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Les plus beaux vers qui ont été mis en chansons

Recüeillis par Mr de Bacilly, 1661

I

 

Index des compositeurs & des compositions

 

I

 

Air de Mr Lambert

Iris, vous disiez l'autre jour
Que i'estois heureux en amour,
Et qu'il m'estoit aisé de toucher les plus belles:
Ie ne sçay pas ce qui m'arrivera;
Mais vous m'en direz des nouvelles,
Ou personne ne m'en dira.

Ie sçay que ie n'aime que vous,
Et que la rigueur de vos coups
M'a déja fait sentir mille peines cruelles:
Mais pour l'eefet que cela produira,
Si vous n'en sçavez des nouvelles,
Ie ne sçay pas qui les sçaura.

 

 

Air

Ie ne sens pas, Philis, une peine legere,
Pour ne m'en plaindre pas, & pour vous le celer:
Ce sont les plus grands maux qui ne peuvent parler,
Et les moindres douleurs qui ne se peuvent taire.

En vain dans le transport d'une esperance fole,
Ie voudrois m'efforcer à dire ma langueur;
Lors que vos yeux, Philis, m'arracherent le coeur,
Ie demeuray sans voix, & perdis la parole.

 

 

Air de Mr De Cambefort

Incredule Beauté, qui voulez ignorer
Le tourment trop visible
Que vos yeux me font endurer;
Helas ! Belle inflexible,
Si vous sentiez les maux qui me font soûpirer,
Vous seriez plus sensible.

Tandis que ie ressens vostre extréme rigueur,
Et que ie tiëns secretes
Les flames qui brulent mon coeur;
Cruelle que vous estes,
Tout le monde sçaura ce qui faït ma langueur,
Hormis vous qui la faites.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mrs Lambert & De Mollier

Iugez si ma peine est extréme,
Philis, ie vous sers contamment;
Vous me fuyez incessamment,
Et ie sçay qu'un autre vous aime;
Iugez si ma peine est extréme.

Helas ! ne suis-je pas à plaindre ?
Sans cesse on me voit soûpirer;
Ie n'ay iamais lieu d'esperer,
Et i'au toûjours sujet de craindre;
Helas ! ne suis je pas a plaindre ?

Les Vers sont de Mr De P.

 

 

Air de Mr L.

I'ay veu les beaux yeux de Silvie;
Et quand leurs doux regards me cousteroient la vie,
Ie ne m'en plaindrois pas;
La gloire est sans seconde,
De voir l'Arrest de son trépas
Dedans les plus beaux yeux du monde.

Ie veux que leurs traits adorables
Soient aux autres Amans cruels & redoutables,
Ils seront doux pour moy;
La gloire est sans seconde,
D'apprendre à conserver sa foy
Dedans les plus beaux yeux du monde.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Sarabande de Mr De Chancy

Ie ne puis eviter
Ces yeux qui font quitter
Aux Immortels
Leur Temple & leurs Autels:
Si ma Silvie
N'a point d'amour,
Ie suis sans vie,
Et sans envie
De revoir le jour.

 

 

Sarabande de Bénigne de Bacilly
Pour Mad. de Br

Il n'est parlé que de vos charmes
Et dans la Ville & dans la Cour;
Les Belles en ont mille alarmes,
Les Galands en brulent d'amour,
Que ie serois heureux, Silvie,
Si l'ardeur de mon amitié
Vous faisoit autant de pitié
Que vous faites d'envie.

Les Vers sont de Mr Bénigne de Bacilly

Si vous estes des plus cruelles,
Pour les coeurs que vous enchaisnez,
Ie suis pour vous des plus fidelles,
Et suis des plus infortunez:
Mais si ma peine enfin, Silvie,
Appaisoit pour moy vos beaux yeux,
Ie ferois autant d'envieux
Que vous faites d'envie.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Gavotte de Mr Batiste

I'ay cent fois, Beauté cruelle,
Voulu tener le hazard,
De vous dire une nouvelle
Où vos yeux ont quelque part;
Mais qui meurt sous vostre empire
Pres de vous est interdit:
Si i'eusse osé vous le dire,
Helas ! que m'auriez-vous dit ?

Mon amour & ma tendresse
Redoutent vostre rigueur
Et ie n'ay que ma foiblesse
Pour vous prouver ma langueur,
En mourant sous vostre empire,
Ie suis toûjours interdit:
Mais si i'eusse osé le dire,
Helas ! que m'auriez-vous dit ?

Si dans mon aour extréme,
Comme un amant éperdu,
I'eusse déclaré que i'aime,
Que m'auriez-vous répondu ?
Bien que i'ay le coeur tendre,
Ie doute de son credit,
Et ie craindrois fort d'apprendre
Tout ce que vous m'auriez dit.

 

 

Air de Mr Le Camus

I'entends Amarillis qui chante dans ce Bois,
Taisez-vous, Rossignols, Zephirs, faites silence;
Agreables Ruisseaux, coulez sans violence,
Et n'interrompez point les accens de sa voix.

Les Vers sont de Mr l'Abbé Ménage

Nymphes, vous pouvez bien vous taire cette fois,
Vous chantez tous les jours dans ce lieu solitaire,
La belle Amarillis ne vient pas vous déplaire,
Elle veut seulement vous charmer de sa voix.

Echo, ton triste sort t'exempt de ce loix.
Qui pourroit en ces lieux te defendre la plainte ?
Tu peux dire le mal dont ton ame est atteinte,
On souffre aux malheureux l'usage de la voix.

Que dis-je aux malheureux ? helas ! il n'en est rien,
Ie me meurs sans oser découvrir mon martyre:
Puis qu'il t'es donc permis de parler, tu peux dire
Qui causa ton trépas, & qui causa le mien.

