Compositeurs anonymes
Brunetes ou
Petits Airs tendres,
avec les Doubles & la Basse continue,
melées de Chansons
à Danser en Rond
![]()
|
Il
y a peu de Recüeils qui doivent être
reçûs plus agreablement que celui-cy,
si l'on en juge par l'empressement avec lequel il
est attendu du Public. Les Airs dont il est
composé ont été appellez
BRUNETTES, par rapport à celuy qui commence
Le Beau Berger Tircis, & à celuy qui
finit par ces paroles: Helas, Brunete, mes amoues,
&c. Une preuve de la bonté de ces Airs,
c'est que malgré leur ancienneté, on
ne laisse pas de de les apprendre & de les
chanter encore tous les jours; ceux même qui
possedent la Musique dans toute leur
étendüe, se font un plaisir d'y
goûter ce caractere Tendre, Aisé,
Naturel, qui flatte toûjours, sans lasser
jamais, & qui va beaucoup plus au coeur
qu'à l'esprit. Pour
peu qu'on veüille jetter les yeux sur le
Recüeil de ces Airs, on aura pas de peine
à découvrir quels soins il a fallu
donner pour les publier dans toute leur perfection.
On les a arrangez sous six differentes Suites de
Tons, dans lesquels on a jetté toute la
varieté possible, de sorte que des Airs
simples & passionnez, on passe à leurs
Doubles: Des Soubles aux Airs de Mouvement: De ces
Airs aux Duo: et des Duo aux Trio.
Enchaînement qui, sans doute, ne
déplaira pas aux Gens de l'Art, & qui ne
laissera pas d'occuper agreablement ceux qui ne
font aucune profession de Musique. On
n'a pas apporté moins d'exactitude à
l'Impression des Paroles, qu'on trouvera
purgées d'un nombre infini de fautes qui
s'étoient glissées dans les Copies
qui en ont couru. Entre les differens Couplets on
en a fait choix des plus connus, & de ceux qui
renfermoient quelque sel, & quelque
agréement: Pour les autres qui ne
signifioient rien, ou dons le stile & les
pensées étoient fades &
ennuïseuses on a crû les devoir
supprimer. D'ailleurs, lorsqu'il s'est
rencontré des Airs d'un seul Couplet assez
agreables pour être repetez, on y a joint de
nouveaux Couplets, qui en font une suite
naturelle. A
l'égard
des douze Chansons à Danser en Rond, qui
finissent ce Volume, on les a choisies entre les
meilleures de cette espece, & on les a fait
suivre par leurs Couplets qui pouvoient se
souffrir; mais on s'est fait une Loy, de n'y rien
mêler, aussi-bien que dans le reste de ce
Volume, qui pût choquer la pudeur, & la
bien-seance; & l'on se flatte que cette
delicatesse sera du goût de tous les
honnêtes Gens. Quoique
l'on ait pris soin de joindre les Basses-Continues
à tous les Airs tendres, on n'a pû
neanmoins se dispenser de donner à ce
Volume, qui en renferme un tres-grand nombre, une
forme qui le rendit plus aisé à
manier & à transporter.
A
Son
Altesse Serenissime Madame la Princesse de Conty,
Douairiere Madame, Le
Recüeil que je prends la liberté
d'offrir à vôtre Altesse est un tribut
qui luy est justement dû. Il contient ce
qu'il y a d'Airs François les plus parfaits
dans le caractere Tendre & Naturel; Hé
qui peut mieux sentir que Vôtre Altesse ces
graces naïves & touchantes ? Elle qui
sçait si bien l'art de gagner les coeurs,
par ce charme secret & cet attrait puissant
qu'une heureuse Naissance a répandus dans es
moindres discours, & ses moindres actions. Je
suis avec un tres-profond respect, De
Vôtre Altesse Serenissime, Madame, Le
tres-humble & tres-obeïssant
Serviteur, |
Les Brunettes & Petits Airs tendres

Le beau
Tircis Sur les
bords du Loire assis, 2e
Couplet Ah ! petit
à petit, L'Amour
prend trop de credit, Le soucy
jaunissant, Sont les
fleurs qui vont naissant Second
Couplet Au lieu
d'aller paissant Son cher
troupeau languissant, Troisiéme
Couplet Les
Ruisseaux vont roulant Et
murmurant, se mêlant Quatriéme
Couplet Les Echos
d'alentour Fait encor
sécher d'amour: Rêver
incessamment, S'habiller
negligemment, Vous
negligez mes soins, Mes
tristes yeux sont témoins
Prés de sa chere Annette,
Chantoit dessus sa Musette;
Ah ! petite Brunete,
Ah ! tu me fais mourir !
Je sens que je m'engage;
Je n'en dis pas davantage;
Ma bouche soyez sage,
Mes yeux en ont trop dit.
Autres
Couplets
La pâle Violette,
Des larmes que Tircis jette;
Ah ! petite Brunete,
Ah ! tu me fais mourir
La pointe de l'herbette:
Se couche prés sa houlette:
Ah ! petite Brunete,
Ah ! tu me fais mourir !
Leur onde pure & nete,
Aux larmes que Tircis jete
Ah ! petite Brunete, &c.
Que sa plainte discrete
Redisent la Chansonnete:
Ah ! petite Brunete, &c.
Autre
Couplet
Chercher la solitude,
Cherir ton inquietude;
C'est-là toute l'étude,
D'un Malheureux Amant.
Autre
Couplet
Ma tendresse vous gêne;
De vôtre nouvelle chaîne:
Et pour comble de peine,
Je n'en aime pas moins.
J'ay
passé deux jours sans vous voir, Je serois
mort de desespoir Second
Couplet Je ne suis
que trop infortuné C'est peu
de n'estre point aimé, Troisiéme
Couplet Tircis,
soyez mieux informé Ingrat,
vous estes seul aimé, Quatriéme
Couplet Je passais
autrefois chez vous Privé
d'un commerce si doux J'ay
vouly, pour me rendre heureux, Que l'un
& l'autre est dangeureux, Second
Couplet S'il est
vray qu'à l'Amour constant Le mien
trouvera quelque instant Troisiéme
Couplet Non,
jamais vos divins appas A quatorze
ans vous n'estiez pas Quatriéme
Couplet Vos yeux
sont devenus plus doux Tous les
Bergers souffrent pour vous, Cinquiéme
Couplet De tous
les Bergers de ces bois De cent
Bergeres que je vois Sixiéme
Couplet Des
Bergers qu'Amour a soûmis A qui
donnerez vous le prix, Septiéme
Couplet On m'a
vû souffrir mille maux Que je
devrois sur mes Rivaux Huitiéme
Couplet Ne croyez
pas que vos mépris Quand vos
rigueurs seroient le prix Plus je
vois la charmante Iris, Ainsi que
ses cruels mépris Le doux
Printemps est de retour Zephire
& Flore font l'amour, Vous ne
comptez point comme moy Et
c'est-là mon unique employ Second
Couplet Autrefois
fidele, & constant A present
je vis plus content Troisiéme
Couplet Je vous
vois aimer mes Rivaux, J'ay
choisi des plaisirs nouveaux, Quatriéme
Couplet Quoy ! ne
vous verray-je jamais Aimons du
moins à commun frais, Cinquiéme
Couplet Helas !
que ne m'est-il permis De quitter
ces lieux ennemis,
Plus cruels qu'on ne pense;
D'une plus longue absence;
Helas ! Brunete mes amours,
Ne puis-je vous voir tous les jours !
De mon sort & du vôtre:
Vous en aimez un autre.
Helas ! Brunete mes amours,
Le voulez-vous aimer toujours ?
De mon sort & du vôtre,
Je n'en aime point d'autre;
Objet de mes tendres amours,
Vous pouvez me voir tous les jours.
Tous les jours de ma vie:
Je languis, je m'ennuye;
Helas ! Brunette mes amours,
Quand vous verray-je tous les jours ?
Autres
Couplets
Vous voir & vous entendre:
Quand on a le coeur tendre ?
Je vois où je vais m'engager;
Mais je ne crains point le danger.
Il n'est rien d'impossible,
Où vous serez sensible;
Brunete, que ne voulez-vous
vancer des moments si doux ?
N'ont fait tant de conquêtes:
Si belle que vous estes;
Objet de mes tendres amours,
Vous embelissez tous les jours.
Et vos couleurs plus vives:
Sur ces aimables rives,
Helas ! Brunete mes amours,
Vous embelissez tous les jours.
Je suis le plus fidele:
Vous estes la plus Belle;
Objet de mes tendres amours,
Vous embelissez tous les jours.
A vôtre loy sévere,
Mon aimable Bergere ?
Helas ! que je serois heureux,
Si c'estoit au plus amoureux !
Avec tant de constance,
Avoir la preference;
Mais, helas ! le plus amoureux,
N'est pas toûjours le plus heureux.
Epuisent ma constance:
De ma perseverance;
J'aymerois mieux perdre le jour,
Que de voir finir mon amour.
Autre
Couplet
Plus je sens que je l'aime:
Ma constance est extrême;
Helas ! sa haine & son amour,
Augmenteront-ils chaque jour ?
Autre
Couplet
Et la plaine est fleurie,
Il n'est que toy, Silvie,
Qui n'as jamais voulu songer
A trouver l'heure du Berger.
Autres
Couplets
Les moments de l'absence,
Hörs de vôtre presence;
Je commence à m'en rebuter,
Vous m'en donnez trop à compter.
Je répandois des larmes,
Je méprise vos charmes;
Brunette, je sçay de vos tours,
Vous ne ferez plus mes amours.
Sans m'en mettre en colere:
Un autre a sçû me plaire;
Non, non, Brunette, de vos jours
Vous ne ferez plus mes amours.
La même impatience ?
Avancez, quand j'avance.
