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Divers

 

Meslanges de Musique Latine, Françoise & Italienne, divisez par Saisons

Suite de Recüeil de differents Autheurs, donné au Public de Mois en Mois pendant trente années consécutives

1730

 

Hyver
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Printemps
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E
|
Automne

 

intégrale de ces quatre Saisons des Meslanges 1730

 

L'Hyver

Table


Musique Latine
Musique Françoise
Musique Italienne


 

I. Musique Latine

 

Domine, salvum fac regem
Et exaudi nos in die qua invocaverimus te.

Seigneur, préserve le roi
Et écoute-nous le jour où nous t’invoquerons.

 

 

 

II. Musique Françoise

 

Air Paysan, Duo Bacchique, sur la naissance du Dauphin, par Mr Bouvard

 

Amy Piarrot, buvons, varse, faisons ripailles,
J'avons du bled, j'ons du raisin,
Et nôtre Reine enfin,
Viant de nous bailler un Dauphin:
Ne craignons plus ny guerre, ny batailles:

Ah ! morgué, je ne boirons pu d'iau,
Si ce Bourbon nouviau,
Fait moderer les Tailles !
A la santé de cet Enfant,
Je boirons tant, que je vuiderons nos futailles.

 

 

Menuet

 

Que de talents
A douze ans,
Nous voyons éclore !
Chez vous Manon,
La raison
A devancé sa saison:
Jeune Pandore,
Si dès vôtre aurore,
Les Dieux à l'envy sur vous,
Répandent leurs bienfaits les plus doux,
Un jour ces Dieux
Plus genereux
Encore,
Vous armant de traits vainqueurs,
Vous ferons regner sur les coeurs.

 

 

Chanson à Danser

 

Sois donc sensible à mes soûpirs,
Ma belle Magdelaine;
Tu peux me donner des plaisirs,
Et tu causes ma peine:

Allons cher Coeur,
Plus de rigueur,
Il faut bien qu'on se rende,
Fy donc Julien,
Songez-y bien;
Est-ce que c'la se demande ?

Deuxiéme Couplet

Tu m'as promis un doux baiser,
Sur ta bouche de rose;
Voudrois-tu me le refuser,
C'est-là la moindre chose:

Allons cher Coeur, &c.

Troisiéme Couplet

Mais quoy ! je lis dans tes beaux yeux
Un trouble qui m'enchante:
Ah ! Magdelaine, employons mieux
Une ardeur si touchante;

Allons cher Coeur, &c.

Quatriéme Couplet

Nous sommes icy sans témoin,
Et tu m'aimes, Bergere;
En faut-il plus, plus aller loin ?
Partons, c'est nôtre affaire;

Allons cher Coeur, &c.

Cinquiéme Couplet

Sens-tu comme moy les plaisirs,
Où mon coeur s'abandonne,
A ton tour, rends-moy les soûpirs,
Que mon amour te donne,

Allons cher Coeur, &c.

Sixiéme Couplet

Julien content, prest à partir,
Magdelaine l'embrasse,
Luy disant: quoy ! tu veux sortir !
Crois-tu que l'on t'en chasse ?

Allons Mignon,
Recommençons,
Il faut bien qu'on se rende;
Fy, Magdelon,
Songez-y donc;
Est-ce que c'la se demande ?

 

 

Duo Bacchique

 

Pour vaincre les mépris, d'une beauté rebelle,
Bacchus tu m'offres en vain ce jus délicieux:
Loin d'éteindre l'ardeur dont je brûle pour elle,
Tu ne fais qu'irriter mes transports amoureux:
Ceße de t'aplaudir d'une fausse victoire,
Tu ne triomphes pas un instant de ses yeux,
Et plus tu prends le soin de me verser à boire,
Plus l'Amour dans mon coeur fait éclater ses feux.

 

 

Rondeau, Musette, Parodie

 

Dans nos hameaux tout nous engage
A chanter de l'Amour les invincibles traits;
Sans en connoître l'esclavage,
Sans cesse nous goutons ses plus tendres attraits ! [
fin]

Toûjours heureux
Et toûjours amoureux,
Nous passons nos jours sans tourment:
Plaisirs des Dieux,
Plaisirs délicieux,
Coulez plus lentement.

Tranquille à l'ombre d'un ormeau,
Le Berger sur son Chalumeau,
Repete à chaque instant:
Douce felicité,
Charmante volupté,
Coulez plus lentement.

Dans nos hameau, &c.