 

 

Gavotte de Mr Batiste

Iris, ne présumez pas
De tous vos divins appas;
Quand vous seriez sans seconde,
Puissiez-vous tout enflamer,
Quoy que belle, quoy que blonde,
Le plus grand defaut du monde,
Est de ne pouvoir aimer.

Si vous aimiez comme nous,
Rien ne seroit comme vous;
Mais la Nature trop sage,
Pour vostre dernier malheur,
Lasse, & manquant de courage,
Ne pût achever l'ouvrage,
Et ne vous fit point de coeur.

 

 

Air de Mr Lambert

Ie ne veux pas au recit de ma peine
Imiter ces Amans de qui la peine vaine
Blâme vostre rigueur;
Philis, mon respect est tout autre,
Et quand ie vous donne mon coeur,
Ie ne demande pas le vostre.

Ie n'oserois dans l'excès de ma flame
Esperer que vos yeux promettent à mon ame
La fin de ma langueur;
Philis, mon respect est tout autre,
Et quand ie vous donne mon coeur,
Ie ne demande pas le vostre.

 

 

Gavotte de Benigne de Bacilly

Ie n'ay pas la tresse blonde
Pour vous plaire & vous charmer,
Mais, ô Beauté sans econde,
M'en doit-on moins estimer ?
Mon coeur est le coeur du monde
Qui sçait le mieux aimer.

Que ces gens à blonde tresse
Fassent les gens précieux;
Que leur coiffure parêsse
Plus éclatante à vos yeux;
Pour servir une Maistresse,
Ils n'en valent pas mieux.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air

Il est vray que i'aime en deux lieux;
Philis, ce discours vous offence;
Ne m'accusez point d'inconstance,
I'aime vostre bouche & vos yeux.

Ces deux endroits ont des appas
Qui font que mon coeur est tout vostre;
Mais i'en aimerois bien un autre,
Si cela ne vous faschoit pas.

Les Vers sont de Mr le Comte de Fiesque

 

 

Air de Mr Martin

I'entens la voix de la belle Climene
Qui dans ces lieux enchante tous mes sens;
Charmans Ruisseaux qui coulez dans la Plaine,
Arrestez-vous à ses divins accens;
Et vous, Zephirs, retenez vostre halaine,
Ne troublez pas les plaisirs que ie sens.

Petits Oyseaux, qui dans ce lieu sauvage
Parlez d'amour, & chantez en secret;
Climene fait le mesme personnage,
Gardez pour elle un silence discret;
Et vous, Echo, rendez luy cet hommage
De ne parlez qu'apres ce doux objet.

 

 

Air de Mr Bouchardeau

I'aime, ie suis aimé,
Ie n'en suis pas moins miserable,
Puis qu'un jalaoux impitoyable
M'a ravy la beauté dont ie suis enflamé:
Ah ! que mon malheur est extréme,
De ne point voir ce que i'aime.

Ie luy contaois mon mal,
Elle avoit pitié de mes peines,
Nous allions au bord des Fontaines
Parler de nostre amour qui n'eut iamais d'égal:
Ah ! que mon malheur est extréme,
De ne point voir ce que i'aime.

Les Vers sont de Mme Mareschal

 

 

Air de Mr Boesset le Pere

Il est vray, ie n'ose me plaindre
Du mal que le respect m'ordonne de celer;
Et quelque passion qui semble m'y contraindre,
I'aime mieux mourir que parler.

Tous les jours aupres de Silvie
Ie voy croistre le feu dont ie me sens brûler;
Mais quand ce doux objet me cousteroit la vie,
I'aime mieux mourir que parler.

 

 

Air de Mr De Mollier

Ie cherche vostre amour, ie fais tout pour vous plaire,
Et vous cherchez ma mort, c'est tout vostre desir;
Nous pouvons bien tous deux, Philis, nous satisfaire,
Vous n'avez qu'à m'aimer, ie mourray de plaisir.

Ie suis accoustumé de vous voir inhumaine,
Vos rigueurs ne sçauroient m'obliger à périr;
Aimez-moy donc, Philis, pour plaire à vostre haine,
Et surpris d'un tel bien, ie mourray de plaisir.

Les Vers sont de Mr De Mollier

 

 

Air de Mr Le Camus

Ie ressens un plaisir extréme
Que tout le monde enfin sçache que ie vous aime,
Et que rien n'est comparable à ma foy;
Mais ce qui fait pas peine,
Est que i'ay beau chercher si vous m'aimez, Climene,
Chacun l'ignore comme moy.

Quelque soin que mon coeur fidelle
Se donne pour sçavoir si vous estes cruelle,
Rien sur ce poinct ne le peut contenter;
Mais pour guerir ma peine.
Si vous me confessiez que vous m'aimez, Climene,
Ie n'en pourrois iamais douter.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mr Lambert

I'avois toûjours caché ma passion extréme,
Et d'un autre tourment me feignois agité:
Mais il faut maintenant dire que ie vous aime;
Philis, quand on se meurt, on dit la verité.

Alors que i'ay voulu vous mettre au rang des Anges,
De mesme qu'un flateur vous m'avez rejetté:
Mais vous ne devez plus soupçonner mes loüanges;
Philis, quand on se meurt, on dit la verité.

 

 

Recit de Ballet de Mr De Chancy

Ie fuis l'agreable harmonie,
Qui viens par mes accords divers
Répandre par tout l'Univers
Une joye infinie;
Ie regne quand chacun me suit,
Qui m'abandonne, me detruit.