Helas ! ce commerce si doux,
Iris, que ne l'éprouvez-vous ?
Aprés un coup si rude,
Pour une solitude ?
Où je pourrois en liberté
Regretter ma felicité.
Je suis
charmé d'une Brune, Second
Couplet Contre son
humeur volage, Troisiéme
Couplet Elle a
l'air d'une Déesse, Qu'une
certaine tendresse Quatriéme
Couplet Dès
que je la vis paroître Dans
l'instant je sentis naître
Qui tient mon ame en langueur.
Quelle seroit ma fortune,
Si j'avois touché son coeur !
Ah ! que ma flâme est importune !
Jamais Amour n'est sans douleur.
Quand mon coeur s'est revolté.
Soudain elle me rengage
Par une fausse bonté.
Contre les traits d'un beau visage,
Qui peut garder sa liberté !
Rien ne manque à ses appas,
Que son coeur ne connoît pas:
Les traits, dont le rigueur blesse,
Me font souffrir mille trépas.
Qu'elle m'inspira d'ardeur !
Une amoureuse langueur:
Heureux ! si j'osois me promettre
De pouvoir attendrir son coeur !
Sujet Mon cher
Troupeau, cherchez la plaine, Second
Couplet Helas !
dans mon malheur extrême, Troisiéme
Couplet Quand vous
aurez quitté la plaine
Fuyez les Bois de peur des Loups.
Je ne songe qu'à Celimene,
Je ne sçaurois songer à vous.
Je vois qu'il faut tout hazarder:
Je n'ay pû me garder moy-même,
Comment pourrois-je vous garder ?
Vous serez à l'abry des loups:
Mais la cruelle Celimene
Me fait par tout sentir ses coups.
C'est dans
ces lieux où regne l'innocence, Second
Couplet L'on peut
icy sur la verte fougere, Troisiéme
Couplet Ce sont
les fleurs qui font nôtre parure: Quatriéme
Couplet Dans
vôtre Cour jamais l'amour ne dure, Cinquiéme
Couplet Tous les
presents que l'on fait à nos Belles, Sixiéme
Couplet Loin de
vos yeux le destin me rappelle, Septiéme
Couplet Pendant le
temps d'une trop longue absence, Huitiéme
Couplet L'ingrate
Iris a l'humeur trop volage, Neuviéme
Couplet Toy seule
icy, plaintive Tourterelle, Dixiéme
Couplet De tous
les maux, aimer n'est pas le pire, Si de mon
coeur je ne suis plus maîtresse, Si de son
coeur Iris n'est plus maîtresse,
Jamais Amant n'y dit que ce qu'il pense;
Mais à la Cour tout n'est rien
qu'apparence.
Passer le jour auprés de sa Bergere:
Mais à la Cour il faut trop de mistere.
Nous nous lavons avecque de l'eau pure:
Nôtre Beauté doit tout à la
Nature.
Tous vos discours sont remplis d'imposture:
Les plus beaux teints sont couverts de peinture.
Ce sont des fruits, ce sont des fleurs nouvelles:
Ou quelquefois un nid de Tourterelles.
Soyez toûjours aussi tendre que belle:
Jusqu'à la mort je vous seray fidele.
De mon amour soyez en assûrance:
Ne formez point de soupçon qui l'offence.
Cessez, mes yeux, de la voir davantage:
Elle a du fard au coeur comme au visage.
Dois prendre part à ma douleur mortelle,
Tu pleure un mort, je pleurs un infidelle.
Mais quand on aime, & qu'on n'ose le dire,
Non, il n'est pas de plus cruel martire.
Autre
Dans mon malheur, j'ay du moins cette adresse,
Qu'à mon Vainqueur je cache ma foiblesse.
Réponse
Que luy sert-il d'user d'aucune adresse,
Dans peu ses yeux avoüront sa foiblesse.
La Bergere
Annette, Second
Couplet Jeune
Pastourelle, Troisiéme
Couplet Lorsque
dans la Lande, Quatriéme
Couplet Un jour
dans la danse, Cinquiéme
Couplet L'éclat
de tes charmes, Sixiéme
Couplet Et qu'il
te souvienne, Septiéme
Couplet Mes bleds
dans la plaine, Huitiéme
Couplet Outre la
Musette, Neuviéme
Couplet Dans
nôtre Prairie, Dixiéme
Couplet Dans
nôtre Village Unziéme
Couplet Quand de
nos Montagnes Douziéme
Couplet Je
t'offris sa patte, Treiziéme
Couplet Satisfay
ta haine; Quatorziéme
Couplet La jeune
Bergere Quinziéme
Couplet La Rose
vermeille, Il finit
sa plainte,
Sur les bords d'un ruisseau,
Filoit sa quenoüillette,
En gardant son Troupeau.
Le Berger Tircis qui l'aime
Plus que luy-même,
Luy racontoit ainsi
Son amoureux soucy.
Ton oeil est plain d'appas:
Mais ton humeur cruelle,
Ne luy ressemble pas.
Que je t'adore ?
Pourquoy s'il le sçait bien,
N'en decouvret-'il rien ?
Où nous êtions tous deux,
Je mis une Guirlande
Dessus tes blonds cheveux,
Tu me traitas en colere,
De Temeraire;
Et de ta blanche main,
Tu la rompis soudain.
Un Berger inconnu,
Eût assez d'assûrance,
Pour baiser ton sein nud.
Tu ne fis point la farouche:
Et quand je touche
Seulement ton habit,
Tu rougis de dépit.
Enflamme mes desirs,
Il m'en coûte des larmes,
Des chagrins, des soûpirs.
Tu le vois belle Inhumaine,
Sans être en peine,
Si je pourray souffrir
Tes rigueurs, sans mourir.
Que gravant d'un coûteau,
Ta devise & la mienne,
Sur le tronc d'un ormeau,
Pour toy ce fut une offrande.
Par un abscence
Qui dura plus d'un mois,
Tu me mis aux abois.
Mes vins sur les côteaux;
Mille Bêtes à laine,
Des Chévres, des Taureaux;
Mon adresse & mon courage,
Mon parentage,
Ma tendresse, ma foy,
ne peuvent rien sur moy.
Dont je t'ay fait un don,
Je grave une Houlette,
Des chiffres de ton nom;
Dans peu de jours je l'acheve,
Et je t'éleve
Les petits d'un Faisant,
Pour te faire un present.
Un Loup battit nos Chiens.
Menaçant en furie
Tes Troupeaux & les miens;
Tu vis avec quelle adresse,
Quelle vitesse,
La houlette à la main,
J'attaquay l'inhumain.
Un Soldat effronté,
Voulut faire un outrage
A ta jeune Beauté;
Si quelqu'un de l'assistance,
Prit ta deffense,
Plus hardiment que moy;
Je m'en rapporte à toy.
Un grand Ours descendu,
Rendit de ces Campagnes
Tout le Peuple éperdu;
Nos Bergers qui s'étonnerent,
T'abandonnerent,
Tu vis, sans me vanter,
S'il pût m'épouvanter.
Car j'en fus le vainqueur;
Ce fut là, Belle Ingrate,
Que je connus ton coeur.
Helas ! de m'être obligée,
Presque enragée,
Daignas-tu seulement,
Me parler un moment ?
Si mon trépas te plaît,
Aimable Inhumaine,
Prononce m'en l'Arrest:
Pour peu que mon sort te touche,
Et qu'à ta bouche
Il en coûte un soûpir,
Trop heureux de mourir !
Pendant tous ces discours,
D'une maon ménagere,
Alloit fiant toûjours;
Mais son ame fut atteinte
De cette plainte,
Son fuseau par trois fois
Luy tomba de ses doigts.
Quand le soleil la peint,
N'est point encor pareille
A l'éclat de son teint;
C'est une discrette honte
Qui la surmonte,
Que ce jeune vainqueur
Soit Maître de son coeur.
Autre cheute
de la même Chanson
La Bergere s'en rit;
Il en eût l'ame atteinte
De rage & de dépit:
Puis sans pleurer davantage
D'un tel outrage,
La voyant rire ainsi,
Se mit à rire aussi.
Un de nos
Bergers l'autre jour, Ah ! si
c'est un mal que l'amour, Second
Couplet J'abandonne
aux Loups mon troupeau, Dansee qui
voudra sous l'Ormeau, Troisiéme
Couplet Je ne
m'informe plus de rien, Mais je
m'en consolerois bien, Autre
Couplet Un de nos
Bergers amoureux, Ah ! qu'un
Amant est dangereux, Mais on
est tout seul amoureux, Mais
dés le moment qu'on est deux,
Disois aux Echos d'alentour,
Sentant sa peine extrême:
Il est bien sûr que j'aime.
Et ne vais plus dans le hameau
Le Dimanche & la Fête;
J'ay d'autres soins en tête.
J'égaray l'autre jour mon Chien,
J'ay perdu ma Houlette:
Si je trouvois Lisette.
M'a rendu sensible à ses voeux,
Malfré mon humeur fiere:
Quand il a dequoy plaire !
Autre
Couplet
L'Amour est un Dieu dangereux,
On languit dans ses chaînes:
On les souffre sans peine.
Vous
partez, belle Climene, Que je
vais souffrir de peine; Second
Couplet Moy qui
fus toûjours fidele, Du moins
plaignez-vous, Cruelle; Troisiéme
Couplet Helas !
malgré vôtre haine, Si je
pouvois, Inhumaine, Quatriéme
Couplet Avec
quelle indifference, Iris, dans
cette indolence, Cinquiéme
Couplet Non, vous
deviendez sensible, A l'Amour
inaccessible,
Je ne verray plus vos yeux.
Que tout va m'être ennuyeux !
Dois-je mourir de vos coups ?*
Le trépas me sera doux.
Que je ferois de Jaloux,
Expirer à vos genoux ?
