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Les plus beaux vers qui ont été mis en chansons

Recüeillis par Mr de Bacilly, 1661

A

 

Index des compositeurs & des compositions

 

A

 

Air de Mr Lambert

Adorables trompeurs
Beaux yeux, beaux infidelles,
Qui donnez à nos coeurs
Tant d'atteintes mortelles;
Helas ! qui de diroit, en vous voyant si doux,
Que vous auriez pitié de nous ?

Vos regards pleins d'amour
Ont trop de tyrannie;
En nous donnant le jour
Ils nous ostent la vie;
Helas ! que ne diroit, en les voyant si doux,
Que vous avez pitié de nous ?

Retenez pour un temps
Les maux que vous nous faites,
Soyez tous innocens
Comme on croit que vous estes;
En nous voyant périr, vous qui semblez si doux,
Ayez au moins pitié de nous.

 

 

Air de Mr Le Camus

Afreux Deserts, lieux sacrez où m'amene
La rigueur de Climene,
Pour y chercher en secret le trépas;
Si ie me plains, helas !
Ie suis trop heureux pour vous taire ma peine,
Vous estes trop discrets pour ne la pas taire.

Si la douleur que ie ressens pour elle,
Si son ame infidelle
Porte mon coeur à ces tristes regrets,
Rendez-vous plus discrets,
Cachez mon desespoir aux yeux de la cruelle,
Soyez-en les témoins, & n'en parlez iamais.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Gavotte de Mr Le Camus

A quoy servent tant de charmes,
Iris, si vous n'aimez rien ?
Quoy, nos plaintes & nos larmes
Vous font-elles quelque bien ?
Souvent c'est une infortune
De se laisser enflâmer,
Mais la vie est importune
Qui se passe sans aimer

La plus sage & la plus belle
Peut trouver un inconstant,
Et l'Amant le plus fidelle
En peut rencontrer autant;
D'une plainte si commune
On a droict de s'alarmer,
Mais la vie est importune
Qui se passe sans aimer.

Les Vers sont de Mr Pelisson

 

 

Aminta, i'ay beau te chérir,
Tu ris en me voyant périr;
Ingrate Beauté que i'adore,
O jeune & ravissante Aurore,
En naissant tu me fais mourir.

 

 

Sarabande de Mr Le Camus

Allez, soûpirs, allez trouver Silvie,
Pour luy découvrir mes langueurs;
Dites-luy qu'enfin ie me meurs,
Et qu'au moment qu'elle m'oste la vie,
I'ay pour ses yeux tant de crainte & d'amour,
Qu'elle y perdra quand ie perdray le jour.

Apres les maux que m'a fait la cruelle,
Si mon coeur se rend à ses traits,
Dites-luy qu'il ne fut iamais
Un coeur brûlé d'une flâme si belle,
Et que ses yeux qui causent mon amour
Perdront en moy quand ie perdray le jour.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

Devant les yeux de la belle Amarante,
Tirsis demandoit à mourir,
Au trépas il alloit courir,
Et qu'une voix languissante & mourante,
Il s'écrioit, ô merveille d'amour !
Pres d'un Soleil ie vais perdre le jour.

Les Vers sont de Mr Tristan

 

 

Air de Mr Le Camus

Apres vous avoir dit mes brûlans soûpirs,
Le funeste martyre
Où m'ont reduit mes amoureux desirs;
Si ie me plains encor, & si mon soeur soûpirs,
C'est qu'il n'a pas tout dit ce qu'il avoit à dire.

Ie sçay que mes regards ont mesme dit pour moy
Qu'on languit, qu'on expire,
Quand une fois on est sous vostre loy;
Si ie murmure donc, & si mon coeur soupire,
C'est qu'il n'a pas tout dit ce qu'il avoit à dire.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mr Lambert

Apres tant de douleurs que l'on m'a veu souffrir,
Et qui n'ont fait que vous mettre en colere,
A la fin i'ay trouvé le secret de vous plaire,
Philis, ie vay mourir.