C'est moy qui maintient tout le monde
Par le bel ordre des Saisons,
Qui par le concert des raisons
Calme la terre & l'onde;
Ie regne quand chacun me suit,
Qui m'abandonne, me detruit.

Les Vers sont de Mr Desmarests

 

 

Air de Mr Lambert

Ie connois à quel poinct vostre esprit est discret;
I'aime, ie vous dis mon secret,
Et ie ne l'ay dit de ma vie;
I'ay toûjours eu grand soin de la cacher à tous,
Et ie mourray plustost, Silvie,
Que de la dire à quelqu'autre que vous.

Les Vers sont de Mr De Montereuil

 

 

Air de Mr Le Camus

Ie pensois qe sous vostre empire,
Iris, le plus cruel martyre
Avoit ie ne sçay quoy de doux;
Helas ! ie n'estois point jaloux.

Ie prétendois que ma constance
Au temps de vostre indiference
Eust senty vos plus rudes coups;
Helas ! ie n'estois point jaloux.

Qui m'eust dit, ingrate Bergere,
Qu'on pût ne penser qu'à vous plaire,
Et se déplaise aupres de vous ?
Helas ! ie n'estois point jaloux.

Les Vers sont de Mme de Scudery

 

 

Air de Mr de Cambefort

Ie ne puis bien vous exprimer,
Philis, quel mouvement regne dedans moy-méme;
Mais enfin ie sans bien que i'aime
Ce que ie n'oserois aimer.

Ie ne sçay si i'ose-nommer
Le mal que ie déguise avec un soin extréme;
Mais enfin ie sans bien que i'aime
Ce que ie n'oserois aimer.

 

 

Air de Mr Le Camus

I'ay voulu mille fois d'un coeur seditieux
Quitter la belle Iris pour un'amour nouvelle;
Mais lorsque ses rigueurs me chassent d'aupres d'elle,
Un regard de ses yeux
Aussi-tost me rappelle.

Ie pourrois soûpirer pour la jeune Cloris,
Elle a je ne sçay quoy qui flate & qui m'engage;
MAis quelque doux espoir que donne un beau visage,
Le presence d'Iris
En efface l'image.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mr Lambert

Il est vray, Philis, ie vous aime,
Mais n'en soyez point en couroux;
Si vous voyiez en moy ce que l'on voit en vous,
Vous aimeriez de mesme.

Le plaisir d'aimer est extréme,
Quand on aime un objet si doux;
Si vous voyiez en moy ce que l'on voit en vous,
Vous aimeriez de mesme.

Les Vers sont de Mr Bouchardeau

 

 

Air de Bénigne de Bacilly

Ie vous quitte, belle Artenice,
Et ce n'est pas pour mieux choisir;
Mais c'est qu'un peu d'amour est un charmant plaisir,
Et qu'un peu trop d'amour est un cruel supplice.

Qu'ay-je dit ? c'est un vain caprice,
Ie ne puis changer de desir;
Mais Dieux ! qu'un peu d'amourest un charmant plaisir,
Et qu'un peu trop d'amour est un cruel supplice.

Les Vers sont de Mme de Scudery

 

 

Air de Bénigne de Bacilly

Ie tâche en vain de faire resistance
A la douleur d'une si longue absence,
De mille ennuis mon coeur est consumé.
Qui le croiroit, Amour, qu'on pût sous ton empire
Souffrir tant de martyre,
Quand on a le bonheur d'aimer, & d'estre aimé ?

Ie pense voir en ma langueur extréme
Mille dangers attaquer ce que i'aime,
Dont mon esprit est sans cesse alarmé.
Qui le croiroit, Amour, qu'on pût sous ton empire
Souffrir tant de martyre,
Quand on a le bonheur d'aimer, & d'estre aimé ?

Ie crains souvent, ô crainte criminelle,
Et trio injuste à mon amour fidelle !
Qu'un autre objet ait son coeur enflamé.
Qui le croiroit, Amour, qu'on pût sous ton empire
Souffrir tant de martyre,
Quand on a le bonheur d'aimer, & d'estre aimé ?

Les Vers sont de Mme de Scudery

 

 

Air de Mr Boesset le Pere

Ie pers le repos & les sens
D'ennuy de ne voir plus Silvie;
Et bien-tost la fin de ma vie
Dira la douleur que ie sens.

Beaux yeux qui gouvernez mon sort,
Voyez la rigueur de vos charmes;
Pres de vous, ie verse des larmes;
Absent, vous me donnez la mort !

Les Vers sont de Mr le Mareschal De S.LVC.

 

 

Air de Mr Lambert

I'aime, c'est trop celer
Ma passion extréme,
C'est trop dissimuler;
Ma douleur fait bien voir que i'aime.

I'aime de si beaux yeux,
Qu'il n'en est pas de mesme;
Et ie croy que les Dieux
Serviroient la Beauté que i'aime.

 

 

 

Air de Mr Lambert

Ie ne vous quitte point pour quelqu'amour nouvelle,
Rien ne peut reparer les biens que i'ay perdus;
Vostre beauté, Philis, m'apprit d'estre fidelle,
Et vostre cruauté m'apprend à n'aimer plus.

Voyez en quel estat m'a reduit vostre haine,
Et ce que i'en reçois de maux & de plaisirs;
Vous m'ostez tout espoir pour vous, belle inhumaine,
Et pour d'autres que vous, vous m'ostez tous desirs.