Passez-vous vos plus beaux jours ?
Demeurez-vous toûjours ?
Ce coeur, ce superbe coeur,
Sentira sa vive ardeur.
Je ne
connoissois point l'Amour, Iris, vous
changerez peut-être, Second
Couplet Je
mourrois, si quelque autre choix Un coeur
qui s'enflamme avec peine, Troisiéme
Couplet Aimable
Iris, à mon ardeur Où
trouverois-je autant de charmes ?
Et vous me l'avez fait connoître;
Et je ne pourray pas vous changer à mon
tour.
Vous faisoit briser nôtre chaîne:
Dût-il être trahy, ne brûle qu'une
fois.
Pardonnez ces tendres allarmes:
Mais, où trouveriez-vous un si fidele coeur
?
La Bergere
que je sers, Et par
Nuit & jour dedans ses fers Mais enfin
je suis amoureux, Second
Couplet On a prit
dans mon Troupeau Des
Bergeres du Hameau, Mais
enfin je suis amoureux, &c. Troisiéme
Couplet D'une si
rare Beauté J'ay des
Rivaux quantité, Mais
enfin je suis amoureux, &c. Quatriéme
Couplet Dieux !
qui pourroit concevoir Je l'aime
sans nul espoir, Mais
enfin je suis amoureux, &c. Cinquiéme
Couplet Mon coeur
toûjours malheureux Elle peut
flater mes voeux Car
enfin je suis amoureux, &c. Profitez
mieux des talents Une foule
de Galants Parmis
tant de Gens amoureux, Second
Couplet Je ne vous
vis qu'un moment, Vous
causez ce changement; Si de vous
je suis amoureux, Troisiéme
Couplet Vôtre
esprit paroît charmant, Aimeriez-vous
constamment ? Rien pour
moy n'est plus dangereux, Quatriéme
Couplet Je n'ose
faire ma cour Et mes
yeux seuls, de mon coeur Mais
enfin, je suis amoureux,
Ne sçait rien de mon martire;
Et par mille soins divers,
Je tâche de l'en instruire:
Je languis & je soûpire;
C'est assez pour être heureux !
De mes Brebis la plus belle;
J'ai brisé mon Chalumeau,
J'ay perdu mon Chien fidele:
J'ay choisi la plus Cruelle;
Je porte & cheris les chaînes,
Elle passe en cruauté,
Même les plus Inhuamines:
Rivaux, jaloux de mes peines.
Combien ma peine est cruelle ?
Quand je cesse de la voir,
Ma douleur devient mortelle:
Je suis hay, quoyque fidele.
Craint ses yeux & leur puissance;
Pour fuir un sort rigoureux,
J'éviterois sa presence,
De quelque douce esperance;
Autres
Couplets
Que la Nature vous donne,
Avec des yeux si charmants
Vous ne regardez personne:
En tous lieux vous environne:
N'en faites-vous point d'heureux ?
Et depuis ce badinage
Je soûpire incessamment,
Je ne me sens plus volage:
Mais avant que je m'engage:
Dites-moy, seray-je heureux ?
Je ne sçaurois m'en deffendre;
Si je voulois un Amant,
C'est vous que je voudroit prendre;
Ah ! c'est-là mon endroit tendre !
Qu'un Amant bien amoureux.
A cet Objet qui m'engage;
Je suis ses pas chaque jour,
Dans les prez, dans les boccages.
Parlent le discret langage:
C'est assez pour être heureux !
Tu ne dois
pas, jeune Lisette, Si tu veux
sur l'herbette, Second
Couplet D'autres
Amants, pour te surprendre, Avant que
de te rendre, Troisiéme
Couplet Je veux
toûjours estre Lisette Si
j'allois sur l'herbette
Choisir un autre Berger que moy;
Me donner ta foy;
Mes Moutons, mon Chien, ma Musette;
Tout dépendra toûjours de toy.
Viendront t'offrir des soins & des voeux:
Eprouve leurs feux:
Si ton coeur est pour le plus tendre,
Ah ! je seray le plus heureux !
Rire & chanter est le tout pour moy:
Te donner ma foy,
Aujourd'huy j'aurois ta Musette;
Je dépendrois demain de toy.
Que mon
martire Second
Couplet Je veux me
plaindre
Me seroit doux,
Si j'osois dire,
Quand je soûpire,
Que c'est pour vous ?
De vos rigueurs;
Et qu'ay-je à craindre,
Pour me contraindre !
Puique je meurs ?
Je ne veux
plus aimer rien,
Que ma Houlette & mon Chien.
Je renonce à la tendresse,
Et je brise mon lien;
Puisqu'Iris change sans cesse,
Je ne veux plus aimer rien,
Que la Houlette & mon Chien.
La Bergere
Celimene, Dieux !
que l'on souffre de peine, Second
Couplet Les
Oyseaux dans cette plaine, Et
jusqu'à perte d'haleine, Troisiéme
Couplet Non, je ne
puis me deffendre Ma raison,
il faut se rendre: Autre
Couplet J'aime
Iris plus que moy-même, Mes soins,
ma tendresse extrême Lorsque
l'on voit une Belle, Son Amant
qui meurt pour elle, Beaux
lieux, où pour Celimene Bois,
Rochers, claire Fontaine, Second
Couplet Encor que
mon mal empire, En secret
mon coeur soûpire.
Dans les Bois s'en va chantant:
Quand on aime un Inconstant !
S'il a sçû briser sa chaîne,
N'en puis-je pas faire autant ?
Font silence en l'écoûtant:
Tour à tour vont répetant:
S'il a sçû briser sa chaîne,
&c.
Des charmes de ce Berger;
Et bien qu'il ait sçû changer,
Mon coeur est encore plus tendre,
Que son esprit n'est leger.
Elle approuve mon ardeur:
Ont sçû vaincre sa vigueur;
Estre aimé de ce qu'on aime,
Est-il un plus grand bonheur !
Autre
Couplet
Dans le Cours se promenant:
Fait cent tours en la suivant;
Cependant cette Infidele,
Pour un autre en fait autant.
Autres
Couplets
J'ay poussé tant de soûpirs;
Belles fleurs, jeunes Zephirs,
Chers Confidents de ma peine,
Soyez-les de mes plaisirs.
Si tôt que je me contrains:
Loin des Echos je me plains,
Car ils pourroient le redire,
Et c'est tout ce que je crains.
J'allois
au Marché ce matin, J'ay
rencontré dans mon chemin Second
Couplet Si nous
estions allez aux Bois, Peut
être que vous feriez choix Troisiéme
Couplet Vous
sçavez donc bien mon dessein, Et
qu'elles sur sur vôtre sein Quatriéme
Couplet Vous
pouvez en chercher ailleurs, Pour moy,
je suis pour les railleurs, Cinquiéme
Couplet Brunete,
sans tant de caquet, Nous y
pourrons faire un bouquet, Sixiéme
Couplet Ne dites
donc point à mes Soeurs, Je suis
allé cueillir des fleurs,
Pour faire quelque emplette:
Une jeune Fillette:
Allons aux Bois, Brunete,
Allons cueillir la Violette.
Répondit la Filette:
De quelqu'autre fleurette:
Allons aux Bois, &c.
Petite Bergeronnette:
Les fleurs que je souhaite:
Allons aux Bois, &c.
Répondit la Finette:
Bon cheval de trompette:
Allons aux Bois, &c.
Allons dessus l'herbette:
Et quelque autre chosette:
Allons aux Bois, &c.
Qu'avecque vous seulette,
Et vôtre affaire est faite:
Allons aux Bois, Brunete,
Allons cueillir la Violette.
Vous estes
ma Maîtresse, Et je
languis sans cesse: Second
Couplet Tout ne
songe qu'à rire, Et moy
seul j'y soûpire: Troisiéme
Couplet Les Bois
& les Fontaines, Vous
redisent mes peines: Quatriéme
Couplet Tircis
à sa Bergere, Elle en
fût moins severe,
Je vous vois chaque jour:
Helas ! a vôtre tour,
N'aurez-vous point d'amour !
Dans ce charmant séjour,
Halas ! à vôtre tour, &c.
Les Rochers d'alentour.
Helas ! à vôtre tour, &c.
Ainsi parloit un jour:
Et la Belle à son tour,
Eût pour luy de l'amour.
J'avois
crû qu'en vous aimant, J'aurois
crû qu'en vous aimant, Second
Couplet Iris aime
son Berger; Tous les
jours pour vos appas,
La douceur seroit extrême:
Mon sort eût été charmant:
Mais, je me trompois, helas !
Dois-je le dire moy-même ?
Vous sçavez que je vous aime;
Pourquoy ne m'aimez-vous pas ?
Qu'en n'en faites vous de même ?
Iris aime son Berger,
Et ne veut point le changer:
Je souffre une peine extrême.
Vous sçavez que je vous aime,
&c.
Ah ! que
ces Bois, ces Ruisseaux, ces Fontaines Et que ces
Eaux, qui coulent dans nos plaines, Second
Couplet Sous cet
ombrage, où l'Echo se retire, Et si
l'Echo s'occupe à les redire,
Nous font passer d'agreables moments !
Ont de douceurs à charmer nos tourments !
L'on plaint ses maux, sans se rendre ndiscret:
C'est aux Rochers qui gardent le secret.
J'aime un
Brun depuis un jour, Plus beau
que l'Amour même; Second
Couplet Il est
sage, il est discret, Sa douceur
est extrême; Troisiéme
Couplet Quand il
est absent de moy, Je deviens
pâle, & blême; Quatriéme
Couplet Qi le Brun
que vous aimez Pouvoit
être moy-même, Cinquiéme
Couplet J'avois
surpris un baiser A celle
que j'adore,
Et qui meurt pour moy d'amour;
Ne vous étonnez pas si j'aime.