Si de vous avoir plû, si de la découvrir
Mon coeur vous semble un peu trop temeraire,
Un moment vous & moy nous pourra satisfaire,
Philis, ie vay mourir.

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air de Mr de Cambefort

Arbres, Rochers, doux & charmans Zéphirs,
Ruisseaux, murmurantes Fontaines,
Dans vostre sein cachez mes déplaisirs,
Seuls témoins de mes feux, confidens de vos peines,
Dites-moy si mon coeur n'osant se declarer,
Au moins peur soûpirer ?

Hé bien, soûpirs, ne faites point de bruit,
Montrez mes sensibles contraintes,
Mais seulement au coeur qui vous produit;
Ne pouvant te parler, cher objet, de mes craintes,
Que l'Echo qui m'entend puisse dire pour moy,
Que si i'aime, c'est toy.

 

 

Air de Mrs Le Camus & Perdigal

A quoy pensiez vous, Climene,
A quoy pensiez vous d'aimer ?
Ne sçaviez vous pas la peine
Que souffre un coeur qui se laisse enflâmer ?
A quoy pensiez vous, Climene,
A quoy pensiez vous d'aimer ?

Alors qu'avec tous ses charmes
Amour vient nous enflâmer,
Il faut ceder à ses armes,
Il faut languir, Il faut le consumer,
Alors qu'avec tous ses charmes
Amour vient nous enflamer.

 

Response

On n'y pense pas, Silvie,
Quand on commence d'aimer,
Et sans en avoir envie,
En un moment on se laisse enflamer;
On n'y pense pas, Silvie,
Quand on commence d'aimer.

Les Vers sont de Mme De Scudery

 

 

Air de Mr Lambert

Ah ! beaux yeux, ne vous changez pas,
Ménagez vos divins appas,
Ne vous mettez point en colere;
Vous estes faits pour estre doux,
Et moins vous aurez de courroux,
Et plus vous l'art de plaire.

Quand vous nous paroissez fâchez,
Vos divins attraits sont cachez,
Et vostre grace sans seconde;
Quand la douceur est avec vous,
On ne peut éviter vos coups,
Beaux yeux, vous charmez tout le monde.

Les Vers sont de Mr l'Abbé De Bouté

 

 

Air

Amour, dont les charmes puissans,
Ont sceu par des traits innocens
Me soûmettre aux Loix de Silvie;
Haste toy d'estre mon support,
Et puis qu'on éloigne ma vie,
Permets que ie coure à la mort.

Tu sçais qu'un genereux Amans
Dans un si rude éloignement
Doit souhaiter de ne pas vivre;
Et tu peux dans cette langueur,
S'il ne m'est permis de la suivre,
Faire qu'elle emporte mon coeur.

Mais Dieux ! où me vois-je reduit ?
Mon bonheur me plaist & me nuit,
Mon devoir s'oppose à ma flâme,
Ie ne puis vivre, ny périr;
Car si l'un partage mon ame,
L'autre me defend de mourir.

 

 

Air de Mr de Boesset

Amour m'a mis hors de defense,
Ie suis sans resistance,
Malgré vostre rigueur vos traits sont tous puissans,
Ie m'en vay mourir, Celimene,
Toute mon esperance est vaine;
Helas ! ie le connois au doux mal que ie sens.

Ce Dieu d'accord avec vos charmes
Me fait rendre les armes,
Et soûmet ma raison à vos traits tous puissans;
Ie m'en vay mourir, Celimene,
Toute mon esperance est vaine;
Helas ! ie le connois au doux mal que ie sens.

 

 

Air

Amour, ie te suis obligé
Du bien que tu m'as fait en me donnant Caliste;
Tout me rit, ie ne suis plus triste,
Mon mauvais destin est changé;
Venez, plaisirs, rendre le témoignage
De mon heureux servage.

 

 

Courante de Mr De La Barre
[pour Mlle De La Barre]

Allez où le Sort vous conduit,
Il faut partir, adorable Amarante,
Bien loin comme une Etoile errante,
Vous brillerez au milieu de la nuit.
Pour moy ie veux jusqu'au trépas
Avoir l'honneur d'accompagner vos pas,
Et de chanter en tous lieux vos loüanges,
Lois que d'une voix,
Comme celle des Anges,
Vous ferez des Loix.

