Anonymes
Airs
de Cour,
comprenans le Tresor
des Tresors,
la Fleur
des Fleurs,
& eslite des Chansons
Amoureuses
extraictes des oeuvres non encor cy devant mises en lumiere, des plus fameux & renommez Poëtes de ce siecle

Brunette
me foulas mon coeur, Tu m'as
ravy sans y penser, Bergere
où vas tu si soudain, Retournez
donc retourne helas ! Ne vaux ie
pas si peu de bien: Ie meurs
pour trop d'affection, Garde toy
belle garde toy, Alors tu
penseras aux maux Ne vaut il
pas mieux mon soucy Ne sois
donc contre la raison,
Tes beaux yeux font mon ame fondre
Puis que ie suis ton serviteur,
Pourquoy t'enfuis tu sans respondre.
Le plus entier de ma poitrine,
Prends donc pitié de ton Berger
Qui peu à peu roy se fine.
Ne veux tu pas un peu m'attendre,
Las ie mourray devant demain
Si tu ne veux mon coeur me rendre.
Et viens querir mon coeur malade,
Il ne me faut pour mon foulas
Qu'un baiser ou bien une oeillade.
O coeur d'acier ô coeur de glace.
Encor que ne te fusse rien,
Me ferois bien autant de grace.
Ie meurs pour t'aymer ma cruelle,
Vous riez de ma passion,
Et de ma foy qu'est si fidel'e.
Un iour viendra que mon melaise
Te ruinant ainsi comme moy,
Finira ta ioye & ton aise.
Qu'ay souffers pour toy ennemie,
Trop tard fera, car mes travaux,
Auront prins fin perdant la vie.
Ne vaut-il pas mieux se resoudre
Devant que le temps assourcy
Tourne noz beaux desseings en poudre.
Envers moy si dure & farouche,
Redonne moy ma guerison,
Par un seul baiser de ta bouche.
Un iour de
May par un matin, Là
i'aperçus prés d'un buisson Lors ie
vins à luy demander Car comme
au printemps gracieux, Ainsi les
coeurs plus endurcis, Alors elle
ma respondu, D'autant
que le cours de mes ans, Ienette
certes ie vous voy, Vostre bel
oeil & le beau teint, Puis la
grace de ton maintien, Ne laissez
donques eschapper, Mais
plustost suivant la raison,
Me pourmenois dans un iardin
Dessus l'herbette nouvelle,
Hé baisez moy la belle donc,
Hé baisez moy la belle.
Un Dame sur le gazon,
Cueillant la violette,
Baisez moy ma doucette donc,
Hé baisez moy ma doucette.
S'elle ne vouloir pas aymer,
Et estre ma maistresse,
Baisez moy ma Deesse donc,
Hé baisez moy ma Deesse.
Tout se rend plus gay & plus ioyeux,
Prenant vigueur nouvelle,
Baisez moy ma rebelle donc,
Hé baisez moy ma rebelle.
Se doivent lors rendre adoucis,
De façon plus gaillarde,
Baise moy ma mignarde donc,
Hé baise moy ma mignarde.
Las ie n'ay iamais entendu,
Que c'est qu'amour ordonne,
Baise moy ma mignonne donc,
Hé baise moy ma mignonne.
Ne ma permis ce passetemps,
Pour estre trop ieunette
Baisez moy ma brunette donc,
Hé baisez moy ma brunette.
Donc par ce moyen ie vous voy,
Plus propre à ceste flame
Hé baisez moy Madame donc,
Hé baisez moy Madame.
Qu'ne vostre façon on veoid de peint,
Assez le represente,
Hé baisez moy la gente donc,
Hé baisez moy la gente.
Ioint à vostre bel entretien,
Vous rend de tous aymée,
Baisez moy Citheree donc,
Hé baisez moy Citheree.
Le fruit que vous peut desrober,
La Saison trop legere,
Baisez moy ma bergere donc,
Hé baisez moy la bergere.
Employez tout vostre saison,
Aux plaisirs d'amourettes,
Baisez moy ma Nimphette donc,
Baisez moy ma Nimphette.
Long temps
à qu'amour me tien, Nul ne dit
le fiel amer, Le fruict
qui vient en aimant, Crainte
avec espoir reçoit Le coeur
est par la souvent Apres un
loyal servir, Voyla le
gain de l'amour
Sans en rien cognoistre,
Ce que de luy ont obtient,
Ou veoir apparoistre,
L'alegement du malheur,
Qui ronge & lime mon coeur.
Qui ne s'en abreuve,
Nul ne sçait le mal d'aymer,
Qui bien ne l'espreuve
Si me voulez escouter,
Ie vay le vous reciter.
Est chose admirable,
Quelque fois resiouissant,
Quelque fois nuisable,
Souvent qu'on pense iouir,
On est de laissé mourir.
Ce mal sans mesure,
L'espoir qui dans l'un couchoit,
L'autre s'en asseure,
Crainte en l'autre esloignement
Du mignard embrassement.
En peine & martire,
Arbitre en un iugement
Difficile à dire,
En l'espoir sera vainqueur,
Ou la crainte en son erreur.
Le long d'une année,
Nous voyons la fleur ravir,
D'une chose aymée
Par la main a qui le droit,
Tel honneur n'apartiendroit.
Recordez mes Dames,
Voyla l'aise & le secour,
Venant de ses flames,
Mieux vous vaut ce fol fuyr,
Qu'ainsi le servant languir.
Vous qui
avez Un iour ie
fus Or ce
pendant Par
vagabonds De vous
parler, Non ne
croyez Si l'un
d'entre eux Soubs
ceste pierre,
L'ame d'amour attainte,
Oyez ma plainte,
Et vous sçaurez
Comme fus amoureux,
Lors vous verrez,
Qu'en m'estimant heureux,
Les faux [illisible]
Et assauts avec l'envie
Donne a ma vie.
Veoir ma maistresse
Plein de destresse,
Laquelle ayant
Ma constance cognue,
Tout à l'instant
D'un bon oeil ma receue,
Tant que i'en eus,
La recompense,
A ma plaisance.
Que mon coeur nourrissoye,
En ceste ioye
Une servante,
Escoutant mon secret,
Plus de meschante,
Un raport en a faict
En se monstrant,
Trop laschement traistresse
A sa maistresse.
A ma mort on pourchasse,
En toute place,
Tesmoin le sang,
Lequel i'ay respandu,
Hors de ma Patrie,
Frappé à l'imporveu,
De trois qui m'ont
Prins à leur advantage,
Moy & mon page.
Qu'elle fut ma deffence
C'est sans doutance,
Que fus surpris,
Par ces traistres enuyeux,
Mes ennemis
Dont l'un d'entre eux,
A faict savoir
De ma mort les nouvelles
Iusques à Bruxelles.
Madame ce mensonge,
Ce n'est que songe,
M'estant gardé
En despit de leur coeur,
Combien que fus blessé,
Ie demouray vianqueur,
Gardant expres,
Ce mien corps & ceste ame,
Pour vous Madame.
Veut vuider la querelle,
Par la lumelle,
Ie suis tout prest
De ma partie l'ateste,
Et si l'arrest,
Tombe dessus ma teste,
Mettez i eux,
Vers:sus ma sepulture,
Ie vous coniure.
Repose en somme
Un Gentilhomme,
Aymant tres fort
Sa mye & Dame,
Fut mis à mort,
Par homme infame
Laissant en terre
Une extresme tristesse
A sa maistresse.
Venus qui
de tes beautez Celle qui
les deitez D'aymer un
oeil sans pitié Haste toy
doncques de m'aymer M'aymant
ie t'honoreray
Ma maistresse devore,
Chasse d'elle les cruautez
Qu'un chaste amant abhorre,
Ou est il mon bel obiect allé
M'aymera il encore.
D'un beau portraict honore,
Ne doit avoir les meurs glacez
Car lors moins on l'adore.
Ou est il, &c.
Soy-mesme on se devore,
Mais d'aymer & d'estre aymé
L'un pour l'autre on s'adore.
Ou est il, &c.
O bel oeil que j'honore,
M'aymant tu ne puis aymer
Un plus fidelle encore.
Ou est il, &c.
Plus qu'on ne fait l'aurore,
Et en t'aymant ie mourray
A l'ennuy de Pandore:
Ou est il mon bel obiect allé
M'aymera-t'il encore.
Qui rend
la femme si muable Qui vit
iamais la mer fidelle Le vent
gueres long temps ne dure: La mer
incessamment ondoye Mais
pourtant l'homme sent, utile Soyez donc
tousiours inconstante,
Au lieu de constamment aimer;
C'est sa foy convertie en fable
Qui s'esmeut aux flots de la mer:
Puis de Venus elle à l'essence
Qui de la mer tira naissance.
Et les vents sans legereté,
La femme de nature est elle
Qui n'a non plus de fermeté:
Car ses promesses vagabondes
Sont des flots, des vents, & des ondes.
