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Nouveau Recueil des plus beaux Airs de Cour
Recüeillis par Mr de Bacilly, 1666
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A Monsieur du Mesnil-Montmor, Conseiller au Parlement Monsieur, I'ay tant de connoissance de vos belles qualitez & tant de preuves de vostre bonté, que ie ne puis vous donner trop de marques de mon Estime & de ma recognoissance. La Dedicace d'un Livre seroit une preuve considerable de cette parfaite estime, si i'estois un Autheur proportionné à vostre mérite: mais comme ie connois mon foible, ie n'ay jamais osé entreprendre de vous adresser aucun de mes Ouvrages. Toutes fois Monsieur, comme ie crains que mon silence soit soupçonné d'ingratitude, i'ay trouvé un Expedient en vous donnant ce Recüeil de tous les plus galans Autheurs du temps, qui vous sera sans doute plus agreable qu'un Livre de ma composition dont ie sçay qu'à peine vous auriez daigné regarder le Titre. I'espere Monsieur, que vous approuverez mon dessein puis que ie n'ay autre but que de contribuer à vostre divertissement & vous temoigner en toutes choses avec combien de zele & de respect ie suis Monsieur, Vostre
humble & tres obeissant & tres obligé
Serviteur |

Ah !
fuyons ce dangereux sejour, Les
Vers sont de Mme la Comtesse de la
Suze
Ces vers ombrages,
Ces dousx rivages,
Où Tirsis me fit voir tant d'amour.
Détournons nos troupeaux de ces bois
Où l'ingrat m'attira cent fois;
Mais mon coeur à mes desseins rebelle
Ne peut bannir
Ce cruel souvenir.
Helas ! un infidelle
Me fait aymer ces lieux,
Et malgré mes détours,
I'y viens toûjours.
Apres tant
de sermens d'estre toûjours fidelle, Les
Vers sont de Mr le Marquis de
Chatelet
Tu brises les liens qui devoient nous unir.
Souviens-toy que l'Amour vangera sa querelle,
Et qu'il porte en ses mains des traits pour te
punir.
Ah ! qu'il
est fascheux de souffrir
Sans aucun espoir de guerir,
Trop aimable inhumaine !
Ie connois bien qu'il faut mourir,
Pardonnez si ie dis dans l'excez de ma peine:
Ah ! qu'il est fascheux de souffrir
Sans aucun espoir de guerir !
A l'ombre
de ce bocage, Puis que
pour finir nos peines Employant
une eloquence Ainsi
l'ardeur mutuelle, Les
Vers sont de Mr L. D.
D. M. Il n'est
rien de plus aimable Quand pour
elle un coeur soupire, Ah ! que
l'on souffre de peine Quand ie
vins, belle Marquise, Ah ! vous
avez beau vous plaindre Les
Vers sont de Mr M**
Cloris, & Tirsis un iour,
D'un doux & tendre langage
S'assuroient de leur amour;
Ie ne seray point legere,
Disoit Cloris au Berger,
Et Tirsis à la Bergere,
Ie ne seray point leger.![]()
L'Amour icy nous a joints,
O Bois ! ô Prez ! ô Fontaines !
Vous en serez les témoins:
Ie ne seray, &c.![]()
Qui ne s'entend que des yeux,
Leurs ames par le silence
S'expliquoient encore mieux:
Ie ne seray, &c.![]()
Et les longs ravissemens,
Servoient de langue fidelle
A ces deux heureux Amans.
Ie ne seray, &c.
Qu'Iris en toute la Cour,
Que n'est-elle auant traitable
Qu'elle sçait donner d'amour ?
On ne seroit pas à plaindre,
Quoy que l'on pût endurer,
Mais elle nous fait tout craindre,
Et ne fait rien esperer.![]()
Il ne s'en trouve pas bien,
Helas , ie sçay bien qu'en dire
Quoy que ie n'en dise rien:
Ie croyois la rendre tendre
En aimant ses doux attraits;
Mais ! las on a beau se rendre,
Elle ne se rend iamais.![]()
Quand on est absent de vous,
Loin de vos beaux yeux, Climene,
On ne trouve rien de doux.