Les flots n'auront plus de rigueur,
Ils attendront que vous soyez passée,
Redoutez-vous la Mer glacée
Qui ne l'est pas aupres de vostre coeur ?
Quand mesme ceux que vous brûlez
Iusqu'à la mort se verroient desolez,
Par la rigueur d'une basence inhumaine,
Il faut réjouir,
Cette adorable Reine
Qui vous veut oüir.

Ie sçay que son front glorieux
S'abaissera pour gouster vos merveilles
Vostre voix charmant ses oreilles,
Fera languir l'éclat de ses beaux yeux.
Si lors que vous aurez chanté,
Son bel esprit en paroist enchanté,
Vostre faveur ne sera plus commune,
Ie suis trop heureux,
Vostre bonne fortune
Bornera mes voeux.

Les Vers sont de Mr Tristan

 

 

Sarabande

Amarillis, ie renonce à vos charmes,
Vous me traittez avec trop de rigueur;
Pres de Philis ie verse moins de larmes,
Un seul soûpir luy peut toucher le coeur;
Ie ne cours pas toûjours à la plus adorable,
La facile est pour moy la plus aimable.

Ie suis d'accord que vous estes plus belle,
Que vostre esprit est au dessus du sien:
Mais au moment que ie brûlay pour elle,
Son feu parut aussi-tost que le mien;
N'est-il pas naturel d'aimer ce qui nous aime ?
Pour moy i'en useray toûjours de méme.

Quand vous croiez simplement qu'on vous aime,
Vous ignorez le pouvoir de vos coups;
L'on ne sçauroit sans un péril extréme
Vous voir souvent, & se plaire avec vous;
De la bonne amitié sçachez que d'ordinaire
L'on n'a jusqu'à l'amour qu'un pas à faire.

 

 

Air de Mr Lambert

Au defaut de ma voix recevez mes soûpirs,
Ils vous diront, Tirsis, en leur langage,
Que si le Ciel secondoit mes desirs,
Ie vous donnerois davantage.

Les Vers sont de Mme la Comtesse De La Suze

 

 

Air de Bénigne de Bacilly

Aupres des beaux yeux de Silvie
Ie languis depuis un long-temps;
Ie n'attens que la mort, mais la plus belle vie
Ne vaut pas la mort que i'attens.

Les Vers sont de Segrais

Ses rigueurs m'osteroient l'envie
De rendre mes desirs contens;
Mais ie voy dans ses yeux que la plus belle vie
Ne vaut pas la mort que i'attens.

 

 

Air de Mr Le Camus

Allez, allez, tendres soûpirs,
Allez declarer mes desirs
A la Beauté que i'aime;
Faites-luy si bien vostre cour,
Qu'elle connoisse mon amour,
Sans luy dire moy-méme.

Allez jusqu'au fond de son coeur,
Allez montrer à sa rigueur
Vostre pouvoir extréme;
Souvent telle y peut resister,
Quand elle aime à vous écouter,
Qui soûpire elle-méme.

Les Vers sont de Mr le Marquis De Maulevrier

 

 

Sarabande

A Vos Autels i'ameine une Victime,
Punissez moy, ie confesse mon crime,
Si par vos Loix c'est estre assez coupable,
Que d'aimer trop un objet trop aimable.

Mon crime helas ! se punit de luy-méme;
Mourir d'amour sans dire que l'on aime,
C'est bien assez lois que l'on est coupable,
Que d'aimer trop un objet trop aimable.

 

 

Air de Mr Le Camus

Aminte, approche-toy de ce plaisant Bocage,
Entens de ces Oyseaux l'agreable ramage;
Ce qu'ils chantent la nuit, ce qu'il chantent le jour,
Aminte, tout cela ne parle que d'amour.