Les Vers sont de Mr Dalibray

 

 

Couplets sur l'Air de la Duchesse

Il me faut donc faire des Vers,
Sapho le veut, Philoxene en demande,
Des Vers de commande
Sur l'air de Desairs;
Pour mon malheur on vous y met encore,
O Doralice, & vous ô Cleodore.
Helas ! combien i'endure
Pour vous obliger ?
Cette sotte mesure
Me fait enrager;
Un malheureux Poëte
Ne s'y trouve qu'une beste,
Mais un Poëte Amant
Y perd l'entendement.

Mon coeur fait encore des voeux
Pour un objet aussi beau qu'insensible,
Il m'est impossible
D'éteindre mes feux;
Ma destinée est de mourir pour elle,
I'en suis content, & sans estre infidelle.
Sous son cruel empire
Ie finis mes jours;
Mais que veux-je donc dire
Par ce sot discours ?
Non, c'estoit l'autre année
Cette triste destinée,
Ce rigoureux trépas,
Et ie n'y pensois pas.

Belles, apprenez ma Chanson,
Ie ne dis pas qu'elle soit des plus belles,
Mais pour les cruelles
C'est une leçon,
Trois mois, six mois, huit mois, toute une année,
Un peuvre Amant aura l'ame obstinée.
Il benira ses peines,
Dira hautement,
Qu'il portera vos chaisnes
Eternellement;
Mais bien qu'il vous le jure,
Si vostre rigueur vous dure,
Ta, la, la, la, la, la,
Il vous plantera là.

Les Vers sont de Mr De Pelisson

 

 

Air de Mr Lambert

I'ay long-temps balancé
A recevoir les fers dont mon coeur est pressé;
Mais i'ay trouvé tant d'appas & de charmes,
Que ma raison quitte les armes,
Amarillis est Reyne de mon sort,
Et ie luy jure par mes larmes
De la servir jusqu'à la mort.

Ie me suis asseuré
De luy rendre aucun soin qui soit considéré;
Ma passion pourra m'estre funeste;
Mais cet objet est tout celeste;
Amarillis, maistresse de mon sort,
Devant vos yeux ie vous proteste
De vous aimer jusqu'à la mort.

 

 

Gavotte

Ie me meurs, ma belle Cloris,
Ie souffre un mal extréme,
Moderez un peu vos mépris,
Et rentrez en vous-meme;
Un petit regard de pitié,
Si vous ne l'avez d'amitié.

Les Vers sont de Mr M...

Vos yeux dont i'adore les coups,
Et pour qui ie soûpire,
Font esperer un coeur plus doux;
Les voulez-vous dédire ?
Un petit regard de pitié,
Si vous ne l'avez d'amitié.

Ie ne me plains de mon tourment
Qu'à celle qui les cause;
Donnez-y quelqu'allegement,
Ie ne veux pas grand chose.
Un petit regard de pitié,
Si vous ne l'avez d'amitié.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Sarabande

I'ay trop d'amour pour le pouvoir celer,
Et ie ne puis
En l'estat où ie suis
M'empescher de parler.
Chere Silvie,
Ie suis sans vie;
Si tu ne veux bien-tost me secourir,
Dois-je esperer, ou bien dois-je mourir ?

Tu me defends de me plaindre en ce lieu,
Lors que tu vois
Que ie n'ay plus de voix
Que pour te dire adieu,
Chere Silvie,
Ie suis sans vie;
Si tu ne veux bien-tost me secourir,
Dois-je esperer, ou bien dois-je mourir ?

 

 

Air de Mr Lambert

Ie goustois cent mille douceurs
Parmy ces Prez, ces Bois, ces Ruisseaux, & ces Fleurs;
Quand vos yeux en tourmens ont changé tant de charmes;
Olimpe, Reyne de ces lieux,
Ie viens les yeux en larmes
Me plaindre à vous du mal que m'ont fait vos beaux yeux.

Les Vers sont de Mr Sarrazin

Connoissez l'effet de vos coups;
Ces plaisirs qui m'estoient si charmants & si doux,
Ne touchent plus mes sens, & n'ont plus rien d'aimable;
Olimpe, Reyne de ces lieux,
Ie viens les yeux en larmes
Me plaindre à vous du mal que m'ont fait vos beaux yeux.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mr De Mollier

Ie vous dis toûjours aimez-moy,
Philis, vous sçavez bien pourquoy ?
C'est que le plaisir est extréme,
D'estre aimé quand on aime.

Lors que vous aurez de l'amour,
Vous nous direz à vostre tour;
Ha ! que le plaisir est extréme,
D'estre aimé quand on aime.

Lors qu'Amours par ses traits vainqueurs
Se rend le maistre de nos coeurs;
Ha ! que le plaisir est extréme,
D'estre aimé quand on aime.

Les Vers sont de Mr De Rambouillet

 

 

Air

Ie ne suis pas facile à prendre,
Et i'ay de la peine à me rendre;
Mais quand un fois ie suis pris,
I'aime avec tant de violence,
Que rien n'a le pouvoir d'ébranler ma constance,
Si ce n'est le mépris.

Mais par l'éclat de tant de charmes,
Philis, ie vay rendre les armes,
Et vous dire que ie suis pris;
Ie meurs, ie languis, ie me pâme;
Adorable Beauté, ie sens bien que ma flame
Souffrira le mépris.

 

 

Air de Mr Lambert

Ie n'ay iamais parlé de mon amour extréme,
Et jusqu'icy mon coeur a paru fort discret;
Aminte, cependan on dit que ie vous aime,
Ie ne sçay pas qui peut avoir dit mon secret.

Pour cacher son tourment, la feinte est inutile,
Puisqu'Amour en tous lieux fait éclater son feu,
On a beau déguiser, il est bien difficile,
Quand on aime beaucoup, qu'il n'y paroisse un peu.