Il sçait garder le secret,
Ne vous étonnez pas si j'aime.
Si-tôt que je le revoy,
Mon teint ne paroît plus.
Nous serions tous deux charmez,
Et tous deux enflâmez de même.
Je songeois à l'appaiser,
Quand la Belle me dit encore.
Iris aux
bords de la Seine, Disoit
à Celimene: Second
Couplet Pour vous
charmer, les Traîtres Mais
dès qu'ils seront maîtres, Troisiéme
Couplet Les
Bergeres cruelles Et
dès que de leurs Belles, Il vous
baise la bouche, Avecque
vous il couche; Second
Couplet Des que je
vous approche, On vous
fera reproche, Troisiéme
Couplet Malgré
vôtre colere, Devenir
témeraire,
Les yeux baignez de pleurs,
Conservez vos froideurs,
Les Hommes sont trompeurs.
Pousseront des soûpirs;
Craignez que les plaisirs
N'éteignent leurs desirs.
Les rendent inconstans:
Les Lâches sont contents,
Ils n'aiment pas long-temps.
Autres
Couplets
Cet heureux petit Chien,
Moy qui vous aime bien,
Ah ! n'obtiendray-je rien !
Il est desesperé:
Si je suis devoré,
Pour avoir soûpiré.
Philis, je pourrois bien
Si je ne craignois rien
De vôtre petit Chien.
L'Amour
n'a-t'il rien qui te tente, He quoy,
la sagesse indolente Second
Couplet Vois-tu
ces tendres Tourterelles La Nature
te dit par elles, Troisiéme
Couplet Puisque
sur le declin de l'âge A quinze
ans, c'est être peu sage Quatriéme
Couplet Lorsqu'une
farouche jeunesse Il n'en
reste dans la vieillesse
Iris, le fuiras-tu toûjours ?
Aura-t'elle tous tes beaux jours ?
Par leurs caresses s'enflammer ?
Que rien n'est plus doux que d'aimer.
Le chagrin doit avoir son tour:
De ne pas rire avec l'Amour.
Dérobe son coeur au plaisir:
Qu'un inutile repentit.
Mon Berger
est le plus beau, [bis] Second
Couplet Non, il
n'est rien à la Cour, [bis] Troisiéme
Couplet A l'ombre,
loin des Jaloux, [bis] Quatriéme
Couplet Rien ne
gêne nos desirs, [bis] Cinquiéme
Couplet Tandis que
nous badinons, [bis] Sixiéme
Couplet Plus mon
Berger est aimé, [bis] Septiéme
Couplet Plus son
coeur est amoureux, [bis] Huitiéme
Couplet Amour, fay
que mon Berger, [bis]
Qui soit dans nôtre Hameau:
Chacun luy porte envie:
Je l'aimeray, mon Berger, toute ma vie.
D'aussi doux que nôtre amour;
Ce n'est que tromperie:
Je l'aimeray, mon Berger, toute ma vie.
Les jours entiers sont à nous;
Chacun nous porte envie:
Je l'aimeray, &c.
Rien ne trouble nos plaisirs;
Chancun de nous porte envie:
Je l'aimeray, &c.
L'Amour garde nos Moutons;
Chacun nous porte envie:
Je l'aimeray, &c.
Et plus il est enflammé:
Chacun de nous porte envie;
Je l'aimeray, &c.
Plus je sens croître mes feux;
Chancun de nous porte envie;
Je l'aimeray, &c.
Ne puisse jamais changer;
Chancun de nous porte envie:
Je l'aimeray, &c.
Près
d'une claire Fontaine, Il se
plaignoit que sa Belle, Second
Couplet On lisoit
sur son visage Une
tristesse mortelle
Un Berger brûlant d'amour,
Entretenoit de sa peine,
Tous les Echos d'alentour.
Aimoit un autre Berger;
Bien qu'elle fût Infidelle,
Il ne la pouvoit changer.
Tout ce que souffroit son coeur,
Les Bergers du voisinage,
Prenoient part à sa langueur:
Faisoit mourir ce Berger,
Cependant son Infidele,
Ne laissa pas de changer.
Beaux yeux
de Climene, Quelque
tréve aux peines, Second
Couplet La nuit
dans les songes, Mais ces
doux menSonges [sic], Troisiéme
Couplet Songes
agreables, Soyez plus
durables, Quatriéme
Couplet Climeine
à toute heure, Je
soûpire & pleure, Cinquiéme
Couplet Si je vous
évite, Si je ne
vous quitte, Sixiéme
Couplet Mourant de
tristesse, Je redis
sans cesse,
De grace, accordez
Que vous me causez;
Ah ! mes Amours,
Que vous me tourmentez !
Vous m'aparoissez:
Sont bientôt passez;
Ah ! mes Amours, &c.
Qui vous envolez,
Quand vous m'enchantez;
Ah ! mes Amours, &c.
Vous me reveillez:
N'est-ce pas assez ?
Ah ! mes Amours, &c.
Vous me poursuivez:
Vous me consumez;
Ah ! mes Amours, &c.
Loin de vos beautez:
Ce que vous chantez;
Ah ! mes Amour, &c.
Passerons-nous
sans amour, Ah ! c'est
trop attendu, Second
Couplet Tircis, si
vous soûpirez, On ne vous
peut blâmer,
Nos plus beaux jours:
Lorsque l'on delibere.
Tout le temps qu'on differe,
Est autant de perdu.
Perseverez;
Les Dieux ont fait de même;
Aimez, pour qu'on vous aime,
Il est bien dous d'aimer.
C'est
perdre les plus beaux jours, Les
Plaisirs, & les Amours Second
Couplet Que sert
d'avoir des appas, Une Belle
ne doit pas Troisiéme
Couplet En vain le
sotte Pudeur La Nature,
au fonds du coeur, Quatriéme
Couplet On est
Maîtresse, en aimant, Un coeur
tendre, un doux penchant Cinquiéme
Couplet L'ar de
faire des Amans On le
pratique à quinez ans,
Que les passer sans tendresse:
Ne sont que pour la Jeunesse;
Et si-tôt qu'on peut charmer,
On est en âge d'aimer.
Et n'avoir pas de tendresse ?
S'excuser sur la jeunesse;
Car sitôt qu'on sçait charmer,
&c.
Traite l'Amour de foiblesse:
Parle, & repete sans cesse
Que si-tôt qu'on sçait aimer,
&c.
Sans faire d'apprentissage;
Tiennent lieu d'un long usage,
Et si-tôt qu'on sçait charmer,
&c.
Est sçû de la moins Sçavante:
Mieux qu'on ne fait à quarante,
Et si-tôt qu'on sçait charmer,
&c.
Les
Bergers qui n'ont point de veritables feux, Et moy qui
suit fidele & malheureux, Second
Couplet On en voit
tous les jours publier les faveurs Et je ne
puis découvrir les rigueurs Troisiéme
Couplet Ah ! si
mes tendres voeux, mes regards, & mes soins Par mes
soûpirs, apprenons luy du moins
Se font gloire d'en feindre:
Je n'oserois me plaindre.
D'une tendre Climeine:
De ma belle Inhumaine.
Irritent la Cruelle:
Que j'expire pour elle !
Ah ! que
vos yeux sont adorables ! Quoyqu'ils
ne fassent que des Miserables, Second
Couplet Chaque
jour à leurs coups, Silvie, Quoyque
souvent il en coûte la vie,
Je m'abandonne à leur pourvoir:
On est encor trop heureux de les voir.
De nouveaux coeurs viennent s'offrir:
On est encor trop heureux d'en mourir.
Je sens
renaître en mon coeur Ah ! belle
Inhumaine, Second
Couplet Depuis le
triste instant L'excés
de ma peine Troisiéme
Couplet D'inutilles
desirs, Une triste
chaîne Quatriéme
Couplet Pour
détourner tes yeux Helas !
que ma peine
Une douce langueur:
Tu veux m'enflammer !
Detourne tes yeux, Climene,
Ils forcent d'aimer.
Que je suis ton Amant,
Ne peut s'exprimer;
Détourne tes yeux, Climene, &c.
Donnent peu de plaisirs:
Ne sçauroit charmer;
Détourne tes yeux, Climene, &c.
Mon coeur n'en est pas mieux:
Est dure à souffrir !
Encore un regard, Climene,
Deussay-je en mourir.
Que
fais-tu Bergere, Tu connois
ma peine, Second
Couplet Le Zephire
& Flore, Le Soleil
se couche, Tu ne
connois guere, J'ay
quitté la plaine, Second
Couplet Non,
l'indifference Tien, pren
ma Houlette, Je
voulois, Silvie, Qui peut
se deffendre, Second
Couplet Je n'ay
d'habitude, Mon coeur
triste & sombre Troisiéme
Couplet Un fonds
de tristesse J'ay sujet
de craindre, Quatriéme
Couplet Jamais la
constance, Une Amante
aimée Cinquiéme
Couplet Qu'on a de
foiblesse, Et quand
il assûre Vous avez
beau dire Rêveuse,
inquiette,
Dans ce beau verger ?
Tu ne songe guere
A me soulager:
Tu vois ma langueur;
Pren, belle Inhumaine,
Pitié de mon coeur.
Ne se cachent pas;
La naissante Aurore
Voit leurs doux combats:
Jaloux de leurs feux;
Leur exemple touche
Les moins amoureux.
Réponse
Trop ingrat Berger,
Ce que j'ay sçû faire,
Pour te soulager;
Mon Troupeau, mon Chien:
Prend-t'on tant de peine,
Quand on n'aime rien ?
N'est pas mon deffaut;
Tircis, mon silence,
Dit plus qu'il n'en faut:
Emmene mon Chien;
Et vien sur l'herbette,
Voir si j'aime bien.