Les Vers sont de Mr Segrais

Ecoute les Zephirs, qui d'un discret langage
Semblent dire un secret aux fleurs de ce rivage;
Ce qu'ils chantent la nuit, ce qu'il chantent le jour,
Aminte, tout cela ne parle que d'amour.

Aminte, ils sont heureux quand ie suis miserable,
Tout rit à leurs desirs, tout leur est favorable,
Ils sont heureux la nuit aussi bien que le jour,
Et i'éprouve en tout temps les rigueurs de l'Amour.

Consule les Echos de ces lieux les plus proches,
Qui sans cesse pour moy te font mille reproches;
Ils te disent la nuit, ils te disent le jour,
Aminte, ton Tirsis s'en va mourir d'amour.

Les Vers sont de Mr Cornu

 

 

Gavotte de Mr Baptiste

A la rigueur des ans
La vostre vous expose;
Comme ils sont inconstans,
Ils changent toute chose;
La Beauté n'a qu'un temps,
Aussi bien que la Rose.

 

 

Air de Mr Boesset le Pere

A quelle extremité le Ciel m'a-t'il réduit ?
Quel destin me conduit,
Pour mourir devant vous, & ne vous pouvoir dire
Aminte ie me meurs, mais ne me plaignez pas,
De crainte que vos yeux, en pleurant mon martyre,
Ne démentent leurs traits qui causent mon trépas.

Mais puis qu'il faut mourir, mourons donc innocent,
Cette Belle y consent,
Et les voeux que i'ay faits d'estre à iamais fidelle,
Tout d'un coup la douleur le saisit tellement,
Qu'il est tres-asseuré qu'ils fust mort devant elle,
Si le Ciel n'eust voulu prolonger son tourment.

 

 

Air de Mr Lambert

Amans infortunez, qui n'avez d'esperance,
Qu'en la perseverance,
Ne perdez plus vos pas;
Le secret est de plaire, & vous ne plaisez pas.

Vous avez beau porter sa couleur favorite;
Si cela vous profite,
Cherchez d'autres appas;
Le secret est de plaire, & vous ne plaisez pas.

Si-tost que vous venez, Olimpe se retire,
N'est-ce pas assez dire ?
Cherchez d'autres appas;
Le secret est de plaire, & vous ne plaisez pas.

Ie connois vos desseins, ie sçay ce qu'elle blâme,
Et ce qu'elle a dans l'ame,
Un petit mot tout bas;
Le secret est de plaire, & vous ne plaisez pas.

Cleante vous fuyant, croyez-vous qu'il ne faille
Que la suivre où qu'elle aille ?
C'est courrir au trépas;
Le secret est de plaire, & vous ne plaisez pas.

Les Vers sont de Mr Patris

 

 

Sarabande de Mr le Marquis de Maulevrier

Apprenez-moy d'où vient qu'à vostre abord
Ie ne suis plus quasi moy-méme ?
Seroit-ce point sans en estre d'accord,
Belle Philis, que ie vous aime ?
Dés le moment que i'ay veu vos beaux yeux,
I'en n'ay toûjours crû quelque chose;
Car ie languis, & soûpire en tous lieux,
Et n'en connois point d'autre cause.

Si vostre coeur vous pressoit en secret
D'aller jusqu'où l'Amour engage,
Iettez les yeux sur un Amant discret,
Pour vous guider en ce voyage,
Eloignez-vous de ces jeunes Ardans,
De qui les feux brillent pour nuire:
Suivez les miens, quoy que moins éclatans,
Ils vous sçauront bien mieux conduire.

Si vostre coeur vous pressoit tout de bon,
D'aller jusqau'où l'Amour préside,
Gardez-vous bien de choisir un Barbon,
Prenez plutost un jeune Guide;
Eloignez-vous de ces foibles Ardans
Dont les feux n'ont plus guere à vivre;
Suivez les miens, puis qu'ils sont plis brillans,
Vous prendrez plaisir à les suivre.