Les Vers sont de Mr Mallo

 

 

Air de Mr De Mollier

Ie pleure, ie me plains, & ie souffre un martyre
A qui rien n'est égal:
Helas ! si c'est Amour qui fait que ie soûpire,
Qu'Amour est un grand mal !

Les plaintes, les soûpirs, m'accompagnent sans cesse,
Tout plaisir m'est fatal:
Helas ! si c'est Amour qui fait que ie soûpire,
Qu'Amour est un grand mal !

 

 

Air de Mr Lambert

Ie ne connois que trop que i'aime,
Et i'ose découvrir ce qui me fait brûler.
Dieux ! mon mal n'est-il pas extréme,
Puis qu'il m'empesche de parler ?

Ah ! ie sens que mon feu s'exprime
Par ce dernier soûpir que ie fais en mourant;
Mais, beaux yeux, ce n'est pas un crime,
Chacun soûpire en expirant.

 

 

Air de Mr Lambert

Il faut aimer,
C'est un destin inévitable;
Il n'est point de coeur indomptable
Que l'Amour ne puisse charmer;
Mais sur tout quand on est aimable,
Il faut aimer.

Que de plaisirs
Amour fait voir parmy ses chaisnes !
Ses rigueurs les plus inhumaines
Font pousser de charmans soûpirs,
Et ses maux causent moins de peines
Que de plaisirs.

Les Vers sont de Mr Quinault

 

 

Air de Mr Lambert

I'ay veu de vos beaux yeux la clarté sans seconde,
Mon coeur a ressenty leurs coups.
Qu'ils sont perçans, & qu'ils sont doux !
Ils s'en vont desoler le monde;
Ils ne sont prompts à secourir,
Helas ! qu'ils en feront mourir !

Les Vers sont de Mr Le Royer

 

 

Air de Mr Lambert

Ie me plains des rigueurs de l'ingrate Amarille
Aux Arbres, aux Rochers de ce charmant sejour:
Mais helas ! ie ne fais qu'une plainte inutile,
Ils n'ont iamais senty les peines de l'Amour:
Que ie serois heureux,
Si le Ciel m'avoit fait insensible comme eux !

I'entretiens ces Forests, ces Valons, ces Fontaines,
Et ces charmans Ruisseaux, des peines que ie sens:
Mais las ! rien n'est touché du recit de mes peines,
Que l'Echo qui répond à mes tristes accens.
Que ie serois heureux,
Si le Ciel m'avoit fait insensible comme eux !

Ces Bergers sans amour, & sans inquietude,
S'endorment au doux bruit que font ces belles eaux:
Helas ! ils n'aiment rien que cette solitude,
Et le plaisir d'y voir leur innocens troupeaux.
Que ie serois heureux,
Si le Ciel m'avoit fait insensible comme eux !

Les Vers sont de Mr le Marquis de Mompipeau

 

 

Air de Mr de Cambefort

I'ay souvent consulté d'abandonner Cloris,
Pour contenter Silvie;
Mais connoissant qu'il y va de ma vie,
Ie ne sçaurois luy complaire à ce prix.

Mon dessein me contraint, il faut toûjours aimer
Celle qui me possede:
Si c'est un mal, il n'a point de remede;
Si c'est un bien, ie le dois estimer.

 

 

Air

I'ay tenu vainement ma passion secrette;
Olimpe, ie me meurs, & vous le connoissez:
Helas ! si le respect rend ma bouche muette,
I'ay des yeux qui parlent assez.

 

 

Air de Mr Lambert

I'avois rompu mes fers, & juré hautement
Que l'ingrate Cloris ne feroit plus ma peine;
Mais en la revoyant, i'ay renoüé ma chaisne,
Et rompu mon serment.

Aussi ce fut un jeu que mon ressentiment;
Cloris a sur mes sens conservé la victoire,
Et ie n'avois juré que pour avoir la gloire
De rompre mon serment.

 

 

Air de Mr Le Camus

I'aime, et ne puis plus le taire,
De ce timide aveu n'ayez aucun depit:
Helas ! il pourra vous déplaire;
Mais quand on ne sçait plus que faire,
On ne sçait plus ce que l'on dit.

I'ay fait ce qu'on fait d'ordinaire
Dedans l'emportement d'un si libre discours:
Mais n'en soyez point en colere;
Helas ! quand on a qu'une affaire,
Philis, on en parle toûjours.

Les Vers sont de Mr Du Buisson

 

 

Air

Ie suis en doute si Melite
Me veut perdre, ou me secourir,
Puis que ses yeux me font mourir,
Et que sa voix me ressuscite:
Comme il plaist à l'Amour elle change mon sort,
Et ie meurs mille fois pour survivre à ma mort.

Non, ie l'écoute qui menace
Mon coeur aux flames destiné;
Mais quand sa voix m'a condamné,
Ses yeux sont doux, & me font grace:
Comme il plaist à l'Amour elle change mon sort,
Et ie meurs mille fois pour survivre à ma mort.

 

 

Air de Bénigne de Bacilly

Ie vous ay veus, beaux yeux, mais ie vous vis si peu,
Que loin d'en éteindre mon feu,
Ie sens que son ardeur s'en augmente & me tuë.
O Reyne de mon sort, arbitre de mes jours,
Pourquoy vous ay-je si peu veuë ?
Ou que ne vous vois-je toûjours ?

Les Vers sont de Mr B. D. B.

 

 

 

Air de Mr Le Camus

I'aime Philis plus que ma vie,
Philis me hait plus que la mort;
Amour, contente mon envie,
Fais luy connoistre qu'elle a tort;
Et pour me satisfaire,
Change en autre feu celuy de sa colere.

