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Anonymes

 

Airs de Cour, comprenans le Tresor des Tresors,
la
Fleur des Fleurs, & eslite des Chansons Amoureuses

 

extraictes des oeuvres non encor cy devant mises en lumiere, des plus fameux & renommez Poëtes de ce siecle

 


 

  1. A la fin ce Berger
  2. Adieu Bergere adieu d'un éternel adieu
  3. Allons Bergere a l'ombre
  4. Aux logettes de ces bois
  5. Aveugle clair voyant
  6. Berger que vas cherchant
  7. Bien que vostre rigueur
  8. Cependant que le hâle
  9. Ceste eau beniste
  10. Dans le touffu d'un boccage
  11. De qu'elle ingratte recompense
  12. Dieu que c'est une belle chose
  13. Dieu te gard ma belle Catin
  14. Doncques faut il qu'en aymant
  15. Dy moy dy moy mignonne
  16. Floris trembloit l'autre iour
  17. Ie fermay hier au soir de sorte
  18. Ie n'eus iamais desir
  19. Ie ne suis plus comme i'estois
  20. Ie ne veux plus tant m'adonner
  21. Ie trouvay sur l'herbe assise
  22. Ie vous ayme deserts à mon mal salutaire
  23. Il est vray que mes oeillades
  24. L'autre iour mallait promener
  25. Le Roy seant en pleine Cour
  26. Le verd n'est pas espoir
  27. Ma foy Ieanne quand j'y pense
  28. Mamye m'a faict
  29. Margotton mon petit coeur
  30. Mon ame est si fort blessee
  31. Mourir en vous servant
  32. O d'amant estrange fortune
  33. Philon tenoit sa Floris
  34. Poindre ie voy l'aube du iour
  35. Pourquoy mon oeil refuses tu
  36. Puis que dans ce verd boccage
  37. Quand premier commencée
  38. Que î'ayme ces beaux yeux
  39. Que vous sert tant de feintise
  40. Quoy de nous baiser Bergere
  41. Si quelque pitié te touche
  42. Si voulez oüir chonsonnette
  43. Sortez bouillans souspirs
  44. Sortez ma voix parmy mes plaintes
  45. Venez ça que ie vous baise
  46. Volle mon coeur vivement
  47. Vostre humeur propre à n'aymer rien
  48. Vous faictes bien de la farouche
  49. Vous ieunes filles sans esmoy
  50. Vous me blasmez

 

La Fleur ou l'Eslite de Toutes les Chansons amoureuses & Airs de Cour

 

 

Air de Cour

Dans le touffu d'un boccage
Amour d'un lointain servage
M'a voulu rescompenser
Trouvant ma belle endormie.
Tant s'en faut que ie le die,
Ie ne l'ose pas penser.
De son sein le bel albastre
Bouffoit doucement fllastre:
Qui fist ma main s'advancer
Sur le lieu ou gist ma vie.
Tant s'en faut, &c.

Toute eeprinte de merveille
En sursaut Floris s'esveille
Mais sans peut de l'offenser
D'une chose ie la prie.
Tant s'en faut, &c.

En sa collere elle eut grace
Colorant sa belle face.
Mais comme amour peut forcer
Ce que doucement il lie.
Tant s'en faut, &c.

Le ciel qui veoid que mon ame
De mille douceurs se pasme
Sembla lors se courroucer
Portant a mon heur envie.
Tant s'en faut, &c.

O beaux combats ou il semble
Vivre & mourir tout ensemble,
D'un travail doux & amer
Plein de penible ambroisie.
Tant s'en faut, &c.

Puissions nous tousiours combattre
Et combattans nous esbattre
Tant qu'en ce ieu d'embrasser
Mon ame me soit ravie.

Tant s'en faut que ie le die,
Ie ne l'ose pas penser.

 

 

 

 

Air de Cour

Mourir en vous servant, c'est ma belle naissance
Puis que ie suis pourvous, plustost que pour moy né.
Estant fatalement à ma mort destiné
Le destin en est doux s'il a de vous l'essence.
Estouffer dans son coeur une peine incruelle
Sans oser seulement penser à ma douleur
Est-ce vivre ou mourir mais i'estime un bon heur
Mon trespas renaissant ma peine en est trop belle.
Ma vie est peu de cas pour faire un sacrifice,
A un subiet qui est d'amour mesme adoré
Aymer avec les Dieux c'est trop estre honoré
Et souffrir avec eux ce n'est pas un supplice.
Tout ce qui estoit mien se bande contre moy,
Et comme desia tien se bande contre moy,
Mais doucement charmé ie nourris mon esmoy
Et suis en te servant à moy mesme contraire.
Ie ne demande rien pour toute rescompense
De ma constante foy qu'un tourment doucereux
Pour loyer de mes feux ie demande des feux
Car endurer pour toy c'est ma seule esperance.

 

 

 

 

Air de Cour

Allons Bergere a l'ombrage
De ces tremblotans cyprez
Et nous ioygnons de si pres
Qu'en un doux meurtrier plaisir
Le desir,
Nous anime le courage.

Si quelque moutont folastre
Se perd de nous tout a coup,
Nous crierons au loup au loup
Et si quelqu'un veoid nos ieux
Amoureux,
N'est-il pas bon de s'esbattre.

Et quoy tu fais la mignarde
Ne repousse plus ma main,
Mais pasmant dessus ton sein
Vien tost ou tard appaiser,
D'un baiser,
Floris nul ne nous regarde.

Ie meurs ma flamme s'augmente
Tous ces passetemps sont vains,
Si nous ne venons aux mains,
Mais ie benis en ce pas,
Mon trespas,
Tant ceste mort me contente.

 

 

 

 

Air de Cour

Le verd n'est pas espoir à un qui rien n'espere
Soubs le verd bien souvent se couvre la rigueur
L'amant n'est pas amant, qui cede à la douleur
Et qui a ces tourments son debvoir ne prefere.

Si mon verd est menteur menteuse m'est ma flame
Menteurs ne sont mes pleurs, menteuse n'est ma foy
Mais il vaut mieux mentir pour couvrir mon esmoy
Que noircir ton beau nom d'un eternel diffame.

Parmy les froids glaçons de mille & mille peines
Mon amour reverdit, & ton bel oeil vainqueur;
D'un loyer froidureux peut faire dans mon coeur
Un printemps: & l'esté au profond de mes veines.

Beau verd cerain temoin de ma ferme constance
Et qui porte les traicts de ma fidelité,
Iamais ne puisse tu embrunir ta clarté,
Mais plustost reverdir au fort de ma souffrance.

Et toy belle qui vas dessoubs la couleur iraistre
D'un verd feint & menteur voillant ta cruauté,
Puisse tu reverdir en honneur en beauté
Car de ton seul bonheur le mien apres peut naistre.

 

 

 

 

Air de Cour

Philon tenoit sa Floris,
Un matin dessus sa couche
Ou d'une fureur espris,
Pasmoit sur sa belle bouche
Bien heureux est le tourment
D'où naist le contentement.

Floris sentoit dans son coeur,
Les effects de mes flamme
Et en mourant de douceur
Disoit tout bas dans son ame,
Bien heureux, &c.

Philon lors couloit sa main
La voyant toute endormie
Sur la rondeur de son sein
Qu'attendez vous qu'on vous die.
Bien heureux, &c.

Si Floris esut peu parler,
Elle eust repris son audace,
Mais que nous sert de voiller,
Ce qu'on list dans notre face.
Bien heureux, &c.

N'en blasmez pourtant Philon:
Mais dictes si vos pensees
D'une mesme affection,
Ont esté iamais touchées.
Bien heureux, &c.

 

 

 

 

Air de Cour

Que vous sert tant de feintise
Pour me rendre en vos lacqs,
Deux fois d'une mesme prise
Vous ne triomphez pas.
Car dés que vous l'avez faict,
Tout soudain chacun le sçait.

Tout ce que vous savez faire,
Pour couvrir si lasche tour,
C'est me vouloir faire croire
Que vous avez de l'amour.
Car dés que, &c.

Ie ne seray pas si folle,
De me rendre au premier mot
Desormais sur la parolle
Ie ne quitteray le fort.
Car dés que, &c.

Vostre cervelle mourante,
Plus que les astres le bal
Et vostre humeur moins constante
Que les flots qui vont aval.
Qui font que quand l'avez faict
Tout soudains chacun le sçait.

Me rendront ores plus sage,
En l'amour que ie n'estois
Lors de mon aprantissage,
Captive desoubs vos loix.
Puis que quand, &c.

Retirez vous ie vous pris.
Et me laissez en repos
Ce sera plus a propos
Si ie le fais de ma vie.
Car dés que, &c.

Vos parolles mensongeres
Et souspirs feints de ton coeur
Avec tes amours legeres,
Plus ne toucheront mon coeur.
Car dés que, &c.