Dans vostre aimable demeure
Les ris ne nous quittoient pas,
Et le chagrin à toute heure
Accompagne icy nos pas.![]()
Avec vous en ce beau lieu,
A mon aimable franchise,
En partant, ie dis adieu.
Sans penser à la defendre
Moy qui la cherissoit tant,
Ie ne pensay qu'à me rendre,
Un autre en eust fait autant.![]()
Que ie me plains nuit & iour,
Ie ne sçaurois me contraindre
Vous voyant si peu d'amour;
Voulez-vous me faire taire
Sans qu'on m'entendre iamais,
La chose est facile à faire,
Aimez autant que ie fais.
A mon
habit, à mon visage Tous les
plaisirs du premier âge
Vous connoistrez facilement
Que ie ne suis qu'un hymen de village,
Ceux de la Cour ont en partage
Plus de beautez & plus d'ajustement:
Mais dans ce paisible boccage,
L'amour, l'honneur & moy vivons plus
seurement.![]()
Vinrent en leur banissement
Se retirer sous cet heureux ombrage;
Ceux de la Cour, &c.
Amans qui
soupirez avecque la liberté, Les
Vers sont de Mr De Mollier
Et possedez au moins dans la captivité
Le bien de découvrir vostre amoureux martire;
Que de vostre bonheur ie dois estre jaloux !
Puisqu'en aimant, Philis, ie souffre autant que vous,
Mais, helas ! sa rigueur me deffend de le dire.
Ah, jaloux
ennemis du bonheur de ma vie, Ah, depuis
qu'à ses loix mon ame est asservie, Les
Vers sont de Mr Perrin
Que vous connoissez peu mon destin rigoureux !
Helas, si vous sçaviez les rigueurs de Silvie,
Vous auriez pour un malheureux
Bien plus de pitié que d'envie.![]()
Que mon coeur a poussé de soupirs amoureux !
Helas, &c.
Aupres de
vous j'apprens à me contraindre, Si
quelquefois vous détourniez la veuë A mes
soupirs si vous prestiez l'oreille, Si vous
songiez qu'à regret ie vous quitte,
Ie ne dis rien de mon cruel;
Si le respect m'empesche de me plaindre,
N'en jugez pas mon martyre moins grand.![]()
Sur les regards que vous jettent mes yeux;
Ils vous diroient le tourment qui me tuë,
Et que mon coeur voudroit expliquer mieux.![]()
Ils vous diroient par leur douce langueur,
Qu'ils sont enfans d'une amour sans pareille,
Et que pour vous ils naissent dans mon coeur.
Et que par tout ie veux suivre vos pas;
Tous ces ennuis & tous ces soins, Carite,
Vous apprendroient ce que ie ne dis pas.
Agreables
deserts, arbres, rochers, fontaines,
Qui des plus malheureux pouvez flater lés peines,
Du plus grand de nos Roys, agreable sejour,
Qu'icy ma réverie est tranquille & charmante,
I'admire vos beautez, mais Iris est absence.
Que j'aurois de plaisir si j'avois moins d'amour
!
Absent des
beaux yeux que ie sers,
Les plaisirs qui me sont offerts
Redoublent ma douleur mortelle:
Tout vient accroistre ma langueur,
Et mon souvenir trop fidelle
Fait le supplice de mon coeur.
Assis
prés d'une fontaine, On voyoit
sur son visage Les cris
de ce miserable
Un Berger bruslant d'amour,
Venoit raconter sa peine
A tous les bois d'alentour:
Il se plaignoit que sa Belle
Aimoit un autre Berger;
Quoy qu'elle fust infidelle,
Il ne pouvoit la changer.![]()
La tristesse de son coeur;
Les Bergers du voisinage
Remarquoient bien sa langueur:
Une douleur trop cruelle
Faisoit mourir ce Berger,
Et cependant l'infidelle
Ne se plaisoit qu'à changer.![]()
Touchoient les monts & les bois;
Mais il n'estoit pas capable
De faire un plus heureux chois.
Il auroit quitté sans peine
Cette ingratte, & sa langueur,
S'il eust connu Celimene
Telle qu'elle est dans mon coeur.
Ah ! si
j'étois certain que dans l'éloignement Les
Vers sont de Mr B. de B.