Fais connoistre à cette cruelle,
Que dans mon ame i'ay fais voeu
De ne joüer plus avec elle,
Puis qu'elle ne prend rien en jeu;
Et pour me satisfaire,
Change en autre feu celuy de sa colere.

 

 

Air

Ie meurs d'amour pour la belle Climene,
Ses doux regards me blessent sans guerir;
Mais sans penser à l'excés de ma peine,
I'aime, ie veux souffrir, & puis mourir.

Ma passion nuit & jour me propose
De luy parler, & de ma découvrir;
Mais le respect me tient la bouche close,
I'aime, ie veux souffrir, & puis mourir.

 

 

Gavotte de Mr Le Camus

I'adore sans espoir
Une charmante Brune,
Au plaisir de la voir
Ie borne ma fortune;
Car d'en estre amoureux,
C'est estre malheureux.

Tout me semble ennuyeux,
Absent de cette Belle;
Ie la cherche en tous lieux,
Et ne prétens rien d'elle;
Car d'en estre amoureux,
C'est estre malheureux.

Les Vers sont de Mr B. D. B.

Ses yeux flatent les coeurs,
LEurs charmes nous engagent,
Mais ces charmans flateurs
Iamais ne nous soulagent;
De brûler don pour eux,
C'est estre malheureux.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

 

Dialogue de Mr Lambert

Tirsis
Il est temps d'exprimer nos maoureuses flames.

Philis
Si l'amour a des traits,
S'il tourmente les ames,
Mon coeur ne le connut iamais.

Tirsis
Ton coeur peut-il contredire ta bouche,
Quand tu te plains du beau feu qui te touche ?

Philis
Je méprise l'Amour, ie me ris de ses traits.

Tirsis
Cruelle.

Tirsis & Philis
Assemblons donc nos soûpirs & nos plaintes,
Meslons nos voix, passons ainsi nos jours,
Et faisons vivre nos amours,
Veritables, ou feintes.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mr Moulinié

Ie veux pour contenter Climene,
Borner si bien tous mes desirs,
Que pour récompenser ma peine,
Ie ne prétens aucuns plaisirs;
Car en l'aimant, mon avanture est telle,
Que sans rien esperer, ie dois mourir pour elle.

En vain la raison me conseille,
Et me promet la liberté,
Si ie quitte cette merveille
Dont ie respecte la beauté;
Car en l'aimant, mon avanture est telle,
Que sans rien esperer, ie dois mourir pour elle.

 

 

Air

Iris, dont la grace m'enchante,
Iris, dont i'adore les yeux,
Par un privilege des Cieux,
N'a rien d'égal quand elle chante;
Et pour n'en point douter,
Si l'on en croit l'Amour, on n'a qu'à écouter.

O Dieux ! que peut-on entreprendre
Contre des charmes si puissans ?
Elle a si bien gagné nos sens,
Que l'esprit ne s'en peut defendre;
Et pour n'en point douter,
Si l'on en croit l'Amour, on n'a qu'à écouter.

 

 

Gavotte

I'aime un Brun depuis un jour
Plus beau que l'Amour méme,
Et qui meurt pour moy d'amour;
Ne vous étonnez pas si i'aime.

Il est sage, il est discret,
Sa douceur est extréme,
Il sçait garder le secret;
Ne vous étonnez pas si i'aime.

 

 

Air de Mr Richard

I'ay veu cet Astre de la Cour
Dont i'ay tant évité la flame.
O Dieux ! quelle atteinte à mon ame,
Ie n'ne puis plus, helas ! ie meurs d'amour.
O Dieux ! qu'Aminte est belle,
Il faut brûler, il faut mourir pour elle.

 

 

Air de Mr Le Camus

Ie meurs à tout moment
Dans ce bannissement
Dont la rigueur me tuë;
Beaux yeux, sources d'amour,
En perdant vostre veuë,
Ie pers aussi le jour.

Mon ame est en langueur,
Et ie sens que mon coeur
Cede au coup qui le tuë;
Beaux yeux, sources d'amour,
Souffrez que vostre veuë
Me redonne le jour.

Les Vers sont de Mme Sauve

 

 

 

Air de Mr Le Camus

Ie veux cacher à tous, avec un soin extréme,
Que vous m'avez charmé;
Mais qu'il est mal-aisé de cacher que l'on aime,
Quand on n'est pas aimé.

Si vous m'aimiez un peu, belle Iris, il me semble
Que l'on n'en sçauroit rien;
Bien plus facilement nous cacherions ensemble
Vostre amour & le mien.

 

 

 

Air de Mr Boesset le Pere

Iamais n'auray-je le pouvoir
De m'affranchir de cette tyrannie
Où m'assujettit mon devoir,
Dont la rigueur est infinie:
Beaux yeux qui m'animez par des attraits si doux,
Comment puis-je vivre sans vous ?

L'ennuy que j'ay ne peut cesser,
Tout me déplaist éloigné de ses charmes;
Si i'ouvre l'oeil, c'est pour laisser
Le passage libre à mes larmes:
Beaux yeux qui m'animez par des attraits si doux,
Comment puis-je vivre sans vous ?

Le deüil, le regret, & l'amour
Dont ie ressens les cruelles atteintes,
Forcent ma langue nuit & jour
A dire & redire ses plaintes:
Beaux yeux qui m'animez par des attraits si doux,
Comment puis-je vivre sans vous ?

 

 

Air de Mr Lambert

Ie m'estois resolu de souffrir sans le dire,
I'avois baissé les yeux, & n'osois soûpirer;
Mais puis que le trépas va finir mon martire,
Ie ne dois plus rien craindre, & plus rien esperer.

