime sans pareil,
Et je la tiens pour la plus belle.
Toutes les belles, &c.
Ie l'admire tout a mon aise,
Elle me conte les plaisirs
Qu'elle sent lorsque je la baise.
Toutes les belles, &c.
Mere des
nouvelles amours, Le Ciel,
comme la Terre, & l'Air, Ton
Rossignol qui dans les bois
Douce jeunesse de l'année,
Par toy les saisons sont les saisons des beaux jours,
Et des fleurs nous est ramenée.
Tous ses tresors te communique:
Mais rien ne ce peut esgaler
Aux beautez de mon Angelique.
Pousse un ton qui sur tous esclatte,
N'a point le charme de sa voix
Que me caresse, & qui me flatte.
O Dieux !
jusques a quand pour le seul deplaisir Vous
verray-je toujours resister a l'Amour, Par les
severitez que vous faites sentir,
De vous voir trop aymée,
Cruelle à mon desir,
Porterez vous dans l'oeil la vengeance allumée
?
O divine Climene ?
Voulez-vous dans la cour
Aquerir le renom d'ingrate & d'inhumaine ?
Auriez-vous le courage
De vouloir dementir
La douceur de vos yeux, & de vostre visage ?
Retour
tant de fois desiré, Sa
veüe à cessé ma douleur,
A la fin tu m'as retiré
Du soin d'une ennuyeuse attente:
Ie n'ay plus desormais a soupirer pour toy
Voyant ma Caliste presente
Ie me tiens plus content & plus heureux qu'un
Roy.
Elle à chassé tout mon malheur,
Et ses yeux ont seché mes larmes:
Ils ont en un moment estouffé mes soupirs,
Et par la vertu de leurs charmes
Changé mes pleurs en ris, & mes maux en
plaisirs.
Versez mes
tristes yeux un ocean de larmes, Ie voy que
vostre erreur m'a fait aymer Elise, Helas ! Je
croy pourtant qu'on bruslera d'envie
Pleurez incessamment:
Vous portez mon esprit dans un excés d'allarmes
Qui causent mon tourment.
Dont le trait m'a blessé:
Vos regards ont rendu ma liberté soubmise
Aux loix d'un insencé.
D'avoir un mesme sort:
Car jamais un amant ne fut privé de vie
Par un si doux effort.
Tant de
tourments soufferts pour tesmoigner la flame, Toute-fois
leur effét m'a bien fait recognoistre Face le
Ciel vangeur de vostre ingratitude,
Dont vos yeux mes vainqueurs m'ont sçeu bien
assujettir.
M'en auroyent tost fait repentir,
Si je n'avois l'ame
L'amour qui ny veut pas consentir.
Combien grande est la foy dont je sers vostre
beauté,
Qui parmy tant de cruauté
Me veut faire paroistre
Pleine d'amour, & de fidelité.
Que tous les jours passés reviennent devant vos
yeux,
Et que me rendant heureux
Par un si long estude
Apreniez le mal d'un amoureux.
O fuyez
vous plein d'inconstance, Iamais
amante infortunée Ie
l'aymeray donc infidelle:
Alcide avez vous donc perdu toute amitié ?
Las ! me laisez-vous sans pitié,
De vostre ingrate humeur porter la penitence ?
Dieux ! Demons, Amour, & le sort,
Arrestés ce perfide, où m'envoyez la
mort.
N'a souffert pour l'amour ce que je sens d'ennuis,
Mes jours ne sont plus que des nuis
Depuis que je me voy d'Alcide abandonnée:
Dieux ! Demons, &c.
Aussi bien les faveurs qu'il a reçeu de moy,
Me sont une trop forte loy
Pour rompre une amitié qui fust jadis si belle:
Quoy qu'ingrat, je l'ayme si fort,
Que pour luy mile fois j'endurerois la mort.
I. La
Nuit Le
Soleil Ensemble II. La
Nuit Le
Soleil O dieux
!, &c. III. La
Nuit Le
Soleil O
Dieux, &c.
Dialogue de la Nuit & du Soleil
D'où sort cette grande clairté
Qui luit sans rien oster de ma forme premiere ?
Comment aupres de ma lumiere
Peut durer cette obscurité ?
O dieux ! quelle advanture
Peut renverser le Ciel, & la Nature.
Ce n'est pas la Lune qui luit,
Ie la verrois sortir de ma demeure sombre.
Ma clairté ne fait point tant d'ombre,
Ce voile est celuy de la Nuit.
Laisse-moy regner à mon tour,
Soleil qui dessus moy n'eus jamais d'avantage.
O Nuit faut-il que je partage
Avec toy l'empire du jour ?
Il sort de
nos corps emplumez Nous vous
appellons à tesmoins, Gardez de
vous abuser tous, Nous
sommes les Dieux deguisez
Des voix plus divines qu'humaines,
Qui tiennent les soucis charmez,
Et font dormir les peines.
Que si nos voix font des merveilles,
Nos luths ne penetrent pas moins
Les coeurs, que les oreilles.
Ce seroyent choses bien estranges,
Si les Corbeaux, & les Hyboux
Chantoyent comme des Anges.
Qu'en ce lieu ces beautez attirent,
Et c'est pour nos coeurs embrasez
Que nos bouches soupirent.
Ne croyrez
vous jamais, ô ma chere Silvie, Ne
jugés vous pas bien dessus ma face peinte Si je
meurs en aymant, ce me sera la gloire
Que vostre oeil m'ayt ravi:
La douce liberté, compagne de ma vie,
Depuis que j'ay suivi
Les attraits de vostre beauté
Qui m'ont mis en captivité.
L'image de la mort:
Car je sens les efféts, & la douce contrainte
De mon amoureux sort,
Qui m'ont mis en captivité
En servant cette grande beauté.
D'un fidelle amoureux;
Les siécles advenir ayant de moy memoire
Me croiront bien heureux
D'estre mort en captivité
Pour une si rare beauté.
Tous les
triomphes que nos armes Lassez du
mestier de Bellonne, Ne
craignés point belles Charites
S'estoyent acquis dedans ces lieux,
Nous les perdons dedans les charmes,
Et les attraits de vos beaux yeux:
Mais on y void de si puissans appas,
Qu'on ne sçauroit ne vous adorer pas.
D'assauts, de sieges, de combats:
Nous quittons cette humeur fellonne,
Et les sanguinaires esbats,
Pour publier qu'il n'est rien de si doux,
Que de combattre, & mourir pour vous.
Qu'estant nourris dans la fureur,
Nous ne rendions a vos merites
Un traictement plein de douceur:
Que si quelqu'un d'entre nous doit souffrir,
C'est par vos yeux qui font vivre & mourir.