Anonymes
Airs
de Cour,
comprenans le Tresor
des Tresors,
la Fleur
des Fleurs,
& eslite des Chansons
Amoureuses
extraictes des oeuvres non encor cy devant mises en lumiere, des plus fameux & renommez Poëtes de ce siecle
La Fleur ou l'Eslite de Toutes les Chansons amoureuses & Airs de Cour
Dans le
touffu d'un boccage Toute
eeprinte de merveille En sa
collere elle eut grace Le ciel
qui veoid que mon ame O beaux
combats ou il semble Puissions
nous tousiours combattre Tant s'en
faut que ie le die,
Amour d'un lointain servage
M'a voulu rescompenser
Trouvant ma belle endormie.
Tant s'en faut que ie le die,
Ie ne l'ose pas penser.
De son sein le bel albastre
Bouffoit doucement fllastre:
Qui fist ma main s'advancer
Sur le lieu ou gist ma vie.
Tant s'en faut, &c.
En sursaut Floris s'esveille
Mais sans peut de l'offenser
D'une chose ie la prie.
Tant s'en faut, &c.
Colorant sa belle face.
Mais comme amour peut forcer
Ce que doucement il lie.
Tant s'en faut, &c.
De mille douceurs se pasme
Sembla lors se courroucer
Portant a mon heur envie.
Tant s'en faut, &c.
Vivre & mourir tout ensemble,
D'un travail doux & amer
Plein de penible ambroisie.
Tant s'en faut, &c.
Et combattans nous esbattre
Tant qu'en ce ieu d'embrasser
Mon ame me soit ravie.
Ie ne l'ose pas penser.
Mourir en
vous servant, c'est ma belle naissance
Puis que ie suis pourvous, plustost que pour moy
né.
Estant fatalement à ma mort destiné
Le destin en est doux s'il a de vous l'essence.
Estouffer dans son coeur une peine incruelle
Sans oser seulement penser à ma douleur
Est-ce vivre ou mourir mais i'estime un bon heur
Mon trespas renaissant ma peine en est trop belle.
Ma vie est peu de cas pour faire un sacrifice,
A un subiet qui est d'amour mesme adoré
Aymer avec les Dieux c'est trop estre honoré
Et souffrir avec eux ce n'est pas un supplice.
Tout ce qui estoit mien se bande contre moy,
Et comme desia tien se bande contre moy,
Mais doucement charmé ie nourris mon esmoy
Et suis en te servant à moy mesme contraire.
Ie ne demande rien pour toute rescompense
De ma constante foy qu'un tourment doucereux
Pour loyer de mes feux ie demande des feux
Car endurer pour toy c'est ma seule esperance.
Allons
Bergere a l'ombrage Si quelque
moutont folastre Et quoy tu
fais la mignarde Ie meurs
ma flamme s'augmente
De ces tremblotans cyprez
Et nous ioygnons de si pres
Qu'en un doux meurtrier plaisir
Le desir,
Nous anime le courage.
Se perd de nous tout a coup,
Nous crierons au loup au loup
Et si quelqu'un veoid nos ieux
Amoureux,
N'est-il pas bon de s'esbattre.
Ne repousse plus ma main,
Mais pasmant dessus ton sein
Vien tost ou tard appaiser,
D'un baiser,
Floris nul ne nous regarde.
Tous ces passetemps sont vains,
Si nous ne venons aux mains,
Mais ie benis en ce pas,
Mon trespas,
Tant ceste mort me contente.
Le verd
n'est pas espoir à un qui rien n'espere Si mon
verd est menteur menteuse m'est ma flame Parmy les
froids glaçons de mille & mille peines Beau verd
cerain temoin de ma ferme constance Et toy
belle qui vas dessoubs la couleur iraistre
Soubs le verd bien souvent se couvre la rigueur
L'amant n'est pas amant, qui cede à la douleur
Et qui a ces tourments son debvoir ne prefere.
Menteurs ne sont mes pleurs, menteuse n'est ma foy
Mais il vaut mieux mentir pour couvrir mon esmoy
Que noircir ton beau nom d'un eternel diffame.
Mon amour reverdit, & ton bel oeil vainqueur;
D'un loyer froidureux peut faire dans mon coeur
Un printemps: & l'esté au profond de mes
veines.
Et qui porte les traicts de ma fidelité,
Iamais ne puisse tu embrunir ta clarté,
Mais plustost reverdir au fort de ma souffrance.
D'un verd feint & menteur voillant ta
cruauté,
Puisse tu reverdir en honneur en beauté
Car de ton seul bonheur le mien apres peut
naistre.
Philon
tenoit sa Floris, Floris
sentoit dans son coeur, Philon
lors couloit sa main Si Floris
esut peu parler, N'en
blasmez pourtant Philon:
Un matin dessus sa couche
Ou d'une fureur espris,
Pasmoit sur sa belle bouche
Bien heureux est le tourment
D'où naist le contentement.
Les effects de mes flamme
Et en mourant de douceur
Disoit tout bas dans son ame,
Bien heureux, &c.
La voyant toute endormie
Sur la rondeur de son sein
Qu'attendez vous qu'on vous die.
Bien heureux, &c.
Elle eust repris son audace,
Mais que nous sert de voiller,
Ce qu'on list dans notre face.
Bien heureux, &c.
Mais dictes si vos pensees
D'une mesme affection,
Ont esté iamais touchées.
Bien heureux, &c.
Que vous
sert tant de feintise Tout ce
que vous savez faire, Ie ne
seray pas si folle, Vostre
cervelle mourante, Me
rendront ores plus sage, Retirez
vous ie vous pris. Vos
parolles mensongeres
Pour me rendre en vos lacqs,
Deux fois d'une mesme prise
Vous ne triomphez pas.
Car dés que vous l'avez faict,
Tout soudain chacun le sçait.
Pour couvrir si lasche tour,
C'est me vouloir faire croire
Que vous avez de l'amour.
Car dés que, &c.
De me rendre au premier mot
Desormais sur la parolle
Ie ne quitteray le fort.
Car dés que, &c.
Plus que les astres le bal
Et vostre humeur moins constante
Que les flots qui vont aval.
Qui font que quand l'avez faict
Tout soudains chacun le sçait.
En l'amour que ie n'estois
Lors de mon aprantissage,
Captive desoubs vos loix.
Puis que quand, &c.
Et me laissez en repos
Ce sera plus a propos
Si ie le fais de ma vie.
Car dés que, &c.
Et souspirs feints de ton coeur
Avec tes amours legeres,
Plus ne toucheront mon coeur.
Car dés que, &c.
Ceste eau
beniste Madame, Ce n'est
pas de l'eau beniste Si-est car
des la mesme heure, Non
c'estoit de l'eau boüillante, C'est bien
pour prendre courage, Mon Dieu
quand ie vous regarde: Ne serois
ie pas folie
Dont vous m'arrousastes un iour,
Helas c'estois de la flame
Ou du feu de nostre amour.
Dequoy vous fustes arrousé,
Elle a bien autre merite,
Vous en seriez embrasé.
Que vous m'eustes arrousé
Ma mignonne que ie meure,
Si ie ne fust embrasé.
Prinse au chaut brasier d'amour,
Dont l'un & l'autre se contente
Chancun de tour à son tour.
Puis que si froid element
Au lieu d'esteindre ma rage,
Ma flamme va t'alumant.
Mais quoy qu'est-ce que de vous
I'ay beau me poser en garde,
Ie ne puis parer vos coups.
Plaindre ma captivité,
Puis que ma belle Marie
Captive ma liberté.
A la fin
ce Berger Ie n'en
vaudray que mieux, Non, non
ce ne sont pas Elle perd
a demy Ie le
tiens mieux aquis Il
à beau revenir,
Monstre un esprit leger,
Pour tromper mon attente
MAis i'auray desormais
Pour ne l'aymer iamais
L'ame constante.
Elle qui de ses yeux
Son-ame à recouverte,
La tenant en sa main
Ne faict non plus de gain
Que moy de perte.
Ces yeux ny ses apasts
Qui ont faict la conqueste:
Mais son esprit mouvant
Qui est ainsi que vent,
La luy a faicte.
C'est infidelle amy
Commençant à le prendre
Et sa legereté
Qui m'a son coeur osté,
Me le peut rendre.
Avant l'avoir conquis,
Que quand ie le possede
Il revient en allant,
Et son mal violant,
Est son remede.