 

 

 

 

Air de Cour

Ceste eau beniste Madame,
Dont vous m'arrousastes un iour,
Helas c'estois de la flame
Ou du feu de nostre amour.

Ce n'est pas de l'eau beniste
Dequoy vous fustes arrousé,
Elle a bien autre merite,
Vous en seriez embrasé.

Si-est car des la mesme heure,
Que vous m'eustes arrousé
Ma mignonne que ie meure,
Si ie ne fust embrasé.

Non c'estoit de l'eau boüillante,
Prinse au chaut brasier d'amour,
Dont l'un & l'autre se contente
Chancun de tour à son tour.

C'est bien pour prendre courage,
Puis que si froid element
Au lieu d'esteindre ma rage,
Ma flamme va t'alumant.

Mon Dieu quand ie vous regarde:
Mais quoy qu'est-ce que de vous
I'ay beau me poser en garde,
Ie ne puis parer vos coups.

Ne serois ie pas folie
Plaindre ma captivité,
Puis que ma belle Marie
Captive ma liberté.

 

 

 

 

Air de Cour

A la fin ce Berger
Monstre un esprit leger,
Pour tromper mon attente
MAis i'auray desormais
Pour ne l'aymer iamais
L'ame constante.

Ie n'en vaudray que mieux,
Elle qui de ses yeux
Son-ame à recouverte,
La tenant en sa main
Ne faict non plus de gain
Que moy de perte.

Non, non ce ne sont pas
Ces yeux ny ses apasts
Qui ont faict la conqueste:
Mais son esprit mouvant
Qui est ainsi que vent,
La luy a faicte.

Elle perd a demy
C'est infidelle amy
Commençant à le prendre
Et sa legereté
Qui m'a son coeur osté,
Me le peut rendre.

Ie le tiens mieux aquis
Avant l'avoir conquis,
Que quand ie le possede
Il revient en allant,
Et son mal violant,
Est son remede.

Il à beau revenir,
Si i'ay mon souvenir,
Et luy son inconstance
L'appreste à son retour,
Au lieu de mon amour
La resistance.

 

 

 

Air de Cour

Sortez bouillans souspirs qui m'estouffez d'ardeur
Laissez ce pauvre corps pour aller voir ma belle
Eschauffez luy son coeur & bruslez sa froideur,
Afin qu'elle ne soit envers moy si cruelle.

Volettez à l'entour de la bouche & du sein,
Baisez & rebaisez sa coraline bouche
Puis ô mes chers souspirs, renouvellez vous soudain
De peut que le brasier de ses yeux ne vous touche.

Fuyez dans ses cheveux les liens de mon coeur
Pour deslier les noeuds en ma raison s'oublye.
Mais gardez vous aussi que l'archeret vainqueur,
Pensant de deslier vous mesme il ne lie.

Ces cheveux annellez ressement aux apats
De loiseleur qui prend les oyseaux par finesse
Vous pourriez bien ainsi estre pris en ses lacqs,
Car ce ne sont que rets & filets que sa tresse.

Entrez dans son aureille & luy dictes ainsi,
Ce miserable sorps dont avons faict sortie,
Est tellement vaincu de deuil & de soucy
Qu'estendu sur son lict la force est amortie.

Voulez vous point avoir de luy quelque pitié,
Vous causez ses ennuicts, soyez donc moins rebelle,
Et ne mesprisez point de ses extreme amitié
non vous aurez iamais un amant si fidelle.

 

 

 

Air de Cour

Vous me blasmez le plus souvent
De veoir mon amour en balance:
Mais avec le sable & le vent,
Vous gaignez le prix d'inconstance.
Bergere convenons d'un point,
Que ie change ou ne changez point

Ie ne serois estre leger,
Quand ie recognois que l'on m'ayme:
Lais lors qie ie me vois changer
Tout aussi tost ie fais de mesme.
Bergere convenons, &c.

Non vous n'avez pas plus que moy
De ruze, ny de privilege
Amour qui nous donne la loy
Nous apprist en mesme college.
Bergere convenons, &c.

Ie ne puis soufrir nullement
Les traits d'une amour vagabonde,
N'y pleurer pour vous seulement
Quand vous muez à tout le monde.
Bergere convenons, &c.

Vous recognoistrez qu'à grand tort
Vostre coeur à moy se courrouce,
Car si ie suis party du port
C'est du mesme vent qui vous pousse.
Bergere convenons, &c.

Bergere dont l'esprit errant
N'a rien d'esgale à sa vitasse
Pour accorder ce different,
Qui nous faict disputer sans cesse.
Il faut donc convenir d'un point,
Que ie change ou ne changez point.

 

 

 

Air de Cour

De qu'elle ingratte recompense,
Payes tu ma fidelité,
Cruelle & perfide beauté
Tu foulles aux pieds mon constance.
Mais ie te verray quelque iour,
Punir de ton fol amour.

Celuy qui retient en servage,
Ton coeur qui devroist estre le mien
Ne iouiroit pas de ce bien
Si ton amour n'estoit volage.
Mais ie te verray, &c.

Ne m'as tu pas la foy iurée,
Et ie croyois ton faux serment
Que tu m'aymois uniquement,
Toutesfois tu t'es pariurée.
Mais ie te verray, &c.

Celuy qui possede ton ame,
Au preiudice de ta foy
Bien tost me vengera de toy,
En changeant d'amour & de Dame.
Cela t'adviendra quelque iour,
Pour punir ton volage amour.

Lors tes yeux qui sont plains de charmes
De trets d'amour & de douceur
Seront cause de ta douleur,
Changez en fontaines de larmes.
Cela t'adviendra, &c.

Quand tu sentiras en toy mesme,
Le rigueur de ton changement,
Tu iugeras en ton tourment
Combien ma douleur est extresme.
Cela t'adviendra, &c.

Mais la ! d'un supplice semblable
Le ciel lous punira tous deux,
Moy pour le bien que ie te veux,
Toy pour avoir esté munable.
Cela t'adviendra quelque iour,
Pour punir ton volage amour.

Si vostre estuy ma maistresse
N'est ce ces pieces garny,
I'en suis assez bien muny
Pour vous servir d'allegresse.
A un poinçon bien poly,
Il faut un estuy joly.

I'ay une pointe galante
[Fort ?] propre pour vostre estuy,
[Et ?] si i'ay ce qui s'ensuit
Pour vous rendre bien contente.
A un poinçon, &c.

Si ceste piece iolie
Dedans vostre estuy estoit,
Pourveu qu'elle y fust bien droit
Vous la trouveriez iolye.
A un poinçon, &c.

C'est un poinçon le plus roide
Que nature ait iamais faict,
C'est un oeuvre si parfaict
Que i'en prive toute laide.
A un poinçon, &c.

Ce present donc ma mignonne,
Doit estre privé de vous
Dar il n'est comun à tous
A vous belle ie le donne.
A un poinçon bien poly,
Il faut un estuy joly.

 

 

 

Air de Cour

L'autre iour mallait promener,
Le long d'un verd boccage
Le mien amy me vient trouver,
Iustement au passage.
O que le combat d'amour
Est plaisant à l'usage.

Le mien amy me vint trouver
Iustement au passage
Il y estoit venu expres,
Afin de me combattre.
O que le combat, &c.

Il y estoit venu expres
Afin de me combattre
Et moy le voyant si pres,
Ie fis de la folastre.
O que le combat, &c.

Et moy le voyant si pres
Ie fis de la folastre,
Il me print par mon ioly corps,
Et en bas me terrasse.
O que le combat, &c.

Il me print par mon ioly corps,
Et en bas me terrasse
Et sans me laisser en repos
Incontinent m'embrasse.
O que le combat, &c.

Et sans me laisser en repos
Incontinent m'embrasse
Mist soudain sa lance en arrest,
Me pensant faire outrage.
O que le combat, &c.

Il mist soudain sa lande en arrest
Me pensant faire outrage,
Moy le voyant à courir prest,
Luy monstray bon visage.
O que le combat, &c.

Moy le voyant à courir prest,
Luy monstray bon visage
Lors il courut cinq ou six coups
D'un fort brave courage.
O que le combat, &c.

Lors il courut cinq ou six coups
D'un fort brave courage,
Mais en fin il devint rebours
Sur la spetiesme charge.
O que le combat, &c.

Lors il courut cinq ou six coups
D'un fort brave courage,
Et se voyant du tout vaincu
Me supplia de grace.
O que le combat, &c.

Et se voyant du tout vaincu
Me supplia de grace,
Qie ie misse bas mon escu,
Et treve luy donnasse.
O que le combat, &c.

Qie ie misse bas mon escu,
Et treve luy donnasse,
Et qu'une autrefois reviendroit
En ceste mesme place:
O que le combat, &c.

Et qu'une autrefois reviendroit
En ceste mesme place,
Et qu'il seroit frais & adroit
Pour bien bastre la casse.
O que le combat d'amour
Est plaisant à l'usage.