Ie vous aime, Philis, & rien n'est comparable,
A l'excessive ardeur dont ie suis consumé;
Car vous aimant autant que vous estes aimable,
Ie vous aime bien plus qu'on n'a iamais aimé.

 

 

Air de Mr Lambert

Ie ne puis desormais éviter le trépas,
Vous irritez mon mal, en disant, ie vous aime;
Ie connois ovstre esprit, & mon malheur extréme;
Si vous m'aimiez, Philis, vous ne le diriez pas.

Les Vers sont de Mme Mareschal

 

 

Sarabande

I'avois juré de n'aimer de ma vie;
Mais vous voyant, i'en ay repris l'envie.

O mort ! ô mort ! tant de fois appellée,
Que ne viens-tu ? Philis s'en est allée.

Mes yeux ont veu l'adorable Climene,
Helas ! mon coeur, que vous aurez de peine ?

On dit qu'amour est un mal agreable,
Et cependant il me rend miserable.

Ie ne dors point, ie resve, & ie soûpire;
Amour, dis-moy ce que cela veut dire ?

Ie suis chagrin, ie deviens solitaire,
Dedans les Bois ie commence à me plaire.

Quand le dépit vient d'une amour extréme,
On dit qu'on hait, & l'on sent que l'on aime.

 

 

Air de Mr Le Camus

Iris, que ie croyois fidelle
Autant que ie l'estois pour elle,
Ecoutoit mes soupirs, i'en estois estimé:
Mais helas ! son coeur se partage,
Ie n'en puis dire davantage,
Iugez de ma douleur, si vous avez aimé.

Les Vers sont de Mr De Verderonne

 

 

Air de Mr Lambert

Ie ne puis plus souffrir qu'Iris soit infidelle;
Et puis que mes respects ne peuvent rien sur elle,
Bannissons de mon coeur ce qu'il aime le mieux:
Mais que puis-je opposer à l'effort de ses armes ?
Elle a toûjours les mesmes charmes,
Et i'ay toûjours les mesmes yeux.

Ah ! c'est bien vainement qu'en ma douleur exréme
I'ay tâché d'oublier cette ingratte que i'aime,
Et de briser les fers qui causent mon tourment:
Qu'elle soit inconstante, inhumaine, infidelle,
Elle est toûjours charmante & belle,
Et moy ie suis toûjours Amant.

Les Vers sont de Mr Boileau

 

 

 

Air de Mr De La Barre

Ie cherche les Forests, ie n'aime plus la Cour,
Ie fuis également & le monde & le jour,
I'ay l'esprit abbatu, ma douleur est extréme:
D'où viennent mes ennuis ?
Aminte, quand on aime,
On est comme ie suis.

Ie n'ay pas en un jour un moment qui soit doux,
Et ie n'ay de repos que quand ie pense à vous;
Quand i'aimois Amaranthe, helas ! i'estois de méme:
D'où viennent mes ennuis ?
Aminte, quand on aime,
On est comme ie suis.

 

 

Air de B. D. B.

Ie voy des Amans chaque jour,
Sans crainte des rigueurs, découvrir leur martire.
Mais de tout ce qu'on me dit sans l'Empire d'Amour,
L'adieu, belle Philis, couste le plus à dire.

Chacun peut donner un beau tour
Au discours qui fait voir que son ma soûpire:
Mais pour bien dire adieu dans l'Empire d'Amour,
C'est, aimable Philis, la mort qui le doit dire.

Les Vers sont de Mr Sarrazin

 

 

 

Air de Mr Lambert

Ie vay mourir, Philis, vostre injuste couroux
En finissant mes jours, finira mon supplice:
Ie n'ay rien éprouvé que des rigueurs en vous,
Il faut voir si la mort me sera plus propre.

Triomphez maintenant, orgueilleuse Beauté,
Vos mépris ont vaincu de mesme que vos charmes:
I'abandonne mon coeur à vostre cruauté,
Voyez couler mon sang, c'est trop peu de mes larmes.

 

 

Gavotte de B. D. B.

I'avois juré l'autre jour
Que sur moy ce fol amour
N'auroit iamais de prise,
Mais qu'il est malaisé de garder sa franchise !

Ce qui m'avoit rebuté,
C'estoit l'infidelité
De l'ingrate Belise;
Mais qu'il est malaisé de garder sa franchise !

Mais las ! depuis un moment
Un objet rare & charmant
Tient mon ame soûmise,
Ah ! qu'il est malaisé de garder sa franchise !

O ma raison, sans mentir,
Tu pouvois me garantir
D'une telle surprise;
Mais qu'il est malaisé de garder sa franchise !

Tu devois dire à mes yeux,
Fermez-vous, audacieux,
Il y va de la vie;
Il n'appartient qu'aux Dieux de regarder Silvie.

Plus esclave que iamais,
Ie veux prendre desormais
Des mots pour ma Devise:
Ah ! qu'il est malaisé de garder sa franchise !

Les Vers sont de Mr B. D. B.

 

 

 

Air de Mr De Maulevrier

Ie n'ay point consulté, vous donnant ma franchise,
Ie n'ay point separé la peine & le plaisir;
Car l'insensible effet d'une juste surprise
Ne laisse pas tant de loisir.

Vos yeux m'ont éclairé, mais ils n'ont pas fait naistre
La violente ardeur qui me fait tant souffrir;
Elle estoit dans mon coeur avant que de paraistre,
Et n'a fait que se découvrir.