Si i'ay mon souvenir,
Et luy son inconstance
L'appreste à son retour,
Au lieu de mon amour
La resistance.
Sortez
bouillans souspirs qui m'estouffez d'ardeur Volettez
à l'entour de la bouche & du sein, Fuyez dans
ses cheveux les liens de mon coeur Ces
cheveux annellez ressement aux apats Entrez
dans son aureille & luy dictes ainsi, Voulez
vous point avoir de luy quelque pitié,
Laissez ce pauvre corps pour aller voir ma belle
Eschauffez luy son coeur & bruslez sa froideur,
Afin qu'elle ne soit envers moy si cruelle.
Baisez & rebaisez sa coraline bouche
Puis ô mes chers souspirs, renouvellez vous
soudain
De peut que le brasier de ses yeux ne vous
touche.
Pour deslier les noeuds en ma raison s'oublye.
Mais gardez vous aussi que l'archeret vainqueur,
Pensant de deslier vous mesme il ne lie.
De loiseleur qui prend les oyseaux par finesse
Vous pourriez bien ainsi estre pris en ses lacqs,
Car ce ne sont que rets & filets que sa
tresse.
Ce miserable sorps dont avons faict sortie,
Est tellement vaincu de deuil & de soucy
Qu'estendu sur son lict la force est amortie.
Vous causez ses ennuicts, soyez donc moins rebelle,
Et ne mesprisez point de ses extreme amitié
non vous aurez iamais un amant si fidelle.
Vous me
blasmez le plus souvent Ie ne
serois estre leger, Non vous
n'avez pas plus que moy Ie ne puis
soufrir nullement Vous
recognoistrez qu'à grand tort Bergere
dont l'esprit errant
De veoir mon amour en balance:
Mais avec le sable & le vent,
Vous gaignez le prix d'inconstance.
Bergere convenons d'un point,
Que ie change ou ne changez point
Quand ie recognois que l'on m'ayme:
Lais lors qie ie me vois changer
Tout aussi tost ie fais de mesme.
Bergere convenons, &c.
De ruze, ny de privilege
Amour qui nous donne la loy
Nous apprist en mesme college.
Bergere convenons, &c.
Les traits d'une amour vagabonde,
N'y pleurer pour vous seulement
Quand vous muez à tout le monde.
Bergere convenons, &c.
Vostre coeur à moy se courrouce,
Car si ie suis party du port
C'est du mesme vent qui vous pousse.
Bergere convenons, &c.
N'a rien d'esgale à sa vitasse
Pour accorder ce different,
Qui nous faict disputer sans cesse.
Il faut donc convenir d'un point,
Que ie change ou ne changez point.
De qu'elle
ingratte recompense, Celuy qui
retient en servage, Ne m'as tu
pas la foy iurée, Celuy qui
possede ton ame, Lors tes
yeux qui sont plains de charmes Quand tu
sentiras en toy mesme, Mais la !
d'un supplice semblable Si vostre
estuy ma maistresse I'ay une
pointe galante Si ceste
piece iolie C'est un
poinçon le plus roide Ce present
donc ma mignonne,
Payes tu ma fidelité,
Cruelle & perfide beauté
Tu foulles aux pieds mon constance.
Mais ie te verray quelque iour,
Punir de ton fol amour.
Ton coeur qui devroist estre le mien
Ne iouiroit pas de ce bien
Si ton amour n'estoit volage.
Mais ie te verray, &c.
Et ie croyois ton faux serment
Que tu m'aymois uniquement,
Toutesfois tu t'es pariurée.
Mais ie te verray, &c.
Au preiudice de ta foy
Bien tost me vengera de toy,
En changeant d'amour & de Dame.
Cela t'adviendra quelque iour,
Pour punir ton volage amour.
De trets d'amour & de douceur
Seront cause de ta douleur,
Changez en fontaines de larmes.
Cela t'adviendra, &c.
Le rigueur de ton changement,
Tu iugeras en ton tourment
Combien ma douleur est extresme.
Cela t'adviendra, &c.
Le ciel lous punira tous deux,
Moy pour le bien que ie te veux,
Toy pour avoir esté munable.
Cela t'adviendra quelque iour,
Pour punir ton volage amour.
N'est ce ces pieces garny,
I'en suis assez bien muny
Pour vous servir d'allegresse.
A un poinçon bien poly,
Il faut un estuy joly.
[Fort ?] propre pour vostre estuy,
[Et ?] si i'ay ce qui s'ensuit
Pour vous rendre bien contente.
A un poinçon, &c.
Dedans vostre estuy estoit,
Pourveu qu'elle y fust bien droit
Vous la trouveriez iolye.
A un poinçon, &c.
Que nature ait iamais faict,
C'est un oeuvre si parfaict
Que i'en prive toute laide.
A un poinçon, &c.
Doit estre privé de vous
Dar il n'est comun à tous
A vous belle ie le donne.
A un poinçon bien poly,
Il faut un estuy joly.
L'autre
iour mallait promener, Le mien
amy me vint trouver Il y
estoit venu expres Et moy le
voyant si pres Il me
print par mon ioly corps, Et sans me
laisser en repos Il mist
soudain sa lande en arrest Moy le
voyant à courir prest, Lors il
courut cinq ou six coups Lors il
courut cinq ou six coups Et se
voyant du tout vaincu Qie ie
misse bas mon escu, Et qu'une
autrefois reviendroit
Le long d'un verd boccage
Le mien amy me vient trouver,
Iustement au passage.
O que le combat d'amour
Est plaisant à l'usage.
Iustement au passage
Il y estoit venu expres,
Afin de me combattre.
O que le combat, &c.
Afin de me combattre
Et moy le voyant si pres,
Ie fis de la folastre.
O que le combat, &c.
Ie fis de la folastre,
Il me print par mon ioly corps,
Et en bas me terrasse.
O que le combat, &c.
Et en bas me terrasse
Et sans me laisser en repos
Incontinent m'embrasse.
O que le combat, &c.
Incontinent m'embrasse
Mist soudain sa lance en arrest,
Me pensant faire outrage.
O que le combat, &c.
Me pensant faire outrage,
Moy le voyant à courir prest,
Luy monstray bon visage.
O que le combat, &c.
Luy monstray bon visage
Lors il courut cinq ou six coups
D'un fort brave courage.
O que le combat, &c.
D'un fort brave courage,
Mais en fin il devint rebours
Sur la spetiesme charge.
O que le combat, &c.
D'un fort brave courage,
Et se voyant du tout vaincu
Me supplia de grace.
O que le combat, &c.
Me supplia de grace,
Qie ie misse bas mon escu,
Et treve luy donnasse.
O que le combat, &c.
Et treve luy donnasse,
Et qu'une autrefois reviendroit
En ceste mesme place:
O que le combat, &c.
En ceste mesme place,
Et qu'il seroit frais & adroit
Pour bien bastre la casse.
O que le combat d'amour
Est plaisant à l'usage.
Dy moy dy
moy mignonne Quand tu
ny veux pas faire Est-ce un
plaisir ou peine, Veux tu
vivre sans flame, Est ce
contentement, Aproche
toy Clerisse, Veux-tu
que ie presisse Ce grand
Dieu qui tout dompte, Or afin
que ti tienne,
Quel plaisir tu reçois,
Quel aise tu te donne.
Et quel bien tu conçois
Quand tu ny veux pas faire
Fariron la la la la.
Pour ton aly cela.
Que servent tant d'oeillades
Qu'accroistre le desir
Toutes vos algarades,
Ne me donnent aucun plaisir.
Si l'on n'y vien à faire
Fariron la la la la
Si l'on n-y vient à faire
Pour son amy cela.
D'ainsi faire l'amour
Nenny mais une gesne
Trop cruelle en amour.
Si l'on n'y vient, &c.
Et sans aucun desir
Tu me desrobe l'ame,
Faute d'un seul plaisir.
Si tu n'y viens, &c.
Se baiser tout un iour:
Non, mais bien un moment,
Inhumain en amour.
Si l'on n'y vient, &c.
Aproche toy de moy,
Tu auras la iaunisse,
Ie te iure ma foy.
Si tu n'y viens, &c.
A faute d'un baiser,
Sus donc entrons en lice,
Pour mon mal appaiser,
Et nous en allons faire
Fariron la la la la
Ce que l'amour voudra.