 

 

Gavotte Bacchique

 

Quand je vois à table une Belle,
Boire de ce jus divin,
Je crois qu'Amour, de concert avec elle,
S'abandonne au Dieu du vin:

Certain alors de la victoire,
Mon coeur forme mille voeux;
Tendre Buveur, & Belle qui sçait boire,
S'enflâment des mêmes feux.

Deuxiéme Couplet

Depuis que l'Amour à Cythere
Vuide pintes & flacons
Des feux du vin, ce petit Dieu s'eclaire
Et ne va plus à tâtons:

Par tout triomphe la tendresse
Quand Bacchus est de saison,
Vulcain s'endort, Mars boit à sa Maîtresse,
Et Venus luy fait raison.

 

 

Le Papillon, Air de Mr Naudé l'aîné

 

Dans les jardins de Flore,
Papillon volage, & léger,
Tu vole au lever de l'Aurore,
Sans jamais t'engager:
Mille Amants voltigeans de même,
Cessent d'aimer aussitôt qu'on les aime:
Helas ! si tu volois près de Cloris,
En luy rendant un tendre hommage,
Comme un Amant qu'elle a soumis,
Tu cesserois d'être volage.

 

 

Air de Basse, de Mr Naudé l'aîné

 

Lucas, ma maison brûle,
O ! douleur sans seconde !
La flame bouche mon caveau:
Je verrois sans fremir, l'embrasement du monde;
Et ne puis sans pleurer, voir perir mon tonneau:
A mon malheur affreux, cher Amy, sois sensible,
Au travers de ce gouffre, ouvrons-nous un chemin:
Je rirois du dégas que fait ce feu terrible,
Si je pouvois sauver mon vin.

 

 

Vaudeville, de Mr Bouvard, les paroles sont de Mr Moraine

 

Rien n'est parfait dans la nature,
Les Diamants ont leurs défauts,
Et quelque tache défigure
Toûjours les objets les plus beaux:
Femmes, vos traits, vôtre visage,
Ont quelque chose de divin.

Mais vous avez, ce qui gâte l'ouvrage,
L'esprit malin.

Deuxiéme Couplet

Dans cette demeure si belle,
Si riche, en fruits délicieux,
Et qui devoit être éternelle,
Pour le premier de nos Ayeux;
Le Demon n'eût, de l'homme sage,
Jamais troublé l'heureux destin,

Si de la femme, il n'eût mis en usage,
L'esprit malin.

Troisiéme Couplet

Un mary credule & bonhomme,
Un trop aveugle adorateur,
Mordent tous les jours dans la pomme
Que leur offre un Sexe trompeur;
Ce qui se fit au premier âge,
Se ferin jusques à la fin:
La femme aura toûjours en héritage,
L'esprit malin.

Quatriéme Couplet

Femme féconde en artifices,
D'humeur bizarre & de travers,
Qui feriez-toutes vos délices,
De pouvoir broüiller l'Univers;
Et vous Coquette au coeur volage,
Qui sçavez duper le plus fin;

Se trompe-t'on, vous donnant en partage,
L'esprit malin ?

Cinquiéme Couplet

Dans l'esprit un femme a-t'elle
L'interest, l'envie ou l'amour;
Ou, pour se venger, la Cruelle
Veut-elle faire un mauvais tour;
Voyez ses diverses personnages,
Voyez-la pousser son dessein,

Vous jugeriez qu'elle tient à ses gages,
L'esprit malin.

Sixiéme Couplet

Bien d'autres jolis caracteres,
Distinguent le Sexe indiscret:
Devotes, Prudes & Megeres,
Je pourrois vous lancer le trait;
Mais, ma foy, je craindrois l'orage,
Je sçais quelle est vôtre venin:

Et je me tais, sans aigrir davantage
L'esprit malin.

 

 

Duo Bacchique

 

Quel plaisir de boire du vin,
Disoit Lucas, faisant ripaille,
Au Cabaret, point de chagrin;
J'oublions nos femmes, la taille,
Demeurons-y jusqu'à demain:
Morgué, luy répondit Grégoire,
Saisi d'un bacchique transport,
Demeurons-y toûjours à boire,
Il n'en coûte que quand on sort.

 

 

Chanson Bacchique

 

Par tout où regne le chagrin,
L'on ne me voit jamais paroître:
Par tout où regne le bon vin,
Ou j'y suis, j'y voudrois être.