En un mesme lieu arresté,
De mesme la femme pariure
N'a point d'autre fidelité
Que demeurer certain & stable
A n'estre iamais veritable.
Et sont [sic] flot n'arreste son cours,
Aussi la femme fait la ioye
De rester muable tousiours:
Mais elle est pourtant excusable
Car elle n'asquit veriable.
Sa pariure legereté:
Car par elle il cognoist fertile
L'honneur de sa fidelité,
Et sa vertu paroist diurne
Par le vice qu'elle domine.
One, fou de ce mal-heur,
A tant que ma gloire ie chante,
Vive par vostre deshonneur
Et chacun comme moy pense,
Qu'en fin leur gloire est l'inconstance.
Ie ne veux
plus aymer sans veoir Pour une
inconstante beauté Cent mille
pariures sermens La iustice
n'ordonne pas Il faut
aymer tant seulement C'est mal
vouloir nommer amour L'on ne
peut amitié nommer La femme
t'allume ses feux Pour un
bien qui passe soudain Ie ne veux
plus aymer ainsi Faut aymer
tant qu'on soit content Ce qui est
nouveau nous plaist tousiours
Le doux fruict de mon esperance,
Fy de l'amour qui n'a pouvoir
Nous en livrer la iouyssance.
C'est mal-heur qu'il faut qu'on souspire,
Fy de l'amour qui n'a esté
Iouyssant du bien qu'il desire.
Mille desguisemens de dames,
Me font dire fy des amans
Qui n'ont trompé cent mille femmes.
D'este fidelle à l'infidelle,
Fy de ceux qui font trop de cas
D'une chose pariure & belle.
Pour esteindre sa chaude envie,
Fy de celuy dont le serment
Pour estre vif le rend sans vie.
Une amitié de rage pleine,
Fy de ceux qui pensent tousiours
Que l'amour doux vive en la peine.
Ce qui nostre aise contrarie,
Fy de ceux qui font de l'amer,
Pour estre fols, une ambrosie.
Des larmes des amans fidelles,
Fy de ceux qui offrent des voeux
A des beautez qui sont mortelles.
C'est forfait que languir en peine,
Fy de celuy qui souffre à plein
Pour iouyr d'une chose vaine.
Ioüissant de ma chere amie,
Fy de l'amour qui est transi
C'est une mort, non une vie.
Puis courriser uen autre dame,
Fy d'un amour qui dure tant
Qu'on s'ennuie en sa vieille flame.
Vive donc les amours nouvelles,
Fy au con rire des amours
Qui trop vieilles ne sont plus belles.
Ce qui
d'un vouloir commun Rien
n'esgale le plaisir Ie te veux
servir tousiours Il n'est
point de brave coeur Ce n'est
ni mal ni tourment
Assemble deux coeurs en un,
Comme amour faït chaque iour
Meme qu'on honore,
Vive donc vie l'amour
Il faut bien qu'on l'aodre.
Qui se conforme au desir,
Des coeurs où tu fais sejour
Amour qui les decore.
Vive donc, &c.
Comme dieu de mes amours,
Toy qui peux esteindre un iour
Le feu qui me devore,
Vive donc, &c.
Qui n'esprouve la vigueur,
De ce Dieu qui vit tousiours
Es coeurs brave encore,
Vive donc, &c.
Que sentir divinement,
Ce Dieu livre tout autour
De l'ame qui l'implore,
Vive donc, &c.
Chantez
ailleurs folles Sirenes, Prudent ie
suis par ma souffrance C'est
errer que penser capables Puis
d'esperer trouver en elle L'amour ne
demeure fidelle La femme
est pourtant excusable C'est le
defaut de sa nature Plus
cruelle est sa fiere veuë Sa voix
sont charmes, tous semblables Ce
mal-heur aux amans arrive Bien-heureux
ie me dis de mesme
Ailleurs serpens lancez vos cris.
Car vostre chant & vos souspirs
Ne sçauroient plus charmer mes veines.
Vous folles par vostre fureur.
Demeurez donc en vostre erreur
Comme ie fay en ma prudence.
Les femmes de foy, de repos:
D'estre sans foy elles font los
Comme nous d'estre veritables.
Logé le perturbable amour.
C'est proprement vouloir un iour
Voler au ciel n'ayant point d'aisles.
D'ont un esprit si peu constant,
Car de ceux qu'il tient il attend
Une servitude eternelles.
D'estre sans amour & sans foy,
Puis que son esprit n'est en soy
De loger rien de bon capable.
Qui luy fait defaillir c'est heur:
Mais puis que tel est son malheur,
Mal'heureux qui pour elle endure.
Que celle du serpent malin,
Qui porte en ses yeux le venin,
L'un le corps, l'autre l'ame tuë.
A ceux de Circe renommez,
Car c'est bien estre transformez
Que d'heureux estre miserables.
Qui veulent trop long temps aymer,
Mais quand on perit sur la mer
Heureux qui est dessus la rive.
De voir perir tant d'amoureux,
Et pense que ie suis heureux
De n'aymer point puis qu'on ne m'aimer.
Or vivons
donc ioyeusement Tu te ris
de ma loyauté Ton oeil
vacilloit trop pipeur Tu
presumois que ta beauté Caresse ce
nouveau reçeu, Pensois-tu
que mon oeil cherit Tu le
sçais aussi bien que moy, Le mal que
nous allons causans Ces roses,
ces oeillets, ce teint Pendant
que tu vas carresser Une
infidelle comme toy Or adieu,
pariure beauté,
Moy libre & toy un autre aymant.
Ton amour lerger ie despite,
Pour un autre tu m'a quitté
Et pour ton erreur ie te quitte.
Or vivons donc, &c.
Pour estre constant & fidelle,
Il resemble au cristal trompeur
En qui là laideur paroist belle.
Or donc vivons, &c.
M'assubiettiroit sans remede,
Ha ! non, car la desloyauté
La plus belle beauté rend laide,
Or donc vivons, &c.
En moy ma liberté reprise,
Si sera-il un iour deçeu
Car ton ame vit de saintise,
Or donc vivons, &c.
Ta beauté, sans la voir humaine ?
Ha ! non, car l'amour se nourrit
Du plaisir doux & de la peine,
Or donc vivons, &c.
Puis que d'un nouveau feu tu tremble:
Mais, ô parure garde toy
Que ton amant ne te ressemble.
Or donc vivons, &c.
Regallit contre nous en peine,
Garde que celuy que ie sens
Par ta desloyauté ne t'advienne.
Or donc vivons, &c.
Irons bien tost en decadence:
Mais l'on ne verra point estaint
Le blasme de ton inconstance.
Or donc vivons, &c.
Ce nouvel amant qui te lie,
Ie ploye, non de te laisser:
Mais de t'avoir trop bien servie.
Or donc vivons, &c.
Ne meriteroit un amour stable,
D'un si fidelle amant que moy:
Car la vertu seule est aymable.
Or donc vivons, &c.
Ces vers qui te firent hommage,
Chanteront ta desloyauté,
Changeans comme toy de courage:
Or vivons donc ioyeusement
Moy libre, & toy, un autre amant.
Ce n'est
bien ny plaisir, Mais c'est
bien un grand heur Quand
à moy ie ne veux Une Dieu
& une loy
Estre de tant servie,
Qui à bien sçeu choisir,
Sur autruy n'a envie:
Et les vrayes amitiez,
N'ont que leurs deux moitiez,
Et qui plus y en fait
Rend leur bien imparfait.
Avoir obeyssance,
D'un loyal serviteur,
Avecque iouyssance:
Et le tenir si cher
Qu'il n'est besoin cercher
Ailleurs contentement
Qu'en un lieu seulement.
Prendre pour mes exemples,
Celuy qui à des voeux
Rendus en plusieurs Temples:
Amour n'est de tes lieux
De qui sont en tous lieux,
Et en toutes saisons,
Recevez nos raisons.
Pour heureusement vivre,
Une Foy & un Roy,
Chacun dit qu'il faut suyvre:
Mais il s'entend parmy,
D'avoir un seul amy,
Car sans ce dernier point,
Vivre on ne sçauroit point.
Trois fois
heureuse pensée, Faut-il
follastre Bergere Amans que
vos mains hardies
Qui t'as dans ce lien placee,
Dedans ce sein amoureux
Pres d'un beau teton follastre
Beau teton que i'ydolastre,
Et dont ie suis desireux.
Helas ! c'est ma Nyphelotte
Ma Nyphelotte Charlotte,
C'est elle qui t'y à mis:
Hé, pourquoy ceste cruelle
Pourquoy donc ne voudroit elle
M'en avoir autant permis ?
Faut-il qu'une fleur legere,
Ait plus que moy de credit ?
Faut-il que par ta licence
Elle ait pleine iouyssance,
D'un bien qui m'est interdit ?
Mais las dequoy ma pensee
En peut estre offensee,
Elle qui secrettement:
Peut sur ses pommes d'albastre
Comme celle là s'esbatre,
Et les baiser librement.
De ces pommes arondies,
Se gardent bien d'aprocher:
Elles seroient offensees
Car c'est aux seulles pensees,
Qu'il est permis d'y toucher,
[incomplet ?]
O Nuict
heureuse nuict ô nuict plus agreable, Estoilles
aux larcins des ames bien apprise: O sommeil
qui coulant sous ta fraischeur paisible, O porte de
mon heur receleuse fidelle, O couche
qui sembloit si souvent esbranlee, T'oublieray-ie
flambeau qui durant la nuict sombre, Tu me
donnois moyen estant las d'autre chose, Ainsi en
cent façons soigneux ie prenois peine, Mais que
le temps fut court Aurore matineuse, Di, que ne
cerches tu si ton mary t'ennuye,
Que l'ardante lueur d'un iour mieux esclairé
Qui me fus à mon gré d'autant plus
agreable,
Que moins heureuse nuict ie t'avois
esperé.
De voiler quelquefois vos fabuleuses clartez,
Qui pour favoriser mes douces entreprises
Aviez enveloppé vos feux d'obscuritez.
A tout autre qu'à nous les yeux avoit fillez,
C'est pour toy doux sommeil que ie fus invisible,
Et que de ces ialoux nuls ne furent
esveilleés.
Qui pour me recevoir fut ouverte sans bruit ?
O chambre ou puis apres ie fus reçeu de celle
Avec qui ie passay le reste de la nuict.
Avoir part au plaisir dont nous estions charmez,
Tu sçais combien de fois tu fus la nuict soulee,
Tu sçais combien de fois tu nous fis
pasmez.
Vollant ainsi que nous nous monstrois à l'efet,
Que l'amoureux plaisir parmy l'obscur de l'ombre,
Ne dois estre estimé entiérement
parfait.
De mirer à mon aise, & son front & ses
yeux,
Et de noyer ma veuë en sa bouche , ou repose
Ceste douce liqueur qui ennivre les dieux.
De saouller chasque sens de son propre plaisir,
Une douce liqueur colant de veine en veine
Me venoit puis apres enfin le coeur saisir.
Tu tennuyas bien tost de ce mary vieillard:
Ha ! tu fus sur nostre heur ialouse & envieuse
Il t'en faudroit avoir un qui fut plus gaillard.
Quelque amy qui soit ieune & mieux duit à
l'amour
Il falloit ce pendant que par ta ialousie
Nous fußions si matin importunez du iour.
Si les
premiers mal-heurs de mes amours paßées, Mais au
seul souvenir de mes premieres flammes, Elle
sçavoit pleurer sans qu'elle en eust envie Mais ses
mignards attraits ses soupirs, & ses larmes Comme un
pauvre nocher eschapé du naufrage, Vous qui
voulez aimer & que l'amour contente, Pour selon
son humeur la rendre assortie
Ne m'eussent plus Accort & plus sage rendu,
D'une Dame sans foy les parolles faußées
M'eussent encore perdu.
De ce nouveau danger ie ne suis eschappé,
Un qui n'eust point cognu le naturel des femmes,
Y eust esté pippé.
Tousiours mille souspirs en sa poitrine estoient
Me nommant à tous coups son tout, son coeur, sa
vie,
Fine & traistre qu'elle estoit.
Dont finement accorte elle sçavoit user,
N'y tant de faux sermens ces plus certaines armes,
Ne m'ont sçeu abuser.
I'aquite dans le port les voeux de ma raison,
Dont la sage clarté m'a sauvé de l'orage
De sa fausse trahison.
Dont les masles esprits aiment la fermeté,
Advertis de ma part fuyez ceste inconstante
Pleine de legereté.
Il faut que quelque vent se prenne dans ces lacs.
Si Borée pouvoit oublier Orithie,
Ce seroit bien son cas.
L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie
Vous m'avez fermé la porte
Apres me l'avoir promis,
Ma foy vous estes bien sotte
De manquer à vos amis.
Pour avoir fermé la porte
Apres vousl'amoir promis,
A l'honneur ie m'en rapporte
Si c'est un peché commis ?
Ie vous tenois brave Dame
D'avoir sçeu si bien choisir,
Pour esteindre vostre flame
Et vous donner du plaisir.
Si n'eusse cogneu vostre ame
Lors que me vinstes choisir,
D'un meschant desir infame
I'eusse estaint vostre desir.
Ie vous eusse bien servie
Si ne m'eussiez fait ce tour,
Qui m'a fait perdre l'envie
De plus vous faire l'amour.
Ie ne veux estre servie
D'un capricieux en amour,
Qui n'a rien que la folie
Qui le grippe nuict iour.
Ma foy vous estes bien sotte,
Beste sans entendement,
Qu'en me refusant la porte
Perdez tout contentement.
Ne me tenez pas si sotte
Monsieur sans entendement,
Pour avoir fermé la porte
Ie n'ay fait que sagement.
Vous estes une grande beste
Ie vous le dit en amy,
Vous n'avez dedans la teste
De la cervelle à demy.
Ie ne suis tant que vous beste
Monsieur vous estes en courroux,
Ie pense avoir dans la teste
Plus de cervelle que vous.
Adieu ie vous dis la belle
Si ie mens Dieu me pardoint,
Cerchez un peu de cervelle
Vosu en avez grand besoin.
Adieu Monsieur l'infidelle
Adieu Monsieur l'indiscret,
Vous manquez bien de cervelle,
Apprenez d'estre discret.
Madame ne
vous faschez point Un
estrange peril ie cours Accordez
moy mon cher soucy Pourquoy
voulez vous differer
Si ie recerche avec tel soin,
Vostre faveur & grace
Car vos vertus sont le suiet
Du bien que ie pourchasse.
En vous declarant mes amours,
Mais ce n'est ma nature
De pouvoir rien dissimuler
Le vray amant ne peut celer
Le tourment qu'il endure.
Vostre amour & faites mercy
A ma cruelle flame:
Car seule pouvez soulager
Mon mal ou ma vie abreger
Et du tout m'oster l'ame.
Puis que vous pouvez asseurer,
De mon loyal service ?
Adoucissez vostre rigueur
Madame & retirez mon coeur
D'un si cruel supplice.
O Divine
beauté de mon coeur tresoriere Car vos
yeux asserez de rigueur trop cruelle De nuict
en mon dormant Morphée Dieu du songe Piramis le
gentil qui s'occit pour sa mie Ores ie
suis glacé, ores chaud comme flame,
Ie meurs en vous aymant sans estre caressé,
D'un regard de vos yeux qui fust cause premiere
De mon loyal amour dont ie suis
oppreßé.
Me navrent sans cesser d'une cruelle ardeur,
D'un desir d'amitié qui tousiours renouvelle
Mon tourment ma langueur & accroist mon
malheur.
Vous represente à moy & pensant embrasser
Ceste grande beauté, i'aperçois le
mensonge
Ne trouvant au resveil sinon qu'un faux penser.
N'endura le tourment, l'amour, la paßion,
Comme ie fais pour vous, ô tresoriere ennemie,
Car de iour & de nuict croist mon affection.
Ores tout esiouy, tout ioyeux, tout content
Puis apres tout transi en vous voyant madame
Ne me favoriser d'un regard seulement.
Tu dors
mon ame appesantie, Douce
amitié soit esveillee, Et
maintenant mon amourette
Du regret que tu dois avoir,
De nostre estrange departie:
Mais moy qui n'espere plus voir
La belle qu'en dormant ie laisse
Ie m'esveille & plure [pleure, NDR] sans
cesse.
Esveille toy ma chere amour:
O que tu es ensommeillee,
Il n'est pas guere, loin du iour,
Ma vie comme est-il possible
Que tu sois ores si paisible ?
Ie baise ce que ie souhaitte.
Douce nuict alonge ta course,
Beau iour retire tes chevaux,
R'appelle ceste brillante Ourse
Et la plonge dedans ces eaux.
Cache ta clrté ennemie
Pour laisser reposer m'amie.
Nuict que
ie fuis en peine dure Helas ! ma
tres-fidelle amante Quand tu
sçauras ma departie: Tu
m'appelleras infidelle
Si tu ne deviens plus obscure,
Craignant que ie sois decellé:
Attens que ie m'en sois alle,
Nuict douce nuict au moins sommeille
Tant ma belle se resveille.
Ie ne te reverray donc plus,
Ie te laisse icy mescontente,
Et moy ie m'en iray confus
Pour plaire au doux feu de ma rage,
Mourir en un vil hermitage.
Te laissant dormir en ce lieu,
Sans que ie t'en aye advertie:
Et mesmes sans te dire adieu,
Tu changeras l'amitié fainte
Que tu as dans ton coeur emprainte.
Traistre meschant sans amitié,
D'une ame caute & cruelle
Et qui à le coeur sans pitié
Outrageant ta blanche poitrine
De ta main sur toutes divine.
Amour
m'avoit ordonné L'une me
vient baisotter Ma rose
chaque matin Marguerite
d'un soucy L'une dit
qu'elle a ma foy Pour iuger
ce different Amour pres
de moy se tient Amour
plaide pour moy ainsi Considerez
les douleurs A l'autre
de mesme traict
D'aymer des roses l'eslite,
Maintenant il ma donné
Le coeur d'une Marguerite.
Voyez donc comme amour
Veut que ie serve tousiour.
A l'ennuy de sa guerriere,
L'autre qui m'a sçeu dompter
Me veut baiser la premiere.
Voyez doncques les faveurs
Que me font ces belles fleurs.
Amoureuse sur ma teste
Met un chappelet de thin
En signe de sa conqueste,
N'est ce pas une faveur
Que me fait ma belle fleur ?
Parseme toute ma robe,
Et veut me gaigner ainsi
Le coeur qu'elle me desrobe,
Voyez ceste belle fleur
Caresser son serviteur.
L'autre dit qu'elle est à elle,
Et l'autre dit que ie doy
Servir des deux la plus belle:
Oyez doncques le discours
Que me font mes deux amours.
Ie prins amour pour arbitre,
Elles venuës seulement
Et leur beauté pour leur tiltre:
Voyez doncques ces deux fleurs
En procez de mes douleurs.
Ses flesches bien acerées,
Venus par la main le prend
De mille beautez parées
Voyez pour avoir mon coeur
Ce que font ces belles fleurs.
Ma cause pleine d'oppresse,
Pour ces beaux debats icy,
Il se consume en tristesse,
Moy ie sçay bien les douleurs
Que i'endure pour ces fleurs.
Que ie souffre pour ces fleurs.
Amour qui me sent blessé
En ceste guerre mortelle,
Aussi tost il à lancé
Une flesche à la plus belle,
Voyez voyez comme amour
M'ayme & m'assiste tousiour.
Luy entame les mammelles
Et dit en riant c'est faict
Voyant la fin des querelles
Voyez comment amour peut
Faire du bien quand il veut.
Helas,
Monsieur, ostez vous tost, Ostez la
main de ceste endroit, Autre
m'estimez que ne suis Laissez
moy, Monsieur, ie vous prie Et vous en
allez vistement, Cognoistre
faut devant qu'aimer Mais
qu'est ce que tant barbouillez
Enda ie vous chatoüilleray,
Madame, ici viendra bien tost
Par ma fi, ie vous piqueray:
Helas ! ouyez quelqu'un i'entens
Monsieur vous perdez vostre temps.
Hé bien vous n'y avez rien mis,
Ie disois bien que l'on viendroit
Ne me touchez sous mes habits,
Cessez de tant de fretiller
Despeschez de vous en aller.
Ne me venez plus harceler,
Non, Monsieur, ne fermez pas l'huis
Cela ne se pourroit pas celer,
Le bel honneur que ce seroit,
Quand ainsi on nous trouveroit.
Un autre que moy vous faudroit,
Laissez-moy ie vous en supplie
Car quelqu'un icy surviendroit,
Quel deshonneur me seroit ce,
Laissez moy donc icy seulette
Ne destachez vostre esguilette,
Car vous estes bien proprement,
Monsieur ne vous destachez point
Vous estes tres bien en ce point.
De ce mot là soyez content,
Vous ne vous faites qu'enflammer,
Monsieur ne me testez point tant,
Ie vous prie vous deporter
Car d'un doux il vient un amer.
Ie n'entens point ce ieu cy,
Vous dites que vous vous ioüez
Mais ie ne le trouves ainsi:
Arrestes vous quelqu'un un i'entens
Of, of, helas ! il est dedans.
L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant L'amie L'amant
Non, tu ne m'eschapperas point,
Puis que ie te tiens ma mignonne.
Ie suis arrivé tout à point
Car il n'y a ici personne.
Non, tu ne m'eschapperas pas,
Plustost livres moy le trespas.
Ie vous pri' ne vous faschez point
Alles voir quelque folletonne,
Vous vous trouverez cour d'un point,
Quand à moy ie n'aime personne.
Quand vous encoureriez le trespas
Si ne me baiserez vous pas.
Ma belle n'ayez point de peur
Ne craignez que personne arrive,
Ce me seroit trop de mal-heur:
Pourquoy fais-tu donc la tardive,
Non avant que partir d'icy
Il faut avoir de moy mercy.
Quand à moy ie n'ay point de peur
D'aucune personne qui vive,
Monsieur, i'aime trop mon honneur,
Voila ce qui me rend tardive,
Si vous ne m'avez à mercy,
Ie crieray que l'on vienne icy.
Non, non, vous avez beau crier
Personne ne vous peut entendre,
Cà cà ie vous veux manier
Le teton, ie m'en vois le prendre,
Ie l'ay, ie le tiens, le voila,
Et si vous passerez par là.
Ie vous feray bien chastier
D'avoit osé par force prendre
Mon teton, las ie voy crier
Si haut qu'on me pourra entendre,
Helas, helas, mon Dieu helas,
Voulez -vous pas laisser cela ?
Ce n'est rien ie vous veux fesser,
Vous faites trop de la criarde,
Et avant que de vous laisser,
Il vous faut d'ancer la gaillarde,
Vous aurez beau crier hola,
Vrayement vous passerez par là.
Monsieur ie ne sçay pas dancer,
N'y la volte, n'y la gaillarde,
Vous pourriez bien aller baiser
Un autre plus que moymignarde,
Un iour vous vous repentirez
De ce que tant me tourmentez.
Me repousserez-vous tousiours
Dites moy petite cruelle,
Il faut iouyr de nos amours.
Cependant que vous estes belle,
Iamais plus ne refuserez,
Sur ma foy vous y passerez.
Monsieur, las: que me faites-vous ?
Quel mal'heur d'estre icy venuë ?
Vous me faites mal aux genoux,
Helas ! que desconvenuë,
Quoy tousiours vous continuez,
Helas ! ma foy vous me tuez.
Petite nous mourons tous deux
Ce me semble, à la bonne heure,
Ha que ce mourir m'est heureux,
Fais encor un peu de demeure,
Encor ce coup douce moitié,
Continuons nostre amitié.
On dit qui
veut veoir un bel oeil, Iamais
l'oeil bleu n'a eu pouvoir Ceux qui
auront du iugement En fin on
ne doit rien aymer, Si iamais
il se trouve humain, Puis on
dira, sa loyauté,
Il faut qu'il soit de couleur bleuë
Pour moy ie n'en ay veu un seul
A qui ceste beauté soit deuë.
Et n'eura iamais en sa vie,
De me ranger sous son vouloir
Comme l'oeil noir, quoy qu'on en die.
Engageront tousiours leur vie,
Qu'estimer cest oeil bleu autant
Comme le noir seroit folie.
Que ce bel oeil noir, ce me semble:
Puis qu'il à pouvoir de charmer
Les dieux, & les hommes semble,
Qui pour l'oeil bleu se veuille battre
L'oeil noir me mettra dans la main
Les armes dequoy le combattre.
Sa fermeté l'a rendu maistre:
Pareillement que la beauté
Du bel oeil noir s'est fait cognoistre.
Qu'elle
pitié est cecy, Il y
à tantost deux nuicts, Vous voyez
comme ie l'ay L'on dit
qu'en toute saison Croyez que
quand i'y seray, Si apres
m'avoir logé,
De me laisser tant icy,
Au [illisible], à la pluye, au vent,
& à l'orage,
Madame, à tout le moins logez moy mon
bagage.
Que ie tremblotte à vostre huis:
Vrayement vous estes bien d'un naturel sauvage
Madame à tout le moins, &c.
Morfondu, roide, & gelé,
Ma foy ie n'en puis plus, voulez vous que i'enrage ?
Madame à tout le moins, &c.
Vous avez ample maison,
I'ay le train si petit, que i'y seray au large,
Madame à tout le moins, &c.
Les autres i'empescheray,
De vous venir fouler, ou de vous faire outrage.
Madame à tout le moins, &c.
Vous trouvez bon ce que i'ay,
N'espargnez pas l'oyseau dont vous avez la cage.
Madame, à tout le moins logez moy mon
bagage.
Ce beau
tiltre de iouyssance C'est
Amour qui reçoit victoire, Amour ne
peut rien sans sa force C'est la
couleur seule parfaite, Que nous
sert la seule esperance Si nostre
constance loyalle Il n'est
que iouyr de sa Dame, Sur tous
les hazards elle regne Tout
iaunit aupres sa verdure Ce iaune
paille tant aimable
Qu'un iaune paille porte en soy,
Tient un chacun sous sa puissance
Mesme Amour recognoit sa loy.
Et qui triumphe des mortels
S'est contraint de luy rendre gloire
Sur la grandeur de ses autels.
Sinon qu'à donner un torment,
Amour sans luy n'est qu'une amorce
Qui brusle sans allegement.
Car toutes les autres couleurs
N'ont perfection qu'imparfaites,
Et qu'un ioye de douleurs.
Si la iouyssance ne suit,
Ce n'est avoir qu'une esperance
D'un esperé bien qui nous fuit.
N'est revestuë de plaisir
C'est proprement estre un tantale
Qui s'abuse de son desir.
Vivre autrement c'est une mort,
Plus nous rendons ayse nostre ame,
Et plus l'amour s'allume fort.
Comme non suiette au torment,
Diane l'a pour son enseigne
D'avoir iouy de son amant.
Ne tendant qu'à perfection,
Le iaune paille est la nature,
Sa fin & son intention.
Que Madame porte en son chef
La rend encor plus redoutable
Et l'eternise de rechef.
Madame aussi pour recompense
Immortalise son renom,
Et de reciproque puissance
Tous deux font immortel leur nom.
Ie veux
chanter le martyre Quand tes
beaux yeux ie regarde, Helas ne
me sois cruelle, Ce beau
petit sein d'yvoire, Fay moy
donc ceste grace, Nature
rien ne façonne Approche
toy que ie lie Excuse moy
ma mignonne
Où maintenant suis reduit:
Car quand vos beautez i'admire
Autant le iour que la nuict
Qui me font mourir, qui me font mourir,
Qui me font mourir martyre.
Estincellans comm'un Soleil,
Cupido dans mon coeur darde
Un tonnant qu'est nompareil,
Qui me faict mourir, &c.
N'use enversx moy de rigueur
Et ne sois point si rebelle
A ton fidelle serviteur.
Qui s'en ba mourant, &c.
Et ces deux tetins jumeaux
Sont pourtraicts dans ma memoire
Me donnant mille travaux,
Qui me font mourir, &c.
Et aussi ceste faveur,
Que ton ioly corps i'embrasse
Pour appaiser la douleur,
Qui me faict mourir, &c.
Pour demeurer occieux,
Helas, donne moy mignonne
Un doux regard de tes yeux,
Qui me font mourir, &c.
Mes mains à ton corps si beau,
Comme la vigne lie
A quelque second alneau
De peur de mourir, &c.
Si ie te prie humblement,
Car le feu qui me confomme
Me tient en si grand tourment,
Qui me fait mourir, qui me fait mourir,
Qui me fait mourir martyre.
La peine
au monde plus sensible Mais ce
malheur iamais ne cesse La raison
toute chose dompte, Avant
qu'on ait senti sa flamme
Est celle qui vient de l'amour:
Car tout travail bien que penible
Se clost à la couche du iour:
Rien n'est icy plus estimé
Que d'aymer bien & estre aimé.
Et en finit que par la mort,
Et l'amant au mal qui l'oppresse
Ne trouve conseil ny support.
Rien n'est icy, &c.
Et le temps fleschit son courroux:
Mais l'amour tous deux les surmonte,
Il est donc plus puissant que tous:
Rien nest icy, &c.
L'on se mocque de son pouvoir,
Mais quand elle brusle nostre ame
Lors l'on commence à se douloir:
Rien n'est icy plus estimé
Que d'aymer bien & estre aimé.
Dieu que
c'est une belle chose L'on n'a
que faire de se plaindre De main
desir prompt & volage, Il n'est
femme qui ne soit fine, Heureux
qui n'a que faire d'elles,
Que d'estre aimé & n'aymer point,
L'on ne tient point la bouche close
Pour celer le mal qui nous point:
Ayme qui voudra ie ne veux
Iamais devenir amoureux.
Pour un bien qu'on ne peut avoir,
Le mal nostre coeur ne vient poindre,
Vivre libre est un grand avoir:
Ayme qui voudra, &c.
Nostre esprit n'est point apasté,
Et alors l'on ne devient sage
De sa propre infelicité:
Ayme qui voudra, &c.
Sans foy, & sans affection,
Bien qu'elle face bonne mine
Ce qu'elle dit est fiction.
Ayme qui voudra, &c.
Et qui ne les voids pas souvent:
Car pour devenir trop rebelles
Elles font mourir maints amant:
Ayme qui voudra ie ne veux
Iamais devenir amoureux.
Quand ie
viens à penser à mon cruel malheur, Desolé
ie suis à qu'oy puis-je aspirer, Si i'ay
quelque plaisir c'est helas seulement, Lors que
ie la requiers de finir mon esmoy, Ils
veulent que ie vive, afin de faire voir Ie ne
sçay qui ie suis, ie ne me cognoy point, Il faut
que ie la couvre & l'estouffe au dedans, S'il
advient quelquefois qu'outre ma volonté Bien que
ie sois comblé de toute afflication, C'est
trop, c'est trop languy sans espoir de secours C'est
assez ma chanson il est temps de cesser.
Et au point desastré de ma triste naissance,
Ie me sens si preßé dangoisseuse douleur
Qu'il faut qu'en soupirant mille plaints ie commence
Ie fens l'air de regrets, ie despite les cieux,
Tout forcené de rage,
Et le torrent de pleurs qui debordent mes yeux,
Me noyent le visage.
Où faut il que ie tourne, helas, que doy ie faire
Si ie ne cognoy rien qui me fasse esperer.
Et si ie ne voy rien qui me soit contraire.
Tout object me déplaist, tout chose me nuit,
Le ciel, l'air, & la terre,
La chaleur & le froid, la lumiere & la nuict,
A l'ennuy me font guerre.
Quand i'invoque la mort pour finir ma detresse,
Pour luy faire pitié ie luy dy mon tourment,
Et le mal importun qui iamais ne me laisse:
Mais i'ay beau raconter qui me fait douloir
A ceste inexorable.
Car, helas ! ie ne puis, ie ne puis l'esmouvoir
A m'estre favorable.
Elle ferme l'oreille à ma juste priere,
Si i'en veux approcher reculer ie la voy,
Si ie vay au devant elle fuît en arriere,
Et dit que c'est en vain que d'elle ie pretends,
Secours en mon domage:
Car les dieux qui ne sont de mes malheurs content,
M'engardent d'avantage.
Toutes lire [l'ire, NDR] du Ciel dans un
homme assemblée,
Et tout ce que l'enfer dedans soy peut avoir
Pour tourmenter une ame, & la rendre troublée
Cat l'éternelle nuict ne couvre point d'horreur,
De tourments & de flame,
De pleurs, de peurs, de morts, de remorts, de fureur,
Qui ne loge en mon ame.
Sinon que pour un homme où tout malheur abonde:
Las, ie me sens reduit à un si piteux
[illisble]
Que me faschant de moy ie fasche tout le monde,
Et ce qui plus me trouble, & me fait blasphemer,
Nature & la fortune,
C'est que ie ne sçauroy seulement exprimer
L'ennuy qui m'importune.
pour ne le pouvoir pas assez tristement plaindre,
Dont ie viens à sentir mille charbons ardans
Que larmes & souspirs n'ont puissance d'estaindre,
Que tel est mon martire
Que quand le Ciel voudroit plus fort se courroucer,
Ie ne puis avoir pire.
Du [illisible] où je suis t'abandonne
tu [illisible],
Ie chancelle à tous pas d'un & d'autre
costé
Tant l'extresme douleur [illisible] de moy me
transporte,
Ie ne parle à personne, & chemine incertain,
Comme il plaist à ma rage,
Si quelqu'un me rencontre, il me prend tout soudain
Pour un mauvais presage.
Et que mon iuste dueil par le temps ne s'appaise,
Mes amis seulement n'en ont compaßion,
Et semble qu'en mon mal tout le monde se plaise:
Mesmes aux plus durs assauts de ma calamité,
I'entr'oy comme un Murmure,
De ceux qui vont disant que i'ay bien merité
Le tourment que i'endure.
Pour finir ma douleur il faut que ie me tuë,
Ie veux haster la fin de mes mal'heureux iours.
M'outreperçant le coeur d'une lame pointuë:
Mais, helas ! ie ne sçay si par ce doux trespas
I'auroy banny mes peines.
Et mains de les porter maudit ombrer là bas
Tousiours plus inhumaines.
Et d'arrester le cours de ton dueil larmoyable.
Mais en m'abandonnant où me puis ie addresser
S'il ne s'en trouve un seul tant que moy miserable ?
Va donc où tu voudras & me laisse endurer
La douleur qui m'affolle.
Außi bien est ce en vain que ie veux esperer
Que ton chant me console.
Las ! ie
me meurs en presence de celle Elle
s'enquiert de mon cruel martyre, Las ! ie
pensois pource qu'elle est divine Un feu
couvert me devore & saccage, Il n'y a
point de gesnes si cruelles, S'il est
permis aux enfers de se plaindre O cieux
cruels si i'avois fait offensée, O durs
rochers, ô deserts solitaires, Ma passion
est d'un telle sorte Aussi
l'espoir où ie me veux attendre, Mais il
est temps de finir ma complainte:
Qui en est cause & si ne le sçait pas,
Et ce qui m'est plus grief que le trespas,
Il faut, ô dieux ! que mon mal ie luy cele.
En me voyant si prochain de la mort,
Mais i'ayme mieux mourir sans reconfort
Qu'ouvrir la bouche & ma douleur luy dire.
Que mes ennuis luy seroyent evidens,
Et que son oeil penetrant au dedans
En peust soudain descouvrir l'origine.
Il cuit mon sang & desseiche mes os:
Las ! ie le cache & le veux tenir clos:
Mais sa fureur me paroist au visage.
De feux si chauts, ny de si durs tourmens
Dans les enfers plains de gemissemens
Pour tourmenter les ames criminelles.
En endurant les tourmens rigoureux.
Esprits damnez vous estes bien-heureux
Vous ne sçauriez à ma douleur
atteindre.
Osant aymer une divinité,
Avoy ie bien tant de maux mertité;
Las ! ie reçoy trop dure penitence.
Qu'on me pardonne, & vos rives & bois,
De ce qu'encor ainsi que ie foulois,
De mes ennuys ne vous faits Secretaires.
Qu'en la souffrant ie crains de souspirer,
Sans me douloir il me faut endurer,
Ma peine est vive, & ma parole est morte.
C'est que le feu dans mon sang allumé,
En peu de iours me rendra consommé,
Et que mon corps sera reduit en cendre.
Car i'aurois peu qu'en faisant les regrets
Mon triste luth entendit mes secrets,
Où me plaignant de moy-mesme i'ay crainte.
Aussitost
qu'une belle ame Le destin
qui a puissance En fin ce
que ie travaille, Que
bien-heureuse est la vie Celuy qui
la chanson à faite
Commence à vivre icy bas,
Il faut que l'amour l'enflame,
Ou qu'elle ne vive pas:
Sans l'amour ie ne puis vivre,
L'amour est tout mon plaisir,
Ie veux mourir pour le suivre
Ie n'ay point d'autre desir.
De disposer d'un bon-heur,
Grava lors de ma naissance,
L'amitié dedans mon coeur,
C'est l'amour qui me contente,
L'amour est tout mon plaisir
Ie seray tousiours amante;
Ie n'ay point d'autre desir.
Ce n'est rien que l'amour me faille,
Me puisse faillir l'amour.
L'amour me rend bien heureuse
L'amour est tout mon plaisir,
Ie veux mourir amoureuse,
Ie n'ay point d'autre desir.
Qui se passe doucement
Parmy l'amoureuse envie,
D'une amante & d'un amant,
Quand à moy ie ne puis croire
Qu'il soit un plus grand plaisir,
Vive l'amour & sa gloire
Ie n'ay point d'autre desir.
Ce fust un ieune garçon
Estant avec sa maistresse,
La tenant sur son giron
Luy disoit bas en l'oreille,
Mignonne fais moy ce bien,
Fais le moy à la pareille
Personne n'en sçaura rien.
Belle
helas pour vostre amour, Que sert
de dissimuler, De moy
seul rien ie ne suis: Mais
permettez que ce rien
Ie meurs mille fois le iour
Pour vous servir loyaument,
Ie vis en martire,
Ayez pitié d'un amant
Qui sans fin souspire.
Ie ne vous serois celer,
Que loyal en vous aimant,
Ma langueur empire:
Ayez pitié, &c.
Car sans vous rien ie ne puis,
Rien est mon allegement
Si rien ie respire:
Ayez pitié, &c.
Soit le meilleur de mon bien
Un baiser tant seulement
De vous ie desire:
Ayez pitié, &c.
Amour n'a
point des aisles Ie
sçay bien le contraire Amour la
void si belle Il
travaille, il tracasse, Evitons
donc sa veuë N'est-ce
pas bien malice
Comme l'on dit souvent,
Ce sont des arondelles
Qui vont comme le vent.
Pour sentir mon tourment:
Mais ma belle adversaire,
Ne le sçait nullement.
Et cerche incessamment
De se loger pres d'elle
En un coing seulement.
La trouvant sommeillant
Il desrobbe une place
Dedans son oeil brillant.
Qui blesse vivement,
Qui blesse à l'impourveuë
Malicieusement.
De chercher promptement,
N'en voulant par son vice
Guarir qu'un seulement ?
Ma Deesse,
mon amour, Ie ne
trouve en mes desirs Meslons
ensemble meslons Afin de
mieux embraser Tantost
douce embrassez moy, Tantost
refusez mon tout Mais
pensez vous quel plaisir Amour ayme
beaucoup mieux
Ma Mignardise & mon ame,
Ie veux suivre nuict & iour
Vostre beauté qui m'enflame:
Mon coeur languist bien heureux
Dans vos fillets amoureux.
Rien que vous qui me contente,
Venez donc de cent plaisirs
Recompenser mon attente.
Mon coeur languist, &c.
Nos ames enamourées,
Et l'un & l'autre cueillons
Mille douceurs ensacrées:
Mon coeur languist, &c.
Le feu qui me met en cendre,
Me refusant d'un baiser,
Soudain laissez le moy prendre:
Mon coeur languist, &c.
Tantost soyez moy rebelle,
Tantost doutez de ma foy:
Et puis m'estimez fidelle.
Mon coeur languist, &c.
Iusques à la moindre chose,
Puis preßez d'un baiser glout,
Ma bouche à demy desclose,
Mon coeur languist, &c.
Entre les ris & les larmes,
De contenter son desir
Des amoureuses alarmes:
Mon coeur languist, &c.
Un doux refus qui contente,
D'espoir nos coeurs amoureux,
Qu'une victoire presente:
Mon coeur languist bien heureux
Dans vos fillets amoureux.
Ie viens
de songer endormy, Fourmy ie
recognois tousiours Alors ie
redevalle en bas, Oyez ce
qui m'advint apres, Alors
Madame qui me sent,
Que i'estois devenu fourmy,
Et que i'allois parmi la plaine
Desrober à ma souveraine.
L'esmail des fleurs & du Printemps
Au gré des Zephirs voletans.
La Deesse de mes amours,
Et d'une course plus isnelle
Ie fais tant que m'approche d'elle,
Et commançay par ces patins
A monter iusques à ses tetins.
Et me pourmeine par ses bras
A long du dos & de son ventre
Où selon ma nature i'entre
Au fonds du nombril larrondi,
Voisin du ventre rebondi.
R'encontray un petit marets
Tout bordé d'une mousselette:
Alors ie cherche & ie furette,
Et me logeay en la prison
D'un double & redoublé gazon.
Sa main tout bellement descend
Au lieu où plus ie la fretille.
Et comme vigoureuse fille
Fait tant que ie fortis de là:
Alors mon songe s'en alla.
Voila le
Berger Catin Nous
ferons de bons repas, Et puis
quand las de dançer, Et puis le
Berger Nalin
Qui ià conduit Perinette,
Aussi le Berger Patin
Fredonnant sur sa musette:
Ma Bergere ma lumiere,
Mettons aux champs nos troupeaux,
Ia l'herbette nouvelette
Se descouvre au bord des eaux.
Et puis chacun a la danse
Irons dessus l'herbe bas
En observant la cadence.
Ma Bergere ma lumiere, &c.
Il faudra faire une pose
Sur l'herbe on irons coucher
Afin qu'un chacun repose.
Ma Bergere ma lumiere, &c.
Au son de sa chalemie
Esveillera de grand matin
Nostre belle bergerie.
Ma Bergere ma lumiere, &c.
Durant que
sont parmy les champs, Ie prends
vos beautez pour subiet Si
quelquefois parmy le fleurs Ainsi mon
plaisir escarté Mais alors
que vostre amitié
Ie passe le iour solitaire,
D'ennuis tout couvert ie me sens,
Loin de vostre belle lumiere.
Vous estes là ie suis icy
Comblé de peine & de soucy:
Ie suis icy, vous estes là,
Franche de cecy & cela.
A mon ame si bien empraintes,
Attendant qu'en sorte l'effect
De mes ennuyeuses complaintes.
Vous estes là, &c.
Ceste plaisante odeur m'attire,
Ie sens enlever les douceurs,
Et l'air que vostre sein respire.
Vous estes là, &c.
Par un vain penser ie ressemble,
Encor ne me plaist la beauté,
Sinon en ce qui vous ressemble.
Vous estes là, &c.
Chassera ses vaines pensees,
Et que pres de vous arresté
I'oubliray mes peines passees.
Vous estes là, & moy icy,
Exempt de l'amoureux souci
Bien loing d'icy ie seray là,
Content de cecy & cela.
Que ie
veux mal à mes yeux, Ie m'en
fuis & ie reviens, En quelle
peine ie suis Il le
faut, il plaist ô dieux Ie me
meurs si ces ennuits Il me
plaist, & i'ayme mieux
Qui me trompent tous les iours.
Ie le puis quand ie le veux
Ma guarir du mal d'amours.
Et ie m'en vay au rebours,
Ie ne puis quand ie le veux
Me guarir du mal d'amours.
Embroüillé de ce discours.
Ie ne puis, &c.
Que le mal suyve son cours:
Ie ne puis, &c.
Ne se passent en deux iours:
Ie ne puis, &c.
L'ennemy que le secours:
Ie ne puis quand ie le veux
Me guarir du mal d'amours.
I'ayme
& ne m'en puis distraire Il a bien
si bone grace Pour mon
amour il souspire, Ie me
plains & le lamente Ce n'est
ny respect de mere, En quelque
lieu qu'il se treuve En fin ie
sçay bien qu'il m'aime.
Un Gentil homme de cour
A qui i'ay donné m'amour:
Mais comme pourroy-ie faire
Pauvre fille que ie suis ?
Ie le veux, mais ie ne puis.
En tout ce qu'il dit & fait
Qu'il n'est rien de si parfait:
Mais de ce qu'il me pourchasse:
Pauvre fille, &c.
Et ce qui m'est plus amer
C'est qu'il meurt pour trop m'aimer
Mais pour le point qu'il desire:
Pauvre fille, &c.
De le voir ainsi mourir,
Ie le voudrois bien guerir,
Mais ce qui plus me contente:
Pauvre fille, &c.
Ny contrainct, ny rigueur,
Seul il est Roy de mon coeur:
Mais pour le fruict qu'il espere.
Pauvre fille, &c.
Il peut croire asseurement
Que ie l'aime uniquement:
Mais d'en venir à l'espreuve:
Pauvre fille, &c.
Et ie l'aime bien si sot,
Que pour ne souffrir sa mort,
Mais pour ne mourir moy-mesme
Plustost pauvre que ie suis
Ie le feray si ie puis.
Dessus
l'herbe fleurie Marie tout
à son ayse Il
l'embrasse & la baise Il
rebrasse sa robe Puis en
telle furie O berger
ce dit elle
A l'ombre d'un bouquet
Robinet & Marie
Faisoyent un beau bouquet,
Et autre chose & tout
Que ie n'ose, dire, dire, dire,
Et autre chose & tout,
Ie ne vous diray meshuy tout.
Acolloit son Berger,
O Berger ce (dit elle)
Donne moy un baiser:
Et autre chose & tout, &c.
Le iette fur le tin
Et puis tout à son ayse
Luy manie le tetin,
Et autre chose & tout, &c.
Mettant la main dessous
Luy maniant le chose,
Et aussi ses genoux,
Et autre chose & tout, &c.
Robinet se combat
Avec sa Marie
En prenant son esbat:
Et autre chose & tout, &c.
Venons icy souvent,
Et que telle furie
Vous tienne icy incessamment,
Et autre chose & tout
Que ie n'ose, dire, dire, dire,
Et autre chose & tout,
Ie ne vous diray meshuy tout.
Combien
meilleur m'eust-il esté, I'eusse
mis fin pour une fois, Le foudre
qui vient de tes yeux, D'ailleurs
tes doux succrez regards, Mais ie
voy bien que mon malheur: Sus donc
que s'esmeuse par cris,
Quand premier ie vy ta beauté,
Que la parque ennemie,
D'estournant de toy mes amours,
De mes ans eust tranché le cours,
Et terminé ma vie.
A la douleur dont i'apperçois
Ma chetiv'ame attainte:
Ores ie m'employe tous les iours
A bastir mille vains discours,
Et a dresser ma plainte.
Yeux: mes astres luisans des cieux,
N'auroit plus de puissance
Sur ce corps, qu'un facetieux remord,
Pour n'estre sous la lame mord,
Et martyr à outrance.
Qui sont pour moy autant de dards,
N'outrageroyent mon ame,
Qui libre au champ Elisien
Mesprisoit d'amour le lien,
Et l'amoureuse flame.
Pour plus me livrer de douleur,
Me laisse encor en vie,
Ne suis-je pas bien malheureux:
Ie ne puis mourir quand ie veux,
Ny quand i'en ay envie.
Et par mes funestes escrits:
Par mon dueil par ma peine
La mort tost vienne mettre fin
A ma langueur à mon destin,
Et au mal qui me geine.
Celuy
là qui pourra nombrer Qui pourra
le nombre trouver Le temps
au changement subiet, Ainsi Dame
inconstant ainsi Pour un
iour de bon temps, ou deux, Fais crue
le que nostre amour, Il m'a
desia acquis à toy, Va, sois
seure qu'il durera,
Les menuz fablons de la mer.
Et les esclairans estres,
Pourra nombrer facilement
Combien i'endure en trop aymant
De maux & de desastres,
Des glaçons du fascheux hyver,
Et des fruicts de l'Automne,
Dira par combien d'apretez,
De rigueurs, & de cruautez,
Tu m'es helas ! felonne.
Reçoit souvent nouveau pourtrait
Inconstant variable.
Tantost d'obscur clair il devient:
Apres le froid le chaud survient
Gracieux & affable.
Par un trop severe soucy
Ainsi ton coeur varie,
Ainsi pres quelque faveur
Tu vas exerçant ta rigueur,
O Dieu, quelle manie !
Que cy devant en amour i'eux,
Las tu prens grosse usure,
Tu m'enioincts de ne t'aymer plus:
De ta severe le plus
Pour chasse ma mort dure.
N'aissant puisse durer un iour,
Avant qu'il se termine,
Ne permets qu'il meure, en n'aissant,
Car de la clarté iouyssant
Grands biens il te butine !
Ie suis ton vassal, toy, mon Roy,
Mon Seigneur, & mon maistrer.
Mais cruelle tu ne deffens
De prolonger ses tendres ans
Avant qu'il vienne à n'aistre.
Autant que moy, & ne mourra
Tant que i'auray la vie,
Encor si apres le trespas
L'esprit, comme on tient, ne meurt pas.
Ie t'auray pour amie.
L'Amour
pour me tyranniser Ie pensois
courtiser de vray Va, ie ne
t'aymeray iamais: Car de toy
pour bien en parler, Le mois de
May dernier n'a pas Le soulier
d'un goutteux, dit-on, Tu as
chargé sur toy bien plus Adieu ie
m'en vay, car ie meur,
D'un dard m'entame la poictrine,
Dés lors i'estimeray courtiser
Une fille qui fust benigne:
Mais ie m'en retiray tout cour
Cerche qui te face l'amour.
Chose qui fut de haut estime:
Mais Dieu me gard d'en faire essay
Car ie ny voy raison ny rithme.
Mais ores pour le faire cour,
Cerche, &c.
Car ie crains que quelque belistre,
Ou quelque infecte portefais
N'aye fueilleté ton registre.
Qui fait que te dy tout court
Cerche, &c.
Es ainsi qu'une vieille ruyne
Ou tousiours l'on va travailler,
Laquelle avec le temps on minne.
Qui fait que ie te dy tout cour
Cerche, &c.
Tant produit de fleurs, ne richesse
Que tu as estaint de tes bras
Puis deux ou trois mois, de ieunesse
Qui fait que ie te dy tout cour
Cerche, &c.
Pour ton pied sain, se trouve large,
Ainsi de toy ô Marion
Ton moulle sert à toute usage,
Qui fait que ie te dy tout cour
Cerche, &c.
De fez, qu'un hospital bien riche.
En revenu n'a des escus
Qui faict veoir que n'en es pas chiche
Ie te dy, ie te dy tout cour
Cerche, &c.
De parler à toy ie m'attriste,
De te voir ie prens mal au coeur:
Dieu me doint ailleurs trouver giste,
Ie te dy me retirant cour
Que ie ne te fais plus l'amour.
Ie suis
sorty de moy mesme, L'amour
dedans vos yeux celestes Amis qui
n'avez point encore Pour
admirer sa belle face, Depuis le
iour qu'à la malheure C'estoit
en la saison nouvelle Ie
depitoy, l'amour la force, Helas !
belle ie souspire, Mais pour
tromper mon esperance Ie meurs
estendu sur ma couche,
Et i'ay perdu ma liberté:
Esclave de vostre beauté:
Ie porte en face couleur blesme,
Pour monstrer que vostre rigueur,
Me contraint de vivre en langueur.
S'est campé pour m'ensorceler,
Que serviroit de le celer,
Car la chose est trop manifeste,
Et l'on voit que vostre rigueur,
Me contraint, &c.