Soubs l'effort de ses traicts
Ne veut pas que ie montre ?
Ou sont ses doubs attraits
Sans premierement faire,
Fariron la la la la
Ce que l'amour voudra.
Le plaisir pas effect,
Approche que ie prenne
Mon desir à souhait.
Fariron la la la la
Ce que l'amour voudra.
Aux
logettes de ces bois Elle ne
peut desirer Pleust
à Dieu qu'elle sceust bien, Si ie ne
la puis gaigner,
Est une pucelle,
Ou bien souvent ie m'en vois
Pour parler avec elle,
Ie l'entretiens tous les iours,
De mille propos d'amours.
Mais helas ie cognois bien,
A son fier langaige,
Que ie n'y peut gaigner rien
Sur son pucelaige.
Rien que ie ne face,
Et si ne peut esperer
Que sa bonne grace,
Que ie veux tousiours cherir
Fussay ie prest à mourir.
Mais helas, &c.
Mon amour extresme
Et que son coeur & le mien
Fust un vouloir mesme,
Nous vinrions tous deux heureux
Ainsi que vrais amoureux.
Mais helas, &c.
Par loyal service,
Ie tascheray à l'avoir,
Par quelque artifice,
Ou i'invoqueray tousiours
Le conducteur des amours.
Mais helas, &c.
L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie
Si
quelque pitié te touche,
Du mal que souffre mon coeur,
Vien appaiser de ta bouche
Mon amoureuse chaleur.
Ma flamme en ton sein s'augmente
Mon ame aux tetons s'enfuit
Prend sur ma leure mourante,
Le reste de mon esprit.
Tu te
trompes ma pensee,
De dire que mes testons
Tiennent ton ame pressee,
Sur leurs rougissans boutons
Tu te trompes mon fidelle,
De me mordre ainsi le sein
Ta morsure est trop cruelle
N'y touche de la main.
Puis
que ta langue fuyarde
Sucrez en mille deduits,
D'une grace si mignarde
Desrobe tous mes esprits.
Rends les faschex à la mienne
Ie meurs encor une fois,
La douceur de ton haleine,
Ravit mon coeur & ma voix.
Que
fais tu donc mon folastre,
Tout beau ie ne le veux pas
Qu'elle façon de s'esbattre,
Ton ame n'est pas la bas,
Ha desloyal ie suis morte,
Certes ie me fascheray
Ie ne suis pas la plus forte
Tu me blesses ie crieray.
Vrayement
tu as bonne grace
Sus que ie baise tes yeux,
Presse ma bouche & m'embrasse,
O quel esbat gracieux
Nous mourons tous deux ensemble
Ha la parolle me faut,
Ma maistresse que te semble
De c'est amoureux assaut.
Ton
ame estoit prisonniere
Esliens de ma beauté,
Mais d'une douce maniere,
Tu las mise en liberté,
Tu m'as derobé la vie
Rends la moy cruel garçon,
Rends la moy ie te supplie
D'une pareille façon.
Demande Response Demande Response Demande Response Demande Response
Vous
faictes bien de la farrouche,
Parce qu'on vous veut du bien.
Monsieur
essuyez vostre bouche,
Ma foy vous n'y gaignerez rien.
Ne
croyez vous pas la belle
Quand ie vous dy verité.
Vostre
trop creuse cervelle,
M'en oste la volonté.
Quoy
vous n'avez point fiance,
Au voeu qu'on faict si souvent.
Parce
que vostre constance,
Se change somme le vent.
Adieu
donc belle mauvaise,
Ie ne vous diray plus mot.
Allez
vous mettre à vostre aise,
Vous n'estes qu'un ieune sot.
Dieu que
c'est une belle chose, L'homme
qui de peu se contente, O Dieu
qu'elle sotte manie De peu
Dieu à creé le monde,
De vivre libre & peu avoir,
L'homme sans soucy se repose
N'ayant subiet de se douloir.
Vivre libre iamais ne me veux,
M'engager iamais ne me veux.
Vit sans aucune passion,
Iamais n'a l'ame languissante
Pour subiet ou occasion.
Vivre livre, &c.
Dont les hommes sont tourmentez,
Puis que c'est que pour la vie
Que [servent] des biens par excez.
Vivre libre, &c.
Est ce pas un tres beau miroir:
Mais le mal qui nous en abonde
Nous empesche de le sçavoir.
Vivre libre, &c.
Que
î'ayme ces beaux yeux ou gist tant de poison Que i'ayme
ceste main ou la belle longueur, Que i'ayme
ce beau ris chastement affetté, Que i'ayme
ces pillers de marbre tremblottant,
Si cruels & si doux autbeurs de ma destresse
Que i'ayme ce beau sein ou ie pasme sans cesse
Et l'or de ces cheveux ma plus saincte prison.
Au fort de mon tourment redresse mon courage:
Que i'ayme les attraicts de ce divin visage
Et ce front ou s'esiourne une feinte douceur.
Et les accens pipeurs de sa bouche parolle
Et ceste mer de laict qu'à petits flots
briscolle,
De son sein potelé la belle dureté.
Sur tout ie ne sçay quot qu'on veoid entre eux
paroistre,
Me ravit de douceurs: mes Dames que peut c'estre
De moy ie n'en sçay tien tant ie m'en sens
content.
Aveugle clair voyant mon escorte
fidelle, Tu fus mon Ariadne ainsi comme
Thesee O favorable nuict trop plus qu'un
beau iour claire Mais sur tout Pithyen envieuse
lumiere, Et toy petit archer cause de ma
torture,
Secourable flambeau qui guida ma nacelle:
Soubs une obscure nuict dans le port de mon mieux
Tu enhardis mes pas tu monstras la place,
Et Floris fut l'Autel ou te payant mes voeux,
Amour ie te rendis une action de grace,
I'erroy au Dedalus d'une peur qui campee,
Tout à l'entour de moy s'opposoit à mon
bien:
Mais l'espoir de plaisir animant mon courage,
Me servit de filet & me conduit si bien,
Que mon heur ne permet desirer d'avantage.
O belle obscurité l'unique secretaire,
Des plus doux passetemps, des plus saintes fureurs
Des baisers plus sacrez des douceurs plus cruelles,
Qui font rougir les Dieux ialoux de nos bons heurs
Sois pour iamais mon jour & mes clartez plus
belles.
L'a dormir deformais ais finissant ta carriere,
D'un sommeil eternel au giron de Thetis,
D'un nouveau Phaeton aux despens de la terre,
Precipite ton char & que l'oeil de Floris
Serve pour le briser à Iuppin de tonnerre.
Qui pour m'en alleger me servit de Mercure,
Endormant finement un Argus ennuyeux,
Comme tu as esté maintiens toy favorable:
Et si le commencer en à esté heureux,
Fay que la fin en soit encor plus desirable.
Bien que vostre rigueur mon service
reiecte La foy qui pour son temple a choisi
ma poitrine Pourquoy doutez vous donc de mon
amour fidelle Mais puis que vos desdains rendent
ma voix plaintive Et bien quand ie mourray pour vous
avoir servie,
Ie n'ayme rien, que vous n'y ne sçaurois aymer
Ie despite autre amour qui me sceut enflamer
Mon coeur est un rocher à toute autre
sagette.
Iamais n'en partira quoy qu'il puisse arriver,
L'effort du temps vainqueur ne l'en sçauroit
priver
Contre tous ses assauts plus ferme elle
s'obstine.
Voulez vous m'espriser mes larmes & mes pleurs.
Si vous cignoissiez bien qu'elles sont mes douleurs
Vous vous accuseriez de m'estre si cruelle.
Et que mon mal vous plaist & mes tristes langueurs
Ie voy bien qu'il faudra pour borner mes malheurs,
Et mes loyaux desirs que la mort me captive.
Voyez ce qu'on dira quand on sçaura ma mort
Ceste Dame cruelle est dedaigneuse à tort
Fit tant que son amant donna fin à sa vie.
Floris
trembloit l'autre iour, Floris des
palles couleurs Ma Floris
a sur les mains Mille
suffocations Venons
Floris a l'accort,
D'une glace qui l'entore
Et moy qui brusle d'amour,
Ceste froidure implore:
Ainsi de ces deux poisons
Nous portons les guerisons.
Mille fois le iour se pasme,
Et moy de mille chaleurs
Ie sens boureller mon ame.
Ainsi , &c.