 

 

Chansonnette, de Mr Bouvard

 

Lorsque des fers d'une infidelle,
Un malheureux Amant a sçû se dégager:
L'Amour prend quelquefois le soin de le venger
Par une conqueste plus belle.

 

 

Air Bacchique, de Mr Naudé l'aisné

 

Eloigné des beaux yeux de Catin,
Je goûte sans chagrin
Les douceurs de la vie;
De ce bon vin,
Si je ne bois sans fin,
Je reprendray bientôt l'amoureuse folie.
Verse, verse-moy ce nectar delectable,
Et pour jamais j'oubliray ses attraits;
L'Amour perd son pouvoir à table,
Quand le vin frais
Coule à longs traits.

 

 

Air Serieux, de Mr Desfontaines

 

Mon espoir est séduit par tes vaines promesses,
Infidelle, que sont devenus tes serments ?
Tu n'eûs jamais pour moy que de feintes tendresses,
Et ton volage coeur n'aima que mes tourments.

Que ne puis-je étoufer les restes d'une flâme,
Qu'un charme trop puissant alluma dans mon ame:
Mais ce qui reste, helas ! est un reste charmant:
Iris, je t'aime encor, malgré ton changement.

 

 

Ariette, Chanson Bacchique , de Mr de Lestrade

 

Je ne veux point aimer,
Et je ne sçais point boire;
Mais Bacchus, & l'Amour m'en imposent la loy:
L'Amour par vos beaux yeux,
Est seur de la victoire:
Et le vin dont Bacchus fait les honneurs chez toy,
Est si délicieux,
Qu'on est forcé d'en boire.

 

 

Brunette, nouvelle

 

Assure mon bonheur,
Disoit un jour Philene,
Amour, favorise mes voeux:
Tu peux seul attendrir l'insensible Climene,
Cher Tiran de mon coeur,
Prens pitié de mes feux.

Deuxiéme Couplet

C'estoit au fond d'un bois, dans l'Isle de Cythere,
Que cet Amant accablé de douleurs;
Au Dieu qui fait aimer sa charmante Mere,
Adressoit tendrement & sa plainte & ses pleurs.

Troisiéme Couplet

Vous, Ruisseaux amoureux de ces riantes plaines,
Vous qui semblez vous plaindre en les quittant:
Vous Echo, qui jadis pleurâtes dans vos chaînes,
Joignez-vous à ma voix, pour plaindre mon tourment.

Quatriéme Couplet

Et vous, petits Oyseaux, qui sous ces verds feuillages,
Portez si bien vos chaînes & leurs douceurs:
Par les plus beaux accents de vos tendres ramages,
Rendez sensible enfin l'Ingratte, à mes malheurs.

Cinquiéme Couplet

Ainsi l'ardent Berger chantoit dans ce boccage,
L'Amour, ses feux, ses soûpirs, ses desirs:
Au moment que ce Dieu, porté sur un nuage,
Vint luy dire qu'il fait ses soins de ses plaisirs.

Sixiéme Couplet

Tu vois, dit-il, l'Objet qui cause ton martire,
Un doux sommeil enchaîne icy ses sens:
J'ay sçû fléchir son coeur, il est sous mon empire;
Elle approuve en secret les transports que tu sens.

Septiéme Couplet

Grand Dieu, dont les bienfaits ont comblé ma tendresse,
Charmant Amour qui finis mes tourments:
Je jure par tes feux, de t'adresser sans cesse,
D'un coeur somple & soûmis, le culte & les encens.

 

 

Air, de Monsieur Guillotin de la Riviere

 

Ma superbe indifference
T'avoit toûjours outragé:
Mais, qu'il est dangereux de braver ta puissance !
J'ay vû Themire, helas ! Amour, tu t'es vengé.

 

 

Recit de Basse, Air Bacchique, de Mr Paris

 

Je méprisois les Autels,
Qu'élevent à l'Amour les aveugles Mortels:
Ce Dieu, pour venger cette injure,
Vient de me faire une blessure,
Dont je ne gueriray jamais;
Dans le jus de la treille, il a trempé ses traits.

 

 

Ariette, Rondeau, de Mlle Guedon de-Presles

 

Dans ce séjour,
Aimons-nous, suivons nos desirs;
Le tendre Amour
Prend soin de nos plaisirs; [
fin]

Suivons toûjours
Le penchant qui nous presse,
Sans la tendresse,
Il n'est point de beaux jours:
Dans ce séjour, &c.