Ny le Barbon, ny le jeune Blondin,
Ne valent rien en ce voyage;
L'un fait le prude, l'autre le badin,
L'un est trop fou, l'autre est trop sage;
Mais le milieu seroit bien vostre fait,
Entre la vieillesse & l'enfance,
Vous trouverez un Guide parfait
De la force & de la prudence.

Belle Philis, pour un si doux plaisir,
Quelque bien que l'on vous propose,
Un coeur n'est plus en estat de choisir
Si-tost que l'Amour en dispose;
Sans disputer quelle âge est le meilleur,
Pour bien placer vostre conqueste,
Dés que l'Amour l'a dit à nostre coeur,
La raison n'est plus qu'une beste.

Qu'il est cruel en vous faisant la cour,
De vous cacher ce que l'on pense !
Qu'il est cruel d'avoir beaucoup d'amour,
Et de languir sans esperance !
Ne laissez plus mon coeur en cet estat,
Puis qu'à vos yeux il s'abandonne;
Car entre nous c'est un assassinat
De plaire, & de n'aimer personne.

Usez-en mieux; & lors qu'un pauvre Amant
Vous parlera de son martyre,
S'il a l'esprit d'en parler galamment,
Souffrez ce qu'il voudra vous dire;
En cas d'amour, une plainte, un soûpir,
Ne décria iamais personne;
Mais seulement afin de mieux choisir,
Prenez tous les coeurs qu'on vous donne.

Dans la foule de tous vos soûpirans,
Penchez sur tout vers le fidelle,
Défiez-vous de ces soûpirs errans
Qu'on voit aller de Belle en Belle;
Prenez un coeur qui soit tendre & constant,
Qui sçache brûler & se taire,
Et songez bien que le choix d'un Amant
N'est pas une petite affaire.

 

 

Air de Mr Le Camus

Alors qu'aupres de vous ie languis, ie soûpire,
Ie ne sçay quel respect agite mes esprits,
Las ! faut-il que ie n'ose dire
Ce que vos beaux yeux m'ont appris ?

Les Vers sont de Mr Dalibray

Mes pleurs en cet estat sont témoins de ma peine;
Et si mon coeur se taist, c'est qu'il craint vos mépris;
Las : faut-il que ie vous apprenne
Ce que vos beaux yeux m'on appris ?

Les Vers sont de Mr De Bouillon

 

 

Air, Recit de Mr Boesset

Amans qui commencez à pousser des soûpirs,
Sur un objet arrestez vos desirs,
Ne cessez point d'aimer ce qui vous blesse,
Souvenez-vous que c'est une foiblesse
D'avoir au coeur de legeres amours;
Quand on aime une fois, il faut aimer toûjours.

Ie puis bien seurement vous mener par la main
Vers ce Palais dont ie sçay le chemin;
Mais gardez-vous de suivre de faux Guides;
Vous n'aurez point de plaisirs bien solides,
Si vous n'avez de solides amours;
Quand on change une fois, on veut changer toûjours.

Les Vers sont de Mr De Benserade

 

 

Air de Mr Lambert

Ah ! Philis, que ie suis jaloux,
D'en voir soûpirer devant vous
D'autres qui ressentent ma peine;
Méprisez mon coeur, & la foy,
Mais pour le moins, belle inhumaine,
Que mon tourment soit tout à moy.

Non, ie ne prétens nullement
Que vous soulagiez mon tourment,
Mon audace n'est pas si grande;
Faites que ie sois sans Rival,
Tout le bien que ie vous demande,
C'est que personne nait mon mal.

 

 

Serenade pour Le Roy, de Mr De Mollier

Allez, soûpirs, allez frapper au coeur
De Celidore,
De qui i'adore,
Mesme la rigueur;
Puis que le jour vous n'oseriez paraistre
A l'ombre de la nuit,
Volez, rien ne vous nuit,
Frapez en Maistre,
L'Amour vous conduit.

Vous luy direz que ie meurs languissant,
Et que la flame
Que i'ay dans l'ame
Rend mon mal pressant;
Et qu'enfin mon amour
Me va priver du jour,
Si cette Belle
Ne brûle à son tour.