Esprouvé d'amour le carquoy,
Helas ! prenez exemple à moy,
Et fuyez celle que i'adore,
Car vous voyez que sa rigueur
Me contraint, &c.
Celuy qui la Cour va suivant.
Le gendarme pareillement:
Quittent les Roys & la cuirace,
Aussi voit-on que sa beauté
M'a privé de ma liberté.
Ie la vis, i'ay perdu helas:
Tout plaisir, respos & soulas,
Et croy qu'il faudra que ie meure,
Car il se voit que sa rigueur
Ne ma fait vivre qu'en langueur.
Que ie fus prins par ses attraits,
Ce fut en un bal, ie m'en tais,
La iournée m'est bien cruelle,
Car il se voit que sa rigueur
Ne me fait, &c.
Le pouvoir, la sagesse aussi,
Ores ie suis à sa mercy.
Me voila pris sous son amorce,
Car il se voit que sa rigueur
Ne me fait, &c.
Las ! vous n'en faites point de cas,
Si pour vous ie faits plusieurs pas,
Vous ne vous en faites que rire,
Tellement que vostre rigueur
Ne me fait, &c.
Voyant accroistre mon tourment,
Vous mettez beaux mots en avant,
Voila toute ma recompense.
Tellement que vostre rigueur
Ne me fait, &c.
La mort vient mon mal appaiser,
Mais du moins que i'aye un baiser
De vostre cristaline bouche,
Et puis apres plus gayement
Ie soustiendray mon grief tourment.
Ma
guerriere il faut à ce coup, Helas !
rends toy c'est trop tenu Pauvrette
ton haleine faut Mais ie te
tiens desia vainqueur Ia voy la
l'ennemy dedans Mourons
donc de ce cruel coup
Ou mourir ou que tu te rende
Cruel vous menacez beaucoup
C'est de peur que ne me deffende.
Voicy le canon ou es morte,
Vos pieces portent trop menu
Et ma barricade est bien forte.
La bresche est bien raisonnable.
I'ay dequoy soustenir l'assaut
Mon retranchement est tenable.
Tout à l'envers molle & domptée,
Abuse i'ay trop plus de coeur
Ie suis de la race d'Antée.
Qui par tout cherche & par tout fouille,
Il à beau fourrager ceans
Si auray ie en fin sa despouille.
Puis que tu as tant de vaillance.
O que ce beau mourir m'est doux
Voyant en tes yeux ma vengeance.
Amour tu
l'as de voller Trouvant
l'endroit à propos, Aussi tost
qu'elle le vit D'un petit
l'as rondelet Amour
s'esveille estonné Prenez
dit-il mon carquois Elle le
prit & soudain Depuis ses
traits redoutez
L'autre iour du haut de l'air,
Se lança d'une furie,
Dedans le sain de Marie.
Pour y prendre son repos,
Il aiança ses deux aisles,
Et s'endort sur ses mamelles.
Toute ioyeuse elle rit,
Lors accorte elle s'advise
D'une gentille entreprise.
D'un petit ferme filet,
Elle l'arreste cruelle,
Et par ses bras l'encordelle.
Se voyant emprisonné,
Il souspire, il pleure, & crie,
Hé; lasche moy ie te prie.
Et mon arc une autre fois,
I'ayme mieux parmy la plaine,
Coucher qu'estre en ceste peine.
D'une diligente main,
Elle deserre & deslié,
Amour qui les autre lie.
Ne sont plus par luy portez,
C'est Marie qui les garde,
C'est Marie qui les darde.
Ce fut
alors que l'Aurore, Dessus
l'herbette perlee En
cueillant de fleurs fleurantes Ie luy
contois le martire Ainsi
qu'elle ie souspire Un milion
luy en donne Mille
baisers ie luy pille Ha mon
mignon ce dit elle Lors ie
luy dis quelque chose O trop
heureuse iournee Ie ne
voudrois un Empire
Commençoit à se lever
Avec celle que i'adore,
M'en allois au bois ioüer.
La rousée du ioly mois de May,
A mouillee m'amie & moy,
Au lieu le plus gracieux,
Sans crainte de la rousee
Nous nous assimes tous deux.
La rousee, &c.
Au chant de cent mille oyseaux,
Au doux bruit des eaux courantes
Ie luy racontois mes maux.
La rousee, &c.
Que i'ay souffert en aimant,
Elle m'escoute & souspire,
Puis me conte son tourment.
La rousee, &c.
Puis fondant tous deux en pleurs
Muets nous ne pouvions dire,
Si non baise moy ie meurs.
La rousee, &c.
Pour son deuil rescompenser,
Elle autant m'en abandonne
Pour son tourment effacer.
La rousee, &c.
Elle m'en desrobe autant,
Ie luy en preste cent mille
Ell'me les rend tout contant.
La rousee, &c.
C'est assez vous avez tort:
Se penchant à mon oreille
Ell'la baise & puis la mort.
La rousee, &c.
Mais quoy ie n'en diray rien
Car de le dire ie n'ose,
Aussi vous m'entendez bien.
La rousee, &c.
Ie ne voudrois estre un Roy,
Et que si douce rousee:
N'eust mouillee m'amie & moy.
La rousee, &c.
Pour changer à mes amours,
I'ayme trop mieux pouvoir dire
Maintenant & à tousiours.
La rousee du ioly mois de May
A mouillee m'amie & moy.
Allons
vieille imparfaite Allons
vielle barbuë, Allons
vielle vilaine Allons
vielle inutille Allons
vielle ridee, Allons
vielle effroyable Allez
vielle bossuë Allons
[imonde ?] tortuë
Vielle il vous faut sortir,
Vous estes si infaitte
Qu'on ne vous peut sentir.
Sortez à la paireille, vuidez ceste maison zon
zon.
Branslez le fesson la vielle, branslez le fesson.
Qui n'avez que deux dents,
Et si estes vestuë
En fille de quinze ans.
Sortez à la paireille, &c.
Vilaine iusqu'au bout,
Vostre puante haleine
Se sent desia par tout.
Sortez à la paireille, &c.
Inutille à tout bien:
Et vostre oeil qui distille
Le vieller n'en vaut rien.
Sortez à la paireille, &c.
Suant puant teton,
Ce n'est pas une Idee:
Que ce que nous voyons.
Sortez à la paireille, &c.
Vray remede d'amour,
Allez à tous les diables
C'est là vostre seiour:
Sortez à la paireille, &c.
Eschine à dos de luth:
Quand un endroit vous suë
Tout les reste vous put.
Sortez à la paireille, &c.
Oeil coulant nez puant,
Orde sale bossuë
Corps infect & truant
Allez face vermeille,
Rouge comme un tison zon zon
Branslez le fesson la vielle,
Branslez le fesson.
Vous
dittes que ie suis muable Vous
babillez de ma froidure Comment
voulez vous que ie face Tel est le
bois tell'est la flame Lon se
mocque de ma misere Voulez
vous donc sçavoir cruelle Voudriez
vous que ie vous aimasse
Que ie ne sers pas constamment
Comment pourrois-je sur le sable,
Faire un asseuré fondement.
Et ie suis de feu toutesfois,
Le feu est de telle nature
Qu'il ne peut brusler sans le bois.
Mon ardeur en vous trouver lieu,
Le feu n'embrase point la glace:
Mais la glace amourtit le feu.
Telle beauté & telle ardeur,
Le corps est pareil à son ame:
A la Dame le serviteur.
Quand i'ayme affectueusement,
Et d'on me tourne à vitupere,
Quand ie mets fin à mon tourment.
Qui a noyé tant de chaleurs,
Et tant de vives estincelles
Se font les ruisseaux de mes pleurs.
Pour vous servir de passe-temps,
Vrayement vous auriez bonne grace
Friande vous avez bon temps.
Un amant
respandit un iour Luy
tournoyant cerche par tout Comme il
est en peine & soucy Lors
à ce beau miroir fatal Lors Amour
r'allume son feu
Tant de pleurs en faisant sa plainte
Dessus le flambeau de l'amour,
Qu'il en rendit la mesche estainte,
Heureux s'il n'eust tant l'armoyé
Que l'amour mesme il eust noyé.
Pour r'allumer la flamme morte,
Mais il n'en peut venir à bout
Car chacun luy ferme la porte:
Sçachant bien qu'il brusle tous ceux
Qui l'osent recevoir chez eux.
Il void les beaux yeux de Madame,
Il void le miens & void aussi:
Mon coeur tout prest à mettre en flame,
Cà dit-il viens de trouver
Dequoy mon flambeau r'allumer.
Où ma vie & ma mort repose,
Comme deux boullets de cristal,
Mes yeux droittement il oppose
Affin qu'unissant leur rigueur,
Ses rayons bruslassent mon coeur.
Et puis d'une malice extresme,
Me dit-il tournant tout en feu,
Sers toy de lumiere à toy-mesme.
Desormais pour l'obscurité:
Tu ne seras plus sans clarté.