Une fascheuse colique,
Et ie sens brusler mes reins
D'un amour melancolique.
Ainsi, &c.
S'opposent à sa constance,
Et mes inflammations
Luy demandent allegeance.
Ainsi, &c.
Par un gracieux eschange
Afin d'eviter la mort:
Faisons dans nous un meslange.
Ainsi de ces deux poisons
Proviendront nos guerisons.
Ie fermay
hier au soir de sorte Si fussiez
venu de sorte Il falloit
venir de sorte I'attendois
vostre venue, Venez
demain devant nonne, Regardez
à vostre affaire L'entree
du iardinier, Le drolle
n'y faillit mye La reietta
sur la couche,
La Fenestre que sçavez,
Vintes heurter à la porte
Dites hola vous en allez:
Ma mere entendit bien cela:
Mais pourquoy disiez vous hola. [bis]
Certes m'amour eussiez vous eu:
Non point heurter à la porte,
Mais aux fenestres venu,
Fussiez couché entre mes bras:
Mais pourquoy, &c. [bis]
Que ne fussiez descouvert,
Tout le long de la grande porte
Le petit huis estoit ouvert,
Sans faire tout ces mines là,
Mais pourquoy, &c. [bis]
Certes ie ne dormois pas
I'estois desia toute nue
Pour mieux prendre nos esbats,
Hola nous fit perdre cela:
Mais pourquoy, &c. [bis]
Ma mere n'y sera pas.
Et si n'y aura personne,
Ie vous prie n'y fallez pas
Toute perte on recouvrira
Gardez vous bien de dire hola.
[bis]
Ny venez à l'estourdy,
Et ne faictes le contraire
De ce que hier ie vous dy.
Vous n'auriez ceci ne cela,
Gardez vous bien de dire hola.
[bis]
Car ie seray aux escouttes
Pour vous mettre au Cabinet,
Puis nous ferons cecy, cela,
Gardez vous bien de dire hola.
[bis]
A l'heure qu'elle avoit dit,
Feirent à leur fanfare
Accomplirent leur deduict,
Hastez vous ma mere viendra,
Gardez vous bien de dire hola.
[bis]
Qui trop ferme n'estoit pas
Comme ils estoient bouche à bouche,
Tous deux tomberent en bas,
Ostez vous l'on nous surprendra
Despechez ma mere viendra.
Gardez vous bien de dire hola.
[bis]
Adieu
Bergere adieu d'un éternel adieu, Sur le
vent comme toy ie fonde mes plaisirs Miserable
Ixion vas nourrissant mon ame Ne me
reproche plus ce iour tant attendu, N'attends
donc plus de moy pour remede à ton feu,
Couvre ta paßion d'un immortel silence
Puisque de mon destin l'indomptable puissance,
M'a faict changer d'amour de courage & de
lieu.
I'adore comme toy une cruelle Idee,
Ce feu qui me repaist d'une seulle pensee,
Belle d'un mesme pas s'oppose à tes
desirs.
Benissant mes liens vas nourissant mon ame.
Mais ie suis plus heureux au milieu de ma flame,
Que lors que ie pasmoy pipé de ta douceur.
D'un plaisir mutuel la peine fut commune,
Nous courions cependant une mesme fortune,
Un bien prez du trespas n'est il pas bien vendu.
Que la seulle pitié de te voir en servage.
Et d'avoir prez de moy faict ton aprentissage,
Adieu Bergere adieu d'un eternel adieu.
Quoy de
nous baiser Bergere Et si dans
ce sein d'albastre Si soubs
ta cotte i'eslace Si ie
demande un salaire Si ie te
nomme cruelle, Mais belle
aussi si ma flame
Ext-ce un tel peché d'amour
Qu'il faille pour tout un iour
Encourir vostre colere.
Amour le veut son vouloir
Effacer nostre vouloir.
Se desrobe un coup de main,
Faut il d'un bouffi desdain,
Si longuement me combattre:
Amour, &c.
ma main, poussé de fureur,
Faut il prendre au poinct d'honneur,
Une si petite offence:
Amour, &c.
Qu'ores dire ie ne veux
Qui ne tiendroit qu'à son mieux,
Puis qu'amour me le fait faire:
Amour, &c.
Helas ! n'ay ie pas raison
Refusant la guerison
A ma blesseure mortelle:
Amour, &c.
Me faict perdre tout respect,
Donne la coulpe à l'obiect,
Et dy au fond de ton ame:
Amour le veut son vouloir
Effacer nostre debvoir.
Pourquoy
mon oeil refuses tu Bergere
laissons ces propos L'amour
à luy rendre nos voeux Sans le
plaisir amour n'est rien Vous focez
par ceste rigueur L'honneur
n'interdit pas l'amour Baisez
moy, mon tout & mon mieux, Iamais
d'aymer autre que toy Que
perdons nous un temps en vain, Ce nenny
qui n'est dit du coeur Souvent le
coeur nous faict present Du lieu ou
ses tourmens son nez Ma foy
n'est ce un gaige assez seur Iouissons
d'un amour heureux C'est
predre le temp opportun
Ce que pour moy l'amour demande,
Contre ton vouloir la vertu,
Pour mon honneurs me le commande.
Pleins de rigueurs opiniastres,
Monsieur laissez moy en repos
Mon Dieu que vous estes folastre;
En un si beau lieu nous invite,
Vous estes de ces amoureux
Qu'à aymer le plaisir incite.
Qu'une torture & un servage,
Le plaisir apres un tel bien
Enfante soucent un dommage.
Les loix de la mere nature,
La nature doibt de l'honneur
Recevoir tousiours la censure.
Avant coureur de mariage,
La legereté faict se iour
Tousiours dans un pipeur langage.
Que doutez vous de ma constance ?
Vous estes importun de ceux
Qui taschent masquer leur offence.
Mignonne, ie n'eu le courage,
Monsieur, ailleurs qu'aupres de moy
Allez faire un apprentissage.
Sue sert ceste feinte colere,
Tenez en repos vostre main,
Ainsi que vostre esprit, legere.
Faict renaistre mon asseurance,
Vous n'estes pas encor, Monsieur,
Au but ou tend vostre esperance.
De ce que la bouche refuse,
Celuy qui aime ardemment
A des demandes ne s'amuse.
Doit aussi naistre l'allegeance,
Monsieur, que vous m'importunez,
Non i'ay trop bonne conscience.
Pour avoir une seulle grace,
Fier le secret de l'honneur
Ce n'est donc chose qui tost se face.
Dessousbs le manteau d'un silence,
L'enfant de Cybelle à mille yeux,
Et par tout publie une offence.
Mon bon heur ne consiste au dire,
Hastez vous car voicy qu'lqu'un
Qui apres le pourroit redire.
Ie vous
ayme deserts à mon mal salutaires A ce
coup ie puis donc assouvir mon envie Or avant
que mourir [?] que ce chaud martire Aymant ie
fus aymé d'une Dame assez belle I'adroay
ses beautez le long de trois années Tandis
pour soulager le tourment que i'endure, Dans le
vaste tombeau de ceste soliture
Vos silences profonds sont plains d'humanité,
Hé que vous m'estes doux beaux deserts solitaires
De me laisser mourir sans importinuté.
Ie suis tantost au bout de mon dernier dessein,
Deserts entre vos bras ie puis rendre la vie
Et vomir tous les feux que ie cache en mon sein.
M'ait rendu peu à peu plus proche du trespas,
Secretaires deserts il me plaist de vous dire
La cause de mon mal, mais ne le dites pas.
Assez belle de vray: mais belle & puis c'est tou
Heureux cent fois heureux s'elle eust esté
fidelle,
Et elle eust le loisir de m'aimer iusque au bout.
Ie chantay ses beaux yeux la honte de Venus.
Peut estre ses beautez sans moy fussent fanées
Et sans moy de ces yeux les flambeaux incogneus.
Et rendre tesmoignage à sa legereté,
Sur le front esleve de ceste roche dure
Ie consacre ces vers à la
posterité.
Gist le corps estendu d'un amant malheureux,
Qu'un Dame sans foy d'un traict d'ingratitude
Chassa soubz la forest des mirthes amoureux.
Volle mon
coeur vivement Approche
tout bellement Baise
c'est oeil doucement Descouvre
luy doucement L'ors si
d'un doux mouvement
Vers ce bel oeil que i'adore,
Dy luy que ie l'ayme encore,
Et que ie meurs en l'aymant.