 

 

 

Air de Cour

Dy moy dy moy mignonne
Quel plaisir tu reçois,
Quel aise tu te donne.
Et quel bien tu conçois
Quand tu ny veux pas faire
Fariron la la la la.

Quand tu ny veux pas faire
Pour ton aly cela.
Que servent tant d'oeillades
Qu'accroistre le desir
Toutes vos algarades,
Ne me donnent aucun plaisir.
Si l'on n'y vien à faire
Fariron la la la la
Si l'on n-y vient à faire
Pour son amy cela.

Est-ce un plaisir ou peine,
D'ainsi faire l'amour
Nenny mais une gesne
Trop cruelle en amour.
Si l'on n'y vient, &c.

Veux tu vivre sans flame,
Et sans aucun desir
Tu me desrobe l'ame,
Faute d'un seul plaisir.
Si tu n'y viens, &c.

Est ce contentement,
Se baiser tout un iour:
Non, mais bien un moment,
Inhumain en amour.
Si l'on n'y vient, &c.

Aproche toy Clerisse,
Aproche toy de moy,
Tu auras la iaunisse,
Ie te iure ma foy.
Si tu n'y viens, &c.

Veux-tu que ie presisse
A faute d'un baiser,
Sus donc entrons en lice,
Pour mon mal appaiser,
Et nous en allons faire
Fariron la la la la
Ce que l'amour voudra.

Ce grand Dieu qui tout dompte,
Soubs l'effort de ses traicts
Ne veut pas que ie montre ?
Ou sont ses doubs attraits
Sans premierement faire,
Fariron la la la la
Ce que l'amour voudra.

Or afin que ti tienne,
Le plaisir pas effect,
Approche que ie prenne
Mon desir à souhait.
Fariron la la la la
Ce que l'amour voudra.

 

 

 

Air de Cour

Aux logettes de ces bois
Est une pucelle,
Ou bien souvent ie m'en vois
Pour parler avec elle,
Ie l'entretiens tous les iours,
De mille propos d'amours.
Mais helas ie cognois bien,
A son fier langaige,
Que ie n'y peut gaigner rien
Sur son pucelaige.

Elle ne peut desirer
Rien que ie ne face,
Et si ne peut esperer
Que sa bonne grace,
Que ie veux tousiours cherir
Fussay ie prest à mourir.
Mais helas, &c.

Pleust à Dieu qu'elle sceust bien,
Mon amour extresme
Et que son coeur & le mien
Fust un vouloir mesme,
Nous vinrions tous deux heureux
Ainsi que vrais amoureux.
Mais helas, &c.

Si ie ne la puis gaigner,
Par loyal service,
Ie tascheray à l'avoir,
Par quelque artifice,
Ou i'invoqueray tousiours
Le conducteur des amours.
Mais helas, &c.

 

 

 

Air de Cour

L'Amant
Si quelque pitié te touche,
Du mal que souffre mon coeur,
Vien appaiser de ta bouche
Mon amoureuse chaleur.
Ma flamme en ton sein s'augmente
Mon ame aux tetons s'enfuit
Prend sur ma leure mourante,
Le reste de mon esprit.

L'Amie
Tu te trompes ma pensee,
De dire que mes testons
Tiennent ton ame pressee,
Sur leurs rougissans boutons
Tu te trompes mon fidelle,
De me mordre ainsi le sein
Ta morsure est trop cruelle
N'y touche de la main.

L'Amant
Puis que ta langue fuyarde
Sucrez en mille deduits,
D'une grace si mignarde
Desrobe tous mes esprits.
Rends les faschex à la mienne
Ie meurs encor une fois,
La douceur de ton haleine,
Ravit mon coeur & ma voix.

L'Amie
Que fais tu donc mon folastre,
Tout beau ie ne le veux pas
Qu'elle façon de s'esbattre,
Ton ame n'est pas la bas,
Ha desloyal ie suis morte,
Certes ie me fascheray
Ie ne suis pas la plus forte
Tu me blesses ie crieray.

L'Amant
Vrayement tu as bonne grace
Sus que ie baise tes yeux,
Presse ma bouche & m'embrasse,
O quel esbat gracieux
Nous mourons tous deux ensemble
Ha la parolle me faut,
Ma maistresse que te semble
De c'est amoureux assaut.

L'Amie
Ton ame estoit prisonniere
Esliens de ma beauté,
Mais d'une douce maniere,
Tu las mise en liberté,
Tu m'as derobé la vie
Rends la moy cruel garçon,
Rends la moy ie te supplie
D'une pareille façon.

 

 

 

Air de Cour

Demande
Vous faictes bien de la farrouche,
Parce qu'on vous veut du bien.

Response
Monsieur essuyez vostre bouche,
Ma foy vous n'y gaignerez rien.

Demande
Ne croyez vous pas la belle
Quand ie vous dy verité.

Response
Vostre trop creuse cervelle,
M'en oste la volonté.

Demande
Quoy vous n'avez point fiance,
Au voeu qu'on faict si souvent.

Response
Parce que vostre constance,
Se change somme le vent.

Demande
Adieu donc belle mauvaise,
Ie ne vous diray plus mot.

Response
Allez vous mettre à vostre aise,
Vous n'estes qu'un ieune sot.

 

 

 

Chanson

Dieu que c'est une belle chose,
De vivre libre & peu avoir,
L'homme sans soucy se repose
N'ayant subiet de se douloir.
Vivre libre iamais ne me veux,
M'engager iamais ne me veux.

L'homme qui de peu se contente,
Vit sans aucune passion,
Iamais n'a l'ame languissante
Pour subiet ou occasion.
Vivre livre, &c.

O Dieu qu'elle sotte manie
Dont les hommes sont tourmentez,
Puis que c'est que pour la vie
Que [servent] des biens par excez.
Vivre libre, &c.

De peu Dieu à creé le monde,
Est ce pas un tres beau miroir:
Mais le mal qui nous en abonde
Nous empesche de le sçavoir.
Vivre libre, &c.

 

 

 

Air de Cour

Que î'ayme ces beaux yeux ou gist tant de poison
Si cruels & si doux autbeurs de ma destresse
Que i'ayme ce beau sein ou ie pasme sans cesse
Et l'or de ces cheveux ma plus saincte prison.

Que i'ayme ceste main ou la belle longueur,
Au fort de mon tourment redresse mon courage:
Que i'ayme les attraicts de ce divin visage
Et ce front ou s'esiourne une feinte douceur.

Que i'ayme ce beau ris chastement affetté,
Et les accens pipeurs de sa bouche parolle
Et ceste mer de laict qu'à petits flots briscolle,
De son sein potelé la belle dureté.

Que i'ayme ces pillers de marbre tremblottant,
Sur tout ie ne sçay quot qu'on veoid entre eux paroistre,
Me ravit de douceurs: mes Dames que peut c'estre
De moy ie n'en sçay tien tant ie m'en sens content.

 

 

 

Air de Cour

Aveugle clair voyant mon escorte fidelle,
Secourable flambeau qui guida ma nacelle:
Soubs une obscure nuict dans le port de mon mieux
Tu enhardis mes pas tu monstras la place,
Et Floris fut l'Autel ou te payant mes voeux,
Amour ie te rendis une action de grace,

Tu fus mon Ariadne ainsi comme Thesee
I'erroy au Dedalus d'une peur qui campee,
Tout à l'entour de moy s'opposoit à mon bien:
Mais l'espoir de plaisir animant mon courage,
Me servit de filet & me conduit si bien,
Que mon heur ne permet desirer d'avantage.

O favorable nuict trop plus qu'un beau iour claire
O belle obscurité l'unique secretaire,
Des plus doux passetemps, des plus saintes fureurs
Des baisers plus sacrez des douceurs plus cruelles,
Qui font rougir les Dieux ialoux de nos bons heurs
Sois pour iamais mon jour & mes clartez plus belles.

Mais sur tout Pithyen envieuse lumiere,
L'a dormir deformais ais finissant ta carriere,
D'un sommeil eternel au giron de Thetis,
D'un nouveau Phaeton aux despens de la terre,
Precipite ton char & que l'oeil de Floris
Serve pour le briser à Iuppin de tonnerre.

Et toy petit archer cause de ma torture,
Qui pour m'en alleger me servit de Mercure,
Endormant finement un Argus ennuyeux,
Comme tu as esté maintiens toy favorable:
Et si le commencer en à esté heureux,
Fay que la fin en soit encor plus desirable.

 

 

 

Air de Cour

Bien que vostre rigueur mon service reiecte
Ie n'ayme rien, que vous n'y ne sçaurois aymer
Ie despite autre amour qui me sceut enflamer
Mon coeur est un rocher à toute autre sagette.