Ie pûsse éteindre enfin mon amour trop
fidelle,
Que ie serois heureux de quitter la cruelle
Qui cause mon tourment !
Mais, helas ! ie voy bien pour vaincre tous ses charmes,
Que l'absence & le temps n'ont que de foibles
armes.
Aimons-nous
constamment, adorable Silvie,
Durant le cours de nostre vie;
Bannissons de nos coeurs la peine & le tourment,
N'y souffrons que de la tendresse:
Et malgré les jaloux qui nous veillent sans
cesse,
Aimons-nous constamment.
Ah ! qu'il
est ennuyeux d'avoir dedans le coeur Les
Vers sont de Mr S. M.
La tendresse, l'amour, le respect & la crainte !
Sans pouvoir vous parler, belle & charmante Aminte,
Des maux & des desirs qui causent ma
langueur.
A quoy
m'engagez-vous, trop aimable Caliste, Tout le
but de mes voeux, si j'ose le dire, Les
Vers sont de Mr M.D.L.R.
Ainsi qu'à vous aimer tout mon plaisir consiste,
Si vous m'aimmiez de mesme, en dépit des jaloux,
Mon destin seroit des plus doux;
Mais s'il faut au mépris de mon ardeur
extréme,
Que vous ne m'aimiez pas autant que ie vous aime,
Helas ! à quoy m'engagez-vous ?![]()
C'est que la mesme ardeur qui fait que ie soupire,
Soit sommune entre nous, ou pour m'expliquer mieux,
C'est un peu d'amour que ie veux;
Peut-estre ignorez-vous comment il faut s'y prendre,
Mais si vous le voulez, ie m'offre à vous
l'apprendre,
Et c'est tou le but de mes voeux.
Ah ! ne me
flatez plus, vous voyez que i'expire,
Ie n'en puis plus, ie meurs pour vos divins appas:
Si vous m'aimez, Iris, soulagez mon martyre.
Si vous ne m'aimez pas, achevez mon
trépas.
Allez,
allez, mon coeur, Ah ! loin
d'elle, ô mon coeur, Les
Vers sont de Mr De la Tuilliere
Ne craignez plus ny fierté ny rigueur,
Deussiez-vous mourir en la peine,
Suivez, suivez l'aimable Celimene;
Où peut on estre mieux
Qu'aupres de vos beaux yeux ?![]()
Que feriez-vous que mourir de langueur ?
Allez, & pendant vostre absence
Laissez icy toute vostre esperance,
Pour souffrir seulement
Ce qu'on souffre en aimant.
A ce
retour de la saison nouvelle, Le beau
Printemps fait voir en cet Empire Les
Vers sont de Mr Perrin
Tout renouvelle,
Les prez, les bois, tout change icy;
MAis, ô douleur cruelle !
Mon Iris change aussi,
Et ie vois chaque iour
Naistre les Fleurs, & mourir son amour !![]()
Le doux Zephire,
Les jeux, les ris, & les amours;
Faut-il que ie soupire
Et languisse toûjours ?
Faut-il voir chaque iour, &c.
Allez,
ingrate, allez où vostre humeur vous porte, Ie veux
resolument contenter vostre envie,
Riez du desespoir d'un malheureux amant,
I'espere que dans un moment
Vous m'outragerez plus qu'une personne morte;
I'ay sentu vos dédains, mais déja le
trépas
Pour m'en sauver me tend les bras.![]()
Vous avez trop souffert mes importunitez,
Mes douleurs & vos cruautez
S'en vont mettre une fin à ma mourante vie,
Et ie m'en vay bien-tost recevoir le trépas
Ou de vos yeux, ou de mon bras.
Absent de
vous on n'a point de repos, Absent de
vous ie languis nuit & jour, Les
Vers sont de Mr De Pelisson
pour Mademoiselle de M****
Absent de vous on ne voit rien d'aimable;
Cruelle Iris, vous donnez des pavots
Pour endormir un pauvre miserable:
Ie les ay pris assez mal à propos,
Mais j'ay trouvé ma blessure incurable;
Absent de vous on n'a point de repos.![]()
Absent de vous ie ne voy rien d'aimable;
Cruelle Iris, vous quittez ce sejour
Pour augmenter les maux d'un miserable:
Vous me flattez de l'espoir du retour,
Mais vous rendez ma blessure incurable,
Absent de vous ie languis nuit & iour.