L'oeil de ma belle deesse
Est l'hauteur de ma tristesse.
C'est oeil astre qui m'esclaire,
Ou l'amour nostre adversaire
Va ces flambeaux allumant.
L'oeil de ma belle, &c.
En te mirant en sa flame,
Dy que pour luy dedans l'ame
Ie n'ay que peine & tourment,
L'oeil de ma belle, &c.
Mon coeur tes playes cruelles,
Et les feux que tu recelles
Pour l'aymer trop constamment,
L'oeil de ma belle, &c.
Ce bel oeil te reconforte
Pren courage & fais en sorte,
Qu'il nous donne allegrement,
L'oeil de ma belle deesse
Est l'autheur de ma tristesse.
O d'amant
estrange fortune Et iour
& nuict elle est battue, Dans le
clocher de ma poitrine Amour au
feu sans casse il sonne, Mais vien
tost belle, si ton ame
Mon pauvre coeur est depuis peu
Devenu clochette importune
Qui tousiours fonne au feu au feu.
D'un marteau de soucy ardans
Dont la tintamarre me tue,
Et m'estourdit tout au dedans.
Amour luy mesme la cacha,
Et d'une belle tresse orine
Au lieu de cordes l'attache.
On y voit chacun accourir,
Helas ! la secours de personne
Ne peut ma flame secourir.
Fut onc atteinte de pitié,
Estaindre ce feu qui m'enflame
D'un peu d'eau de ton amytié.
Doncques
faut il qu'en aymant Elle n'a
tant de beautez Mes
aimables desirs Tant plus
i'ay de loyauté O gentil
Idalien
Les beautez de ma maistresse,
Mon coeur s'aille consommant
Plein d'ennuy & de tristesse:
Faut-il pour estre amoureux
Que ie sois si langoureux.
Peintes dedans son visage,
Comme elle à de cruautez
Encloses dans le courage:
Faut-il, &c.
Et ma grande servitude,
Ne causent mes desplaisirs
Si non que l'ingratitude:
Faut-il, &c.
En mon amoureuse flame,
Plus ie me voy tourmenté
De la rigueur de madame:
Faut-il, &c.
De ta rude & prompte fleshce
Arreste dans ton lien,
Son coeur pour y faire bresche:
Faut-il, &c..
Dieu te
gard ma belle Catin Non Tenor
mon doucelet, Mais ie te
prie dy moy mon coeur Mon Tenor
Philis chanta bien, Car iamais
le Rossignolet Mais dy
moy ma belle Catin, Il estoit
dit par les Pasteurs Elle
auroit en don pour prix, Mais toy
mon Tenor bon berger Sieds toy
derriere ce gazon
Et ton petit gent corsage
Chantois tu pas à ce matin,
Tout le long de ce rivage:
Vive le gentil godelureau
Le plus minguant du vilage.
I'y estois au verd boccage,
Où i'acoustrois ce rousseler,
Et chantois de grand courage:
Vive le gentil, &c.
Lequel emporta le galge
Des trois & qui eut l'honneur
De la chanson le presage,
Vive le gentil, &c.
Pensant avoit l'avantage,
Mais Tibrine passe le sien
Qui en emporta le gage:
Vive le gentil, &c.
Qui est enclos dedan sa cage,
Ne raisonna son chant si net
Que fit la Bergere sage:
Vive le gentil, &c.
Ce qu'il y avoit pour gage
Ie te le diray mon poupin,
Et d'un allaigre courage:
Vive le gentil, &c.
Des plus gallands du vilage,
Qui mieux chanteroit pour faveurs
De ces bergerettes sages:
Vive le gentil, &c.
L'oiseau chantant son ramage,
Avec la plus belle brebis
De tout nostre pasturage:
Vive le gentil, &c.
Que desires tu pour gage
Ie te donne ce doux baiser,
Prens le donc de bon courage.
Vive le gentil, &c.
Entourné de verd cillage,
Et la saison la liaison
Adoucissant d'amour la rage.
Vive le gentil, &c.
Venez ça que ie vous
baise Que voulez vous que ie face, Non fera da, ma fillette Tout beau la lutte est trop
forte, Ie pensois perdre la vie Vous estes par trop follastre Non feray da, ma mignone
Derriere ce verd buisson,
Ne faictes point la maucaise
Mais d'une gaye façon,
La la la la, couchons nous la,
Et faisons gayement cela,
Mon coeur n'est-il pas rendu ?
Ie voy bien qu'en ceste place,
Mon honneur sera perdu,
La la la la, &c.
Ie le garderay fort bien,
Levez vostre chemisette
Ou bien ie n'en feray rien,
La la la la, &c.
I'endure trop de tourment,
La la la la ie suis morte
Vous poussez trop rudement,
La la la la, &c.
Tant i'ay receu de plaisir,
Recommençons ie vous prie
Puis qu'en avons le loisir:
La la la la, &c.
Ne ie suis pas bien à point,
Puis que vous voulez combattre
Ostez donc vostre pourpoint,
La la la la, &c.
Ie mourray aupres de vous,
Ces plaisirs que ie vous donne
Ne vous semblent il pas doux,
La la la la, &c.
Le Roy seant en pleine Cour, Le Roy envoye un messager, Belle Isambour sans s'enquerir Belle Isambour arrive en Cour, Le Roy luy est venu parler Mon pere i'ayme un Chevalier, Ma fille il faut mettre en
oubly Lay plus aymé pour sa
beauté Le Roy a fait faire une tour Belle Isambour est à la
tour Regardant avec un grand soin Amy qui par icy passez Malade & morte me feray Puis apres ie vous prie amy L'on va criant parmy la Cour Par trois Princes & un
Chevalier Le Roy leur commanda deslors Il à uoy les cloches
sonner Entre vous qui ce corps portez Puis qu'elle est morte pour le
vray De son cousteau couppa Le monde de s'esmerveiller Or n'est-il homme avec pouvoir
Ou arrive maint grand Seignour,
Là l'on parle que d'amour.
Vers Isambour sans plus tarder
D'autant qu'il la veut marier.
Voulant à son pere obie,
S'achemine sans point faillir.
Ou elle void Princes & Seignours,
Mais point n'y trouve ses amours.
Par sa volonté escouter
S'elle se vouloit marier.
Que i'ay aymé & veut aymer,
D'autre que luyde veut avoir.
Ce Chevalier & autre amy
Trouver qui aye plus que luy.
Que n'ay faict tout ma parenté
Quoy que pauvre ayt tousiours esté.
Pour y mestre tres belle Isambour,
Pendant qu'elle change son amour.
Où il n'y a que peu de iour:
Mais tousiours songe à ses amours.
Elle avisa venir de loin,
Son amy chevauchant grand train.
Or arrestez vous arrestez
Ma patience vous orrez.
Porter en terre my laissay
Pourtant morte ie ne sçay.
Qu'à ma Chapelle à Sainct Denis
Ne m'y laissay pas enfouir.
Elle est morte Belle Isambour,
Elle est morte pour ses amours.
Lon porte la belle enterrer
Dont chancun se prend à plorer.
Cheminer par dedans le bosc
Son amy viendra par dehors.
Il à ouy les Prestres chanter
Bien tost les alla devancer.
Or arrestez vous, arrestez
Pour prier pour les trepassez.
Las pour m'avoir trop aymé
Un de profundis luy diray.
Trois points du suere & regarda,
Un ris d'amour ell'luy ietta.
Et son pere tout le premier,
Oyant un tel cas raconter.
Qui peust encor qu'il voye bien cler,
Engarder la fille d'aymer.
C'est à luy folie d'en parler.
Ma foy Ieanne quand j'y pense Mon Dieu mon Dieu qu'elle rage, Ieanne si ie vay aux vignes, Si ie vay à la charrue Qui plus est estant en troupe Pour tout cela ce farouche Lors qu'il t'avenoit ma Ieanne
A toy qués mon amour,
Mon coeur d'ayse saute & danse,
Et parmy les boys il court.
Que c'est que d'estre amoureux,
Mon Dieu ma Ieanne i'enrage
Que ne ioüons nous nous deux.
Ma foy n'y puis bescher
Ie pense à ces petits signes
Que l'on ne faict sans toutoucher:
Mon Dieu, &c.
Ie ne sias que ravasser,
Mon cheval regimbe & rue
Et le le puis empescher,
Mon Dieu, &c.