La foy qui pour son temple a choisi ma poitrine
Iamais n'en partira quoy qu'il puisse arriver,
L'effort du temps vainqueur ne l'en sçauroit priver
Contre tous ses assauts plus ferme elle s'obstine.

Pourquoy doutez vous donc de mon amour fidelle
Voulez vous m'espriser mes larmes & mes pleurs.
Si vous cignoissiez bien qu'elles sont mes douleurs
Vous vous accuseriez de m'estre si cruelle.

Mais puis que vos desdains rendent ma voix plaintive
Et que mon mal vous plaist & mes tristes langueurs
Ie voy bien qu'il faudra pour borner mes malheurs,
Et mes loyaux desirs que la mort me captive.

Et bien quand ie mourray pour vous avoir servie,
Voyez ce qu'on dira quand on sçaura ma mort
Ceste Dame cruelle est dedaigneuse à tort
Fit tant que son amant donna fin à sa vie.

 

 

 

 

Air de Cour

Floris trembloit l'autre iour,
D'une glace qui l'entore
Et moy qui brusle d'amour,
Ceste froidure implore:
Ainsi de ces deux poisons
Nous portons les guerisons.

Floris des palles couleurs
Mille fois le iour se pasme,
Et moy de mille chaleurs
Ie sens boureller mon ame.
Ainsi , &c.

Ma Floris a sur les mains
Une fascheuse colique,
Et ie sens brusler mes reins
D'un amour melancolique.
Ainsi, &c.

Mille suffocations
S'opposent à sa constance,
Et mes inflammations
Luy demandent allegeance.
Ainsi, &c.

Venons Floris a l'accort,
Par un gracieux eschange
Afin d'eviter la mort:
Faisons dans nous un meslange.
Ainsi de ces deux poisons
Proviendront nos guerisons.

 

 

 

Air de Cour

Ie fermay hier au soir de sorte
La Fenestre que sçavez,
Vintes heurter à la porte
Dites hola vous en allez:
Ma mere entendit bien cela:
Mais pourquoy disiez vous hola. [
bis]

Si fussiez venu de sorte
Certes m'amour eussiez vous eu:
Non point heurter à la porte,
Mais aux fenestres venu,
Fussiez couché entre mes bras:
Mais pourquoy, &c. [
bis]

Il falloit venir de sorte
Que ne fussiez descouvert,
Tout le long de la grande porte
Le petit huis estoit ouvert,
Sans faire tout ces mines là,
Mais pourquoy, &c. [
bis]

I'attendois vostre venue,
Certes ie ne dormois pas
I'estois desia toute nue
Pour mieux prendre nos esbats,
Hola nous fit perdre cela:
Mais pourquoy, &c. [
bis]

Venez demain devant nonne,
Ma mere n'y sera pas.
Et si n'y aura personne,
Ie vous prie n'y fallez pas
Toute perte on recouvrira
Gardez vous bien de dire hola. [
bis]

Regardez à vostre affaire
Ny venez à l'estourdy,
Et ne faictes le contraire
De ce que hier ie vous dy.
Vous n'auriez ceci ne cela,
Gardez vous bien de dire hola. [
bis]

L'entree du iardinier,
Car ie seray aux escouttes
Pour vous mettre au Cabinet,
Puis nous ferons cecy, cela,
Gardez vous bien de dire hola. [
bis]

Le drolle n'y faillit mye
A l'heure qu'elle avoit dit,
Feirent à leur fanfare
Accomplirent leur deduict,
Hastez vous ma mere viendra,
Gardez vous bien de dire hola. [
bis]

La reietta sur la couche,
Qui trop ferme n'estoit pas
Comme ils estoient bouche à bouche,
Tous deux tomberent en bas,
Ostez vous l'on nous surprendra
Despechez ma mere viendra.
Gardez vous bien de dire hola. [
bis]

 

 

 

Air de Cour

Adieu Bergere adieu d'un éternel adieu,
Couvre ta paßion d'un immortel silence
Puisque de mon destin l'indomptable puissance,
M'a faict changer d'amour de courage & de lieu.

Sur le vent comme toy ie fonde mes plaisirs
I'adore comme toy une cruelle Idee,
Ce feu qui me repaist d'une seulle pensee,
Belle d'un mesme pas s'oppose à tes desirs.

Miserable Ixion vas nourrissant mon ame
Benissant mes liens vas nourissant mon ame.
Mais ie suis plus heureux au milieu de ma flame,
Que lors que ie pasmoy pipé de ta douceur.

Ne me reproche plus ce iour tant attendu,
D'un plaisir mutuel la peine fut commune,
Nous courions cependant une mesme fortune,
Un bien prez du trespas n'est il pas bien vendu.

N'attends donc plus de moy pour remede à ton feu,
Que la seulle pitié de te voir en servage.
Et d'avoir prez de moy faict ton aprentissage,
Adieu Bergere adieu d'un eternel adieu.

 

 

 

Air de Cour

Quoy de nous baiser Bergere
Ext-ce un tel peché d'amour
Qu'il faille pour tout un iour
Encourir vostre colere.
Amour le veut son vouloir
Effacer nostre vouloir.

Et si dans ce sein d'albastre
Se desrobe un coup de main,
Faut il d'un bouffi desdain,
Si longuement me combattre:
Amour, &c.

Si soubs ta cotte i'eslace
ma main, poussé de fureur,
Faut il prendre au poinct d'honneur,
Une si petite offence:
Amour, &c.

Si ie demande un salaire
Qu'ores dire ie ne veux
Qui ne tiendroit qu'à son mieux,
Puis qu'amour me le fait faire:
Amour, &c.

Si ie te nomme cruelle,
Helas ! n'ay ie pas raison
Refusant la guerison
A ma blesseure mortelle:
Amour, &c.

Mais belle aussi si ma flame
Me faict perdre tout respect,
Donne la coulpe à l'obiect,
Et dy au fond de ton ame:
Amour le veut son vouloir
Effacer nostre debvoir.

 

 

 

Air de Court

Pourquoy mon oeil refuses tu
Ce que pour moy l'amour demande,
Contre ton vouloir la vertu,
Pour mon honneurs me le commande.

Bergere laissons ces propos
Pleins de rigueurs opiniastres,
Monsieur laissez moy en repos
Mon Dieu que vous estes folastre;

L'amour à luy rendre nos voeux
En un si beau lieu nous invite,
Vous estes de ces amoureux
Qu'à aymer le plaisir incite.

Sans le plaisir amour n'est rien
Qu'une torture & un servage,
Le plaisir apres un tel bien
Enfante soucent un dommage.

Vous focez par ceste rigueur
Les loix de la mere nature,
La nature doibt de l'honneur
Recevoir tousiours la censure.

L'honneur n'interdit pas l'amour
Avant coureur de mariage,
La legereté faict se iour
Tousiours dans un pipeur langage.

Baisez moy, mon tout & mon mieux,
Que doutez vous de ma constance ?
Vous estes importun de ceux
Qui taschent masquer leur offence.

Iamais d'aymer autre que toy
Mignonne, ie n'eu le courage,
Monsieur, ailleurs qu'aupres de moy
Allez faire un apprentissage.

Que perdons nous un temps en vain,
Sue sert ceste feinte colere,
Tenez en repos vostre main,
Ainsi que vostre esprit, legere.

Ce nenny qui n'est dit du coeur
Faict renaistre mon asseurance,
Vous n'estes pas encor, Monsieur,
Au but ou tend vostre esperance.

Souvent le coeur nous faict present
De ce que la bouche refuse,
Celuy qui aime ardemment
A des demandes ne s'amuse.

Du lieu ou ses tourmens son nez
Doit aussi naistre l'allegeance,
Monsieur, que vous m'importunez,
Non i'ay trop bonne conscience.

Ma foy n'est ce un gaige assez seur
Pour avoir une seulle grace,
Fier le secret de l'honneur
Ce n'est donc chose qui tost se face.

Iouissons d'un amour heureux
Dessousbs le manteau d'un silence,
L'enfant de Cybelle à mille yeux,
Et par tout publie une offence.

C'est predre le temp opportun
Mon bon heur ne consiste au dire,
Hastez vous car voicy qu'lqu'un
Qui apres le pourroit redire.

 

 

 

Air de Cour

Ie vous ayme deserts à mon mal salutaires
Vos silences profonds sont plains d'humanité,
Hé que vous m'estes doux beaux deserts solitaires
De me laisser mourir sans importinuté.

A ce coup ie puis donc assouvir mon envie
Ie suis tantost au bout de mon dernier dessein,
Deserts entre vos bras ie puis rendre la vie
Et vomir tous les feux que ie cache en mon sein.

Or avant que mourir [?] que ce chaud martire
M'ait rendu peu à peu plus proche du trespas,
Secretaires deserts il me plaist de vous dire
La cause de mon mal, mais ne le dites pas.

Aymant ie fus aymé d'une Dame assez belle
Assez belle de vray: mais belle & puis c'est tou
Heureux cent fois heureux s'elle eust esté fidelle,
Et elle eust le loisir de m'aimer iusque au bout.