 

 

Rondeau, de Mr Paris

 

Confident de mes pleurs,
Bois sombre & solitaire;
Et vous Echos, témoins de l'ardeur de mes feux,
Ne verrez-vous jamais mon ingratte Bergere,
Combler de ses faveurs mes transports amoureux ? [
fin]

Son coeur ingenieux à causer mes allarmes,
Trouve un plaisir cruel à voir couler mes larmes;
Honteux de mes lâches amours,
De l'inconstace envain, j'implore le secours.
Confident de mes pleurs, &c.

 

 

Air, de Mlle Guedon de Presle

 

Tendres Amants, dans l'ardeur qui vous presse,
Flatez l'Objet qui cause vos soûpirs:
Quand ses faveurs comblent vôtre tendresse,
N'y bornez pas vos voeux & vos desirs:
Tous les plaisirs qu'on peut goûter sans cesse,
Cessent bientôt d'être plaisirs.

 

 

Air Bacchique, de Mr Guillotin de la Riviere

 

Veux-tu donc aller à la guerre,
Disoit un jour Mathurine à Colin ?
A tout moment tu bois du vin,
A la santé du Roy, tout plein ton verre:

Assez d'autres, à sa santé,
A la Reine, à son nouveau né,
Boiront tout plein,
Mais pour nous, en Epoux fidelles,
Inventons des fêtes nouvelles,

Courons au lit;
Faisons au Roy toute la nuit,
Sujets mâles, Sujets femelles,
Dont les petits Enfans payent Taille au Dauphin.

 

 

Chansonnette, de Monsieur Bouvard

 

Lorsqu'une Conqueste nouvelle
Force un coeur à se partager,
Qu'il a peine à se ménager,
Pour ne point paroistre infidelle.

 

 

Musette, de Mlle Guedon de Presles

 

Vole Amour, viens regner dans nos heureux boccages,
Enchaîne sous tes loix, les coeurs indifferents:
Fais que nos Bergeres cessent d'être volages,
Bannis de nos cantons les Bergers inconstans.

 

 

L'Amante & le Buveur, Duo, de Mr D. P.

 

Dieu du vin, écoûte le serment que je fais,
Je jure par tes feux, de suivre ton empire,
Et de ne songer désormais,
Qu'au plaisir que ta flâme inspire:
Mais il faut que Tircis puisse m'aimer, toûjours,
Amour, prend donc soin de ta gloire,
Fais-nous aimer le reste de nops jours.

 

 

L'Oyseau de passage, Recit de Basse, de Mr Bouvard

 

Sçais-tu bian, Nicolas Tuyau,
Que dans nôtre Village,
Chacun dit que c'est un Oysiau, qu'un Pucelage,
Dont l'espece est rare à Paris,
Et que son plumage
S'appelle par les biaux esprits,
Le Varger naissant de Cypris:
Ah ! morgué, si c'est un boccage, que ce Varger;
Charchons son nid, courons, ce seroit grand dommage,
Que cet oysiau nous échapit;
Sans queüe, il reste à ce qu'andit,
Toûjours caché sous le feüillage:
Hâtons-nous, car il prend le large,
Sitôt qu'alle luy viant: & petit, à petit avec un doux ramage,
Il s'envole, & n'est plus qu'un oysiau de passage.

 

 

Le Buveur amoureux, Air Bacchique, de Mr Bouvard

 

En vain je bois pour calmer mes allarmes,
Et pour bannir l'Amour qui m'a surpris:
Ce sont les armes
Pour mon Iris;
Le vin me fait oublier ses mépris,
Et m'entretient seulement de ses charmes.

 

 

Chanson Bacchique, de Mr Bouvard

 

Palsangué, veux-tu m'en croire,
Enyvrons-nous de ce vin;
A planter ce jus divin,
J'eumes tant de mal, Grégoire;
Ardé, n'est-il pas juste d'en boire ?

 

 

III. Musique Italienne

 

Aria, del Signor Alessander Scarlatti

 

Un tuono, un lampo, un fulmine,
A incenerirti il core,
Superbo traditore,
Un dì s’accenderà.

E pur [sic, pour per] far crudo scempio
D’un barbaro
D’un empio
La terra s’aprirà.

Un tonnerre, un éclair, une foudre
Pour réduire en cendres ton cœur,
Traître orgueilleux,
S’allumera un jour.

Et pour massacrer cruellement
Un barbare,
Un criminel,
La terre s’ouvrira.

 

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC