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Anonymes

 

Airs de Cour, comprenans le Tresor des Tresors,
la
Fleur des Fleurs, & eslite des Chansons Amoureuses

 

extraictes des oeuvres non encor cy devant mises en lumiere, des plus fameux & renommez Poëtes de ce siecle

 


 

  1. Allons vieille imparfaite
  2. Amour m'avoit ordonné
  3. Amour n'a point des aisles
  4. Amour tu l'as de voller
  5. Aussitost qu'une belle ame
  6. Belle helas pour vostre amour
  7. Brunette me foulas mon coeur
  8. Ce beau tiltre de iouyssance
  9. Ce fut alors que l'Aurore
  10. Ce n'est bien ny plaisir
  11. Ce qui d'un vouloir commun
  12. Celuy là qui pourra nombrer
  13. Chantez ailleurs folles Sirenes
  14. Combien meilleur m'eust-il esté
  15. Dessus l'herbe fleurie
  16. Dieu que c'est une belle chose
  17. Durant que sont parmy les champs
  18. Helas, Monsieur, ostez vous tost
  19. I'ayme & ne m'en puis distraire
  20. Ie ne veux plus aymer sans veoir
  21. Ie suis sorty de moy mesme
  22. Ie veux chanter le martyre
  23. Ie viens de songer endormy
  24. L'Amour pour me tyranniser
  25. La peine au monde plus sensible
  26. Las ! ie me meurs
  27. Long temps à qu'amour me tien
  28. Ma Deesse, mon amour
  29. Ma guerriere il faut à ce coup
  30. Madame ne vous faschez point
  31. Non, tu ne m'eschapperas point
  32. Nuict que ie fuis en peine dure
  33. O Divine beauté de mon coeur
  34. Nuict heureuse nuict
  35. On dit qui veut veoir un bel oeil
  36. Or vivons donc ioyeusement
  37. Qu'elle pitié est cecy
  38. Quand ie viens à penser
  39. Que ie veux mal à mes yeux
  40. Qui rend la femme si muable
  41. Si les premiers mal-heurs
  42. Trois fois heureuse pensée
  43. Tu dors mon ame appesantie
  44. Un amant respandit un iour
  45. Un iour de May par un matin
  46. Venus qui de tes beautez
  47. Voila le Berger Catin
  48. Vous dittes que ie suis muable
  49. Vous m'avez fermé la porte
  50. Vous qui avez

 

 

 

Air de Court

Brunette me foulas mon coeur,
Tes beaux yeux font mon ame fondre
Puis que ie suis ton serviteur,
Pourquoy t'enfuis tu sans respondre.

Tu m'as ravy sans y penser,
Le plus entier de ma poitrine,
Prends donc pitié de ton Berger
Qui peu à peu roy se fine.

Bergere où vas tu si soudain,
Ne veux tu pas un peu m'attendre,
Las ie mourray devant demain
Si tu ne veux mon coeur me rendre.

Retournez donc retourne helas !
Et viens querir mon coeur malade,
Il ne me faut pour mon foulas
Qu'un baiser ou bien une oeillade.

Ne vaux ie pas si peu de bien:
O coeur d'acier ô coeur de glace.
Encor que ne te fusse rien,
Me ferois bien autant de grace.

Ie meurs pour trop d'affection,
Ie meurs pour t'aymer ma cruelle,
Vous riez de ma passion,
Et de ma foy qu'est si fidel'e.

Garde toy belle garde toy,
Un iour viendra que mon melaise
Te ruinant ainsi comme moy,
Finira ta ioye & ton aise.

Alors tu penseras aux maux
Qu'ay souffers pour toy ennemie,
Trop tard fera, car mes travaux,
Auront prins fin perdant la vie.

Ne vaut il pas mieux mon soucy
Ne vaut-il pas mieux se resoudre
Devant que le temps assourcy
Tourne noz beaux desseings en poudre.

Ne sois donc contre la raison,
Envers moy si dure & farouche,
Redonne moy ma guerison,
Par un seul baiser de ta bouche.

 

 

 

Air de Court

Un iour de May par un matin,
Me pourmenois dans un iardin
Dessus l'herbette nouvelle,
Hé baisez moy la belle donc,
Hé baisez moy la belle.

Là i'aperçus prés d'un buisson
Un Dame sur le gazon,
Cueillant la violette,
Baisez moy ma doucette donc,
Hé baisez moy ma doucette.

Lors ie vins à luy demander
S'elle ne vouloir pas aymer,
Et estre ma maistresse,
Baisez moy ma Deesse donc,
Hé baisez moy ma Deesse.

Car comme au printemps gracieux,
Tout se rend plus gay & plus ioyeux,
Prenant vigueur nouvelle,
Baisez moy ma rebelle donc,
Hé baisez moy ma rebelle.

Ainsi les coeurs plus endurcis,
Se doivent lors rendre adoucis,
De façon plus gaillarde,
Baise moy ma mignarde donc,
Hé baise moy ma mignarde.

Alors elle ma respondu,
Las ie n'ay iamais entendu,
Que c'est qu'amour ordonne,
Baise moy ma mignonne donc,
Hé baise moy ma mignonne.

D'autant que le cours de mes ans,
Ne ma permis ce passetemps,
Pour estre trop ieunette
Baisez moy ma brunette donc,
Hé baisez moy ma brunette.

Ienette certes ie vous voy,
Donc par ce moyen ie vous voy,
Plus propre à ceste flame
Hé baisez moy Madame donc,
Hé baisez moy Madame.

Vostre bel oeil & le beau teint,
Qu'ne vostre façon on veoid de peint,
Assez le represente,
Hé baisez moy la gente donc,
Hé baisez moy la gente.

Puis la grace de ton maintien,
Ioint à vostre bel entretien,
Vous rend de tous aymée,
Baisez moy Citheree donc,
Hé baisez moy Citheree.

Ne laissez donques eschapper,
Le fruit que vous peut desrober,
La Saison trop legere,
Baisez moy ma bergere donc,
Hé baisez moy la bergere.

Mais plustost suivant la raison,
Employez tout vostre saison,
Aux plaisirs d'amourettes,
Baisez moy ma Nimphette donc,
Baisez moy ma Nimphette.

 

 

 

Air de Court

Long temps à qu'amour me tien,
Sans en rien cognoistre,
Ce que de luy ont obtient,
Ou veoir apparoistre,
L'alegement du malheur,
Qui ronge & lime mon coeur.

Nul ne dit le fiel amer,
Qui ne s'en abreuve,
Nul ne sçait le mal d'aymer,
Qui bien ne l'espreuve
Si me voulez escouter,
Ie vay le vous reciter.

Le fruict qui vient en aimant,
Est chose admirable,
Quelque fois resiouissant,
Quelque fois nuisable,
Souvent qu'on pense iouir,
On est de laissé mourir.

Crainte avec espoir reçoit
Ce mal sans mesure,
L'espoir qui dans l'un couchoit,
L'autre s'en asseure,
Crainte en l'autre esloignement
Du mignard embrassement.

Le coeur est par la souvent
En peine & martire,
Arbitre en un iugement
Difficile à dire,
En l'espoir sera vainqueur,
Ou la crainte en son erreur.

Apres un loyal servir,
Le long d'une année,
Nous voyons la fleur ravir,
D'une chose aymée
Par la main a qui le droit,
Tel honneur n'apartiendroit.

Voyla le gain de l'amour
Recordez mes Dames,
Voyla l'aise & le secour,
Venant de ses flames,
Mieux vous vaut ce fol fuyr,
Qu'ainsi le servant languir.

 

 

 

Air de Court

Vous qui avez
L'ame d'amour attainte,
Oyez ma plainte,
Et vous sçaurez
Comme fus amoureux,
Lors vous verrez,
Qu'en m'estimant heureux,
Les faux [illisible]
Et assauts avec l'envie
Donne a ma vie.

Un iour ie fus
Veoir ma maistresse
Plein de destresse,
Laquelle ayant
Ma constance cognue,
Tout à l'instant
D'un bon oeil ma receue,
Tant que i'en eus,
La recompense,
A ma plaisance.

Or ce pendant
Que mon coeur nourrissoye,
En ceste ioye
Une servante,
Escoutant mon secret,
Plus de meschante,
Un raport en a faict
En se monstrant,
Trop laschement traistresse
A sa maistresse.

Par vagabonds
A ma mort on pourchasse,
En toute place,
Tesmoin le sang,
Lequel i'ay respandu,
Hors de ma Patrie,
Frappé à l'imporveu,
De trois qui m'ont
Prins à leur advantage,
Moy & mon page.

De vous parler,
Qu'elle fut ma deffence
C'est sans doutance,
Que fus surpris,
Par ces traistres enuyeux,
Mes ennemis
Dont l'un d'entre eux,
A faict savoir
De ma mort les nouvelles
Iusques à Bruxelles.

Non ne croyez
Madame ce mensonge,
Ce n'est que songe,
M'estant gardé
En despit de leur coeur,
Combien que fus blessé,
Ie demouray vianqueur,
Gardant expres,
Ce mien corps & ceste ame,
Pour vous Madame.

Si l'un d'entre eux
Veut vuider la querelle,
Par la lumelle,
Ie suis tout prest
De ma partie l'ateste,
Et si l'arrest,
Tombe dessus ma teste,
Mettez i eux,
Vers:sus ma sepulture,
Ie vous coniure.

Soubs ceste pierre,
Repose en somme
Un Gentilhomme,
Aymant tres fort
Sa mye & Dame,
Fut mis à mort,
Par homme infame
Laissant en terre
Une extresme tristesse
A sa maistresse.

 

 

 

Air de Court

Venus qui de tes beautez
Ma maistresse devore,
Chasse d'elle les cruautez
Qu'un chaste amant abhorre,
Ou est il mon bel obiect allé
M'aymera il encore.

Celle qui les deitez
D'un beau portraict honore,
Ne doit avoir les meurs glacez
Car lors moins on l'adore.
Ou est il, &c.

D'aymer un oeil sans pitié
Soy-mesme on se devore,
Mais d'aymer & d'estre aymé
L'un pour l'autre on s'adore.
Ou est il, &c.

Haste toy doncques de m'aymer
O bel oeil que j'honore,
M'aymant tu ne puis aymer
Un plus fidelle encore.
Ou est il, &c.

M'aymant ie t'honoreray
Plus qu'on ne fait l'aurore,
Et en t'aymant ie mourray
A l'ennuy de Pandore:
Ou est il mon bel obiect allé
M'aymera-t'il encore.

 

 

 

Air de Cour

Qui rend la femme si muable
Au lieu de constamment aimer;
C'est sa foy convertie en fable
Qui s'esmeut aux flots de la mer:
Puis de Venus elle à l'essence
Qui de la mer tira naissance.

Qui vit iamais la mer fidelle
Et les vents sans legereté,
La femme de nature est elle
Qui n'a non plus de fermeté:
Car ses promesses vagabondes
Sont des flots, des vents, & des ondes.

Le vent gueres long temps ne dure:
En un mesme lieu arresté,
De mesme la femme pariure
N'a point d'autre fidelité
Que demeurer certain & stable
A n'estre iamais veritable.

La mer incessamment ondoye
Et sont [sic] flot n'arreste son cours,
Aussi la femme fait la ioye
De rester muable tousiours:
Mais elle est pourtant excusable
Car elle n'asquit veriable.

Mais pourtant l'homme sent, utile
Sa pariure legereté:
Car par elle il cognoist fertile
L'honneur de sa fidelité,
Et sa vertu paroist diurne
Par le vice qu'elle domine.

Soyez donc tousiours inconstante,
One, fou de ce mal-heur,
A tant que ma gloire ie chante,
Vive par vostre deshonneur
Et chacun comme moy pense,
Qu'en fin leur gloire est l'inconstance.

 

 

 

Air de Cour

Ie ne veux plus aymer sans veoir
Le doux fruict de mon esperance,
Fy de l'amour qui n'a pouvoir
Nous en livrer la iouyssance.

Pour une inconstante beauté
C'est mal-heur qu'il faut qu'on souspire,
Fy de l'amour qui n'a esté
Iouyssant du bien qu'il desire.

Cent mille pariures sermens
Mille desguisemens de dames,
Me font dire fy des amans
Qui n'ont trompé cent mille femmes.

La iustice n'ordonne pas
D'este fidelle à l'infidelle,
Fy de ceux qui font trop de cas
D'une chose pariure & belle.

Il faut aymer tant seulement
Pour esteindre sa chaude envie,
Fy de celuy dont le serment
Pour estre vif le rend sans vie.

C'est mal vouloir nommer amour
Une amitié de rage pleine,
Fy de ceux qui pensent tousiours
Que l'amour doux vive en la peine.

L'on ne peut amitié nommer
Ce qui nostre aise contrarie,
Fy de ceux qui font de l'amer,
Pour estre fols, une ambrosie.

La femme t'allume ses feux
Des larmes des amans fidelles,
Fy de ceux qui offrent des voeux
A des beautez qui sont mortelles.

Pour un bien qui passe soudain
C'est forfait que languir en peine,
Fy de celuy qui souffre à plein
Pour iouyr d'une chose vaine.

Ie ne veux plus aymer ainsi
Ioüissant de ma chere amie,
Fy de l'amour qui est transi
C'est une mort, non une vie.

Faut aymer tant qu'on soit content
Puis courriser uen autre dame,
Fy d'un amour qui dure tant
Qu'on s'ennuie en sa vieille flame.

Ce qui est nouveau nous plaist tousiours
Vive donc les amours nouvelles,
Fy au con rire des amours
Qui trop vieilles ne sont plus belles.

 

 

 

Air de Cour

Ce qui d'un vouloir commun
Assemble deux coeurs en un,
Comme amour faït chaque iour
Meme qu'on honore,
Vive donc vie l'amour
Il faut bien qu'on l'aodre.

Rien n'esgale le plaisir
Qui se conforme au desir,
Des coeurs où tu fais sejour
Amour qui les decore.
Vive donc, &c.

Ie te veux servir tousiours
Comme dieu de mes amours,
Toy qui peux esteindre un iour
Le feu qui me devore,
Vive donc, &c.

Il n'est point de brave coeur
Qui n'esprouve la vigueur,
De ce Dieu qui vit tousiours
Es coeurs brave encore,
Vive donc, &c.

Ce n'est ni mal ni tourment
Que sentir divinement,
Ce Dieu livre tout autour
De l'ame qui l'implore,
Vive donc, &c.

 

 

 

Air de Cour

Chantez ailleurs folles Sirenes,
Ailleurs serpens lancez vos cris.
Car vostre chant & vos souspirs
Ne sçauroient plus charmer mes veines.

Prudent ie suis par ma souffrance
Vous folles par vostre fureur.
Demeurez donc en vostre erreur
Comme ie fay en ma prudence.

C'est errer que penser capables
Les femmes de foy, de repos:
D'estre sans foy elles font los
Comme nous d'estre veritables.

Puis d'esperer trouver en elle
Logé le perturbable amour.
C'est proprement vouloir un iour
Voler au ciel n'ayant point d'aisles.

L'amour ne demeure fidelle
D'ont un esprit si peu constant,
Car de ceux qu'il tient il attend
Une servitude eternelles.

La femme est pourtant excusable
D'estre sans amour & sans foy,
Puis que son esprit n'est en soy
De loger rien de bon capable.

C'est le defaut de sa nature
Qui luy fait defaillir c'est heur:
Mais puis que tel est son malheur,
Mal'heureux qui pour elle endure.

Plus cruelle est sa fiere veuë
Que celle du serpent malin,
Qui porte en ses yeux le venin,
L'un le corps, l'autre l'ame tuë.

Sa voix sont charmes, tous semblables
A ceux de Circe renommez,
Car c'est bien estre transformez
Que d'heureux estre miserables.

Ce mal-heur aux amans arrive
Qui veulent trop long temps aymer,
Mais quand on perit sur la mer
Heureux qui est dessus la rive.

Bien-heureux ie me dis de mesme
De voir perir tant d'amoureux,
Et pense que ie suis heureux
De n'aymer point puis qu'on ne m'aimer.

 

 

 

Air de Cour

Or vivons donc ioyeusement
Moy libre & toy un autre aymant.

Tu te ris de ma loyauté
Ton amour lerger ie despite,
Pour un autre tu m'a quitté
Et pour ton erreur ie te quitte.
Or vivons donc, &c.

Ton oeil vacilloit trop pipeur
Pour estre constant & fidelle,
Il resemble au cristal trompeur
En qui là laideur paroist belle.
Or donc vivons, &c.

Tu presumois que ta beauté
M'assubiettiroit sans remede,
Ha ! non, car la desloyauté
La plus belle beauté rend laide,
Or donc vivons, &c.

Caresse ce nouveau reçeu,
En moy ma liberté reprise,
Si sera-il un iour deçeu
Car ton ame vit de saintise,
Or donc vivons, &c.

Pensois-tu que mon oeil cherit
Ta beauté, sans la voir humaine ?
Ha ! non, car l'amour se nourrit
Du plaisir doux & de la peine,
Or donc vivons, &c.

Tu le sçais aussi bien que moy,
Puis que d'un nouveau feu tu tremble:
Mais, ô parure garde toy
Que ton amant ne te ressemble.
Or donc vivons, &c.

Le mal que nous allons causans
Regallit contre nous en peine,
Garde que celuy que ie sens
Par ta desloyauté ne t'advienne.
Or donc vivons, &c.

Ces roses, ces oeillets, ce teint
Irons bien tost en decadence:
Mais l'on ne verra point estaint
Le blasme de ton inconstance.
Or donc vivons, &c.

Pendant que tu vas carresser
Ce nouvel amant qui te lie,
Ie ploye, non de te laisser:
Mais de t'avoir trop bien servie.
Or donc vivons, &c.

Une infidelle comme toy
Ne meriteroit un amour stable,
D'un si fidelle amant que moy:
Car la vertu seule est aymable.
Or donc vivons, &c.

Or adieu, pariure beauté,
Ces vers qui te firent hommage,
Chanteront ta desloyauté,
Changeans comme toy de courage:
Or vivons donc ioyeusement
Moy libre, & toy, un autre amant.

 

 

 

Air de Cour

Ce n'est bien ny plaisir,
Estre de tant servie,
Qui à bien sçeu choisir,
Sur autruy n'a envie:
Et les vrayes amitiez,
N'ont que leurs deux moitiez,
Et qui plus y en fait
Rend leur bien imparfait.

Mais c'est bien un grand heur
Avoir obeyssance,
D'un loyal serviteur,
Avecque iouyssance:
Et le tenir si cher
Qu'il n'est besoin cercher
Ailleurs contentement
Qu'en un lieu seulement.

Quand à moy ie ne veux
Prendre pour mes exemples,
Celuy qui à des voeux
Rendus en plusieurs Temples:
Amour n'est de tes lieux
De qui sont en tous lieux,
Et en toutes saisons,
Recevez nos raisons.

Une Dieu & une loy
Pour heureusement vivre,
Une Foy & un Roy,
Chacun dit qu'il faut suyvre:
Mais il s'entend parmy,
D'avoir un seul amy,
Car sans ce dernier point,
Vivre on ne sçauroit point.

 

 

 

Air de Cour

Trois fois heureuse pensée,
Qui t'as dans ce lien placee,
Dedans ce sein amoureux
Pres d'un beau teton follastre
Beau teton que i'ydolastre,
Et dont ie suis desireux.
Helas ! c'est ma Nyphelotte
Ma Nyphelotte Charlotte,
C'est elle qui t'y à mis:
Hé, pourquoy ceste cruelle
Pourquoy donc ne voudroit elle
M'en avoir autant permis ?

Faut-il follastre Bergere
Faut-il qu'une fleur legere,
Ait plus que moy de credit ?
Faut-il que par ta licence
Elle ait pleine iouyssance,
D'un bien qui m'est interdit ?
Mais las dequoy ma pensee
En peut estre offensee,
Elle qui secrettement:
Peut sur ses pommes d'albastre
Comme celle là s'esbatre,
Et les baiser librement.

Amans que vos mains hardies
De ces pommes arondies,
Se gardent bien d'aprocher:
Elles seroient offensees
Car c'est aux seulles pensees,
Qu'il est permis d'y toucher,
[incomplet ?]

 

 

 

Air de Cour

O Nuict heureuse nuict ô nuict plus agreable,
Que l'ardante lueur d'un iour mieux esclairé
Qui me fus à mon gré d'autant plus agreable,
Que moins heureuse nuict ie t'avois esperé.

Estoilles aux larcins des ames bien apprise:
De voiler quelquefois vos fabuleuses clartez,
Qui pour favoriser mes douces entreprises
Aviez enveloppé vos feux d'obscuritez.

O sommeil qui coulant sous ta fraischeur paisible,
A tout autre qu'à nous les yeux avoit fillez,
C'est pour toy doux sommeil que ie fus invisible,
Et que de ces ialoux nuls ne furent esveilleés.

O porte de mon heur receleuse fidelle,
Qui pour me recevoir fut ouverte sans bruit ?
O chambre ou puis apres ie fus reçeu de celle
Avec qui ie passay le reste de la nuict.

O couche qui sembloit si souvent esbranlee,
Avoir part au plaisir dont nous estions charmez,
Tu sçais combien de fois tu fus la nuict soulee,
Tu sçais combien de fois tu nous fis pasmez.

T'oublieray-ie flambeau qui durant la nuict sombre,
Vollant ainsi que nous nous monstrois à l'efet,
Que l'amoureux plaisir parmy l'obscur de l'ombre,
Ne dois estre estimé entiérement parfait.

Tu me donnois moyen estant las d'autre chose,
De mirer à mon aise, & son front & ses yeux,
Et de noyer ma veuë en sa bouche , ou repose
Ceste douce liqueur qui ennivre les dieux.

Ainsi en cent façons soigneux ie prenois peine,
De saouller chasque sens de son propre plaisir,
Une douce liqueur colant de veine en veine
Me venoit puis apres enfin le coeur saisir.

Mais que le temps fut court Aurore matineuse,
Tu tennuyas bien tost de ce mary vieillard:
Ha ! tu fus sur nostre heur ialouse & envieuse
Il t'en faudroit avoir un qui fut plus gaillard.

Di, que ne cerches tu si ton mary t'ennuye,
Quelque amy qui soit ieune & mieux duit à l'amour
Il falloit ce pendant que par ta ialousie
Nous fußions si matin importunez du iour.

 

 

 

Air de Cour

Si les premiers mal-heurs de mes amours paßées,
Ne m'eussent plus Accort & plus sage rendu,
D'une Dame sans foy les parolles faußées
M'eussent encore perdu.

Mais au seul souvenir de mes premieres flammes,
De ce nouveau danger ie ne suis eschappé,
Un qui n'eust point cognu le naturel des femmes,
Y eust esté pippé.

Elle sçavoit pleurer sans qu'elle en eust envie
Tousiours mille souspirs en sa poitrine estoient
Me nommant à tous coups son tout, son coeur, sa vie,
Fine & traistre qu'elle estoit.

Mais ses mignards attraits ses soupirs, & ses larmes
Dont finement accorte elle sçavoit user,
N'y tant de faux sermens ces plus certaines armes,
Ne m'ont sçeu abuser.

Comme un pauvre nocher eschapé du naufrage,
I'aquite dans le port les voeux de ma raison,
Dont la sage clarté m'a sauvé de l'orage
De sa fausse trahison.

Vous qui voulez aimer & que l'amour contente,
Dont les masles esprits aiment la fermeté,
Advertis de ma part fuyez ceste inconstante
Pleine de legereté.

Pour selon son humeur la rendre assortie
Il faut que quelque vent se prenne dans ces lacs.
Si Borée pouvoit oublier Orithie,
Ce seroit bien son cas.

 

 

 

Air de Cour

L'amant
Vous m'avez fermé la porte
Apres me l'avoir promis,
Ma foy vous estes bien sotte
De manquer à vos amis.

L'amie
Pour avoir fermé la porte
Apres vousl'amoir promis,
A l'honneur ie m'en rapporte
Si c'est un peché commis ?

L'amant
Ie vous tenois brave Dame
D'avoir sçeu si bien choisir,
Pour esteindre vostre flame
Et vous donner du plaisir.

L'amie
Si n'eusse cogneu vostre ame
Lors que me vinstes choisir,
D'un meschant desir infame
I'eusse estaint vostre desir.

L'amant
Ie vous eusse bien servie
Si ne m'eussiez fait ce tour,
Qui m'a fait perdre l'envie
De plus vous faire l'amour.

L'amie
Ie ne veux estre servie
D'un capricieux en amour,
Qui n'a rien que la folie
Qui le grippe nuict iour.

L'amant
Ma foy vous estes bien sotte,
Beste sans entendement,
Qu'en me refusant la porte
Perdez tout contentement.

L'amie
Ne me tenez pas si sotte
Monsieur sans entendement,
Pour avoir fermé la porte
Ie n'ay fait que sagement.

L'amant
Vous estes une grande beste
Ie vous le dit en amy,
Vous n'avez dedans la teste
De la cervelle à demy.

L'amie
Ie ne suis tant que vous beste
Monsieur vous estes en courroux,
Ie pense avoir dans la teste
Plus de cervelle que vous.

L'amant
Adieu ie vous dis la belle
Si ie mens Dieu me pardoint,
Cerchez un peu de cervelle
Vosu en avez grand besoin.

L'amie
Adieu Monsieur l'infidelle
Adieu Monsieur l'indiscret,
Vous manquez bien de cervelle,
Apprenez d'estre discret.

 

 

 

Air de Cour

Madame ne vous faschez point
Si ie recerche avec tel soin,
Vostre faveur & grace
Car vos vertus sont le suiet
Du bien que ie pourchasse.

Un estrange peril ie cours
En vous declarant mes amours,
Mais ce n'est ma nature
De pouvoir rien dissimuler
Le vray amant ne peut celer
Le tourment qu'il endure.

Accordez moy mon cher soucy
Vostre amour & faites mercy
A ma cruelle flame:
Car seule pouvez soulager
Mon mal ou ma vie abreger
Et du tout m'oster l'ame.

Pourquoy voulez vous differer
Puis que vous pouvez asseurer,
De mon loyal service ?
Adoucissez vostre rigueur
Madame & retirez mon coeur
D'un si cruel supplice.

 

 

 

Air de Cour

O Divine beauté de mon coeur tresoriere
Ie meurs en vous aymant sans estre caressé,
D'un regard de vos yeux qui fust cause premiere
De mon loyal amour dont ie suis oppreßé.

Car vos yeux asserez de rigueur trop cruelle
Me navrent sans cesser d'une cruelle ardeur,
D'un desir d'amitié qui tousiours renouvelle
Mon tourment ma langueur & accroist mon malheur.

De nuict en mon dormant Morphée Dieu du songe
Vous represente à moy & pensant embrasser
Ceste grande beauté, i'aperçois le mensonge
Ne trouvant au resveil sinon qu'un faux penser.

Piramis le gentil qui s'occit pour sa mie
N'endura le tourment, l'amour, la paßion,
Comme ie fais pour vous, ô tresoriere ennemie,
Car de iour & de nuict croist mon affection.

Ores ie suis glacé, ores chaud comme flame,
Ores tout esiouy, tout ioyeux, tout content
Puis apres tout transi en vous voyant madame
Ne me favoriser d'un regard seulement.

 

 

 

Air de Cour

Tu dors mon ame appesantie,
Du regret que tu dois avoir,
De nostre estrange departie:
Mais moy qui n'espere plus voir
La belle qu'en dormant ie laisse
Ie m'esveille & plure [pleure, NDR] sans cesse.

Douce amitié soit esveillee,
Esveille toy ma chere amour:
O que tu es ensommeillee,
Il n'est pas guere, loin du iour,
Ma vie comme est-il possible
Que tu sois ores si paisible ?

Et maintenant mon amourette
Ie baise ce que ie souhaitte.
Douce nuict alonge ta course,
Beau iour retire tes chevaux,
R'appelle ceste brillante Ourse
Et la plonge dedans ces eaux.
Cache ta clrté ennemie
Pour laisser reposer m'amie.

 

 

 

Air de Cour

Nuict que ie fuis en peine dure
Si tu ne deviens plus obscure,
Craignant que ie sois decellé:
Attens que ie m'en sois alle,
Nuict douce nuict au moins sommeille
Tant ma belle se resveille.

Helas ! ma tres-fidelle amante
Ie ne te reverray donc plus,
Ie te laisse icy mescontente,
Et moy ie m'en iray confus
Pour plaire au doux feu de ma rage,
Mourir en un vil hermitage.

Quand tu sçauras ma departie:
Te laissant dormir en ce lieu,
Sans que ie t'en aye advertie:
Et mesmes sans te dire adieu,
Tu changeras l'amitié fainte
Que tu as dans ton coeur emprainte.

Tu m'appelleras infidelle
Traistre meschant sans amitié,
D'une ame caute & cruelle
Et qui à le coeur sans pitié
Outrageant ta blanche poitrine
De ta main sur toutes divine.

 

 

 

Air de Cour

Amour m'avoit ordonné
D'aymer des roses l'eslite,
Maintenant il ma donné
Le coeur d'une Marguerite.
Voyez donc comme amour
Veut que ie serve tousiour.

L'une me vient baisotter
A l'ennuy de sa guerriere,
L'autre qui m'a sçeu dompter
Me veut baiser la premiere.
Voyez doncques les faveurs
Que me font ces belles fleurs.

Ma rose chaque matin
Amoureuse sur ma teste
Met un chappelet de thin
En signe de sa conqueste,
N'est ce pas une faveur
Que me fait ma belle fleur ?

Marguerite d'un soucy
Parseme toute ma robe,
Et veut me gaigner ainsi
Le coeur qu'elle me desrobe,
Voyez ceste belle fleur
Caresser son serviteur.

L'une dit qu'elle a ma foy
L'autre dit qu'elle est à elle,
Et l'autre dit que ie doy
Servir des deux la plus belle:
Oyez doncques le discours
Que me font mes deux amours.

Pour iuger ce different
Ie prins amour pour arbitre,
Elles venuës seulement
Et leur beauté pour leur tiltre:
Voyez doncques ces deux fleurs
En procez de mes douleurs.

Amour pres de moy se tient
Ses flesches bien acerées,
Venus par la main le prend
De mille beautez parées
Voyez pour avoir mon coeur
Ce que font ces belles fleurs.

Amour plaide pour moy ainsi
Ma cause pleine d'oppresse,
Pour ces beaux debats icy,
Il se consume en tristesse,
Moy ie sçay bien les douleurs
Que i'endure pour ces fleurs.

Considerez les douleurs
Que ie souffre pour ces fleurs.
Amour qui me sent blessé
En ceste guerre mortelle,
Aussi tost il à lancé
Une flesche à la plus belle,
Voyez voyez comme amour
M'ayme & m'assiste tousiour.

A l'autre de mesme traict
Luy entame les mammelles
Et dit en riant c'est faict
Voyant la fin des querelles
Voyez comment amour peut
Faire du bien quand il veut.

 

 

 

Air de Cour

Helas, Monsieur, ostez vous tost,
Enda ie vous chatoüilleray,
Madame, ici viendra bien tost
Par ma fi, ie vous piqueray:
Helas ! ouyez quelqu'un i'entens
Monsieur vous perdez vostre temps.

Ostez la main de ceste endroit,
Hé bien vous n'y avez rien mis,
Ie disois bien que l'on viendroit
Ne me touchez sous mes habits,
Cessez de tant de fretiller
Despeschez de vous en aller.

Autre m'estimez que ne suis
Ne me venez plus harceler,
Non, Monsieur, ne fermez pas l'huis
Cela ne se pourroit pas celer,
Le bel honneur que ce seroit,
Quand ainsi on nous trouveroit.

Laissez moy, Monsieur, ie vous prie
Un autre que moy vous faudroit,
Laissez-moy ie vous en supplie
Car quelqu'un icy surviendroit,
Quel deshonneur me seroit ce,
Laissez moy donc icy seulette

Et vous en allez vistement,
Ne destachez vostre esguilette,
Car vous estes bien proprement,
Monsieur ne vous destachez point
Vous estes tres bien en ce point.

Cognoistre faut devant qu'aimer
De ce mot là soyez content,
Vous ne vous faites qu'enflammer,
Monsieur ne me testez point tant,
Ie vous prie vous deporter
Car d'un doux il vient un amer.

Mais qu'est ce que tant barbouillez
Ie n'entens point ce ieu cy,
Vous dites que vous vous ioüez
Mais ie ne le trouves ainsi:
Arrestes vous quelqu'un un i'entens
Of, of, helas ! il est dedans.

 

 

 

Air de Cour

L'amant
Non, tu ne m'eschapperas point,
Puis que ie te tiens ma mignonne.
Ie suis arrivé tout à point
Car il n'y a ici personne.
Non, tu ne m'eschapperas pas,
Plustost livres moy le trespas.

L'amie
Ie vous pri' ne vous faschez point
Alles voir quelque folletonne,
Vous vous trouverez cour d'un point,
Quand à moy ie n'aime personne.
Quand vous encoureriez le trespas
Si ne me baiserez vous pas.

L'amant
Ma belle n'ayez point de peur
Ne craignez que personne arrive,
Ce me seroit trop de mal-heur:
Pourquoy fais-tu donc la tardive,
Non avant que partir d'icy
Il faut avoir de moy mercy.

L'amie
Quand à moy ie n'ay point de peur
D'aucune personne qui vive,
Monsieur, i'aime trop mon honneur,
Voila ce qui me rend tardive,
Si vous ne m'avez à mercy,
Ie crieray que l'on vienne icy.

L'amant
Non, non, vous avez beau crier
Personne ne vous peut entendre,
Cà cà ie vous veux manier
Le teton, ie m'en vois le prendre,
Ie l'ay, ie le tiens, le voila,
Et si vous passerez par là.

L'amie
Ie vous feray bien chastier
D'avoit osé par force prendre
Mon teton, las ie voy crier
Si haut qu'on me pourra entendre,
Helas, helas, mon Dieu helas,
Voulez -vous pas laisser cela ?

L'amant
Ce n'est rien ie vous veux fesser,
Vous faites trop de la criarde,
Et avant que de vous laisser,
Il vous faut d'ancer la gaillarde,
Vous aurez beau crier hola,
Vrayement vous passerez par là.

L'amie
Monsieur ie ne sçay pas dancer,
N'y la volte, n'y la gaillarde,
Vous pourriez bien aller baiser
Un autre plus que moymignarde,
Un iour vous vous repentirez
De ce que tant me tourmentez.

L'amant
Me repousserez-vous tousiours
Dites moy petite cruelle,
Il faut iouyr de nos amours.
Cependant que vous estes belle,
Iamais plus ne refuserez,
Sur ma foy vous y passerez.

L'amie
Monsieur, las: que me faites-vous ?
Quel mal'heur d'estre icy venuë ?
Vous me faites mal aux genoux,
Helas ! que desconvenuë,
Quoy tousiours vous continuez,
Helas ! ma foy vous me tuez.

L'amant
Petite nous mourons tous deux
Ce me semble, à la bonne heure,
Ha que ce mourir m'est heureux,
Fais encor un peu de demeure,
Encor ce coup douce moitié,
Continuons nostre amitié.

 

 

 

Air de Cour

On dit qui veut veoir un bel oeil,
Il faut qu'il soit de couleur bleuë
Pour moy ie n'en ay veu un seul
A qui ceste beauté soit deuë.

Iamais l'oeil bleu n'a eu pouvoir
Et n'eura iamais en sa vie,
De me ranger sous son vouloir
Comme l'oeil noir, quoy qu'on en die.

Ceux qui auront du iugement
Engageront tousiours leur vie,
Qu'estimer cest oeil bleu autant
Comme le noir seroit folie.

En fin on ne doit rien aymer,
Que ce bel oeil noir, ce me semble:
Puis qu'il à pouvoir de charmer
Les dieux, & les hommes semble,

Si iamais il se trouve humain,
Qui pour l'oeil bleu se veuille battre
L'oeil noir me mettra dans la main
Les armes dequoy le combattre.

Puis on dira, sa loyauté,
Sa fermeté l'a rendu maistre:
Pareillement que la beauté
Du bel oeil noir s'est fait cognoistre.

 

 

 

Air de Cour

Qu'elle pitié est cecy,
De me laisser tant icy,
Au [illisible], à la pluye, au vent, & à l'orage,
Madame, à tout le moins logez moy mon bagage.

Il y à tantost deux nuicts,
Que ie tremblotte à vostre huis:
Vrayement vous estes bien d'un naturel sauvage
Madame à tout le moins, &c.

Vous voyez comme ie l'ay
Morfondu, roide, & gelé,
Ma foy ie n'en puis plus, voulez vous que i'enrage ?
Madame à tout le moins, &c.

L'on dit qu'en toute saison
Vous avez ample maison,
I'ay le train si petit, que i'y seray au large,
Madame à tout le moins, &c.

Croyez que quand i'y seray,
Les autres i'empescheray,
De vous venir fouler, ou de vous faire outrage.
Madame à tout le moins, &c.

Si apres m'avoir logé,
Vous trouvez bon ce que i'ay,
N'espargnez pas l'oyseau dont vous avez la cage.
Madame, à tout le moins logez moy mon bagage.

 

 

 

Air de Cour

Ce beau tiltre de iouyssance
Qu'un iaune paille porte en soy,
Tient un chacun sous sa puissance
Mesme Amour recognoit sa loy.

C'est Amour qui reçoit victoire,
Et qui triumphe des mortels
S'est contraint de luy rendre gloire
Sur la grandeur de ses autels.

Amour ne peut rien sans sa force
Sinon qu'à donner un torment,
Amour sans luy n'est qu'une amorce
Qui brusle sans allegement.

C'est la couleur seule parfaite,
Car toutes les autres couleurs
N'ont perfection qu'imparfaites,
Et qu'un ioye de douleurs.

Que nous sert la seule esperance
Si la iouyssance ne suit,
Ce n'est avoir qu'une esperance
D'un esperé bien qui nous fuit.

Si nostre constance loyalle
N'est revestuë de plaisir
C'est proprement estre un tantale
Qui s'abuse de son desir.

Il n'est que iouyr de sa Dame,
Vivre autrement c'est une mort,
Plus nous rendons ayse nostre ame,
Et plus l'amour s'allume fort.

Sur tous les hazards elle regne
Comme non suiette au torment,
Diane l'a pour son enseigne
D'avoir iouy de son amant.

Tout iaunit aupres sa verdure
Ne tendant qu'à perfection,
Le iaune paille est la nature,
Sa fin & son intention.

Ce iaune paille tant aimable
Que Madame porte en son chef
La rend encor plus redoutable
Et l'eternise de rechef.
Madame aussi pour recompense
Immortalise son renom,
Et de reciproque puissance
Tous deux font immortel leur nom.

 

 

 

Air de Cour

Ie veux chanter le martyre
Où maintenant suis reduit:
Car quand vos beautez i'admire
Autant le iour que la nuict
Qui me font mourir, qui me font mourir,
Qui me font mourir martyre.

Quand tes beaux yeux ie regarde,
Estincellans comm'un Soleil,
Cupido dans mon coeur darde
Un tonnant qu'est nompareil,
Qui me faict mourir, &c.

Helas ne me sois cruelle,
N'use enversx moy de rigueur
Et ne sois point si rebelle
A ton fidelle serviteur.
Qui s'en ba mourant, &c.

Ce beau petit sein d'yvoire,
Et ces deux tetins jumeaux
Sont pourtraicts dans ma memoire
Me donnant mille travaux,
Qui me font mourir, &c.

Fay moy donc ceste grace,
Et aussi ceste faveur,
Que ton ioly corps i'embrasse
Pour appaiser la douleur,
Qui me faict mourir, &c.

Nature rien ne façonne
Pour demeurer occieux,
Helas, donne moy mignonne
Un doux regard de tes yeux,
Qui me font mourir, &c.

Approche toy que ie lie
Mes mains à ton corps si beau,
Comme la vigne lie
A quelque second alneau
De peur de mourir, &c.

Excuse moy ma mignonne
Si ie te prie humblement,
Car le feu qui me confomme
Me tient en si grand tourment,
Qui me fait mourir, qui me fait mourir,
Qui me fait mourir martyre.

 

 

 

Air de Cour

La peine au monde plus sensible
Est celle qui vient de l'amour:
Car tout travail bien que penible
Se clost à la couche du iour:
Rien n'est icy plus estimé
Que d'aymer bien & estre aimé.

Mais ce malheur iamais ne cesse
Et en finit que par la mort,
Et l'amant au mal qui l'oppresse
Ne trouve conseil ny support.
Rien n'est icy, &c.

La raison toute chose dompte,
Et le temps fleschit son courroux:
Mais l'amour tous deux les surmonte,
Il est donc plus puissant que tous:
Rien nest icy, &c.

Avant qu'on ait senti sa flamme
L'on se mocque de son pouvoir,
Mais quand elle brusle nostre ame
Lors l'on commence à se douloir:
Rien n'est icy plus estimé
Que d'aymer bien & estre aimé.

 

 

 

Air de Cour

Dieu que c'est une belle chose
Que d'estre aimé & n'aymer point,
L'on ne tient point la bouche close
Pour celer le mal qui nous point:
Ayme qui voudra ie ne veux
Iamais devenir amoureux.

L'on n'a que faire de se plaindre
Pour un bien qu'on ne peut avoir,
Le mal nostre coeur ne vient poindre,
Vivre libre est un grand avoir:
Ayme qui voudra, &c.

De main desir prompt & volage,
Nostre esprit n'est point apasté,
Et alors l'on ne devient sage
De sa propre infelicité:
Ayme qui voudra, &c.

Il n'est femme qui ne soit fine,
Sans foy, & sans affection,
Bien qu'elle face bonne mine
Ce qu'elle dit est fiction.
Ayme qui voudra, &c.

Heureux qui n'a que faire d'elles,
Et qui ne les voids pas souvent:
Car pour devenir trop rebelles
Elles font mourir maints amant:
Ayme qui voudra ie ne veux
Iamais devenir amoureux.

 

 

 

Air de Cour

Quand ie viens à penser à mon cruel malheur,
Et au point desastré de ma triste naissance,
Ie me sens si preßé dangoisseuse douleur
Qu'il faut qu'en soupirant mille plaints ie commence
Ie fens l'air de regrets, ie despite les cieux,
Tout forcené de rage,
Et le torrent de pleurs qui debordent mes yeux,
Me noyent le visage.

Desolé ie suis à qu'oy puis-je aspirer,
Où faut il que ie tourne, helas, que doy ie faire
Si ie ne cognoy rien qui me fasse esperer.
Et si ie ne voy rien qui me soit contraire.
Tout object me déplaist, tout chose me nuit,
Le ciel, l'air, & la terre,
La chaleur & le froid, la lumiere & la nuict,
A l'ennuy me font guerre.

Si i'ay quelque plaisir c'est helas seulement,
Quand i'invoque la mort pour finir ma detresse,
Pour luy faire pitié ie luy dy mon tourment,
Et le mal importun qui iamais ne me laisse:
Mais i'ay beau raconter qui me fait douloir
A ceste inexorable.
Car, helas ! ie ne puis, ie ne puis l'esmouvoir
A m'estre favorable.

Lors que ie la requiers de finir mon esmoy,
Elle ferme l'oreille à ma juste priere,
Si i'en veux approcher reculer ie la voy,
Si ie vay au devant elle fuît en arriere,
Et dit que c'est en vain que d'elle ie pretends,
Secours en mon domage:
Car les dieux qui ne sont de mes malheurs content,
M'engardent d'avantage.

Ils veulent que ie vive, afin de faire voir
Toutes lire [l'ire, NDR] du Ciel dans un homme assemblée,
Et tout ce que l'enfer dedans soy peut avoir
Pour tourmenter une ame, & la rendre troublée
Cat l'éternelle nuict ne couvre point d'horreur,
De tourments & de flame,
De pleurs, de peurs, de morts, de remorts, de fureur,
Qui ne loge en mon ame.

Ie ne sçay qui ie suis, ie ne me cognoy point,
Sinon que pour un homme où tout malheur abonde:
Las, ie me sens reduit à un si piteux [illisble]
Que me faschant de moy ie fasche tout le monde,
Et ce qui plus me trouble, & me fait blasphemer,
Nature & la fortune,
C'est que ie ne sçauroy seulement exprimer
L'ennuy qui m'importune.

Il faut que ie la couvre & l'estouffe au dedans,
pour ne le pouvoir pas assez tristement plaindre,
Dont ie viens à sentir mille charbons ardans
Que larmes & souspirs n'ont puissance d'estaindre,
Que tel est mon martire
Que quand le Ciel voudroit plus fort se courroucer,
Ie ne puis avoir pire.

S'il advient quelquefois qu'outre ma volonté
Du [illisible] où je suis t'abandonne tu [illisible],
Ie chancelle à tous pas d'un & d'autre costé
Tant l'extresme douleur [illisible] de moy me transporte,
Ie ne parle à personne, & chemine incertain,
Comme il plaist à ma rage,
Si quelqu'un me rencontre, il me prend tout soudain
Pour un mauvais presage.

Bien que ie sois comblé de toute afflication,
Et que mon iuste dueil par le temps ne s'appaise,
Mes amis seulement n'en ont compaßion,
Et semble qu'en mon mal tout le monde se plaise:
Mesmes aux plus durs assauts de ma calamité,
I'entr'oy comme un Murmure,
De ceux qui vont disant que i'ay bien merité
Le tourment que i'endure.