Autres
Couplets
Ne vous point aimer;
Et passer ma vie,
A vous estimer:
Contre tant d'appas ?
Le coeur le moins tendre
Ne le pourroit pas.
Qu'avec mes soûpirs;
Et la solitude,
Fait tous mes plaisirs:
Fuit l'éclat du jour;
Et l'horreur de l'ombre
Plaît à mon amour.
Me serre le coeur;
Ma delicatesse
Cause ma langueur:
Et de m'affliger;
Assez pour me plaindre,
Trop peu pour changer.
Aux Amans ne nuit;
Un peu d'esperance,
Et le reste suit:
Jamais ne nous fuit;
L'amour obstinés,
Porte fleur & fruits.
Quand on aime bien ?
Un Amant se blesse,
Et guerit de rien,
De n'aimer jamais,
Son coeur se parjure
Un moment aprés.
Autre
Couplet
Que vous n'aimez pas;
Vôtre coeur soûpire,
Et se pleint tout bas,
Vous nous fuyez tous;
Quand j'aimois Lisette,
J'étois comme vous.
Sur les
bords d'un coulant Ruisseau; Ah ! qu'il
est volage, Second
Couplet Le
Traître change plus souvent Ah !
qu'il est volage, &c. Troisiéme
Couplet Il me
promet à tout moment Ah !
qu'il est volage, &c. Quatriéme
Couplet Lorsque je
luy donne des fleurs, Ah !
qu'il est volage, &c. Cinquiéme
Couplet Son
Troupeau plus reconnoissant, Ah !
qu'il est volage, &c. Sixiéme
Couplet Pour avoir
menacé le Chien Ah ! qu'il
est volage,
La Bergere Nanette
Chantoit sur ma Musette,
Au doux bruit de l'eau:
Mon aimable Berger !
Que n'ay-je le courage
De vouloir m'en vanger ?
Que l'Email de nos Plaines:
Le cristal des Fontaines,
N'est pas si mouvant:
Qu'il me sera fidele:
A la premiere Belle,
Il en conte autant:
Pour garnir sa Houlette,
Il les porte à Lisette,
Ou les donne ailleurs:
Avec le mien vient paître,
Aussi pour luy, son Maître
Devient Inconstant:
D'une jeune Bergere,
Il m'en fait une affaire,
Et batit le mien:
Mon aimable Berger !
Que n'ay-je le courage
De vouloir m'en vanger ?
Il est
doux, belle Bergere,
Il est doux
De sentir vos coups:
Mais pour un coeur qui ne veut point d'affaire,
Vous êtes trop severe;
Helas ! dequoy vous avisez-vous ?
L'autre
jour une Bergere, Me disoit
sur la Fougere: Second
Couplet A ce
discours doux & tendre, Mon coeur
se laissa surprendre; Troisiéme
Couplet Mais, loin
de plaindre ma peine, Car depuis
que ma Climene, Quatriéme
Couplet Ma bouche
n'ose rien dire, Si
seulement je respire,
Dont je veux suivre la loy,
Tircis, je n'aime que toy;
Je ne seray point legere,
Ah ! ne le sois pas pour moy !
Tous mes sens furent troublez:
Et mes soûpirs enflammez,
Aux Echos firent entendre,
Qu'Amour les avoit formez.
Je croy qu'ils en sont jaloux:
Me voit d'un oeil tendre, & doux;
Dans ces Bois ou dans la Plaine,
Ils sont toûjours avec nous.
Qu'ils n'aillent le declarer:
Je les entends murmurer;
Et lorsque mon coeur soûpire,
Ils sont prompts à soûpirer.
Tu
rêves toûjours, Silvie, Pour la
moindre bagatelle, Second
Couplet Tu ne
viens plus sous le Chêne, Mon ardeur
tendre & fidelle Troisiéme
Couplet Quand
Tircis vient dans la Plaine, Toûjours
tu me fais querelle, Quatriéme
Couplet Lorsqu'il
t'offrit pour ta fête Tu cours,
si-tôt qu'il t'appelle,
Quand je suis auprès de toy;
Et tu fuis dans la Prairie
MonChien, mes Moutons, & moy:
Ton coeur devient irrité;
Ne m'aurois-tu point, Cruelle,
Fait une infidelité ?
Où nous nous trouvions tous deux;
Et je fuis cette Fontaine,
Témoin de mes premiers feux:
N'adoucit point ta fierté;
Ne m'aurois-tu point, Cruelle, &c.
Tu ne flattes que son Chien;
Ce n'est jamais qu'avec peine,
Que tu caresses le mien:
Toûjours je suis rebuté;
Ne m'aurois-tu, Cruelle, &c.
Des Oillets & du Jasmin,
Tu t'en fis orner la tête
Et t'en parfumas le sein:
En quelque endroit écarté:
Tu m'as sans doute, Cruelle,
Fait une infidelité.
O la douce
vie On vit
sans soucy, Second
Couplet L'aimable
Climeine, De sa
qualité Troisiéme
Couplet La Lyre
d'Orphée Quand sa
belle voix Quatriéme
Couplet La jeune
Caliste, La suit
d'assez près, Cinquiéme
Couplet Qui veut
s'en deffendre Un credule
Amant
Que l'on mene icy !
Sans bruit, sans envie;
Et tous les plaisirs
Suivent nos desirs.
Parfaite en beauté,
Ne fait point la vaine,
Et charme nos coeurs,
Par mille douceurs.
Recevroit ses loix,
Au fond d'une allée,
Par des Airs nouveaux,
Ravit les Oyseaux.
En grace, en attraits,
Et rien ne resiste,
Par même les Dieux,
Au feux de ses yeux.
Combat vainement:
Se plaist à s'y rendre;
Mais qui peut la voir
Aime sans espoir.
Petits
Moutons, qui dans la Plaine, Ne vous
reposez point sur celuy qui vous mene, Second
Couplet Heureux
Moutons, quand la Nature L'Amour,
qui m'abandonne aux tourmens que j'endure, Troisiéme
Couplet Jamais
Brebis, fiere & cruelle, Quand la
vôtre ressent une flamme nouvelle,
Paissez sans crainte des Loups;
Il rêve à son Inhumaine,
Et ne songe point à vous.
Vous fait former des desirs:
Vous offre sur la verdure,
Tout ce qu'il a des plaisirs.
Ne fit languir vos ardeurs:
Dans l'instant, aussi bien qu'elle,
Vous pouvez aimer ailleurs.
Dans
nôtre Village, Les
Bergers chantant, Second
Couplet Ils sont
à leurs Belles Qu'ils
seroient touchez Troisiéme
Couplet Jamais la
tristesse Les Ris,
& les Jeux Philis, je
vous aime, Cependant,
helas ! Second
Couplet Philene,
ta flamme Tircis,
d'un regard, Troisiéme
Couplet Adieu, je
te laisse, Mon Berger
m'attend,
Chacun vit content:
Aprés la fin de leur ouvrage;
Le reste du jour,
Vont faire l'amour.
Si fort attachez,
D'une inquitude mortelle,
S'ils passoient un jour,
Sans faire l'amour.
Ne regne en ces lieux:
Y font leur demeure sans cesse;
Ah ! le beau Séjour,
Pour faire l'amour !
Autres
Couplets
Vous n'en doutez pas:
Avec une froideur extrême,
Vous voyez l'ardeur,
Dont brûle mon coeur.
A paru trop tard:
S'est rendu maître de mon âme;
Je ne puis changer
Un si beau Berger.
Car dans cet instant
Qui m'accuseroit de paresse;
La fraîcheur du jour,
Invite à l'amour.
Rien n'est
égal à ma douleur ! Ah !
pourquoy faut-il que mon coeur Second
Couplet Beaux
yeux, dont je ressens les coups: Je ne me
plains pas devant vous;
Je me sens mourir de langueur,
Pour les yeux de Climene:
Adore une Inhumaine !
La crainte de vôtre courroux,
M'obligent à me contraindre;
Qu'avez-vous à vous plaindre ?
Ne revenez
plus, Lisette, Vous avez
déja pris ma Houlette, Ne
revenez plus, Lisette, &c. Tircis,
reprend ta Houlette, Ton plus
tendre amour n'est qu'amourette, Tircis,
reprend ta Houlette, &c. Second
Couplet Berger,
j'ay toûjours oüi dire, Malheureux
qui vit sous son empire, Berger,
j'ay toûjours oüi dire, &c. Non, je ne
puis me défendre, Si-tôt
qu'on vous voit, il faut se rendre, Non, je ne
puis me défendre
Danser au son de ma Musette;
Ne revenez plus, Lisette,
Dans ce Verger:
Et toûjours mon coeur est en danger.
Réponse
Il n'est pour toy plus de Lisette;
Tircis, reprend ta Houlette,
Je n'en veux plus:
Tes plus doux sermens ne sont qu'abus;
Qu'amour de tous maux est le pire;
Berger, j'ay toûjours oüi dire,
Qu'il faut le füir:
D'aucun repos il ne peut joüir;
Réponse
D'avoir pour vous un amour tendre;
Non, je ne puis me défendre,
De vous aimer:
Vos appas ont dequoy tout charmer;
D'avoir pour vous un amour tendre;
Non je ne puis me défednre,
De vous aimer.
Belle
& charmante Brune, Second
Couplet Climeine
en vôtre absence, Troisiéme
Couplet Jamais ne
me verray-je
Pour qui je meurs;
Si je vous importune
De mes langueurs:
La plainte en est commune, tous les coeurs.
Que deviendront
Les Jeux, les Ris, la Danse ?
Ils languiront;
Helas ! je crois, helas ! qu'ils en mouront !
[bis]
Seul avec vous ?
Jamais ne trouveray-je,
Loin des Jaloux,
Un moment pour mourir à vos genoux ?