Antres
affreux, dont les sombres horreurs Mais en l'
estat où m'a réduit le sort,
Surpassent les horreurs dont la mort est suivie,
Funestes lieux, Où les noires fureurs
Viennent pour achever l'ouvrage de Silvie;
Si ie vous racontais mon mal & mes amours,
Vous y verriez tous les traits d'une flamme
A toucher vos Lions, vos Tigres, & vos Ours,
Et qui n'ont sçeu toucher son ame.![]()
A leur faire pitié, j'aurois peu d'avantage,
Et dans un mal où ie cherche la mort,
Loin de les adoucir, j'ay besoin de leur rage:
Enfin, que serviroit à mes tristes amours
Par le recit d'une si belle flamme
De toucher vos Lions, vos Tigres, & vos Ours,
Puis qu'ils n'ont sçeu toucher son ame ?
Allons,
allons revoir l'objet de mon tourment,
Ses yeux d'un seul regard peuvent en un moment
Soulager l'ardeur qui me tuë;
Mais ie me flatte en vain d'un si charmant espoir,
Pour guerir ie cherche à la voir,
Et tout mon mal ne vient que de l'avoir trop
veuë.
Au milieu
des plaisirs les plus doux de la vie, Les
Vers sont de Mr De la Tuilliere
Tout me déplaist si ie ne voy Silvie:
Ie la cherche en tous lieux, & ie crains de la voir;
Ie sens dans mon esprit un embarras extrême,
Si l'on peut quelquesfois aimer sans le sçavoir,
Helas ! ie croy que i'aime.
Admirant
de vos yeux la chamante douceur, Les
Vers sont de Mr De la Tuilliere
I'ay senty dans mon coeur
Ce que l'on sent lors que l'on aime,
Depuis ce doux moment ie connois bien qu'amour
Y regnoit depuis plus d'un iour,
Mais ie n'en sçavois rien moy mesme.
A vos
beautez il faut qu'on s'abandonne C'est un
destin que la raison ordonne Les
Vers sont de Mr De Maulevrier
Malgré toute vostre rigueur,
Et l'on n'est pas digne d'avoir un coeur,
Belle Phillis, si l'on ne vous le donne.![]()
D'estre pour vous plein de langueur,
Et l'on n'est pas digne, &c.
Allez-vous-en,
tous mes plaisirs,
Celimene s'en est allée,
Et laisse mon ame troublée
De desespoir & de desirs;
Quittez moy, suivez cette Belle,
Et ne revenez qu'avec elle.
Aimons-nous,
belle Silvie, Aimons-nous,
mon Cleandre,
Aimons-nous tendrement,
Et passons nostre envie
Dans ce plaisir charmant;
Ie iours de nostre vie
Ne durent qu'un moment,
Aimons-nous, ma Silvie,
Aimons-nous tendrement.![]()
Aimons-nous, i'y consens,
A quoy bon se deffendre
Des plaisirs innocens ?
Laissons-nous donc surprendre
Aux charmes de nos sens;
Aimons-nous, mon Cleandre,
Aimons-nous, i'y consens.
Aimons-nous,
aimable Bergere, Quoy mal
user ? ô quelle honte ! Les
Vers sont de Mr B. de B.
Car nous n'aimerons pas toûjours,
Le temps d'une aile trop legere
S'envole & ravit nos amours:
Montre-toy bonne ménagere
Des plus doux plaisirs d'icy-bas;
C'est une chose passagere,
Mais toy-mes me ne l'est-tu pas ?![]()
De la fleur de tes jeunes ans ?
Songes qu'un jour tu rendras compte
D'avoir si mal passé le temps:
Sois donc plus mesnagere
Des plus doux, &c.
Aprés
mille tourmens souffets, Ma
constance, ma fermeté,
Le coeur ingrat de celle que ie sers,
Aux voeux d'un autre Amant s'est rendu favorable;
Amour, pourquoy les miens ne l'ont-ils point charmé
?