Les Vers sont de Mr De Maulevrier

 

 

 

Air de Mr De Sabliere

I'aime bien quand ie suis aimé;
Mais ie ne puis este enflamé
Des Belles qui sont inhumaines;
Ie ne subis iamais de Loy,
Et ne souffre iamais de peines,
Qu'autant qu'on en souffre pour moy.

Aussi toute sorte d'objets
Ne peuvent estre des sujets
Pour forcer mon coeur à se rendre;
Et si l'on veut me posseder,
Il faut des charmes pour me prendre,
Et des faveurs pour me garder.

 

 

 

Air de Mrs Lambert & Le Camus

I'ay juré mille fois de ne iamais aimé,
Et ie ne croyois pas que rien me pût charmer:
Mais alors que ie fis ce dessein temeraire,
Tirsis, vous n'auriez pas entrepris de me plaire,
Ma raison contre vous ne fait plus son devoir,
Et de l'Amour enfin ie connois le pouvoir.

Helas ! de mon erreur trop tard ie m'apperçois,
Ie pensois que ce Dieu ne rangeât sous ses loix
Que ceux qui de ses traits sçavent mal se defendre,
Mais ie sesns que mon coeur malgré moy se va rendre,
Ma raison contre vous ne fait plus son devoir,
Et de l'Amour enfin ie connois le pouvoir.

Les Vers sont de Mme la C. De la Suze

 

 

Recit de Mr Lambert

Il n'est donc que trop vray que l'ingrat m'a laissée,
Et tournant ailleurs sa pensée,
Il m'oublie aujourd'huy,
Moy donc il fit toûjours & la joye & l'ennuy;
Iamais autre que luy ne me trouva sensible,
A tout autre qu'à luy ie parus invincible,
Il fut seul mon vainqueur.
O r age ! ô desespoir ! falloit-il que mon coeur
Preferât folement à mille Amans fidelles
L'impitoyable autheur de mes peines cruelles ?
Mais il se vit forcé de ceder au plus fort,
Et l'on ne change pas les volontez du sort;
Tu fis, en qui reluit tout ce qui rend aimable,
Ah ! que de te haït ie me sens peu capable !
Et que ie doute encor en ce funeste jour
Si ma colere égale mon amour !
Que ne te repens-tu ? ta grace est toute preste,
Grace pour un perfide; ah ! plustost sur sa teste
Le Ciel lance aujourd'huy tous ses traits à la fois;
Mais de quel nouveau trouble est ma fureur suivie ?
Ie succombe, ie perds la voix,
Heureuse si ie pers en mesme temps la vie.

 

 

Air

I'ay brisé pour suivre Silvie
Les chaisnes qui tenoient ma vie;
Esclave des grandeurs qu'on adore à la Cour,
I'ay tout abandonné pour elle,
Et dans ma passion fidelle
Ie ne veux esperer que de mourir d'amour.

Ie sçay bien qu'en ce doux martire
C'est gloire que de pouvoir dire,
Silvie, en vous perdant, ie veux perdre le jour;
Et que la cause en est si belle,
Que dans ma passion fidelle
Ie ne puis esperer que de mourir d'amour.

 

 

Air de Mr Lambert

Ie n'en parleray plus, bien que mon mal empire,
A quoy me sert de vous le dire,
Au triste estat où ie me voy ?
Beaux yeux qui sçavez bien où la douleur me presse,
Me plaindray-je sans cesse ?
Et n'aurez-vous iamais un bon moment pour moy ?

Tout le monde a pitié du tourment que i'endure,
Et vous pour qui ie veux qu'il dure,
Méprisez mes feux & ma foy:
Beaux yeux qui triomphez de mon ame asservie,
Ie plaindrois peu ma vie,
Si vous aviez iamais un bon moment pour moy.

 

 

Air

Ie ne crains plus vos injustes rigueurs,
Ne craignez plus, Philis, mes justes plaintes,
Ne faites plus servir vos attraits à vos feintes,
Vous le feriez en vain, puis qu'helas ! ie me meurs.

 

 

Air de Mrs Le Camus & Lambert

I'ay si bien publié vos attraits mes vainqueurs,
I'ay si bien caché vos rigueurs,
Qu'enfin tout le monde vous aime:
Ah ! que ie crains, Philis, qu'en vous gagnant des coeurs,
Ie ne me sois perdu moy-méme.

Pour vous suivre en tous lieux, on voit qu'à tous momens
Mille coeurs se vont consumans
D'un feu dont l'ardeur est extréme:
Ah ! que ie crains, Philis, que parmy tant d'Amans
Ie ne me sois perdu moy-méme.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air

Ie suis blessé de mille dards,
Beaux yeux, ie vay perdre la vie,
Détournez un peu vos regards;
Mais non, regardez-moy, Silvie.
O Dieux ! quel moyen de guerir ?
Et que dois-je faire ?
S'il m'est impossible de vivre
Sans voir ce qui me fait mourir.

Belle bouche pleine d'appas,
Petite, vermeille, & mignarde,
Ie meurs quand ie ne vous voy pas,
Et ie meurs quand ie vous regarde.
O Dieux ! quel moyen de guerir ?
Et que dois-je faire ?
S'il m'est impossible de vivre
Sans voir ce qui me fait mourir.

 

 

Air de Mr Moulinié

Ie cache si bien ma douleur,
Et les enstimens de mon coeur,
Que Philis n'y peut rien connaistre;
Et tout prest de perdre le jour,
Le respect demeure le maistre
De ma flame & de mon amour.

I'adore ses yeux sans espoir,
Et n'ose mesme faire voir
Les maux qu'en mon coeur ils font naistre,
Et tout prest de perdre le jour,
Le respect demeure le maistre
De ma flame & de mon amour.