[bis]
Je jure
par tes yeux, [bis] Second
Couplet Objet
charmant & doux, [bis] Troisiéme
Couplet Le feu de
mes desirs, [bis] Quatriéme
Couplet Pour finir
ma langueur, [bis] Cinquiéme
Couplet Tircis,
vous soûpirez, [bis] Sixiéme
Couplet Nanette
dormez-vous ? [bis]
Serment qui m'est plus cher que de jurer les Dieux,
Que si tu m'aimes bien, je t'aime encore mieux.
Du poison de l'Amour vous nous yvrez tous;
Ah ! n'en versez pas tant qu'il n'en reste pour
vous.
S'enflamme chaque jour, au vent de mes soûpirs
L'Amour, pour le nourrir, n'a-t'il point de plaisirs
?
Ce feu, dont vos appas me font sentir l'ardeur,
Ne peut il de vos yeux passer dans vôtre coeur
?
La Belle pour qui c'est, dit que vous guerirez,
Si vous sçavez trouver le moment du
Berger.
Faut-il que le sommeil ferme des yeux si doux,
Ah ! qu'un petit reveil feroit bien des jaloux !
Que
fais-tu dans ce beau séjour ? Sans
goûter les plaisirs d'amour, Second
Couplet Flore
caresse le Zephir, Goûte
comme elle le plaisir Troisiéme
Couplet En vain,
à gêner tes appas Ton coeur
en murmure tout-bas,
Tu perds le temps, Silvie:
Peux-tu passer la vie ?
Ne dois-tu pas songer
A choisir un Berger.
Bergere, imite Flore:
De cherir qui t'adore;
Hâte-toy de songer
A choisir un Berger.
Ta fierté s'interesse:
Et panche à la tendresse;
Hâte-toy de songer, &c.
La Bergere
qui m'engage Des
Bergers de ce Village, Second
Couplet Cependant
cette Bergere, Mais elle
ne retient guere,
Est sensible à d'autres feux:
Elle reçoit par tout les voeux;
Ah ! si mon coeur n'étoit volage,
Il seroit bien malheureux !
A tout ce qui peut charmer:
Ce qu'on luy dit pour l'enflammer;
Ah ! quand l'humeur est si legere,
On n'a pas le temps d'aimer !
L'autre
jour ma Cloris, Avec un
doux souris, Second
Couplet De mon
cruel tourment, Ce
fût dans ce moment, Troisiéme
Couplet Le jour
qu'elle partit, Cette
Belle me dit, Quatriéme
Couplet Eloigné
de tes yeux, Je te
cherche en tous lieux, Cinquiéme
Couplet Quoy
qu'absent, chaque jour Quand ma
bouche à son tour Sixiéme
Couplet Vous
étes moins heureux, Qu'un
Berger amoureux
Pour qui mon coeur soûpire,
S'en vint tout bas me dire;
Mon Berger, mes Amours,
M'aimerez-vous toûjours ?
Je venois de l'instruire:
Que je l'entendis dire;
Mon Berger, mes Amours,
Je t'aimeray toûjours.
Dieux ! qu'elle avoit de charmes !
Les yeux baignez de larmes;
Mon Berger, mes Amours,
Je t'aimeray toûjours.
Je languis, je soûpire:
Et voudrois bien te dire;
Ma Cloris, mes Amours,
Je t'aimeray toûjours.
Mon coeur sent qu'il t'adore:
Te dira-t'elle encore ?
Ma Cloris, mes Amours, &c.
Grands Dieux, dans vôtre empire,
Qui peut s'entendre dire:
Mon Berger, mes Amours,
M'aimerez-vous toûjours ?
Sans vous
laisser, quand je chante pour vous, Mais,
quand je dis que je meurs de vos coups, Second
Couplet Ah !
permettez du moins que dans mes chants, Ce qui les
rend si tendres, si touchans, Troisiéme
Couplet Ces chants
nouveaux n'ont rien que de flateurs, Pour les
former, pour goûter leur douceur
Vous m'écoûtez, jeune Bergere:
Vous ne m'écoûtez guere.
[bis]
Je vous découvre mon martire:
L'Amour seul me l'inspire. [bis]
N'esperez pas de les apprendre:
Il vous faut un coeur tendre. [bis]
Dans nos
Bois, Que c'est
un ma dangereux que l'amour ! Second
Couplet Gardez-vous Pour avoir
pris, à les voir, trop d'amour, Troisiéme
Couplet Mon
ardeur Pour
n'avoir pû l'enflammer à mon tour,
Silvandre s'écrie,
Dans nos Bois,
Il redit cent fois:
Helas ! j'en vais perdre la vie;
Que c'est un mal dangereux que l'amour !
Helas ! helas ! j'en vais perdre la jour !
Des yeux de Silvie:
Gardez-vous
De ses yeux si doux.
Helas ! je vais perdre la vie;
Pour avoir pris, à les voir, trop d'amour,
Helas ! helas ! je vais perdre la jour !
L'irrite & l'ennuye,
Ma langueur
Aigrit sa rigueur:
Helas ! helas ! je vais perdre la vie;
Pour n'avoir pû l'enflammer à mon tour,
Helas ! helas ! je vais perdre le jour !
O Beau
Jardin, où l'Art & la Nature, Si quelque
Objet, dans l'Univers, Second
Couplet Vos
ornemens sont des faveurs de Flore, Tandis que
l'on voit tous les jours, Premier
Couplet Vous avez
tort de vous plaindre, Amarante, Si tous
les coeurs n'en meurent pas; Second
Couplet JE suis
épris d'une flâme nouvelle, Philis le
tient dessous sa loy, Troisiéme
Couplet Considerez
quel pouvoir est le vôtre; Vous ne
sçauriez donc me blâmer; Quatriéme
Couplet Vous avez
fait déja mille conquestes, Par tout
on brûle de vos feux.
Font admirer cent miracles divers:
Peut effacer vôtre aimable peinture,
C'est la beauté de celle que je sers.
Mais le Printems en termine le cours:
Dessous les pas de l'Objet que j'adore,
Au lieu de fleurs, éclore des Amours.
Autres
Couplets
De vos beaux yeux, qui causent le trépas:
J'en sçais du moins de qui le feu s'augmente;
Et par respect qui ne s'en plaignent pas.
J'avois un coeur, mais il n'est plus à
moy.
Ah ! n'est-ce pas estre un peu trop cruelle,
De prendre un coeur sans luy dire pourquoy ?
D'un seul regard vous pouvez tout charmer.
Puisque mon coeur est un coeur comme un autre,
Je ne puis pas luy défendre d'aimer.
Vous enchaînez les coeurs de mille noeuds,
Connoissez donc, Philis, ce que vous estes,
Et pardonnez si je vous fais des voeux.
J'aime
Tircis, j'aime son badinage, Second
Couplet Ses
tendres soins, son amoureux langage, Mais par
malheur, si quelqu'autre l'engage, Troisiéme
Couplet A mon
ardeur, s'il faisoit cet outrage, Toy seul,
Amour, si quelque autre l'engage,
J'aime Tircis, & ne puis le changer:
Mais par malheur, si quelqu'autre l'engage,
Helas ! Helas ! qui pourra m'en vanger ?
D'un changement me cachent le danger:
Helas ! Helas ! qui pourra me vanger.
Comme son coeur le mien seroit leger:
Helas ! Helas ! toy seul peux me vanger.
Au doux
bruit d'une Fontaine, Un jour,
pour flatter sa peine, Second
Couplet L'eau qui
coule en cette Plaine, Et d'une
plaintive haleine, Troisiéme
Couplet Mais,
helas ! sa plainte est vaine, Et Philis
a trop de haine,
Tircis tout baigné de pleurs:
Chantoit couché sur des fleurs.
Bergere, belle Inhumaine,
Quand cesseront tes rigueurs ?
Murmure de ses douleurs:
Zephir les redit aux fleurs ?
Bergere, belle Inhumaine, &c.
Aussi-bien que ses langueurs:
Pour s'attendrir par des pleurs;
Bergere, belle Inhumaine, &c.
J'ay pour
tout bien une Musette,
Une Houlette, avec mon Chien:
Mais si jamais je possede Lisette,
Je ne demande plus rien.
Peux-tu
douter de mon martire, Second
Couplet Tout gemit
icy de mes peines, Troisiéme
Couplet On voit le
long de la Prairie, Quatriéme
Couplet Helas ! ma
douleur est mortelle,
J'en ay fait retentir nos Bois ?
L'Echo qui dans ces lieux soûpire,
Te l'a dit plus de mille fois.
Les Oyseaux chantent mes malheurs:
Le Ruisseau qui coule en ces plaines,
Ne s'est grossi que de mes pleurs.
Mes Moutons sans guide paissant:
Mon peu de soin dit à Silvie,
Tous les maux que mon coeur ressent.
Il est temps de me secourir:
Quoy ! faute de m'aimer, Cruelle,
Pourras-tu me laisser mourir ?
Dans un
Bois, prés d'un Ruisseau, Second
Couplet Beau
Séjour, aimable Bois,
La jeune Bergere Annette:
Menoit paître son Troupeau,
Et disoit étant seulette;
Ah ! qu'il est doux de songer,
A mon aimable Berger !
Où souvent l'Amour m'appelle;
Lieux charmants, où tant de fois
J'ay vû mon Berger fidele;
Que vous flattez mon ennuy,
Quand vous me parlez de luy.
Voy-tu nos
Agneaux, Lisette, Second
Couplet Ne croy
pas dans ce boccage, Troisiéme
Couplet Un Berger
sur la Fougere
Se baiser sur ces gazons ?
Quitte, quitte ta Musette,
Faisons comme nos Moutons.
Me pouvoir faire changer:
Laisse, laisse moy, volage;
Je n'aime que mon Berger.