Les Vers sont de Mr De Mollier

 

 

Air de Mr De Mollier

Appellez à vostre secours,
Mon coeur, pensez à vous defendre,
Ie voy mille petits amours
Qui ne tâchent qu'à vous surprendre;
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

Ces ennemis du Genre humain,
Seuls autheurs de nostre misere,
Viennent à vous la torche en main
Avec dessein de vous mal faire;
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

Connoissez-vous ces enragez
Que la belle Iris vous envoye ?
Si chez vous ils estoient logez,
Vous n'auriez ny repos ny joye;
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

On dit qu'ils sont issus des Dieux,
Mais ie croy que ce sont des Fables;
Iris les forme dans ses yeux,
Et n'en sont pas moins redoutables;
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

Des prudens ils sont redoutez,
Ne voyez-vous pas cette Belle
Les envoyer de tous cotez,
Et n'en retenir point chez elle ?
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

En joüant, ces malicieux
Qui ne sont iamais raisonnables,
Frappent comme des furieux,
Et les blessez sont incurables;
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

Pour vous tromper, ils vous feront
Cent agrémens, & cent caresses,
Et les petits fourbes seront
Toûjours menteurs en leurs promesses;
Gardez bien que ces jeunes foux
Ne se rendent maistres chez vous.

Mais las ! bien loin d'en avoir peur,
Pour eux vous soûpirez sans cesse;
Vous voulez vous rendre, mon coeur,
Et c'est en vain que ie vous presse
De fermer la porte à ces foux,
Ie croy qu'ils sont déja chez vous.

Les Vers sont de Mr De S. Pavin

 

 

L'Infante, de Mr De Mollier

Ah ! que ie souffre loin de vous,
Elvire,
Ah ! que ie souffre loin de vous;
Mais qu'il me seroit doux
Au milieu d'un si cruel martyre,
Qu'il me seroit doux,
Qu'en mesme temps vous pûssiez dire,
Ah ! que ie souffre loin de vous,
Palmire,
Ah ! que ie souffre loin de vous.

 

 

Air de Mr Lambert

Astre naissant, merveille de la Cour,
Qui m'enflâmez d'un si parfait amour,
Ie n'en puis plus, ma douleur est extrême,
Et sans espoir d'estre aimé, ie vous aime.

Du moins beaux yeux, si ie suis rejetté,
Qu'un autre Amant ne soit pas mieux traitté;
Ie n'en puis plus, ma douleur est extréme,
Et sans espoir d'estre aimé, ie vous aime.

 

 

Air de Mr Boesset le Pere

A quel étrange choix m'obligez-vous, Silvie ?
Vous voir sans vous aimer, vous aimer sans vous voir;
En vous obéïssant, ie finiray ma vie;
Si ie fais autrement, i'offense mon devoir,
Cet Arrest ne doit pas sortir de vostre voix,
Et vous ne devez pas me commander ce choix.

Ignorez-vous l'estat de mon ame asservie ?
Aucun soulagement ie ne puis recevoir,
Si vous ne permettez pour le bien de ma vie
Que ie vous puisse aimer de mesme que vous voir;
On ne peut pas vous voir sans avoir de l'amour;
Vous aimer sans vous voir, c'est me priver du jour.

 

 

Air

Adieu, Beauté si charmante & si rare,
Puis que le Ciel pour un temps nous separe;
Ie vous donne mon coeur tout enflamé d'amour,
Et ie n'emporte rien que l'espoir du retour.

 

 

Air de Mr Lambert

Allez, allez suivez ses pas,
Mon coeur, ne l'abandonnez pas,
Demeurez toûjours avec elle;
Amour vous donne cette Loy,
N'estes-vous pas à cette Belle
Bien plus que vous n'estes à moy ?

Quittez, quittez ces tristes lieux,
Le Sort vous est trop rigoureux,
Il vaut mieux mourir aupres d'elle;
Amour vous donne cette Loy,
N'estes-vous pas à cette Belle
Bien plus que vous n'estes à moy ?