I'adroay ses beautez le long de trois années
Ie chantay ses beaux yeux la honte de Venus.
Peut estre ses beautez sans moy fussent fanées
Et sans moy de ces yeux les flambeaux incogneus.

Tandis pour soulager le tourment que i'endure,
Et rendre tesmoignage à sa legereté,
Sur le front esleve de ceste roche dure
Ie consacre ces vers à la posterité.

Dans le vaste tombeau de ceste soliture
Gist le corps estendu d'un amant malheureux,
Qu'un Dame sans foy d'un traict d'ingratitude
Chassa soubz la forest des mirthes amoureux.

 

 

 

 

Air de Court

Volle mon coeur vivement
Vers ce bel oeil que i'adore,
Dy luy que ie l'ayme encore,
Et que ie meurs en l'aymant.
L'oeil de ma belle deesse
Est l'hauteur de ma tristesse.

Approche tout bellement
C'est oeil astre qui m'esclaire,
Ou l'amour nostre adversaire
Va ces flambeaux allumant.
L'oeil de ma belle, &c.

Baise c'est oeil doucement
En te mirant en sa flame,
Dy que pour luy dedans l'ame
Ie n'ay que peine & tourment,
L'oeil de ma belle, &c.

Descouvre luy doucement
Mon coeur tes playes cruelles,
Et les feux que tu recelles
Pour l'aymer trop constamment,
L'oeil de ma belle, &c.

L'ors si d'un doux mouvement
Ce bel oeil te reconforte
Pren courage & fais en sorte,
Qu'il nous donne allegrement,
L'oeil de ma belle deesse
Est l'autheur de ma tristesse.

 

 

 

Air de Court

O d'amant estrange fortune
Mon pauvre coeur est depuis peu
Devenu clochette importune
Qui tousiours fonne au feu au feu.

Et iour & nuict elle est battue,
D'un marteau de soucy ardans
Dont la tintamarre me tue,
Et m'estourdit tout au dedans.

Dans le clocher de ma poitrine
Amour luy mesme la cacha,
Et d'une belle tresse orine
Au lieu de cordes l'attache.

Amour au feu sans casse il sonne,
On y voit chacun accourir,
Helas ! la secours de personne
Ne peut ma flame secourir.

Mais vien tost belle, si ton ame
Fut onc atteinte de pitié,
Estaindre ce feu qui m'enflame
D'un peu d'eau de ton amytié.

 

 

 

Air de Cour

Doncques faut il qu'en aymant
Les beautez de ma maistresse,
Mon coeur s'aille consommant
Plein d'ennuy & de tristesse:
Faut-il pour estre amoureux
Que ie sois si langoureux.

Elle n'a tant de beautez
Peintes dedans son visage,
Comme elle à de cruautez
Encloses dans le courage:
Faut-il, &c.

Mes aimables desirs
Et ma grande servitude,
Ne causent mes desplaisirs
Si non que l'ingratitude:
Faut-il, &c.

Tant plus i'ay de loyauté
En mon amoureuse flame,
Plus ie me voy tourmenté
De la rigueur de madame:
Faut-il, &c.

O gentil Idalien
De ta rude & prompte fleshce
Arreste dans ton lien,
Son coeur pour y faire bresche:
Faut-il, &c..

 

 

 

Air de Cour

Dieu te gard ma belle Catin
Et ton petit gent corsage
Chantois tu pas à ce matin,
Tout le long de ce rivage:
Vive le gentil godelureau
Le plus minguant du vilage.

Non Tenor mon doucelet,
I'y estois au verd boccage,
Où i'acoustrois ce rousseler,
Et chantois de grand courage:
Vive le gentil, &c.

Mais ie te prie dy moy mon coeur
Lequel emporta le galge
Des trois & qui eut l'honneur
De la chanson le presage,
Vive le gentil, &c.

Mon Tenor Philis chanta bien,
Pensant avoit l'avantage,
Mais Tibrine passe le sien
Qui en emporta le gage:
Vive le gentil, &c.

Car iamais le Rossignolet
Qui est enclos dedan sa cage,
Ne raisonna son chant si net
Que fit la Bergere sage:
Vive le gentil, &c.

Mais dy moy ma belle Catin,
Ce qu'il y avoit pour gage
Ie te le diray mon poupin,
Et d'un allaigre courage:
Vive le gentil, &c.

Il estoit dit par les Pasteurs
Des plus gallands du vilage,
Qui mieux chanteroit pour faveurs
De ces bergerettes sages:
Vive le gentil, &c.

Elle auroit en don pour prix,
L'oiseau chantant son ramage,
Avec la plus belle brebis
De tout nostre pasturage:
Vive le gentil, &c.

Mais toy mon Tenor bon berger
Que desires tu pour gage
Ie te donne ce doux baiser,
Prens le donc de bon courage.
Vive le gentil, &c.

Sieds toy derriere ce gazon
Entourné de verd cillage,
Et la saison la liaison
Adoucissant d'amour la rage.
Vive le gentil, &c.

 

 

 

Air de Cour

Venez ça que ie vous baise
Derriere ce verd buisson,
Ne faictes point la maucaise
Mais d'une gaye façon,
La la la la, couchons nous la,
Et faisons gayement cela,

Que voulez vous que ie face,
Mon coeur n'est-il pas rendu ?
Ie voy bien qu'en ceste place,
Mon honneur sera perdu,
La la la la, &c.

Non fera da, ma fillette
Ie le garderay fort bien,
Levez vostre chemisette
Ou bien ie n'en feray rien,
La la la la, &c.

Tout beau la lutte est trop forte,
I'endure trop de tourment,
La la la la ie suis morte
Vous poussez trop rudement,
La la la la, &c.

Ie pensois perdre la vie
Tant i'ay receu de plaisir,
Recommençons ie vous prie
Puis qu'en avons le loisir:
La la la la, &c.

Vous estes par trop follastre
Ne ie suis pas bien à point,
Puis que vous voulez combattre
Ostez donc vostre pourpoint,
La la la la, &c.

Non feray da, ma mignone
Ie mourray aupres de vous,
Ces plaisirs que ie vous donne
Ne vous semblent il pas doux,
La la la la, &c.

 

 

 

Air de Court

Le Roy seant en pleine Cour,
Ou arrive maint grand Seignour,
Là l'on parle que d'amour.

Le Roy envoye un messager,
Vers Isambour sans plus tarder
D'autant qu'il la veut marier.

Belle Isambour sans s'enquerir
Voulant à son pere obie,
S'achemine sans point faillir.

Belle Isambour arrive en Cour,
Ou elle void Princes & Seignours,
Mais point n'y trouve ses amours.

Le Roy luy est venu parler
Par sa volonté escouter
S'elle se vouloit marier.

Mon pere i'ayme un Chevalier,
Que i'ay aymé & veut aymer,
D'autre que luyde veut avoir.

Ma fille il faut mettre en oubly
Ce Chevalier & autre amy
Trouver qui aye plus que luy.

Lay plus aymé pour sa beauté
Que n'ay faict tout ma parenté
Quoy que pauvre ayt tousiours esté.

Le Roy a fait faire une tour
Pour y mestre tres belle Isambour,
Pendant qu'elle change son amour.

Belle Isambour est à la tour
Où il n'y a que peu de iour:
Mais tousiours songe à ses amours.

Regardant avec un grand soin
Elle avisa venir de loin,
Son amy chevauchant grand train.

Amy qui par icy passez
Or arrestez vous arrestez
Ma patience vous orrez.

Malade & morte me feray
Porter en terre my laissay
Pourtant morte ie ne sçay.

Puis apres ie vous prie amy
Qu'à ma Chapelle à Sainct Denis
Ne m'y laissay pas enfouir.

L'on va criant parmy la Cour
Elle est morte Belle Isambour,
Elle est morte pour ses amours.

Par trois Princes & un Chevalier
Lon porte la belle enterrer
Dont chancun se prend à plorer.

Le Roy leur commanda deslors
Cheminer par dedans le bosc
Son amy viendra par dehors.

Il à uoy les cloches sonner
Il à ouy les Prestres chanter
Bien tost les alla devancer.

Entre vous qui ce corps portez
Or arrestez vous, arrestez
Pour prier pour les trepassez.

Puis qu'elle est morte pour le vray
Las pour m'avoir trop aymé
Un de profundis luy diray.

De son cousteau couppa
Trois points du suere & regarda,
Un ris d'amour ell'luy ietta.

Le monde de s'esmerveiller
Et son pere tout le premier,
Oyant un tel cas raconter.

Or n'est-il homme avec pouvoir
Qui peust encor qu'il voye bien cler,
Engarder la fille d'aymer.
C'est à luy folie d'en parler.