Disoit, je m'en vais mourir:
Vien, vien, luy dit la Bergere;
Mais, que ce soit de plaisir.
Au bord
d'une Fontaine, Félicité
passée, Second
Couplet J'aimois
la jeune Annette, Troisiéme
Couplet Il vaut
mieux, disoit-elle, Quatriéme
Couplet O jours
dignes d'envie, Cinquiéme
Couplet C'étoit
sur ce rivage, Sixiéme
Couplet Un autre
amour l'appelle
Tircis brûlant d'amour;
Contoit ainsi sa peine,
Aux Echos d'alentour:
Qui ne veut revenir,
Tourment ne ma pensée,
Félicité passée;
Que n'ay-je, en te perdant, perdu le souvenir ?
J'étois tous ses plaisirs;
Une flâme secrette,
Unissois nos desirs:
Félicité passé,
Qui ne peux revenir, &c.
Mourir que de changer,
Cependant l'Infidelle,
Aime un autre Berger:
Félicité passée,
Qui ne peux revenir, &c.
Je ne vous verray plus !
Au Printemps de ma vie,
Vous êtes disparus:
Félicité passée,
Qui ne peux revenir, &c.
A l'ombre de ce bois,
Qu'avec moy la Volage
Se cachoit autrefois:
Félicité passée,
Qui ne peux revenir, &c.
Loin de ces lieux charmans,
Où te goûtay prés d'elle
De si tendres moments.
Félicité passée,
Qui ne peux revenir, &c.
Nicolas va
voir Jeanne, Second
Couplet Adieu,
Cruelle Jeanne, Troisiéme
Couplet Nicolas
luy dit, Folle, Quatriéme
Couplet Ma foy,
dit-il, je grille,
Et Jeanne dormez vous ?
Je ne dors, ny ne veille,
Et ne pense point à vous;
Vous y perdez vos pas,
Nicolas,
Sont tous pas perdus pour vous.
Si vous ne m'aimez pas;
Je monte sur mon âne,
Pour galoper au trépas.
Courez, ne bronchez pas,
Nicolas;
Sur tout, n'en revenez pas.
Elle l'appella, Fou.
A ces douces paroles,
Il luy veut tâter le poul.
Vous y perdez vos pas,
Nicolas;
Sont tout pas perdus pour vous.
Et meurs pour vos yeux doux.
Jeanne avec sa bequille
Pensa l'assomer de coups.
Vous y perdez vos pas,
Nicolas;
Sont tous pas perdus pour vous.
Dans le
fond de ce Boccage, Se
parloient de leurs amours: Second
Couplet Ils
contoient leur esclavage, O Dieux,
les charmants liens ! Troisiéme
Couplet Des
Oyseaux, le doux ramage, S'ils y
venoient tous les jours,
Tircis, & Cloris un jour,
O Dieux, le tendre langage !
Pour le plus grand de leurs biens:
O Dieux, le tendre langage !
Entre-coupoient leur discours:
Que j'aimerois ce Boccage !
Ma cousine
Robinette, Pour moy
j'y mene Lucas,
N'as-tu jamais peur du loup;
Toy qui va toûjours seulette,
Dans ces Bois de bout en bout:
Tenant ma Houlette;
Pour moy j'y mene Lucas,
Avec son grand échalas.
Puisque
Philis, pour qui ton coeur soûpire, Que te
sert-il de souffrir un martire, C'est un
erreur que d'être trop fidele Second
Couplet Tu n'as
que trop adoré ta Cruelle; C'est
une erreur que d'être trop fidele,
&c.
N'a pas dessein d'adoucir ton tourment:
De soûpirer, gemir incessamment ?
Pour un Objet qui se rit de nos pleurs.
Pour l'oublier, il faut aimer ailleurs.
J'avois
juré que l'Amour Et
cependant nuit & jour, Second
Couplet Fier de ma
tranquillité Et je
faisois vanité Troisiéme
Couplet J'osois
traiter de fureur Et je
fremissois d'horreur Quatriéme
Couplet Dès
le moment que je vis Je connus
que j'étois pris, Cinquiéme
Couplet Cette
Belle a des appas, Mon coeur,
ne t'étonne pas,
Ne feroit jamais ma peine:
Je languis pour Celimene.
Helas ! je m'apperçois bien
Qu'il ne faut jurer de rien !
Je défiois les plus Belles:
D'estre libre, au milieu d'elles.
Helas ! je m'apperçois bien,
&c.
Ce qu'on appelle tendresse:
Au seul nom d'une Maîtresse;
Helas ! je m'apperçois bien,
&c.
Les beaux yeux de Celimeine,
Et je dis, sentant ma peine;
Helas ! je ma'pperçois bien,
&c.
Dont one ne peut se défendre:
Si je me suis laissé prendre;
Helas ! je m'apperçois bien
Qu'il ne faut jurer de rien !
La jeune
Iris me fait aimer ses chaînes, Second
Couplet Mon
trouble croît, ma langueur est extrême, Troisiéme
Couplet Dans mes
tourments je me flatt moy-même, S'il est
doux d'esperer, quand on aime,
Bien que son coeur s'oppose à mes desirs:
Ah ! si l'Amour a de si douces peines,
Helas ! qu'est-ce donc que ses plaisirs ?
Plus je soûpire, & plus je suis charmé:
Ah ! qu'il est doux de souffrir, quand on aime,
Helas ! qu'est-ce donc que d'être aimé
?
D'un doux espoir mon coeur est enflammé:
!helas ! qu'est-ce dont que d'être aimé
?
Les pres,
les Bois, les Antres, les Fontaines, Second
Couplet Incessamment
il languit, il soûpire, Troisiéme
Couplet L'Echo
sensible aux peines qu'il endure, Quatriéme
Couplet Jusque aux
Rochers attendris par sa peine, Tircis Ah ! que
mon sort étoit digne d'envie ! Silvie Qu'il a
brûlé d'une ardeur mutuelle, Tircis Tout rend
hommage à sa beauté naissante, Silvie Et tous
les soirs ce Berger, dans la plaine, Tircis Si je
brûlois d'une flamme sincere, Silvie Ingrat
Berger, ne songe qu'à me plaire;
Les clairs Ruisseaux, & les sombres Forêts:
Ce sont les lieux, où le triste Philene,
Loin de Philis pousse mille regrets.
Et par ses pleurs irrite son tourment:
Le Rossignol touché de son martire,
Avec luy soûpire à tout moment.
D'un ton plaintif exprime sa douleur:
Et les Ruisseaux semblent par leur murmure,
De sa Philis condamner la rigueur.
Tout luy répond, tout ressent sa langueur:
Et Philis seule insensible, inhumaine,
Le voit mourir sans plaindre son malheur.
Quand tu m'aimois, infidelle Silvie,
Quand tes faveurs m'assûroient de ta foy;
Je ne voyois rien au dessus de moy.
Volage Amant, que ta plainte est cruelle !
Tant que ton coeur a vêcu sous ma loy,
Me suis-je crû moins heureuse que toy !
Pour me vanger de ton ame inconstante
La jeune Iris veut soûmettre mon coeur:
Et je pourrois en être le vainqueur.
Jamais Damon ne trouva d'Inhumaine
Il est discret, & plus beau que le jour:
Flatte mon Chien, & me parle d'amour.
Bien que tu sois inquiette & legere,
Et bien qu'Iris vueille me rendre heureux:
Je voudrois vivre & mourir dans tes noeuds.
Bien que tu sois inconstant, & colere,
Bien que Damon ait l'art de tout charmer,
Je suis encor toute preste à t'aimer.
Pour la
Bergere Lisette Second
Couplet Qu'a donc
fait, jeune Bergere, Troisiéme
Couplet En vous
aimant davantage Quatriéme
Couplet Adieu
donc, jeune Bergere,
Je soûpire vainement,
J'ay beau la trouver seulette,
Et luy dire mon tourment:
Ne sçavez-vous pas, dit-elle,
Que je ne puis m'engager;
Comment serois-je infidele
A mon aimable Berger ?
Luy dis-je, dans mon transport,
Vôtre Berger pour vous plaire,
Et vous engager si fort ?
Hé, qu'auroit-il fait, dit elle,
Rien, s'il le faut dire ainsi;
Sinon qu'il me fût fidele,
Et je le veux estre aussi.
Et plus constamment que luy;
J'auray, je crois, l'avantage
Qu'à ce Berger aujourd'huy.
Il ne s'enfuit pas, dit-elle,
Et quand mon jeune Berger
Cessera d'estre fidele,
Il sera temps d'y songer.
Puisque vous ne m'aimez pas;
Je m'en vais sur la fougere,
Pour y chercher le trépas.
Hé quand vous mourrez, dit-elle,
Qu'en dira-t'on autrement ?
Sinon que je suis fidele,
Et vous malheureux Amant.
Cent
petits soins rendus,
Nuit & jour à toute heure,
Seront-ils tous perdus ?
Faudra-t'il que je meure, Helas !
Est-ce une chose sûre, que mon trépas
?
Jeunes
Zephirs, dont l'amoureuse haleine, Je vous
apprens que toutes ses beautez Second
Couplet Que les
Amours suivent la belle Flore, Que le
Printemps la couronne de fleurs, Autre
Couplet Jeunes
Amants, qu'une Beauté cruelle Je vous
apprends, illustres Malheureux, Autre
Couplet Jeunes
Beautez dont le coeur est capable, Souvenez-vous
d'étouffer vos soûpirs, Autres
Couplets Me
croyez-vous d'un coeur impenetrable, Je ne
sçais pas, malgré vôtre courroux, Second
Couplet Quand je
me plains, vous m'ordonnez de feindre, Mais vous
plaît-il de me dire en secret Autres
Couplets Tristes
Deserts, témoins de mon martire, Vous
m'invitez à plaindre mes malheurs. Second
Couplet L'aimable
Objet qui fait toutes mes peines, Il peut
tout seul répondre à mes accens,
Caresse Flore, en ces lieux écartez:
N'auroient sur vous qu'une puissance vaine,
Si comme moy vous aimiez Celimene. [bis]
Que ses attraits luy gagnent mille coeurs;
Jeunes Zephirs, je le soûtiens encor,
Rien n'est égal à celle que j'adore ?