C'est trop, c'est trop languy sans espoir de secours
Pour finir ma douleur il faut que ie me tuë,
Ie veux haster la fin de mes mal'heureux iours.
M'outreperçant le coeur d'une lame pointuë:
Mais, helas ! ie ne sçay si par ce doux trespas
I'auroy banny mes peines.
Et mains de les porter maudit ombrer là bas
Tousiours plus inhumaines.

C'est assez ma chanson il est temps de cesser.
Et d'arrester le cours de ton dueil larmoyable.
Mais en m'abandonnant où me puis ie addresser
S'il ne s'en trouve un seul tant que moy miserable ?
Va donc où tu voudras & me laisse endurer
La douleur qui m'affolle.
Außi bien est ce en vain que ie veux esperer
Que ton chant me console.

 

 

 

Air de Cour

Las ! ie me meurs en presence de celle
Qui en est cause & si ne le sçait pas,
Et ce qui m'est plus grief que le trespas,
Il faut, ô dieux ! que mon mal ie luy cele.

Elle s'enquiert de mon cruel martyre,
En me voyant si prochain de la mort,
Mais i'ayme mieux mourir sans reconfort
Qu'ouvrir la bouche & ma douleur luy dire.

Las ! ie pensois pource qu'elle est divine
Que mes ennuis luy seroyent evidens,
Et que son oeil penetrant au dedans
En peust soudain descouvrir l'origine.

Un feu couvert me devore & saccage,
Il cuit mon sang & desseiche mes os:
Las ! ie le cache & le veux tenir clos:
Mais sa fureur me paroist au visage.

Il n'y a point de gesnes si cruelles,
De feux si chauts, ny de si durs tourmens
Dans les enfers plains de gemissemens
Pour tourmenter les ames criminelles.

S'il est permis aux enfers de se plaindre
En endurant les tourmens rigoureux.
Esprits damnez vous estes bien-heureux
Vous ne sçauriez à ma douleur atteindre.

O cieux cruels si i'avois fait offensée,
Osant aymer une divinité,
Avoy ie bien tant de maux mertité;
Las ! ie reçoy trop dure penitence.

O durs rochers, ô deserts solitaires,
Qu'on me pardonne, & vos rives & bois,
De ce qu'encor ainsi que ie foulois,
De mes ennuys ne vous faits Secretaires.

Ma passion est d'un telle sorte
Qu'en la souffrant ie crains de souspirer,
Sans me douloir il me faut endurer,
Ma peine est vive, & ma parole est morte.

Aussi l'espoir où ie me veux attendre,
C'est que le feu dans mon sang allumé,
En peu de iours me rendra consommé,
Et que mon corps sera reduit en cendre.

Mais il est temps de finir ma complainte:
Car i'aurois peu qu'en faisant les regrets
Mon triste luth entendit mes secrets,
Où me plaignant de moy-mesme i'ay crainte.

 

 

 

Air de Cour

Aussitost qu'une belle ame
Commence à vivre icy bas,
Il faut que l'amour l'enflame,
Ou qu'elle ne vive pas:
Sans l'amour ie ne puis vivre,
L'amour est tout mon plaisir,
Ie veux mourir pour le suivre
Ie n'ay point d'autre desir.

Le destin qui a puissance
De disposer d'un bon-heur,
Grava lors de ma naissance,
L'amitié dedans mon coeur,
C'est l'amour qui me contente,
L'amour est tout mon plaisir
Ie seray tousiours amante;
Ie n'ay point d'autre desir.

En fin ce que ie travaille,
Ce n'est rien que l'amour me faille,
Me puisse faillir l'amour.
L'amour me rend bien heureuse
L'amour est tout mon plaisir,
Ie veux mourir amoureuse,
Ie n'ay point d'autre desir.

Que bien-heureuse est la vie
Qui se passe doucement
Parmy l'amoureuse envie,
D'une amante & d'un amant,
Quand à moy ie ne puis croire
Qu'il soit un plus grand plaisir,
Vive l'amour & sa gloire
Ie n'ay point d'autre desir.

Celuy qui la chanson à faite
Ce fust un ieune garçon
Estant avec sa maistresse,
La tenant sur son giron
Luy disoit bas en l'oreille,
Mignonne fais moy ce bien,
Fais le moy à la pareille
Personne n'en sçaura rien.

 

 

 

Air de Cour

Belle helas pour vostre amour,
Ie meurs mille fois le iour
Pour vous servir loyaument,
Ie vis en martire,
Ayez pitié d'un amant
Qui sans fin souspire.

Que sert de dissimuler,
Ie ne vous serois celer,
Que loyal en vous aimant,
Ma langueur empire:
Ayez pitié, &c.

De moy seul rien ie ne suis:
Car sans vous rien ie ne puis,
Rien est mon allegement
Si rien ie respire:
Ayez pitié, &c.

Mais permettez que ce rien
Soit le meilleur de mon bien
Un baiser tant seulement
De vous ie desire:
Ayez pitié, &c.

 

 

 

Air de Cour

Amour n'a point des aisles
Comme l'on dit souvent,
Ce sont des arondelles
Qui vont comme le vent.

Ie sçay bien le contraire
Pour sentir mon tourment:
Mais ma belle adversaire,
Ne le sçait nullement.

Amour la void si belle
Et cerche incessamment
De se loger pres d'elle
En un coing seulement.

Il travaille, il tracasse,
La trouvant sommeillant
Il desrobbe une place
Dedans son oeil brillant.

Evitons donc sa veuë
Qui blesse vivement,
Qui blesse à l'impourveuë
Malicieusement.

N'est-ce pas bien malice
De chercher promptement,
N'en voulant par son vice
Guarir qu'un seulement ?

 

 

 

Air de Cour

Ma Deesse, mon amour,
Ma Mignardise & mon ame,
Ie veux suivre nuict & iour
Vostre beauté qui m'enflame:
Mon coeur languist bien heureux
Dans vos fillets amoureux.

Ie ne trouve en mes desirs
Rien que vous qui me contente,
Venez donc de cent plaisirs
Recompenser mon attente.
Mon coeur languist, &c.

Meslons ensemble meslons
Nos ames enamourées,
Et l'un & l'autre cueillons
Mille douceurs ensacrées:
Mon coeur languist, &c.

Afin de mieux embraser
Le feu qui me met en cendre,
Me refusant d'un baiser,
Soudain laissez le moy prendre:
Mon coeur languist, &c.

Tantost douce embrassez moy,
Tantost soyez moy rebelle,
Tantost doutez de ma foy:
Et puis m'estimez fidelle.
Mon coeur languist, &c.

Tantost refusez mon tout
Iusques à la moindre chose,
Puis preßez d'un baiser glout,
Ma bouche à demy desclose,
Mon coeur languist, &c.

Mais pensez vous quel plaisir
Entre les ris & les larmes,
De contenter son desir
Des amoureuses alarmes:
Mon coeur languist, &c.

Amour ayme beaucoup mieux
Un doux refus qui contente,
D'espoir nos coeurs amoureux,
Qu'une victoire presente:
Mon coeur languist bien heureux
Dans vos fillets amoureux.

 

 

 

Air de Cour

Ie viens de songer endormy,
Que i'estois devenu fourmy,
Et que i'allois parmi la plaine
Desrober à ma souveraine.
L'esmail des fleurs & du Printemps
Au gré des Zephirs voletans.

Fourmy ie recognois tousiours
La Deesse de mes amours,
Et d'une course plus isnelle
Ie fais tant que m'approche d'elle,
Et commançay par ces patins
A monter iusques à ses tetins.

Alors ie redevalle en bas,
Et me pourmeine par ses bras
A long du dos & de son ventre
Où selon ma nature i'entre
Au fonds du nombril larrondi,
Voisin du ventre rebondi.

Oyez ce qui m'advint apres,
R'encontray un petit marets
Tout bordé d'une mousselette:
Alors ie cherche & ie furette,
Et me logeay en la prison
D'un double & redoublé gazon.

Alors Madame qui me sent,
Sa main tout bellement descend
Au lieu où plus ie la fretille.
Et comme vigoureuse fille
Fait tant que ie fortis de là:
Alors mon songe s'en alla.

 

 

 

Air de Cour

Voila le Berger Catin
Qui ià conduit Perinette,
Aussi le Berger Patin
Fredonnant sur sa musette:
Ma Bergere ma lumiere,
Mettons aux champs nos troupeaux,
Ia l'herbette nouvelette
Se descouvre au bord des eaux.

Nous ferons de bons repas,
Et puis chacun a la danse
Irons dessus l'herbe bas
En observant la cadence.
Ma Bergere ma lumiere, &c.

Et puis quand las de dançer,
Il faudra faire une pose
Sur l'herbe on irons coucher
Afin qu'un chacun repose.
Ma Bergere ma lumiere, &c.

Et puis le Berger Nalin
Au son de sa chalemie
Esveillera de grand matin
Nostre belle bergerie.
Ma Bergere ma lumiere, &c.

 

 

 

Air de Cour

Durant que sont parmy les champs,
Ie passe le iour solitaire,
D'ennuis tout couvert ie me sens,
Loin de vostre belle lumiere.
Vous estes là ie suis icy
Comblé de peine & de soucy:
Ie suis icy, vous estes là,
Franche de cecy & cela.

Ie prends vos beautez pour subiet
A mon ame si bien empraintes,
Attendant qu'en sorte l'effect
De mes ennuyeuses complaintes.
Vous estes là, &c.