 

 

 

 

Air de Cour

Ma foy Ieanne quand j'y pense
A toy qués mon amour,
Mon coeur d'ayse saute & danse,
Et parmy les boys il court.

Mon Dieu mon Dieu qu'elle rage,
Que c'est que d'estre amoureux,
Mon Dieu ma Ieanne i'enrage
Que ne ioüons nous nous deux.

Ieanne si ie vay aux vignes,
Ma foy n'y puis bescher
Ie pense à ces petits signes
Que l'on ne faict sans toutoucher:
Mon Dieu, &c.

Si ie vay à la charrue
Ie ne sias que ravasser,
Mon cheval regimbe & rue
Et le le puis empescher,
Mon Dieu, &c.

Qui plus est estant en troupe
Apres que ie suis repeu
Ie boy cinq fois plain ma couppe
Afin destaindre ce feu:
Mon Dieu, &c.

Pour tout cela ce farouche
Ne veut point apaiser
C'est alors qu'il se courrouce,
Et ne le peux arrester,
Mon Dieu, &c.

Lors qu'il t'avenoit ma Ieanne
Que tu fusses en mesme esmoy,
Ce fort mal qui tant m'emhenne
Te feroit venir à moy,
Mon Dieu mon Dieu qu'elle rage,
Que c'est que d'estre amoureux,
Mon Dieu ma Ieanne i'enrage
Que ne ioüons nous nous deux.

 

 

 

 

Air de Court

Ie ne veux plus tant m'adonner
Au plaisir qu'on m'a veu ensuivre,
Puis qu'il me faut abandonner
Ce bel oeil que me faisoit vivre.

Mais d'un trescruel deplaisir
I'entretiendray ainsi ma peine,
Puis que la mort pour son plaisir
Evers moy se monstre inhumaine.

Sus sus mon coeur à c'este fois
Faictes sçavoir vostre martire
Avec une dolente voix,
Puis que c'est force de le dire.

Adieu le Soleil de mes yeux,
Et le printemps de ma ieunesse
Puis que les destins envieux,
M'ordonnent qu'en fin ie vous laisse,

Adieu les beaux cheveux dorez
Ornant ceste angelique face
Quand à mon malheur penserez
Qui ma contraint changer de place.

Ie croy que direz quelquefois
Ce pauvre amant tant miserable,
Las en quelque endroit que tu sois
Un iour arrive favorable.

Songez à nos plaisirs plassez:
Maistresse ie vous en supplie,
Puis qu'en voz mains sont delaissez
Mon coeur, mon ame, aussi ma vie.

 

 

 

Air de Court

L'Amant
Puis que dans ce verd boccage
Ie t'y trouve mon teton
Pour nous baiser apreston
Ton gent corps soubs ce feüillage,
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Si c'est pour mon pucelage
Que vous me faictes l'amour,
Ie le promis l'autre iour,
A un garçon de vilage:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Si ie fais quelque priere,
Pour ton pucelage avoir:
Tu ne t'en dois prevaloir,
Mon amour est volontaire:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Toutes vos belles caresses !
Vos propos de ce puants,
Ce sont des voilles à tous vents,
Dont ie deffie vos finesses:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Tout ce que vous pourriez attendre
Pour vostre legereté
N'estoit rien en verité,
Q'un baiser iusques au rendre:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Si ie ne suis Damoyselle,
Si ie n'ay tant de beauté
Que les Dames de cité,
Pour le moins ie suis pucelle:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Si nous n'estes Damoyselle,
Ce me feroit du tourment
De me nommer vostre amant,
Encor que soyez pucelle:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Si ie ne suis assez riche,
Pourquoy me recerchez vous,
I'en ayme un autre que vous,
Qui d'avoir n'est pas ciche:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Non ce n'est pour vous Madame
Que mes services asseurez,
Ont esté tant reservez
I'ay bien aileurs d'autre attente,
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Ie suis for bien asseurée.
Que si vous m'aviez faict cela,
Bien tost vous le lessiez la,
Comme une pauvre abuzée:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Si vous eussiez esté sage,
Ie n'usse rien desiré,
Belle que vostre amytié:
Mais vons estes trop volage,
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Ie n'ay pour toute heritage,
Dedans ce petit hameau
Que ma quenouillette & mon fuzeau
Et mon ioly pucelage:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Mon amour n'est point volage,
Ny subiette à changement,
Car ie suis fidel'amant
D'amitié & de courage:
Ie n'y perdray point mes pas
Vous tenant entre mes bras.

L'Amie
Retirez vous à ceste heure,
I'aperçois desia la nuict,
Voyre mon troupeau qui fuit
Ie ne suis point à l'espreuve:
Vous n'y perdrez que vos pas
Galant vous ne l'aurez pas.

L'Amant
Ie souhaie en ceste affaire
Estre devenu berger:
Ieusse peu mon temps passer
Aiourd'huy sous la fougere,
Ie n'y perdray point mes pas
Adieu ie n'y reviens pas.

 

 

 

Air de Cour

Berger que vas cherchant,
Est-ce ta bergerotte ?
Helas ! tout maintenant
Lay perdue prez la grotte,

La voyla la 5 fois voyla la 4 fois
Berger leger vaten,
Voyla ton amie qui t'attend.

Hau dictes moy Berger
N'as tu veu Elizee
Dans ce bois ou Verger,
Passer toute esplorée:
La voyla, &c.

Nagueres au veu la haut
Une Nymphe dolente,
Qui évitant le chaut
Reposoit dans un antre,
La voyla, &c.

C'est elle pour le vray,
Que ie vois sommeiller
Doucement ie y ray,
De peut de l'esveiller,
La voyla, &c.

Qui me vient cy baiser,
Sont ce mes amourettes,
Pour mon mal alleger,
Souent ie te regrete:
La voyla, &c.

Ha Ianot mon amy,
D'où viens tu en tel estre,
Mon oeil tout endormy
Ne te peut reconnoistre.
La voyla, &c.

 

 

 

Air de Court

Il est vray que mes oeillades
Ont eu le pouvoir,
De forcer les ambuscades,
D'un si beau vouloir,
Ie suis aussi glorieuse
De plaire à ses yeux,
Que la Nymphe estoit heureuse
Qui servoit aux Dieux.

Et s'il vante la trophée
Qu'il a de mon coeur
Ie sens mon ame embrasée
De pareille ardeur,
Aussi ie suis si blessee,
Un iour de ses yeux,
Mon ame meurt embrasee
De cent mille feux.

Quand Venus estoit absente,
De son Anteros,
Elle vivoit languissante
Sans avoir repos,
De mesme en suis pour l'absence,
Qui me va ruinant,
N'aymant rien que la presence
Que ie cheris tant.

Si mon oeil force les larmes,
Et s'en rend vainqueur
Son amour force les Dames,
Et s'en rend Seigneur
Iuno pour honneur luy rendre
Voudroit bien quitter
Son doux Nectar & le prendre
Pour son Iupiter.

Si heureux il se plaisante,
En ses passions,
Heurese ie me contente
En mes fictions
Bien heureuses sont les flames,
Qui vont alumans
Les coeurs, les sens, & les ames
De deux vrais amans.

 

 

 

Air de Cour

Sortez ma voix parmy mes plaintes,
Vous mon coeur helas ! souspirez:
Vous mes yeux sans cesse pleurez,
Voz libertez d'amour estaintes:
Ie ne voy rien qu'obscurité
Absent de ma belle clarté.

Las ! ce qui redouble mes larmes,
C'est que ie suis privé de veoir
Celle ou i'ay mis tout mon espoir,
Et qui me donne tant d'allarmes.
Ie ne voy rien, &c.

Estant au lit, la ialousie,
Me vient esveiller en sursaut,
Et crains que Iupiter la haut,
La voyant n'ait l'ame saisie.
Ie ne voy rien, &c.

Le soucy, la peur & la rage,
Et les pleurs enfans de l'amour,
Me tirannisent tour à tour,
Cruels bourreaux de mon ieune aage.
Ie ne voy rien, &c.

La douleur, l'ennuy, la tristesse,
La peine iointe avec le dueil
Ont avoisiné du cercueil,
Ma vie confite en destresse,
Ie ne voy rien, &c.

Voila qu'elle est ma povre vie,
Or qu'eslongné de vous ie suis
Ie puis tout & rien ie ne puis,
Et de moy-mesme ie m'ennuye,
Ie ne voy rien, &c.

 

 

 

Air de Cour

Ie n'eus iamais desir
D'avoir maistresse,
Mon coeur pour son plaisir
A eu l'adresse
En tout à un instant,
En a faict une
Qui ma rendu constant
En ma fortune.

Un soir estant venu
Parler à elle,
Passa un incongru
Qui me querelle.

Ayant l'espée au poing,
Fis resistance,
Trois accourent de loing,
A grand puissance.

Puis m'ont prins & ietté,
En place obscur,
Plaine de pauvreté,
Aussi d'ordure.

