Jean-Baptiste Bousset
Recueil d'Airs Sérieux & à Boire
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Oublions
les chagrins que le fortune cause,
Les grandeurs & les biens, amis, sont peu de chose,
Ne songeons qu'aux plaisirs dans la jeune saison.
Et malgré tous les soins qui troublent nôtre
vie,
Que ce ne soit qu'à Bachus ou Silvie,
Qu'il puisse estre permis de troubler la raison.
Plus de
glaçons dans nos ruisseaux,
On revoit la verdure, on entend les Oyseaux,
Tout renaît dans nôtre prairie.
Ah ! qu'un si beau Printemps auroit pour moy d'appas,
S'il pouvoit adoucir les rigueurs de Silvie,
Comme les rigueurs des frimats.
O ! Nuit
plus belle que le jour; Sombre
témoin de mes plaisirs devenez diligente,
Ne cedez pas encore,
A la foible clarté de la naissante Aurore.
Où du moins, par un prompt retour,
En faveur d'un si tendre & discret amour,
Rejoignez-moy bientôt à celle que
j'adore.
Mon ame loin de vous est toûjours languissante.
Le jour s'opose à mes desirs,
C'est de vous que j'attens la fin de mes soûpirs,
Helas ! ne trompez pas une si douce attente.
Je veux
t'aimer, Iris, à la folie,
Je te le jure sur ma foy;
Mais ausso, s'il te prend envie,
Lorsque je seray sous ta loy,
De vouloir excercer sur moy,
Toute ta barbarie,
Conte que de sa vie,
Colin ne songe à toy.
Entre le
vin & ma maîtresse Chacun
d'eux m'anime & m'engage,
Je ne sçaurois faire de choix,
Je ne puis vivre sans tendresse,
Et je me meurs si je ne bois.
Le plaisirs en est different,
Iris me donne davantage & m'engage,
Bachus men donne plus souvent.
J'entendois,
l'autre jour, dire à mon Medecin,
Que rien ne soûtien mieux qu'un verre de bon vin.
Amy, ne crois-tu pas qu'il mente,
Je veux l'en faire convenir,
J'en ay déja bû plus de trente,
Et je ne puis me soûtenir.
Que tout
parle de mon amour, 2e
Couplet 3e
Couplet Iris a
plus d'attraits que n'en a l'Amour même,
&c.
Et des charmes de ce que j'aime,
Iris a plus d'attraits que n'en a l'Amour même:
Pour flatter ma tendresse extrême,
Echos, redites tour à tour,
Que tout parle de mon amour,
Et des charmes que ce que j'aime.
Les Graces pour la suivre abandonnent les Cieux,
Et quittent sans regret la rine de Cythere,
Le plaisir de la voir, la douceur de luy plaire,
Vaut mieux que le séjour & les plaisirs des
Dieux.
D'un seul de ses regards un coeur est enflamé,
Tout luy céde, tout rend les armes,
Et jusqu'au temps heureux que brillerent ses charmes,
On devroit n'avoir point aymé.