[bis]
Tiens enchaînez sous l'empire amoureux;
Que s'il se trouve une Maîtresse belle,
Il n'en est pas une qui soit fidele.
[bis]
D'être sensible aux amoureux desirs;
Et que s'il est un Berger agreable,
Il n'en est point dont l'amour soit durable.
[bis]
Pour resister à l'eefet de vos coups ?
Qui de nous deux peut-estre le coupable;
Moy d'être Amant, vous, Philis, d'être aimable.
[bis]
Si je ne veux passer pour indiscret:
Qui de nous deux à raison de se plaindre,
Moy de souffrir, ou vous de m'y contraindre ?
[bis]
Douce retraite à qui versa des pleurs:
Mais loin des yeux pour qui mon coeur soûpire,
Tristes Deserts, qu'avez-vous à me dire ?
[bis]
Absent de moy rend mes plaisirs absens:
Et vos Echos, vos Rochers, vos Fontaines,
N'ont pour mes feux que des réponses vaines.
[bis]
Garde tes
Moutons, Bergere, Si les
Loups en font bonne chere, Garde tes
Moutons, Bergere, Second
Couplet Puisque
ton ame est volage, L'on dira
dans nôtre Village, Puisque
ton ame est volage,
Je ne m'en veux plus charger:
Ma foy je ne sçaurois qu'y faire;
N'est-ce pas à toy d'y songer ?
Je ne m'en veux plus charger.
Rend moy mon coeur & ma foy;
Bergere, que tu n'es pas sage,
D'en aimer un autre que moy.
Rend moy mon coeur & ma foy.
Un tendre
amour toûjours nous inquiette, Si je
n'avois aimé que ma Musette, Second
Couplet Lorsqu'à
l'Amour nôtre coeur s'abandonne, Mais, en
aimant, souvent il ne moissonne
Heureux qui vit libre dans ces Hameaux !
Je me serois épargné bien des maux.
Il se promet les plus tendres plaisirs:
Que noirs soupçons, que troubles, & que
soûpirs.
Petite
Abeille ménagere, Approchez-vous
de ma Bergere, Second
Couplet Pourquoy
descendre dans la Plaine, Pourquoy
vous donner tant de peine ? Troisiéme
Couplet Où
trouver plus de fleurs écloses, En tout
temps on y voit des roses Quatriéme
Couplet Ah, Dieux
! que cette belle bouche, Si-tôt
qu'un tendre amour la touche,
Si vous ne cherchez que des fleurs;
Vous pouvez bien vous satisfaire:
Sa belle bouche a des douceurs,
Que l'on ne trouve point ailleurs.
Et chercher des fleurs dans les champs ?
Reposez-vous près de Climene,
Vous en trouverez en tout temps,
En Hyver, ainsi qu'au Printemps.
Que sur le teint de ma Philis ?
Qui font honte aux plus belles choses:
En tout temps on y voit des lys,
Dont ses attraits sont embellis.
Fait goûter d'innocents plaisirs !
Elle cesse d'être farouche;
Et fait connoître ses desirs,
Par des baisers, & des soûpirs.
Rochers
Inaccessibles, De
n'être point sensibles Second
Couplet Je
languis, je soûpire, Et cache
mon martire, Troisiéme
Couplet Que cette
violence Je sens
que le silence Quatriéme
Couplet Ah ! c'est
trop me contraindre, Hé,
que sert-il de feindre, Autre
Couplet Les
Moutons paissent l'herbe, Et ma
Belle superbe Autres
Couplets Ce n'est
point où j'aspire Mais de
vous pouvoir dire, Second
Couplet Une amour
mercenaire Mon but
est de vous plaire, Troisiéme
Couplet L'Amour
n'a plus de flâme Il
brûle dans mon ame,
Que vous êtes heureux
Aux tourments amoureux !
Sans espoir d'être aimé:
Aux yeux qui m'ont charmé.
Coûte cher à mon coeur !
Irrite son ardeur.
Je vais la découvrir:
Puisqu'il en faut mourir.
Les Abeilles les fleurs:
Se nourrit de mes pleurs.
Qu'à finir mes langueurs;
C'est pour vous que je meurs.
Ne fait point mon espoir;
Vous aimer, & vous voir.
Maintenant dans les Cieux,
Il brille dans vos yeux.
Serez-vous
toûjours sans affaire, Quand on a
tout ce qui peut plaire, Autres
Couplets Vous ne
sçauriez jamais mieux faire, Iris,
quand on a l'art de plaire, Second
Couplet Vôtre
humeur à l'Amour contraire, Si
malgré vous, vous sçavez plaire,
Iris, vous pouvez tout charmer:
C'est un doux emploi que d'aimer.
Que de vous laisser enflammer:
Le coeur est obligé d'aimer.
En vain de fierté veut s'armer:
Malgré vous, vous pourrez aimer.
Que
l'absence d'une Belle,
Est un rigoureux tourment !
Ah ! qu'un retour est charmant,
Quand on retrouve un coeur fidelle !
Ah ! qu'un retour est charmant,
Quand on retrouve un coeur constant !
Ruisseau
qui dans la Plaine, Second
Couplet Dy-luy
qu'en son absence,
Precipites ton cours:
De la part des Amours,
Va dire à Celimene,
Les maux que ses beaux yeux
Ont causez dans ces lieux.
Tout séche en nos côteaux:
Et que tous les Oyseaux,
Y gardent le silence:
Et pour faire l'amour,
Attendent son retour.
J'ay perdu
ma liberté, Pour une
jeune Beauté, Ah !
quelle étrange cruauté, Second
Couplet A peine
avoit elle atteint Qu'Amour
étoit déja peint La Rose
& les Lys de son teint, Troisiéme
Couplet Si ses
yeux étoient moins beaux, J'aurois
bien moins de Rivaux, Je
voudrois bien que ma Philis
Sans cesse je soûpire
Que tout le monde admire:
D'aimer & n'en rien dire !
Le printemps de son âge:
Dessus son beau visage;
Causent mon esclavage.
Son humeur moins polie:
Et moins de jalousie;
Ne fût pas si jolie.
Jusqu'icy
mes soins & ma peine, Mais si je
perds le temps, Climene, Autre
Couplet Vos yeux
par leur douceur extrême, Aimez-moy,
puisque je vous aime, Autre
couplet Ne vous
mocquez point, Attenice, Si vous ne
luy faites justice,
Près de vous n'ont pas réussi:
Ne le perdez-vous pas aussi ?
Malgré moy me viennent charmer:
Ou ne me forcez plus d'aimer.
Des douces flâmes de l'Amour:
Il se la fera faire un jour.
Dans les
Chansons que je compose, Des Prez,
des Bois, des Arbruisseaux; Second
Couplet Un Rocher,
un lieu solitaire, Ont pour
vous de puissants attraits, Troisiéme
Couplet Il
vaudroit mieux, belle Inhumaine, Laissons
les Rochers & les Bois,
Vous ne voulez que des Ruisseaux,
Pour moy, j'en devine la cause,
Belle Philis, c'est qu'ils sont tous
Insensibles comme vous.
Des Zephirs, des Champs, des Forests
Et j'en decouvre le mistere:
Belle Philis, c'est qu'ils sont tous, &c.
Soûpirer tous deux à la fois:
Parlons de soûlager ma peine;
Et soyez pour un Malheureux,
Un peu plus sensible qu'eux.
J'étois
aimé d'une jeune Bergere;
Mais à présent mon amour luy
déplaît:
Ah ! qu'elle est belle !
Cette Infidelle;
Qu'elle me plait,
Toute Ingrate qu'elle est !
Iris n'est
plus icy, Et l'on
entend sans cesse, Second
Couplet Dans ce
triste séjour, Et chacun
ne respire,
Tout languit de tristesse:
L'Echo redire ainsi:
Tout languit de tristesse,
Iris n'est plus icy.
Tout gémit, tout soûpire:
Que d'Iris le retour:
Tout gémit, tout soûpire,
Dans ce triste séjour.
Pourquoy
cacher, petits Oyseaux, Si je vous
conte tous mes maux, Second
Couplet Lorsque
dessous ces Chesnes verds, Sur le
plus tendre de vos Airs, Troisiéme
Couplet Quand je
vous dis tous mes secrets, Vous
pouvez sans être indiscrets,
Si long-temps mon martire:
Ce n'est que pour les dire.
Je ne puis plus souffrir,
Sans parler ou mourir.
Vous verrez Celimene:
Parlez-luy de ma peine,
Vous chantez tout le jour,
Chantez-luy mon amour.
Ce n'est pas pour les taire:
Les dire à ma Bergere:
J'ay peur de son courroux;
Mais vous, que craignez-vous ?
Que
craignons-nous de l'Amour qui nous blesse ? Nos coeurs
sont faits pour suivre la tendresse: Second
Couplet Rougirons-nous
que l'Amour nous engage ? Tranquilles
coeurs, quel est vôtre avantage ?
Que craignons-nous
Des traits d'un Dieu si doux ?
Se refuser les charmes de l'Amour;
C'est s'avancer le sort de la vieillesse,
C'est ignorer l'usage des Amours.
Rougirons-nous
Les Dieux luy cedent tous ?
Vôtre repos n'est point troublé d'ennuis:
Mais les Amants, dans leur doux esclavage,
Trouvent encor de plus heureuses nuits.
Fin du Volume Premier des Brunettes