Meschant & ennuyeux,
Par ialousie,
Que enviez de mieux
Aussi ma vie.

Un iour puisse arriver
Que la fortune
Permette nous trouver
D'un clair de lune.

Si ie sçavois voler
Comme une mouche,
L'on me verroit aller,
Droit sur sa bouche.

Si muer ie pouvois,
En arondelle,
Mon plaisir ie prendrois
Avec ma belle.

Sa bouche de courail,
Son sein d'albastre,
Sont cause de mon mal,
De mon desastre.

Ie l'ayme & l'aimeray
Toute ma vie,
Son derviteur seray
Quoy qu'on en die.

 

 

 

Air de Cour

Ie trouvay sur l'herbe assise
Iancron tout à reçoy,
En luy levant la chemise
I'aperçeux ie ne sçay quoy:
Que ie ne vous veux
Que ie ne vous veux pas dire.

Il estoit faict en soçette:
Mais de dire que c'estoit
La chose est par trop secrette
Pour en parlker tout à faict.
Ie ne vous le veux, &c.

Ie me mis prez de la belle,
Puis regarday ça & là,
Et me voyant sul prez d'elle,
Ie me saisis de cela:
Que ie ne vous veux, &c.

La belle toute honteuse
Alors repris ses esprits
Et d'une grace amoureuse
M'osta ce que j'avois pris,
Que ie ne vous veux, &c.

N'ayez n'ayez peur mignonne,
En ce lieu ne craignez rien,
Tandis qu'il n'y a personne
Laissez moy iouyr du bien,
Que ie ne vous veux, &c.

Hé mon Dieu se dit la belle,
Quel feu m'est venu saisir,
Estains estains ce dit elle,
Ceste chaleur ce desir:
Que ie ne vous veux, &c.

Puis que dans ceste fougere,
Ie suis seulle avecque toy,
Prens cela de ta Bergere,
Berger prens cela de moy:
Que ie ne vous veux, &c.

A ces mots soudain i'embrasse
La belle qui se mouroit,
Et d'une fort bonne grace
Ie luy fis ce qu'elle vouloit:
Que ie ne vous veux, &c.

La belle toute ravie,
De honte ferma les yeux
Afin d'estre plus hardie,
Au combat delicieux,
Que ie ne vous veux, &c.

Puis d'un adieu regrettable,
Et d'un repentir forcé:
Me dit faictes le semblable,
Au ieu qu'avons commencé:
Que ie ne vous veux, &c.

Ie luy dit pour luy complaire,
Ce que desiroit son coeur,
Et pour conclurre l'affaire,
Ie moderay son ardeur:
Que ie ne vous veux, &c.

Et puis apres nous partimes,
Tout contens de ce lieu la,
Et nous baisant nous promismes
Continuer ce ieu la
Que ie ne vous v eux
Que ie ne vous veux pas dire.

 

 

 

Air de Cour

Vous ieunes filles sans esmoy,
Qui avez du courage:
Ne laissez perdre ainsi que moy
Le printemps de vostre aage,
Ne sçauroit on avoir bon temps
Sans estre en mariage.

Trois ou quatre ans sont ia passez,
Qu'un feu lent me saccage,
Me faisant souffrir des accez
Qui me causent une rage,
Ne sçauroit on, &c.

Ma mere dit attens attens
Tu n'es pas assez sage:
Mais helas ! ie perds bien mon temps
Et encor davantage,
Ne sçauroit on, &c.

Pour avoir trop attendu,
Et vous rendre l'hommage
Mon beau printemps, las: i'ay perdu,
Et l'avril de mon aage.
Ne sçauroit on, &c.

Ma mere avec esgard à moy,
Et aussi à mon aage,
Ie sçay bien assez le pourquoy
Qu'on se met à mesnage:
Ne sçauroit on, &c.

I'ay i'à dix & huict ans passez,
N'est-ce pas assez d'aage
Un enfant souffrira l'accez,
D'une fiebvre & la rage:
Ne sçauroit on, &c.

N'endurerois ie pas l'effort,
D'un amy au passage:
Mais qu'il soit brave & bien accort,
Pour payer le barrage:
Ne sçauroit on, &c.

I'ayme trop mieux donc mourir,
Pour apaizer la rage,
Qui me faut sans cesse souffrir,
Gardans mon pucelage:
Ne sçauroit on, &c.

Vous vous trompez fort mes parens
Et estez bien trop sages,
De ne prendre garde à mes ans,
Qui vont comme un nuage,
Ne sçauroit on, &c.

En fin pour me licentier,
Et tirer de servage,
Un mien amy ie vay trouver,
Qui entend bien l'usage:
Ne sçauroit on, &c.

 

 

 

Air de Cour

Ie ne suis plus comme i'estois
Libre de l'amoureuse flame,
La liberté que tant i'aymois,
Ne sesionne plus dans mon ame.

Ie suis arresté prisonnier
Soubs le pouvoir d'une guerriere,
Qui d'un traict doucement meurtrier
M'a frapé droict à la visiere.

Helas ! ou vintes sous mes yeux,
Chercher vostre perte asseurée,
Ne valloit-il pas beaucoup mieux
Quester en autre contree.

Ie pensois prendre & ie suis prins:
Mais ma conquerant'est si belle,
Que ie voudrois estre repris
Si ie m'estois eschappé d'elle.

Elle à pour guide la raison
C'est la mesme que ie veux prendre
Raisonnable est la passion
Qui son prisonnier ma faict rendre.

Puis que ce rencontre est si beau
Ie iure ma belle guerriere,
Que iamais un amour nouveau
N'esteindra ma flame premiere.

 

 

 

Air de Cour

Margotton mon petit coeur,
Margotton ma vie,
Si ie vous suis serviteur
Serez vous m'amie,
Margotton dictes moy donc
Pour contenter mon envie,
Ie seray ta Margotton
Si tu m'es fidelle Corydon.

Fidelle ie vous seray,
Ma belle Bergere,
Et de plus ie garderay
Du long la riviere,
Nos brebis & nos moutons,
En disans qu'en toy i'espere.
Ie seray, &c.

Ie chanteray tous les iours,
Dessus ma musette,
Le subiet de nos amours,
Par ma chansonnette,
Pourveu que vos beaux yeux doux
Me die berger honneste,
Ie seray, &c.

Tout le long des arbrisseaux,
Proches des fontaines,
Cependant que nos troupeaux
Paistront dans ma plaine,
Tu baiseras mon teton,
Disant berber pour tes peines:
Ie seray, &c.

Ainsi heureux & contens,
En ioyeuse vie,
Nous passerons nostre temps,
Exempts de l'envie
En disant d'affection,
Berger croy moy ie te prie,
Ie seray, &c.

Berger gardant nos moutons
En vos chansons dictes,
Que c'est l'heur de Corydon,
Et de Margueritte,
Qui disent d'affect
D'une grace qui meritte:
Bayse moy ma Margotton
Rebayse moy mon Corydon.

 

 

 

Air de Cour

Vostre humeur propre à n'aymer rien,
M'estoit ennuyeux & contraire,
Et ne puis avoir plus de bien
Que de vous veoir de moy distraire,
Soyez ou non ailleurs promis:
Nous ne serons iamais amis.

Si le change vous plaist si fort,
Ie ne croy que m'ayez aymee,
Cependant vous avez grand tort
De m'avoir du change blasmee,
Ce vice à vous seul est permis,
Et ne fusmes iamais amis.

Vous a'avez point esté mon coeur,
Ne prenez point cet avantage,
Car vous ayant trouvé trompeur
D'esprit fantastique & volage,
Vostre service onq'n'admis,
Et ne fusmes iamais amis.

Fy de ceste deloyauté,
Qui prive de foy nostre vie
Ie n'apelle point liberté,
Un amour au change asservie,
Aquoy nous nous sommes remis,
Partant ne parlons point d'amis.

Adieu sans espoir de retour,
Peu de chaut de vostre fortune,
Il me suffit que vostre amour,
Desormais plus ne m'importune
Rien ne perd qui rien n'y a mis,
Et ne serons iamais amis.

 

 

 

Air de Cour

Mon ame est si fort blessee,
Des traicts d'un bel oeil vainqueur
Qu'elle n'a d'autre pensee,
Que d'aller revoir son coeur.

La Nimphe qui la possede,
L'alume d'un feu si beau,
Que ie ne voy nul remede,
D'estaindre un si doux flambeau.

Si le ciel est favorable
Aux Amans infortunez,
Il se rendra secourable,
Au mal que vous me donnez.

Lors que mon amour s'enflame,
Elle me va distillant
Un glaçon dedans mon ame,
Qui me brusle en me gelant.

L'unique but où i'aspire,
Est d'aymer vostre beauté,
En la servant ie desire
Fleschir vostre cruauté.

Ie ne fis iamais offence,
Digne de vostre courroux,
Pour dire ce que ie pense,
Ce n'est pas rire de vous.