Apres que ie suis repeu
Ie boy cinq fois plain ma couppe
Afin destaindre ce feu:
Mon Dieu, &c.
Ne veut point apaiser
C'est alors qu'il se courrouce,
Et ne le peux arrester,
Mon Dieu, &c.
Que tu fusses en mesme esmoy,
Ce fort mal qui tant m'emhenne
Te feroit venir à moy,
Mon Dieu mon Dieu qu'elle rage,
Que c'est que d'estre amoureux,
Mon Dieu ma Ieanne i'enrage
Que ne ioüons nous nous deux.
Ie ne veux plus tant m'adonner Mais d'un trescruel deplaisir Sus sus mon coeur à c'este
fois Adieu le Soleil de mes yeux, Adieu les beaux cheveux dorez Ie croy que direz quelquefois Songez à nos plaisirs
plassez:
Au plaisir qu'on m'a veu ensuivre,
Puis qu'il me faut abandonner
Ce bel oeil que me faisoit vivre.
I'entretiendray ainsi ma peine,
Puis que la mort pour son plaisir
Evers moy se monstre inhumaine.
Faictes sçavoir vostre martire
Avec une dolente voix,
Puis que c'est force de le dire.
Et le printemps de ma ieunesse
Puis que les destins envieux,
M'ordonnent qu'en fin ie vous laisse,
Ornant ceste angelique face
Quand à mon malheur penserez
Qui ma contraint changer de place.
Ce pauvre amant tant miserable,
Las en quelque endroit que tu sois
Un iour arrive favorable.
Maistresse ie vous en supplie,
Puis qu'en voz mains sont delaissez
Mon coeur, mon ame, aussi ma vie.
L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant L'Amie L'Amant
Puis que dans ce verd
boccage
Ie t'y trouve mon teton
Pour nous baiser apreston
Ton gent corps soubs ce feüillage,
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Si c'est pour mon pucelage
Que vous me faictes l'amour,
Ie le promis l'autre iour,
A un garçon de vilage:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Si ie fais quelque priere,
Pour ton pucelage avoir:
Tu ne t'en dois prevaloir,
Mon amour est volontaire:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Toutes vos belles caresses
!
Vos propos de ce puants,
Ce sont des voilles à tous vents,
Dont ie deffie vos finesses:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Tout ce que vous pourriez
attendre
Pour vostre legereté
N'estoit rien en verité,
Q'un baiser iusques au rendre:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Si ie ne suis Damoyselle,
Si ie n'ay tant de beauté
Que les Dames de cité,
Pour le moins ie suis pucelle:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Si nous n'estes Damoyselle,
Ce me feroit du tourment
De me nommer vostre amant,
Encor que soyez pucelle:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Si ie ne suis assez riche,
Pourquoy me recerchez vous,
I'en ayme un autre que vous,
Qui d'avoir n'est pas ciche:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Non ce n'est pour vous
Madame
Que mes services asseurez,
Ont esté tant reservez
I'ay bien aileurs d'autre attente,
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Ie suis for bien
asseurée.
Que si vous m'aviez faict cela,
Bien tost vous le lessiez la,
Comme une pauvre abuzée:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Si vous eussiez esté
sage,
Ie n'usse rien desiré,
Belle que vostre amytié:
Mais vons estes trop volage,
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Ie n'ay pour toute
heritage,
Dedans ce petit hameau
Que ma quenouillette & mon fuzeau
Et mon ioly pucelage:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Mon amour n'est point
volage,
Ny subiette à changement,
Car ie suis fidel'amant
D'amitié & de courage:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.
Retirez vous à ceste
heure,
I'aperçois desia la nuict,
Voyre mon troupeau qui fuit
Ie ne suis point à l'espreuve:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.
Ie souhaie en ceste affaire
Estre devenu berger:
Ieusse peu mon temps passer
Aiourd'huy sous la fougere,
Ie n'y perdray point mes pas
Adieu ie n'y reviens pas.
Berger que vas cherchant, La voyla la 5 fois voyla la 4
fois Hau dictes moy Berger Nagueres au veu la haut C'est elle pour le vray, Qui me vient cy baiser, Ha Ianot mon amy,
Est-ce ta bergerotte ?
Helas ! tout maintenant
Lay perdue prez la grotte,
Berger leger vaten,
Voyla ton amie qui t'attend.
N'as tu veu Elizee
Dans ce bois ou Verger,
Passer toute esplorée:
La voyla, &c.
Une Nymphe dolente,
Qui évitant le chaut
Reposoit dans un antre,
La voyla, &c.
Que ie vois sommeiller
Doucement ie y ray,
De peut de l'esveiller,
La voyla, &c.
Sont ce mes amourettes,
Pour mon mal alleger,
Souent ie te regrete:
La voyla, &c.
D'où viens tu en tel estre,
Mon oeil tout endormy
Ne te peut reconnoistre.
La voyla, &c.
Il est vray que mes oeillades Et s'il vante la trophée Quand Venus estoit absente, Si mon oeil force les larmes, Si heureux il se plaisante,
Ont eu le pouvoir,
De forcer les ambuscades,
D'un si beau vouloir,
Ie suis aussi glorieuse
De plaire à ses yeux,
Que la Nymphe estoit heureuse
Qui servoit aux Dieux.
Qu'il a de mon coeur
Ie sens mon ame embrasée
De pareille ardeur,
Aussi ie suis si blessee,
Un iour de ses yeux,
Mon ame meurt embrasee
De cent mille feux.
De son Anteros,
Elle vivoit languissante
Sans avoir repos,
De mesme en suis pour l'absence,
Qui me va ruinant,
N'aymant rien que la presence
Que ie cheris tant.
Et s'en rend vainqueur
Son amour force les Dames,
Et s'en rend Seigneur
Iuno pour honneur luy rendre
Voudroit bien quitter
Son doux Nectar & le prendre
Pour son Iupiter.
En ses passions,
Heurese ie me contente
En mes fictions
Bien heureuses sont les flames,
Qui vont alumans
Les coeurs, les sens, & les ames
De deux vrais amans.
Sortez ma voix parmy mes
plaintes, Las ! ce qui redouble mes
larmes, Estant au lit, la ialousie, Le soucy, la peur & la
rage, La douleur, l'ennuy, la
tristesse, Voila qu'elle est ma povre vie,
Vous mon coeur helas ! souspirez:
Vous mes yeux sans cesse pleurez,
Voz libertez d'amour estaintes:
Ie ne voy rien qu'obscurité
Absent de ma belle clarté.
C'est que ie suis privé de veoir
Celle ou i'ay mis tout mon espoir,
Et qui me donne tant d'allarmes.
Ie ne voy rien, &c.
Me vient esveiller en sursaut,
Et crains que Iupiter la haut,
La voyant n'ait l'ame saisie.
Ie ne voy rien, &c.
Et les pleurs enfans de l'amour,
Me tirannisent tour à tour,
Cruels bourreaux de mon ieune aage.
Ie ne voy rien, &c.
La peine iointe avec le dueil
Ont avoisiné du cercueil,
Ma vie confite en destresse,
Ie ne voy rien, &c.
Or qu'eslongné de vous ie suis
Ie puis tout & rien ie ne puis,
Et de moy-mesme ie m'ennuye,
Ie ne voy rien, &c.
Ie n'eus iamais desir Un soir estant venu Ayant l'espée au poing, Puis m'ont prins &
ietté, Meschant & ennuyeux, Un iour puisse arriver Si ie sçavois voler Si muer ie pouvois, Sa bouche de courail, Ie l'ayme & l'aimeray
D'avoir maistresse,
Mon coeur pour son plaisir
A eu l'adresse
En tout à un instant,
En a faict une
Qui ma rendu constant
En ma fortune.
Parler à elle,
Passa un incongru
Qui me querelle.
Fis resistance,
Trois accourent de loing,
A grand puissance.
En place obscur,
Plaine de pauvreté,
Aussi d'ordure.
Par ialousie,
Que enviez de mieux
Aussi ma vie.
Que la fortune
Permette nous trouver
D'un clair de lune.
Comme une mouche,
L'on me verroit aller,
Droit sur sa bouche.
En arondelle,
Mon plaisir ie prendrois
Avec ma belle.
Son sein d'albastre,
Sont cause de mon mal,
De mon desastre.
Toute ma vie,
Son derviteur seray
Quoy qu'on en die.