Les Vers sont de Mr Royer

 

 

Sarabande de Mr De Chancy

Ah ! que le Ciel est contraire à ma vie
De s'opposer à mon contentement;
Ie meurs d'amour pour la belle Silvie,
Sans esperer aucun soulagement;
Si ie l'appelle
Pour me secourir,
Cette cruelle
Ne me peut souffrir
Que pour me voir mourir.

 

 

Air de Bénigne de Bacilly

Au secours, ma raison, au secours de mon coeur,
Le perfide se rend sans faire resistance,
Et cede aux loix de son vainqueur,
Seduit par la vaine apparence
D'une fausse douceur;
Au secours, ma raison, au secours de mon coeur.

Il ne vient que trop tard ce secours que i'attens,
La place est déja prise, & i'ay rendu les armes,
Et c'est en vain que ie prétens
Résister contre tant de charmes:
Helas ! il n'est plus temps,
Il ne vient que trop tard ce secours que i'attens.

Les Vers sont de Mr De La Salle

 

 

Recit de Balet, de Mr de Chancy

A mon secours, Monarque des François,
Un dur Tyran veut ravir ma franchise;
I'ay sceu ranger l'Univers sous mes Loix,
Et maintenant ie crains d'estre soûmise.

Vostre valeur m'a sauvée autrefois
De la fureur d'une injuste entreprise;
I'ay sceu ranger l'Univers sous mes Loix,
Et maintenant ie crains d'estre soûmise.

Depuis mill ans c'est aux Lys que ie dois
Ce doux repos que le Ciel favorise;
I'ay sceu ranger l'Univers sous mes Loix,
Et maintenant ie crains d'estre soûmise.

Les Vers sont de Mr Desmarests

 

 

Air de Mr Lambert

Amour, sous ton empire
On se plaint, on soûpire,
Apres que le trait est tiré;
Et moy blessé d'une mortelle atteinte,
Ie n'ay pas fait ma plainte,
Ny soûpiré.

Avant que ie m'engage,
Il faut que ie sois sage,
Bien que ie sois desesperé;
On connoîtroit d'où m'est venu l'atteinte,
Si i'avois fait ma plainte,
Et soûpiré.

 

 

Sarabande

Amarillis au partir de ce lieu,
Mon coeur te dit un eternel adieu;
Si ta pitié ne me vient secourir,
Amarillis tu me verras mourir.

Las ! ie voy bien que ma ferme amitié
N'a pû toucher ton ame de pitié,
Et que l'Amour, ce Tyran mon vainqueur,
Loge en tes yeux, & non pas dans ton coeur.

 

 

Vilanelle

Aimable Solitude,
Bois qui charmez les sens,
De mon inquietude
Condidens innocens,
Est-il tourment plus rude
Que celuy que ie sers ?

Au bord d'une Fontaine,
Les yeux baignez de pleurs,
Tirsis dit à Climene,
Touché de ses rigueurs,
Trop aimable inhumaine,
C'est pour toy que ie meurs.

Chers Hostes des Bocages,
Oyseaux charmans & doux,
Par vos tristes ramages
Dequoy vous plaignez-vous ?
Ie souffre davantage,
N'en soyez point jalaoux.

Le Faune & le Satyre
Dans ces lieux d'alentour,
Touchez de mon martyre,
Se disent tour à tour,
Que l'absence est le pire
De tous les maux d'Amour.

 

 

Bénigne de Bacilly [1625 - 1690]
B
atiste [Baptiste]: Jean-Baptiste Lully [1632 - 1687]
A
ntoine Boësset (dit l'Ancien) [1587 - 1643]
J
ean-Baptiste Boësset (dit le Jeune) [1614 - 1685]
J
ean de Cambefort [1605 - 1661]
J
acques Champion de Chambonnières [v. 1601 - 1672]
F
rançois de Chancy [1600 - 1656]
P
ierre Chabanceau de La Barre [1592 - 1656]
L
ouis de Mollier [v. 1615 - 1688]
M
ichel Lambert [1610 - 1696]
S
ébastien Le Camus [v. 1610 - 1677]
J
ean de Perdigal ?