Quoy penseriez vous cruelle,
Me perdre pour trop changer,
Mon amour est si fidelle
Qu'elle s'asseure au danger.

Vous Nymphes de ces fontaines,
Qui vivez l'esprit content,
N'estes vous pas plus humaines,
Que celle que i'ayme tant.

 

 

 

Air de Cour

Si voulez oüir chonsonnette,
C'est d'une fille d'Alençon,
Quand l'on luy parle d'amourette,
Elle dict n'entendre la façon, [
bis]
D'aymer pour vous le dire:
Mais elle sçait bien sa leçon,
Lors qu'on parle de rire.

Il n'est autre bruit par la ville,
Que de ceste ieune tendron,
Qui au devis est si gentille
Ayant un maintien si tresbon [
bis]
Qu'un chacun la desire
Pour tout cela c'est temps perdu,
Car elle n'ayme qu'à rire.

Un soir estant devant a porte,
Avec quelqu'unes de ses soeurs,
L'un de ses serviteurs l'accoste
Pour luy raconter ses douleurs.
Qu'il souffre & le martire:
Mais c'est à luy tout temps perdu,
Car elle, &c.

Vous sçavez dit-il ma mignonne,
Que ie n'adore que vos yeux,
Et que ie ne puis veoir personne,
Fors que d'un regard ennuyeux, [
bis]
Qui mon corps tant empire
Pour tout cela c'est temps perdu,
Car elle, &c.

Ie sçay que d'autres vous courtisent
Non d'une telle affection,
Pourveu qu'avec vous il devisent,
Et vous content leur passion [
bis]
Disant ie meurs martire:
Mais c'est à luy tout temps perdu,
Car elle, &c.

Comme ils estoient en ces devises,
Vint arriver un incogneu,
Luy donnant bonsoir à sa guise,
Monsieur soyez le bien venu
Puis que c'est vous beau sire,
Car il sçait fort bien sa leçon,
Et le vray mot pour rire.

Ils entrerent alors dans la salle
Pour faire la collation,
Ce folastre alors danse & balle,
Ayant si belle occasion
Sous sçavez sans le dire,
Car il sçait fort bien sa leçon
Et le vray mot pour rire.

Le pauvre transi se proumene
Qui contemple en fin ces façons
Se voyant pris a la cadene,
Et aussi a ses hameçons, [
bis]
Et si ne l'ose dire
Voyant bien que ces temps perdra
Pour luy sans qu'on luy die.

Ils prennent congé l'un de l'autre,
S'entredonnant la bonne nuict,
Elle qui estoit fine & caute,
Assigne Monsieur, au deduict [
bis]
Ce s'entend sans le dire:
Car il sçait, &c.

Estant montez à sa chambrette,
A la fenestre se sont mis
Alors Madame la finette
Regarde d'où vient ses amis [
bis]
Qui entendent à rire,
Y aller pour autre subiect,
Ce seroit grande folie.

Celuy qui la chanson à faicte,
Ie ne veux pas vous nommer,
Car ie cogneissoit la fillette
Qui n'entendoit le ieu d'aymer [
bis]
Trop bien aymer à rire,
Se donnant ainsi du bon temps,
Pour chasser fascherie.

 

 

 

Air de Cour

Mamye m'a faict [bis]
De sa main un touret
Moy ie l'ay prins [
bis]
Pour faire un bracelet,
Et les cordons sont si mignons,
Tissus en broderie.

Sont noz amours la dibe dibe dou,
Sont noz amours mamye.

Mamye & moy [bis]
Allasmes promener,
Puis à requoy [
bis]
Nous mismes à deviser,
Et elle de me caresser
Pour faire la folie
Sont noz amours, &c.

Mamye un iour [bis]
Alla au bois iouer,
Moy d'un fin tour [
bis]
Ie m'allay aviser,
Y vis la belle sommeiller
Ie fis la drolerie,
Sont noz amours, &c.

Mamye un soir [bis]
Estant dans un iardin,
S'alla asseoir [
bis]
Proche d'un Rosmarin,
La ie luy manie les tetins,
Et ce que ne veux dire,
Sont noz amours, &c.

Mamye alors [bis]
Me donna un baiser,
Et par son corps [
bis]
Ie l'alay embrasser,
Incontinent sans trop tarder,
La mis bas de furie,
Sont noz amours, &c.

 

 

 

Air de Cour

Quand premier commencée,
Fest mon affection,
D'amour ie suis blecée,
Maintenant delaissée:
O qu'elle passion.

M'asseurant en ton dire,
I'avois contentement:
Mais te voyant desdire,
Ie soufre grand martire:
O desloyal amant.

Ie croy bien que nature
N'oublia rien à ioy,
D'où vient ma peine dure,
Quenon que creature,
Ta faict sans avoir foy.

Et combien que fortune
Ta faict mettre en haut lieu,
Faut-il comme la Lune,
Variant changer une.
Qui t'ayme comme un Dieu,

Amour des Rois est maistre,
Et des Princes vainqueur
Il te faut donc cognoistre
Qu'il te pourroit bien mettre,
En plus bas lieu ton coeur.

Est-il chose plus grande
Qu'un amoureux defit.
Que l'honneur recommande,
Helas ! ie te demande,
Sçauroit on mieux choisir.

Que ie ne fusse telle,
Tu las cogneu souvent,
Est-il chose plus belle
Ni plus riche que celle,
Qui va l'honneur suivant.

Ie chanteray sans cesse
Ma grande fermetté,
Ma peine & ma tristesse:
Mais ie te prie confesse,
Ton infidelité.

 

 

 

Air de Cour

Poindre ie voy l'aube du iour,
Et mes desirs si loin de moy
Sans nul espoir d'aucun retour:
O quel regret ô quel esmoy,
Perdre l'espoir & l'esperance
Qui nourrissoit ma patience.

L'aube permet le iour plaisant,
Et ie n'attends las que la nuict:
Nuict sans deduit nuict de tourment
Si vilent qui me destruit,
Iamais pour moy rien ie n'espere
De mes desirs sinon misere.

Trop mieux il m'eust helas vallu
N'avoir cogneu ce que cognois,
Puis que fortune m'a tollu
Le vien qu'esperer ie pouvois,
Dequoy me sert la cognoissance,
D'un grand plaisir sans iouyssance,

Rememorer un soulas mort,
C'est un remord de desplaisir
L'oublier est le vray confort,
Heurex qui le peut bien choisir,
Ce n'est pas moy ie vous asseure,
Car mes plaisirs passez ie pleure,

En dueil angoisse & regret
Tout mon deduict est transformé,
Et de cela que tant me plaist,
Mon desplaisir i'en ay formé,
N'esperant plus en mon grand mal,
De mes desirs sinon travail.

De mon desastre le dicours,
Qui le sçaura iamais à droit,
Il cognoistre qu'en grandes cours
On n'a point tout ce qu'on voudroit,
Il cognoistra que la franchise,
Et liberté le sage prise.

L'estrange pouvoir de son pouvoir,
Et des grands heurs le tresgrand tort.
Que sa fin est sans nulle espoir,
En grand Palais point ne frequente,
Puis qu'à bon droit ie me l'amente.

 

 

 

Air de Cour

Le Berger
Cependant que le hâle,
Et la Chaleur s'avale,
Bergere viens à l'ombre:
Dans ceste forest s'ombre,
Car ton teint sera gasté,
A la chaleur de l'esté.

La Bergere
Si avois beau visage
Ie cercherois l'ombrage:
Mais ma couleur brunette,
Au halle n'est subiecte.
Mon teint & noire couleur
Ne craint rien en chaleur.

Le Berger
Ie te treuve tant belle,
Qu'un autre pastorelle,
Iamais n'aura puissance
Sur mon obeissance,
Puis que t'ayme mon soucy.
Il faut que tu m'aymes aussi.

La Bergere
Si i'estois bien certaine,
Que ta floy ne fust vaine,
Et que ceste foy tienne
Fust semblable à la mienne,
Lors amy vous cognoistriez
L'amitié que vous doubtez.

Le Berger
Ne doute point amie,
Que iamais ne varie,
Oste ceste pensee,
Qui mon ame a faschee,
Et si meux apaiser
Viens promptement me baiser.

La Bergere
Si i'estois asseuree,
De ton amour ivree,
Ie seroys bien contente
D'estre ta chere amante:
Mais des hommes bien souvent,
La foy va comme le vent.

Le Berger
Ma fermeté est telle,
Quoy qu'une autre plus belle,
Sans cesse me carresse,
Se disant ma maistresse:
En fin escouter ne puis
Ses discours ny ses devis.

La Bergere
Puis que c'est chose vraye,
Qu'à m'aymer tu templois,
Ie seray bien contente
D'estre ta seulle amante,
Berger soyons donc amis:
Signons nostre comprins.

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