Ah ! c'est que sous ta loy, l'objet le plus aimable,
N'est pas toûjours la plus aimé.![]()
Ma foy, mes soins, & ma fidelité
Sont de mon triste sort la cause inévitable:
Amour, pourquoy son coeur n'est est-il pas point
charmé ?
Ah ! c'est que sous ta loy l'objet le plus aimable
N'est pas toûjours le plus aimé.
A quoy
m'engagez-vous, adorable Silvie ? Ie veux
aimer toûjours de toute mon envie, Les
Vers sont de Mr Baudouin
Vous m'ordonnez d'aimer, hé bien j'en suis
content:
Ouy, j'aimeray toute ma vie:
Mais si vous n'avez pas dessein d'en faire autant,
A quoy m'engagez-vous, adorable Silvie ?![]()
Ie veux vivre & mourir amoureux & constant,
Ouy, &c.
Aymez,
charmante Blonde, Pendant
vostre jeunesse Si estes
si habile, Profites
de vos roses Vostre
coeur le demande, Soyez
moins rigoureuse Sçavoir
qu'on vous adore, Il faut
estre charmée Il vient
un temps; cruelle, De
craindre si l'on aime,
Pour Mademoiselle de Sevigny
Goustez ce doux plaisir,
De tous les coeurs du monde
Vous avez à choisir:
Aymez, charmante Blonde,
Goustez de doux plaisir.![]()
Donnez-vous à l'amour,
Le temps coule sans cesse,
Et n'a point de retour:
Pendant vostre jeunesse
Donnez-vous à l'amour.![]()
Employez bien le temps,
Il n'est rien si fragile
Que les Fleurs du Printemps:
Vous ous estes si habile,
Employez bien le temps.![]()
Pendant qu'il en est bruit,
Le temps qui fait les choses,
Luy-mesme les détruit:
Profitez de vos roses
Pendant qu'il en est bruit.![]()
Et vous luy resistez,
Que vostre erreur est grande,
Si vous n'y constentez !
Vostre coeur le demande,
Et vous luy resistez.![]()
A vos propres desirs,
Une peine amoureuse
Fait naistre cent plaisirs:
Soyez moins rigoureuse
A vos propres desirs.![]()
N'est pas assez pour vous;
Passez, passez encore
A des plaisirs plus doux;
Sçavoir qu'on vous adore,
N'est pas assez pour vous.![]()
Quand on peut tout charmer,
Le plaisir d'estre aimée
Est dans celuy d'aimer:
Il faut estre charmée
Quand on peut tout charmer.![]()
Qu'on veu ce qu'on ne peut,
Mais tant que l'on est belle
On peut tout ce qu'on veut:
Il vient un temps, cruelle,
Qu'on veut ce qu'on ne peut.![]()
Que l'on ne soit contraint,
C'est s'enchaisner soy-mesme,
Et souffrir ce qu'on craint:
De craindre si l'on aime,
Que l'on ne soit contraint.
Amour,
Amour, que tes loix sont cruelles ! Les
Vers sont de Mr De Pelisson
Un inconstant gouste mille plaisirs;
Les longs ennuis, les pleurs, & les soûpirs
Sont reservez pour les Amans fidelles:
Amour, Amour, que tes loix sont cruelles !
Avec tant
de regards la perfide Climene Ie croyois
que ses yeux m'expliquoient son martyre,
M'attiroit tous les iours à l'amoureuse peine,
Qu'enfin ie me rendis à de si doux abus:
Mais, helas ! la cruelle,
Alors qu'elle connut que ie bruslois pour elle,
Elle ne me regarda plus.![]()
Que sa chaste pudeur n'osant pas me le dire,
Elle avoit eu recours à leur doux entretien:
Mais, helas ! la cruelle,
Alors qu'elle connut que ie bruslois pour elle,
Ses yeux ne me dirent plus rien.
Assis
dessus la fougere, Auprés
de mon Uranie, Si c'est
un plaisir extréme Les
Vers sont de Mr B. de B.
Tirsis à l'ombre d'un bois
S'écrioit à haute voix,
En caressant sa Bergere;
Dieux ! se soyez point jalaoux,
De me voir plus heureux que vous.![]()
Tout me rit, tout m'est charmant;
La crainte du changement
Ne vient point troubler ma vie:
Dieux !, &c.![]()
Que d'aimer & d'estre aimé;
Si l'on doit estre charmé
Possedant la beauté mesme:
Dieux !, &c.