Si quelquefois parmy le fleurs
Ceste plaisante odeur m'attire,
Ie sens enlever les douceurs,
Et l'air que vostre sein respire.
Vous estes là, &c.

Ainsi mon plaisir escarté
Par un vain penser ie ressemble,
Encor ne me plaist la beauté,
Sinon en ce qui vous ressemble.
Vous estes là, &c.

Mais alors que vostre amitié
Chassera ses vaines pensees,
Et que pres de vous arresté
I'oubliray mes peines passees.
Vous estes là, & moy icy,
Exempt de l'amoureux souci
Bien loing d'icy ie seray là,
Content de cecy & cela.

 

 

 

Air de Cour

Que ie veux mal à mes yeux,
Qui me trompent tous les iours.
Ie le puis quand ie le veux
Ma guarir du mal d'amours.

Ie m'en fuis & ie reviens,
Et ie m'en vay au rebours,
Ie ne puis quand ie le veux
Me guarir du mal d'amours.

En quelle peine ie suis
Embroüillé de ce discours.
Ie ne puis, &c.

Il le faut, il plaist ô dieux
Que le mal suyve son cours:
Ie ne puis, &c.

Ie me meurs si ces ennuits
Ne se passent en deux iours:
Ie ne puis, &c.

Il me plaist, & i'ayme mieux
L'ennemy que le secours:
Ie ne puis quand ie le veux
Me guarir du mal d'amours.

 

 

 

Air de Cour

I'ayme & ne m'en puis distraire
Un Gentil homme de cour
A qui i'ay donné m'amour:
Mais comme pourroy-ie faire
Pauvre fille que ie suis ?
Ie le veux, mais ie ne puis.

Il a bien si bone grace
En tout ce qu'il dit & fait
Qu'il n'est rien de si parfait:
Mais de ce qu'il me pourchasse:
Pauvre fille, &c.

Pour mon amour il souspire,
Et ce qui m'est plus amer
C'est qu'il meurt pour trop m'aimer
Mais pour le point qu'il desire:
Pauvre fille, &c.

Ie me plains & le lamente
De le voir ainsi mourir,
Ie le voudrois bien guerir,
Mais ce qui plus me contente:
Pauvre fille, &c.

Ce n'est ny respect de mere,
Ny contrainct, ny rigueur,
Seul il est Roy de mon coeur:
Mais pour le fruict qu'il espere.
Pauvre fille, &c.

En quelque lieu qu'il se treuve
Il peut croire asseurement
Que ie l'aime uniquement:
Mais d'en venir à l'espreuve:
Pauvre fille, &c.

En fin ie sçay bien qu'il m'aime.
Et ie l'aime bien si sot,
Que pour ne souffrir sa mort,
Mais pour ne mourir moy-mesme
Plustost pauvre que ie suis
Ie le feray si ie puis.

 

 

 

Air de Cour

Dessus l'herbe fleurie
A l'ombre d'un bouquet
Robinet & Marie
Faisoyent un beau bouquet,
Et autre chose & tout
Que ie n'ose, dire, dire, dire,
Et autre chose & tout,
Ie ne vous diray meshuy tout.

Marie tout à son ayse
Acolloit son Berger,
O Berger ce (dit elle)
Donne moy un baiser:
Et autre chose & tout, &c.

Il l'embrasse & la baise
Le iette fur le tin
Et puis tout à son ayse
Luy manie le tetin,
Et autre chose & tout, &c.

Il rebrasse sa robe
Mettant la main dessous
Luy maniant le chose,
Et aussi ses genoux,
Et autre chose & tout, &c.

Puis en telle furie
Robinet se combat
Avec sa Marie
En prenant son esbat:
Et autre chose & tout, &c.

O berger ce dit elle
Venons icy souvent,
Et que telle furie
Vous tienne icy incessamment,
Et autre chose & tout
Que ie n'ose, dire, dire, dire,
Et autre chose & tout,
Ie ne vous diray meshuy tout.

 

 

 

Air de Cour

Combien meilleur m'eust-il esté,
Quand premier ie vy ta beauté,
Que la parque ennemie,
D'estournant de toy mes amours,
De mes ans eust tranché le cours,
Et terminé ma vie.

I'eusse mis fin pour une fois,
A la douleur dont i'apperçois
Ma chetiv'ame attainte:
Ores ie m'employe tous les iours
A bastir mille vains discours,
Et a dresser ma plainte.

Le foudre qui vient de tes yeux,
Yeux: mes astres luisans des cieux,
N'auroit plus de puissance
Sur ce corps, qu'un facetieux remord,
Pour n'estre sous la lame mord,
Et martyr à outrance.

D'ailleurs tes doux succrez regards,
Qui sont pour moy autant de dards,
N'outrageroyent mon ame,
Qui libre au champ Elisien
Mesprisoit d'amour le lien,
Et l'amoureuse flame.

Mais ie voy bien que mon malheur:
Pour plus me livrer de douleur,
Me laisse encor en vie,
Ne suis-je pas bien malheureux:
Ie ne puis mourir quand ie veux,
Ny quand i'en ay envie.

Sus donc que s'esmeuse par cris,
Et par mes funestes escrits:
Par mon dueil par ma peine
La mort tost vienne mettre fin
A ma langueur à mon destin,
Et au mal qui me geine.

 

 

 

Air de Cour

Celuy là qui pourra nombrer
Les menuz fablons de la mer.
Et les esclairans estres,
Pourra nombrer facilement
Combien i'endure en trop aymant
De maux & de desastres,

Qui pourra le nombre trouver
Des glaçons du fascheux hyver,
Et des fruicts de l'Automne,
Dira par combien d'apretez,
De rigueurs, & de cruautez,
Tu m'es helas ! felonne.

Le temps au changement subiet,
Reçoit souvent nouveau pourtrait
Inconstant variable.
Tantost d'obscur clair il devient:
Apres le froid le chaud survient
Gracieux & affable.

Ainsi Dame inconstant ainsi
Par un trop severe soucy
Ainsi ton coeur varie,
Ainsi pres quelque faveur
Tu vas exerçant ta rigueur,
O Dieu, quelle manie !

Pour un iour de bon temps, ou deux,
Que cy devant en amour i'eux,
Las tu prens grosse usure,
Tu m'enioincts de ne t'aymer plus:
De ta severe le plus
Pour chasse ma mort dure.

Fais crue le que nostre amour,
N'aissant puisse durer un iour,
Avant qu'il se termine,
Ne permets qu'il meure, en n'aissant,
Car de la clarté iouyssant
Grands biens il te butine !

Il m'a desia acquis à toy,
Ie suis ton vassal, toy, mon Roy,
Mon Seigneur, & mon maistrer.
Mais cruelle tu ne deffens
De prolonger ses tendres ans
Avant qu'il vienne à n'aistre.

Va, sois seure qu'il durera,
Autant que moy, & ne mourra
Tant que i'auray la vie,
Encor si apres le trespas
L'esprit, comme on tient, ne meurt pas.
Ie t'auray pour amie.

 

 

 

Air de Cour

L'Amour pour me tyranniser
D'un dard m'entame la poictrine,
Dés lors i'estimeray courtiser
Une fille qui fust benigne:
Mais ie m'en retiray tout cour
Cerche qui te face l'amour.

Ie pensois courtiser de vray
Chose qui fut de haut estime:
Mais Dieu me gard d'en faire essay
Car ie ny voy raison ny rithme.
Mais ores pour le faire cour,
Cerche, &c.

Va, ie ne t'aymeray iamais:
Car ie crains que quelque belistre,
Ou quelque infecte portefais
N'aye fueilleté ton registre.
Qui fait que te dy tout court
Cerche, &c.

Car de toy pour bien en parler,
Es ainsi qu'une vieille ruyne
Ou tousiours l'on va travailler,
Laquelle avec le temps on minne.
Qui fait que ie te dy tout cour
Cerche, &c.

Le mois de May dernier n'a pas
Tant produit de fleurs, ne richesse
Que tu as estaint de tes bras
Puis deux ou trois mois, de ieunesse
Qui fait que ie te dy tout cour
Cerche, &c.

Le soulier d'un goutteux, dit-on,
Pour ton pied sain, se trouve large,
Ainsi de toy ô Marion
Ton moulle sert à toute usage,
Qui fait que ie te dy tout cour
Cerche, &c.

Tu as chargé sur toy bien plus
De fez, qu'un hospital bien riche.
En revenu n'a des escus
Qui faict veoir que n'en es pas chiche
Ie te dy, ie te dy tout cour
Cerche, &c.

Adieu ie m'en vay, car ie meur,
De parler à toy ie m'attriste,
De te voir ie prens mal au coeur:
Dieu me doint ailleurs trouver giste,
Ie te dy me retirant cour
Que ie ne te fais plus l'amour.

 

 

 

Air de Cour

Ie suis sorty de moy mesme,
Et i'ay perdu ma liberté:
Esclave de vostre beauté:
Ie porte en face couleur blesme,
Pour monstrer que vostre rigueur,
Me contraint de vivre en langueur.

L'amour dedans vos yeux celestes
S'est campé pour m'ensorceler,
Que serviroit de le celer,
Car la chose est trop manifeste,
Et l'on voit que vostre rigueur,
Me contraint, &c.