Ie trouvay sur l'herbe assise Il estoit faict en
soçette: Ie me mis prez de la belle, La belle toute honteuse N'ayez n'ayez peur mignonne, Hé mon Dieu se dit la
belle, Puis que dans ceste fougere, A ces mots soudain i'embrasse La belle toute ravie, Puis d'un adieu regrettable, Ie luy dit pour luy complaire, Et puis apres nous partimes,
Iancron tout à reçoy,
En luy levant la chemise
I'aperçeux ie ne sçay quoy:
Que ie ne vous veux
Que ie ne vous veux pas dire.
Mais de dire que c'estoit
La chose est par trop secrette
Pour en parlker tout à faict.
Ie ne vous le veux, &c.
Puis regarday ça & là,
Et me voyant sul prez d'elle,
Ie me saisis de cela:
Que ie ne vous veux, &c.
Alors repris ses esprits
Et d'une grace amoureuse
M'osta ce que j'avois pris,
Que ie ne vous veux, &c.
En ce lieu ne craignez rien,
Tandis qu'il n'y a personne
Laissez moy iouyr du bien,
Que ie ne vous veux, &c.
Quel feu m'est venu saisir,
Estains estains ce dit elle,
Ceste chaleur ce desir:
Que ie ne vous veux, &c.
Ie suis seulle avecque toy,
Prens cela de ta Bergere,
Berger prens cela de moy:
Que ie ne vous veux, &c.
La belle qui se mouroit,
Et d'une fort bonne grace
Ie luy fis ce qu'elle vouloit:
Que ie ne vous veux, &c.
De honte ferma les yeux
Afin d'estre plus hardie,
Au combat delicieux,
Que ie ne vous veux, &c.
Et d'un repentir forcé:
Me dit faictes le semblable,
Au ieu qu'avons commencé:
Que ie ne vous veux, &c.
Ce que desiroit son coeur,
Et pour conclurre l'affaire,
Ie moderay son ardeur:
Que ie ne vous veux, &c.
Tout contens de ce lieu la,
Et nous baisant nous promismes
Continuer ce ieu la
Que ie ne vous v eux
Que ie ne vous veux pas dire.
Vous ieunes filles sans esmoy, Trois ou quatre ans sont ia
passez, Ma mere dit attens attens Pour avoir trop attendu, Ma mere avec esgard à
moy, I'ay i'à dix & huict ans
passez, N'endurerois ie pas l'effort, I'ayme trop mieux donc mourir, Vous vous trompez fort mes
parens En fin pour me licentier,
Qui avez du courage:
Ne laissez perdre ainsi que moy
Le printemps de vostre aage,
Ne sçauroit on avoir bon temps
Sans estre en mariage.
Qu'un feu lent me saccage,
Me faisant souffrir des accez
Qui me causent une rage,
Ne sçauroit on, &c.
Tu n'es pas assez sage:
Mais helas ! ie perds bien mon temps
Et encor davantage,
Ne sçauroit on, &c.
Et vous rendre l'hommage
Mon beau printemps, las: i'ay perdu,
Et l'avril de mon aage.
Ne sçauroit on, &c.
Et aussi à mon aage,
Ie sçay bien assez le pourquoy
Qu'on se met à mesnage:
Ne sçauroit on, &c.
N'est-ce pas assez d'aage
Un enfant souffrira l'accez,
D'une fiebvre & la rage:
Ne sçauroit on, &c.
D'un amy au passage:
Mais qu'il soit brave & bien accort,
Pour payer le barrage:
Ne sçauroit on, &c.
Pour apaizer la rage,
Qui me faut sans cesse souffrir,
Gardans mon pucelage:
Ne sçauroit on, &c.
Et estez bien trop sages,
De ne prendre garde à mes ans,
Qui vont comme un nuage,
Ne sçauroit on, &c.
Et tirer de servage,
Un mien amy ie vay trouver,
Qui entend bien l'usage:
Ne sçauroit on, &c.
Ie ne suis
plus comme i'estois Ie suis
arresté prisonnier Helas ! ou
vintes sous mes yeux, Ie pensois
prendre & ie suis prins: Elle
à pour guide la raison Puis que
ce rencontre est si beau
Libre de l'amoureuse flame,
La liberté que tant i'aymois,
Ne sesionne plus dans mon ame.
Soubs le pouvoir d'une guerriere,
Qui d'un traict doucement meurtrier
M'a frapé droict à la visiere.
Chercher vostre perte asseurée,
Ne valloit-il pas beaucoup mieux
Quester en autre contree.
Mais ma conquerant'est si belle,
Que ie voudrois estre repris
Si ie m'estois eschappé d'elle.
C'est la mesme que ie veux prendre
Raisonnable est la passion
Qui son prisonnier ma faict rendre.
Ie iure ma belle guerriere,
Que iamais un amour nouveau
N'esteindra ma flame premiere.
Margotton
mon petit coeur, Fidelle ie
vous seray, Ie
chanteray tous les iours, Tout le
long des arbrisseaux, Ainsi
heureux & contens, Berger
gardant nos moutons
Margotton ma vie,
Si ie vous suis serviteur
Serez vous m'amie,
Margotton dictes moy donc
Pour contenter mon envie,
Ie seray ta Margotton
Si tu m'es fidelle Corydon.
Ma belle Bergere,
Et de plus ie garderay
Du long la riviere,
Nos brebis & nos moutons,
En disans qu'en toy i'espere.
Ie seray, &c.
Dessus ma musette,
Le subiet de nos amours,
Par ma chansonnette,
Pourveu que vos beaux yeux doux
Me die berger honneste,
Ie seray, &c.
Proches des fontaines,
Cependant que nos troupeaux
Paistront dans ma plaine,
Tu baiseras mon teton,
Disant berber pour tes peines:
Ie seray, &c.
En ioyeuse vie,
Nous passerons nostre temps,
Exempts de l'envie
En disant d'affection,
Berger croy moy ie te prie,
Ie seray, &c.
En vos chansons dictes,
Que c'est l'heur de Corydon,
Et de Margueritte,
Qui disent d'affect
D'une grace qui meritte:
Bayse moy ma Margotton
Rebayse moy mon Corydon.
Vostre
humeur propre à n'aymer rien, Si le
change vous plaist si fort, Vous
a'avez point esté mon coeur, Fy de
ceste deloyauté, Adieu sans
espoir de retour,
M'estoit ennuyeux & contraire,
Et ne puis avoir plus de bien
Que de vous veoir de moy distraire,
Soyez ou non ailleurs promis:
Nous ne serons iamais amis.
Ie ne croy que m'ayez aymee,
Cependant vous avez grand tort
De m'avoir du change blasmee,
Ce vice à vous seul est permis,
Et ne fusmes iamais amis.
Ne prenez point cet avantage,
Car vous ayant trouvé trompeur
D'esprit fantastique & volage,
Vostre service onq'n'admis,
Et ne fusmes iamais amis.
Qui prive de foy nostre vie
Ie n'apelle point liberté,
Un amour au change asservie,
Aquoy nous nous sommes remis,
Partant ne parlons point d'amis.
Peu de chaut de vostre fortune,
Il me suffit que vostre amour,
Desormais plus ne m'importune
Rien ne perd qui rien n'y a mis,
Et ne serons iamais amis.
Mon ame
est si fort blessee, La Nimphe
qui la possede, Si le ciel
est favorable Lors que
mon amour s'enflame, L'unique
but où i'aspire, Ie ne fis
iamais offence, Quoy
penseriez vous cruelle, Vous
Nymphes de ces fontaines,
Des traicts d'un bel oeil vainqueur
Qu'elle n'a d'autre pensee,
Que d'aller revoir son coeur.
L'alume d'un feu si beau,
Que ie ne voy nul remede,
D'estaindre un si doux flambeau.
Aux Amans infortunez,
Il se rendra secourable,
Au mal que vous me donnez.
Elle me va distillant
Un glaçon dedans mon ame,
Qui me brusle en me gelant.
Est d'aymer vostre beauté,
En la servant ie desire
Fleschir vostre cruauté.
Digne de vostre courroux,
Pour dire ce que ie pense,
Ce n'est pas rire de vous.
Me perdre pour trop changer,
Mon amour est si fidelle
Qu'elle s'asseure au danger.
Qui vivez l'esprit content,
N'estes vous pas plus humaines,
Que celle que i'ayme tant.
