Jean-Baptiste Bousset
Recueil d'Airs Sérieux & à Boire, pour les mois de
Octobre - Novembre - Decembre 1695
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Amis, si
vous voulez m'en croire,
Pour assurer le repos de nos jours,
Ne songeons, s'il se peut, qu'à boire,
Le chagrin suit de prés le plaisir des amours.
Deux beaux yeux qui nous font la guerre,
Sont à craindre pour nous plus que cette liqueur;
L'on a souvent trop d'amour dans le cur,
Et l'on ne peut avoir trop de vin dans son verre.
J'ay cru
voir la fin de ma peine,
En cessant de brûler pour vous;
Mais mon sort n'en est pas plus doux,
Pour avoir pris une nouvelle chaîne.
Iris, quand vous m'avez charmé,
Que ne répondiez-vous à mon ardeur
secrette,
Helas ! si vous m'aviez aimé,
Je ne me plaindrois pas des rigueurs de Lisette.
Lisette,
tu m'aimois, & tu ne m'aimes plus;
Tous mes soupirs & mes soins sont perdus:
Je t'ay donné mon cur sans pouvoir m'en
deffendre,
Et je veux en vain le reprendre,
Que ne suis-je volage comme toy,
Ou que n'és-tu fidele comme moy.
Si durant
le cours de l'Automne,
Pluton voit sur ses sombres bords
Augmenter le nombre des morts;
C'est qu'au lieu du Nectar que la saison nous donne
Les Medecins, pour remede à nos maux,
Nous ordonnent les Eaux.
Si tu me
vois jamais,
Pour une autre Bergere,
Oublier tes attraits;
Ah ! pour punir une flame legere,
Puisse-t'elle pour moy
Devenir plus cruelle & plus fiere que toy.
J'esperois
toucher vostre cur
Par des soins empressez, par la plus vive ardeur,
Par tout ce que jamais j'ay senty de plus tendre:
Ah ! s'il faut renoncer à ces espoir si doux
Dont le cruel amour est venu me surprendre,
Je ne me plaindrois plus; mais je mourray pour
vous.
Celimene
en secret s'applaudit chaque jour
De me consumer d'un amour
Dont elle n'est point enflamée.
L'ingratte ne sçait pas que ce n'est qu'en aimant
Qu'on peut gouter parfaitement,
Le plaisir d'estre aimée.
Un
Raporteur inequitable
M'a ce matin fait perdre mon Procés,
Un Creancier impitoyable,
A le payer, me force un heure aprés;
Et l'infidelité d'un ingrate Maîtresse,
Me dépoüille de toute ma tendresse,
Quel bonheur en un même jour
De me voir sans Procés, sans dette, sans amour
!
Malgré
l'éloignement un cur tendre & fidelle
Trouve dans ses soupirs une douceur nouvelle,
Qui charme sa douleur & nourrit son amour;
Quand on change pour fuïr les tourmens de
l'absence,
On se flate souvent d'une vaine esperance,
Et l'on perd pour jamais les plaisirs du retour.
L'Esprit
vous plaist, l'amour vous blesse,
Que n'ay-je autant d'esprit que je sens de tendresse;
Peut-estre, belle Iris, on vous verroit un jour,
En faveur de l'esprit pardonner à l'amour.