Amis qui n'avez point encore
Esprouvé d'amour le carquoy,
Helas ! prenez exemple à moy,
Et fuyez celle que i'adore,
Car vous voyez que sa rigueur
Me contraint, &c.

Pour admirer sa belle face,
Celuy qui la Cour va suivant.
Le gendarme pareillement:
Quittent les Roys & la cuirace,
Aussi voit-on que sa beauté
M'a privé de ma liberté.

Depuis le iour qu'à la malheure
Ie la vis, i'ay perdu helas:
Tout plaisir, respos & soulas,
Et croy qu'il faudra que ie meure,
Car il se voit que sa rigueur
Ne ma fait vivre qu'en langueur.

C'estoit en la saison nouvelle
Que ie fus prins par ses attraits,
Ce fut en un bal, ie m'en tais,
La iournée m'est bien cruelle,
Car il se voit que sa rigueur
Ne me fait, &c.

Ie depitoy, l'amour la force,
Le pouvoir, la sagesse aussi,
Ores ie suis à sa mercy.
Me voila pris sous son amorce,
Car il se voit que sa rigueur
Ne me fait, &c.

Helas ! belle ie souspire,
Las ! vous n'en faites point de cas,
Si pour vous ie faits plusieurs pas,
Vous ne vous en faites que rire,
Tellement que vostre rigueur
Ne me fait, &c.

Mais pour tromper mon esperance
Voyant accroistre mon tourment,
Vous mettez beaux mots en avant,
Voila toute ma recompense.
Tellement que vostre rigueur
Ne me fait, &c.

Ie meurs estendu sur ma couche,
La mort vient mon mal appaiser,
Mais du moins que i'aye un baiser
De vostre cristaline bouche,
Et puis apres plus gayement
Ie soustiendray mon grief tourment.

 

 

 

Air de Cour

Ma guerriere il faut à ce coup,
Ou mourir ou que tu te rende
Cruel vous menacez beaucoup
C'est de peur que ne me deffende.

Helas ! rends toy c'est trop tenu
Voicy le canon ou es morte,
Vos pieces portent trop menu
Et ma barricade est bien forte.

Pauvrette ton haleine faut
La bresche est bien raisonnable.
I'ay dequoy soustenir l'assaut
Mon retranchement est tenable.

Mais ie te tiens desia vainqueur
Tout à l'envers molle & domptée,
Abuse i'ay trop plus de coeur
Ie suis de la race d'Antée.

Ia voy la l'ennemy dedans
Qui par tout cherche & par tout fouille,
Il à beau fourrager ceans
Si auray ie en fin sa despouille.

Mourons donc de ce cruel coup
Puis que tu as tant de vaillance.
O que ce beau mourir m'est doux
Voyant en tes yeux ma vengeance.

 

 

 

Air de Cour

Amour tu l'as de voller
L'autre iour du haut de l'air,
Se lança d'une furie,
Dedans le sain de Marie.

Trouvant l'endroit à propos,
Pour y prendre son repos,
Il aiança ses deux aisles,
Et s'endort sur ses mamelles.

Aussi tost qu'elle le vit
Toute ioyeuse elle rit,
Lors accorte elle s'advise
D'une gentille entreprise.

D'un petit l'as rondelet
D'un petit ferme filet,
Elle l'arreste cruelle,
Et par ses bras l'encordelle.

Amour s'esveille estonné
Se voyant emprisonné,
Il souspire, il pleure, & crie,
Hé; lasche moy ie te prie.

Prenez dit-il mon carquois
Et mon arc une autre fois,
I'ayme mieux parmy la plaine,
Coucher qu'estre en ceste peine.

Elle le prit & soudain
D'une diligente main,
Elle deserre & deslié,
Amour qui les autre lie.

Depuis ses traits redoutez
Ne sont plus par luy portez,
C'est Marie qui les garde,
C'est Marie qui les darde.

 

 

 

Air de Cour

Ce fut alors que l'Aurore,
Commençoit à se lever
Avec celle que i'adore,
M'en allois au bois ioüer.
La rousée du ioly mois de May,
A mouillee m'amie & moy,

Dessus l'herbette perlee
Au lieu le plus gracieux,
Sans crainte de la rousee
Nous nous assimes tous deux.
La rousee, &c.

En cueillant de fleurs fleurantes
Au chant de cent mille oyseaux,
Au doux bruit des eaux courantes
Ie luy racontois mes maux.
La rousee, &c.

Ie luy contois le martire
Que i'ay souffert en aimant,
Elle m'escoute & souspire,
Puis me conte son tourment.
La rousee, &c.

Ainsi qu'elle ie souspire
Puis fondant tous deux en pleurs
Muets nous ne pouvions dire,
Si non baise moy ie meurs.
La rousee, &c.

Un milion luy en donne
Pour son deuil rescompenser,
Elle autant m'en abandonne
Pour son tourment effacer.
La rousee, &c.

Mille baisers ie luy pille
Elle m'en desrobe autant,
Ie luy en preste cent mille
Ell'me les rend tout contant.
La rousee, &c.

Ha mon mignon ce dit elle
C'est assez vous avez tort:
Se penchant à mon oreille
Ell'la baise & puis la mort.
La rousee, &c.

Lors ie luy dis quelque chose
Mais quoy ie n'en diray rien
Car de le dire ie n'ose,
Aussi vous m'entendez bien.
La rousee, &c.

O trop heureuse iournee
Ie ne voudrois estre un Roy,
Et que si douce rousee:
N'eust mouillee m'amie & moy.
La rousee, &c.

Ie ne voudrois un Empire
Pour changer à mes amours,
I'ayme trop mieux pouvoir dire
Maintenant & à tousiours.
La rousee du ioly mois de May
A mouillee m'amie & moy.

 

 

 

Air de Cour

Allons vieille imparfaite
Vielle il vous faut sortir,
Vous estes si infaitte
Qu'on ne vous peut sentir.
Sortez à la paireille, vuidez ceste maison zon zon.
Branslez le fesson la vielle, branslez le fesson.

Allons vielle barbuë,
Qui n'avez que deux dents,
Et si estes vestuë
En fille de quinze ans.
Sortez à la paireille, &c.

Allons vielle vilaine
Vilaine iusqu'au bout,
Vostre puante haleine
Se sent desia par tout.
Sortez à la paireille, &c.

Allons vielle inutille
Inutille à tout bien:
Et vostre oeil qui distille
Le vieller n'en vaut rien.
Sortez à la paireille, &c.

Allons vielle ridee,
Suant puant teton,
Ce n'est pas une Idee:
Que ce que nous voyons.
Sortez à la paireille, &c.

Allons vielle effroyable
Vray remede d'amour,
Allez à tous les diables
C'est là vostre seiour:
Sortez à la paireille, &c.

Allez vielle bossuë
Eschine à dos de luth:
Quand un endroit vous suë
Tout les reste vous put.
Sortez à la paireille, &c.

Allons [imonde ?] tortuë
Oeil coulant nez puant,
Orde sale bossuë
Corps infect & truant
Allez face vermeille,
Rouge comme un tison zon zon
Branslez le fesson la vielle,
Branslez le fesson.

 

 

 

Air de Cour

Vous dittes que ie suis muable
Que ie ne sers pas constamment
Comment pourrois-je sur le sable,
Faire un asseuré fondement.

Vous babillez de ma froidure
Et ie suis de feu toutesfois,
Le feu est de telle nature
Qu'il ne peut brusler sans le bois.

Comment voulez vous que ie face
Mon ardeur en vous trouver lieu,
Le feu n'embrase point la glace:
Mais la glace amourtit le feu.

Tel est le bois tell'est la flame
Telle beauté & telle ardeur,
Le corps est pareil à son ame:
A la Dame le serviteur.

Lon se mocque de ma misere
Quand i'ayme affectueusement,
Et d'on me tourne à vitupere,
Quand ie mets fin à mon tourment.

Voulez vous donc sçavoir cruelle
Qui a noyé tant de chaleurs,
Et tant de vives estincelles
Se font les ruisseaux de mes pleurs.

Voudriez vous que ie vous aimasse
Pour vous servir de passe-temps,
Vrayement vous auriez bonne grace
Friande vous avez bon temps.

 

 

 

Air de Cour

Un amant respandit un iour
Tant de pleurs en faisant sa plainte
Dessus le flambeau de l'amour,
Qu'il en rendit la mesche estainte,
Heureux s'il n'eust tant l'armoyé
Que l'amour mesme il eust noyé.

Luy tournoyant cerche par tout
Pour r'allumer la flamme morte,
Mais il n'en peut venir à bout
Car chacun luy ferme la porte:
Sçachant bien qu'il brusle tous ceux
Qui l'osent recevoir chez eux.

Comme il est en peine & soucy
Il void les beaux yeux de Madame,
Il void le miens & void aussi:
Mon coeur tout prest à mettre en flame,
Cà dit-il viens de trouver
Dequoy mon flambeau r'allumer.

Lors à ce beau miroir fatal
Où ma vie & ma mort repose,
Comme deux boullets de cristal,
Mes yeux droittement il oppose
Affin qu'unissant leur rigueur,
Ses rayons bruslassent mon coeur.

Lors Amour r'allume son feu
Et puis d'une malice extresme,
Me dit-il tournant tout en feu,
Sers toy de lumiere à toy-mesme.
Desormais pour l'obscurité:
Tu ne seras plus sans clarté.

 

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