Si voulez
oüir chonsonnette, Il n'est
autre bruit par la ville, Un soir
estant devant a porte, Vous
sçavez dit-il ma mignonne, Ie
sçay que d'autres vous courtisent Comme ils
estoient en ces devises, Ils
entrerent alors dans la salle Le pauvre
transi se proumene Ils
prennent congé l'un de l'autre, Estant
montez à sa chambrette, Celuy qui
la chanson à faicte,
C'est d'une fille d'Alençon,
Quand l'on luy parle d'amourette,
Elle dict n'entendre la façon,
[bis]
D'aymer pour vous le dire:
Mais elle sçait bien sa leçon,
Lors qu'on parle de rire.
Que de ceste ieune tendron,
Qui au devis est si gentille
Ayant un maintien si tresbon [bis]
Qu'un chacun la desire
Pour tout cela c'est temps perdu,
Car elle n'ayme qu'à rire.
Avec quelqu'unes de ses soeurs,
L'un de ses serviteurs l'accoste
Pour luy raconter ses douleurs.
Qu'il souffre & le martire:
Mais c'est à luy tout temps perdu,
Car elle, &c.
Que ie n'adore que vos yeux,
Et que ie ne puis veoir personne,
Fors que d'un regard ennuyeux, [bis]
Qui mon corps tant empire
Pour tout cela c'est temps perdu,
Car elle, &c.
Non d'une telle affection,
Pourveu qu'avec vous il devisent,
Et vous content leur passion [bis]
Disant ie meurs martire:
Mais c'est à luy tout temps perdu,
Car elle, &c.
Vint arriver un incogneu,
Luy donnant bonsoir à sa guise,
Monsieur soyez le bien venu
Puis que c'est vous beau sire,
Car il sçait fort bien sa leçon,
Et le vray mot pour rire.
Pour faire la collation,
Ce folastre alors danse & balle,
Ayant si belle occasion
Sous sçavez sans le dire,
Car il sçait fort bien sa leçon
Et le vray mot pour rire.
Qui contemple en fin ces façons
Se voyant pris a la cadene,
Et aussi a ses hameçons, [bis]
Et si ne l'ose dire
Voyant bien que ces temps perdra
Pour luy sans qu'on luy die.
S'entredonnant la bonne nuict,
Elle qui estoit fine & caute,
Assigne Monsieur, au deduict [bis]
Ce s'entend sans le dire:
Car il sçait, &c.
A la fenestre se sont mis
Alors Madame la finette
Regarde d'où vient ses amis [bis]
Qui entendent à rire,
Y aller pour autre subiect,
Ce seroit grande folie.
Ie ne veux pas vous nommer,
Car ie cogneissoit la fillette
Qui n'entendoit le ieu d'aymer [bis]
Trop bien aymer à rire,
Se donnant ainsi du bon temps,
Pour chasser fascherie.
Mamye m'a
faict [bis] Sont noz
amours la dibe dibe dou, Mamye
& moy [bis] Mamye un
iour [bis] Mamye un
soir [bis] Mamye
alors [bis]
De sa main un touret
Moy ie l'ay prins [bis]
Pour faire un bracelet,
Et les cordons sont si mignons,
Tissus en broderie.
Sont noz amours mamye.
Allasmes promener,
Puis à requoy [bis]
Nous mismes à deviser,
Et elle de me caresser
Pour faire la folie
Sont noz amours, &c.
Alla au bois iouer,
Moy d'un fin tour [bis]
Ie m'allay aviser,
Y vis la belle sommeiller
Ie fis la drolerie,
Sont noz amours, &c.
Estant dans un iardin,
S'alla asseoir [bis]
Proche d'un Rosmarin,
La ie luy manie les tetins,
Et ce que ne veux dire,
Sont noz amours, &c.
Me donna un baiser,
Et par son corps [bis]
Ie l'alay embrasser,
Incontinent sans trop tarder,
La mis bas de furie,
Sont noz amours, &c.
Quand
premier commencée, M'asseurant
en ton dire, Ie croy
bien que nature Et combien
que fortune Amour des
Rois est maistre, Est-il
chose plus grande Que ie ne
fusse telle, Ie
chanteray sans cesse
Fest mon affection,
D'amour ie suis blecée,
Maintenant delaissée:
O qu'elle passion.
I'avois contentement:
Mais te voyant desdire,
Ie soufre grand martire:
O desloyal amant.
N'oublia rien à ioy,
D'où vient ma peine dure,
Quenon que creature,
Ta faict sans avoir foy.
Ta faict mettre en haut lieu,
Faut-il comme la Lune,
Variant changer une.
Qui t'ayme comme un Dieu,
Et des Princes vainqueur
Il te faut donc cognoistre
Qu'il te pourroit bien mettre,
En plus bas lieu ton coeur.
Qu'un amoureux defit.
Que l'honneur recommande,
Helas ! ie te demande,
Sçauroit on mieux choisir.
Tu las cogneu souvent,
Est-il chose plus belle
Ni plus riche que celle,
Qui va l'honneur suivant.
Ma grande fermetté,
Ma peine & ma tristesse:
Mais ie te prie confesse,
Ton infidelité.
Poindre ie
voy l'aube du iour, L'aube
permet le iour plaisant, Trop mieux
il m'eust helas vallu Rememorer
un soulas mort, En dueil
angoisse & regret De mon
desastre le dicours, L'estrange
pouvoir de son pouvoir,
Et mes desirs si loin de moy
Sans nul espoir d'aucun retour:
O quel regret ô quel esmoy,
Perdre l'espoir & l'esperance
Qui nourrissoit ma patience.
Et ie n'attends las que la nuict:
Nuict sans deduit nuict de tourment
Si vilent qui me destruit,
Iamais pour moy rien ie n'espere
De mes desirs sinon misere.
N'avoir cogneu ce que cognois,
Puis que fortune m'a tollu
Le vien qu'esperer ie pouvois,
Dequoy me sert la cognoissance,
D'un grand plaisir sans iouyssance,
C'est un remord de desplaisir
L'oublier est le vray confort,
Heurex qui le peut bien choisir,
Ce n'est pas moy ie vous asseure,
Car mes plaisirs passez ie pleure,
Tout mon deduict est transformé,
Et de cela que tant me plaist,
Mon desplaisir i'en ay formé,
N'esperant plus en mon grand mal,
De mes desirs sinon travail.
Qui le sçaura iamais à droit,
Il cognoistre qu'en grandes cours
On n'a point tout ce qu'on voudroit,
Il cognoistra que la franchise,
Et liberté le sage prise.
Et des grands heurs le tresgrand tort.
Que sa fin est sans nulle espoir,
En grand Palais point ne frequente,
Puis qu'à bon droit ie me l'amente.
Le
Berger La
Bergere Le
Berger La
Bergere Le
Berger La
Bergere Le
Berger La
Bergere
Cependant
que le hâle,
Et la Chaleur s'avale,
Bergere viens à l'ombre:
Dans ceste forest s'ombre,
Car ton teint sera gasté,
A la chaleur de l'esté.
Si
avois beau visage
Ie cercherois l'ombrage:
Mais ma couleur brunette,
Au halle n'est subiecte.
Mon teint & noire couleur
Ne craint rien en chaleur.
Ie te
treuve tant belle,
Qu'un autre pastorelle,
Iamais n'aura puissance
Sur mon obeissance,
Puis que t'ayme mon soucy.
Il faut que tu m'aymes aussi.
Si
i'estois bien certaine,
Que ta floy ne fust vaine,
Et que ceste foy tienne
Fust semblable à la mienne,
Lors amy vous cognoistriez
L'amitié que vous doubtez.
Ne
doute point amie,
Que iamais ne varie,
Oste ceste pensee,
Qui mon ame a faschee,
Et si meux apaiser
Viens promptement me baiser.
Si
i'estois asseuree,
De ton amour ivree,
Ie seroys bien contente
D'estre ta chere amante:
Mais des hommes bien souvent,
La foy va comme le vent.
Ma
fermeté est telle,
Quoy qu'une autre plus belle,
Sans cesse me carresse,
Se disant ma maistresse:
En fin escouter ne puis
Ses discours ny ses devis.
Puis
que c'est chose vraye,
Qu'à m'aymer tu templois,
Ie seray bien contente
D'estre ta seulle amante,
Berger soyons donc amis:
Signons nostre comprins.