Arreste,
Amour; que veux-tu faire ? Les
Vers sont de Mr Gilbert
Philis use mal de ses dards:
La mort est dans ses doux regards,
Elle tuë à force de plaire;
En nous faisant aimer elle nous fait mourir,
Car elle sçait blesser & ne sçait pas
guerir.
Allons,
mon coeur: ah ! c'est trop se contraindre, Les
Vers sont de Mr B. de B.
Allons chercher quelque bois écarté,
Où nous pourrons en liberté
Gemir, soupirer, & nous plaindre
De la rigueur d'une ingrate beauté:
Allons, mon coeur, ah ! c'est trop se contraindre
!
A quoy
nous sert tant de plainte L'amour
n'est point un martyre;
Quand on peut se soulager ?
Quittons Iris pour Aminte,
C'est plaisir que de changer;
Qu'elle en fasse autant sans crainte,
C'est plaisir de se vanger.![]()
Ce n'est plus qu'un vieux discours:
L'Amant adroit qui soupire
Trouve bien-tost du secours;
Et la constance a beau dire,
La nouveauté plaist tousiours.
Ah ! si
vous connoissiez les plaisirs infinis
Que retiennent deux coeurs que l'Amour tient reunis,
Vous seriez, belle Iris, plus sensible & plus
tendre,
Mais, helas ! qu'un Amant
Souffrira de tourment
Avant que vous l'apprendre.
Amarante
revient; prepare-toy, mon ame, Elle aura
conservé, cette Beauté celeste,
Au plaisir de la voir:
Mais resous toy d'avoir pour elle autant de flamme
Qu'une ame peut en avoir.![]()
Qui cause mon transport;
Mais elle aura gardé cette froideur funeste
Qui peut causer ma mort.
Allez,
soûpirs, allez trouver Iris,
Allez luy dire mon martyre:
Mais si cette Beauté pour vous a du
mépris,
Loin de vous retirer de son cruel Empire:
Allez, soûpirs, allez trouver Iris,
Allez luy dire mon martyre.
A l'ombre
d'un buisson Mille
petits oiseaux Mais
bien-tost elle fut La Bergere
soudain Les
Vers sont de Mr B. de B.
La Bergere Lisette
Repetoit la Chanson
Que Tirsis avoit faite,
Sur ses traits vainqueurs
Qui gagnent tous nos coeurs.![]()
Qui dans le verd bocage,
Aa murmure des eaux
Mesloient leur doux ramage;
Pour la mieux écouter
Cesserent de chanter.![]()
Sans voix & sans haleine,
Deslors qu'elle apperceut
Son Berger dans la plaine,
Qui dessus l'herbe assis
En contoit à Cloris.![]()
Témoigna sa colere,
Et forma le dessein,
Voulant se satisfaire,
De ne iamais songer
A ce lasche Berger.
Amour est
en courroux, trop aimable Bergere,
Il gronde contre vous;
Appaisez sa colere,
Aimez, aimez, si vous voulez luy plaire.
Assis
prés d'une fontaine, Les
Vers sont de Mr Cornu
Tirsis ce fidelle Amant,
Pensoit tousiours à Climene,
Et disoit en soupirant;
Comment finira la peine
Que ie souffre nuit & iour ?
Elle est tousiours inhumaine,
Et j'ay tousiours de l'amour.
Amour, la
jeune Iris se rid de ton pouvoir;
Pour luy faire sentir, fais un peu ton devoir;
De cette ame si fiere entreprend la victoire;
Si tu ne la reduis, il y va de ta gloire;
Il faut pour ton honneur la ranger sous ta loy,
Fais donc qu'elle aime un iour, & fais que ce soit
moy.
Aprés
les pleurs que j'ay versez,
Et les sanglots que j'ay poussez
Dans une douleur incroyable:
Ie voy ce bel Astre des Cieux
Que le destin impitoyable
Avoit éloigné de mes yeux.
Adieu ma
belle Amaranthe,
En vous quittant ie vay mourir,
Ie suis resolu de perir;
Car mon ame est si constante
Qu'elle ne peut iamais guerir.